La ’Hazara
Éloúl · Yamim Noraïm · La répétition

La ’Hazara

Pourquoi l’officiant répète, et pourquoi on se tait
Éditions Gueoula · Dossier Sélihot
La ’Hazara
Pourquoi l’officiant répète, et pourquoi on se tait

« La ’hazara, c’est pour ceux qui ne savent pas lire. » C’est la moitié d’une Guemara, arrêtée avant la réponse.

Roch Hachana 34b — Rabban Gamliel : « de même qu’il acquitte celui qui n’est pas savant, il acquitte le savant ».

Choul’han Aroukh, Ora’h ’Hayim 124:3 : une assemblée où tous sont savants — l’officiant répète quand même, pour accomplir la takana des Sages.

124:4 : s’il n’y a pas neuf personnes qui écoutent, les berakhot de l’officiant risquent d’être dites en vain. Celui qui parle n’abîme pas seulement sa prière.

124:7 : « celui qui parle est fautif, et sa faute est trop lourde à porter » — et on doit le reprendre.

📖 Étude complète
1 La moitié de la Guemara

L’objection est ancienne et elle est sincère : à quoi bon écouter une seconde fois une prière que l’on vient de dire soi-même ? La Guemara pose exactement cette question, et elle y répond.

« Rabban Gamliel leur dit : selon vous, pourquoi l’officiant descend-il devant la teva ? Ils lui dirent : pour acquitter celui qui n’est pas savant. Il leur dit : de même qu’il acquitte celui qui n’est pas savant, il acquitte le savant. » — Roch Hachana 34b

Ceux qui disent « c’est pour les autres » citent la première phrase. Rabban Gamliel répond dans la seconde. La ’hazara n’est pas une béquille pour les faibles : c’est une prière publique, et le public inclut les savants.

Le psak scelle la question. Choul’han Aroukh, Ora’h ’Hayim 124:3 : « une assemblée qui a prié et dont tous sont savants dans la prière — malgré cela l’officiant descend et répète, pour accomplir la takana des Sages. »
2 Ce que fait exactement celui qui parle

On croit souvent que parler pendant la ’hazara est une impolitesse. Le Choul’han Aroukh dit autre chose, et il le dit deux fois.

« Quand l’officiant répète la prière, l’assemblée doit se taire et diriger son attention sur les berakhot qu’il prononce, et répondre amen. Et s’il n’y a pas neuf personnes attentives à ses berakhot, ses berakhot sont proches d’être dites en vain. C’est pourquoi chacun se considérera comme s’il n’y avait personne d’autre que lui. » — O.H. 124:4

Celui qui parle ne se prive pas d’un supplément : il retire une unité au quorum qui donne sa validité aux berakhot de l’officiant. Le dommage n’est pas le sien, il est à autrui.

« Qu’il ne tienne pas de conversation profane pendant que l’officiant répète la prière ; et s’il a parlé, il est fautif, sa faute est trop lourde à porter, et on le réprimande. » — O.H. 124:7
Cette formule, « ’hoté hou vegadol avono minso », est reprise mot pour mot sur les plaques de nombreux Batei Knesset. Ce n’est pas une exagération d’affiche : c’est le texte du Choul’han Aroukh.
3 Le modèle : Il s’enveloppa comme un officiant

Pourquoi cette sévérité, sur ce moment-là précisément ? La Guemara donne au chaliah tsibbour une origine qu’on n’attend pas.

« Et l’Éternel passa devant lui et proclama — Rabbi Yo’hanan a dit : si le verset ne l’avait pas écrit, il serait impossible de le dire. Cela enseigne que le Saint béni soit-Il s’enveloppa comme un officiant et montra à Moché l’ordre de la prière. Il lui dit : chaque fois qu’Israël fautera, qu’ils fassent devant Moi selon cet ordre, et Je leur pardonnerai. » — Roch Hachana 17b

Puis, deux lignes plus loin : « une alliance est conclue avec les Treize Middot : elles ne reviennent pas les mains vides ».

Les Treize Middot — le cœur des Sélihot — n’ont pas été enseignées comme une formule, mais comme un ordre d’office, montré par un officiant. Celui qui parle pendant la ’hazara n’interrompt pas un homme : il interrompt le seder qui a été donné comme garantie du pardon.
4 Trois, treize, trois

La Amida de semaine n’est pas un bloc. La Guemara la découpe elle-même en trois parties, et cette découpe commande la suite.

