Chémot 13:17 · commentaire 1
מצרף לכסף וכור לזהב ובוחן לבות ה' (משלי יז, ג)
« Le creuset pour l’argent et le fourneau pour l’or, et celui qui éprouve les cœurs, c’est l’Éternel » (Proverbes 17,3).
Chémot · RABBÉNOU BÉ’HAYÉ
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מצרף לכסף וכור לזהב ובוחן לבות ה' (משלי יז, ג)
« Le creuset pour l’argent et le fourneau pour l’or, et celui qui éprouve les cœurs, c’est l’Éternel » (Proverbes 17,3).
שלמה המלך ע"ה יזהיר בכתוב הזה (משלי יז) על האדם שיזכך מחשבתו ושיתקן מדות הלב לפי שהלב הוא עקר כל האברים שבגוף וכל האברים משוכים אחריו ומשועבדים אליו, והוא באמצע הגוף מושל עליהם מנהיג אותם ומשפיע כחו בכלם, וכלם עבדיו ומשרתיו, ודמיונו כמלך באמצע המדינה משגיח בכל סביבותיו ומצוה על אנשי המדינה איך יתנהגו, ולפי שחיי שאר כל האברים תלוים בלב לכך נקרא הקב"ה שהוא חיי כל הנמצאים כלם בלשון לב הוא שכתוב (תהלים עג) צור לבבי וחלקי אלהים לעולם, וכשם שפעולות הלב להנהיג ולהשגיח על כל האברים שבאדם כך הקב"ה מנהיג כל הנמצאים כלם ומשגיח בכל הקצוות כענין שכתוב (שמות ח) כי אני ה' בקרב הארץ, עקר התורה כלה תלויה בלב.
Le roi Shelomo, paix sur lui, avertit dans ce verset (Proverbes 17) l’homme de purifier sa pensée et de réparer les attributs du cœur, parce que le cœur est le principe de tous les organes qui sont dans le corps, que tous les organes sont tirés après lui et asservis à lui, et qu’il est au milieu du corps, il domine sur eux, les conduit, et répand sa force en tous ; tous sont ses serviteurs et ses ministres, et son image est celle d’un roi au milieu du pays, qui veille sur tous ses alentours et donne ordre aux gens du pays sur la façon de se conduire ; et parce que la vie de tous les autres organes dépend du cœur, c’est pourquoi le Saint, béni soit-Il, qui est la vie de tous les êtres, est appelé par l’expression de « cœur », c’est ce qui est écrit (Psaumes 73,26) « le rocher de mon cœur et ma part, Dieu pour toujours » ; et de même que les actions du cœur sont de conduire et de veiller sur tous les organes qui sont en l’homme, ainsi le Saint, béni soit-Il, conduit tous les êtres et veille sur toutes les extrémités, selon ce qui est écrit (Exode 8,18) « car Je suis l’Éternel au sein de la terre » ; le principe de toute la Torah dépend du cœur.
וכן התורה חתומה בלב מבראשית עד לעיני כל ישראל, לקוחה מן החכמה שיש בה ל"ב נתיבות פליאות חכמה, ולפי שכל פעולותיו של אדם תלויות בלב ע"כ יזהיר שלמה שיזהר האדם במדות הלב והודיענו שכל המחשבות הנעלמות בלב גלויות הם אצל הש"י כי הוא יודע המחשבות ובוחן הלבבות אי זה הוא לב טוב ואי זה הוא לב רע, וז"ש הכתוב מצרף לכסף וכור לזהב ובוחן לבות ה', יאמר כשם שהצורף בוחן את הכסף במצרף ואת הזהב בכור והוא כלי חרש העשוי לזקק בו הזהב ורואה הכסף אם הוא כסף סיגים או כסף נבחר וכן הזהב, כן הש"י בוחן לבות אי זה הוא שלם או חסר, ולמדנו מזה שהלב השלם והמחשבה הטובה נמשלים לכסף צרוף והלב החסר והמחשבה הרעה נמשלים לכסף סיגים, הלב הטוב סופו שיבא לידי פעולה טובה כשם שהכסף הנבחר סופו שיבא לידי מלאכה טובה והלב הרע סופו שיבא לידי פעולה רעה כשם שכסף הסיגים לא יצלח למלאכה.
Et de même la Torah est scellée dans le cœur, de « Bereshit » à « le-einei kol Yisra’el », tirée de la sagesse qui comprend trente-deux sentiers merveilleux de sagesse ; et parce que toutes les actions de l’homme dépendent du cœur, c’est pourquoi Shelomo avertit que l’homme se garde dans les attributs du cœur, et nous fit savoir que toutes les pensées cachées dans le cœur sont découvertes devant le Nom, béni soit-Il, car Il connaît les pensées et éprouve les cœurs, lequel est bon cœur et lequel est mauvais cœur ; et c’est ce que dit l’Écriture « le creuset pour l’argent et le fourneau pour l’or, et celui qui éprouve les cœurs, c’est l’Éternel » : il dit : de même que l’orfèvre éprouve l’argent au creuset et l’or au fourneau — c’est un ustensile d’argile fait pour raffiner l’or — et voit si l’argent est un argent de scories ou un argent choisi, et de même l’or, ainsi le Nom, béni soit-Il, éprouve les cœurs : lequel est complet ou défaillant ; et nous apprenons de là que le cœur complet et la bonne pensée sont comparés à l’argent raffiné, et le cœur défaillant et la mauvaise pensée à l’argent de scories ; le bon cœur finira par en venir à une bonne action, comme l’argent choisi finira par en venir à un bon ouvrage, et le mauvais cœur finira par en venir à une mauvaise action, comme l’argent de scories ne réussit pas pour un ouvrage.
עוד יכלול ובוחן לבות שהוא מדבר ליום הדין הגדול של תחית המתים ומדבר בבינונים והם מחצה עונות ומחצה זכיות ואם אין בכלל אותם עונות עון פושעי ישראל בגופן דינן כצדיקים גמורים דקיימא לן כבית הלל ורב חסד מטה כלפי חסד, אבל אם יש בכלל אותם עונות עון פושעי ישראל בגופן א"א להם בלא גיהנם ואפילו לבית הלל, וזהו הצרוף האמור כאן מצרף לכסף וכור לזהב, שעתיד הקב"ה שיצרפם ויבחנם כענין שכתוב (זכריה יג) והבאתי את השלישית באש וצרפתים כצרוף את הכסף ובנתים כבחון את הזהב, ומלת כור תעיד על האש,
Encore, « et celui qui éprouve les cœurs » peut inclure qu’il parle du grand jour du jugement de la résurrection des morts, et qu’il parle des intermédiaires (beinonim), qui ont moitié de fautes et moitié de mérites ; et s’il n’y a pas parmi leurs fautes la faute des « transgresseurs d’Israël en leur corps », leur jugement est comme celui des justes complets, car nous suivons Beit Hillel, et Celui qui est abondant en bonté incline vers la bonté ; mais s’il y a parmi leurs fautes la faute des « transgresseurs d’Israël en leur corps », il leur est impossible d’échapper à la Géhenne, même selon Beit Hillel ; et c’est l’affinage dit ici « le creuset pour l’argent et le fourneau pour l’or », car le Saint, béni soit-Il, est destiné à les affiner et à les éprouver, comme il est écrit (Zacharie 13,9) « et Je ferai passer le tiers par le feu et Je les affinerai comme on affine l’argent, et Je les éprouverai comme on éprouve l’or » ; et le mot « fourneau » (kour) témoigne du feu,
וכנה גיהנם שהוא מקום המשפט לכור שהוא כלי ההתכה וזהו מצרף לכסף וכור לזהב, ולמי לבינונים שיש בכלל עונותיהם עון פושעי ישראל בגופן, וזהו בוחן לבות ה' כי לשון בחינה אינו נופל אלא על הבינונים כי הצדיקים הגמורים והרשעים הגמורים אין בהם צורך בחינה שהרי דינם נגמר ונחתך שאלו לחיי העוה"ב ואלו לגיהנם, וכענין שכתוב (דניאל יב) אלה לחיי עולם ואלה לחרפות לדראון עולם, אבל הבינונים והם המעויינים הם הם שצריכים בחינה אם יזכו ויהיו מכת הצדיקים או לא יזכו ויהיו מכת הרשעים זה צריך בחינת ה' יתברך לפי שקול דעתו יתברך,
et il désigne la Géhenne, qui est le lieu du jugement, par « fourneau », qui est l’ustensile de la fonte ; et c’est « le creuset pour l’argent et le fourneau pour l’or » ; et pour qui ? Pour les intermédiaires dont les fautes comprennent la faute des « transgresseurs d’Israël en leur corps » ; et c’est « et celui qui éprouve les cœurs, c’est l’Éternel », car l’expression « épreuve » ne s’applique qu’aux intermédiaires, car les justes complets et les impies complets n’ont pas besoin d’épreuve, puisque leur jugement est achevé et tranché : ceux-ci pour la vie du monde à venir, et ceux-là pour la Géhenne, selon ce qui est écrit (Daniel 12,2) « ceux-ci pour la vie éternelle, et ceux-là pour l’opprobre, pour l’horreur éternelle » ; mais les intermédiaires, qui sont ceux qui sont en balance, ce sont eux qui ont besoin d’épreuve : s’ils méritent et seront de la catégorie des justes, ou s’ils ne méritent pas et seront de la catégorie des impies, cela demande l’épreuve du Nom, béni soit-Il, selon Son appréciation, béni soit-Il,
ועוד יכלול ובוחן לבות שהוא יתברך מביאם לידי בחינה ונסיון, כי מלבד שהוא בוחן אותם ויודע אותם לעצמו עוד הוא בוחן אותם לאחרים כלומר מביאם לידי בחינה כדי לפרסם זכות לבם לבריות כענין שכתוב וצרפתים כצרוף את הכסף ובחנתים כבחון את הזהב, וידוע שאין הקב"ה בוחן אלא הצדיקים, הוא שכתוב (תהלים יא) ה' צדיק יבחן, משל למה"ד ליוצר שמוכר הכלים אינו בודק המרועע שבהם אלא החזק שבהם, הבחינה והנסיון אינו צורך להקב"ה שהרי המחשבה הצפונה בלב גלויה היא אצלו ולכך אמר ובוחן לבות ה',
et encore, « et celui qui éprouve les cœurs » peut inclure qu’Il les amène, béni soit-Il, à l’épreuve et à l’examen (nissayon), car outre qu’Il les éprouve et les connaît pour Lui-même, Il les éprouve aussi pour les autres, c’est-à-dire qu’Il les amène à l’épreuve pour rendre publique le mérite de leur cœur aux créatures, selon ce qui est écrit « et Je les affinerai comme on affine l’argent, et Je les éprouverai comme on éprouve l’or » ; et il est connu que le Saint, béni soit-Il, n’éprouve que les justes, c’est ce qui est écrit (Psaumes 11,5) « l’Éternel éprouve le juste » ; parabole : à quoi cela ressemble-t-il ? À un potier qui vend des ustensiles : il ne teste pas les fêlés d’entre eux mais les solides d’entre eux ; l’épreuve et l’examen ne sont pas un besoin pour le Saint, béni soit-Il, puisque la pensée cachée dans le cœur est découverte devant Lui ; et c’est pourquoi il dit « et celui qui éprouve les cœurs, c’est l’Éternel »,
וכן הזכיר שלמה ע"ה (משלי טו) שאול ואבדון נגד ה' אף כי לבות בני אדם, באור הכתוב אם הנעלם שבמעמקי הארץ הוא נגלה אצלו יתברך והוא מפורסם אצלו ובחון אליו כ"ש הלב שהיא משכן נפש החכמה אשר האציל מרוח קדשו שהוא נגלה אצלו ובחון אליו, אבל הצורך בזה הוא לבריות העולם שאינם יודעים בנעלם רק בנגלה ובמה שהוא נראה לעינים כענין שכתוב (שמואל א טז) כי האדם יראה לעינים וה' יראה ללבב, וכאשר יבחן הצדיק ותצא מחשבתו הזכה ולבו הטהור מן הכח אל הפעל אז יתפרסם גודל חיוב העבודה ויתקדש שם שמים בעולם כענין הנסיון באברהם שכתוב בו (בראשית כב) והאלהים נסה את אברהם,
et de même Shelomo, paix sur lui, mentionna (Proverbes 15,11) « le shéol et l’abîme sont devant l’Éternel, combien plus les cœurs des fils de l’homme » : l’explication du verset est : si ce qui est caché dans les profondeurs de la terre est découvert devant Lui, béni soit-Il, et est public auprès de Lui et sondé par Lui, a fortiori le cœur, qui est la demeure de l’âme de sagesse qu’Il a émanée de Son esprit saint, qui est découvert devant Lui et sondé par Lui ; mais le besoin en est pour les créatures du monde, qui ne connaissent pas le caché mais seulement le révélé et ce qui est visible aux yeux, selon ce qui est écrit (I Samuel 16,7) « car l’homme voit ce qui est devant les yeux, et l’Éternel voit le cœur » ; et lorsque le juste est éprouvé et que sa pensée pure et son cœur pur sortent de la puissance à l’acte, alors se manifeste la grandeur de l’obligation du service et le Nom du Ciel est sanctifié dans le monde, comme dans l’épreuve d’Abraham, où il est écrit (Genèse 22,1) « et Dieu éprouva Abraham »,
ולא היה הנסיון כי אם לפרסם חיוב העבודה אצל הבריות וזהו שאמר לו הש"י (שם) כי עתה ידעתי כי ירא אלהים אתה, באורו הדבר נודע לכל מעתה כי ירא אלהים אתה, וכענין הנסיון בישראל, כשיצאו ממצרים שרוב הנסים אשר נעשו להם במדבר היו כדי לבחון את לבם ולהביאם לידי נסיון כענין קריעת ים סוף שלא נקרע הים להם ביחד לעשות להם בתוכו שביל ארוך מתחלתו ועד סופו אלא מעט מעט כי הים היה נס מפניהם ומדי עברם היו רואים הים לעיניהם וכן אמר דוד ע"ה (תהלים קיד) הים ראה וינוס, וכענין ירידת המן שלא היה יורד להם ביחד לחדש אחד או לשני חדשים אלא דבר יום ביומו,
et l’épreuve n’eut lieu que pour rendre publique l’obligation du service auprès des créatures ; et c’est ce que le Nom, béni soit-Il, lui dit (ibid. 12) « car maintenant J’ai su que tu crains Dieu » : son explication : la chose est connue de tous désormais « que tu crains Dieu » ; et ainsi dans l’épreuve d’Israël quand ils sortirent d’Égypte, où la plupart des miracles qui furent faits pour eux dans le désert l’étaient pour éprouver leur cœur et les amener à l’épreuve : comme dans la fente de la mer des Joncs, où la mer ne fut pas fendue pour eux d’un coup pour leur faire en elle un long chemin du début à la fin, mais peu à peu, car la mer fuyait devant eux, et à mesure qu’ils passaient ils voyaient la mer devant leurs yeux ; et ainsi dit David, paix sur lui (Psaumes 114,3) « la mer le vit et s’enfuit » ; et comme dans la descente de la manne, qui ne descendait pas pour eux d’un coup pour un mois ou deux mois, mais la chose d’un jour dans son jour,
ולמה הוצרך לעשות כן כדי להרגיל את טבעם במדרגת הבטחון, ושיהיו עיניהם תלוים בכל יום ויום לאביהם שבשמים וכדי להבחין את לבם לראות אם יהרהרו אחר מדותיו של הקב"ה. וכן כששלח פרעה לישראל הוליכם הש"י דרך המדבר והכל היה לנסותם ולבחון את לבם כשיצאו עם נשיהם וטפם במדבר ההוא הגדול והנורא נחש שרף ועקרב, והיה אפשר להוליכם בדרך הקרוב הוא ארץ פלשתים ולא עשה, וזהו שכתוב.
et pourquoi fallut-il faire ainsi ? Pour habituer leur nature au degré de confiance (bita‘hon), et pour que leurs yeux soient tournés chaque jour vers leur Père qui est aux cieux, et pour éprouver leur cœur pour voir s’ils contesteraient les attributs du Saint, béni soit-Il. Et de même, quand Pharaon renvoya Israël, le Nom les mena par le chemin du désert, et tout cela était pour les mettre à l’épreuve et éprouver leur cœur, quand ils sortirent avec leurs femmes et leurs enfants dans ce grand et redoutable désert, serpent brûlant et scorpion ; et il était possible de les mener par le chemin proche, qui est le pays des Philistins, et Il ne le fit pas, et c’est ce qui est écrit.
ויהי בשלח פרעה את העם ולא נחם אלהים דרך ארץ פלשתים כי קרוב הוא כי אמר אלהים פן ינחם העם בראותם מלחמה ושבו מצרימה. פן ינחם העם. אין ספק כלפי הקב"ה שהרי יודע היה כי ינחם העם אם יוליכם הדרך הקרוב, אבל באור פן ינחם כדי שלא ינחם, וכן אמרו רז"ל כל מקום שנאמר פן ואל אינו אלא לא תעשה, וכמוהו (בראשית ג) ועתה פן ישלח ידו שפירושו כדי שלא ישלח ידו, יאמר אין ראוי לי לתת לו הזמנה שיקח מעץ החיים ויאכל ממנו ותהיה גזרתי בטלה, וכן בכאן הוליכם בדרך המדבר ולא דרך ארץ פלשתים שלא לתת להם הזמנה שישובו למצרים מן הדרך ההוא הקרוב.
« Et quand Pharaon renvoya le peuple, Dieu ne les conduisit pas par le chemin du pays des Philistins, bien qu’il fût proche, car Dieu dit : de peur que le peuple ne change d’avis en voyant la guerre, et ne retourne en Égypte. » « De peur que le peuple ne change d’avis » : il n’existe aucune incertitude pour le Saint, béni soit-Il, puisqu’Il savait que le peuple changerait d’avis s’Il les menait par le chemin proche ; mais l’explication de « de peur qu’il se repente » est : afin qu’il ne change d’avis pas ; et ainsi ont dit nos Sages de mémoire bénie : partout où il est dit « pen » ou « al », ce n’est qu’une interdiction ; et de même (Genèse 3,22) « et maintenant, de peur qu’il n’étende sa main » dont l’explication est : afin qu’il n’étende pas sa main ; il dit : il ne me convient pas de lui donner l’occasion de prendre de l’arbre de vie et d’en manger, et que mon décret soit annulé ; et de même ici, Il les conduisit par le chemin du désert et non par le chemin du pays des Philistins, pour ne pas leur donner l’occasion de retourner en Égypte par ce chemin proche.
בראותם מלחמה. ואע"פ שראו מלחמה בדרך המדבר והיא מלחמת עמלק לא היתה מלחמת עמלק ראויה שישובו בעבורה למצרים, ועוד שלא עברו ישראל עליהם אבל הם באו ממרחק מתנכרים באותות ומופתים שנעשו לישראל שכבר שמעו אותם ורצו לבא עליהם להלחם כנגדם כמתגברים על הקב"ה, ודרשו רבותינו ז"ל מה אם כשהלכו דרך מעוקם אמרו נתנה ראש ונשובה מצרימה אלו הוליכם דרך פשוטה על אחת כמה וכמה.
« En voyant la guerre. » Et bien qu’ils aient vu une guerre sur le chemin du désert, qui est la guerre d’Amaleq, la guerre d’Amaleq n’était pas de nature à les faire retourner en Égypte, et en outre Israël ne passa pas par eux, mais ils vinrent de loin, méconnaissant les signes et les prodiges qui avaient été faits pour Israël, qu’ils avaient déjà entendus, et ils voulurent venir sur eux pour les combattre, en se montrant puissants contre le Saint, béni soit-Il ; et nos maîtres de mémoire bénie ont interprété : si, lorsqu’ils allaient par un chemin détourné, ils ont dit « donnons-nous un chef et retournons en Égypte », s’Il les avait menés par un chemin direct, à plus forte raison.
וכתב רבינו חננאל ז"ל שהוליכם דרך המדבר לסבה אחרת והיא כדי להרבות להם אותות ומופתים כי אילו הוליכם דרך ארץ פלשתים הקרוב ויתן הקב"ה בלבם שיתנו להם רשות לעבור דרך ארצם ושלא יעכבו אותם כלל היה האות קל ועל כן חייבה החכמה להסב אותם דרך המדבר להיות האותות רבים וגדולים בירידת המן ועלית השלו והוצאת מים מן הצור כי כפי מה שנתרחקו מן הישוב יגדל האות והמופת שיעמוד מין האדם במקומות ההם, וכן דרך ה' יתברך בעשותו אותות ומופתים עם הצדיקים שהוא עושה להם נס בתוך נס להגדיל האות והמופת כי כן מצינו בחנניה מישאל ועזריה כשהושלכו לכבשן האש והיה אפשר באות קל בכבוי האש ולהגדיל האות והמופת היה האש בתוקף כחה ולא הזיקה אותם כענין שכתוב (דניאל ג׳:כ״ז) די לא שלט נורא בגשמיהון ושער ראשהון לא התחרך וריח נור לא עדת בהון,
Et Rabbénou ‘Hananel, de mémoire bénie, écrivit qu’Il les mena par le chemin du désert pour une autre raison, qui est de multiplier pour eux les signes et les prodiges ; car s’Il les avait menés par le chemin du pays des Philistins, qui est proche, et que le Saint, béni soit-Il, eût mis dans leur cœur de leur donner permission de traverser leur pays et de ne pas les retenir du tout, le signe eût été léger ; et c’est pourquoi la sagesse exigea de les faire tourner par le chemin du désert, pour que les signes soient nombreux et grands dans la descente de la manne, la montée des cailles, la sortie de l’eau du rocher ; car à mesure qu’ils s’éloignaient de la terre habitée, le signe et le prodige grandissaient de ce que le genre humain tienne dans ces lieux-là ; et telle est la voie du Saint, béni soit-Il, quand Il fait des signes et des prodiges avec les justes : Il leur fait un miracle dans un miracle pour agrandir le signe et le prodige, car nous le trouvons pour ‘Hananya, Mishaël et Azarya quand ils furent jetés dans la fournaise de feu : il était possible, par un signe léger, d’éteindre le feu ; et pour agrandir le signe et le prodige, le feu fut dans la force de sa puissance et ne leur fit pas de mal, selon ce qui est écrit (Daniel 3,27) « le feu n’avait pas eu de pouvoir sur leurs corps, et le poil de leur tête n’était pas brûlé, et l’odeur du feu n’était pas passée sur eux »,
גם דניאל היה אפשר זה באות קל שימית הקב"ה את האריות ולהגדיל האות הניחם חיים ולא הזיקוהו, הוא שכתוב (שם ו) אלהי שלח מלאכיה וסגר פום אריותא ולא חבלוני, גם גדעון שבא להלחם עם מדין היה מחנה מדין כחול אשר על שפת הים והיה אפשר לעשות אות שינצח אותם בעשרת אלפים איש או במחציתם ודי מזה אות גדול וכדי להגדיל האות נצח אותם בשלש מאות איש כי כן כתיב (שופטים ז׳:ב׳) רב העם אשר אתך מתתי את מדין בידם פן יתפאר עלי ישראל לאמר ידי הושיעה לי וכתיב (שם) ועתה קרא נא באזני העם לאמר מי ירא וחרד ישוב ויצפור מהר הגלעד וישב מן העם עשרים ושנים אלף ועשרת אלפים נשארו,
de même pour Daniel, il était possible par un signe léger que le Saint, béni soit-Il, fasse mourir les lions ; et pour agrandir le signe Il les laissa vivants et ils ne lui firent pas de mal, c’est ce qui est écrit (ibid. 6,23) « mon Dieu a envoyé son ange et a fermé la gueule des lions, et ils ne m’ont pas fait de mal » ; de même Gedéon, qui vint combattre Midian : le camp de Midian était comme le sable qui est sur le bord de la mer, et il était possible de faire un signe par lequel il les vaincrait avec dix mille hommes ou avec la moitié, et cela suffisait comme grand signe ; et pour agrandir le signe, il les vainquit avec trois cents hommes, car il est écrit (Juges 7,2) « le peuple qui est avec toi est trop nombreux pour que Je livre Midian entre ses mains, de peur qu’Israël ne se glorifie contre Moi en disant : ma main m’a sauvé » ; et il est écrit (ibid. 3) « et maintenant, proclame aux oreilles du peuple : que celui qui est craintif et tremblant s’en retourne et parte de la montagne de Gilad » ; et vingt-deux mille s’en retournèrent du peuple, et dix mille restèrent,
וכתיב (שם) ויאמר ה' אל גדעון עוד העם רב הורד אותם אל המים ואצרפנו לך שם, וכתיב (שם) ויאמר ה' אל גדעון בשלש מאות האיש המלקקים אושיע אתכם ונתתי את מדין בידך.
et il est écrit (ibid. 4) « et l’Éternel dit à Gedéon : le peuple est encore trop nombreux ; fais-les descendre vers l’eau et Je les épurerai pour toi là » ; et il est écrit (ibid. 7) « et l’Éternel dit à Gedéon : par les trois cents hommes qui ont lapé, Je vous sauverai et Je livrerai Midian entre tes mains ».
ודע כי כל עניני ישראל ומקריהם במדבר הכל היה נסיון גמור כדי שיגדלו נפשם השכלית במדרגות הבטחון שהוא שרש האמונה כדי שיהיו ראוים לקבל התורה ולסבה זו קרע להם את הים מדי עברם לתוכו ולא בבת אחת גם אחרי צאתם מים סוף אל מדבר שור ובאו למרה והיו המים מתוקים חזרו ונמררו ועל ידי העץ חזרו למתיקותם וכל זה נסיון גמור וכענין שכתוב (שמות טו) ושם נסהו גם ירידת המן דבר יום ביומו ולא לימים רבים הכל נסיון גמור כענין שכתוב (שם טז) ולקטו דבר יום ביומו למען אנסנו, גם אחרי היותם ברפידים ורפו ידיהם מן התורה שקבלו במרה ובעונש זה בא עמלק ונלחם בהם, כי בעון בטול תורה הצרות באות לעולם, כל הענינים האלה היו נסיון גמור כדי לקבוע בנפשותם מדת הבטחון, ועל זה אמר שלמה המע"ה (משלי כ״ב:י״ט) להיות בה' מבטחך הודעתיך היום אף אתה, יאמר מה שהודעתיך עד היום בספר הזה מן המוסרים והמשלים הכל היה לתועלתך ולהגיע אותך אל שלמות מדת הבטחון כמו שהגעתי אני אליה זהו שאמר אף אתה, באר לנו כי מדת הבטחון עקר גדול ויסוד התורה והמצוה.
Et sache que toutes les affaires d’Israël et leurs événements dans le désert étaient, toutes, une épreuve complète, afin que leur âme intellectuelle grandisse dans les degrés de la confiance (bita‘hon), qui est la racine de la foi, pour qu’ils soient dignes de recevoir la Torah ; et pour cette raison Il leur fendit la mer à mesure qu’ils y entraient et non d’un seul coup ; aussi après leur sortie de la mer des Joncs vers le désert de Shour, quand ils arrivèrent à Mara, et que les eaux étaient douces, elles redevinrent amères, et par le bois elles revinrent à leur douceur ; et tout cela fut une épreuve complète, comme il est écrit (Exode 15,25) « et là Il les éprouva » ; de même, la descente de la manne, la chose d’un jour dans son jour et non pour de nombreux jours, tout cela fut une épreuve complète, comme il est écrit (ibid. 16,4) « et le peuple sortira et recueillera la chose d’un jour dans son jour, afin que Je l’éprouve » ; aussi, après qu’ils furent à Refidim, et que leurs mains se relâchèrent de la Torah qu’ils avaient reçue à Mara, c’est pour cette punition qu’Amaleq vint et leur fit la guerre, car c’est à cause de la négligence de l’étude de la Torah que viennent les malheurs sur le monde ; toutes ces choses furent une épreuve complète pour fixer dans leurs âmes l’attribut de confiance ; et sur cela Shelomo, paix sur lui, dit (Proverbes 22,19) « afin que ta confiance soit en l’Éternel, je te l’ai fait connaître aujourd’hui, toi aussi » ; il dit : ce que je t’ai fait connaître jusqu’à aujourd’hui dans ce livre, en morale et en paraboles, tout cela était pour ton profit et pour te faire parvenir à la perfection de l’attribut de confiance, comme j’y suis parvenu moi-même ; c’est ce qu’il dit « toi aussi » ; il nous expliqua que l’attribut de confiance est un grand principe et un fondement de la Torah et du commandement.
ובמדרש ויהי בשלח פרעה הפה שאמר וגם את ישראל לא אשלח הוא שאמר אנכי אשלח אתכם ואת טפכם ומה שכרו לא תתעב מצרי, הפה שאמר לא ידעתי את ה' חזר ואמר ה' הצדיק ואני ועמי הרשעים ומה שכרו נתן להם קבורה שנאמר (שמות ט״ו:י״ב) נטית ימינך תבלעמו ארץ.
Et dans le Midrash : « et quand Pharaon renvoya » : la bouche qui avait dit « et Israël aussi, je ne le renverrai pas » est celle qui dit « je vous renverrai, vous et vos petits » ; et quelle fut sa récompense ? « Tu n’auras pas en abomination l’Égyptien » ; la bouche qui avait dit « je ne connais pas l’Éternel » revint et dit « l’Éternel est le juste, et moi et mon peuple sommes les impies » ; et quelle fut sa récompense ? On leur donna une sépulture, comme il est dit (Exode 15,12) « Tu étendis ta droite, la terre les engloutit ».
וחמשים עלו בני ישראל. ע"ד הפשט יצאו ישראל ממצרים חלוצים כאנשי צבא היוצאים למלחמה, ואע"פ שאין ישראל כשאר העמים שיהיו צריכים להזדיין כנגד האויבים, דרך התורה לצוות שיתנהג אדם במקצת בדרך הטבע והמקרה ואחרי כן יפעל הנס וכן מצינו שאמר הקב"ה ליהושע (יהושע ח׳:ב׳) שים לך אורב לעיר מאחריה, ועם מלמודי הנסים והנפלאות למה יצטרכו לאורב אלא שרצון התורה בכך שיעשה אדם בדרך הטבע כל מה שבידו לעשות והשאר יניח בידי שמים, וכן אמר שלמה המע"ה (משלי כ״א:ל״א) סוס מוכן ליום מלחמה ולה' התשועה, כלומר חייבים בני אדם להשמר בנפשותיהם ולהכין סוסים וכלי מלחמה והקב"ה יושיע כי התשועה לו לבדו יתברך, ויש שפירשו וחמשים שיצאו ישראל כל אחד מהם בחמשה כלי זיין.
« Et armés, les enfants d’Israël montèrent. » Selon le sens simple (peshat), Israël sortit d’Égypte équipé comme des hommes d’armée qui sortent à la guerre ; et bien qu’Israël ne soit pas comme les autres peuples, qui doivent s’armer contre leurs ennemis, la voie de la Torah est d’ordonner que l’homme se conduise en partie selon la voie de la nature et du hasard, et qu’ensuite le miracle s’accomplisse ; et ainsi nous trouvons que le Saint, béni soit-Il, dit à Yehoshoua (Josué 8,2) « place-toi une embuscade contre la ville, par-derrière » ; pourquoi un peuple habitué aux miracles et aux prodiges aurait-il besoin d’une embuscade ? Mais la volonté de la Torah est que l’homme fasse selon la voie de la nature tout ce qui est en son pouvoir de faire, et laisse le reste aux mains du ciel ; et ainsi dit Shelomo, paix sur lui (Proverbes 21,31) « le cheval est prêt pour le jour du combat, mais à l’Éternel est la délivrance » : c’est-à-dire que les hommes sont tenus de se garder dans leurs personnes et de préparer chevaux et armes de guerre, et le Saint, béni soit-Il, sauvera, car la délivrance est à Lui seul, béni soit-Il ; et certains ont expliqué « hamoushim » : que les enfants d’Israël sortirent chacun avec cinq armes.
וע"ד המדרש וחמשים עלו אחד מחמשה וארבעה חלקים מתו בג' ימי החשך כדי שלא יראו המצריים בפורענותן, ויש אומרים אחד מחמשים ויש אומרים אחד מחמש מאות מכאן ואילך צא וחשוב. ושלשים על כלו, יש אומרים יצאו עליהם ג' מצריים על כל אחד ואחד מישראל ויש אומרים שלשים ויש אומרים ג' מאות, ע"כ במדרש.
Et selon le Midrash : « et hamoushim montèrent » : un sur cinq, et quatre parts moururent pendant les trois jours de ténèbres afin que les Égyptiens ne voient pas leur châtiment ; et certains disent un sur cinquante, et certains disent un sur cinq cents ; à partir de là, va et calcule. « Et des officiers sur toute son armée (ve-shalishim ‘al koullo) » : certains disent : trois Égyptiens sortirent contre chacun d’Israël ; et certains disent trente ; et certains disent trois cents ; fin, dans le Midrash.
ובאור הענין כי מי שאומר אחד מחמשה א"כ היו תחלה ישראל ה' פעמים ס' רבוא שהם שלש מאות רבוא ודעתו כי ושלשים על כולו באורו שלש מאות מצריים על כלו על כל אחד ואחד מישראל, ויעלה העם תשעים אלף רבוא שיצאו המצריים עליהם, וכן מצינו במדרש כשירד הקב"ה למצרים ירדו תשעים אלף רבוא של מלאכי חבלה במחנה מצרים. ומי שאמר אחד מחמשים היו ישראל ג' אלף רבוא ודעתו כי ושלשים באורו שלשים על כל אחד ואחד הרי ל' פעמים ג' אלף רבוא הם תשעים אלף רבוא.
Et l’explication de la chose : celui qui dit « un sur cinq » : alors Israël était d’abord cinq fois soixante myriades, qui sont trois cents myriades ; et son avis est que « et trente sur tout (lui) », son explication : trois cents Égyptiens sur tout (lui), sur chacun d’Israël ; et le peuple s’élèvera à quatre-vingt-dix mille myriades qui sortirent contre eux, les Égyptiens ; et ainsi nous trouvons dans le Midrash que lorsque le Saint, béni soit-Il, descendit en Égypte, descendirent quatre-vingt-dix mille myriades d’anges destructeurs dans le camp d’Égypte. Et celui qui dit « un sur cinquante » : Israël était trois mille myriades, et son avis est que « et trente » : son explication : trente contre chacun, ce qui fait trente fois trois mille myriades, soit quatre-vingt-dix mille myriades.
