La terre, l’homme et la porte
Au troisième jour, un mot manque. L’ordre disait un arbre-fruit faisant du fruit ; le récit dit un arbre faisant du fruit.
Béréchit Rabba 5:9 : « trois sont entrés en jugement et quatre en sont sortis condamnés » — la terre est jugée avec Adam, Hava et le serpent.
L’ordre fut donné à l’homme seul, avant que la femme ne soit formée. Il était le dépositaire.
Ce qui ressort de sa bouche porte une clôture que l’ordre ne contenait pas — et c’est par cette clôture que le serpent entre.
Le verdict nomme deux choses : « parce que tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé ». Et une troisième n’était forcée par rien : sa réponse.
Deux versets se suivent. Lisons-les de près.
« Et la terre fit sortir… un arbre faisant du fruit » (Béréchit 1,12)
Le mot péri a disparu entre l’ordre et l’exécution. Rachi, au nom du midrach : « que le goût du bois soit comme le goût du fruit — et elle n’a pas fait ainsi… c’est pourquoi, lorsque l’homme fut maudit pour sa faute, elle fut elle aussi visitée pour la sienne et maudite » (Rachi sur 1,11).
Le midrach ne tranche pas. Il donne deux voies, et il faut les connaître toutes les deux.
— Rabbi Yehouda bar Rabbi Chalom : elle a transgressé l’ordre. Il avait été dit que le fruit se mange et que le bois se mange ; elle a fait que le fruit se mange et non le bois.
— Rabbi Pin'has : elle a dépassé l’ordre — même les arbres stériles ont donné des fruits, elle s’est empressée de faire la volonté de son Créateur. Et le midrach demande alors : selon Rabbi Pin'has, pourquoi fut-elle maudite ?
Ce n’est pas la lecture du midrach, et l’on ne s’appuiera pas dessus pour trancher quoi que ce soit. C’est une manière d’entendre la symétrie que le midrach installe en asseyant les quatre au même tribunal.
Comptons les versets. L’ordre est donné en 2,16. La femme n’est formée qu’en 2,22 — six versets plus loin. Elle n’a donc pas entendu l’ordre : elle l’a reçu de lui.
Écoutons maintenant ce qui ressort, quand le serpent interroge.
Ce qui est dit au serpent : « vous n’en mangerez pas et vous n’y toucherez pas, de peur que vous ne mouriez » (3,3)
Une clôture est apparue. Béréchit Rabba 19:3 s’arrête précisément là et cite Michlé 30,6 : « n’ajoute pas à Ses paroles, de peur qu’Il ne te confonde et que tu ne sois trouvé menteur ». Puis Rabbi 'Hiya enseigne : ne fais pas la clôture plus grande que l’essentiel, de peur qu’elle ne tombe et n’abatte les plants.
Il vaut la peine de remarquer où cela tombe. Selon Rabbi Pin'has, la terre a été jugée pour avoir dépassé l’ordre. L’homme tiré d’elle tombe par un dépassement de l’ordre. La symétrie n’est pas une image : elle est dans les mots.
La question mérite d’être posée sans détour : de quoi exactement Adam est-il déclaré coupable ? Le verset du verdict le dit, et il nomme deux choses.
La première chose nommée n’est pas d’avoir mangé. C’est d’avoir écouté une voix à la place de celle qui lui avait confié le dépôt.
Mais il y a une troisième chose, et c’est la seule que rien ne rendait inévitable. À la question ayéka, où es-tu, il répond :
Quoi qu’on pense du caractère inévitable de la faute elle-même, cette phrase-là n’était commandée par rien. C’est le seul endroit du récit où le choix se voit à l’œil nu — et c’est exactement là que tombe le jugement.
Le patron ne posait pas une question : il avait tout vu. Sa question était une porte tenue ouverte, et il suffisait de dire « c’est moi ». En répondant ainsi, l’employé a fait trois choses que le vol ne contenait pas : il a menti à qui savait déjà, il a chargé un innocent, et il a refusé la porte. Mille euros se remboursent ; cela, non. On ne le renverra plus pour le vol — on le renverra pour la réponse.
Reste la question qui pèse le plus lourd : si la faute devait arriver, pourquoi la sanction ?
Le Rambam refuse la prémisse, et il la refuse avec le verset du jardin lui-même. Hilkhot Techouva 5:1 : « permission est donnée à tout homme » — et sa preuve est « voici l’homme est devenu comme l’un de nous, connaissant le bien et le mal » (Béréchit 3,22). Puis 5:2 : « que cette chose ne traverse pas ta pensée… que le Saint béni soit-Il décrète sur l’homme dès sa formation d’être juste ou méchant. Il n’en est pas ainsi. »
La Guemara, elle, connaît des fautes qui furent disposées — et elle dit pourquoi. À propos de David et du veau d’or : « ni David n’était fait pour cet acte, ni Israël n’étaient faits pour cet acte… alors pourquoi l’ont-ils fait ? Pour te dire que si un individu a fauté, on lui dit : va voir l’individu ; et si une communauté a fauté, on leur dit : allez voir la communauté » (Avoda Zara 4b-5a). Le motif donné n’est pas la fatalité : c’est d’ouvrir une porte.
Trois choses se dégagent, et aucune n’est théorique au mois d’Éloúl.
— Ne pas ajouter à ce qu’on transmet. Une clôture posée par prudence sur un enseignement qu’on répète peut tomber, et emporter l’enseignement avec elle. Cela vaut pour un père, un enseignant, un aîné.
— Répondre à la question posée. Ayéka ne demandait pas qui était responsable : elle demandait où il était. Une bonne partie de la téchouva consiste à ne pas répondre à côté.
— Ne pas designer celui qui a donné. C’est le point que le Talmud retient et nomme. Rendre l’autre responsable de ce qu’on a fait de son don est une faute distincte de la faute elle-même.
Adam a mis longtemps à apprendre ce que Caïn a compris tout de suite. La différence entre eux n’est pas la gravité de la faute : c’est une phrase — j’ai fait téchouva — et le moment où elle est dite.
🎯 Teste-toi
Cinq questions. Clique sur une réponse.
Résultat
Chalom Bayit — La bouche à la maison
Mon alliance de paix — la paix commence à la maison. Découvre une carte Chalom Bayit.
Guématria — Rav Menaché
Connexions cachées dans les noms selon Rav Menaché zatsal.
🔢 Cours de guématriaToutes les Parachiot
Tous les cours de M. Yéhouda Himi — de Béréchit à Devarim et les fêtes.
📚 Toutes les ParachiotLivres
La sagesse de la Torah en format thriller — Éditions Gueoula.
Boîte à idées
Une idée, une remarque, une suggestion pour le site ? Partage-la avec nous.
💡 Boîte à idées
Les Gardiens de la Faille
Quarante-neuf portes s'ouvrent — la cinquantième se cache dans un seul instant. Un secret ancien resurgit, et un homme se dresse entre la faille et le monde. Puisé dans le Talmud et la Kabbale.
📖 Lire l'extrait gratuit · Livre $9.90