
La Séoudat Yitro tunisienne place les enfants au centre d'un repas festif, née de l'arrêt d'une épidémie juste avant Parachat Yitro.
Guershom et Éliézer, fils de Moché, disparaissent de la Torah ; le Livre des Juges révèle par un Noun taloui que leur descendant Yonathan servit l'idolâtrie.
La raison profonde : ils étaient absents du Ma'amad Har Sinaï et ont manqué l'expérience fondatrice qui engageait les cinq sens.
Chaque jour offre un Ma'amad Har Sinaï en miniature : voir l'autre, écouter, poser les Téfilines, sentir le Shabbat, goûter la sainteté.
Le secret de l'éducation juive est de faire vivre la Mitsva par tous les sens, tissant la chaîne qui maintient Israël de génération en génération.
Il existe chez les Juifs tunisiens une magnifique coutume : la Séoudat Yitro, un repas festif organisé le jeudi qui précède Shabbat Parachat Yitro.
À l'origine, une épidémie frappait la Tunisie et emportait des enfants. Elle a cessé juste avant Shabbat Parachat Yitro. Depuis, la communauté célèbre cet événement par un repas spécial.
Cette idée de placer les enfants au centre nous conduit à deux enfants dont on parle très peu : Guershom et Éliézer, les fils de Moché Rabbénou.
On entend parler d'eux ici, quand Yitro arrive avec Tsippora et les deux garçons pour rejoindre Moché au désert. Mais après ? Plus rien dans la Torah.
On connaît bien les enfants d'Aharon — Nadav, Avihou, Éléazar, Itamar — mais de Guershom et Éliézer, le silence est presque total.
Il y a pourtant une mention plus tardive, dans le Livre des Juges (chapitre 18) : les fils de la tribu de Dan cherchent à élargir leur territoire.
En chemin, ils passent chez un certain Mikha, qui possédait un temple privé d'idolâtrie avec un éphod, des téraphim, un pésel et une massékha. Les Danites s'emparent des objets et emmènent aussi le prêtre qui y officiait.
Comment du plus grand prophète d'Israël peut-il sortir un petit-fils qui sert l'idolâtrie ? Plusieurs explications existent.
Un Midrash rapporte même que Yitro aurait conclu un accord avec Moché : « Tu as deux fils — l'un, tu l'éduques comme tu veux ; l'autre, je l'éduque comme je veux. » Et c'est ce qui advint.
Mais il y a une réponse bien plus profonde. Quand Yitro est-il venu ? Un débat oppose les avis : avant ou après le Don de la Torah.
Selon l'ordre du texte, Yitro est venu avant Matan Torah, puis il est reparti. Dans Bamidbar, Moché lui dit : « Viens avec nous », et Yitro répond : « Non, je rentre chez moi. »
Qu'y avait-il de si spécial au Ma'amad Har Sinaï ? Une expérience qui engageait tous les sens.
La vue : « Et tout le peuple voyait les voix » — ils voyaient littéralement les paroles divines. L'ouïe : « Et Dieu parla » — ils entendaient la voix directement. L'odorat : le Midrash dit que le mont Sinaï devint comme le Gan Éden, un parfum de Paradis. Le goût : « plus doux que le miel » — la Torah a un goût délicieux. Le toucher : « la montagne brûlait de feu » — ils ressentaient la chaleur et le tremblement.
Guershom et Éliézer n'ont rien vécu de tout cela. Sans cette empreinte sensorielle, on comprend mieux leur dérive vers l'idolâtrie.
Quel est le message pour nous ? Chaque jour, en accomplissant la Torah, nous vivons une miniature du Ma'amad Har Sinaï.
La vue : voir l'autre, son visage, s'identifier à lui, percevoir son besoin — c'est « voir les voix ». L'ouïe : écouter l'autre, prêter attention — c'est « Dieu parla ». Le toucher : poser les Téfilines, accomplir les Mitsvot de nos mains.
L'odorat : l'odeur du Shabbat à la maison. Quand on rentre, ce n'est pas l'odeur d'un jour ordinaire, c'est un parfum de sainteté. Le goût : la bénédiction « Boré Miné Bessamim », les saveurs du Shabbat.
C'est exactement le secret de l'éducation des enfants : il faut leur faire vivre la Mitsva avec tous leurs sens.
On comprend maintenant pourquoi la Séoudat Yitro est si profonde. Ce n'est pas un hasard si l'épidémie a cessé juste avant Parachat Yitro.
Les enfants assis à cette table spéciale, qui goûtent, sentent, voient la joie, ne se souviendront peut-être pas de Yitro. Mais ils sauront que Shabbat rime avec Ma'amad Har Sinaï.
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