ומי שאומר אחד מחמש מאות היו ישראל תחלה שלשים אלף רבוא ודעתו כי ושלשים ג' על כל אחד ואחד והם תשעים אלף רבוא. הרי חשבון כל החכמים מכוון שיצאו המצריים עליהם בתשעים אלף רבוא בין למי שאומר אחד מחמשה בין למי שאומר אחד מחמשים בין למי שאומר אחד מחמש מאות עם צרוף החשבון ושלשים על כלו לפי דעתו וסברתו של כל אחד מהם וכנגדן הוציא עליהם הקב"ה תשעים אלף מלאכי חבלה זה באור המדרש הזה.
Et celui qui dit « un sur cinq cents » : Israël était d’abord trente mille myriades, et son avis est que « et trois » (shelishim = trois) contre chacun, et cela fait quatre-vingt-dix mille myriades. Voici que le calcul de tous les sages est exact : les Égyptiens sortirent contre eux au nombre de quatre-vingt-dix mille myriades, aussi bien selon celui qui dit un sur cinq que selon celui qui dit un sur cinquante ou un sur cinq cents, avec l’ajout du calcul « et trente sur tout (lui) » selon l’avis et l’opinion de chacun d’eux ; et en regard d’eux le Saint, béni soit-Il, fit sortir quatre-vingt-dix mille anges destructeurs sur eux ; voilà l’explication de ce Midrash.
ותמצא מלת וחמשים חסר וא"ו וחמשים כתיב ללמדך שהתורה שנתנה לחמשים יום היתה תכלית מה שעלו בני ישראל מארץ מצרים, ועוד יש בו רמז לחמשים פעמים שנזכרה יציאת מצרים בתורה.
Et tu trouves le mot « hamoushim » écrit défectivement, sans vav, « hamishim », pour t’enseigner que la Torah, donnée au bout de cinquante jours, fut le but pour lequel les enfants d’Israël montèrent du pays d’Égypte ; et encore il y a là une allusion aux cinquante fois que la sortie d’Égypte est mentionnée dans la Torah.
ויקח משה את עצמות יוסף. בעוד שהיו ישראל משתדלים בצרכי הגוף ומתעסקים בשאלת כסף וזהב היה משה מתעסק בצרכי הנפש בדבר מצוה וכענין שכתוב (משלי י׳:ח׳) חכם לב יקח מצות, והיה ביד יוסף זכות קבורת אביו ולכך זכה בגדול ממנו זה משה ומשה ג"כ זכה בגדול ממנו זה הקב"ה שנאמר (דברים ל״ד:ו׳) ויקבור אותו בגי, וכבר כתבתי זה בענין יוסף. ועוד מצינו שהוצרך משה לקיים מצוה זו ומטעם מה שדרשו רז"ל בזכות יוסף נקרע הים כתיב הכא (בראשית ל״ט:י״ב-י״ג) וינס ויצא החוצה, וכתיב התם (תהילים קי״ד:ג׳) הים ראה וינוס, מה ראה עצמותיו של יוסף ראה, ביוסף כתיב (בראשית נ׳:כ״א) וינחם אותם וידבר על לבם, ובים כתיב (שמות טו) בלב ים.
« Et Moshé prit les ossements de Yossef. » Pendant qu’Israël s’occupait des besoins du corps et de la demande d’argent et d’or, Moshé s’occupait des besoins de l’âme, d’un commandement, et comme il est écrit (Proverbes 10,8) « celui qui a le cœur sage prend les commandements » ; et Yossef avait le mérite d’avoir enseveli son père, et c’est pourquoi il mérita quelqu’un de plus grand que lui, qui est Moshé, et Moshé aussi mérita quelqu’un de plus grand que lui, qui est le Saint, béni soit-Il, comme il est dit (Deutéronome 34,6) « et Il l’ensevelit dans la vallée » ; et j’ai déjà écrit cela à propos de Yossef. Et encore, nous trouvons que Moshé dut accomplir ce commandement pour la raison qu’ont interprétée nos Sages de mémoire bénie : en mérite de Yossef, la mer fut fendue ; il est écrit ici (Genèse 39,12-13) « et il s’enfuit et sortit dehors », et il est écrit là (Psaumes 114,3) « la mer le vit et s’enfuit » ; qu’a-t-elle vu ? Elle vit les ossements de Yossef ; à propos de Yossef il est écrit (Genèse 50,21) « et il les consola et parla à leur cœur », et à propos de la mer il est écrit (Exode 15,8) « au cœur de la mer ».
וה' הולך לפניהם יומם. ע"ד הפשט מפני שאין לשון הליכה והעתקה נופל בהקב"ה ביאר הכתוב כאן מה שעמוד ענן הולך לפניהם יומם לנחותם הדרך ולילה בעמוד אש להאיר להם היה אות וסימן שהשם המיוחד עמהם ביום ובלילה וב' עמודים אלה שהיו הולכים עמהם ביום ובלילה היו להם לעינים בדרך המדבר ולמגן ולהצלה מן המצריים, ועליהם אמר הכתוב (שמות י״ט:ד׳) ואשא אתכם על כנפי נשרים, ולפי שהיו להצלת ישראל והמצריים נדונו בהם כענין שכתוב (שם יד) וישקף ה' אל מחנה מצרים בעמוד אש וענן על כן דרשו רז"ל והמים להם חומה חמה כתיב חומה לישראל חמה למצריים, וכן דרשו בחילו של סנחריב (ישעיהו י׳:י״ז) והיה אור ישראל לאש אור לישראל אש לסנחריב.
« Et l’Éternel allait devant eux, de jour. » Selon le sens simple (peshat) : parce que l’expression de marche et de déplacement ne s’applique pas au Saint, béni soit-Il, l’Écriture explique ici que la colonne de nuée qui allait devant eux de jour pour les guider sur le chemin, et la nuit dans la colonne de feu pour les éclairer, était un signe et un indice que le Nom unique était avec eux de jour et de nuit ; et ces deux colonnes qui allaient avec eux de jour et de nuit étaient pour eux des yeux dans le chemin du désert, un bouclier et un salut contre les Égyptiens, et sur elles l’Écriture dit (Exode 19,4) « et Je vous ai portés sur des ailes d’aigles » ; et parce qu’elles étaient pour le salut d’Israël et que les Égyptiens furent jugés par elles, comme il est écrit (ibid. 14,24) « et l’Éternel regarda le camp d’Égypte dans la colonne de feu et de nuée », c’est pourquoi nos Sages de mémoire bénie ont interprété « et les eaux furent pour eux un mur (homa) » : il est écrit « ḥema » (colère) : un mur pour Israël, une colère contre les Égyptiens ; et ainsi ils ont interprété dans l’armée de Sanhérib (Isaïe 10,17) « et la lumière d’Israël sera un feu » : lumière pour Israël, feu pour Sanhérib.
וע"ד הקבלה וה' הולך לפניהם היה ה' שוכן בתוך עמוד ענן והולך לפניהם ביום ובית דינו שוכן בתוך עמוד האש והולך לפניהם בלילה, וזהו שאמרו הוא ובית דינו ובאורו הרחמים והשכינה, וזהו (ישעיהו ס״ג:י״ב) זרוע תפארתו וזהו חומה לישראל חמה למצריים, וזהו שדרשו בפסוק (שמות טו) ימינך, היתה ידו אחת מצילתן וידו אחת משקעתן וזהו (שם יב) בנגפו את מצרים ואת בתינו הציל, כי היד הגדולה היא המכה בהם וכח הרחמים שבה הוא מציל וכל זה כטעם (במדבר י״ד:י״ד) כי עין בעין נראה אתה ה' ועננך וגו'.
Et selon la voie de la Kabbale, « et l’Éternel allait devant eux » : l’Éternel résidait dans la colonne de nuée et allait devant eux de jour, et Son tribunal résidait dans la colonne de feu et allait devant eux de nuit ; et c’est ce qu’ils ont dit : Lui et Son tribunal ; et son explication : la miséricorde et la Présence (Shekhina) ; et c’est (Isaïe 63,12) « le bras de Sa splendeur » ; et c’est « un mur pour Israël, une colère contre les Égyptiens » ; et c’est ce qu’ils ont interprété sur le verset (Exode 15,6) « Ta droite » : l’une de Ses mains les sauvait et l’une de Ses mains les engloutissait ; et c’est (ibid. 12,27) « quand Il frappa l’Égypte, Il sauva nos maisons », car la grande main est celle qui les frappe, et la force de miséricorde qui est en elle est celle qui sauve ; et tout cela selon le sens de (Nombres 14,14) « car œil à œil Tu es vu, Éternel, et Ta nuée, etc. ».
ללכת יומם ולילה. על דרך הפשט מרוב חפצם וזריזותם לקבל התורה ביום חמשים היו ממהרים את דרכם והיו הולכים ביום ובלילה לא כשאר הולכי דרך שהם יגעים ביום ונחים בלילה.
« Pour marcher de jour et de nuit. » Selon le sens simple (peshat) : à cause de leur grand désir et de leur zèle de recevoir la Torah au cinquantième jour, ils hâtaient leur route et marchaient de jour et de nuit, non comme les autres voyageurs qui sont fatigués de jour et se reposent de nuit.
וע"ד המדרש ללכת יומם ולילה, הולכים לקבל תורה שכתוב בו (יהושע א׳:ח׳) והגית בו יומם ולילה.
Et selon le Midrash : « pour marcher de jour et de nuit » : ils allaient recevoir la Torah, dont il est écrit (Josué 1,8) « et tu méditeras en elle jour et nuit ».
וע"ד הקבלה ללכת יומם ולילה, טעם הליכתם ביום ובלילה כדי שיהיו נכונים ומזומנים אחר שתי המדות האלה הנקראות יומם ולילה, ולא אמר הכתוב ללכת ביום ובלילה להורות כי יומם ולילה הולכים עמהם וכיון שכן הוצרכו ישראל ג"כ ללכת אחריהם ביום ובלילה והוצרכו ללכת אחר עמוד הענן ביום ואחר עמוד אש בלילה וזה טעם לנחותם הדרך, וזה טעם להאיר להם כי הוא באור זה ביום וזה בלילה, ולא הוצרך לכתוב ללכת יומם ולילה אלא שהוא באור למדות, והנה הליכתם של ישראל ביום ובלילה אחר יומם ולילה הוא כענין שכתוב (משלי כ״ד:כ״א) ירא את ה' בני ומלך, ועל זה נשתבחו ישראל בדבר הנביא ע"ה שאמר (ירמיהו ב׳:ב׳) זכרתי לך חסד נעוריך אהבת כלולותיך לכתך אחרי במדבר, אחר שתי מדות אלו שאהבום שהם כלולות זו בזו, וזהו לשון כלולותיך הכלולות שלך כלומר שתי מדות שלך אשר בהם הוצאתיך ממצרים הכלולות זו בזו.
Et selon la voie de la Kabbale, « pour marcher de jour et de nuit » : la raison de leur marche de jour et de nuit est qu’ils soient prêts et préparés derrière ces deux attributs appelés « jour » et « nuit » ; et l’Écriture ne dit pas « pour marcher dans le jour et dans la nuit » pour indiquer que « de jour » et « de nuit » marchent avec eux ; et puisqu’il en était ainsi, Israël dut aussi marcher derrière eux de jour et de nuit, et dut marcher derrière la colonne de nuée de jour et derrière la colonne de feu de nuit ; et telle est la raison de « pour les guider dans le chemin » ; et telle est la raison de « pour les éclairer », car cela précise : cet attribut agit de jour et cet autre de nuit ; et il n’était pas nécessaire d’écrire « pour marcher de jour et de nuit », sinon comme explication des attributs ; et voici que la marche d’Israël de jour et de nuit derrière « le jour et la nuit » est selon ce qui est écrit (Proverbes 24,21) « crains l’Éternel, mon fils, et le roi » ; et sur cela Israël est loué dans la parole du prophète, paix sur lui, qui dit (Jérémie 2,2) « Je me souviens en ta faveur de la bonté de ta jeunesse, de l’amour de tes fiançailles (kelulotayikh), quand tu marchais après Moi dans le désert » : derrière ces deux attributs qu’ils aimèrent, qui sont inclus l’un dans l’autre ; et c’est l’expression « kelulotayikh » : tes inclusions, c’est-à-dire les deux attributs qui sont à toi, par lesquels Je t’ai fait sortir d’Égypte, inclus l’un dans l’autre.
והענין הגדול הזה שהיה לישראל בו כבוד ותפארת בלכתם ביום ובלילה על הכונה העליונה הזאת העצומה והנפלאה, עוד היה סבה לפרעה ולכל מצרים מבעל הסבות יתברך שיחשבו המצריים על ישראל שהם בורחים כיון שהם הולכים ביום ובלילה ואז תחזק לבם וירדפו אחריהם על הים כדי שיטבעו שם, וברוך ה' אשר לו נתכנו עלילות לאבד מורדיו ולהציל יראיו.
Et cette grande chose, par laquelle Israël eut honneur et splendeur dans sa marche de jour et de nuit pour cette intention supérieure puissante et merveilleuse, fut aussi une cause, de la part du Maître des causes, béni soit-Il, pour Pharaon et toute l’Égypte, que les Égyptiens pensent qu’Israël fuyait puisqu’ils marchaient de jour et de nuit, et alors leur cœur s’affermirait et ils les poursuivraient jusqu’à la mer afin qu’ils s’y noient ; et béni soit l’Éternel, par qui les actions sont pesées, pour faire périr ceux qui se rebellent contre Lui et sauver ceux qui Le craignent.
לא ימיש עמוד הענן יומם. חזר והזכיר זה להורות מה שדרשו רז"ל מלמד שעמוד הענן משלים לעמוד האש ועמוד האש משלים לעמוד הענן.
« La colonne de nuée ne s’écarta pas de jour. » Il reprit et mentionna cela pour indiquer ce qu’ont interprété nos Sages de mémoire bénie : cela enseigne que la colonne de nuée restait jusqu’à l’arrivée de la colonne de feu, et la colonne de feu jusqu’à l’arrivée de la colonne de nuée.
וישובו ויחנו לפני פי החירות. צוה הקב"ה שישובו לאחוריהם כלפי מצרים לפני פי החירות, הוא פיתום, ונקרא חירות לפי ששם נעשו ישראל בני חורין. ועוד הוסיף לומר לפני בעל צפון, וכל הענינים האלה סבות באשר יתחזק לבם וכן כתוב וחזקתי את לב פרעה ורדף אחריהם.
« Et qu’ils reviennent et campent devant Pi-ha-‘Hirot. » Le Saint, béni soit-Il, ordonna qu’ils reviennent en arrière vers l’Égypte, devant Pi-ha-‘Hirot, qui est Pitom ; et il est appelé « ‘Hirot » (libertés) parce que c’est là qu’Israël devint libre (bnei ‘horin). Et il ajouta encore de dire « devant Ba‘al Tsefon » ; et toutes ces choses sont des causes pour qu’ils s’affermissent de cœur, et ainsi il est écrit « et J’endurcirai le cœur de Pharaon, et il les poursuivra ».
והפרשה תבאר בזה ג' סבות, האחד הוא שכתוב ללכת יומם ולילה כדי שיחשבו שהם בורחים וכמו שבארתי, השני הוא שכתוב וישובו ויחנו, צוה להם שישובו לאחוריהם כדי שיאמר פרעה בעבור זה בני ישראל נבוכים הם בארץ ועל כן הם חוזרים כלפי מצרים, והג' הוא שכתוב לפני בעל צפון צוה להם שיקבעו מחנה לפני בעל צפון והיא היתה ע"ג כמו (מלכים ב א׳:ג׳-ד׳) בעל זבוב אלהי עקרון וכן בעל פעור, והיא היא שנשארה מכל אלהי מצרים שנעשו בהם שפטים בליל מכת בכורות, והיה הענין כדי להטעותם וכענין שנאמר (איוב י״ב:כ״ג) משגיא לגוים ויאבדם.
Et la section explique par là trois causes : la première est ce qui est écrit « pour marcher de jour et de nuit », pour qu’ils pensent qu’ils fuient, comme je l’ai expliqué ; la deuxième est ce qui est écrit « et qu’ils reviennent et campent » : Il leur ordonna de revenir en arrière afin que Pharaon dise à cause de cela : les enfants d’Israël sont égarés dans le pays, et c’est pourquoi ils retournent vers l’Égypte ; la troisième est ce qui est écrit « devant Ba‘al Tsefon » : Il leur ordonna de fixer le camp devant Ba‘al Tsefon, qui était une idole, comme (II Rois 1,3-4) « Ba‘al Zevoub, dieu d’Eqron », et de même « Ba‘al Pe‘or » ; et c’est elle qui était restée de tous les dieux d’Égypte sur lesquels des jugements avaient été faits dans la nuit de la plaie des premiers-nés ; et la chose était pour les induire en erreur, et comme il est dit (Job 12,23) « Il égare les nations et les fait périr ».
ואמר נכחו תחנו על הים, כלומר נוכח בעל צפון ולכן אמר פרעה סגר עליהם המדבר כלומר בכח בעל צפון, ויש בכאן רמז בכתוב ממה שראו על הים.
Et il dit « en face de lui vous camperez, près de la mer », c’est-à-dire en face de Ba‘al Tsefon, et c’est pourquoi Pharaon dit « le désert s’est refermé sur eux », c’est-à-dire par la force de Ba‘al Tsefon ; et il y a ici une allusion dans l’Écriture, tirée de ce qu’ils virent sur la mer.
ויעשו כן. הגיד הכתוב שבחן של ישראל ששמעו לקול משה ולא אמרו היאך נתקרב אצל רודפינו ואנו צריכין לברוח אלא אמרו אנו אין לנו אלא דברי בן עמרם.
« Et ils firent ainsi. » L’Écriture proclama leur louange, à Israël, qu’ils écoutèrent la voix de Moshé et ne dirent pas : comment nous approcherons-nous de ceux qui nous poursuivent, alors que nous devons fuir ? Mais ils dirent : nous n’avons que les paroles du fils de ‘Amram.
ויגד למלך מצרים. כיון שלא באו ישראל לסוף ג' ימים שקבעו ואמרו לו דרך שלשת ימים נלך במדבר וזבחנו לה' אלהינו, הוגד לו כי ברח העם, שהיו ישראל הולכים ביום ובלילה והלכו ביום ט"ו בניסן וליל ט"ז ויום ט"ז ופרעה ששלח עמהם אקטורין אותם אקטורין חזרו ליל י"ז ויום י"ז וליל י"ח ויום י"ח הגידו לפרעה כי ברח העם וגו', והכריזו שיתקבץ החיל ביום י"ח ובליל י"ט ויצאו למחרתו ביום י"ט ובליל כ' וביום כ' באחרית היום הגיעו על פי החירות ונשאר ליל כ"א שלא קרב מחנה למחנה שכן כתיב ולא קרב זה אל זה כל הלילה, ביום כ"א בתחלת היום באו בים ובאו המצרים אחריהם בו ביום ונשתקעו בים, וישראל אמרו שירה.
« Et on informa le roi d’Égypte. » Puisqu’Israël n’était pas revenu à la fin des trois jours qu’ils avaient fixés, quand ils dirent « nous irons à trois jours de chemin dans le désert et nous sacrifierons à l’Éternel notre Dieu », on lui annonça que le peuple avait fui ; car Israël marchait de jour et de nuit, et ils marchèrent le jour du 15 Nissan, la nuit du 16 et le jour du 16 ; et Pharaon, qui avait envoyé avec eux des agents de surveillance — ces agents revinrent la nuit du 17, le jour du 17, et la nuit du 18 ; le jour du 18, ils annoncèrent à Pharaon que le peuple avait fui, etc. ; et on proclama que l’armée se rassemble le jour du 18 et la nuit du 19 ; et ils sortirent le lendemain, le jour du 19, la nuit du 20 et le jour du 20 ; à la fin du jour, ils arrivèrent à Pi-ha-‘Hirot ; et il resta la nuit du 21 où un camp ne s’approcha pas de l’autre camp, car il est écrit « et l’un n’approcha pas de l’autre de toute la nuit » ; le jour du 21, au début du jour, ils entrèrent dans la mer, et les Égyptiens entrèrent derrière eux le même jour et s’enfoncèrent dans la mer, et Israël dit le Cantique.
ואמרו במדרש ויגד למלך מצרים הוגד לו נבואת בין הבתרים כי גר יהיה זרעך ת' שנה והם לא נשתעבדו אלא רד"ו כמנין בר"ח אז הוברר לו כי ברח העם.
Et ils ont dit dans le Midrash : « et on informa le roi d’Égypte » : on lui annonça la prophétie de l’alliance entre les morceaux : « ton descendant sera étranger quatre cents ans », et ils ne furent asservis que RD"V (210), qui est le compte de « Bar‘ah » ; alors il fut établi pour lui que le peuple avait fui.
ויקח שש מאות רכב. כתב רש"י ז"ל ממי היו אם תאמר משל פרעה היו הלא כבר נאמר (שמות ט׳:ג׳) הנה יד ה' הויה במקנה אשר בשדה, ואם תאמר משל ישראל והלא כבר נאמר (שם י) וגם מקננו ילך עמנו לא תשאר פרסה וממי היו מן הירא את דבר ה' מן המצריים באה תקלה לישראל מכאן דרשו רז"ל במסכת סופרים אר"ש בן יוחאי טוב שבמצריים הרוג בשעת מלחמה וטוב שבנחשים רצוץ את מוחו ודרשוהו מן הפסוק הזה.
« Et il prit six cents chars. » Rashi, de mémoire bénie, écrivit : de qui étaient-ils ? Si tu dis : de Pharaon, n’a-t-il pas déjà été dit (Exode 9,3) « voici que la main de l’Éternel est sur ton bétail qui est aux champs » ? Et si tu dis : d’Israël, n’a-t-il pas déjà été dit (ibid. 10,26) « et notre bétail aussi ira avec nous, il ne restera pas un sabot » ? De qui, alors, étaient-ils ? Ils provenaient des Égyptiens qui avaient craint la parole de l’Éternel : c’est d’eux que vint un malheur pour Israël ; de là, nos Sages de mémoire bénie ont interprété dans le traité Soferim : Rabbi Shim‘on bar Yohaï dit : le meilleur des Égyptiens, tue-le au temps de la guerre ; le meilleur des serpents, écrase-lui le crâne ; et ils l’ont interprété à partir de ce verset.
ובאור הדבר כי בשעת מלחמה בלבד הוא שמותר להרגו כי מאחר שהוא נלחם עמך ובא כנגדך להרגך אף אתה השכם להרגו, שלא בשעת מלחמה אסור שהרי אף בשעת מלחמה נצטוינו לקרוא להם לשלום ואפילו לשבעה עממים שכתוב בהם (דברים כ׳:ט״ז) לא תחיה כל נשמה, אבל כשהוא בא כנגד הקב"ה שהוא מכוין למרוד בו כענין המצריים אפילו שלא בשעת מלחמה מותר לפי שהוא מלחמה לה' שהרי המצריים כיון שראו כבר במכת בכורות שהקב"ה בעצמו ובכבודו הוא המכה ועכשיו חוזרין על הים לא היתה כונתם אלא להלחם עם הקב"ה, ולכך אמר להם משה ה' ילחם לכם, כלומר כיון שעדיין רודפים אחריכם מעתה המלחמה לשם יתברך היא ולכך נתחייבו להטביעם בים.
Et l’explication de la chose est que c’est seulement au temps de la guerre qu’il est permis de le tuer, car puisqu’il te fait la guerre et vient contre toi pour te tuer, toi aussi lève-toi tôt pour le tuer ; en dehors du temps de la guerre, c’est interdit, car même au temps de la guerre il nous a été ordonné de les appeler à la paix, et même pour les sept nations dont il est écrit (Deutéronome 20,16) « tu ne laisseras vivre aucune âme » ; mais quand il vient contre le Saint, béni soit-Il, qu’il vise à se révolter contre Lui, comme dans le cas des Égyptiens, même hors du temps de la guerre c’est permis, parce que c’est une guerre pour l’Éternel ; car les Égyptiens, ayant déjà vu dans la plaie des premiers-nés que le Saint, béni soit-Il, Lui-même et Sa Gloire, est Celui qui frappe, et qui maintenant revenaient vers la mer, n’avaient d’autre intention que de faire la guerre au Saint, béni soit-Il ; et c’est pourquoi Moshé leur dit « l’Éternel combattra pour vous » : c’est-à-dire que, puisqu’ils vous poursuivent encore, désormais la guerre est pour Son Nom, béni soit-Il ; et c’est pourquoi ils furent condamnés à être noyés dans la mer.
ושלשים על כלו. כתרגומו וגברין ממנן על כלהון, כלומר שמנה שרי מאות ושרי אלפים להיותם ממונים על כל החיל העצום ההוא ושינהיגו אותם, או יאמר ושלשים על כלו כי כל החיל ההוא נחלקו לשלש כתות ועל כן מצינו שנאבדו בים בשלש כתות הוא שכתוב לכל חיל פרעה הבאים אחריהם בים וכתיב מרכבות פרעה וחילו ירה בים, וכתיב כי בא סוס פרעה ברכבו ובפרשיו בים.
« Et des officiers (shalishim) sur tous (lui). » Comme son Targoum : « et des hommes préposés sur eux tous », c’est-à-dire qu’il nomma des chefs de centaines et des chefs de milliers, pour être préposés sur toute cette armée puissante et pour la conduire ; ou bien il dit « et des shalishim sur tout (lui) » car toute cette armée fut divisée en trois bandes, et c’est pourquoi nous trouvons qu’ils périrent dans la mer en trois bandes, c’est ce qui est écrit « tous les soldats de l’armée de Pharaon qui les suivaient dans la mer », et il est écrit « les chars de Pharaon et son armée, Il les jeta dans la mer », et il est écrit « car le cheval de Pharaon est entré avec ses chars et ses cavaliers dans la mer ».
ופרעה הקריב. כלומר הקריב את עצמו. ובמדרש הקריב את הפורענות עליו לפי שזבח וקטר לבעל צפון לפי שראה אותם חונים לפני בעל צפון וחשב כי כחו סגרם במדבר ולא היו יכולין לצאת. דבר אחר ופרעה הקריב, הקריב את ישראל בתשובה לאביהן שבשמים זהו שאמרו ז"ל מעמיד להם הקב"ה מלך כהמן הרשע ומחזירן למוטב. וזהו שאמר מיד
« Et Pharaon s’approcha (hiqriv). » C’est-à-dire qu’il s’approcha lui-même. Et dans le Midrash : il fit approcher le châtiment sur lui, parce qu’il avait sacrifié et offert de l’encens à Ba‘al Tsefon, parce qu’il les vit camper devant Ba‘al Tsefon et pensa que sa force les avait enfermés dans le désert et qu’ils ne pouvaient pas sortir. Autre explication : « et Pharaon s’approcha » : il fit approcher Israël en repentir vers leur Père qui est aux cieux ; c’est ce qu’ont dit nos Sages de mémoire bénie : le Saint, béni soit-Il, leur établit un roi comme Haman l’impie et les ramène à de bonnes voies. Et c’est ce qu’il dit aussitôt :
וישאו בני ישראל את עיניהם וגו', ויצעקו בני ישראל אל ה', תפשו אומנות אבותיהם באברהם כתיב (בראשית יט) וישכם אברהם בבקר אל המקום, ביצחק כתיב (בראשית כד) ויצא יצחק לשוח בשדה, ביעקב (שם כח) ויפגע במקום. ועל זה נמשלו ישראל לתולעת שנאמר (ישעיה מא) אל תיראי תולעת יעקב, מה תולעת זו אינה מכה את הארזים אלא בפיה והיא רכה ומכה דבר קשה, כך אין להם לישראל אלא תפלה שהרי העכו"ם נמשלו לארזים שנאמר (יחזקאל לא) הנה אשור ארז בלבנון וכתיב (תהלים כט) וישבר ה' את ארזי הלבנון וישראל נוצחים בשביל תורה והתפלה שנאמר (דברים ד) ובקשת משם את ה' אלהיך ומצאת, וכתיב (תהלים כ) אלה ברכב ואלה בסוסים ואנחנו בשם ה' אלהינו נזכיר.
« Et les enfants d’Israël levèrent les yeux, etc., et les enfants d’Israël crièrent vers l’Éternel » : ils saisirent le métier de leurs pères : à propos d’Abraham il est écrit (Genèse 19,27) « et Abraham se leva tôt le matin vers le lieu » ; à propos d’Isaac il est écrit (ibid. 24,63) « et Isaac sortit pour méditer dans le champ » ; à propos de Yaakov (ibid. 28,11) « et il rencontra le lieu ». Et c’est pourquoi Israël a été comparé à un ver, comme il est dit (Isaïe 41,14) « ne crains pas, ver de Yaakov » : de même que ce ver ne frappe les cèdres qu’avec sa bouche, et qu’il est tendre et frappe une chose dure, ainsi Israël n’a que la prière ; car les idolâtres ont été comparés à des cèdres, comme il est dit (Ézéchiel 31,3) « voici Ashour, un cèdre au Liban », et il est écrit (Psaumes 29,5) « et l’Éternel brise les cèdres du Liban » ; et Israël l’emporte grâce à la Torah et à la prière, comme il est dit (Deutéronome 4,29) « et tu chercheras de là l’Éternel ton Dieu, et tu trouveras », et il est écrit (Psaumes 20,8) « ceux-ci par des chars et ceux-là par des chevaux, mais nous, nous invoquons le nom de l’Éternel notre Dieu ».
והנה מצרים נוסע אחריהם. היה ראוי לומר נוסעים, ועל דרך הפשט למד שהיו מצרים לב אחד כאיש אחד לבא על ישראל.
« Et voici, l’Égypte voyageait (nosea‘) derrière eux. » Il aurait fallu dire « voyageaient » (nos‘im) ; et selon le sens simple, cela enseigne que les Égyptiens étaient un seul cœur, comme un seul homme, pour venir sur Israël.
וע"ד המדרש והנה מצרים נוסע אחריהם שר של מצרים ראו שהיה נוסע מן השמים לעזור את מצרים והוא היה עזא, וכן ראיתי במדרש ויושע עזא שר של מצרים.
Et selon le Midrash : « et voici, l’Égypte voyageait derrière eux » : ils virent le prince d’Égypte qui voyageait depuis le ciel pour aider l’Égypte, et c’était ‘Azza ; et c’est ainsi que je l’ai vu dans le Midrash Vayosha : ‘Azza est le prince d’Égypte.
המבלי אין קברים במצרים. כתב הרמב"ן ז"ל איך יתכן שהצועקים אל ה' והנושאים כפיהם ועיניהם אליו יחזרו ויאמרו לו כי טוב היה שלא הצילם ויאמרו כי טוב לנו עבוד את מצרים ממותנו במדבר. ועל כן נאמנו דברי רז"ל שהם כתות והכת האחת צועקת אל ה' אלו הם בני ישראל כלומר החשובים שבהם וזהו שכתוב וישאו בני ישראל את עיניהם וגו' ויצעקו בני ישראל אל ה', ואחרת מכחשת בנביאו ואינה בוחרת בישועה, ועליהם כתיב (תהילים ק״ו:ז׳) וימרו על ים בים סוף.
« Est-ce faute de tombeaux en Égypte ? » Le Ramban, de mémoire bénie, écrivit : comment est-il possible que ceux qui crient vers l’Éternel et lèvent vers Lui leurs paumes et leurs yeux reviennent et Lui disent qu’il eût été bon qu’Il ne les sauvât pas, et disent qu’il vaut mieux pour nous servir l’Égypte que mourir dans le désert ? C’est pourquoi les paroles de nos Sages de mémoire bénie sont fiables, qu’ils étaient des groupes (kitot), et que le premier groupe criait vers l’Éternel — ce sont les enfants d’Israël, c’est-à-dire les plus importants d’entre eux — et c’est ce qui est écrit « et les enfants d’Israël levèrent les yeux, etc., et les enfants d’Israël crièrent vers l’Éternel », et l’autre reniait Son prophète et ne choisissait pas la délivrance, et sur eux il est écrit (Psaumes 106,7) « et ils se rebellèrent à la mer, à la mer des Joncs ».
ואמרו במדרש ד' כתות היו על הים כת ראשונה לא היתה חפצה בישועה ועליהם אמר משה התיצבו וראו את ישועת ה' ועליהם אמר הכתוב וימרו על ים בים סוף. כת שניה אומרת לחזור למצרים עליהם אמר הכתוב כי אשר ראיתם את מצרים היום וגו'. כת ג' אומרת להלחם עמהם, עליהם אמר ה' ילחם לכם. כת ד' היו צועקים להקב"ה שנאמר ויצעקו בני ישראל אל ה', עליהם אמר ואתם תחרישון, ע"כ. ואונקלוס תרגם ויצעקו וזעיקו עשאו מלשון תרעומות וכן (שמואל ב י״ג:י״ט) ותלך הלוך וזעקה, (שופטים ד׳:י׳) ויזעק ברק את זבולן ואת נפתלי, ומצינו בפירוש ואת צעקתם שמעת על ים סוף וכן רז"ל הבינו אותו מלשון תפלה ממה שכתבתי למעלה ויצעקו תפסו אומנות אבותיהם.
Et ils ont dit dans le Midrash : il y avait quatre groupes au bord de la mer : le premier groupe ne désirait pas la délivrance, et sur eux Moshé dit « tenez-vous là et voyez le salut de l’Éternel », et sur eux l’Écriture dit « et ils se rebellèrent à la mer, à la mer des Joncs ». Le deuxième groupe disait de retourner en Égypte ; sur eux l’Écriture dit « car les Égyptiens que vous avez vus aujourd’hui, etc. ». Le troisième groupe disait de leur faire la guerre ; sur eux (Moshé) dit « l’Éternel combattra pour vous ». Le quatrième groupe criait vers le Saint, béni soit-Il, comme il est dit « et les enfants d’Israël crièrent vers l’Éternel » ; sur eux (Moshé) dit « et vous, vous vous tairez » ; fin. Et Onkelos traduit « ve-yitsʻaqu » par « ve-za‘iqu », en le comprenant comme une expression de plainte, et ainsi (II Samuel 13,19) « et elle allait en criant (ve-za‘aqa) », (Juges 4,10) « et Baraq appela (va-yiz‘aq) Zevouloun et Naphtali » ; et nous trouvons explicitement (Néhémie 9,9) « et leur cri (tsa‘aqatam) Tu l’entendis à la mer des Joncs » ; et ainsi nos Sages de mémoire bénie l’ont compris au sens de prière, comme ce que j’ai écrit plus haut : « et ils crièrent » : ils saisirent le métier de leurs pères.