« Rav Yehouda a dit : que l’homme ne demande jamais ses besoins ni dans les trois premières, ni dans les trois dernières, mais dans celles du milieu. Car Rabbi ’Hanina a dit : les premières ressemblent à un serviteur qui dispose la louange devant son maître ; celles du milieu, à un serviteur qui demande une gratification à son maître ; les dernières, à un serviteur qui a reçu sa gratification, prend congé et s’en va. » — Berakhot 34a

Les trois premières sont la louange, les trois dernières le remerciement et le congé. La demande — tout ce que l’on vient chercher — est au milieu. Sur les dix-neuf berakhot de la Amida de semaine, dix-neuf moins six : treize.

Ce compte de treize est celui des Richonim : l’Abudarham parle des « treize berakhot du milieu », le Choul’han Aroukh HaRav aussi. À l’origine la Amida comptait dix-huit berakhot, donc douze au milieu ; la treizième — birkat haminim — a été instituée à Yavné. Le compte de treize est donc celui de la forme définitive, pas de la forme première.
5 Lecture proposée : treize, et vingt-six
Ce qui suit est une lecture, non une source. Elle est cohérente et elle éclaire ; elle n’est attestée telle quelle chez aucun des Richonim que nous avons pu vérifier. À lire comme une proposition, pas comme un enseignement reçu.

Treize berakhot de demande — et treize Middot de rahamim, celles que l’on vient précisément demander pendant tout Éloúl. Le rapprochement s’impose à l’oreille.

Or la ’hazara redit ces treize. Deux fois treize : vingt-six — la valeur du Nom de quatre lettres, qui est le Nom de la miséricorde. Et les Treize Middot, dans Chemot 34, s’ouvrent précisément sur ce Nom dit deux fois : « Hachem, Hachem, Dieu clément et miséricordieux ». La Guemara commente ce redoublement : « Je suis Lui avant que l’homme ne faute, et Je suis Lui après que l’homme a fauté et fait téchouva » (Roch Hachana 17b).

— Ce qu’il faut savoir avant d’adopter cette lecture : l’Abudarham, qui pose exactement la question du sens des treize, y répond autrement — six contre six, et Chomea Tefila contre toutes.

— La ’hazara répète en réalité les dix-neuf, pas seulement les treize. Le compte de vingt-six suppose qu’on isole le milieu : Berakhot 34a autorise cet isolement, mais c’est une lecture, pas une addition.

— Roch Hachana et Yom Kippour, jours des Treize Middot par excellence, n’ont pas treize berakhot du milieu. Ce rapprochement ne peut donc pas être la raison de la ’hazara : au mieux un goût, pour les jours de semaine — c’est-à-dire pour les jours des Sélihot.

6 Chabbat : sept, et sept fois sept

Chabbat brise le compte : la Amida n’y a que sept berakhot. Un midrach célèbre donne à ce chiffre un contexte.

« Rabbi Chimon bar Yo’haï enseignait : le Chabbat dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, tous ont un conjoint, et moi je n’en ai pas. Le Saint béni soit-Il lui dit : la Knesset Israël est ton conjoint. Et lorsque Israël se tint devant le mont Sinaï, le Saint béni soit-Il leur dit : souvenez-vous de ce que J’ai dit au Chabbat — la Knesset Israël est ton conjoint. C’est le sens de souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier. » — Béréchit Rabba 11:8
Lecture proposée, à nouveau. Si Chabbat est un mariage, on y attend les sept berakhot des mariés. Or ces sept berakhot se disent sept jours durant — usage que les Sages font remonter au mariage de Yaakov avec Léa, « achève la semaine de celle-ci » (Pirké de Rabbi Éliézer 16). Sept berakhot, sept jours : quarante-neuf.

Comptons alors les Amidot de Chabbat, qui ont sept berakhot chacune : Arvit du vendredi soir (une, sans répétition), Cha’harit silencieuse et sa ’hazara (deux), Moussaf et sa ’hazara (deux), Min’ha et sa ’hazara (deux). Sept fois sept berakhot en un seul jour — parce que ce mariage-là ne dure qu’un jour.

Ce qui mérite d’être noté : ce compte ne tient que si la ’hazara existe. Sans elle il ne resterait que quatre Amidot. Le seul office de Chabbat qui n’a pas de répétition, celui du vendredi soir, reçoit d’ailleurs à sa place « une berakha unique qui tient lieu des sept » — me’ein cheva, Maguen Avot.

— Honnêteté du compte : le midrach lui-même, dans ce passage, apparie les jours deux à deux dans l’ordre — premier et deuxième, troisième et quatrième, cinquième et sixième — et le Chabbat reste seul parce qu’il est le septième, non parce qu’il serait au centre.

— Le même midrach donne une seconde opinion, celle de Rabbi Chmouel bar Na’hman : le Chabbat est béni parce qu’il n’est jamais repoussé.

7 Ce qu’il faut en faire

Les lectures des deux sections précédentes sont belles et elles ne sont pas la halakha. La halakha, elle, tient en trois lignes et n’a besoin d’aucun calcul.

