Le Zohar lit « hayom » comme Roch Hachana, et l'appuie sur un verset d'Iyov : « et ce fut le jour, et les fils de D.ieu vinrent se présenter devant l'Éternel. » Le jour du jugement. Un 'hidoush le confirme : Roch Hachana vaut 861 en guématria, et il ne se trouverait dans tout le Tanakh qu'un seul verset de cette valeur — « pour Tes jugements ils se tiennent aujourd'hui, car tout est Ton serviteur. »
Rachi dit « cent malédictions moins deux », et le Zohar 'Hadach en donne le secret : deux d'entre elles sont des bénédictions. Celui qui vit en sachant que ce jour peut être le dernier remplit sa journée au lieu de la gâcher — « et il se trouvera que tous ses jours seront dans la téchouva. »
Mais Ki Tavo ne commence pas par les malédictions : elle commence par les bikourim. Et là, le Cohen prend le panier et le pose de côté : ce n'est pas ce que tu apportes qui compte. C'est ce que Hével avait compris — « et Hével apporta lui aussi », lui-même.
D'où la préparation à Roch Hachana : ne viens pas avec ta liste de mérites. Devant le tribunal, il n'y a pas de plaidoirie — mieux vaut se taire. Il ne te reste qu'une chose à faire : produire un hével. C'est la tekiat chofar. Et le chofar est caché dans notre paracha même.
Nous voici à une semaine de Roch Hachana, devant les parachiot Nitsavim-Vayélekh.
Chronologiquement, elle fut dite le dernier jour de la vie de Moché, le 7 Adar. La preuve est dans Vayélekh : « j'ai aujourd'hui cent vingt ans ». Le Saint béni soit-Il complète les années des justes de jour en jour ; selon la tradition, Moché est né le 7 Adar et il est mort le 7 Adar. Par guezéra chava, le « aujourd'hui » de notre verset est ce même jour — et il en va de même pour la fin de Ki Tavo, pour Vayélekh, Haazinou et Vezot HaBerakha.
Voilà pour la chronologie. Mais le Zohar HaKadosh enseigne que partout où apparaît le mot hayom, il y a une allusion à Roch Hachana. Et il l'appuie sur un verset du livre d'Iyov :
Lorsque Ezra HaSofer a fixé l'ordre des lectures, il l'a agencé de telle sorte que Nitsavim — seule ou avec Vayélekh — se lise toujours avant Roch Hachana. Pour nous faire entrer dans l'atmosphère du jour, et parce que la paracha traite précisément de téchouva : « et tu reviendras jusqu'à ton cœur », « et l'Éternel fera revenir tes captifs ».
Le même procédé se retrouve à Chavouot : Be'houkotaï, avec ses quarante-neuf réprimandes, tombe toujours avant, et l'on intercale Bamidbar — car il ne serait ni agréable ni convenable de recevoir le don de la Torah immédiatement après ces réprimandes.
Puisque vous êtes attentifs, voici un 'hidoush. On rapporte que parmi les milliers de versets du Tanakh, aucun n'a pour valeur numérique celle des mots « Roch Hachana » — sauf un.
Comptons : roch, réch deux cents, aleph un, chin trois cents ; hachana, hé cinq, chin trois cents, noun cinquante, hé cinq. Total : 861.
Que s'est-il passé ce jour-là pour que Moché doive leur dire « vous vous tenez debout » ? Rachi demande : pourquoi cette paracha suit-elle les malédictions ? Et il répond : parce qu'Israël avait entendu cent malédictions moins deux, outre les quarante-neuf de Torat Cohanim — ils blêmirent et dirent : qui pourra tenir devant cela ?
Ils étaient effondrés. Ce que Moché venait de leur décrire, ils l'entendaient comme l'annonce de tout ce que nous savons avoir été traversé — et la plupart de ces choses se sont accomplies, ce qui veut dire, grâce à D.ieu, que nous sommes déjà dans la dernière ligne droite avant la délivrance. Alors Moché leur dit : relevez la tête. Nitsav, c'est se tenir droit. « Vous avez beaucoup irrité l'Omniprésent, et Il n'a pas fait de vous une extermination — et voici, vous subsistez devant Lui. » Quarante ans à L'éprouver, et vous êtes encore là : même lorsqu'Il punit, Il ne détruit jamais.