ה' ילחם לכם. ידוע כי מדת הדין היא הנלחמת והמחרבת ים, ומה שהזכיר השם המיוחד להורות כי גם בנס העצום הזה באבדן המצריים שם היתה מדת רחמים משותפת עם מדת הדין, ואע"פ שנראה כי מדת הדין נמתחה עליהם לכלותם לגמרי כליון חרוץ ממה שכתוב לא נשאר בהם עד אחד, הרי מצינו שם שתוף מדת רחמים שנתנו לקבורה, ממה שכתוב נטית ימינך תבלעמו ארץ, והימין היא מדת החסד. וכן מצינו לעתיד בענין גוג שכתוב (זכריה י״ד:ג׳) ויצא ה' ונלחם בגוים ההם, ואין ספק כי הוא נאמר על מדת הדין ואע"פ כן מצינו שם שתוף רחמים והוא שיזכו לקבורה כי כן כתוב (יחזקאל ל״ט:י״א) ביום ההוא אתן לגוג מקום שם קבר.
« L’Éternel combattra pour vous. » Il est connu que l’attribut de rigueur (middat ha-din) est celui qui combat et dessèche la mer ; et qu’il ait mentionné le Nom unique, c’est pour indiquer que même dans ce miracle puissant, dans la perte des Égyptiens, l’attribut de miséricorde était associé à l’attribut de rigueur ; et bien qu’il semble que l’attribut de rigueur ait été étendu sur eux pour les achever complètement, d’un achèvement décrété, selon ce qui est écrit « il n’en resta pas un seul », nous trouvons là l’association de l’attribut de miséricorde, car on leur donna une sépulture, d’après ce qui est écrit « Tu étendis ta droite, la terre les engloutit » ; et la droite est l’attribut de bonté (‘hessed). Et de même nous trouvons dans l’avenir, dans l’affaire de Gog, dont il est écrit (Zacharie 14,3) « et l’Éternel sortira et combattra ces nations » ; et il n’y a pas de doute que cela est dit de l’attribut de rigueur, et malgré cela nous trouvons là une association de miséricorde, c’est qu’ils mériteront une sépulture, car il est écrit (Ézéchiel 39,11) « en ce jour-là, Je donnerai à Gog un lieu de sépulture là ».
ובאור הדרש ה' ילחם לכם כי כיון שראו במכת בכורות שהקב"ה בעצמו וכבודו הוא המכה ועדיין רודפים אחריכם אין כונתם לבא לנגדכם אלא כנגדו יתברך וכיון שהוא כן המלחמה שלו היא ואין לכם אלא לשתוק. או יאמר אתם תחרישון , תצטרכו שתחרישו שלא יהפך מדת הדין עליכם לפי שהייתם חוטאים כמותם עובדי ע"ג ומגדלי בלורית.
Et l’explication du Midrash : « l’Éternel combattra pour vous » : car puisqu’ils ont vu, dans la plaie des premiers-nés, que le Saint, béni soit-Il, Lui-même et Sa Gloire, est Celui qui frappe, et qu’ils vous poursuivent encore, leur intention n’est pas de venir contre vous mais contre Lui, béni soit-Il, et puisqu’il en est ainsi la guerre est la Sienne, et vous n’avez qu’à vous taire. Ou bien il dira : « et vous, vous vous tairez » : vous aurez besoin de vous taire, pour que l’attribut de rigueur ne se retourne pas contre vous, car vous avez péché comme eux, adorateurs d’idoles et porteurs d’une mèche de cheveux à la manière des idolâtres (blorit).
מה תצעק אלי. ע"ד הפשט מלת אלי כלומר אין הדבר תלוי בי אלא בישראל דבר אל בני ישראל, שהים עתיד ליקרע מפניהם ויבטחו ומיד היו נוסעים.
« Pourquoi cries-tu vers moi ? » Selon le sens simple (peshat), le mot « elai » signifie : la chose ne dépend pas de moi mais d’Israël : parle aux enfants d’Israël, car la mer est destinée à se fendre devant eux ; et qu’ils aient confiance, et aussitôt ils partaient.
וע"ד הקבלה מלת אלי כמלת לי הנזכרת בתרומה וכמו שדרשו עליו בספר הבהיר (שמות כ״ה:ב׳) ויקחו לי תרומה, ויקחו ליו"ד תרומה, והמלה תרמוז שאין התפלה והצעקה כי אם לשם המיוחד, ולכן אמר דבר אל בני ישראל ויסעו, ממטה למעלה ואז יקרע הים, אבל התחנה היא למדת הדין, והבן זה. והנה משה עשה כן הודיע לישראל בנס הגדול הזה ובטחו בו ונסעו מיד.
Et selon la voie de la Kabbale, le mot « elai » est comme le mot « li » mentionné dans la Terouma, et comme ils l’ont interprété dans le livre Bahir (Exode 25,2) « qu’ils prennent pour Moi (li) une offrande » : « qu’ils prennent pour yod une offrande » ; et le mot fait allusion à ce que la prière et le cri ne sont adressés qu’au Nom unique ; et c’est pourquoi il dit « parle aux enfants d’Israël, et qu’ils partent » : de bas en haut, et alors la mer sera fendue ; mais la supplication est pour l’attribut de rigueur, et comprends cela. Et voici que Moshé fit ainsi : il fit connaître à Israël ce grand miracle, et ils eurent confiance en lui et partirent aussitôt.
ואמרו רז"ל כי שבט יהודה קדש השם ונכנס לים תחלה הוא שאמר במדרש (תהילים קי״ד:ב׳) בצאת ישראל ממצרים וגו', היתה יהודה לקדשו ישראל ממשלותיו, מלמד ששבט יהודה קדש השי"ת תחלה וזהו שכתוב (שם) הים ראה וינוס, מה ראה נחשון בן עמינדב שקפץ תחלה לתוך הים, והיו שאר השבטים מתעצמים עמו ורוצים שיכנסו הם תחלה, ושבט בנימין היה רוצה לירד לתוך הים תחלה שנאמר (תהילים ס״ח:כ״ח) שם בנימין צעיר רדם אל תקרי רודם אלא רד ים ואחיו בני יהודה היו מרגמין אותם באבנים שנאמר (שם) שרי יהודה רגמתם שרי זבולון שרי נפתלי כלומר היו מתעצמין עם שרי זבולון ועם שרי נפתלי, והנה יהודה גבר באחיו שקפץ נחשון לתוך הים תחלה לפיכך ישראל ממשלותיו של יהודה. ואמרו עוד במדרש כי לכך נקרא נשיא שבט יהודה נחשון על שם שירד תחלה לתוך נחשול של ים.
Et nos Sages de mémoire bénie ont dit que la tribu de Yehouda sanctifia le Nom et entra dans la mer la première ; c’est ce qu’il dit dans le Midrash (Psaumes 114,2) « quand Israël sortit d’Égypte, etc., Yehouda devint Son sanctuaire, Israël Son domaine » : cela enseigne que la tribu de Yehouda sanctifia le Saint, béni soit-Il, la première ; et c’est ce qui est écrit (ibid.) « la mer le vit et s’enfuit » : qu’a-t-elle vu ? Nahshon fils d’Aminadav qui sauta le premier dans la mer, et les autres tribus se disputaient avec lui et voulaient entrer les premières ; et la tribu de Binyamin voulait descendre dans la mer la première, comme il est dit (Psaumes 68,28) « là, Binyamin, le plus jeune, qui les domine (rodem) » : ne lis pas « rodem » mais « rad yam » (il descendit dans la mer) ; et ses frères, les fils de Yehouda, les lapidaient avec des pierres, comme il est dit (ibid.) « les princes de Yehouda les ont lapidés (rigmatam), les princes de Zevouloun, les princes de Naphtali » : c’est-à-dire qu’ils se disputaient avec les princes de Zevouloun et avec les princes de Naphtali ; et voici que Yehouda l’emporta sur ses frères, car Nahshon sauta dans la mer le premier ; c’est pourquoi « Israël est Son domaine » de Yehouda. Et ils ont dit encore dans le Midrash que c’est pourquoi le prince de la tribu de Yehouda fut appelé Nahshon : à cause de ce qu’il descendit le premier dans la vague (nahshol) de la mer.
ואתה הרם את מטך ונטה את ידך. אין להבין הכתוב הזה שירים משה את מטהו על הים שהרי לא נאמר אלא ויט משה את ידו, אבל טעם הרם את מטך לסלקו מידו לפי שהיו מהעם מחוסרי אמונה שבישראל אומרים שאין כח ביד משה לקרוע את הים אלא בכח המטה שבידו, לכך אמר הרם את מטך סלקהו מידך. וכן תמצא במדרש אמרו אין כח ביד משה לעשות דבר אלא במטה בו הכה את היאור בו הביא כל המכות וכיון שבאו לים מצריים וישראל עומדים אמר לו הקב"ה הרם את מטך שלא יאמרו אלולא המטה לא היה יכול לקרוע את הים. ועל כן הוצרך לומר ויאמינו בה' ובמשה עבדו ומה ת"ל ויאמינו והלא כבר נאמר ויאמן העם אלא לפי שחזרו ולא האמינו הוצרך לומר שעכשיו בקריעת ים סוף האמינו.
« Et toi, lève ton bâton et étends ta main. » On ne doit pas comprendre ce verset au sens que Moshé lèverait son bâton sur la mer, car il n’est dit que « et Moshé étendit sa main » ; mais la raison de « lève ton bâton » est de l’écarter de sa main, parce qu’il y avait parmi le peuple des gens manquant de foi, en Israël, qui disaient que Moshé n’avait pas de force pour fendre la mer, sinon par la force du bâton qu’il avait en main ; c’est pourquoi Il dit « lève ton bâton » : retire-le de ta main. Et ainsi tu trouves dans le Midrash : ils dirent : Moshé n’a pas de force pour faire quoi que ce soit sinon avec le bâton : avec lui il frappa le fleuve, avec lui il amena toutes les plaies ; et quand ils arrivèrent à la mer, les Égyptiens et Israël debout, le Saint, béni soit-Il, lui dit : lève ton bâton, pour qu’ils ne disent pas que sans le bâton il n’aurait pu fendre la mer. Et c’est pourquoi il fallut dire « et ils crurent en l’Éternel et en Moshé son serviteur » ; qu’enseigne « et ils crurent » ? N’a-t-il pas déjà été dit « et le peuple crut » ? Mais parce qu’ils étaient revenus et n’avaient pas cru, il fallut dire que maintenant, à la fente de la mer des Joncs, ils crurent.
ולא קרב זה אל זה כל הלילה. בלילה התחילו ליכנס בים, כי מה שהזכיר בפסוק של מעלה ויסע מלאך האלהים בתחלת הלילה היה שנסע והכונה בו מדת הדין שנקרא מלאך בקצת מקומות מן הכתובים ועל כן הזכיר האלהים. ואמר הרב ז"ל כי יתכן שאינה סמוכה כי אם באור. והיה הענין כי נסע המלאך הזה בעמוד האש בלילה מלפני ישראל והלך מאחריהם ונסע עוד עמוד הענן מפניהם ויעמוד מאחריהם והנה שני העמודים מאחריהם וכאשר היה באשמורת הבקר נדונו המצריים בים, ויש רמז במלת אשמורת כתרגומו.
« Et l’un n’approcha pas de l’autre de toute la nuit. » De nuit ils commencèrent à entrer dans la mer ; car ce qu’il a mentionné au verset précédent « et l’ange de Dieu partit » au début de la nuit, c’est qu’il se mit en route ; et l’intention est l’attribut de rigueur, qui est appelé « ange » dans certains endroits des Écritures, et c’est pourquoi il mentionna « Elohim ». Et le Rav, de mémoire bénie, dit qu’il est possible que « l’ange, Dieu » soit une apposition explicative, et non une construction signifiant « l’ange de Dieu ». Et la chose fut que cet ange, dans la colonne de feu, la nuit, partit de devant Israël et alla derrière eux ; et la colonne de nuée partit aussi de devant eux et se tint derrière eux ; et voici que les deux colonnes étaient derrière eux ; et quand ce fut à la veille du matin, les Égyptiens furent jugés dans la mer ; et il y a une allusion dans le mot « ashmoret » comme son Targoum.
והסדר היה בענין הזה מחנה ישראל תחלה ואחר מחנה ישראל סמוך להם עמוד האש, ואחר עמוד האש עמוד הענן ואחר עמוד הענן מחנה מצרים נמצאו שני העמודים מפסיקים בין מחנה מצרים ובין מחנה ישראל ואמר זה על עמוד הענן שהפסיק בין מחנה מצרים ובין עמוד האש ויהי הענן והחשך בין מחנה למחנה, ויאר את הלילה, כי היה לישראל אור בעמוד האש שהיה מאחריהם וסמוך להם, כי לא היה עמוד הענן מפסיק להם כמו שהיה למצרים ולא קרב זה אל זה כל הלילה כי לא היה אפשר להתקרב מחנה אל מחנה לפי ששני העמודים מפסיקים.
Et l’ordre dans cette affaire était : le camp d’Israël en premier, et après le camp d’Israël, tout près d’eux, la colonne de feu, et après la colonne de feu, la colonne de nuée, et après la colonne de nuée, le camp d’Égypte ; il se trouvait que les deux colonnes séparaient entre le camp d’Égypte et le camp d’Israël ; et il dit cela de la colonne de nuée, qui séparait entre le camp d’Égypte et la colonne de feu : « et il y eut la nuée et les ténèbres entre un camp et l’autre », « et elle éclaira la nuit » : car pour Israël il y avait de la lumière dans la colonne de feu qui était derrière eux et près d’eux, car la colonne de nuée ne les séparait pas comme elle séparait les Égyptiens ; « et l’un n’approcha pas de l’autre de toute la nuit » : car il n’était pas possible qu’un camp s’approche de l’autre, parce que les deux colonnes séparaient.
והנה המצריים שהיו אחורי עמוד הענן היו רואין את ישראל כי היו רואים עמוד האש מתוך הענן, כי מי שהוא יושב בחשך רואה את האור מרחוק, אבל ישראל לא היו רואים את המצריים כי מי שיש לפניו אור אינו רואה את היושב בחשך, ומפני זה עמוד האש צורך גדול שהיה הולך לפני מחנה ישראל שיסע ויעמוד מאחריהם שאלו היה הולך לפניהם להאיר להם כשאר הלילות היו ישראל נחפזים ללכת ולא יראו אותם המצריים ולא היו באים אחריהם.
Et voici que les Égyptiens, qui étaient derrière la colonne de nuée, voyaient Israël, car ils voyaient la colonne de feu à travers la nuée, car celui qui est assis dans les ténèbres voit la lumière de loin ; mais Israël ne voyait pas les Égyptiens, car celui qui a devant lui de la lumière ne voit pas celui qui est assis dans les ténèbres ; et à cause de cela, la colonne de feu, qui allait devant le camp d’Israël, fut un grand besoin : qu’elle parte et se tienne derrière eux ; car si elle avait marché devant eux pour les éclairer comme les autres nuits, Israël se serait hâté de marcher et les Égyptiens ne les auraient pas vus et ne seraient pas venus derrière eux.
ובמדרש ולא קרב זה אל זה, שלא אמרו העליונים שירה. ובפרקי דר' אליעזר פרק מ"ב אל תהי קורא ולא קרב זה אל זה אלא ולא קרא זה אל זה כל הלילה כלומר ממה שכתוב (ישעיהו ו׳:ג׳) וקרא זה אל זה ואמר קדוש.
Et dans le Midrash : « et l’un n’approcha pas (qarav) de l’autre » : pour que les êtres d’en haut ne disent pas le Cantique. Et dans les Chapitres de Rabbi Eliézer, chapitre 42 : ne lis pas « ve-lo qarav zeh el zeh » mais « ve-lo qara zeh el zeh kol ha-layla » (et l’un n’appela pas l’autre toute la nuit), c’est-à-dire d’après ce qui est écrit (Isaïe 6,3) « et l’un appelait l’autre et disait : saint ».
ויבקעו המים. באורו אחר שנבקעו המים כי בקיעת המים היה תחלה ואח"כ רוח קדים עזה כדי ליבש לחלוחית קרקע הים כדי להיותו לחרבה וזה כדרך (שמות טז) וירם תולעים ויבאש שפירושו אחר שבאש.
« Et les eaux furent fendues. » Son explication : après que les eaux furent fendues, car la fente des eaux eut lieu d’abord, puis le vent d’est violent pour dessécher l’humidité du sol de la mer afin qu’il devienne terre sèche ; et c’est selon la voie de (Exode 16,20) « et il grouilla de vers et sentit mauvais (va-yiv’ash) », dont l’explication est « après qu’il eut senti mauvais ».
ובמדרש ויבקעו המים כל מימות שבעולם נבקעו והוצרכו לדרוש כן ממה שלא אמר ויבקעו מימיו. ועוד אודיעך סבת קריעת ים סוף ומשם תבין, כי ענין מוכרח היה שיבקעו כל מימיות שבעולם ושישתנה הטבע בכלם, וקבלו רז"ל כי עשרה נסים נעשו על הים וכלם למדין מן הפרשה הזאת. האחד הבקעו המים כפשט הכתוב ויבקעו המים.
Et dans le Midrash : « et les eaux furent fendues » : toutes les eaux du monde furent fendues, et il fallut l’interpréter ainsi parce qu’il n’a pas dit « et ses eaux furent fendues ». Et je te ferai encore connaître la cause de la fente de la mer des Joncs, et de là tu comprendras : car il fallait nécessairement que toutes les eaux du monde fussent fendues et que la nature fût changée en toutes ; et nos Sages de mémoire bénie ont reçu que dix miracles furent faits sur la mer, et tous s’apprennent de cette section. Le premier : que les eaux furent fendues, comme le sens simple du verset : « et les eaux furent fendues ».
השני כי אחר שנבקעו נעשו כמין קובה כדמות גג מתוח ופרוס מלמעלה והמים מימין ומשמאל ומלמעלה והדרך באמצע הוא שכתוב והמים להם חומה מימינם ומשמאלם בא חבקוק ופירש שהיה הדרך באמצע כמין נקב, שנאמר (חבקוק ג) נקבת במטיו ראש פרזיו. השלישי שלא נשאר הקרקע כקרקע שאר נהרות שיש בהם טיט אלא שנתקשה קרקע הים כקרקע יבשה הוא שכתוב הלכו ביבשה.
Le deuxième : qu’après qu’elles furent fendues, elles devinrent comme une sorte de coupole, à l’image d’un toit tendu et étendu en haut, et les eaux étaient à droite, à gauche et en haut, et le chemin au milieu ; c’est ce qui est écrit « et les eaux furent pour eux un mur à leur droite et à leur gauche » ; Habaqouq vint et expliqua que le chemin était au milieu comme une sorte de trou, comme il est dit (Habaqouq 3,14) « Tu as percé de ses bâtons la tête de ses guerriers ». Le troisième : que le sol ne resta pas comme le sol des autres fleuves, où il y a de la boue, mais que le sol de la mer devint dur comme le sol sec ; c’est ce qui est écrit « ils marchèrent à sec ».
הרביעי שהיה דרך המצריים לח כמו טיט, הוא שכתוב טבעו בים סוף, ומלת טביעה מורה על טיט ממה שכתוב (תהלים סט) טבעתי בין מצולה, וכתיב (ירמיה לח) ויטבע ירמיהו בטיט, והנה פורענות זו נס גדול לישראל ולכן הוא נחשב בכלל עשרה נסים שנעשו להם, בא הנביא ופירש (חבקוק ג) חמר מים רבים. החמישי שנקפאו המים הוא שכתוב קפאו תהומות, והוא מלשון (איוב י) וכגבינה תקפיאני, ונתקשו כאבנים שנאמר ירדו במצולות כמו אבן, כלומר במצולות שהיו כמו אבן שהראשים משתברים עליהם בא דוד ופירש (תהלים עד) שברת ראשי תנינים על המים.
Le quatrième : que le chemin des Égyptiens était humide comme de la boue ; c’est ce qui est écrit « ils furent enfoncés dans la mer des Joncs » ; et le mot « enfoncement » (tevi‘a) indique la boue, d’après ce qui est écrit (Psaumes 69,3) « je suis enfoncé dans la fange de l’abîme (bein metsula) », et il est écrit (Jérémie 38,6) « et Yirmeyahou s’enfonça dans la boue » ; et ce châtiment fut un grand miracle pour Israël, et c’est pourquoi il est compté parmi les dix miracles qui leur furent faits ; le prophète vint et l’expliqua (Habaqouq 3,15) « l’amas de grandes eaux ». Le cinquième : que les eaux furent figées, c’est ce qui est écrit « les abîmes se figèrent », de l’expression (Job 10,10) « et comme du fromage Tu m’as figé » ; et elles durcirent comme des pierres, comme il est dit « ils descendirent dans les profondeurs comme une pierre », c’est-à-dire dans des profondeurs qui étaient comme une pierre sur laquelle les têtes se brisent ; David vint et l’expliqua (Psaumes 74,13) « Tu brisas les têtes des monstres sur les eaux ».
השישי שלא נקפאו חתיכה אחת אלא חתיכות רבות כענין אבנים רבות שהיו מסודרות קצתם על קצתם הוא שכתוב נצבו כמו נד שהוא לשון קבוץ כעין תל או גדיש שהעמרים מסודרים זה על גב זה, כן היו מי הים מקובצים חתיכות אלו על אלו כמין פרורין, בא דוד ופירש (שם) אתה פוררת בעזך ים, השביעי נעשו י"ב גזרין לי"ב שבטים ויש בזה רמז בשירה הוא שכתוב זה אלי ואנוהו מנין ז"ה יאמר הכתוב עזי וזמרת יה במצרים, ויהי לי לישועה על הים, שבו עשה לי דרכים כמנין "זה" אלי ואנוהו, וכן אמר דוד (שם קלו) לגוזר ים סוף לגזרים.
Le sixième : qu’elles ne furent pas figées en un seul morceau mais en morceaux nombreux, comme de nombreuses pierres arrangées les unes sur les autres ; c’est ce qui est écrit « elles se dressèrent comme un monceau (ned) » — qui est une expression de rassemblement, comme un tertre ou une meule où les gerbes sont arrangées les unes sur les autres — ; ainsi les eaux de la mer étaient rassemblées en morceaux les uns sur les autres comme des miettes ; David vint et l’expliqua (ibid.) « Tu as émietté la mer par Ta force ». Le septième : douze passages furent ouverts pour les douze tribus, et il y a là une allusion dans le Cantique : c’est ce qui est écrit « celui-ci (zeh) est mon Dieu et je Le glorifierai » : la valeur numérique de « zeh » (12) : l’Écriture dit « ma force et mon chant est Yah » : en Égypte, « et Il est devenu pour moi le salut » : sur la mer, où Il fit pour moi des chemins selon la valeur numérique de « zeh » (12) — « celui-ci est mon Dieu et je Le glorifierai » ; et ainsi dit David (Psaumes 136,13) « à Celui qui divisa la mer des Joncs en parts (gezarim) ».
השמיני שנקפאו כזכוכית והיו הגזרים ההם לבנים בהירים כשוהם כדי שיהיו רואים אלו לאלו בעברם זהו שכתוב קפאו תהומות בלב ים שהוא כולל משמעות אחד מלשון (זכריה יד) יקרות וקפאון שהוא ענין אורה ודבר המזהיר, בא דוד המע"ה ופירש (שמואל ב כב) חשרת מים עבי שחקים באר כי קבוץ המים היה בהיר כעבי שחקים כעצם השמים לטוהר, התשיעי שהוציא להם מים מתוקים מתוך מלוחים הוא שכתוב נוזלים שהוא מורה מים מתוקים שנאמר (שיר ד) באר מים חיים ונוזלים מן לבנון.
Le huitième : qu’elles furent figées comme du verre, et ces parts étaient blanches, brillantes comme la pierre de shoham, afin qu’ils se voient les uns les autres en passant ; c’est ce qui est écrit « les abîmes se figèrent au cœur de la mer », qui comporte un autre sens, de l’expression (Zacharie 14,6) « de précieuse (yeqarot) lumière et de froid (qippa’on) » qui est une chose de lumière et de ce qui brille ; David, paix sur lui, vint et expliqua (II Samuel 22,12) « amas d’eaux, épaisseurs des nuées » : il expliqua que l’amas des eaux était brillant comme l’épaisseur des nuées, comme l’essence des cieux en pureté. Le neuvième : qu’Il fit sortir pour eux de l’eau douce de l’eau salée ; c’est ce qui est écrit « ruisselantes » (nozelim), qui indique l’eau douce, comme il est dit (Cantique 4,15) « un puits d’eaux vives et des ruisseaux (nozelim) du Liban ».
העשירי שנקפאו ונתקשו אחר הזלת המתוק ואחר שלקחו מהם מה ששתו עד שלא היו יורדים לארץ היו נקפאים בלב ים הוא שכתוב נצבו כמו נד נוזלים קפאו כי הדבר הנוזל היה נקפא בלב ים. הנה אלה עשרה נסים שנעשו לאבותינו על ים סוף.
Le dixième : qu’elles se figèrent et durcirent après l’écoulement de l’eau douce, après qu’ils eurent pris d’elles ce qu’ils burent, avant qu’elles ne descendent vers la terre elles étaient figées au cœur de la mer ; c’est ce qui est écrit « elles se dressèrent comme un monceau, les ruisselantes se figèrent » : car la chose ruisselante était figée au cœur de la mer. Voilà les dix miracles qui furent faits pour nos pères à la mer des Joncs.
וצריך אתה לדעת כי שלשה פסוקים אלו יש בכל אחד מהם ע"ב אותיות שהם בין כלן יר"ו אותיות ומשלשתם יוצא שם בן ע"ב תיבות כל שם ושם אותיותיו משולשות ושם בן ע"ב זה נחקר מן הספירה הרביעית שהיא חסד ויסע כנגד החסד ויבא כנגד הגבורה ויט כנגד התפארת.
Et il faut que tu saches que ces trois versets ont chacun soixante-douze lettres, ce qui fait entre eux tous deux cent seize lettres ; et des trois sort un Nom de soixante-douze mots (tevot) : chaque Nom est composé de trois lettres ; et ce Nom de soixante-douze est tiré de la quatrième sefira, qui est la bonté (‘hessed) : « va-yissa‘ » (et il partit) correspond à la bonté, « va-yavo » (et il vint) correspond à la force (gevoura), « va-yet » (et il étendit) correspond à la splendeur (tiferet).
ויש לך להשכיל כי האותית הראשונות מן הפסוק הראשון גם האחרונות מן הפסוק השלישי שהן יוצאות כסדרן ולצד ימין אבל האמצעיות שהן יוצאות מן הפסוק השני שהן למדת הגבורה הן הולכות למפרע ולצד שמאל כי הוא מתחיל מן ה' אחרונה של הלילה והנה שלשתם נאחזים זה בזה ונעשה מהם שם אחד של שבעים ושתים וכל אותיותיו נקשרות ומשולבות בשלשת אבות המרכבה העליונה.
Et il faut que tu comprennes que les lettres qui occupent la première place dans chaque groupe, issues du premier verset, ainsi que celles qui occupent la troisième place, issues du troisième verset sortent dans leur ordre et vers la droite, mais les lettres du milieu, qui sortent du deuxième verset et qui sont pour l’attribut de force (gevoura), vont à rebours et vers la gauche, car il commence par le hé final de « ha-layla » ; et voici que les trois sont attachés l’un à l’autre, et il en est fait un seul Nom de soixante-douze, et toutes ses lettres sont liées et entrelacées avec les trois pères du char supérieur.
ודע כי זה הים שעברו בו ישראל ים סוף היה ואע"פ שלא הזכיר זה בפירוש לא בצווי השם ולא במעשה כי אם, סתם והנה בשירה שאמרו אותה מדי עברם הזכיר טבעו בים סוף, כן אחרי עברם הזכיר ויסע משה את ישראל מים סוף והוא ים האחרון על כן נקרא ים סוף וכן הזכיר דוד (תהילים ק״ו:ט׳) ויגער בים סוף ויחרב, אמנם יש מדה הנקראת ים שעל ידה עברו ישראל את הים וזהו וימרו על ים בים סוף נקראת ג"כ ים סוף כי הוא סוף המעלות.
Et sache que cette mer dans laquelle Israël passa était la mer des Joncs, et bien qu’il ne l’ait pas mentionné explicitement, ni dans l’ordre du Nom ni dans l’exécution, mais seulement de façon générale ; et voici que dans le Cantique qu’ils dirent en la traversant, il mentionna « ils ont été enfoncés dans la mer des Joncs » (Exode 15,4) ; de même, après leur traversée, il mentionna « et Moshé fit partir Israël de la mer des Joncs » (ibid. 15,22), et c’est la dernière mer, c’est pourquoi elle est appelée « mer du bout (sof) » ; et ainsi mentionna David (Psaumes 106,9) « et Il tança la mer des Joncs et elle sécha ». Mais il y a un attribut appelé « mer », par lequel Israël passa la mer, et c’est « et ils se rebellèrent à la mer, à la mer des Joncs » : elle est aussi appelée « mer du bout », car elle est la fin des degrés.
ויבאו בני ישראל בתוך הים ביבשה. ע"ד הפשט יאמר בתוך המקום שהיה ים באו ביבשה.
« Et les enfants d’Israël entrèrent au milieu de la mer, à sec. » Selon le sens simple (peshat), il dit : au milieu du lieu qui était mer, ils entrèrent à sec.
וע"ד המדרש אם בים למה ביבשה ואם ביבשה למה בים, מכאן אתה למד שלא נקרע להם הים אלא עד שבאו לתוכו עד חוטמם ואחר כך נעשה להם יבשה, רבי נהוראי אומר בת ישראל עוברת ובנה בידה והיה בוכה ונוטלת תפוח או רמון מתוך הים ונותנה לו שנאמר (תהלים קו) ויוליכם בתהומות כמדבר מה מדבר לא חסרו כלום שנאמר (דברים ב) ארבעים שנה ה' אלהיך עמך לא חסרת דבר אף בתהומות לא חסרו כלום.
Et selon le Midrash : si c’est dans la mer, pourquoi « à sec » ? Et si c’est à sec, pourquoi « dans la mer » ? De là tu apprends que la mer ne fut fendue pour eux que lorsqu’ils y furent entrés jusqu’au nez, et ensuite elle devint terre sèche pour eux. Rabbi Nehorai dit : une fille d’Israël passait avec son fils à la main ; il pleurait, et elle prenait une pomme ou une grenade du milieu de la mer et la lui donnait, comme il est dit (Psaumes 106,9) « et Il les fit marcher dans les abîmes comme dans le désert » : de même que dans le désert ils ne manquèrent de rien, comme il est dit (Deutéronome 2,7) « durant ces quarante ans, l’Éternel ton Dieu était avec toi, tu n’as manqué de rien », de même dans les abîmes ils ne manquèrent de rien.
והמים להם חומה מימינם ומשמאלם. מכאן שהיה הדרך באמצע שהרי המים היו מימין ומשמאל ומלמעלה.
« Et les eaux furent pour eux un mur à leur droite et à leur gauche. » De là, que le chemin était au milieu, puisque les eaux étaient à droite, à gauche et en haut.
ובמדרש והמים להם חומה תורה הנמשלת למים שהיו עתידים לקבל היתה מגינה כחומה ומאבדת את המצריים, וזהו שכתוב חמה חסר וא"ו חומה לישראל חמה למצריים. מימינם ומשמאלם מימינם בזכות התורה שנאמר (דברים לג) מימינו אש דת למו, ומשמאלם אלו תפילין שנותנין בשמאל.
Et dans le Midrash : « et les eaux furent pour eux un mur (homa) » : la Torah, comparée à l’eau, qu’ils étaient destinés à recevoir, les protégeait comme un mur et perdait les Égyptiens ; et c’est ce qui est écrit חמה (ḥema, colère), écrit sans vav : un mur pour Israël, une colère contre les Égyptiens. « À leur droite et à leur gauche » : « à leur droite » en mérite de la Torah, comme il est dit (Deutéronome 33,2) « de Sa droite, un feu de loi pour eux » ; « et à leur gauche » : ce sont les tefillin, qu’on place à gauche.
ויסר את אופן מרכבותיו. על דרך הפשט כיון שהשקיף בהם בעמוד אש השורף כל עץ שבכלי מלחמתם ועמוד ענן שהיה מלחלח הקרקע היו המרכבות נשמטות וסר כחם לגמרי.
« Et Il ôta la roue (ofan) de ses chars. » Selon le sens simple (peshat) : puisqu’Il les regarda dans la colonne de feu qui brûlait tout bois dans leurs armes de guerre, et la colonne de nuée qui humectait le sol, les chars glissaient (nishmatot) et leur force disparut complètement.
וע"ד השכל אופן שם לגלגל שנאמר (יחזקאל י יג) ואופנים להם ענינו גלגלים (שם א) והנה אופן אחד בארץ תרגום יונתן גלגלא, ויאמר הכתוב כי הגלגל שממנו כח מרכבותיו הסירו מגבורתו וכחו, וכיון שהסיר אופן מרכבותיו למעלה וינהגהו בכבדות למטה, וכן דרשו רז"ל אין אומה נופלת עד שתפול שרה תחלה, והגלגל הזה הוא גלגל מאדים שבו היו המצריים ראוים לנצח ולהתגבר לולא ה' שהיה לנו ונלחם לישראל, וכח הגלגל הוא סמא"ל ומלת אפ"ן הוא חסר וא"ו כחשבונו והרי לך שם הכח והגלגל רמוזים בכתוב, ולא שהיה המזל שר של מצרים כי שר מצרים היה עזא והזכירו בשם מצרים למעלה והנה מצרים נוסע אחריהם, כי הכח הדבק באומה יקרא על שם האומה כלשון (בראשית י״ב:ו׳) והכנעני אז בארץ וכמו שבארתי שם.
Et selon la voie de l’intellect, « ofan » est un nom de la sphère (galgal), comme il est dit (Ézéchiel 10,13) « et quant aux roues (ofanim), on leur donna le nom de sphères » ; leur sujet : sphères ; (ibid. 1,15) « et voici une roue (ofan) sur la terre », que le Targoum de Yonatan traduit « galgala » ; et l’Écriture dit que la sphère de laquelle vient la force de ses chars, Il la retira de sa puissance et de sa force ; et puisqu’Il ôta la roue de ses chars en haut, Il les fit conduire avec lourdeur en bas ; et ainsi ont interprété nos Sages de mémoire bénie : aucune nation ne tombe avant que son prince (sar) ne tombe d’abord ; et cette sphère est la sphère de Mars (Ma’adim), par laquelle les Égyptiens étaient dignes de vaincre et de l’emporter, n’eût été que l’Éternel était pour nous et combattait pour Israël ; et la force de la sphère est Samaël ; et le mot אפן, sans vav, a la même valeur numérique que סמאל (Samaël) : 131 ; et voici que tu as le nom de la force et de la sphère indiqués dans le verset ; et non que le signe zodiacal soit le prince d’Égypte, car le prince d’Égypte était ‘Azza, et il le mentionna sous le nom d’Égypte plus haut : « et voici, l’Égypte voyageait derrière eux », parce que la force attachée à une nation est appelée du nom de la nation, comme l’expression (Genèse 12,6) « et le Cananéen était alors dans le pays », comme je l’ai expliqué là.
