
La Torah écrit « Vayétsé » et « Vayélekh » pour enseigner que la sortie d'un Tsaddik d'un lieu y laisse une empreinte spirituelle.
Entre Beer-Sheva et Haran s'écoulent 14 années d'étude à la Yeshiva de Shem et Ever, transmettant la Torah d'Adam HaRishon.
Le rêve a lieu à Har HaMoriah ; selon Rachi (Rabbi Yossé ben Zimra), le milieu de la pente de l'échelle fait face au futur Beit HaMikdash.
Beer-Sheva symbolise la matière, Beth-El l'esprit ; l'homme, tel Yaakov, doit vivre au milieu — Shifoua (pente) évoque Shéfa (abondance).
Jérusalem, l'Even HaShtiya, est la porte des cieux d'où descend l'abondance ; l'homme lui-même est une échelle qui fait monter ou descendre des anges par ses actes.
Guématria : Tsom, Kol et Mamon (Techouva, Tefila, Tsédaka) valent chacun 136, comme Soulam — la voie du milieu annule le mauvais décret.
Avec l'aide de D.ieu, nous lisons ce Shabbat la Paracha Vayétsé. Il est impossible de la comprendre sans la fin de la Paracha précédente : après les bénédictions que Yitzhak donne à Yaakov puis à Esav, Esav dit à propos de son frère : « Les jours de deuil de mon père approchent, alors je tuerai mon frère. »
Rivka entend par l'esprit saint l'intention de vengeance d'Esav. Elle dit à Yitzhak : « Je ne suis pas à l'aise que Yaakov reste ici ; qu'il aille chercher une femme dans notre famille. » Yitzhak l'appelle, lui donne la bénédiction de route, la répète, et Yaakov part.
« Yaakov sortit de Beer-Sheva et alla vers Haran. » Trois questions surgissent. D'abord : pourquoi préciser qu'il sort de Beer-Sheva ET qu'il va à Haran ? Il aurait suffi d'écrire « Yaakov alla à Haran ».
Ensuite : « Harana » signifie-t-il qu'il est déjà arrivé à Haran, ou pas encore ? Enfin, s'il était déjà arrivé, pourquoi lit-on « Vayifga baMakom vayalen sham ki va hashemesh » — « Il rencontra le lieu et y passa la nuit car le soleil s'était couché » — et pourquoi appelle-t-il ce lieu Beth-El, alors que la ville s'appelait Louz ? Preuve qu'il n'était pas encore à Haran.
Rachi demande pourquoi la Torah écrit à la fois « Vayétsé » (il sortit) et « Vayélekh » (il alla). Réponse : la sortie d'un Tsaddik d'un lieu y fait une impression. Chaque action que nous accomplissons laisse une empreinte spirituelle ; si l'on pouvait la percevoir, on saurait où chaque personne a été à chaque instant.
Yaakov, Tsaddik, faisait rayonner la Chékhina sur Beer-Sheva. En partant, Beer-Sheva a perdu sa présence spirituelle : voilà pourquoi la Torah insiste sur sa sortie, et non seulement sur sa destination.
Partout où la Torah écrit « HaMakom » avec l'article défini, il s'agit du lieu connu. Lequel ? Celui de la Akédat Yitzhak : « Va vers le lieu que Je te montrerai » — Har HaMoriah. C'est là que Yaakov prie Arvit, s'endort et voit l'échelle.
« Il rêva : et voici une échelle posée à terre, et son sommet atteint les cieux. » Une échelle ne peut tenir droite : elle est nécessairement en pente. Où sont donc ses pieds, et où monte son sommet ?
Beer-Sheva évoque le puits (Beer), l'eau, la source de vie, et le « sept » de l'alliance des sept brebis et sept puits avec Avimelekh : elle symbolise la matière. Beth-El — « maison de D.ieu » — sonne au contraire très élevé, très spirituel.
L'échelle a donc sa base dans la terre (Beer-Sheva) et son sommet dans les hauteurs (Beth-El). Mais l'essentiel est ailleurs :
Yaakov symbolise ce milieu. Fils d'Israël, nous n'avons pas à aspirer à être des anges — D.ieu en a assez — ni à nous conduire comme des animaux. Notre tâche est d'apporter l'abondance divine au monde, et cela se fait par le milieu.
Le mot « milieu de la pente », be'emtsa haShifoua, cache un jeu de mots : Shifoua (pente) est aussi Shéfa (abondance). Pour faire descendre le Shéfa dans le monde, il faut se tenir dans la mesure du milieu (Midat HaEmtsa), en combinant matière et esprit de façon équilibrée.
Où se trouve ce point médian ? À Jérusalem, sur l'Even HaShtiya, la Pierre de Fondation. « Hashtiya » vient de tashtit (fondation) : c'est la pierre à partir de laquelle le monde fut fondé, le point d'où D.ieu fait rayonner Sa Divinité et gonfle le monde comme un ballon.
C'est le même lieu où Adam HaRishon fut formé de la poussière, où eut lieu la Akédat Yitzhak, où David acheta l'aire du Jébusite, où furent bâtis le Premier et le Second Temple. De là descend toute l'abondance — c'est pourquoi les regards du monde entier se tournent vers Jérusalem, source de bénédiction.
« Yaakov s'éveilla et dit : … Ceci n'est autre que la maison de D.ieu et c'est la porte des cieux. » Jérusalem est la porte qui relie ciel et terre — la paix évoquée par « Ossé shalom biMromav » est la paix entre le haut et le bas, faite en ce lieu même.
« Les anges de D.ieu montent et descendent Bo » : « sur elle », l'échelle — mais aussi « en lui », en Yaakov. Comment ? Pirkei Avot l'explique : « Celui qui accomplit une mitsva acquiert un défenseur (un bon ange) ; celui qui commet une faute acquiert un accusateur. » Chaque acte crée un ange ; l'homme lui-même est une échelle par laquelle il fait monter ou descendre des anges.
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