Yonatan ben Ouziel sur le Korban Pessah : au premier Pessah, les nuées de gloire portèrent Israël au lieu du Temple à Jérusalem, ils y offrirent le Pessah, furent ramenés en Égypte — et cette nuit-là le mangèrent en Égypte.
Pourquoi l'aller-retour ? Comme le fœtus à qui l'on enseigne toute la Torah puis qu'on fait oublier — pour créer la fondation. Ainsi Israël reçut une « première dose » de Shékhina — la force d'affronter le serpent, le scorpion et la vipère (dont les initiales font « fumée ») du désert.
מטות ↔ מסעי : fixité vs mouvement. Le Juif a besoin d'un socle ferme (interdit c'est interdit) — et par-dessus, débattre, être strict ou souple. L'unité, non l'uniformité (les pierres de l'éfod vs les pierres du 'hochen).
« Voici les voyages d'Israël » — les initiales א-מ-ב-י = les quatre exils (Édom, Madaï, Bavel, Yavan), face aux quatre lettres du Nom — et l'espoir : « Il amène un libérateur… pour Son Nom, avec amour. »
Parfois l'essentiel est la sortie : l'Égypte est un lieu de labeur écrasant, les 49 portes d'impureté — « laisse-moi juste sortir d'ici, peu importe où ». L'accent est sur « leurs départs », et « leurs voyages » (vers où) importe moins.
Et parfois « leurs voyages selon leurs départs » — c'est la destination qui compte, peu importe d'où je suis parti. « La maison de Yaakov quitta Beer Sheva... et il alla à Charan » — il veut atteindre Charan, alors pourquoi mentionner « de Beer Sheva » ? Cela montre : le départ aussi a un sens — mais il n'annule pas la destination.
Le premier Korban Pessah fut offert en Égypte : le 10 du mois on prend un agneau par maison paternelle, le 14 on l'offre, et la nuit de Pessah — « vos reins ceints, vos sandales aux pieds et votre bâton à la main » — on le mange jusqu'à minuit, et à minuit « Je passerai et frapperai tout premier-né au pays d'Égypte ».
Certains le lisent spirituellement (le Zohar) : quand ils offrirent le Pessah en Égypte, leur âme se lia à la Shékhina de Jérusalem et en reçut une première illumination ; par sa force ils revinrent, mangèrent le Pessah, se tinrent au pied du Sinaï et reçurent la Torah, puis entrèrent en Terre.
Et sinon — qu'ils offrent simplement le Pessah en Égypte et le mangent en Égypte. À quoi sert tout cet aller-retour ? Pour comprendre, recourons à un machal bien connu.
Le fœtus dans le ventre de sa mère — une bougie brûle sur sa tête et un ange lui enseigne toute la Torah ; et avant qu'il ne sorte, l'ange le frappe sur la bouche et lui fait oublier tout ce qu'il a appris.
L'homme est fait de matière, poussière de la terre — son âme ne peut contenir la Torah de façon ordinaire. Un machal : un goy qui étudie la Torah connaîtra peut-être les informations, mais non la sagesse de la Torah — car il lui manque l'âme au sein de la Torah, sa spiritualité même.
Israël en Égypte est comme un fœtus — un peuple dans les 49 portes d'impureté. Le mener droit au Sinaï ? Aucune chance qu'il absorbe. Alors le Saint béni soit-Il les « fait bondir » au Har HaMoriah, où réside la Shékhina, et ils reçoivent une première dose, une infusion de Shékhina dans leur âme — puis retournent en Égypte.
Dans l'association des noms il y a une opposition : Matot (de mateh, un bâton) — ferme, immobile ; Massei — mouvement, voyage. De même Nitzavim ↔ Vayélekh : « se tenir debout » et « aller ». C'est le secret du Juif — les deux dimensions.
Dans les habits du Cohen Gadol, deux types de pierres. Les pierres de l'éfod — deux pierres seulement, six noms sur chacune selon leurs générations (chaque pierre renferme six tribus), portées par Aharon sur ses épaules = le collectif, l'unité. Les pierres du 'hochen — douze pierres de couleurs différentes = l'individu.
Pourquoi Ezra le Scribe a-t-il fixé que Matot-Massei soit toujours lue dans Bein HaMetsarim (les Trois Semaines) ? (Le premier Shabbat est Pin'has, celui du milieu Matot-Massei, et la parasha avant Ticha BeAv est toujours « Voici les paroles » — Devarim.) En regard des trois haftarot de réprimande, où revient le motif « Eikha » (comment ?) :
Et Matot-Massei tombe toujours au milieu, au cœur de Bein HaMetsarim. Que voulut nous enseigner Ezra par là ?
La réponse : lire « voici les voyages », c'est lire les voyages de l'exil. Le premier verset — « Voici les voyages des enfants d'Israël » — a pour initiales א-מ-ב-י — la racine des quatre exils, de la sortie d'Égypte jusqu'à la construction du Temple : Édom (א) · Madaï (מ) · Bavel (בּ) · Yavan (י).
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