לפנות בקר לאיתנו. ע"ד הפשט לאיתנו מלשון תוקף וכח כלשון (במדבר כ״ד:כ״א) איתן מושבך, כלומר לכחו הראשון.
« Au tournant du matin, à son ‘eitan. » Selon le sens simple (peshat), « le-eitano » vient de l’expression de puissance et de force, comme l’expression (Nombres 24,21) « ton séjour est durable (eitan) », c’est-à-dire à sa première force.
וע"ד המדרש לאיתנו, לתנאו. וכן רמז (בראשית א) ותראה היבשה כלומר במים.
Et selon le Midrash : « le-eitano » : à sa condition (le-tenao). Et de même ce que fit allusion (Genèse 1,9) « et que paraisse le sec (ha-yabasha) », c’est-à-dire dans les eaux.
ובמדרש תנאי התנה הקב"ה עם הים שיקרע לפני ישראל, אמר רבי אליעזר לא עם הים בלבד התנה הקב"ה אלא עם כל מה שנברא במעשה בראשית שנאמר (ישעיה מה) אני ידי נטו שמים וכל צבאם צויתי מיד שנטו שמים כל צבאם צויתי את הים שיהא נקרע לפני ישראל צויתי את השמש והירח שיעמדו לפני יהושע שנאמר (יהושע י) שמש בגבעון דום וירח בעמק אילון, צויתי שמים וארץ שישתקו לפני משה שנאמר (דברים לב) האזינו השמים, צויתי את העורבים לכלכל את אליהו, שנאמר (מלכים א יז) והעורבים מביאים לו לחם ובשר, צויתי את האור שלא תזיק לחנניה מישאל ועזריה, שנאמר (דניאל ג) וריח נור לא עדת בהון, צויתי האריות שלא יזיקו לדניאל, שנאמר (דניאל ו) אלהי שלח מלאכיה וסגר פום אריותא וגו, צויתי את הדג שיקיא את יונה שנאמר (יונה ב) ויאמר ה' לדג, עד כאן במדרש פרקי רבינו אליעזר.
Et dans le Midrash : le Saint, béni soit-Il, stipula une condition avec la mer qu’elle se fende devant Israël. Rabbi Eliézer dit : ce n’est pas avec la mer seule que le Saint, béni soit-Il, stipula une condition, mais avec tout ce qui fut créé dans l’œuvre de la création, comme il est dit (Isaïe 45,12) « Moi, Mes mains ont étendu les cieux et tout leur armée J’ai ordonné » : dès que les cieux furent étendus, J’ai ordonné à toute leur armée ; J’ai ordonné à la mer qu’elle se fende devant Israël ; J’ai ordonné au soleil et à la lune qu’ils se tiennent devant Yehoshoua, comme il est dit (Josué 10,12) « soleil, arrête-toi à Guivon, et toi, lune, dans la vallée d’Ayalon » ; J’ai ordonné aux cieux et à la terre de se taire devant Moshé, comme il est dit (Deutéronome 32,1) « cieux, prêtez l’oreille » ; J’ai ordonné aux corbeaux de nourrir Élie, comme il est dit (I Rois 17,6) « et les corbeaux lui apportaient du pain et de la viande » ; J’ai ordonné au feu de ne pas nuire à ‘Hananya, Mishaël et Azarya, comme il est dit (Daniel 3,27) « et l’odeur du feu n’avait pas passé sur eux » ; J’ai ordonné aux lions de ne pas nuire à Daniel, comme il est dit (ibid. 6,23) « mon Dieu a envoyé son ange et a fermé la gueule des lions, etc. » ; J’ai ordonné au poisson de vomir Yona, comme il est dit (Jonas 2,11) « et l’Éternel parla au poisson » ; jusqu’ici dans le Midrash des Chapitres de Rabbénou Eliézer.
המדרש הזה מוכיח שכל הנסים והנפלאות שעשה הש"י בכל הדורות על ידי הנביאים כבר הושמו בששת ימי בראשית בטבעי הדברים שנבראו כגון שתאמר ביום שני שנבדל הים הושם בטבע המים שיקרע לפני משה הים ולפני יהושע הירדן וכן לאליהו הנביא ולאלישע, וכן ביום רביעי שנברא השמש הושם בטבעו שיעמוד ליהושע, ולפי זה לא היה שנוי הטבע בבריאה חדשה בשום דבר מששת ימי בראשית ואילך כי כל הנסים והאותות והמופתים שנעשו אחרי כן הכל הושמו בטבע כבר והמנהג שנשתנה לעיני הרואים לא היתה בריאה חדשה מן הטבע.
Ce Midrash prouve que tous les miracles et merveilles que le Nom, béni soit-Il, a faits à toutes les générations par les prophètes avaient déjà été placés, dans les six jours de la création, dans les natures des choses qui furent créées ; par exemple tu dirais : le deuxième jour, quand la mer fut séparée, il fut placé dans la nature de l’eau qu’elle se fende devant Moshé, la mer, et devant Yehoshoua, le Jourdain, et de même pour Élie le prophète et pour Élisha ; et de même le quatrième jour, quand le soleil fut créé, il fut placé dans sa nature qu’il s’arrête pour Yehoshoua ; et d’après cela il n’y eut pas de changement de la nature par une création nouvelle en quoi que ce soit depuis les six jours de la création ; car tous les miracles, signes et prodiges qui furent faits ensuite, tout avait déjà été placé dans la nature ; et la coutume qui changea aux yeux des spectateurs n’était pas une création nouvelle à partir de la nature.
ועוד דרשו רז"ל עשרה דברים נבראו בין השמשות ואלו הם, פתיחת פי הארץ, פי הבאר, פי האתון, הקשת, המן, המטה, השמיר, הכתב, המכתב, והלוחות. וראוי להתעורר במה שייחד י' דברים אלו לבין השמשות ושאר הנסים כלן הושמו בטבעי הדברים שנעשו בששה ימים הקודמים, והעולה לנו מזה כי מששת ימי בראשית ואילך אין שום שנוי טבע מחדש כי בעת שנברא אותו הדבר הושם בטבעו שיהיה כך וכך בחפץ הש"י וזהו לשון נבראו שהזכירו החכמים כי הטבע היוצא מן החפץ הקדמון יקראוהו בריאה ותנאי, והוא אצל החפץ הקדמון טבע ולעיני הרואים שינוי טבע, וכאשר הגיע זמן השתנות הטבע לעיני הרואים לא יהיה בזה שנוי רצון מאת הש"י שירצה בו עתה מה שלא רצהו תחלה כי כן היה ברצונו הקדום שישתנה הטבע בזמנו לעיני הרואים על ידי הצדיקים שבדורות.
Et nos Sages de mémoire bénie ont interprété encore : dix choses furent créées au crépuscule (bein ha-shemashot), et ce sont : l’ouverture de la bouche de la terre, la bouche du puits, la bouche de l’ânesse, l’arc-en-ciel, la manne, le bâton, le shamir, l’écriture, l’inscription, et les tables. Et il convient de s’éveiller sur ceci : qu’il ait réservé ces dix choses au crépuscule, alors que tous les autres miracles furent placés dans les natures des choses faites dans les six jours précédents ; et ce qui en résulte pour nous, c’est que depuis les six jours de la création il n’y a aucun changement de nature à nouveau, car au moment où cette chose fut créée, il fut placé dans sa nature qu’elle soit ainsi et ainsi par la volonté du Nom, béni soit-Il ; et c’est l’expression « furent créées » que mentionnèrent les Sages, car la nature qui sort de la volonté première, ils l’appellent « création » et « condition », et c’est, auprès de la volonté première, une nature, et aux yeux des spectateurs un changement de nature ; et quand arrive le temps du changement de la nature aux yeux des spectateurs, il n’y a pas là de changement de volonté de la part du Nom, béni soit-Il, comme s’Il voulait maintenant ce qu’Il n’avait pas voulu d’abord, car telle était Sa volonté première : que la nature change en son temps aux yeux des spectateurs par l’intermédiaire des justes de chaque génération.
ומצרים נסים לקראתו. היה ראוי לומר נסים מפניו אבל הענין כי היו נסים מפני הים כדי שיצאו ממנו והם באים לקראתו על כרחם זהו שאמר וינער ה' את מצרים בתוך הים ודרשו בו רז"ל כבשר המתנער בתוך הקדרה.
« Et les Égyptiens fuyaient à sa rencontre. » Il aurait fallu dire « fuyaient devant lui », mais la chose est qu’ils fuyaient devant la mer pour en sortir, et ils venaient à sa rencontre malgré eux ; c’est ce qu’il dit « et l’Éternel secoua (va-yena‘er) les Égyptiens au milieu de la mer », et nos Sages de mémoire bénie ont interprété : comme la viande qui est secouée dans la marmite.
הבאים אחריהם בים. משפט ס"ת להיות ששה בריש דפין והסימן הוא בי"ה שמ"ו. ואלו הם, ב'ראשית, י'הודה אתה יודוך, ה'באים אחריהם, ש'מור ושמעת, מ'צא שפתיך, ו'אעידה בם, וי"ל טעם בזה שהוא רמז לחדוש העולם שהקב"ה רוכב בערבות כענין שכתוב (תהילים ס״ח:ה׳) סולו לרוכב בערבות ביה שמו, והסתכל איך השלים רמז הה"א של בי"ה בענין הים שהזכיר שם משה עזי וזמרת יה ולכך הזכיר מי כמוכה ב' פעמים הה"א הזאת ותוספת הה"א במי כמוכה הראשון היא אחרונה שבשם והיא אחרונה שבספירות, והוא מלאך האלהים שהזכיר הכתוב בו וילך מאחריהם, וכן בכאן הבאים אחריהם בים.
« Ceux qui les suivaient dans la mer. » La règle d’un rouleau de la Torah : six passages doivent commencer en tête de colonne ; et le moyen mnémotechnique est « Bi-Yah shemo » (Yah est Son nom). Et les voici : « Bereshit » ; « Yehouda atta yoducha » ; « Ha-ba’im aharéhem » ; « Shamor ve-shamata » ; « Mots’a sefatekha » ; « Ve-a‘ida vam ». Et on peut donner une raison à cela : c’est une allusion au renouvellement du monde, car le Saint, béni soit-Il, chevauche dans les cieux (‘aravot), comme il est écrit (Psaumes 68,5) « exaltez Celui qui chevauche les cieux, Yah est Son nom » ; et regarde comment il a complété l’allusion du hé de « Bi-Yah » dans l’affaire de la mer, où Moshé mentionna « ma force et mon chant est Yah » ; et c’est pourquoi il mentionna « qui est comme Toi » deux fois : ce hé ; et l’addition du hé dans le premier « mi kamokha » est le dernier du Nom, et c’est le dernier des sefirot ; et c’est l’ange de Dieu que l’Écriture mentionne à son sujet « et il alla derrière eux » ; et de même ici : « ceux qui les suivaient dans la mer ».
כי ישועת הים על ידו. ולפי מה שדרשו רז"ל בהבראם בה' בראם, ד"א בזכות אברהם תמצא האותיות השניות לאותיות בי"ה שמ"ו שהם אברהם ותוספת הוא"ו לבאר כי ו' קצוות של העולם נבראו בזכותו והכתוב מעיד שנבנה העולם על מדת החסד שנאמר (תהלים פט) כי אמרתי עולם חסד יבנה, וכתיב (מיכה ז) חסד לאברהם.
« Car le salut de la mer fut par lui. » Et d’après ce qu’ont interprété nos Sages de mémoire bénie sur « be-hibare’am » (quand ils furent créés) : « be-hé bera’am » (Il les créa avec hé) ; autre explication : en mérite d’Abraham ; tu trouveras les deuxièmes lettres des mots commençant par les lettres de בי״ה שמ״ו, qui forment אברהם, avec un vav supplémentaire, et l’addition du vav pour expliquer que les six extrémités du monde furent créées en son mérite ; et l’Écriture atteste que le monde est construit sur l’attribut de bonté (‘hessed), comme il est dit (Psaumes 89,3) « car j’ai dit : le monde sera construit par la bonté », et il est écrit (Michée 7,20) « la bonté à Abraham ».
וירא ישראל את היד הגדולה. על דרך הפשט יד לשון מכה כלשון (שמות ט׳:ג׳) הנה יד ה' הויה, (שמואל א ה׳:י״א) כבדה מאד יד האלהים שם.
« Et Israël vit la main grande. » Selon le sens simple (peshat), « yad » (main) est une expression de coup, comme l’expression (Exode 9,3) « voici que la main de l’Éternel est sur ton bétail », (I Samuel 5,11) « la main de Dieu y était très pesante ».
וע"ד המדרש את היד הגדולה, מכאן דרשו רז"ל על הים לקו חמשים מכות, והענין מפני שבעשר מכות מצינו כתוב אצבע אלהים היא, ומאחר שעשר מכות הן אצבע והיד היא חמש אצבעות ועל כל אצבע ואצבע י' מכות הנה הם חמשים מכות.
Et selon le Midrash : « la main grande » : de là nos Sages de mémoire bénie ont interprété que sur la mer furent portées cinquante plaies ; et la chose est que dans les dix plaies nous trouvons écrit « c’est le doigt de Dieu » ; et puisque dix plaies sont un doigt, et que la main est cinq doigts, et que pour chaque doigt il y a dix plaies, voici cinquante plaies.
וע"ד הקבלה את היד הגדולה היא ה"א אחרונה שבשם והיא מדת הדין רפה של מטה הנקראת מלכות שעל ידו נקרע הים ולכך אנו אומרים בתפלה מלכותך ראו בניך בוקע ים לפני משה זה אלי ענו הודו והמליכו, רמז לזה אלי ואנוהו, וכבר ידעת כי בעברם בים אמרו שירה. וטעם הגדולה לפי שהיא שואבת מן החסד כי לכך נזכרה בשירה בלשון ימינך.
Et selon la voie de la Kabbale, « la main grande » est le hé final du Nom, et c’est l’attribut de rigueur adoucie d’en bas appelé « royauté » (Malkhout), par lequel la mer fut fendue ; et c’est pourquoi nous disons dans la prière : « Tes enfants ont vu Ta royauté, fendant la mer devant Moshé ; celui-ci est mon Dieu, ils répondirent, ils rendirent grâce et proclamèrent la royauté » : c’est une allusion à « celui-ci est mon Dieu et je Le glorifierai » ; et tu sais déjà qu’en la traversant ils dirent le Cantique. Et la raison de « grande » est qu’elle puise à la bonté (‘hessed), c’est pourquoi elle est mentionnée dans le Cantique par l’expression « ta droite ».
ויש לך להתבונן בתרגום אונקלוס ית גבורת ידא רבתא לפי שיפרש היד הגדולה אלא שהוסיף על הכתוב לשון גבורה ובא לרמוז כי הגבורה שבה שהיא מדת הדין מכה את המצרים, והחסד שבה מצלת את ישראל. וכתב הרמב"ן ז"ל בפירושיו וזה לשונו וע"ד האמת יאמר שנגלית להם היד הגדולה והיא מדת הדין שעשה ה' במצרים כי היתה שם במצרים מכה בהם וזהו כמו (דברים ד׳:ל״ו) ועל הארץ הראך את אשו הגדולה והיא הימין אשר תרעץ אויב והיא זרוע ה' שאמר הכתוב (ישעיהו נ״א:ט׳) עורי עורי לבשי עוז זרוע ה' הלא את היא המחרבת ים, ולא יתעלם ממך מה שאמר לבשי עוז ממה שכתבנו בפסוק (בראשית מ״ט:כ״ד) מידי אביר יעקב ע"כ.
Et tu dois réfléchir au Targoum d’Onkelos « et la puissance de la main grande », parce qu’il explique « la main grande » mais il a ajouté à l’Écriture l’expression de puissance (gevoura), venant faire allusion à ce que la puissance qui est en elle, qui est l’attribut de rigueur, frappe les Égyptiens, et la bonté (‘hessed) qui est en elle sauve Israël. Et le Ramban, de mémoire bénie, écrivit dans ses commentaires, et voici sa langue : « Et selon la voie de la vérité, il dira qu’on leur révéla la main grande, qui est l’attribut de rigueur que l’Éternel fit en Égypte, car elle était là, en Égypte, à les frapper ; et c’est comme (Deutéronome 4,36) "et sur la terre Il t’a fait voir Son grand feu" ; et c’est la droite qui brise l’ennemi, et c’est le bras de l’Éternel dont l’Écriture dit (Isaïe 51,9) "réveille-toi, réveille-toi, revêts-toi de force, bras de l’Éternel ; n’es-tu pas celui qui a asséché la mer ?" ; et ne t’échappe pas ce qu’il dit "revêts-toi de force", d’après ce que nous avons écrit au verset (Genèse 49,24) "des mains du Puissant de Yaakov". » Fin.
וייראו העם ויאמינו. היראה והאמונה עקר לכל התורה. וכתב רבינו חננאל כי האמונה מתחלקת לד' חלקים, אמונה בהקב"ה שנאמר (דברי הימים ב כ׳:כ׳) האמינו בה' אלהיכם ותאמנו וזהו שכתוב ויאמינו בה' ובמשה עבדו, אמונה בנביאים שנתחייבנו לשמוע דבריהם שנאמר (ישעיהו נ״ג:א׳) מי האמין לשמועתנו, אמונה בעוה"ב שיש להאמין כי יש עולם הבא ויש שכר טוב מעותד לצדיקים, וזהו שאמר דוד ע"ה (תהילים כ״ז:י״ג) לולא האמנתי לראות בטוב ה', אמונה בביאת הגואל שזה פנה גדולה בתורה, ז"ש (ישעיהו כ״ח:ט״ז) הנני יסד בציון אבן אבן בחן פנת יקרת מוסד מוסד המאמין לא יחיש,
« Et le peuple craignit, et ils crurent. » La crainte et la foi sont le principe de toute la Torah. Et Rabbénou ‘Hananel écrivit que la foi se divise en quatre parties : la foi dans le Saint, béni soit-Il, comme il est dit (II Chroniques 20,20) « croyez en l’Éternel votre Dieu et vous serez affermis », et c’est ce qui est écrit « et ils crurent en l’Éternel et en Moshé son serviteur » ; la foi dans les prophètes, dont nous avons l’obligation d’écouter les paroles, comme il est dit (Isaïe 53,1) « qui a cru à notre message ? » ; la foi dans le monde à venir, c’est-à-dire qu’il faut croire qu’il y a un monde à venir et qu’une bonne récompense est préparée aux justes, et c’est ce que dit David, paix sur lui (Psaumes 27,13) « si je n’avais cru voir la bonté de l’Éternel » ; la foi dans la venue du rédempteur, car c’est une grande pierre d’angle dans la Torah, et c’est ce que dit (Isaïe 28,16) « voici que Je fonde en Sion une pierre, pierre éprouvée, pierre d’angle précieuse, fondement bien assis ; celui qui croit ne se hâtera pas (lo yaḥish) »,
וכל המאמין יש לו זכיות הרבה הוא שנאמר באברהם שהיה שרש האמונה (בראשית ט״ו:ו׳) והאמין בה' ויחשבה לו צדקה, והנה הוא זוכה לגן עדן שנאמר (ישעיהו כ״ו:ב׳) פתחו שערים ויבא גוי צדיק שומר אמונים, וזוכה לחיי העוה"ב שנאמר (חבקוק ב׳:ד׳) וצדיק באמונתו יחיה, ומי שאינו מאמין בכל אלו עליו הכתוב אומר (איוב ט״ו:כ״ב) לא יאמין שוב מני חשך וצפוי הוא אלי חרב, ואינו זוכה לגאולה שנאמר (יחזקאל כ׳:ל״ז-ל״ח) וברותי מכם המורדים והפושעים בי, וכתיב (תהילים ל״א:כ״ד) אמונים נוצר ה' ומשלם על יתר עושי גאוה,
et quiconque croit a de nombreux mérites, comme il est dit à propos d’Abraham, qui était la racine de la foi (Genèse 15,6) « et il crut en l’Éternel et Il le lui compta comme justice » ; et voici qu’il obtient le jardin d’Éden, comme il est dit (Isaïe 26,2) « ouvrez les portes et qu’entre la nation juste qui garde la fidélité (emounim) » ; et il obtient la vie du monde à venir, comme il est dit (Habaqouq 2,4) « et le juste vivra par sa foi » ; et celui qui ne croit à rien de tout cela, sur lui l’Écriture dit (Job 15,22) « il ne croit pas revenir des ténèbres, et il est guetté par l’épée » ; et il n’obtient pas la délivrance, comme il est dit (Ézéchiel 20,38) « et Je purifierai parmi vous les rebelles et ceux qui se révoltent contre Moi » ; et il est écrit (Psaumes 31,24) « l’Éternel garde les fidèles (emounim) et rend avec surabondance à celui qui agit avec orgueil »,
פירוש ה' יתברך נוצר אמונים ועל אותן שאין בהם אמונה משלם עונשם כי הם עושים בגאוה, ואינם זוכים לחיים שנאמר (חבקוק ב׳:ד׳) הנה עופלה לא ישרה נפשו בו וצדיק באמונתו יחיה עכ"ל הרב ז"ל.
l’explication est : l’Éternel, béni soit-Il, garde les fidèles, et pour ceux qui n’ont pas la foi, Il rend leur punition, car ils agissent avec orgueil, et ils n’obtiennent pas la vie, comme il est dit (Habaqouq 2,4) « voici, son âme s’enfle, elle n’est pas droite en lui, et le juste vivra par sa foi ». Fin des paroles du Rav, de mémoire bénie.
ומפני שהאמונה יסוד כל התורה כולה תקנו לנו רז"ל בתפלה ובברכות לענות אמן שהוא נגזר מלשון אמונה ומלשון הודאה שמקבל עליו דברי המברך ומודה בהם, וזהו שאמרו רז"ל אמן קבלה אמן שבועה אמן קיום ועל זה אמרו גדול העונה אמן יותר מן המברך.
Et parce que la foi est le fondement de toute la Torah entière, nos Sages de mémoire bénie nous ont institué dans la prière et dans les bénédictions de répondre « amen », qui est dérivé de l’expression de foi (emouna) et de l’expression d’aveu (hoda’a), car celui qui répond accepte les paroles de celui qui bénit et les reconnaît ; et c’est ce qu’ont dit nos Sages de mémoire bénie : « amen » est une acceptation, « amen » est un serment, « amen » est une confirmation ; et sur cela ils ont dit : plus grand est celui qui répond « amen » que celui qui bénit.
ובאור הענין כי המברך מעיד בברכתו של הקב"ה שהוא מקור הברכה, והעונה אמן הוא מקיים השטר והוא העקר שאין קיום העדות בעד ראשון אלא בעד שני שהעדות נגמר על ידו והעונה אמן הוא העד השני וצריך הוא שיצטרף עם העד הראשון שהוא המברך כי עמו העדות קיים.
Et l’explication de la chose : celui qui bénit témoigne, dans sa bénédiction, du Saint, béni soit-Il, qui est la source de la bénédiction, et celui qui répond « amen » confirme l’acte, et c’est le principe : car la confirmation du témoignage n’est pas par le premier témoin mais par le deuxième, puisque le témoignage est achevé par lui, et celui qui répond « amen » est le deuxième témoin, et il est nécessaire qu’il se joigne au premier témoin, qui est celui qui bénit, car avec lui le témoignage est établi.
וכבר האריכו רז"ל לדבר במשפט הזכרת אותיות התיבה הזאת ואיך יתחייב להגות בהם אדם, והוא שאמרו אין עונין לא אמן קטופה ולא אמן חטופה ולא אמן יתומה אלא אמן ארוכה, בן עזאי אומר העונה אמן חטופה יתחטפו ימיו קטופה יתקטפו ימיו יתומה יהיו בניו יתומים ארוכה מאריכים לו ימיו ושנותיו, וענין חטופה שהוא חוטף האל"ף בשב"א פת"ח והנה זה הפך האמונה ממה שכתוב באמנון (שמואל ב י״ג:כ׳) האמינון אחיך היה עמך ופירש"י ז"ל דשקרי"ר בלע"ז.
Et nos Sages de mémoire bénie se sont déjà longuement étendus sur la règle de la prononciation des lettres de ce mot, et comment l’homme doit les prononcer, et c’est ce qu’ils ont dit : on ne répond ni « amen qetoufa », ni « amen ḥatoufa », ni « amen yetoma », mais « amen longue » ; Ben ‘Azzaï dit : celui qui répond « amen ḥatoufa », ses jours seront hâtés (yitḥatfou) ; « qetoufa », ses jours seront écourtés (yitqatfou) ; « yetoma », ses fils seront orphelins ; « longue », on lui prolonge ses jours et ses années. Et le sens de « ḥatoufa » est qu’il avale (ḥoutef) l’alef avec un ḥataf-pataḥ ; et voici le contraire de la foi, d’après ce qui est écrit à propos d’Amnon (II Samuel 13,20) « Aminon, ton frère, était-il avec toi ? », et Rashi, de mémoire bénie, a expliqué : « dishqiryar » en langue étrangère.
והא למדת שהעונה אמן חטופה הנה הוא מהפך הקערה על פיה ומוריד לארץ יסודות חומות האמונה, הנה בארתי ענין אמן לפי שהוא נגזר מלשון אמונה, מלבד שיש במלת אמן סוד שהוא כולל השם המיוחד והכנוי והתפארת והכבוד.
Tu as donc appris que celui qui répond « amen ḥatoufa » renverse le plat sens dessus dessous et fait descendre à terre les fondements des murs de la foi. Voici que j’ai expliqué le sens d’« amen », puisqu’il est dérivé de l’expression de foi ; outre qu’il y a dans le mot « amen » un secret, puisqu’il comprend le Nom unique, le surnom, la splendeur (tiferet) et la gloire (kavod).
ויש בו עוד סוד מקובל כי מלת אמן הוא חבור עשר ספירות מן האל"ף שהוא הכתר והוא המקור הנובע עד המ"ם שהוא התשובה והוא מלך העולם, ומן המ"ם לנו"ן שהיא השכינה שנקראת בלשון נקבה וכוללת זכר ונקבה והרמז באותיות נו"ן כפופה נו"ן פשוטה וכיון שהמשכת הברכות מגעת לנו"ן משם מתפשטת הברכה לעולם השכלים הנפרדים ומהם אל העולם השפל הזה, וכשם שהתחיל מן המקור הנרמז באות אל"ף והמשיך הברכה משם כמי שפותח המעין להשקות הצריכים השקאה כך יקבל העונה אמן שכרו שיפתחו לו שערי גן עדן הוא שנאמר (ישעיהו כ״ו:ב׳) פתחו שערים ויבא גוי צדיק שומר אמונים, אל תקרי אמונים אלא אמנים אלו שעונין אמן והנה שכרו אתו מדה כנגד מדה, וכבר ידעת כי מלת אמן נוטריקון אל מלך נאמן.
Et il y a encore dans ce mot un secret reçu : le mot « amen » est l’union des dix sefirot, depuis l’alef, qui est la couronne (keter) et qui est la source jaillissante, jusqu’au mem, qui correspond à la Teshouva (le Retour) et qui est le roi du monde ; et du mem au noun, qui est la Présence (Shekhina), qui est appelée au féminin et comprend mâle et femelle ; et l’allusion est dans les lettres : noun courbé, noun droit ; et puisque la poursuite des bénédictions arrive au noun, de là la bénédiction se répand dans le monde des intelligences séparées et d’elles vers ce monde bas ; et de même qu’il commença de la source, indiquée dans la lettre alef, et en tira la bénédiction comme celui qui ouvre la fontaine pour arroser ceux qui ont besoin d’arrosage, ainsi celui qui répond « amen » recevra sa récompense : que s’ouvrent pour lui les portes du jardin d’Éden, comme il est dit (Isaïe 26,2) « ouvrez les portes et qu’entre la nation juste qui garde la fidélité (emounim) » ; ne lis pas « emounim » mais « omanim » : ce sont ceux qui répondent « amen » ; et voici que sa récompense est avec lui, mesure pour mesure. Et tu sais déjà que le mot « amen » est un acronyme : « Él melekh ne’eman » (Dieu, roi fidèle).
ויש לך להתעורר כי במלת נאמן נו"ן כפופה נו"ן פשוטה לא לסתום רק לפרש והנו"ן הפשוטה שבמלת אמן כוללת זכר ונקבה לפי שנו"ן כפופה היא נקבה ונו"ן פשוטה היא זכר ולפי שיש נו"ן הכפופה בכלל הפשוטה מפני כן כוללת זכר ונקבה.
Et tu dois t’éveiller : dans le mot « ne’eman », noun courbé, noun droit, non pour fermer mais pour expliquer ; et le noun droit qui est dans le mot « amen » comprend mâle et femelle, car le noun courbé est le féminin et le noun droit est le masculin ; et parce que le noun courbé est inclus dans le noun droit, c’est pourquoi il comprend mâle et femelle.
ויש לך לדעת כי האל"ף נקראת אמן והחכמה נקראת אמון וזהו (משלי ח׳:ל׳) ואהיה אצלו אמון והכל אחד כי אין להפריד החכמה מן הכתר, ולפי שהברכה משם וכענין שכתוב (תהילים קל״ד:ב׳-ג׳) שאו ידיכם קדש היא החכמה וברכו את ה' לכך גדול העונה אמן יותר מן המברך, וזה בגבולין אבל במקדש לא היו עונין אמן שלא היו צריכים לפי שהיו מזכירין השם ככתבו, ושתי אותיות ראשונות ירמזו למקור הברכה ולכך אין צורך להזכיר אמן במקדש.
Et tu dois savoir que l’alef est appelée « amen » et que la sagesse est appelée « amon », et c’est (Proverbes 8,30) « et j’étais auprès de Lui comme un artisan (amon) » ; et tout est un, car on ne peut séparer la sagesse de la couronne ; et parce que la bénédiction vient de là, et comme il est écrit (Psaumes 134,2-3) « levez vos mains vers le sanctuaire, c’est la sagesse, et bénissez l’Éternel », c’est pourquoi plus grand est celui qui répond « amen » que celui qui bénit ; et cela dans les provinces, mais dans le Temple on ne répondait pas « amen », car ce n’était pas nécessaire, puisqu’on y mentionnait le Nom tel qu’il est écrit ; et les deux premières lettres font allusion à la source de la bénédiction, et c’est pourquoi il n’est pas nécessaire de mentionner « amen » dans le Temple.
וכל המכוין והכופל אמן אמן זוכה לב' עולמות, וכן אמר דוד ע"ה בסוף מזמור ע"ב ברוך ה' אלהים אלהי ישראל עושה נפלאות לבדו וברוך שם כבודו לעולם וימלא כבודו את כל הארץ אמן ואמן, ועוד במזמור פ"ט ברוך ה' לעולם אמן ואמן, וזה המכבד את ה' יתברך באמת אשר עליו אמר הכתוב (שמואל א ב׳:ל׳) כי מכבדי אכבד, וכל מי שאינו נזהר במלת אמן לכוין בכל כחו וכונתו הרי זה מבזה את הש"י ועליו אמר הכתוב (שם) ובוזי יקלו, ומז' מדורין שיש בגיהנם מורידים אותו לאחרון שבכולם שהוא כפול והוא נקרא (איוב י׳:כ״ב) ארץ עיפתה והוא ארץ שאול תחתית כי שאול מדור אחד ותחתית מדור שני ואותו תחתית נקרא אבדון וזהו (משלי ט״ו:י״א) שאול ואבדון נגד ה',
Et celui qui a l’intention et double « amen, amen » obtient deux mondes, et ainsi dit David, paix sur lui, à la fin du psaume 72 (Psaumes 72,18-19) « béni soit l’Éternel Dieu, Dieu d’Israël, qui seul fait des merveilles ; et béni soit à jamais le nom de Sa gloire, et que toute la terre soit remplie de Sa gloire : amen et amen » ; et encore au psaume 89 (89,53) « béni soit l’Éternel à jamais : amen et amen » ; et celui-là honore véritablement l’Éternel, béni soit-Il, sur qui l’Écriture dit (I Samuel 2,30) « car j’honorerai ceux qui M’honorent » ; et quiconque ne prend pas garde au mot « amen » d’y mettre toute sa force et son intention, voilà qu’il méprise le Nom, béni soit-Il, et sur lui l’Écriture dit (ibid.) « et ceux qui Me méprisent seront peu estimés » ; et des sept demeures qui sont dans la Géhenne, on le fait descendre dans la dernière de toutes, qui est double et s’appelle (Job 10,22) « pays d’obscurité », et c’est « le pays du shéol, le fond » : car le shéol est une demeure et le fond une deuxième demeure, et ce « fond » est appelé « abaddon » ; et c’est (Proverbes 15,11) « le shéol et l’abaddon sont devant l’Éternel »,
מי שיורד לאבדון שוב אינו עולה, ועל זה אמר הכתוב (ירמיהו ב׳:י״ג) אותי עזבו מקור מים חיים, המבזים לענות אמן עזבו מקור מים חיים הוא הנובע שנרמז למעלה, ומה יהיה ענשם לחצוב להם בארות בארות נשברים, כלומר הרי הן יורדים לגיהנם מדרגה אחר מדרגה בעונש כפול וזהו שכפל בארות בארות והכל מדה כנגד מדה בין בעונש בין בשכר.
celui qui descend à l’abaddon ne remonte plus ; et sur cela l’Écriture dit (Jérémie 2,13) « ils M’ont abandonné, source d’eaux vives » ; ceux qui méprisent de répondre « amen » ont abandonné la source d’eaux vives, qui est le jaillissement indiqué plus haut ; et quelle sera leur punition ? « Pour se creuser des citernes, citernes fissurées » : c’est-à-dire que les voilà qui descendent à la Géhenne de degré en degré, d’une punition double ; c’est ce qu’il a doublé : « citernes, citernes » ; et tout est mesure pour mesure, tant dans la punition que dans la récompense.
אז ישיר משה ובני ישראל. לשון הוה הוא, ואמרו רז"ל שר לא נאמר אלא ישיר מכאן רמז לתחית המתים מן התורה.