Impossible d'avancer sans le Zohar. Le Zohar 'Hadach rapporte un échange entre Eliahou HaNavi et Rabbi Chimon bar Yo'haï.
— Cherche toi-même, répond Eliahou. Examine avec précision, et trouve l'endroit le plus terrible de tous — car c'est là qu'elle est.
Rabbi Chimon fait le travail, passe toute la liste, et revient : je l'ai trouvé.
Tu te lèves le matin et la journée est un tel cauchemar que tu n'aspires qu'à voir venir le soir. Le soir arrive, tu espères un peu de repos dans l'obscurité — et recommencent les fracas et les guerres, et tu dis : que vienne enfin le matin. Il n'y a plus de goût à une telle vie.
Reste à comprendre comment ce que je viens de décrire — un cauchemar — peut être une bénédiction.
Nous vivons tous dans la conscience qu'il nous reste énormément de temps. Un homme de trente ou quarante ans vous dira : de quoi parlez-vous, j'ai encore quatre-vingts ans devant moi. Un homme de quatre-vingt-cinq ans entre au bureau et veut acheter un terrain pour y lancer un projet. La vérité est que nous n'en savons rien : nos vies sont dans la main du Saint béni soit-Il.
Et voici, au nom du Yismakh Moché, une formulation très forte, que je cite : et c'est là le secret de la délivrance — la délivrance personnelle, celle qui est la téchouva. « Et ta vie sera suspendue devant toi » : à chaque heure tu es en instance de mourir ; « tu craindras jour et nuit » : peut-être est-ce maintenant le moment ; « et tu ne croiras pas en ta vie » : car à chaque heure l'échéance est là. Et s'il en est ainsi, tu feras téchouva — et ce sera là le germe de la délivrance, car tout dépend de la téchouva.
Nous ne venons pas ici pour effrayer, mais pour nous renforcer. Que demandons-nous à Roch Hachana ? Regardez les premières bénédictions de la Amida, celles qui sont l'essentiel :
Pas la santé, pas l'argent, pas autre chose : la vie. Donne-nous la vie et fais-nous grandir, pour que nous en fassions de bonnes choses. Et l'année suivante, rendez-vous est pris : qu'as-tu fait de cette vie ?
Une autre lecture de notre verset. Moché prend soin de dire : « vous vous tenez debout aujourd'hui, vous tous, devant l'Éternel votre D.ieu : vos chefs, vos tribus, vos anciens… »
Et n'ayons pas trop peur : c'est un jugement, mais celui qui nous juge est le Roi — qui est aussi notre Père. Il n'existe pas de père qui, voyant son fils dire « je veux être correct », le repousse. Cela n'existe pas.
Si Nitsavim est attachée à Ki Tavo, allons plus loin : Ki Tavo ne contient pas que des malédictions. Par quoi s'ouvre-t-elle ? Par les bikourim, les prémices. Voyons si cela aussi nous relie à Roch Hachana.
Le Cohen prend la corbeille de ta main et la dépose devant l'autel. Et le verset suivant : « et tu répondras et tu diras devant l'Éternel ton D.ieu : un Araméen voulut faire périr mon père… »
Et l'on comprend pourquoi cette lecture est si belle. La mitsva des bikourim a deux ressorts. Le premier, évident : dire merci pour les fruits. Mais si c'était le seul, on pourrait apporter une corbeille à n'importe quel moment de l'année, et même de plus beaux fruits.
Une michna éclaire cela. Nous avons appris, dans le traité Bikourim, que les riches apportaient leurs prémices dans des corbeilles d'argent et d'or, et les pauvres dans des paniers d'osier tressé.
