
Le motif du cou (צוואר) revient dans Béréchit : deux fois dans Vayigash et une fois dans Vayishlah, et il renvoie toujours au Beth Hamikdash.
Yossef pleure sur le cou de Binyamin par deux gestes (deux Temples détruits en Binyamin) ; Binyamin par un seul (le Mishkan de Shilo en Yossef).
« Kémigdal David tsavarekh » : le cou est comparé au Temple, situé non au sommet mais au niveau du cou, entre la tête (le ciel) et le corps (la terre).
La Ketoret (קטורת) est liée à Tikshoret (תקשורת) : la fumée, état intermédiaire, relie la terre au ciel — exactement le rôle du cou et du Temple.
Aux retrouvailles, Yaakov ne réagit pas car il récite le Shema : au sommet de sa vitalité retrouvée, il offre à Hachem la Mésirout Néfesh la plus complète.
Il y a dans le livre de Béréchit un motif qui revient au moins trois fois : le צוואר (tsavar), le cou.
Où le rencontrons-nous ? Justement dans notre Paracha, Vayigash, où il apparaît deux fois. Et une fois auparavant, dans Vayishlah, lors de la rencontre entre Yaakov et Essav.
Après que Yossef se soit fait reconnaître à ses frères, le moment fut très émouvant. La Torah écrit :
« Il tomba sur le cou de Binyamin son frère et pleura, et Binyamin pleura sur son cou. » Rashi note une différence : pour Binyamin il est écrit « tsavréi » (צווארי), et pour Yossef « tsavarav » (צואריו).
Pour Yossef : « Vayipol al tsavréi Vinyamin ahiv vayévk » — deux actions : il tomba (ויפול) ET il pleura (ויבך).
Pour Binyamin : « ouVinyamin bakha al tsavarav » — une seule action : il pleura (בכה). Il n'est pas écrit « il tomba et pleura ».
Yossef pleure donc avec deux gestes — les deux destructions à venir ; Binyamin avec un seul — une seule destruction.
Mais quel est le lien entre le mot צוואר (cou) et le Beth Hamikdash ? C'est le roi Shlomo qui nous le révèle dans le Shir HaShirim :
« Ton cou est comme la tour de David, bâtie pour talpiot. »
Le lien n'est pas qu'une métaphore poétique, il est essentiel. Imaginons que le monde entier soit comme le corps de l'homme, car l'homme est un monde en miniature (עולם קטן). Tout ce qui existe dans le monde existe dans le corps :
Les rochers → les os ; les arbres → les cheveux ; les buissons → les poils du nez ; l'eau salée de la mer → l'urine ; l'eau douce → les larmes et la salive.
Si l'on observe bien, le Beth Hamikdash n'est pas situé exactement au sommet du Har Habayit. Il est positionné un peu plus bas, pas tout à fait à la cime.
Quel est le rôle essentiel du Beth Hamikdash ? Relier le ciel et la terre. Comment ? Par le service du Temple, quand on offre des sacrifices sur l'autel :
Le korban est de la matière — c'est le corps, la terre. Les cieux appartiennent à Hachem : « Hashamaïm shamaïm laHashem ». Et la Ketoret, la fumée qui s'élève, relie la terre au ciel.
La fumée n'est ni tout à fait matière, ni tout à fait air : c'est un état intermédiaire qui connecte les deux mondes.
Quel est le rôle du cou dans le corps ? La tête représente le ciel (en haut) ; le corps représente la terre (en bas) ; le cou est la communication qui relie les deux.
C'est exactement le rôle du Beth Hamikdash. Voilà pourquoi pleurer sur le « cou », c'est pleurer sur la destruction du Temple, celui qui relie le ciel et la terre.
On comprend alors l'intention d'Essav voulant mordre Yaakov au cou (Vayishlah) : il visait le Beth Hamikdash, cherchant à porter atteinte à sa sainteté. Mais un miracle survint : le cou de Yaakov devint dur comme le marbre, et les dents d'Essav se brisèrent.
Second passage sur le cou dans notre Paracha, la rencontre de Yaakov et Yossef :
Yossef tombe sur le cou de son père et pleure longuement. Mais où est la réaction de Yaakov ? Après 22 ans de séparation, il reste « comme une pierre » et ne réagit pas.
Nos Sages répondent : Yaakov récitait le Shema à cet instant précis. Pourquoi précisément là ? Parce qu'une des kavannot du Shema est de se préparer à donner sa vie pour la sanctification du Nom (Mésirout Néfesh) : en disant « Hachem E'had », on accepte les quatre morts du Beth Din et l'on offre toute sa vie à Hachem.
C'est le moment parfait : au sommet de sa vie retrouvée, dire « Amouta hapaam a'harei réoti panekha » et offrir toute sa vitalité à Hachem est la plus grande Mésirout Néfesh — non pas donner ce qu'on n'a plus, mais ce qu'on a de plus précieux. Baroukh Hachem léolam, Amen véAmen !
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