« Alors Moshé et les enfants d’Israël chanteront (yashir). » C’est un présent (futur) ; et nos Sages de mémoire bénie ont dit : il n’est pas écrit « chanta » mais « chantera » : de là une allusion à la résurrection des morts selon la Torah.
ובמדרש אז ישיר משה יש אז לשעבר ויש אז לעתיד, לשעבר (בראשית ד׳:כ״ו) אז הוחל, (שמות ד׳:כ״ו) אז אמרה, אז ישיר משה, (במדבר כ״א:י״ז) אז ישיר ישראל. (יהושע י׳:י״ב) אז ידבר יהושע, (דברי הימים א ט״ו:ב׳) אז אמר דוד, (מלכים א ח׳:י״ב) אז אמר שלמה. ויש לעתיד (ישעיהו ס׳:ה׳) אז תראי ונהרת, (שם נח) אז יבקע כשחר אורך, (שם לה) אז ידלג כאיל, (ירמיהו ל״א:י״ג) אז תשמח בתולה, (תהילים קכ״ו:ב׳) אז ימלא שחוק פינו, אז יאמרו בגוים, הרי אלו עתידין.
Et dans le Midrash : « alors Moshé chantera » : il y a un « alors » (az) du passé et un « alors » de l’avenir. Du passé : (Genèse 4,26) « alors on commença », (Exode 4,26) « alors elle dit », « alors Moshé chantera » ; (Nombres 21,17) « alors Israël chanta » ; (Josué 10,12) « alors Yehoshoua parla » ; (I Chroniques 15,2) « alors David dit » ; (I Rois 8,12) « alors Shelomo dit ». Et il y a un « alors » de l’avenir : (Isaïe 60,5) « alors tu verras et tu rayonneras » ; (ibid. 58,8) « alors ta lumière jaillira comme l’aurore » ; (ibid. 35,6) « alors le boiteux bondira comme un cerf » ; (Jérémie 31,12) « alors la vierge se réjouira » ; (Psaumes 126,2) « alors notre bouche sera remplie de rires » ; « alors on dira parmi les nations » : voilà ceux de l’avenir.
אמר משה באז קראתי תגר לפני הקב"ה ומאז באתי אל פרעה לדבר בשמך, בלשון שסרחתי אני מקלסו, נקלס ליחיד שהוא למעלה משבעה רקיעים. אמרו ישראל כשנפרע הקב"ה מדורו של אנוש שעלו עליו מי אוקינוס והציף שלישו של עולם, שנאמר (בראשית ד׳:כ״ו) אז הוחל לקרא ואנו שעשה לנו דרך במים ונפרע מן המצריים באז אנו מקלסים אותו, ומה שהזכיר משה ובני ישראל לאמר ללמד כי משה ובני ישראל זכו לומר אותו קלוס בעצמו ואותה שירה שמשבחת המדה הנקראת זאת לה' והיא הכלה שמשבחת את המלך ואומרת שיר השירים אשר לשלמה והבן זה, ובשירת הבאר ארמוז מזה בעז"ה יתברך.
Moshé dit : j’ai élevé une plainte devant le Saint, béni soit-Il, avec « az » : « et depuis (u-me’az) que je suis venu vers Pharaon pour parler en Ton nom » ; dans la langue même où j’ai fauté, je Le loue ; je louerai l’Unique, qui est au-dessus des sept cieux. Israël dit : lorsque le Saint, béni soit-Il, a exercé la vengeance sur la génération d’Énosh, sur laquelle montèrent les eaux de l’Océan et inondèrent le tiers du monde, comme il est dit (Genèse 4,26) « alors on commença à invoquer », et nous, pour qui Il ouvrit un chemin dans les eaux et exerça Sa vengeance sur les Égyptiens, avec « az » nous Le louons. Et ce que mentionna Moshé : « Moshé et les enfants d’Israël pour dire », c’est pour enseigner que Moshé et les enfants d’Israël méritèrent de dire cette louange elle-même et ce Cantique par lequel l’attribut appelé « Zot » loue l’Éternel, qui est la fiancée qui loue le roi et dit « Cantique des cantiques, de Shelomo » ; et comprends cela ; et dans le Cantique du puits j’y ferai allusion, avec l’aide de Dieu, béni soit-Il.
ויאמרו לאמר. כפל האמירה על שם שכפלו לשון השירה כי כל פסוקי השירה וכל עניניה הם כפולים וכן תמצא בהלל מן (תהילים קי״ח:ה׳) מן המצר קראתי יה ענני במרחב יה עד זה היום עשה ה', כל הלשון כפול.
« Et ils dirent pour dire (le-emor). » Il redoubla le dire à cause du redoublement de l’expression du Cantique, car tous les versets du Cantique et toutes ses matières sont doublés ; et ainsi tu le trouves dans le Hallel, depuis (Psaumes 118,5) « de la détresse j’ai invoqué Yah, Yah m’a répondu dans l’étendue » jusqu’à « c’est le jour qu’a fait l’Éternel » : toute l’expression est doublée.
והקלוס הכפול רמז לכח לפנים מכח, ועל כן באה השירה בלשון כפול כי הוא קלוס למדת רחמים ולשכינה, אשירה לה' ואח"כ עזי וזמרת יה, ה' שמו ואח"כ ימינך שהוא מדת הדין, מי כמכה באלים ה' ואחר כך מי כמוכה נאדר בקדש שהוא אדיר במעון קדשו בשמים שאין בכל העליונים דומה לכבודו שהוא אדיר במעון קדשו, מכון לשבתך פעלת ה' ואחר כך מקדש ה' אל"ף דל"ת והבן זה. או יאמר ויאמרו לאמר בחתוך שפתים וכן (שמות י״ז:ד׳) ויצעק משה אל ה' לאמר, שצריך המתפלל לחתוך בשפתיו.
Et la louange doublée fait allusion à la force intérieure de la force ; et c’est pourquoi le Cantique vint dans une langue doublée, car c’est une louange pour l’attribut de miséricorde et pour la Présence : « je chanterai à l’Éternel », puis « ma force et mon chant est Yah » ; « l’Éternel est Son nom », puis « ta droite », qui est l’attribut de rigueur ; « qui est comme Toi parmi les dieux, Éternel », puis « qui est comme Toi, majestueux en sainteté », qui est majestueux dans sa demeure sainte aux cieux, car dans tous les êtres d’en haut il n’y a rien de semblable à Sa gloire, puisqu’Il est majestueux dans Sa demeure sainte ; « le lieu que Tu as préparé pour Ta demeure, Éternel », puis « le sanctuaire, Éternel, que Tes mains ont établi » : alef, dalet ; et comprends cela. Ou bien il dit « et ils dirent pour dire » en articulant distinctement avec les lèvres (be-ḥitoukh sefatayim), et de même (Exode 17,4) « et Moshé cria vers l’Éternel pour dire », car celui qui prie doit articuler avec ses lèvres.
ומצאתי סיוע לזה ממה שאמרו במדרש ויאמרו לאמר ר' נחמיה אומר רוח הקודש שרתה על ישראל והיו אומרים שירה כבני אדם הקורין את שמע.
Et j’ai trouvé un appui à cela dans ce qu’ils ont dit dans le Midrash : « et ils dirent pour dire » : Rabbi Nehemya dit : l’esprit saint reposa sur Israël, et ils disaient le Cantique comme des hommes qui lisent le Chéma‘.
וע"ד המדרש ויאמרו התינוקות היונקים לאמור העוברים שבמעי אמן, והוא שדרשו כיצד אמרו ישראל שירה עולל מוטל על כרס אמו ותינוק יונק משדי אמו כיון שראו שכינה עולל הגביה את צוארו ותינוק שמט הדד מפיו ואמרו זה אלי ואנוהו שנאמר (תהילים ח׳:ג׳) מפי עוללים ויונקים וגו', ואפילו עוברין שבמעי אמן אמרו שירה על הים שנאמר (שם סח) במקהלות ברכו אלהים ה' ממקור ישראל.
Et selon le Midrash : « et ils dirent pour dire » : les nourrissons qui tètent, pour « dire », les fœtus dans le sein de leur mère ; et c’est ce qu’ils ont interprété : comment Israël dit-il le Cantique ? L’enfant gisant sur le ventre de sa mère et le nourrisson tétant aux seins de sa mère : dès qu’ils virent la Présence (Shekhina), l’enfant dressa son cou et le nourrisson lâcha le sein de sa bouche, et ils dirent « celui-ci est mon Dieu et je Le glorifierai », comme il est dit (Psaumes 8,3) « de la bouche des enfants et des nourrissons, etc. » ; et même les fœtus dans le sein de leur mère dirent le Cantique sur la mer, comme il est dit (ibid. 68,27) « dans les assemblées, bénissez Dieu, l’Éternel, vous de la source d’Israël ».
כי גאה גאה. לפי שאין בכל הבהמות מתגאה כסוס והרוכב מתגאה עליו באר הכתוב כי הקב"ה מתגאה על שניהם.
« Car Il s’est hautement élevé (ga’o ga’a). » Puisqu’aucune bête ne s’enorgueillit autant que le cheval, et que le cavalier s’enorgueillit sur lui, l’Écriture explique que le Saint, béni soit-Il, s’élève au-dessus des deux.
ובמדרש כי גאה גאה ארבעה גאים הם אריה בחיות שור בבהמות נשר בעופות ואדם על כלן שנאמר (בראשית א׳:כ״ח) ורדו בדגת הים ובעוף השמים וגו', מה עשה הקב"ה נתן דמות כל הגאים הללו בכסא הכבוד שלו, שנאמר (יחזקאל א׳:י׳) ודמות פניהם פני אדם ופני אריה אל הימין לארבעתם ופני שור מהשמאל לארבעתם ופני נשר לארבעתם, אמר הקב"ה הואיל והם מתגאים אני מתגאה עליהם שנאמר כי גאה גאה הרי הוא מתגאה על כל הגאים, ע"כ. וזהו שכתוב (תהילים קי״ג:ד׳) רם על כל גוים ה' קרי ביה גאים וזהו המתגאה על חיות הקודש.
Et dans le Midrash : « car Il s’est hautement élevé » : il y en a quatre qui sont altiers : le lion parmi les bêtes sauvages, le bœuf parmi les bêtes domestiques, l’aigle parmi les oiseaux, et l’homme au-dessus de tous, comme il est dit (Genèse 1,28) « et dominez sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux du ciel, etc. » ; que fit le Saint, béni soit-Il ? Il plaça la forme de tous ces altiers dans le trône de Sa gloire, comme il est dit (Ézéchiel 1,10) « et la forme de leurs visages : un visage d’homme, et un visage de lion à droite pour tous les quatre, et un visage de bœuf à gauche pour tous les quatre, et un visage d’aigle pour tous les quatre » ; le Saint, béni soit-Il, dit : puisqu’ils s’enorgueillissent, Je m’élève au-dessus d’eux, comme il est dit « car Il s’est hautement élevé » : voici qu’Il s’élève au-dessus de tous les altiers ; fin. Et c’est ce qui est écrit (Psaumes 113,4) « l’Éternel est élevé au-dessus de toutes les nations (goyim) » : lis-le « ga’im » (altiers) ; et c’est lui qui s’élève au-dessus des créatures saintes (hayyot ha-qodesh).
ועוד אמרו במדרש ד"א כי גאה גאה נתגאה על כל המתגאים שכל המתגאים לפניו במה שהם מתגאים נפרע מהם. מצרים ופרעה נתגאו במים ולקו במים. דור המבול נתגאו במים אמרו אין אנו צריכים לטפה של גשמים אלא ואד יעלה מן הארץ נפרע מהם במי המבול שנאמר (בראשית ז׳:י״א) ביום הזה נבקעו כל מעינות תהום רבה תהום עליון ותהום תחתון.
Et ils ont encore dit dans le Midrash : autre explication : « car Il s’est hautement élevé » : Il s’est élevé au-dessus de tous ceux qui s’élèvent, car pour tous ceux qui s’élèvent devant Lui, Il les châtie par ce dont ils s’enorgueillissent. L’Égypte et Pharaon s’enorgueillirent par l’eau et furent frappés par l’eau. La génération du déluge s’enorgueillit par l’eau : ils dirent : nous n’avons pas besoin d’une goutte de pluie, mais « une vapeur montait de la terre » ; Il les châtia par les eaux du déluge, comme il est dit (Genèse 7,11) « en ce jour, toutes les sources du grand abîme furent fendues » : l’abîme supérieur et l’abîme inférieur.
אנשי סדום נתגאו בעשרם ברבוי כסף וזהב ובקשו לכלות מהם רגלי עוברי דרכים שלא יצטרכו לתת להם, והקב"ה כלה אותם מן העולם, זש"ה הכתוב (איוב כ״ח:ד׳) פרץ נחל מעם גר, הנשכחים מני רגל דלו מאנוש נעו, וכתיב (שם יב) לפיד בוז לעשתות שאנן נכון למועדי רגל, וכתיב (שם) ישליו אהלים לשודדים ובטוחות למרגיזי אל, וכתיב (יחזקאל ט״ז:מ״ט) הנה זה היה עון סדום אחותך גאון שבעת לחם ושלות השקט היה לה ולבנותיה ויד עני ואביון לא החזיקה.
Les gens de Sodome s’enorgueillirent de leur richesse, de l’abondance d’argent et d’or, et voulurent supprimer parmi eux le pied des passants, afin de ne pas avoir à leur donner ; et le Saint, béni soit-Il, les supprima du monde ; c’est ce que dit l’Écriture (Job 28,4) « un torrent éclate loin du séjour des hommes ; ceux que le pied a oubliés, ils sont suspendus, loin de l’homme, ils vacillent » ; et il est écrit (ibid. 12,5) « mépris au flambeau, selon la pensée de l’insouciant, il est préparé pour ceux dont le pied chancelle » ; et il est écrit (ibid. 6) « les tentes des brigands prospèrent, et ceux qui provoquent Dieu sont en sécurité » ; et il est écrit (Ézéchiel 16,49) « voici quelle fut la faute de Sodome, ta sœur : l’orgueil, la satiété de pain, et la tranquillité paisible furent à elle et à ses filles, et elle ne soutint pas la main du pauvre et du nécessiteux ».
פרעה נתגאה במרכבות שנאמר ויקח שש מאות רכב בחור נפרע ממנו במרכבות שנאמר מרכבות פרעה וחילו וגו'. סיסרא נתגאה ברכבו שנאמר (שופטים ד׳:י״ג) ויזעק סיסרא את כל רכבו נפרע ממנו ברכבו שנאמר (שם ה) הכוכבים ממסלותם נלחמו עם סיסרא. שמשון במה שנתגאה בו נפרע ממנו נתגאה בעיניו שנאמר (שם יד) אותה קח לי כי היא ישרה בעיני, נפרע ממנו בעיניו שנאמר (שם טז) ויאחזוהו פלשתים וינקרו את עיניו.
Pharaon s’enorgueillit par les chars, comme il est dit « et il prit six cents chars choisis » ; il fut châtié par les chars, comme il est dit « les chars de Pharaon et son armée, etc. ». Sisra s’enorgueillit de son char, comme il est dit (Juges 4,13) « et Sisra rassembla tous ses chars » ; il fut châtié par son char, comme il est dit (ibid. 5,20) « les étoiles, de leurs sentiers, combattirent contre Sisra ». Shimshon : par ce dont il s’enorgueillit, il fut châtié : il s’enorgueillit par ses yeux, comme il est dit (ibid. 14,3) « prends-la-moi, car elle est droite à mes yeux » ; il fut châtié par ses yeux, comme il est dit (ibid. 16,21) « et les Philistins le saisirent et lui crevèrent les yeux ».
וכשם שחטא בעזה שנאמר (שם) וילך שמשון עזתה וירא שם אשה, כן נפרע ממנו בעזה, שנאמר (שם) ויורידו אותו עזתה ויאסרוהו בנחושתים, אבשלום נשתבח בשערו לקה בשערו. שנאמר (שמואל ב י״ח:ט׳) ויחזק ראשו באלה.
Et de même qu’il fit une faute à Gaza, comme il est dit (ibid. 16,1) « et Shimshon alla à Gaza et vit là une femme », ainsi il fut châtié à Gaza, comme il est dit (ibid. 16,21) « et ils le firent descendre à Gaza et le lièrent de chaînes d’airain ». Avshalom se vanta de sa chevelure et fut frappé par sa chevelure, comme il est dit (II Samuel 18,9) « et sa tête fut prise dans un chêne ».
סנחריב נתגאה ברכבו שנאמר (ישעיהו ל״ז:כ״ד) ברוב רוכבי אני עליתי מרום הרים ירכתי לבנון, מה כתיב (מלכים ב י״ט:כ״ג) ויצא מלאך ה' ויך במחנה אשור, נבוכדנצר נתגאה ואמר (ישעיהו י״ד:ט״ו) אעלה על במתי עב וגו', מה כתוב (שם) אך אל שאול תורד וגו' אמר לו הקב"ה אתה הפרשת עצמך מבני אדם לעשות עצמך אלוה אני אפריש אותך מבני אדם להיות מדורך עם הבהמות הוא שכתוב (דניאל ד׳:כ״א-כ״ב) ולך טרדין מן אנשא ועם חיות ברא להוה מדורך, לכך כתיב גאה גאה.
Sanhérib s’enorgueillit de ses chars, comme il est dit (Isaïe 37,24) « avec la multitude de mes chars je suis monté sur les hauteurs des montagnes, aux extrémités du Liban » ; qu’est-il écrit ? (II Rois 19,35) « et l’ange de l’Éternel sortit et frappa dans le camp d’Ashour ». Nevoukhadnetsar s’enorgueillit et dit (Isaïe 14,14) « je monterai sur les hauteurs des nuées, etc. » ; qu’est-il écrit ? (ibid. 15) « mais tu seras précipité au shéol, etc. » ; le Saint, béni soit-Il, lui dit : tu t’es séparé des hommes pour te faire dieu ; Moi, Je te séparerai des hommes pour que ta demeure soit avec les bêtes, c’est ce qui est écrit (Daniel 4,22) « et on te chassera d’entre les hommes, et ta demeure sera avec les bêtes des champs » ; c’est pourquoi il est écrit « ga’oh ga’a ».
סוס ורוכבו רמה בים. שהיו כלם לפניו כסוס אחד ורכב אחד וכה"א (דברים כ׳:א׳) כי תצא למלחמה על אויביך וראית סוס ורכב, כלן לפניו כסוס אחד ורכב אחד.
« Cheval et son cavalier, Il les a jetés dans la mer. » Car tous étaient devant Lui comme un seul cheval et un seul char ; et ainsi dit l’Écriture (Deutéronome 20,1) « quand tu sortiras à la guerre contre tes ennemis et que tu verras cheval et char » : tous sont devant Lui comme un seul cheval et un seul char.
סוס ורוכבו. הסוס קשור ברוכב והרוכב קשור בסוס ועולים למרום ויורדים לתהום ואין נפרדים זה מזה, לכך נאמר רמה בים כנגד מה שעולים למרום ולכך נאמר ירה בים כנגד מה שיורדים לתהום. ודרשו רז"ל סוס ורוכבו רמה בים היה הרוכב אומר לסוס אתמול הייתי מושכך לנילוס ולא היית בא אחרי ועכשו אתה מושכני לים, והיה הסוס משיבו רמה בים ראה מה בים רומו של עולם אני רואה בים.
« Cheval et son cavalier. » Le cheval est attaché au cavalier et le cavalier est attaché au cheval, et ils montent vers les hauteurs et descendent vers l’abîme, et ne sont pas séparés l’un de l’autre ; c’est pourquoi il est dit « Il les a jetés (ramah) dans la mer », en regard de ce qu’ils montent vers les hauteurs, et c’est pourquoi il est dit « Il les a lancés (yarah) dans la mer », en regard de ce qu’ils descendent vers l’abîme. Et nos Sages de mémoire bénie ont interprété : « cheval et son cavalier, Il les a jetés dans la mer » : le cavalier disait au cheval : hier je te tirais vers le Nil et tu ne venais pas derrière moi, et maintenant tu me tires vers la mer ! Et le cheval lui répondait : « Il les a jetés dans la mer » : vois ce qu’il y a dans la mer : je vois dans la mer Celui qui est élevé au-dessus du monde (roumo shel ‘olam).
עזי וזמרת יה. קראו עזי כענין שכתוב (תהלים סח) צוה אלהיך עזך, וזמרת יה, וזמרתי ליה מלשון (שמואל ב כג) ונעים זמירות ישראל וכתיב (תהלים מז) זמרו אלהים זמרו. ויהי לי לישועה. נקראת גאולת מצרים ישועה לפי שאחריה גלות, אבל גאולה העתידה שאין אחריה גלות נקראת ישועות, שנאמר (שם נג) מי יתן מציון ישועות ישראל, וכן נקרא תשועת עולמים שנאמר (ישעיה מה) ישראל נושע בה' תשועת עולמים. וכן שירה הזאת נקראת שירה בלשון נקבה על שם שעתיד לבא אחריה גלות כשם שהנקבה מתעברת ויולדת וחוזרת ומתעברת, אבל לעתיד מצינו שיר בלשון זכר הוא שכתוב (תהלים צח) שירו לה' שיר חדש כי נפלאות עשה וגו', וכתיב (ישעיה כו) ביום ההוא יושר השיר הזה וגו'.
« Ma force et mon chant est Yah. » Il l’appela « ma force », comme il est écrit (Psaumes 68,29) « ton Dieu a ordonné ta force » ; « et mon chant est Yah », « et mon chant pour Yah » : de l’expression (II Samuel 23,1) « le doux chantre d’Israël », et il est écrit (Psaumes 47,7) « chantez à Dieu, chantez ». « Et Il est devenu pour moi le salut. » La délivrance d’Égypte est appelée « salut » (yeshou‘a) parce qu’il y a un exil après elle ; mais la délivrance à venir, après laquelle il n’y a pas d’exil, est appelée « saluts » (yeshou‘ot), comme il est dit (ibid. 53,7) « qui donnera de Sion les saluts d’Israël », et de même elle est appelée « salut éternel » (teshou‘at ‘olamim), comme il est dit (Isaïe 45,17) « Israël est sauvé par l’Éternel d’un salut éternel ». Et de même ce Cantique est appelé « shira » au féminin, parce qu’un exil devait venir après lui, comme une femme conçoit, enfante, puis conçoit de nouveau ; mais dans l’avenir nous trouvons « shir » au masculin, c’est ce qui est écrit (ibid. 98,1) « chantez à l’Éternel un chant nouveau, car Il a fait des merveilles, etc. », et il est écrit (Isaïe 26,1) « en ce jour-là on chantera ce chant, etc. ».
זה אלי ואנוהו. ע"ד הפשט ואנוהו אבנה לו נוה ולכך הזכיר אל נוה קדשך ובית המקדש נקרא נוה שנאמר (ירמיה לא) יברכך ה' נוה צדק הר הקדש.
« Celui-ci est mon Dieu et je Le glorifierai (ve-anvehou). » Selon le sens simple (peshat), « ve-anvehou » : je Lui bâtirai une demeure (naveh), et c’est pourquoi il mentionna « vers la demeure de Ta sainteté » ; et le Temple est appelé « naveh », comme il est dit (Jérémie 31,23) « que l’Éternel te bénisse, demeure de justice, montagne de sainteté ».
וע"ד המדרש זה אלי ואנוהו, אנוה את שמו הנכבד בפני כל האומות שיאמרו אין כה' אלהינו וכן אמר שלמה המע"ה (שיר ה) מה דודך מדוד היפה בנשים שכך אתם מומתים על קדושת שמו שנאמר (שם א) על כן עלמות אהבוך, על מות אהבוך אפילו הם מומתים אין כופרין בשמך שנאמר (תהלים מד) כי עליך הורגנו כל היום.
Et selon le Midrash : « celui-ci est mon Dieu et je Le glorifierai » : je louerai Son Nom glorieux devant toutes les nations, qui diront « il n’y a personne comme l’Éternel notre Dieu » ; et ainsi dit Shelomo, paix sur lui (Cantique 5,9) « en quoi ton bien-aimé est-il supérieur à un autre bien-aimé, ô la plus belle des femmes ? », c’est-à-dire que vous êtes mis à mort pour la sanctification de Son Nom, comme il est dit (ibid. 1,3) « c’est pourquoi les jeunes filles (‘alamot) t’aiment » : « al mavet ahavoukha » : même mis à mort, ils ne renient pas ton nom, comme il est dit (Psaumes 44,23) « car c’est pour Toi que nous sommes tués tout le jour ».
רבי אליעזר אומר מנין אתה אומר שראתה שפחה על הים מה שלא ראה יחזקאל בן בוזי שנאמר זה אלי ואנוהו, ביחזקאל כתיב (יחזקאל א) ואראה מראות אלהים ובשאר הנביאים כתיב (הושע יב) וביד הנביאים אדמה, כלומר בדמיונות ומראות אבל על הים ראו כלן עד שאמר כל אחד ואחד זה אלי ואנוהו, ואין כוונת החכמים בזה שתהיה מעלת השפחה בענין ההשגה והחכמה יתרה על השגת מעלת יחזקאל בן בוזי הנביא אלא הכוונה שראתה שפחה על הים דבר שלא ראה יחזקאל. ד"א ואנוהו, אתנאה לפניו במצות, טלית נאה סוכה נאה לולב נאה. אלהי אבי וארוממנהו. אזכיר רוממותו.
Rabbi Eliézer dit : d’où dis-tu qu’une servante a vu sur la mer ce que n’a pas vu Yehezqel ben Bouzi ? Parce qu’il est dit « celui-ci est mon Dieu et je Le glorifierai » ; à propos de Yehezqel il est écrit (Ézéchiel 1,1) « et je vis des visions de Dieu », et à propos des autres prophètes il est écrit (Osée 12,11) « et par les prophètes Je donne des représentations figurées », c’est-à-dire dans des figures et des visions ; mais sur la mer, tous virent, jusqu’à ce que chacun dise « celui-ci est mon Dieu et je Le glorifierai » ; et l’intention de nos Sages n’est pas que le degré de la servante, en fait de perception et de sagesse, soit supérieur à celui de Yehezqel ben Bouzi le prophète, mais l’intention est que la servante a vu sur la mer une chose que Yehezqel n’a pas vue. Autre explication : « ve-anvehou » : je m’embellirai devant Lui par les commandements : un beau talith, une belle soukka, un beau loulav. « Le Dieu de mon père, et je L’exalterai » : je mentionnerai Son élévation.
ה' איש מלחמה. לפי שאמר להם משה ה' ילחם לכם לפיכך אמרו הם ה' איש מלחמה, ושמא תאמר מלחמתו בכלי זיין לכך נאמר ה' שמו כלומר לא בעמל ולא ביגיעה אלא בשמו, כענין שכתוב (ירמיה לב יח) האל הגדול הגבור והנורא ה' צבאות שמו, וכן בבריאת עולם כתיב (ירמיהו ל״ג:ב׳) יוצר אותה להכינה ה' שמו, כלומר בשמו בראם ולא בעמל ולא ביגיעה.
« L’Éternel est un homme de guerre. » Puisque Moshé leur avait dit « l’Éternel combattra pour vous », c’est pourquoi ils dirent : « l’Éternel est un homme de guerre » ; et peut-être diras-tu que Sa guerre est avec des armes ? C’est pourquoi il est dit « l’Éternel est Son nom » : c’est-à-dire, non par labeur et non par fatigue, mais par Son nom, selon ce qui est écrit (Jérémie 32,18) « le Dieu grand, puissant et redoutable, l’Éternel des armées est Son nom » ; et de même, dans la création du monde il est écrit (ibid. 33,2) « celui qui le forme pour l’établir, l’Éternel est Son nom » : c’est-à-dire qu’Il les a créés par Son nom, et non par labeur et non par fatigue.
ד"א ואנוהו, אני והוא, כלומר אדמה לו כענין שכתוב (דברים כ״ח:ט׳) והלכת בדרכיו ואמרו רז"ל מה הוא רחום אף אתה היה רחום מה הוא חנון אף אתה היה חנון מה הוא מלביש ערומים אף אתה הלבש ערומים, מה הוא קובר מתים אף אתה קבור מתים.
Autre explication : « ve-anvehou » : « ani ve-hou » (moi et Lui) : c’est-à-dire que je Lui ressemblerai, selon ce qui est écrit (Deutéronome 28,9) « et tu marcheras dans Ses voies » ; et nos Sages de mémoire bénie ont dit : comme Il est miséricordieux, toi aussi sois miséricordieux ; comme Il fait grâce, toi aussi fais grâce ; comme Il habille les nus, toi aussi habille les nus ; comme Il enterre les morts, toi aussi enterre les morts.
וענין המדרש הזה בא לרמוז על היותו יתעלה משותף עמנו בגלותנו ובגאולתנו, בגלותנו מלשון ההבטחה (בראשית מ״ו:ד׳) אנכי ארד עמך מצרימה, ודרשו רז"ל מכאן גלו למצרים שכינה עמהם, ובמעשה כתיב (שמות א׳:א׳) את יעקב איש וביתו באו, וכמו שרמזתי שם, ובגאולתנו ג"כ מה שכתוב (שמות י״ב:ל״ז) ויסעו בני ישראל מרעמסס, וכתיב מיד (שם יד) ויסע מלאך האלהים, ומקרא מלא הוא (תהילים ס׳:ז׳) הושיעה ימינך וענני, הצריך הכתוב ישועה אף לעצמו יתברך ועוד שהם מלות נאמרות בענין הגלות אני והוא שכתוב (יחזקאל א׳:א׳) ואני בתוך הגולה, והוא שכתוב (ירמיהו מ׳:א׳) והוא אסור באזקים.
Et le sens de ce Midrash vient faire allusion à ce qu’Il, le Très-Haut, est associé à nous dans notre exil et dans notre délivrance : dans notre exil, par l’expression de la promesse (Genèse 46,4) « Moi, Je descendrai avec toi en Égypte », et nos Sages de mémoire bénie ont interprété : de là, quand ils furent exilés en Égypte, la Présence (Shekhina) était avec eux ; et dans l’événement il est écrit (Exode 1,1) « Yaakov, chacun avec sa maison, vinrent », comme je l’ai indiqué là ; et dans notre délivrance aussi, ce qui est écrit (ibid. 12,37) « et les enfants d’Israël partirent de Ra‘mses », et il est écrit aussitôt (ibid. 14,19) « et l’ange de Dieu partit » ; et c’est un verset complet (Psaumes 60,7) « sauve Ta droite et réponds-moi » : l’Écriture exigea le salut même pour Lui-même, béni soit-Il ; et en outre ce sont des mots dits à propos de l’exil : « ani » et « hou » : ce qui est écrit (Ézéchiel 1,1) « et moi au milieu de l’exil », et ce qui est écrit (Jérémie 40,1) « et il était lié de menottes ».
ומעתה אל יקשה לך אחר הענין הזה שבארתי לך מה שאנו אומרים בתפלה ביום החתימה הגדולה אני והו הושיעה נא, והיה ראוי לומר כפי הנראה אני ואותך שהרי אתה רואה כי הם מלות מיוחדות על ענין הגאולה, ועוד שרצה לדבר בנסתר לטעם אחר מפני שהוא יתברך נסתר ונעלם מהשגת כל משיג, והושיעה נא לנכח לבאר שאע"פ שהוא נסתר ונעלם נגלה הוא ונמצא בלבבות והוא כענין נוסח הברכות שתקנו ברוך אתה לנכח ואשר קדשנו נסתר וכן בכאן הושיעה נא לנכח אני והוא נסתר כלומר ממקום שהוא לפי שאין ידוע מקומו כענין שכתוב (יחזקאל ג׳:י״ב) ברוך כבוד ה' ממקומו וזהו שאמר הכתוב (תהילים קמ״ה:י׳) וחסידיך יברכוכה, יברכו כה כלומר בענין הזה והוא נגלה ונסתר, וזהו שאמר מיד כבוד מלכותך יאמרו וכתיב להודיע לבני אדם גבורותיו וכבוד הדר מלכותו.
Et désormais, ne te fais pas difficulté, après cette explication que je t’ai donnée, de ce que nous disons dans la prière au jour du grand scellement « Ani va-Ho, hoshi‘a na » (אני והו) ; il aurait dû dire, apparemment, « moi et toi » (ani ve-otekha), puisque tu vois que ce sont des mots propres au sujet de la délivrance ; et en outre, il a voulu parler au caché pour une autre raison, parce qu’Il, béni soit-Il, est caché et dissimulé à la perception de tout percevant ; et « hoshi‘a na » (sauve, je Te prie) est à la deuxième personne, pour expliquer que bien qu’Il soit caché et dissimulé, Il est révélé et se trouve dans les cœurs ; et c’est comme la formule des bénédictions que les Sages ont instituées : « Béni sois-Tu » à la deuxième personne, et « qui nous a sanctifiés » à la troisième ; et de même ici, « hoshi‘a na » à la deuxième personne, « ani va-Hou » à la troisième, c’est-à-dire de l’endroit où Il est, parce que Son lieu n’est pas connu, selon ce qui est écrit (Ézéchiel 3,12) « béni soit la gloire de l’Éternel de Son lieu » ; et c’est ce que dit l’Écriture (Psaumes 145,10) « et tes fidèles te béniront » (yevarekhoukha) : « yevarkhou koh » (qu’ils bénissent ainsi) : c’est-à-dire de cette manière ; et Il est révélé et caché ; et c’est ce qu’il dit aussitôt « ils diront la gloire de ta royauté », et il est écrit « pour faire connaître aux fils de l’homme Ses puissances et la gloire de la splendeur de Sa royauté ».
ודע כי אני והו בחשבונו אנא ה' ומלת אנא מספר השם המיוחד שני פעמים ולכך אנו אומרים בתפלה אנא הושיעה נא א"כ אנא ה' מספר המיוחד שלשה פעמים שעולה ע"ח, וזהו הוה ויהיה והיה שמספרם כן וזה מבואר.
Et sache que אני והו (ani va-Ho) a la valeur de « ana Hashem », et que le mot « ana » est le nombre du Nom unique deux fois, et c’est pourquoi nous disons dans la prière « ana hoshi‘a na » ; si c’est ainsi, « ana Hashem » est le nombre du Nom unique trois fois, ce qui fait soixante-dix-huit ; et c’est « Hoveh ve-yihyeh ve-haya », dont le nombre est ainsi ; et cela est clair.