Qui, le premier dans la Torah, apporta des prémices ? Kayin. Il était laboureur, et l'idée vient de lui ; Hével n'a fait que reprendre : « et Hével apporta lui aussi ».
On explique que Kayin apporta ce qu'il y avait de plus bas — de la graine de lin, dont on ne peut rien tirer sans transformation. Mais dire que l'offrande de Hével fut agréée parce qu'elle était de meilleure qualité, c'est rapetisser le Saint béni soit-Il : depuis quand la qualité du bétail L'impressionne-t-elle ? Il le déclare Lui-même par la bouche de Chmouel, après la guerre d'Amalek — « l'Éternel désire-t-Il des holocaustes autant que l'obéissance à Sa voix ? Voici, écouter vaut mieux qu'un sacrifice. » Il faut donc qu'il y ait eu autre chose.
Remarquez d'ailleurs l'ordre du verset : « et l'Éternel agréa Hével — et son offrande ». D'abord Hével, ensuite l'offrande. Ce qui compte, c'est ce que tu ressens en donnant : viens-tu depuis « ma force et la puissance de ma main », ou depuis le hével ? S'il était venu dans l'abaissement, même avec une allumette, cela aurait suffi. C'est la soumission du cœur qui est recherchée.
Regardez maintenant le langage du corps du Cohen, tant la Torah est douce : tu as fait toute la route depuis ton champ jusqu'à Jérusalem, tu arrives avec ta corbeille — et il la prend et la pose de côté. Comme s'il disait : ce qu'il y a dans le panier ne M'intéresse pas. Qu'as-tu à dire ?
Alors que reste-t-il ? Une seule chose : faire un hével. Comme Hével, qui s'apporta lui-même. Et comment apportons-nous un hével au Saint béni soit-Il ?
Ce motif traverse toute la prière, et nous le retrouvons à Kippour : réponds aux pauvres qui se tiennent aujourd'hui devant Toi ; comme des indigents ils demandent Ton pardon. C'est exactement le bikourim que nous apportons : nous-mêmes, ramenés à l'état de hével. Et rappelez-vous pourquoi le pauvre se nomme ani : parce que le Saint béni soit-Il répond — oné. Mais à condition de venir ainsi, et non en disant : la vie m'est due, j'ai donné la tsedaka.
Et voici que le chofar est allusionné dans Nitsavim elle-même :
Un peu de calcul, pour comprendre comment fonctionne l'adoucissement. Le mot chofar se laisse partager en deux : chou — chin trois cents, vav six — vaut 306, exactement comme devach, le miel ; c'est aussi pour cela que l'on trempe la pomme dans le miel. Et par — pé quatre-vingts, réch deux cents — vaut 280, la valeur des cinq lettres finales de l'alphabet hébreu réunies. Or tout ce qui est final relève de la rigueur.
Question fréquente : que penser, que dire pendant la tekiat chofar ? Ces quelques minutes sont l'essentiel du jour — qu'en fait-on ?
Le Chelah HaKadosh explique comment cela s'entend dans les sons eux-mêmes. La tekia est un son droit, entier, sans interruption : c'est l'allusion à la naissance de l'homme en ce monde — une page blanche, une âme pure ; tracée sur un graphique, une ligne droite.
Roch Hachana vient immédiatement après Eloul, dont les initiales sont celles de « ani lédodi vedodi li ». Il existe un verset jumeau dans le Chir HaChirim, mêmes mots dans un autre ordre : « dodi li vaani lo ».
Pour en saisir la profondeur, un verset de la paracha Tazria — la paracha de l'ensemencement : « quand une femme sèmera et enfantera un mâle ». Quand la femme sème la première, il naît un mâle.
Et voyez comme tout se referme. Quel est le mazal du mois d'Eloul ? Betoula, la Vierge — en aspect de femme. Tout ce que nous faisons durant Eloul, c'est semer : téchouva, prière, tsedaka, 'hassadim, seli'hot. Et à Roch Hachana : « et elle enfantera un zakhar ». Car zakhar vaut 227 — et berakha, la bénédiction, vaut 227.
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