— On se tait pendant la ’hazara, savant ou non (O.H. 124:3).

— On écoute et on répond amen, en se considérant comme le seul à écouter (O.H. 124:4).

— On ne tient aucune conversation profane, et l’on reprend celui qui en tient (O.H. 124:7).

Pendant les Sélihot, ce point cesse d’être théorique : on est venu demander l’ouverture d’un dossier, et l’on répète devant le tribunal l’ordre même que le Saint béni soit-Il a montré à Moché. Le silence de l’assemblée n’est pas une politesse : c’est la condition de l’audience.

Pour toute question pratique — jusqu’où va l’interdiction, que faire quand on est arrivé en retard, comment reprendre quelqu’un sans le blesser — la réponse se demande à son Rav. Les usages séfarades sont exposés dans le Yalkout Yossef et le Hazon Ovadia.

🎯 Teste-toi

Cinq questions. Clique sur une réponse.

1
Que répond Rabban Gamliel à ceux qui disent que la ’hazara est faite pour les ignorants ?
Roch Hachana 34b. L’objection s’arrête à la première moitié de la Guemara ; la réponse est dans la seconde.
2
Selon O.H. 124:4, que risque-t-il de se passer s’il n’y a pas neuf personnes attentives ?
C’est pourquoi chacun doit se considérer comme s’il n’y avait personne d’autre que lui pour écouter.
3
Dans Berakhot 34a, à quoi ressemblent les berakhot du milieu ?
Les trois premières sont la louange, les trois dernières le congé ; la demande est au milieu.
4
Selon Roch Hachana 17b, comment le Saint béni soit-Il a-t-Il montré à Moché l’ordre de la prière ?
« Il s’enveloppa comme un chaliah tsibbour et lui montra l’ordre de la prière. »
5
Combien de berakhot compte la Amida de Chabbat ?
Sept — et le midrach de Béréchit Rabba 11:8 donne au Chabbat la Knesset Israël pour conjoint.

Résultat

📅 Sept jours autour de la ’hazara
Jour 1
Assister à une ’hazara entière sans dire un mot à personne. Constater ce que cela coûte.
Jour 2
Répondre amen à chaque berakha, à voix audible, du début à la fin.
Jour 3
Lire O.H. 124:4 et se demander honnêtement si l’on fait partie des neuf.
Jour 4
Lire le passage de Roch Hachana 17b sur l’ordre de la prière montré à Moché.
Jour 5
Repérer, dans la Amida de semaine, où finissent les trois premières et où commencent les trois dernières.
Jour 6
Aux Sélihot, écouter les Treize Middot en sachant d’où vient leur ordre.
Jour 7
Reprendre quelqu’un qui parle — une fois, doucement, et sans humilier.
Quatre étapes pratiques
🏠

Chalom Bayit — La bouche à la maison

Mon alliance de paix — la paix commence à la maison. Découvre une carte Chalom Bayit.

🔢

Guématria — Rav Menaché

Connexions cachées dans les noms selon Rav Menaché zatsal.

🔢 Cours de guématria
📝

Étude Torah

Approfondis le Baal HaTourim et Rachi sur la Paracha Devarim.

📝 Beith Hamidrach
📚

Toutes les Parachiot

Tous les cours de M. Yéhouda Himi — de Béréchit à Devarim et les fêtes.

📚 Toutes les Parachiot
📕

Livres

La sagesse de la Torah en format thriller — Éditions Gueoula.

🌙

Interprétation des rêves

As-tu rêvé ? Vérifie sa signification selon Rav Almoli.

🌙 Rêves
🎬

Vidéos

Shiourim vidéo sur les fêtes, la ménora et les secrets du Michkan.

🎬 Vidéos
💡

Boîte à idées

Une idée, une remarque, une suggestion pour le site ? Partage-la avec nous.

💡 Boîte à idées
🤝

Maasser

Donne ta part de Maasser et participe à la diffusion de la Torah.

🤝 Maasser
📨 Recevoir le cours hebdomadaire
Chaque semaine, directement dans votre boîte. Sans spam. Désinscription en un clic.
🕯️ Dédier ce cours
Dédie ce cours pour les jours de Bein HaMetsarim — à la mémoire, pour la guérison ou la réussite.
🧱 Voir le mur des dédicaces →
Les Gardiens de la Faille

Les Gardiens de la Faille

Un thriller mystique · David Goldberg

Quarante-neuf portes s'ouvrent — la cinquantième se cache dans un seul instant. Un secret ancien resurgit, et un homme se dresse entre la faille et le monde. Puisé dans le Talmud et la Kabbale.

📖 Lire l'extrait gratuit · Livre $9.90