ויש לנו עוד קבלה בהם כי הם שמות הקדש והם מכלל ע"ב שמות הרשומים בפסוקי ויסע, ויבא, ויט, ומודעת זאת לכל בעלי השמות כי שם בן ע"ב נחלק לחלקים ידועים ויש לכל חלק וחלק כח ידוע לפעולה ידועה עם ידיעתם בנקודם כמשפט ושני שמות אלו כל אחד ראש לחלקו הידוע להם זה לקרב פזורים וזה לאהבה וכיון שכן מה נעים ומה טוב שנזכירם בתוך תפלתנו לבקש בהם רחמים מאת השם יתברך שיקרב את פזורינו ושיאהוב אותנו כימי קדם, זה שמעתי מפי החכם רבי יצחק טודרוס ז"ל.
Et nous avons encore à leur sujet une tradition : ce sont des noms de sainteté, et ils font partie des soixante-douze noms inscrits dans les versets « va-yissa‘ », « va-yavo », « va-yet » ; et il est connu de tous les maîtres des Noms que le Nom de soixante-douze se divise en parties connues, et que chaque partie a une force connue pour une action connue, avec leur connaissance de sa vocalisation comme il convient ; et ces deux noms sont chacun la tête de leur partie connue : celui-ci pour rapprocher les dispersés et celui-là pour l’amour ; et puisqu’il en est ainsi, comme il est agréable et bon que nous les mentionnions dans notre prière pour demander par eux la miséricorde auprès du Nom, béni soit-Il, qu’Il rapproche nos dispersés et qu’Il nous aime comme aux jours d’autrefois. J’ai entendu cela de la bouche du sage Rabbi Yitshaq Todros, de mémoire bénie.
וע"ד הקבלה זה אלי ואנוהו היא השכינה שנקראת זה וזאת (שמות י״ג:ח׳) בעבור זה עשה ה' לי (בראשית מ״ט:כ״ח), וזאת אשר דבר להם (ויקרא כ״ו:מ״ד) ואף גם זאת בהיותם וגו', כי השכינה עמהם בכל הגליות ועל זה נאמר ויסע מלאך האלהים שהיתה ישועת הים על ידו, והוא שנאמר עליו (שמות כ״ג:כ״א) כי שמי בקרבו, והוא אדון חולי ארץ שהזכיר דוד ואמר (תהילים קי״ד:ז׳) מלפני אדון חולי ארץ מלפני אלוה יעקב, ומזה הזכיר עליו משה בכאן עזי וזמרת יה, שהרי אין דרכו של משה בכל התורה כלה להזכיר שם יה כי אם השם שלם ומה שהזכיר (שמות י״ז:ט״ז) כי יד על כס יה על כן הוצרכו רז"ל לדרוש בו שאין השם שלם ואין הכסא שלם עד שימחה זרעו של עמלק,
Et selon la voie de la Kabbale, « celui-ci est mon Dieu et je Le glorifierai » est la Présence (Shekhina), qui est appelée « zeh » et « zot » : (Exode 13,8) « à cause de ceci (zeh) l’Éternel a agi pour moi » ; (Genèse 49,28) « et ceci (zot) est ce que leur dit... » ; (Lévitique 26,44) « et même ceci (zot) : tant qu’ils seront, etc. » ; car la Présence est avec eux dans tous les exils, et sur cela il est dit « et l’ange de Dieu partit », par qui eut lieu le salut de la mer ; et c’est lui dont il est dit (Exode 23,21) « car Mon nom est en lui » ; et c’est le « maître de la terre qui tremble » que mentionna David, en disant (Psaumes 114,7) « devant le maître, tremble, ô terre, devant le Dieu de Yaakov » ; et c’est à son sujet que Moshé mentionna ici « ma force et mon chant est Yah », car il n’est pas dans la manière de Moshé, dans toute la Torah, de mentionner le nom « Yah » mais le Nom entier ; et ce qu’il mentionna (Exode 17,16) « car la main sur le trône de Yah », c’est pourquoi nos Sages de mémoire bénie durent l’interpréter : que le Nom n’est pas complet et que le trône n’est pas complet jusqu’à ce que la descendance d’Amaleq soit effacée,
אבל מפני שהשכינה מדת הדין לכך הזכיר משה שם יה שהוא מדת הדין כענין שכתוב (תהילים ק״ל:ג׳) אם עונות תשמר יה אדני מי יעמד, וכתיב באל"ף דל"ת ובאורו מי יוכל לעמוד לפני מדת הדין ומלת תשמור איננה לנכח כי אם לשון נקבה נסתרה וכן כתיב עוד (שם קיח) יסור יסרני יה וכתיב (שם צד) אשרי הגבר אשר תיסרנו יה, ואמרו בב"ר אשרי הגבר אשר תיסרנו יה הוי"ה אינו אומר אלא יה כמי שעומד לפני הדיין ודן אותו ע"כ.
mais parce que la Présence est l’attribut de rigueur, c’est pourquoi Moshé mentionna le nom « Yah », qui est l’attribut de rigueur, selon ce qui est écrit (Psaumes 130,3) « si Tu gardes les fautes, Yah, Seigneur (Adonaï), qui tiendra ? » ; et il est écrit avec alef-dalet ; son explication : qui pourra tenir devant l’attribut de rigueur ? Et le mot « tishmor » n’est pas à la deuxième personne mais au féminin, troisième personne ; et il est aussi écrit (ibid. 118,18) « Yah m’a châtié, il m’a châtié » ; et il est écrit (ibid. 94,12) « heureux l’homme que Tu châties, Yah » ; et ils ont dit dans Bereshit Rabba : « heureux l’homme que Tu châties, Yah » : il ne dit pas le Nom entier mais seulement « Yah », comme celui qui se tient devant le juge et qu’il juge.
ומצאתי במדרש תהלים בפסוק עזי וזמרת יה בעולם הזה מקלסין אותו בשתי אותיות אבל לעולם הבא בשש אותיות שנאמר (ישעיהו כ״ו:ד׳) כי ביה ה' צור עולמים, והכוונה במדרש הזה לדעתי ששתי אותיות הן מדה"ד שבה נברא העולם הזה אבל לעולם הבא ברחמים לפי שמדה"ד תתעלה ברחמים ולא תהיה מדה"ד נוהגת כי באותו זמן הכל יהיה חסד ורחמים שאין בו יצר הרע ולא מיתה, וזה באור מה שדרשו באלה שמות רבה לשעבר אני ובית דיני הייתי מתהלך לפניכם שנאמר (שמות י״ג:כ״א) וה' הולך לפניהם, אבל לעתיד לבא אני לבדי שנאמר (ישעיהו נ״ב:י״ב) כי הולך לפניכם ה' ומאספכם אלהי ישראל, הוא אלהי יעקב והכל מדה אחת.
Et j’ai trouvé dans le Midrash des Psaumes, au verset « ma force et mon chant est Yah » : dans ce monde-ci on Le loue par deux lettres, mais dans le monde à venir par six lettres, comme il est dit (Isaïe 26,4) « car en Yah, l’Éternel, est le rocher des mondes » ; et l’intention de ce Midrash, selon moi, est que les deux lettres sont l’attribut de rigueur par lequel ce monde-ci fut créé, mais pour le monde à venir (c’est) dans la miséricorde, parce que l’attribut de rigueur sera élevé dans la miséricorde et ne sera plus en usage, car en ce temps-là tout sera bonté et miséricorde, il n’y aura ni mauvais penchant ni mort ; et c’est l’explication de ce qu’ont interprété dans Shemot Rabba : autrefois, moi et mon tribunal marchions devant vous, comme il est dit « et l’Éternel allait devant eux » ; mais dans l’avenir, moi seul, comme il est dit (Isaïe 52,12) « car l’Éternel ira devant vous, et le Dieu d’Israël sera votre arrière-garde » : Il est le Dieu de Yaakov, et tout est un seul attribut.
ואנוהו אעלה אותו אל נוה עליון, אלהי אבי הזכיר משה אלהי אביו כלפי שבטו כי מדה"ד מדתו של לוי. וארוממנהו בשם השלם הוא מדת רחמים הוא שאמר ה' איש מלחמה ה' שמו שיתעלה ברחמים, זהו היחוד לקשור התכלית עם הראשית והסוף בתחלתו. וכן תמצא בספר יצירה הבן בחכמה וחכם בבינה העמד דבר על בוריו והשב יוצר על מכונו, פירוש אל מכונו למעלה והזכיר כן כדי ליחד כל הבנין ממטה למעלה.
« Et je Le glorifierai (ve-anvehou) » : je Le ferai monter à la demeure du Très-Haut ; « le Dieu de mon père » : Moshé mentionna le Dieu de son père en regard de sa tribu, car l’attribut de rigueur est l’attribut de Lévi. « Et je L’exalterai » par le Nom entier, qui est l’attribut de miséricorde, c’est ce qu’il dit « l’Éternel est un homme de guerre, l’Éternel est Son nom », qu’il soit élevé dans la miséricorde ; telle est l’unité, pour lier la fin avec le commencement et la fin dans son début. Et ainsi tu trouves dans le Sefer Yetsira : « comprends dans la sagesse et sois sage dans l’intelligence, établis la chose sur sa base et remets le Créateur sur son siège » ; l’explication est : sur son siège en haut ; et il le mentionna ainsi pour unifier tout l’édifice de bas en haut.
מרכבות פרעה וחילו. מרכבות פרעה הם שש מאות רכב בחור שלקח ממצרים, וחילו זהו רכב מצרים, ומבחר שלשיו זהו ושלשים על כלו, ולפי שהיה ראוי הכתוב לומר כן מרכבות פרעה וחילו ירה בים סוף ומבחר שלשיו טבעו בו יתכן לומר שיהיה באורו כי נדונו מרכבות פרעה בים למעלה ולכך טבעו בים סוף למטה, ודרשו רז"ל במדה שאדם מודד בה מודדין לו הוא גזר (שמות א׳:כ״ב) כל הבן הילוד היאורה תשליכוהו לפיכך מרכבות פרעה וחילו ירה בים, הוא גזר (שם) וראיתן על האבנים לפיכך ירדו במצולות כמו אבן.
« Les chars de Pharaon et son armée. » Les chars de Pharaon sont les six cents chars choisis qu’il prit de l’Égypte, et son armée, ce sont les chars d’Égypte, et l’élite de ses officiers (shalishav), ce sont « et des shalishim sur tout (lui) » ; et parce que l’Écriture aurait dû dire ainsi « les chars de Pharaon et son armée, Il les lança dans la mer des Joncs, et l’élite de ses officiers furent engloutis en elle », il est possible de dire que son explication est que les chars de Pharaon furent jugés dans la mer d’en haut, et c’est pourquoi ils furent engloutis dans la mer des Joncs d’en bas ; et nos Sages de mémoire bénie ont interprété : avec la mesure dont l’homme mesure, on mesure pour lui : il décréta (Exode 1,22) « tout fils qui naît, vous le jetterez dans le fleuve » ; c’est pourquoi « les chars de Pharaon et son armée, Il les a lancés dans la mer » ; il décréta (ibid. 1,16) « et vous les verrez sur les pierres » ; c’est pourquoi ils descendirent dans les profondeurs comme une pierre.
ימינך ה'. ידוע כי כל מדה כלולה מחברתה וקרא למדת הדין ימין לפי שהיא כלולה ומעוטפת בכח הרחמים, זהו לשון נאדרי בכח מלשון אדרת וכח הרחמים שבה היה מציל לישראל והיא עצמה שהיא מדת הדין היתה משקעת את המצריים בים, וזהו ימינך ה' תרעץ אויב, וזהו באור מה שדרשו רז"ל היתה ידו אחת משקעתן וידו אחת מצילתן.
« Ta droite, Éternel. » Il est connu que chaque attribut est inclus dans son compagnon, et il appela l’attribut de rigueur « droite » parce qu’il est inclus et enveloppé dans la force de la miséricorde ; c’est le sens de « majestueuse en force » (nedari ba-koah), de l’expression « addéret » (manteau) ; et la force de miséricorde qui est en elle sauvait Israël, et elle-même, qui est l’attribut de rigueur, enfonçait les Égyptiens dans la mer ; et c’est « ta droite, Éternel, brise l’ennemi » ; et c’est l’explication de ce qu’ont interprété nos Sages de mémoire bénie : l’une de Ses mains les enfonçait et l’une de Ses mains les sauvait.
תהרוס קמיך. הזכיר לשון הריסה כנגד שהיו מכריחין אותם בבנין הלבנים והגיד לך הכתוב מדה כנגד מדה כי ה' יתברך יהרסם ולא יבנם וזהו כי בדבר אשר זדו עליהם. ואמר קמיך והיה לו לומר קמינו אבל בא ללמדך שכל הקמים על ישראל כאלו הם קמים על השכינה וכן הזכיר דוד המע"ה (תהילים פ״ג:ג׳) כי הנה אויביך יהמיון ומשנאיך נשאו ראש, ופי' ואמר למה הם אוביך ומשנאיך לפי שעל עמך יערימו סוד ויתיעצו על צפוניך.
« Tu renverses (taharos) tes adversaires. » Il mentionna l’expression de démolition (hérissa) en regard de ce qu’ils les contraignaient à la construction des briques, et l’Écriture t’indique « mesure pour mesure » : l’Éternel, béni soit-Il, les démolira et ne les bâtira pas ; c’est ce qui est écrit « car en la chose où ils ont agi avec arrogance contre eux » ; et il dit « tes adversaires » alors qu’il aurait dû dire « nos adversaires », mais il vint t’enseigner que tous ceux qui se lèvent contre Israël, c’est comme s’ils se levaient contre la Présence ; et ainsi mentionna David, paix sur lui (Psaumes 83,3-4) « car voici que tes ennemis grondent, et ceux qui te haïssent lèvent la tête » ; et l’explication : il dit : pourquoi sont-ils tes ennemis et ceux qui te haïssent ? Parce que « contre ton peuple ils forment un dessein secret, et ils se concertent contre ceux que tu protèges ».
נערמו מים. על דרך הפשט כתרגומו חכימו מיא, והכוונה בזה כאלו התחכמו המים כאשר קמו נד אחד להמציא בים דרך לעבור גאולים ולנער את המצריים, בתוכה אחרי כן כשישובו כבתחלה לאיתנם.
« Les eaux s’amoncelèrent (ne‘ermou). » Selon le sens simple (peshat), comme son Targoum : « les eaux devinrent sages » ; et l’intention est que c’est comme si les eaux avaient agi avec sagesse en se dressant en un seul tas pour trouver dans la mer un chemin permettant aux délivrés de passer, et pour secouer les Égyptiens en elle ensuite, quand elles reviendraient comme au début à leur force première.
וע"ד הקבלה נערמו מים כמו (במדבר ד׳:י״ג) ודשנו את המזבח, ויהיה הפך ההתחכמות כאלו אמר אבדה החכמה מן המים, ובאור הענין כי פסקה ההמשכה ממדת החסד שלא קבלה מלמעלה ולכך לא אמר נערמו מי הים אלא נערמו מים כדי שתבין כפשוטו מים ממש.
Et selon la voie de la Kabbale, « ne‘ermou mayim » est comme (Nombres 4,13) « et ils videront les cendres (ve-dishshenou) de l’autel », et ce sera le contraire de l’acquisition de sagesse (hitḥakhmout), comme s’il disait : la sagesse a disparu des eaux ; et l’explication de la chose est que l’influx provenant de l’attribut de bonté a cessé (‘hessed), qui n’a pas reçu d’en haut ; et c’est pourquoi il ne dit pas « les eaux de la mer s’amoncelèrent » mais « les eaux s’amoncelèrent », pour que tu comprennes au sens simple : de l’eau véritable.
ותבין עוד בלשון מים כי ירמוז למדת החסד וכאשר פסקה ההמשכה ממדת החסד ולא התפשטה למטה אל השכלים הנפרדים בקיום העולם כמנהגו וטבעו ועל כן נקרע הים ונבקעו כל מימות שבעולם, כי שרו של ים מכלל הכחות הנפרדים, וראיה לדברי מה שמצאתי בתרגום ירושלמי קפאו תהומות בלב ים בגו פלגס דימא רבא, וזה היה סבת קריעת ים סוף והבן זה.
Et tu comprendras encore dans l’expression « eau » (mayim) qu’elle fait allusion à l’attribut de bonté (‘hessed) ; et lorsque l’influx provenant de l’attribut de bonté cessa et ne se répandit pas vers le bas, vers les intelligences séparées, dans le maintien du monde selon sa coutume et sa nature, c’est pourquoi la mer fut fendue et toutes les eaux du monde furent fendues, car le prince de la mer fait partie des forces séparées ; et une preuve à mes paroles est ce que j’ai trouvé dans le Targoum Yerouchalmi : « les abîmes se figèrent au cœur de la mer » : « bego peligos de-yama rabba » (au sein de la haute mer de la grande mer) ; et cela fut la cause de la fente de la mer des Joncs ; et comprends cela.
מי כמכה באלים ה' מי כמכה נאדר בקודש. תוספת הה"א שבשניהם רמז למדת הדין ה"א של מי כמוכה הראשון היא מדת הדין רפה ועל כן הוא ברפה ומקבלת ממדת הדין של מעלה שהיא מדה קשה ולכך מי כמוכה השני בדגש והוא מקבל מן הקדש ולכך אמר נאדר בקדש והבן זה.
« Qui est comme Toi parmi les dieux, Éternel ? Qui est comme Toi, majestueux en sainteté ? » L’addition du hé dans les deux fait allusion à l’attribut de rigueur : le hé du premier « mi kamokha » est l’attribut de rigueur adoucie, et c’est pourquoi il est sans dagesh (rafe), et il reçoit de l’attribut de rigueur d’en haut, qui est un attribut dur ; et c’est pourquoi le second « mi kamokha » est avec dagesh, et il reçoit du Saint (Qodesh) ; et c’est pourquoi il dit « majestueux en sainteté » ; et comprends cela.
נורא תהלות. כל הבריות יראים מלהגיד תהלותיו פן ימעטו במהלליו וכן אמר דוד ע"ה (תהילים ס״ה:ב׳) לך דומיה תהלה אלהים בציון, התהלה שאדם יכול לעשות אל הש"י היא השתיקה, לפי שהתהלה על ג' חלקים, החלק הראשון יותר מדאי, החלק השני הראוי, הג' הקצור, יותר מדאי הוא שיהלל המהלל את המהולל למדרגה גדולה ממדרגתו, הראוי שלא יעבור על מדרגתו, הקצור שישפילהו ממדרגתו ולא ישלים חקו במדרגת תהלתו, שני חלקים הראשונים הם שקר בתארי הש"י ונשאר בו החלק השלישי והוא הקצור כי המשבח אותו מקצר בשבחו ואיננו מתאר אותו כראוי לו לפי חקו ולפיכך נאמר לך דומיה תהלה, וכתיב (תהילים ק״ו:ב׳) מי ימלל גבורות ה' וגו' וכתיב (נחמיה ט׳:ה׳) ומרומם על כל ברכה ותהלה, וכן דרשו רז"ל לך דומיה תהלה סמא דכולא משתוקא למרגניתא דלית בה טימי כל כמה דאת משבח לה את פגים לה.
« Redoutable en louanges. » Toutes les créatures craignent de dire Ses louanges, de peur de rester en deçà de Sa louange ; et ainsi dit David, paix sur lui (Psaumes 65,2) « à Toi, le silence est louange, ô Dieu, en Sion » : la louange que l’homme peut faire au Nom, béni soit-Il, est le silence, car la louange est de trois sortes : la première, trop ; la deuxième, ce qui convient ; la troisième, l’insuffisance. Le trop, c’est que celui qui loue loue celui qui est loué à un degré plus grand que son degré ; ce qui convient, c’est de ne pas dépasser son degré ; l’insuffisance, c’est de l’abaisser de son degré et de ne pas accomplir son dû dans le degré de sa louange. Les deux premières sortes sont un mensonge dans les qualifications du Nom, béni soit-Il, et il reste la troisième, qui est l’insuffisance, car celui qui Le loue reste en deçà de la louange qui Lui est due et ne Le décrit pas comme il Lui convient selon Son dû ; et c’est pourquoi il est dit « à Toi, le silence est louange » ; et il est écrit (Psaumes 106,2) « qui racontera les puissances de l’Éternel, etc. » ; et il est écrit (Néhémie 9,5) « et exalté au-dessus de toute bénédiction et louange » ; et ainsi ont interprété nos Sages de mémoire bénie : « à Toi, le silence est louange » : « le remède à tout est le silence » (sama de-kola meshoutka) : comme pour une perle qui n’a pas de prix : autant tu la loues, autant tu la diminues.
והרמב"ן פי' נורא תהלות בעבור כי עריצי הארץ נוראים בעשק ונלוז אמר כי הש"י הוא נורא בדברים אשר הוא מהולל בהם עכ"ל ז"ל, ומה שאמר עושה פלא, זה היה פלא גדול כי הרוח אחד ובו עשה דבר והפכו כי הרוח שהקפיא את המים כמו שאמר וברוח אפיך נערמו מים קפאו תהומות הוא המפשיר אותם והמזילם כמו שאמר נשפת ברוחך כסמו ים והנה זה דבר והפכו.
Et le Ramban a expliqué « redoutable en louanges » : parce que les tyrans de la terre sont redoutables par l’oppression et la perversion, il dit que le Nom, béni soit-Il, est redoutable dans les choses par lesquelles Il est loué ; fin, de mémoire bénie. Et ce qu’il dit « faisant des merveilles » : ce fut une grande merveille, car le vent est un, et par lui Il fit une chose et son contraire : le vent qui figea les eaux, comme il dit « et par le souffle de Tes narines les eaux s’amoncelèrent, les abîmes se figèrent », est celui qui les fit fondre et couler, comme il dit « Tu soufflas de Ton vent, la mer les couvrit » ; et voilà une chose et son contraire.
ויתכן לומר כי מה שאמר עושה פלא ולא אמר עושה נפלאות או עושה גדולות הכוונה בזה על קריעת ים סוף שהיה פלא אחד כולל כמה נפלאות, וכבר ידעת כי הנסים המפורסמים הם נקראים נפלאות לפי שהם דברים נגלים באים מכח נעלם כי לשון פלא הוא דבר נעלם ומכוסה וכל הנסים והנפלאות הלא המה מכח הנעלם שהוא האל"ף והוא כולל פלא ומפני שהחכמה נמשכת מן האל"ף לכך אמר הכתוב (איוב לג) ואאלפך חכמה.
Et il est possible de dire que ce qu’il dit « faisant une merveille (pele) » et non « faisant des merveilles » ou « faisant des grandeurs », l’intention est à propos de la fente de la mer des Joncs, qui fut une merveille unique comprenant plusieurs merveilles ; et tu sais déjà que les miracles publics sont appelés « niflaot » parce que ce sont des choses visibles venant d’une force cachée, car l’expression « pele » désigne une chose cachée et couverte ; et tous les miracles et merveilles, ne sont-ils pas d’une force cachée, qui est l’alef, et il comprend « pele » ; et parce que la sagesse est tirée de l’alef, c’est pourquoi l’Écriture dit (Job 33,33) « et je t’enseignerai (ve-a’alefkha) la sagesse ».
ובמדרש נורא תהלות א"ר יודן נורא אתה על כל תהלותיך כיצד מלך ב"ו מקלסין אותו שהוא גבור והוא חלש שהוא עשיר והוא עני שהוא רחמן והוא אכזרי, אבל הקב"ה אינו כן יותר מכל מה שאדם מקלסו יש בו יותר ויותר מכאן שהוא נורא על כל תהלותיו.
Et dans le Midrash : « redoutable en louanges » : Rabbi Youdan dit : Tu es redoutable au-dessus de toutes Tes louanges. Comment ? Un roi de chair et de sang, on le loue en disant qu’il est fort alors qu’il est faible, qu’il est riche alors qu’il est pauvre, qu’il est miséricordieux alors qu’il est cruel ; mais le Saint, béni soit-Il, n’est pas ainsi : plus que tout ce que l’homme Le loue, il y a plus et plus en Lui ; de là qu’Il est redoutable au-dessus de toutes Ses louanges.
נטית ימינך תבלעמו ארץ. דרשו רז"ל מכאן שזכו לקבורה בשכר שעלו עם יוסף בקבורת יעקב אבינו. ואמרו במדרש אין ימין אלא שבועה שנאמר (ישעיהו ס״ב:ח׳) נשבע ה' בימינו, פירוש שהים פלט את המצריים ביבשה ולא רצתה היבשה לקבלם מפני שקלל הקב"ה את האדמה כשקבלה דמי הבל עד שנשבע לה הקב"ה שלא יתבע ממנה הה"ד נטית ימינך תבלעמו ארץ.
« Tu étendis ta droite, la terre les engloutit. » Nos Sages de mémoire bénie ont interprété : de là qu’ils méritèrent une sépulture, en récompense de ce qu’ils étaient montés avec Yossef pour l’ensevelissement de Yaakov notre père. Et ils ont dit dans le Midrash : « droite » n’est que serment, comme il est dit (Isaïe 62,8) « l’Éternel a juré par sa droite » ; l’explication est que la mer rejeta les Égyptiens sur la terre ferme, et la terre ferme ne voulut pas les recevoir, parce que le Saint, béni soit-Il, avait maudit la terre quand elle avait reçu le sang de Hével, jusqu’à ce que le Saint, béni soit-Il, lui jurât qu’Il ne lui en demanderait pas compte ; c’est ce qui est dit : « Tu étendis ta droite, la terre les engloutit ».
נחית בחסדך. בזכות שלשה דברים נגאלו בזכות גמילות חסדים בזכות התורה בזכות הקרבנות כו', בחסדך זה גמילות חסדים, ושלשתם הזכירם הכתוב שנאמר (דברים ל׳:י״ד) כי קרוב אליך הדבר מאד בפיך ובלבבך לעשותו, בפיך זו התורה ובלבבך זו עבודה דכתיב (שם יא) ולעבדו בכל לבבכם, לעשותו זו גמילות חסדים.
« Tu as guidé par Ta bonté. » Ils furent délivrés en mérite de trois choses : en mérite des actes de bonté (gemilout hassadim), en mérite de la Torah, en mérite des sacrifices, etc. ; « par Ta bonté » : ce sont les actes de bonté ; et l’Écriture les mentionna tous les trois, comme il est dit (Deutéronome 30,14) « car la chose est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, pour l’accomplir » : « dans ta bouche » : c’est la Torah ; « et dans ton cœur » : c’est le service, comme il est écrit (ibid. 11,13) « et le servir de tout votre cœur » ; « pour l’accomplir » : ce sont les actes de bonté.
שמעו עמים ירגזון. הזכיר בכאן ד' חלקים מן האומות לד' רוחות העולם והם כלל הישוב ועל כן הזכיר פלשת ואדום ומואב וכנען כלומר פלשת וכל יושבי מערב, אדום וכל יושבי דרום, מואב וכל יושבי מזרח, כנען וכל יושבי צפון, והכוונה באמרו שמעו עמים ירגזון, כל האומות האלו וכל מה שאחריהם שהם כוללים כל הישוב לד' רוחות העולם נזדעזעו בקריעת ים סוף ונתפרסם לכל הפלא הגדול הזה.
« Les peuples ont entendu, ils tremblent. » Il mentionna ici quatre parties parmi les nations selon les quatre vents du monde, et elles comprennent toute la terre habitée ; et c’est pourquoi il mentionna Peleshet, Édom, Moav et Kena‘an, c’est-à-dire Peleshet et tous ceux qui habitent l’ouest, Édom et tous ceux qui habitent le sud, Moav et tous ceux qui habitent l’orient, Kena‘an et tous ceux qui habitent le nord ; et l’intention de « les peuples ont entendu, ils tremblent » : toutes ces nations et tout ce qui est après elles, qui comprennent toute la terre habitée aux quatre vents du monde, furent saisies à la fente de la mer des Joncs, et cette grande merveille fut publiée à tous.
ובמדרש יושבי פלשת, פחדו הפלשתים מישראל על שהרגו מהם מאתים אלף מבני אפרים שחשבו וטעו ויצאו שלשים שנה קודם הקץ, ואלופי אדום פחדו מהם שלא יהיו נוטרים להם איבת עשו עם יעקב, ואילי מואב על המריבה שבין רועי לוט אביהם ורועי אברהם אבינו, ויושבי כנען על שינחלו את ארצם כי היו חכמיהם יודעים זה בחכמת האצטגניות.
Et dans le Midrash : « les habitants de Peleshet » : les Philistins eurent peur d’Israël parce qu’ils avaient tué d’entre eux deux cent mille des fils d’Éphraïm, qui avaient calculé et s’étaient trompés, et étaient sortis trente ans avant la fin ; « les chefs d’Édom » eurent peur d’eux, de crainte qu’ils ne gardent rancune de l’inimitié d’Ésaü avec Yaakov ; « les puissants de Moav », à cause de la querelle entre les bergers de Lot leur père et les bergers d’Abraham notre père ; « et les habitants de Kena‘an », parce qu’ils hériteraient de leur terre, car leurs sages le savaient par la science des astrologues.
תפול עליהם אימתה ופחד. ע"ד הפשט אימתה על הקרובים ופחד על הרחוקים, כענין שכתוב (יהושע ב׳:י׳) כי שמענו את אשר הוביש ה' את מי ים סוף מפניכם, ומילת אימתה כמו אימה והתי"ו נוספת וכן (תהילים מ״ד:כ״ז) קומה עזרתה לנו.
« Que la terreur et la frayeur tombent sur eux. » Selon le sens simple (peshat) : la terreur (eimata) sur les proches et la frayeur (pahad) sur les éloignés, selon ce qui est écrit (Josué 2,10) « car nous avons entendu comment l’Éternel a mis à sec les eaux de la mer des Joncs devant vous » ; et le mot « eimata » est comme « eima », et le tav est ajouté, et de même (Psaumes 44,27) « lève-toi, notre secours (ezrata lanou) ».
וע"ד הקבלה אימתה אימת ה' המקבלת מפחד וכן התפלל משה שתהיה מדת הדין מתוחה כנגד אויביהם, והה"א האחרונה הזאת שבשם והיא השכינה שהיתה עם הארון וזהו שנאמר (שמואל א ד׳:י״ז) וארון האלהים נלקחה, כי היה לו לומר נלקח אבל זה יורה דבקות השכינה עם הארון, ולכך מצינו שנקרא הארון בשם ה' הוא שכתוב (במדבר י׳:ל״ו) ובנחה יאמר שובה ה' ובנוח ה' כלומר בנסוע הארון ובנוח הארון יאמר קומה ה' שובה ה' ולא אמר קום שוב, ועוד כי מלת ובנחה בה"א מורה על נקבה כשהיא אחרונה בתיבה אמרה שמעה קראה גם השכינה בלשון נקבה כי תרגום (שמות ל״ג:י״ד) פני ילכו שכינתי תהך ולא תרגם יהך, והקבלה כך שהוא תהך בלשון נקבה והנה השכינה שהיא חתימת הבנין מקבלת כח ממדת הגבורה הנקראת פחד ולכך אמר תפול עליהם אימתה ופחד כלומר אימת שכינה המקבלת אצילות מפחד וזה מבואר.
Et selon la voie de la Kabbale, « eimata » est la terreur de l’Éternel, qui reçoit de la frayeur (pahad) ; et ainsi Moshé pria que l’attribut de rigueur soit étendu contre leurs ennemis ; et ce hé final du Nom est la Présence (Shekhina), qui était avec l’Arche ; et c’est ce qui est dit (I Samuel 4,17) « et l’Arche de Dieu a été prise (nilqaḥa) » : il aurait dû dire « nilqaḥ » (masculin), mais cela indique l’attachement de la Présence avec l’Arche ; et c’est pourquoi nous trouvons que l’Arche est appelée du nom de l’Éternel, c’est ce qui est écrit (Nombres 10,36) « et quand elle se posait (u-vnoḥoh), il disait : reviens, Éternel » ; « u-vnoḥo » : lorsque l’Arche partait ou se reposait, il disait קומה ה׳, שובה ה׳, avec un hé final, et non קום, שוב, sans ce hé ; et en outre le mot « u-vnoḥo » avec hé indique le féminin, quand il est final dans le mot, comme « amera », « shema‘a », « qara’a » ; elle appela aussi la Présence au féminin, car le Targoum de (Exode 33,14) « Mon visage ira » est « Ma Présence ira (tehakh) » et non « yehakh » ; et la tradition est qu’il est « tehakh » au féminin ; et voici que la Présence, qui est le sceau de l’édifice, reçoit de la force de l’attribut de force (gevoura), appelé « frayeur » (pahad) ; et c’est pourquoi il dit « que la terreur et la frayeur tombent sur eux », c’est-à-dire la terreur de la Présence, qui reçoit l’émanation de la frayeur ; et cela est clair.
עד יעבור עמך ה'. זו העברת נחלי ארנון עד יעבור עם זו קנית זו העברת הירדן כענין שכתוב (יהושע ג׳:ט״ו) וכבא נושאי הארון עד הירדן ורגלי הכהנים נושאי הארון נטבלו בקצה המים וגו' ויעמדו הכהנים נושאי הארון ברית ה' בחרבה בתוך הירדן כן תרגם אונקלוס ע"ה.
« Jusqu’à ce que passe ton peuple, Éternel. » C’est le passage des torrents de l’Arnon ; « jusqu’à ce que passe le peuple que Tu as acquis » désigne le passage du Jourdain, selon ce qui est écrit (Josué 3,15) « et lorsque ceux qui portaient l’Arche arrivèrent au Jourdain, et que les pieds des prêtres qui portaient l’Arche furent plongés au bord de l’eau, etc. » et « les prêtres qui portaient l’Arche de l’alliance de l’Éternel se tinrent à sec au milieu du Jourdain » ; ainsi traduisit Onkelos, paix sur lui.
עם זו קנית. הזכיר למעלה עם זו גאלת מפני שמדבר בקריעת ים סוף עד שלא נתנה התורה וכאן שמזכיר העברת נחלי ארנון והעברת הירדן שכבר קבלו התורה אמר עם זו קנית לפי שנעשו קנינו של הקב"ה בתורה שנתן להם כבר.
« Le peuple que Tu as acquis (qanita). » Il a mentionné plus haut « le peuple que Tu as délivré » (ga’alta), parce qu’il parle de la fente de la mer des Joncs, avant le don de la Torah ; et ici, où il mentionne le passage des torrents de l’Arnon et le passage du Jourdain, après qu’ils avaient déjà reçu la Torah, il dit « que Tu as acquis », car ils sont devenus l’acquisition du Saint, béni soit-Il, par la Torah qu’Il leur avait déjà donnée.
ובמדרש עם זו קנית ארבעה דברים נקראים קנין, ישראל שנאמר עם זו קנית, התורה שנאמר (משלי ח׳:כ״ב) ה' קנני ראשית דרכו, שמים וארץ שנאמר (בראשית י״ד:י״ט) קונה שמים וארץ, בית המקדש שנאמר (תהילים ע״ח:נ״ד) הר זה קנתה ימינו, יבאו ישראל שנקראו קנין ויקבלו התורה שנקראת קנין שבזכותה עומדים שמים וארץ שנקראים קנין ויבנו בית המקדש שנקרא קנין.
Et dans le Midrash : « le peuple que Tu as acquis » : quatre choses sont appelées « acquisition » (qinyan) : Israël, comme il est dit « le peuple que Tu as acquis » ; la Torah, comme il est dit (Proverbes 8,22) « l’Éternel m’a acquise (qanani) au commencement de Sa voie » ; le ciel et la terre, comme il est dit (Genèse 14,19) « Celui qui acquiert (qoneh) le ciel et la terre » ; le Temple, comme il est dit (Psaumes 78,54) « cette montagne que Sa droite a acquise » ; que viennent Israël, appelés « acquisition », et reçoivent la Torah, appelée « acquisition », grâce à laquelle se maintiennent le ciel et la terre, appelés « acquisition », et qu’ils bâtissent le Temple, appelé « acquisition ».
תביאמו ותטעמו. מה שלא הכניס עצמו בכלל לומר תביאנו ותטענו נבא שלא יכנס לארץ. ומה שאמר מכון לשבתך פעלת נמשך אל בהר נחלתך ושעור הכתוב בהר נחלתך אותו שפעלת למטה מכון לשבתך כלומר שהוא מכוון כנגד שבתך למעלה ועל אותו של מעלה הזכיר מקדש ה' כוננו ידיך זהו בהמ"ק של מעלה, ועל כן תמצא במלה טעם זקף גדול, ובא הקו"ף דגושה לתוקף הקדושה כי הוא מקדש למקדש, וזהו שאמרו רז"ל בית המקדש של מטה מכוון כנגד בית המקדש של מעלה, ראה איך הזכיר בשל מטה לשון פעולה, ובשל מעלה לא הזכיר כן אבל אמר כוננו ידיך רמז לעשר ספירות והבן זה.
« Tu les amèneras et les planteras (ve-titta‘emo). » Le fait qu’il ne s’est pas inclus dans « Tu nous amèneras et nous planteras » est une prophétie qu’il n’entrerait pas dans le pays. Et ce qu’il dit « le lieu que Tu as préparé pour Ta demeure, Tu l’as fait » se rattache à « sur la montagne de ton héritage » ; et le sens du verset est : « sur la montagne de ton héritage » — celui que Tu as fait en bas, « préparé pour Ta demeure », c’est-à-dire qu’il est aligné en regard de Ta demeure en haut ; et à celui d’en haut il fit allusion par « le sanctuaire, Éternel, que Tes mains ont établi » : c’est le Temple d’en haut ; et c’est pourquoi tu trouves dans ce mot l’accent « zaqef gadol », et le qof vient avec dagesh pour la force de la sainteté, car c’est un sanctuaire pour un sanctuaire ; et c’est ce qu’ont dit nos Sages de mémoire bénie : le Temple d’en bas est aligné en regard du Temple d’en haut ; vois comment il a mentionné pour celui d’en bas une expression d’action (« Tu as fait »), et pour celui d’en haut il n’a pas mentionné ainsi, mais il a dit « Tes mains ont établi », allusion aux dix sefirot ; et comprends cela.
ה' ימלך לעולם ועד. ע"ד הפשט יאמר כשם שהראה מלכותו עתה בקריעת ים סוף שהוא מציל את יראיו ומאבד את המורדים בו כן יהי רצון מלפניו שיעשה כן בכל הדורות לעולם, וכענין שכתוב (תהילים קמ״ו:י׳) ימלוך ה' לעולם אלהיך ציון לדור ודור הללויה, ונכתב ימלך חסר ללמדך שאין הקב"ה בא בטרוניא עם הבריות שיהיה מבקש מהם עבודה קשה אלא בנחת ודברים רכים כענין שכתוב (מיכה ו׳:ג׳) עמי מה עשיתי לך ומה הלאתיך ענה בי.
« L’Éternel régnera à jamais et pour toujours (yimlokh). » Selon le sens simple (peshat), il dit : de même qu’Il a montré maintenant Sa royauté dans la fente de la mer des Joncs, en sauvant ceux qui Le craignent et en faisant périr ceux qui se rebellent contre Lui, ainsi puisse-t-il être de Sa volonté qu’Il fasse de même dans toutes les générations, à jamais ; et comme il est écrit (Psaumes 146,10) « l’Éternel régnera à jamais, ton Dieu, ô Sion, de génération en génération, Hallelouya » ; et « yimlokh » est écrit défectivement (sans vav), pour t’enseigner que le Saint, béni soit-Il, n’agit pas en tyran envers les créatures en leur demandant un service dur, mais avec douceur et paroles tendres, selon ce qui est écrit (Michée 6,3) « mon peuple, que t’ai-je fait, et en quoi t’ai-je fatigué ? Réponds-moi ».
וע"ד הקבלה ה' ימלוך לעולם ועד, אחר שראו ישראל המלכות בוקע ים וקלסו לשם המיוחד ומלכותו סיים הקלוס בשם המיוחד כמו שהתחיל בו אשירה לה', ואונקלוס עשאו בתרגומו הווה כלשון הכתוב (תהלים י) ה' מלך עולם ועד אבדו גוים מארצו, ואולי דעת אונקלוס שתרגם כן כי משה וכל ישראל כוונו בכתוב הזה אל המלכות ועל כן חתמו השירה בו כי מתחלה בדברי השירה פתחו בשם המיוחד הוא שאמר אשירה לה' ועתה רצו לחתום אותה במלכות.
Et selon la voie de la Kabbale, « l’Éternel régnera à jamais et pour toujours » : après qu’Israël eut vu la royauté fendre la mer et eut loué le Nom unique et Sa royauté, il termina la louange par le Nom unique comme il l’avait commencée par lui : « je chanterai à l’Éternel » ; et Onkelos l’a mis dans son Targoum au présent, selon l’expression de l’Écriture (Psaumes 10,16) « l’Éternel est roi à jamais et pour toujours, les nations ont disparu de Sa terre » ; et peut-être l’avis d’Onkelos, qui a traduit ainsi, est que Moshé et tout Israël visaient dans ce verset la royauté (malkhout), et c’est pourquoi ils scellèrent le Cantique par elle ; car au début des paroles du Cantique ils ouvrirent par le Nom unique, c’est ce qu’il dit « je chanterai à l’Éternel », et maintenant ils voulurent le sceller par la royauté.
ולפי הענין הזה מה שנכתב ימלך חסר כי המלך עקר המלכות והוא לפעמים משפיע בו השפע ולפעמים מחסרו כפי הרצון והבן זה, או אפשר עוד כי כונת אונקלוס בזה לפי שכל הזמנים כלן, העבר והעתיד בהש"י הם בהווה, כי הוא עד שלא היה זמן והזמן לא יעברנו ולכך תרגם הכתוב בלשון הווה.
Et selon cette matière, ce qui est écrit « yimlokh » défectivement est parce que le roi est le principe de la royauté, et que parfois il y répand l’abondance et parfois il l’en prive, selon la volonté ; et comprends cela. Ou bien il est encore possible que l’intention d’Onkelos ici soit que tous les temps, le passé et l’avenir, sont pour le Nom, béni soit-Il, un présent, car Il était avant qu’il y ait un temps, et le temps ne s’écoule pas sur Lui ; et c’est pourquoi il a traduit le verset au présent.
ויש לדעת כי פסוקי השירה הזאת הם י"ח פסוקים ואפשר לומר כי הם כנגד י"ח חוליות שבשדרה שעתידים להתחדש בתחית המתים ולומר שירה, וזהו שדרשו רז"ל אז ישיר משה ובני ישראל שר לא נאמר אלא ישיר מכאן רמז לתחית המתים מן התורה, וכן תמצא בשיר שלעתיד והוא שהתנבא ישעיה (ישעיהו כ״ו:א׳) ביום ההוא יושר השיר הזה בארץ יהודה, עד יחיו מתיך י"ח פסוקים, וכשם שהזכיר כאן בשירה זו עזי וזמרת יה כן הזכיר באותו שיר (שם) בטחו בה' עדי עד כי ביה ה' צור עולמים, והוסיף על שם יה השם הגדול השלם לרמוז תוספת השגה שבאותו זמן על שאר הזמנים כלם כי אז יהיה ה' שלם והכסא שלם.
Et il faut savoir que les versets de ce Cantique sont dix-huit, et il est possible de dire qu’ils sont en regard des dix-huit vertèbres de l’épine dorsale, qui sont destinées à être renouvelées à la résurrection des morts et à dire le Cantique ; et c’est ce que nos Sages de mémoire bénie ont interprété : « alors Moshé et les enfants d’Israël chanteront » : il n’est pas dit « chantèrent » mais « chanteront » : de là une allusion à la résurrection des morts selon la Torah. Et ainsi tu trouves dans le chant de l’avenir, que prophétisa Isaïe (Isaïe 26,1) « en ce jour-là on chantera ce chant dans le pays de Yehouda » jusqu’à « tes morts vivront », dix-huit versets ; et de même qu’il a mentionné ici, dans ce Cantique, « ma force et mon chant est Yah », ainsi il a mentionné dans ce chant (ibid. 26,4) « confiez-vous en l’Éternel pour toujours, car en Yah, l’Éternel, est le rocher des mondes » ; et il a ajouté au nom « Yah » le Nom grand entier, pour indiquer l’augmentation de perception en ce temps-là sur tous les autres temps, car alors l’Éternel sera complet et le trône sera complet.
כי בא סוס פרעה. נמשך למעלה לתחלת השירה אז ישיר משה ובני ישראל כאשר בא סוס פרעה ברכבו ובפרשיו בים והשיב הש"י עליהם את מי הים ובני ישראל הלכו ביבשה, יבאר הכתוב כי בהיות ישראל עוברים בתוכו בחרבה היו משוררים השירה הזאת.
« Car le cheval de Pharaon est entré. » Cela se rattache plus haut au début du Cantique, « alors Moshé et les enfants d’Israël chantèrent » : quand le cheval de Pharaon entra avec ses chars et ses cavaliers dans la mer, et que le Nom, béni soit-Il, fit revenir sur eux les eaux de la mer, tandis que les enfants d’Israël marchaient à sec ; l’Écriture explique que, pendant qu’Israël traversait la mer à sec, ils chantaient ce Cantique.
ותקח מרים הנביאה. על דרך הפשט אמר אחות אהרן כדי שיהיו שלשת האחים משה אהרן ומרים נזכרים בשירה הזאת, ועוד כי דרך הכתוב ליחס האדם על גדול האחים כענין שכתוב (בראשית ל״ו:כ״ב) ואחות לוטן תמנע. ואפשר עוד לומר שהזכיר אחות אהרן כדי שיסמיכנו לתוף שהוא כנגד צדק וכתיב באהרן (איוב כ״ט:י״ד) צדק לבשתי וילבשני, בשכבר ידעת כי במזמור (תהילים ק״נ:א׳) הללו אל בקדשו יש בו עשר הלולים ויש בו תשעה מיני זמר מכוונים למשכיל כנגד תשעת הגלגלים, התוף הוא כנגד צדק, ומחול כנגד מאדים, וזהו שאמר אהרן את התוף.
« Et Miryam la prophétesse prit. » Selon le sens simple (peshat), il dit « sœur d’Aharon » afin que les trois membres de la fratrie, Moshé, Aharon et Miryam, soient mentionnés dans ce Cantique ; et en outre, la voie de l’Écriture est de rattacher la personne à l’aîné des frères, selon ce qui est écrit (Genèse 36,22) « et la sœur de Lotan : Timna‘ ». Et il est encore possible de dire qu’il a mentionné « sœur d’Aharon » afin de la rattacher au tambourin (tof), qui est en regard de Jupiter (Tsedek), et il est écrit d’Aharon (Job 29,14) « je me suis revêtu de justice (tsedeq) et elle m’a revêtu » ; car tu sais déjà que dans le psaume (Psaumes 150,1) « louez Dieu dans Son sanctuaire » il y a dix « louez », et qu’il y a neuf sortes d’instruments ou de manifestations musicales correspondant, pour celui qui comprend, aux neuf sphères : le tambourin est en regard de Jupiter, et la danse (maḥol) en regard de Mars (Ma’adim) ; et c’est ce qu’il dit : « Aharon, le tambourin ».
וע"ד המדרש הנביאה אחות אהרן, ולא אחות משה, אלא מלמד שהתנבאה בזמן שהיתה אחות אהרן עתידה אמי שתלד בן שיושיע את ישראל ע"כ.
Et selon le Midrash : « la prophétesse, sœur d’Aharon », et non « sœur de Moshé » ; cela enseigne seulement qu’elle prophétisa lorsqu’elle était sœur d’Aharon (seulement) : « ma mère est destinée à enfanter un fils qui sauvera Israël » ; fin.
ומה ששורה הנבואה על אשה נראה לומר שאין לתמוה שהרי מין האדם היא ואדם נקראת שנאמר (בראשית ה׳:ב׳) ויקרא את שמם אדם. והנה מזה אמרו שרה היתה נביאה כמרים או גדולה ממנה שנקראת יסכה על שם שסוכה ברוח הקדש, ודרשו רז"ל (בראשית כ״א:י״ב) כל אשר תאמר אליך שרה וגו', מלמד שהיה אברהם טפל לשרה בנבואה, אבל הכתוב לא הזכיר נבואה עד מרים, או מטעם מדרש שהזכרתי, או מטעם שרצה להמתין עד זמן הגלות השכינה שעליו אמרו רז"ל ראתה שפחה על הים מה שלא ראה יחזקאל, והודיענו כי מרים הנביאה מקלסת לשכינה וכל הנשים אחריה ואומרת השירה הזו בעצמה כמשה ובני ישראל.
Et que la prophétie réside sur une femme, il semble qu’il ne faille pas s’en étonner, car elle appartient au genre humain et est appelée « adam », comme il est dit (Genèse 5,2) « et Il les appela du nom d’adam ». Et de là, ils ont dit : Sarah était prophétesse comme Miryam, ou plus grande qu’elle ; elle est appelée Yiskah parce qu’elle voyait (sokha) par l’esprit saint ; et nos Sages de mémoire bénie ont interprété (Genèse 21,12) « tout ce que Sarah te dira, etc. » : cela enseigne qu’Abraham était secondaire à Sarah en prophétie. Mais l’Écriture n’a pas mentionné de prophétie avant Miryam, ou pour la raison du Midrash que j’ai mentionné, ou parce qu’elle voulut attendre le moment de la révélation de la Présence (Shekhina), dont ils ont dit : une servante a vu sur la mer ce que n’a pas vu Yehezqel ; et elle nous fit savoir que Miryam la prophétesse loue la Présence, et toutes les femmes après elle, et dit ce Cantique elle-même comme Moshé et les enfants d’Israël.
ועוד תמצא עקרים גדולים שבתורה מפורשים ע"י נשים כענין העוה"ב הנקרא צרור החיים ע"י אביגיל, וענין תחיית המתים וסדרי תחנה על ידי חנה, וענין הגלגול ע"י התקועית וכל זה יורה שאין האשה דבר טפל לגמרי אבל יש לה עקר. ודרשו רז"ל במסכת מגילה שבע נביאות הן אלו הן, שרה, מרים, חנה, דבורה, חולדה, אביגיל, אסתר, וזה כנגד שבע מדות המקבלות וזה מבואר.
Et tu trouves encore de grands principes de la Torah expliqués par des femmes : l’affaire du monde à venir, appelé « faisceau de la vie », par Avigayil ; l’affaire de la résurrection des morts et l’ordre de la supplication, par ‘Hanna ; l’affaire de la transmigration (gilgoul), par la Teqo‘ite ; et tout cela indique que la femme n’est pas une chose entièrement secondaire, mais qu’elle possède une importance propre. Et nos Sages de mémoire bénie ont interprété dans le traité Megilla : il y a sept prophétesses, et les voici : Sarah, Miryam, ‘Hanna, Dvora, ‘Houlda, Avigayil, Esther ; et cela en regard des sept attributs qui reçoivent ; et cela est clair.
בתפים ובמחולות. היו הנשים האלו גדולות בחכמה, וכמו שדרשו רז"ל ראתה שפחה על הים מה שלא ראה יחזקאל והיו מהן שהיתה כוונתן לשמים ומהן שהיתה כוונתן רעה לכך היו יוצאות במחולות בשכבר ידעת כי המחול כנגד מאדים ומזה תמצא במעשה העגל (שמות ל״ב:י״ט) וירא את העגל ומחולות ושם אאריך בזה בעזה"י.
« Avec des tambourins et des danses. » Ces femmes étaient grandes en sagesse, et comme nos Sages de mémoire bénie l’ont interprété : une servante a vu sur la mer ce que n’a pas vu Yehezqel ; et certaines avaient une intention tournée vers le Ciel, tandis que d’autres avaient une intention mauvaise ; c’est pourquoi elles sortaient en danses, car tu sais déjà que la danse est en regard de Mars (Ma’adim) ; et de là tu trouves, dans l’affaire du veau (Exode 32,19) « et il vit le veau et des danses » ; et là je m’étendrai là-dessus, avec l’aide de Dieu.
ויצאו אל מדבר שור. נקרא מדבר שור על שם הסתכלות החכמה כי על כן נקראו ישראל בשם (דברים ל״ב:נ״א) ישורון וזה מלשון (במדבר כ״ג:ט׳) אשורנו, והנה ישראל היו הולכים ממעלה למעלה מחיל אל חיל מים סוף שהשיגו שם כבוד שכינה אל מדבר שור ששם היו מסתכלין ונכנסין לפרדס מה שראו על הים, ומדבר שור זהו מדבר איתם שכן כתוב באלה מסעי ויסעו מפני החירות ויעברו בתוך הים המדברה וילכו דרך שלשת ימים במדבר איתם ויחנו במרה.
« Et ils sortirent vers le désert de Shour. » Il est appelé désert de Shour d’après la contemplation (histakkout) de la sagesse, car c’est pourquoi Israël est appelé (Deutéronome 32,15) « Yeshouroun », de l’expression (Nombres 23,9) « je le regarderai (ashourenou) » ; et voici qu’Israël allait de degré en degré, de force en force, depuis la mer des Joncs, où ils perçurent la gloire de la Présence, jusqu’au désert de Shour, où ils contemplaient et entraient dans le verger (pardès) de ce qu’ils avaient vu sur la mer ; et le désert de Shour est le désert d’Etam, car il est écrit dans « Voici les étapes » (Nombres 33,8) « et ils partirent de devant Pi-ha-‘Hirot et passèrent au milieu de la mer vers le désert, et marchèrent trois jours dans le désert d’Etam, et campèrent à Mara ».
ובמדרש ויצאו אל מדבר שור מקום שנתאוו ישראל להעשות דגלים שורות שורות, ד"א מדבר שור עד שלא נתנה התורה היה העולם מדבר משקבלו התורה היה עולם שור כלומר חומה וכן לע"ל ציון שהיא מדבר שנאמר (ישעיהו ס״ד:ט׳) ציון מדבר היתה יעשנה הקב"ה שור שנאמר (זכריה ב׳:ט׳) ואני אהיה לה נאם ה' חומת אש סביב.
Et dans le Midrash : « et ils sortirent vers le désert de Shour » : le lieu où Israël désira se faire des étendards, rangée par rangée ; autre explication : « désert de Shour » : avant que la Torah ne fût donnée, le monde était un désert ; une fois qu’ils reçurent la Torah, le monde fut un « shour », c’est-à-dire un mur ; et de même dans l’avenir Sion, qui est un désert, comme il est dit (Isaïe 64,9) « Sion est un désert », le Saint, béni soit-Il, la fera un mur (shour), comme il est dit (Zacharie 2,9) « et Je serai pour elle, dit l’Éternel, un mur de feu tout autour ».
וילכו שלשת ימים במדבר. כבר הזכרתי למעלה כי כל פעולה מפעולות המדבר היה נסיון גמור והליכתם במדבר הגדול והנורא עם נשיהם וטפם ועמדם בלי מים שלשה ימים בזמן הקיץ אין בעולם נסיון כזה וכאשר באו מרתה אמרו רז"ל כי היו המים מתוקים ונמררו והיה כל זה לנסיון וכענין שאמר ושם נסהו, וכאשר התפלל משה בזה והשליך דבר מר במים וחזרו למתיקותם היה כל זה לחזק הנסיון ולקבוע בנפשם המשכלת מדת הבטחון, ועל כן רצה להמתיקם בדבר מר נס בתוך נס, ומזה אמרו רז"ל ויורהו ה' עץ ר' נתן אומר הירדפוני היה רבי אלעזר המודעי אומר עץ זית היה וי"א עקרי תאנה היה.
« Et ils marchèrent trois jours dans le désert. » J’ai déjà mentionné plus haut que chaque action des actions du désert était une épreuve complète, et leur marche dans le grand et redoutable désert avec leurs femmes et leurs petits, et le fait qu’ils soient restés sans eau trois jours en été : il n’y a pas au monde d’épreuve comme celle-là ; et quand ils arrivèrent à Mara, nos Sages de mémoire bénie dirent que les eaux étaient douces et devinrent amères, et tout cela fut une épreuve, selon ce qu’il dit « et là Il les éprouva » ; et quand Moshé pria à ce sujet et jeta une chose amère dans l’eau et qu’elles revinrent à leur douceur, tout cela fut pour fortifier l’épreuve et fixer dans leur âme pensante l’attribut de confiance (bita‘hon), et c’est pourquoi Il voulut les adoucir par une chose amère, miracle dans le miracle ; et de là nos Sages de mémoire bénie dirent « et l’Éternel lui montra un bois » : Rabbi Natan dit : c’était du laurier-rose (hirdefoni) ; Rabbi Eli‘ezer ha-Moda‘i disait : c’était un olivier ; et d’autres disent : c’étaient des racines de figuier.
מ"מ בין למר ובין למר מר היה. רשב"ג אומר כמה מופלאים מעשיו ודרכיו מדרכי בשר ודם שכן כתיב באלישע (מלכים ב ב׳:כ׳) קחו לי צלוחית חדשה ושימו שם מלח, נתן דבר המחבל לתוך המתחבל לעשות נס בתוך נס.
En tout cas, pour l’un comme pour l’autre, c’était amer. Rabban Shim‘on ben Gamliel dit : combien Ses œuvres et Ses voies sont plus merveilleuses que les voies de chair et de sang ! Car il est écrit à propos d’Élisha (II Rois 2,20) « apportez-moi une fiole neuve et mettez-y du sel » : Il mit une substance qui altère l’eau dans une eau déjà altérée, pour faire un miracle dans le miracle.
וכתב רבי חננאל כי מה שאמר וילכו שלשת ימים במדבר היה הדרך מהלך שלשת ימים והם הלכו ביום אחד וחסרון המים היה יום אחד, ובאר הטעם שאין טבעו של ב"ו להתקיים שלשה ימים בלא מים אף כי הטף והנשים מעוברות ומניקות שהיו בהם.
Et Rabbi ‘Hananel écrivit que ce qu’il dit « et ils marchèrent trois jours dans le désert » signifie que la route était un chemin de trois jours et qu’ils la firent en un jour, et le manque d’eau dura un jour ; et il expliqua la raison : la nature d’un être de chair et de sang n’est pas de subsister trois jours sans eau, à plus forte raison avec les petits et les femmes enceintes et allaitantes qui étaient parmi eux.
ובמדרש וילכו שלשת ימים במדבר ולא מצאו מים, מים ששאבו להם בין גזרי ים סוף שלמו מהם באותה שעה, דורשי רשומות אמרו אין מים אלא תורה שנאמר (ישעיהו נ״ה:א׳) הוי כל צמא לכו למים, מכאן התקינו שיהיו קורין בספר תורה שלשה ימים בשבוע כדי שלא ילכו שלשה ימים בלא תורה.
Et dans le Midrash : « et ils marchèrent trois jours dans le désert et ne trouvèrent pas d’eau » : l’eau qu’ils avaient puisée entre les passages ouverts dans la mer des Joncs fut épuisée à cette heure-là. Les interprètes des allusions (dorshei reshoumot) ont dit : il n’y a d’eau que la Torah, comme il est dit (Isaïe 55,1) « ho ! vous tous qui avez soif, venez aux eaux » ; de là ils ont institué qu’on lise dans le rouleau de la Torah trois jours par semaine, pour qu’ils ne marchent pas trois jours sans Torah.
שם שם לו חק ומשפט. ע"ד הפשט הם חקי המדבר כי משה היה בישורון מלך מנהיג והיה מוכיח אותם ומצוה עליהם איך יתנהגו במדבר עם הנשים והילדים גם עם מחנות האומות הבאים שם מארץ מרחקים למכור להם דברים רבים.
« Là Il lui donna une loi et un jugement. » Selon le sens simple (peshat), ce sont les lois du désert, car Moshé était dans Yeshouroun un roi conducteur, il les réprimandait et leur ordonnait comment se conduire dans le désert avec les femmes et les enfants, et aussi avec les camps de nations qui venaient là de pays éloignés pour leur vendre beaucoup de choses.
ויש שפירשו שם שם לו חק ומשפט שלמדו הקב"ה חכמת הצמחים וכחות שבהם בסגולותם ובטבעם לפי שיש מהם עשבים מחיים וממיתים ויש מהם מרפאים ויש מהם מחליאים ויש ממתיקים את המר ויש שממררים את המתוק וכל זה בין בטבע בין בסגולה וזהו לשון חק ומשפט, חק הוא הסגולה שאין טעמו נודע, ומשפט הוא הטבע שמשפטו שיהיה כן בטבעו.
Et certains ont expliqué : « là Il lui donna une loi et un jugement » : que le Saint, béni soit-Il, lui enseigna la sagesse des plantes et les forces qui sont en elles, dans leurs vertus et leur nature, car il y a parmi elles des herbes qui font vivre et qui font mourir, et il y en a qui guérissent et qui rendent malade, et il y en a qui adoucissent l’amer et d’autres qui rendent amer le doux ; et tout cela soit par nature, soit par vertu (segoula) ; et c’est l’expression « loi et jugement » : la loi (hoq) est la vertu dont la raison n’est pas connue, et le jugement (mishpat) est la nature, dont le jugement est qu’elle soit ainsi dans sa nature.
ושם נסהו. הצמח הזה, ולכך אמר אם שמוע תשמע בקול ה' אלהיך כלומר אע"פ שכחות הצמחים ידועים לפניך בסגולותם וטבעם ואתה יכול להתרפא מהם אין ראוי לך שתתלה בטחונך בהם וברפואתם ותתיאש מלהתפלל ובקשת הרחמים אין לך לזוז ממצות התורה כי אני ה' רופאך ולא הצמחים, ומטעם זה גנז חזקיהו ספר רפואות והודו לו לפי שעם הספר הזה היו הבריות מתרפאים מתחלואיהם ויתיאשו מן התורה והמצות.
« Et là Il l’éprouva (nissahou). » Cette plante ; et c’est pourquoi il dit « si tu écoutes attentivement la voix de l’Éternel ton Dieu » : c’est-à-dire que bien que les forces des plantes te soient connues dans leurs vertus et leur nature, et que tu puisses être guéri par elles, il ne te convient pas de placer ta confiance en elles et en leur remède, et de renoncer à prier et à demander miséricorde ; tu ne dois pas t’écarter du commandement de la Torah, car Je suis l’Éternel, ton médecin, et non les plantes ; et pour cette raison ‘Hizqiyahou cacha le livre des remèdes, et ils l’approuvèrent, car avec ce livre les gens étaient guéris de leurs maladies et délaissaient la Torah et les commandements.
וע"ד המדרש חק ומשפט, המצות שנתנו להם במרה ואלו הם שבת ופרה אדומה הנקראת חק והדינין וכן דרשו רז"ל שבת ודינים במרה איפקוד.
Et selon le Midrash : « une loi et un jugement » : les commandements qui leur furent donnés à Mara, et ce sont le Chabbat et la vache rousse, appelée « hoq » (loi), et les jugements ; et ainsi ont interprété nos Sages de mémoire bénie : le Chabbat et les jugements furent ordonnés à Mara.
ואם תשכיל בפרק הזאת תמצא כי בכאן מתחלת המדבר במרה התחיל שר המדבר לקטרג עליהם ולהחטיאם והוא הסבה לתלונותם, וזהו שתמצא בספר הבהיר אמר להם השטן מים אלו אע"פ שמרים הם טובים הם לפי שיספיקו לכם אבל כשתכנסו עוד במדבר לא תמצאו אפילו לרחוץ פניכם כלל.
Et si tu réfléchis à ce chapitre, tu trouveras qu’ici, à Mara, le prince du désert commença à les accuser et à les faire pécher, et c’est la cause de leurs murmures ; et c’est ce que tu trouves dans le livre Bahir : Satan leur dit : ces eaux, bien qu’elles soient amères, sont bonnes parce qu’elles vous suffiront ; mais quand vous entrerez plus loin dans le désert, vous ne trouverez même pas de quoi vous laver le visage.
ועוד שם ומאי ויורהו ה' עץ מלמד שעץ חיים היה סביב המים בא שטן ונטלו משם כדי לערבב את ישראל ולהחטיאם מיד וילונו העם מיד ויצעק משה אל ה' ויורהו ה' עץ, אותו עץ עץ החיים היה שהסיר השטן, וישלך אל המים וימתקו המים נתן הקב"ה ידו בשטן ומעטו ואלמלי כן לא היו יכולין ישראל לעמוד מפניו, הה"ד שם שם לו חק ומשפט לשטן ושם נסהו לישראל ע"כ.
Et encore là : et qu’est-ce que « et l’Éternel lui montra un bois » ? Cela enseigne qu’un arbre de vie était autour des eaux ; Satan vint et l’en retira pour troubler Israël et le faire pécher aussitôt ; « et le peuple murmura » aussitôt ; « et Moshé cria vers l’Éternel, et l’Éternel lui montra un bois » : ce bois était l’arbre de vie que Satan avait ôté ; « et il le jeta dans les eaux et les eaux devinrent douces » : le Saint, béni soit-Il, mit Sa main sur Satan et le diminua ; et sans cela Israël n’aurait pu tenir devant lui ; c’est ce qui est dit : « là Il lui donna une loi et un jugement » : à Satan ; « et là Il l’éprouva » : Israël ; fin.
ולכך הוצרך משה לתפלה שינצל מידו והקב"ה נתן לו עצה איך ינצל וזה בסבת עץ החיים שהוא הפכו וזה לשון שם שם לו ירמוז כי סמאל היה שם וכן בלעם רמזו בפסוק (במדבר כ״ד:כ״ג) אוי מי יחיה משמו אל וזה מבואר.
Et c’est pourquoi Moshé eut besoin de prière pour être sauvé de sa main, et le Saint, béni soit-Il, lui donna un conseil pour s’en sauver, et cela par le moyen de l’arbre de vie, qui est son contraire ; et c’est l’expression « là Il lui donna » qui fait allusion que Samaël était là ; et de même Bil‘am y a fait allusion dans le verset (Nombres 24,23) « hélas, qui vivra quand Il l’établira (mi-simo) ! » ; et cela est clair.
ויאמר אם שמוע תשמע לקול ה'. ע"ד הפשט יאמר אם תקיים את התורה לא תחלה לעולם בשום חולי לא בחליי הטבע שהם מצד המאכלים הנכנסים בגוף ולא בחליי המקרה שהם הבאים מחוץ לגוף. ומה שהזכיר לקול ה' אלהיך הכונה בזה על עשרת הדברות שהיו כולן קולו כענין שכתוב (דברים ד׳:י״ב) קול דברים אתם שומעים, כי כל הי' דברות ששמענו מפיו שמיעת אוזן כענין שכתוב (שמות כ׳:א׳) וידבר אלהים את כל הדברים האלה לאמר, ואחרי כן הזכיר ג' חלקי המצות שהן המושכלות והמקובלות והחוקים.
« Et Il dit : si tu écoutes attentivement la voix de l’Éternel. » Selon le sens simple (peshat), Il dit : si tu accomplis la Torah, tu ne seras jamais malade d’aucune maladie, ni des maladies de la nature, qui viennent du côté des aliments qui entrent dans le corps, ni des maladies de l’accident, qui viennent de l’extérieur du corps. Et ce qu’il a mentionné « la voix de l’Éternel ton Dieu », l’intention est à propos des Dix Paroles, qui étaient toutes Sa voix, selon ce qui est écrit (Deutéronome 4,12) « vous entendiez le son des paroles », car toutes les Dix Paroles, nous les avons entendues de Sa bouche d’une écoute d’oreille, selon ce qui est écrit (Exode 20,1) « et Dieu prononça toutes ces paroles en disant » ; et après cela il mentionna les trois parties des commandements : les rationnels, les transmis et les lois.
והישר בעיניו תעשה, אלו המשפטים שהם המצות המושכלות וכן כתוב (נחמיה ט׳:י״ג) ותתן להם משפטים ישרים. והאזנת למצותיו אלו המצות המקובלות שלא ימצאם שום אדם בשכלו וצריך הוא להתבונן בהם ולהטות להם אזן, ולכך אמר והאזנת למצותיו, וכתיב (משלי ט״ו:ל״א) אזן שמעת תוכחת חיים. ושמרת כל חקיו, אלו החקים שאין טעמם נגלה לכל.
« Et tu feras ce qui est droit à Ses yeux » : ce sont les jugements (mishpatim), qui sont les commandements rationnels, et ainsi il est écrit (Néhémie 9,13) « et Tu leur donnas des jugements droits ». « Et tu prêteras l’oreille à Ses commandements » : ce sont les commandements transmis, que nul ne trouve par son intellect et qu’il faut examiner et incliner l’oreille vers eux ; c’est pourquoi il dit « et tu prêteras l’oreille à Ses commandements » ; et il est écrit (Proverbes 15,31) « l’oreille qui entend la réprimande de la vie ». « Et tu garderas toutes Ses lois » : ce sont les lois (hoqim) dont la raison n’est pas révélée à tous.
ויאמר הכתוב אם אתה מקיים כל זה תהיה נשמר מכל חולי, אין צריך לומר שתהיה נשמר מכל מיני מחלת מצרים אשר ידעת וראית בעינים שנתיסרו בהם ועל כן יפחידם באותה מחלה, כי אף מן החולי הבא לאדם מחולי בטבע ובנוהג שבעולם תהיה נשמר. כי אני השם רופאך, אשמור בריאותך שלא יבא שום חולי עליך כלל.
Et l’Écriture dit : si tu accomplis tout cela, tu seras préservé de toute maladie ; il va de soi que tu seras préservé de toute sorte de maladie d’Égypte que tu as connue et vue de tes yeux, qu’ils ont subie, et c’est pourquoi Il les effraie par cette maladie ; car même de la maladie qui vient à l’homme par la nature et la coutume du monde tu seras préservé. « Car Je suis le Nom, ton médecin » : je garderai ta santé, afin qu’aucune maladie ne vienne sur toi du tout.
וכתב הרמב"ן כל המחלה אשר שמתי במצרים אין דרך שיבטיח אדם את עבדו אם תעשה כל רצוני וחפצי לא אמית אותך בתחלואים רעים ולא כן כל ההבטחות שבתורה, אבל זו אזהרה שיזהירם שלא יהיו במורדיו כמצריים כי בשמעם בקולו ינצלו מכל אותה המחלה כי המחלה ההיא ראויה לבא על כל עוברי רצונו כאשר באה על מצרים שלא שמעו אליו וזה כדרך והשיב בך את כל מדוה מצרים אשר יגרת מפניהם ודבקו בך, ואמר כי אני ה' רופאך הבטחה שאסיר מקרבם מחלה באה כדרך כל הארץ כאשר רפאתי המים ע"כ.
Et le Ramban écrivit : « toute la maladie que J’ai mise en Égypte » : ce n’est pas la manière qu’un homme promette à son serviteur : si tu fais toute ma volonté et mon désir, je ne te ferai pas mourir de mauvaises maladies, et toutes les promesses de la Torah ne sont pas ainsi ; mais c’est un avertissement qu’Il les avertit de ne pas être parmi ceux qui se révoltent contre Lui comme les Égyptiens, car en écoutant Sa voix ils seront sauvés de toute cette maladie, car cette maladie est digne de venir sur tous ceux qui transgressent Sa volonté, comme elle vint sur l’Égypte qui n’avait pas écouté Sa voix ; et c’est comme (Deutéronome 28,60) « et Il fera revenir sur toi toutes les maladies d’Égypte dont tu as eu peur, et elles s’attacheront à toi » ; et il dit « car Je suis l’Éternel, ton médecin » : promesse que J’écarterai du milieu d’eux la maladie qui vient selon la voie de toute la terre, comme J’ai guéri les eaux. Fin.
וע"ד הקבלה ויאמר אם שמוע תשמע לקול ה' אלהיך ויאמר זה התפארת לקול זה כנסת ישראל והוא הכבוד שהוזהרנו בו (שמות כ״ג:כ״ב) כי אם שמוע תשמע בקולו, ובאור הכתוב אם תשמע לאותו קול שתשמור מצות ה' וחקיו הוא התפארת כל המחלה אשר שמתי במצרים לא אשים עליך כי אני ה' רופאך כלומר הכבוד שהוא אני וזה מבואר.
Et selon la voie de la Kabbale : « et Il dit : si tu écoutes attentivement la voix de l’Éternel ton Dieu » : « et Il dit » : c’est la splendeur (tiferet) ; « à la voix » : c’est l’Assemblée d’Israël (Knesset Yisra’el), et c’est la gloire (kavod) dont nous avons été avertis (Exode 23,22) « mais si tu écoutes attentivement sa voix » ; et l’explication du verset : si tu écoutes cette voix, en gardant les commandements de l’Éternel et Ses lois, « c’est la splendeur » ; « toute la maladie que J’ai mise en Égypte, Je ne la mettrai pas sur toi, car Je suis l’Éternel, ton médecin » : c’est-à-dire la gloire, qui est « Moi » ; et cela est clair.
ובספר הבהיר ויאמר אם שמוע תשמע לקול ה' אלהיך המקרא הזה נדרש על יצר הרע לפי שהתלונה שהזכיר בכתוב של מעלה מצד יצר הרע היתה ולכך אמרו שם אם שמוע תשמע לקול ה' אלהיך והאזנת למצותיו, ולא מצות יצר הרע, כל חקיו ולא חקי יצר הרע, ומאי פתויו של יצר הרע משל למה"ד למלך שהפקיד פקידים על מלכותו ועל סחורתו כל אחד ואחד ממונה על אוצר, אחד ממונה על אוצרות המאכל הטוב ואחד ממונה על אוצרות האבנים באו כל העולם לקנות מאוצרות המאכל הטוב בא זה ממונה על אוצר האבנים ראה שאין קונין ממנו קנא מה עשה שלח שלוחיו להרוס הבתים החלשים כי בחזקים לא יוכל אמר בין כך ובין כך שישתדלו להרוס בית אחד מן החזקים יהרוס עשרים חלשים ויבאו כולם לקנות אבנים ממני ולא אהיה פחות מחברי והיינו דכתיב (ירמיה א) מצפון תפתח הרעה על כל יושבי הארץ וגו', ולכך אמר ושמרת כל חקיו ומשתשמור כל חקיו כל המחלה אשר שמתי למה אמר כל אלא לסגור לו כל הדלתות כי כשלא ימצאך פעם אחת רך ופעם אחת קשה, בשמרך כל חקיו, כל המחלה אשר שמתי במצרים על ידו לא אשים עליך. מאי כי אני ה' רופאך ומתי הכהו אלא כשיבא הוא ויכה אני ה' רופאך ע"כ בספר הבהיר.
Et dans le livre Bahir : « et Il dit : si tu écoutes attentivement la voix de l’Éternel ton Dieu » : ce verset est interprété à propos du mauvais penchant (yetser ha-ra‘), car le murmure que l’Écriture a mentionné plus haut venait du côté du mauvais penchant ; et c’est pourquoi il dit là « si tu écoutes attentivement la voix de l’Éternel ton Dieu et tu prêteras l’oreille à Ses commandements » : et non les commandements du mauvais penchant ; « toutes Ses lois » : et non les lois du mauvais penchant ; et quelle est la séduction du mauvais penchant ? Parabole : à quoi cela ressemble-t-il ? À un roi qui préposa des officiers sur son royaume et sur son commerce, chacun préposé sur un trésor : l’un préposé sur les trésors de bonne nourriture et l’autre préposé sur les trésors de pierres ; le monde entier vint acheter aux trésors de bonne nourriture ; celui qui était préposé sur le trésor de pierres vit qu’on n’achetait pas chez lui et il fut jaloux ; que fit-il ? Il envoya ses envoyés démolir les maisons faibles, car aux fortes il ne pouvait rien ; il dit : pendant le temps qu’ils mettraient à tenter de démolir une seule maison solide, on en démolira vingt fragiles, et tous viendront acheter des pierres chez moi, et je ne serai pas inférieur à mes collègues. Et c’est ce qui est écrit (Jérémie 1,14) « du nord s’ouvrira le malheur sur tous les habitants du pays, etc. » ; et c’est pourquoi il dit « et tu garderas toutes Ses lois », et dès que tu garderas toutes Ses lois, « toute la maladie que J’ai mise » ; pourquoi dit-il « toute » ? Seulement pour lui fermer toutes les portes, car il ne te trouvera pas une fois tendre et une fois dur : en gardant toutes Ses lois, « toute la maladie que J’ai mise en Égypte par lui, Je ne la mettrai pas sur toi ». Qu’est-ce que « car Je suis l’Éternel, ton médecin » ? Et quand l’a-t-Il frappé ? Mais lorsqu’il viendra et frappera : « Je suis l’Éternel, ton médecin ». Fin, dans le livre Bahir.
ושמעתי עוד כי עשר מכות שהסימן שלהם דצ"ך עד"ש באח"ב הסימן הזה עולה חמש מאות ואחד כמנין אש"ר ולכך יאמר הכתוב כל המחלה שהוא מנין אש"ר ששמתי במצרים לא אשים עליך כי אני ה' רופאך.
Et j’ai encore entendu que les dix plaies, dont le moyen mnémotechnique est « Dtsa‘kh ‘Adash Be-A‘hav », ce moyen mnémotechnique s’élève à cinq cent un, comme le compte de « Asher » ; et c’est pourquoi l’Écriture dit « toute la maladie, qui est le compte de "Asher", que J’ai mise en Égypte, Je ne la mettrai pas sur toi, car Je suis l’Éternel, ton médecin ».
ויבאו אילמה ושם שתים עשרה עינות מים ושבעים תמרים. ע"ד הפשט מה שהאריך לספר כן ללמדך שהמקום הזה בהפך מן הראשון כי במקום הראשון היו המים רעים ומרים ובכאן היו יפים ומתוקים כי אין התמרים מתגדלים ומצליחים כי אם במקום שמימיו מתוקים ועל כן נתעכבו במקום הזה הוא שאמר ויחנו שם על המים כי הטבע נכסף בו בזמן הקיץ למים קרים נוזלים וכענין שאמר הנביא ירמיה ע"ה (ירמיה יח) היעזוב מצור שדי שלג לבנון אם ינתשו מים זרים קרים נוזלים.
« Et ils arrivèrent à Elim, et là il y avait douze sources d’eau et soixante-dix palmiers. » Selon le sens simple (peshat), s’il s’est étendu à raconter cela, c’est pour t’enseigner que ce lieu est le contraire du premier, car dans le premier lieu les eaux étaient mauvaises et amères, et ici elles étaient belles et douces ; car les palmiers ne grandissent et ne réussissent que dans un lieu dont les eaux sont douces ; et c’est pourquoi ils s’attardèrent dans ce lieu ; c’est ce qu’il dit « et ils campèrent là près des eaux », car la nature aspire, en été, à des eaux froides, ruisselantes ; et comme dit le prophète Yirmeyahou, paix sur lui (Jérémie 18,14) « la neige du Liban abandonne-t-elle le rocher du champ ? Ou tarit-on des eaux étrangères, froides, ruisselantes ? ».
וע"ד המדרש שתים עשרה עינות מים ושבעים תמרים, רבי אליעזר המודעי אומר מיום שברא הקב"ה את עולמו ברא שם י"ב מבועין כנגד י"ב שבטי ישראל ושבעים דקלים כנגד שבעים זקנים. באור המדרש הזה כי מעת שנסעו ישראל מים סוף לא באו למקום טוב עד שהגיעו כאן באלים וכשם שנעשה להם נס על הים במתיקות מימיו ובשנים עשר גזרים לי"ב שבטים כן היה בכאן באלים היו מימיו מתוקים מים חיים נוזלים וי"ב מבועין לי"ב שבטים וכן שבעים דקלים לשבעים זקנים כדי לחלוק כבוד לכל שבט ושבט וכן לכל אחד ואחד מהזקנים.
Et selon le Midrash : « douze sources d’eau et soixante-dix palmiers » : Rabbi Eli‘ezer ha-Moda‘i dit : dès le jour où le Saint, béni soit-Il, créa Son monde, Il y créa douze sources en regard des douze tribus d’Israël et soixante-dix palmiers en regard des soixante-dix Anciens. Explication de ce Midrash : dès que les Israélites partirent de la mer des Joncs, ils n’étaient venus dans aucun bon endroit jusqu’à arriver ici, à Elim ; et de même qu’un miracle fut fait pour eux sur la mer — la douceur de ses eaux et les douze passages pour les douze tribus — ainsi il en fut ici, à Elim : ses eaux étaient douces, eaux vives, ruisselantes, et douze sources pour douze tribus, et de même soixante-dix palmiers pour les soixante-dix Anciens, afin d’honorer chaque tribu et chacun des Anciens.
וע"ד הקבלה ויבאו אילמה ושם י"ב עינות מים ושבעים תמרים בבאם עתה במקום הזה באלים נכנסו באותה השגה הנקראת אלהים וזהו לשון ויבאו אילמה ושם שתים עשרה עינות מים כי השיגו שם י"ב מלאכים שלשה לכל רוח מד' רוחות העולם וכל שלשה מהם עם צבאותיהם מחנה גדול והם הנקראים ד' מחנות שכינה, ושבעים תמרים הם ע' מלאכים הסובבים כסא הכבוד וממונים על ע' אומות שבעולם כל אחד ואחד ממונה על אומתו, וכן תמצא בספר הבהיר ומאי ושם י"ב עינות מים הקב"ה נתנם להם בתחלה עינות מים אח"כ החזירם להם אבנים, דכתיב (יהושע צ ט) ושתים עשרה אבנים, מה טעם מפני שבתחלה היתה התורה בעולם נמשלת למים ואח"כ נקבעה במקום קבוע מה שאין המים עושים כן שהיום כאן ומחר כאן.
Et selon la voie de la Kabbale : « et ils arrivèrent à Elim, et là il y avait douze sources d’eau et soixante-dix palmiers » : en arrivant maintenant dans ce lieu, à Elim, ils entrèrent dans cette perception appelée « Elohim » ; et c’est l’expression « et ils arrivèrent à Elim (Eilimah), et là douze sources d’eau », car ils y perçurent douze anges, trois pour chacun des quatre vents du monde, et chaque groupe de trois d’entre eux avec leurs armées forme un grand camp, et ce sont ceux qu’on appelle les quatre camps de la Présence ; « et soixante-dix palmiers » sont les soixante-dix anges qui entourent le trône de gloire et sont préposés sur les soixante-dix nations du monde, chacun préposé sur sa nation ; et ainsi tu trouves dans le livre Bahir : et qu’est-ce que « et là douze sources d’eau » ? Le Saint, béni soit-Il, les leur donna d’abord comme sources d’eau, puis Il les leur rendit comme pierres, comme il est écrit (Josué 4,9) « et douze pierres » ; pourquoi ? Parce qu’au début la Torah était dans le monde comparée à l’eau, et ensuite elle fut fixée dans un lieu fixe, ce que l’eau ne fait pas : aujourd’hui ici, demain ici.
ומה שבעים תמרים מלמד ששבעים קומות יש להקב"ה ושואבים מי"ב פשוטות, מה המים הללו פשוטים אף הם פשוטים, ומנא לן דתמר הוי קומה דכתיב (שיר ז) זאת קומתך דמתה לתמר ולא עוד אלא בתמרים יש שבעים מינים דכתיב ושבעים תמרים ולא היו דומים זה לזה ופעולות זה אינו דומה לזה וטעם זה אינו דומה לזה ע"כ, ולפי שכל אחד ואחד פועל מנויו כמו שנתמנה עליו ואיננו רשאי ליכנס לגבול חברו ולכך אמר אינם דומין זה לזה ולא פעולתו של זה דומה לפעולתו של זה, ונרמז לך בזה כי מי"ב עינות אלה שהם ד' מחנות שכינה שואבים בה שבעים תמרים הם המלאכים הסובבים כסא הכבוד המשילום בתמרים על שם הקומה, והנה דוגמתם יצאו מיעקב י"ב שבטים הנחלקים לד' מחנות ומהם היו שבעים נפש, והבן זה המעט ותמצא מעלת יעקב שנקרא אל, כענין שכתוב (בראשית לג) ויקרא לו אל אלהי ישראל, ודרשו רז"ל מי קראו אל אלהי ישראל, ותדע ותשתכל כל עניני האבות ומצות התורה הכל ציורים ודוגמא למצוא ולדעת דעת קדושים.
Et qu’est-ce que « soixante-dix palmiers » ? Cela enseigne que le Saint, béni soit-Il, a soixante-dix statures (qomot), et qu’ils puisent aux douze simples ; de même que ces eaux sont simples, ainsi elles sont simples ; et d’où savons-nous que « tamar » est une stature ? Car il est écrit (Cantique 7,8) « cette ta stature (qomatekh) ressemble à un palmier (tamar) » ; et plus encore, dans les palmiers il y a soixante-dix espèces, car il est écrit « et soixante-dix palmiers » et ils ne se ressemblaient pas, ni l’action de l’un ne ressemblait à celle de l’autre, ni le goût de l’un à celui de l’autre ; fin ; et parce que chacun agit selon ce qui lui a été préposé et n’est pas autorisé à entrer dans la limite de son compagnon, c’est pourquoi il dit qu’ils ne se ressemblent pas, ni l’action de l’un ne ressemble à l’action de l’autre ; et il t’est ainsi indiqué que, de ces douze sources, qui sont les quatre camps de la Présence, puisent soixante-dix palmiers, qui sont les anges entourant le trône de gloire, qu’ils ont comparés à des palmiers à cause de la stature ; et voici que, à leur image, sortirent de Yaakov douze tribus, divisées en quatre camps, et d’entre eux étaient soixante-dix âmes ; et comprends cela un peu, et tu trouveras la grandeur de Yaakov, appelé "El", comme il est écrit (Genèse 33,20) « et il l’appela "El, Dieu d’Israël" » ; et nos Sages de mémoire bénie ont interprété : qui l’a appelé « El » ? Le Dieu d’Israël. ; et sache et contemple toutes les affaires des pères et les commandements de la Torah : tout cela est formes et exemples, pour trouver et connaître la science des saints.
בחמשה עשר יום לחודש השני. הוא חדש אייר והספיק להם הבצק שהוציאו ממצרים חדש אחד שלם מט"ו בניסן עד ט"ו באייר וליל ט"ז אכלו ממנו וביום ט"ז באייר ירד המן ואכלו ממנו ויום ט"ז באייר של אותה שנה חל באחד בשבת וזהו שכתוב (שמות טז) ויהי ביום הששי לקטו לחם משנה יום ששי לימות השבוע היה ויום ששי לירידת המן.
« Le quinzième jour du deuxième mois. » C’est le mois d’Iyar ; et la pâte qu’ils avaient sortie d’Égypte leur suffit pendant un mois entier, du 15 Nissan au 15 Iyar ; et la nuit du 16 ils en mangèrent, et le jour du 16 Iyar la manne descendit et ils en mangèrent ; et le jour du 16 Iyar de cette année tombait un premier jour de la semaine (dimanche) ; et c’est ce qui est écrit (Exode 16,22) « et il arriva, le sixième jour, ils recueillirent du pain double » : c’était le sixième jour de la semaine, et le sixième jour de la descente de la manne.
מי יתן מותנו ביד ה'. כלומר בשלשת ימי החשך שמתו בהם רשעי ישראל בארץ מצרים, כן פירש רבינו חננאל ז"ל.
« Qui nous donnera que nous mourions de la main de l’Éternel ! » C’est-à-dire pendant les trois jours de ténèbres, durant lesquels moururent les impies d’Israël en Égypte ; ainsi expliqua Rabbénou ‘Hananel, de mémoire bénie.
הנני ממטיר לכם לחם מן השמים. ע"ד הפשט קרא את המן לחם לפי שהיו עושים ממנו לחם כי לא היה ממטיר הלחם עצמו והוא כענין שכתוב (איוב כ״ח:ה׳) ארץ ממנה יצא לחם שטעמו שיצא ממנה החטה שעושים ממנו לחם.
« Voici que Je vais faire pleuvoir pour vous du pain du ciel. » Selon le sens simple (peshat), il appela la manne « pain » parce qu’on en faisait du pain, car ce n’était pas le pain lui-même qu’Il faisait pleuvoir ; et c’est selon ce qui est écrit (Job 28,5) « de la terre sort le pain », dont le sens est que le blé en sort, dont on fait du pain.
ודע כי היה המן דבר נלקט כעין גרגרים דקים ולכך הזכיר בו לשון לקיטה ולקטו דבר יום ביומו, והיה כמין זרעונים קלופים ועגולים ממה שכתוב דק מחוספס, ופירוש מחוספס קלוף מל' מחשוף הלבן כי הסמ"ך כפולה וכן תרגם אונקלוס דעדק מקלף ותרגום דק השני דעדק כגיר שהיה עשוי חמרים וכן תרגם חמרים דגורין והיה לבן ככפור והיה מתוק וכתוב אחד כולל שלשתן ומבאר שהיה עגול ולבן ומתוק הוא שכתוב והוא כזרע גד לבן וטעמו כצפיחת בדבש.
Et sache que la manne était une chose ramassée comme de fins grains, et c’est pourquoi il a mentionné pour elle l’expression de ramassage (liqouta) « et ils ramasseront la chose d’un jour dans son jour » ; et elle était comme des petites graines pelées et rondes, d’après ce qui est écrit « fin, mehouspas » ; et l’explication de « mehouspas » est « pelé », de l’expression « meḥshof ha-lavan » (Genèse 30,37), car le samekh est doublé ; et ainsi traduisit Onkelos : « de-‘adaq meqalaf » (fin, pelé), et le Targoum de « fin » le second : « de-‘adaq ke-gir » (fin comme de la chaux), qui était fait de tas (ḥamarim) ; et ainsi il traduisit « ḥamarim » par « dgourin » ; et elle était blanche comme le givre et douce ; et un seul verset comprend les trois et explique qu’elle était ronde, blanche et douce ; c’est ce qui est écrit « et elle était comme une graine de coriandre, blanche, et son goût comme celui d’un gâteau au miel ».
ואולי כי כפל הסמ"ך בא לרמוז על מה שהיה דורש ר"א המודעי גבהו של מן ס' סאה אתיא פתיחה פתיחה כתיב במבול (בראשית ז׳:י״א) וארבות השמים נפתחו וכתיב במן (תהילים ע״ח:כ״ג) ודלתי שמים פתח וכך איתא במסכת יומא ריש פ' יום הכפורים.
Et peut-être que le doublement du samekh vient faire allusion à ce que Rabbi Eli‘ezer ha-Moda‘i interprétait : la hauteur de la manne était de soixante séa, selon la leçon de la source ; on le tire par « ouverture, ouverture » : il est écrit dans le déluge (Genèse 7,11) « et les écluses des cieux s’ouvrirent », et il est écrit à propos de la manne (Psaumes 78,23) « et Il ouvrit les portes du ciel » ; et ainsi il est dit dans le traité Yoma, au début du chapitre « Yom ha-Kippourim ».
והיה יורד בלילה והם ישנים על מטותם כדי שישכימו בבקר וימצאו פרנסתם מזומנת, וזה מן ההכנות המושגחות מבעל ההשגחות יתברך ודומה לו היה בבנין בהמ"ק שהיו יורדים גשמים בלילי רביעיות ובלילי שבתות ולא ביום כדי שלא יתבטלו ממלאכתם, וכן בחזקיהו שאמר להקב"ה אני אין בי כח להרוג ולרדוף ולא לומר שירה אלא אני ישן על מטתי ואתה עושה אמר לו הקב"ה אני עושה הה"ד (מלכים ב י״ט:ל״ה) ויהי בלילה ההוא ויצא מלאך ה' ויך במחנה אשור וגו' וכמו שדרשו במגלת איכה רבתי.
Et elle descendait la nuit, alors qu’ils dormaient sur leurs lits, pour qu’ils se lèvent le matin et trouvent leur subsistance préparée ; et c’est l’une des préparations assurées par le Maître de la providence, béni soit-Il ; et semblable fut dans la construction du Temple, où les pluies descendaient les nuits du mercredi et les nuits du Chabbat et non de jour, pour qu’ils ne soient pas empêchés de leur travail ; et de même pour ‘Hizqiyahou, qui dit au Saint, béni soit-Il : je n’ai pas de force pour tuer, ni poursuivre, ni dire le Cantique ; mais moi je dors sur mon lit, et Toi Tu agis ; le Saint, béni soit-Il, lui dit : Moi Je ferai, c’est ce qui est dit (II Rois 19,35) « et il arriva cette nuit-là que l’ange de l’Éternel sortit et frappa dans le camp d’Ashour, etc. » ; et comme ils l’ont interprété dans Lamentations Rabba.
ותמצא פסוק אחד באור לכל זה (תהילים קכ״ז:ב׳) כן יתן לידידו שנא כי הוא יתעלה יתן לאוהביו בשעת השינה מה שמשיגים משכימי קום מאחרי שבת אחר היגיעה והעמל שעדיין הם אוכלים בעצבון, וא"כ שוא למשכימים לכל אותו טורח כי מה שהם מוצאים אחר הטורח נותנו הקב"ה לאוהביו בשעת השינה בלא טורח, ומה שכתוב (במדבר י״א:ז׳) בו ועינו כעין הבדולח יורה שהוא מתולדת האור העליון שכתוב בו (יחזקאל א׳:כ״ב) כעין הקרח הנורא, והבדולח פירשו בו שהוא יהלום הנקרא פירל"א שהיה חקוק בה זבולן וכן כתוב בספר מכלול בשרש בדולח, והיה המן יורד כמין מטר דק וכענין שכתוב (תהילים קמ״ז:ט״ז-י״ז) כפור כאפר יפזר משליך קרחו כפתים ועל כן פירש דוד ע"ה (שם עח) ויצו שחקים ממעל ודלתי שמים פתח, וכתיב (שם) וימטר עליהם מן לאכול ודגן שמים נתן למו, וזה יורה כי האור העליון נתגשם ברצון הקב"ה ולכך קראו דוד ע"ה דגן שמים והזכיר עוד שהמטיר אותו בפתיחת דלתיו, כי כן מצינו באור העליון (יחזקאל א׳:א׳) נפתחו השמים ואראה מראות אלהים.
Et tu trouves un verset qui éclaire tout cela (Psaumes 127,2) « ainsi Il donne à Son bien-aimé pendant le sommeil » : car Lui, le Très-Haut, donne à ceux qui L’aiment, à l’heure du sommeil, ce que ceux qui se lèvent tôt et se couchent tard obtiennent après la fatigue et le labeur, qui mangent encore le pain de la peine ; et si c’est ainsi, « c’est en vain pour ceux qui se lèvent tôt » à tout ce labeur, car ce qu’ils trouvent après le labeur, le Saint, béni soit-Il, le donne à ceux qui L’aiment à l’heure du sommeil, sans labeur ; et ce qui est écrit (Nombres 11,7) « et son aspect comme l’aspect du bdellium » indique qu’elle était de la descendance de la lumière supérieure, dont il est écrit (Ézéchiel 1,22) « comme l’aspect du cristal redoutable » ; et le bdellium, ils l’ont expliqué comme étant la pierre yahalom, appelée « perla », sur lequel était gravé Zevouloun ; et ainsi il est écrit dans le livre Mikhlol à la racine « bdolakh ». Et la manne descendait comme une pluie fine, et comme il est écrit (Psaumes 147,16-17) « Il donne la neige comme de la laine, Il répand le givre comme de la cendre, Il jette sa glace comme des morceaux » ; et c’est pourquoi David, paix sur lui, expliqua (ibid. 78,23) « et Il ordonna aux nuées d’en haut et Il ouvrit les portes du ciel » ; et il est écrit (ibid.) « et Il fit pleuvoir sur eux la manne pour manger, et Il leur donna le blé du ciel » ; et cela indique que la lumière supérieure fut matérialisée par la volonté du Saint, béni soit-Il ; c’est pourquoi David, paix sur lui, l’appela « blé du ciel » ; et il mentionna encore qu’Il la fit pleuvoir par l’ouverture de Ses portes, car ainsi nous trouvons à propos de la lumière supérieure (Ézéchiel 1,1) « les cieux s’ouvrirent et je vis des visions de Dieu ».
ותמצא בכאן בפרשת המן ה' פעמים מן כנגד מה שהזכיר בפרשת בראשית ה' פעמים אור וזהו לרמוז כי המן הוא תולדת האור והאור יסוד המן, וכשם שנברא האור ביום ראשון כך תחלת ירידתו של מן היה ביום ראשון, ודרשו (תהילים ע״ח:כ״ה) לחם אבירים אכל איש לחם שמלאכי השרת אוכלים דברי ר"ע אמר לו ר' ישמעאל טעית וכי מלאכי השרת אוכלים לחם והלא נאמר (דברים ט׳:ט׳) לחם לא אכלתי ומים לא שתיתי, אלא לחם אבירים לחם שנבלע באברים, ומזה דרשו רז"ל מחספס בגימטריא רמ"ח אברים, ומכאן שלא היו צריכין לנקביהם שהרי מזונם היה נבלע ברמ"ח אברים שלהם שהיו אוכלים, וכן דרשו רז"ל עוד בפסוק (במדבר י״ד:י״א) עד אנה ינאצוני העם הזה וגו' בכל האותות אשר עשיתי בקרבו, מהו בקרבו בבני מעים שלהם שהיו אוכלים ולא היו מוציאים כלום.
Et tu trouves ici, dans la section de la manne, cinq fois « mann » en regard de ce qu’il a mentionné dans la section de Bereshit cinq fois « or » (lumière) ; et c’est pour faire allusion à ce que la manne est la descendance de la lumière et la lumière le fondement de la manne ; et de même que la lumière fut créée le premier jour, ainsi le début de la descente de la manne eut lieu le premier jour ; et ils ont interprété (Psaumes 78,25) « chacun mangea le pain des puissants » (abbirim) : le pain que mangent les anges ; paroles de Rabbi ‘Aqiva ; Rabbi Yishma‘el lui dit : tu t’es trompé ; les anges mangent-ils du pain ? N’est-il pas dit (Deutéronome 9,9) « je n’ai pas mangé de pain et je n’ai pas bu d’eau » ? Mais « le pain des puissants » : le pain qui est absorbé dans les membres (evarim) ; et de là nos Sages de mémoire bénie ont interprété « mehouspas » en guématria deux cent quarante-huit, les membres (evarim) ; et de là, ils n’avaient pas besoin d’aller à la selle, puisque leur nourriture était absorbée dans leurs deux cent quarante-huit membres ; et de même nos Sages de mémoire bénie ont interprété encore au verset (Nombres 14,11) « jusqu’à quand ce peuple m’irritera-t-il, etc., par tous les signes que J’ai faits au milieu de lui » : que veut dire « qirbo » ? Dans leurs entrailles : ils mangeaient et n’évacuaient rien.
והרמב"ן ז"ל כתב כי כוונת המדרש הזה לר' עקיבא ולרבי ישמעאל הוא ידוע כי קיום מלאכי השרת בזיו השכינה וכמו שדרשו רז"ל (נחמיה ט׳:ו׳) ואתה מחיה את כלם אתה מחיה לכלם, ועליו נאמר (קהלת י״א:ז׳) ומתוק האור, שישיגו בו טוב טעם. ולפי מדרשו של רבי עקיבא היו אנשי המן ומלאכי השרת ניזונין מדבר אחד ולכך תפש אותו רבי ישמעאל לפי שקיום מלאכי השרת הוא באור העליון עצמו ורבי עקיבא היה משים קיום בדבר המתגשם מתולדות האור הנקרא לחם מן השמים ולדבריו לא היה הפרש בין מזון אנשי המן ובין מזון מלאכי השרת הכל אחד ואין הדבר כן.
Et le Ramban, de mémoire bénie, écrivit que l’intention de ce Midrash, à propos de Rabbi ‘Aqiva et Rabbi Yishma‘el, est qu’il est connu que la subsistance des anges est dans l’éclat de la Présence, comme l’ont interprété nos Sages de mémoire bénie (Néhémie 9,6) « et Toi, Tu fais vivre tout » : « Tu fais vivre à tous » ; et sur lui il est dit (Ecclésiaste 11,7) « et la lumière est douce » : qu’ils y perçoivent un bon goût. Et selon le Midrash de Rabbi ‘Aqiva, les gens de la manne et les anges se nourrissaient d’une même chose ; c’est pourquoi Rabbi Yishma‘el le reprit, parce que la subsistance des anges est dans la lumière supérieure elle-même, tandis que Rabbi ‘Aqiva plaçait la subsistance dans une chose matérialisée issue de la descendance de la lumière, appelée « pain du ciel » ; et selon ses paroles il n’y aurait aucune différence entre la nourriture des gens de la manne et celle des anges, tout serait un, et il n’en est pas ainsi.
ודע כי מעת שהשיגו ישראל לזיו השכינה על הים מאותה השעה נתעלה נפשם להדבק בתולדותיו שהוא המן והיו ראויים להנתן להם המזון הזה במדבר, ע"כ כוונת הרב עם קצת לשונו.
Et sache que, dès le moment où Israël perçut l’éclat de la Présence sur la mer, à cette heure leur âme s’éleva pour s’attacher à ce qui en procède, la manne, et ils étaient dignes que cette nourriture leur soit donnée dans le désert. Fin de l’intention du Rav, avec une partie de son expression.
ונראה לומר כי מה שמצינו בפרשה לשון זה הוא שכתוב זה הדבר אשר צוה ה' לקטו ממנו וגו' ירמוז אל זה אלי ואנוהו שאמר על הים כי מן העת ההיא היו ראוים לכך. וצריך אתה לדעת כי כשם שהמן היה מאכל גופניי קיים תולדת האור העליון ונתן למקבלי התורה כדי לזכך שכלם ולעלות השגתם בידיעת השי"ת, כן מצינו מאכלים גופניים קיימים והם בעלי חיים מעותדים לעתיד לבא ועתיד הקב"ה לעשות מהם סעודה לצדיקים, ואולי כי גם הם מתולדת האור העליון, וע"כ הם קיימים, ואלו הם דג ששמו לויתן עוף ששמו בר יוכני, ונבראו שניהם ביום ה' ונקרא בר יוכני לפי שהוא מוכן לסעודת הצדיקים, וכן בהמה בהררי אלף שנבראת ביום ששי שהוא מזומן ליום שצוה לאלף דור, ואין ספק כי אלה הם מאכלים דקים וזכים מחדדים השכל כמן ויותר ממנו שהרי באותו זמן יהיה שפע החכמה שנאמר (ישעיהו י״א:ט׳) כי מלאה הארץ דעה את ה' כמים לים מכסים.
Et il me semble dire que l’expression que nous trouvons dans la section, à savoir ce qui est écrit « voici la chose que l’Éternel a ordonnée : ramassez-en, etc. », fait allusion à ce « celui-ci est mon Dieu et je Le glorifierai » (Exode 15,2) qu’ils dirent sur la mer, car dès cette époque ils étaient dignes de cela. Et il te faut savoir que, de même que la manne était une nourriture corporelle durable, descendance de la lumière supérieure, et donnée à ceux qui reçurent la Torah afin d’épurer leur intellect et d’élever leur perception dans la connaissance du Saint, béni soit-Il, de même nous trouvons des nourritures corporelles durables, qui sont des êtres vivants tenus prêts pour l’avenir, et le Saint, béni soit-Il, fera d’eux un festin pour les justes ; et peut-être qu’eux aussi sont de la descendance de la lumière supérieure, et c’est pourquoi ils sont durables. Et ce sont : un poisson nommé Léviathan, un oiseau nommé Bar Yokhani — tous deux furent créés le cinquième jour, et il est appelé Bar Yokhani parce qu’il est préparé (mouchan) pour le festin des justes — et de même la bête des montagnes de mille (behemot), créée le sixième jour, qui est réservée pour le jour qu’Il a ordonné à mille générations ; et il n’y a pas de doute que ce sont des nourritures fines et pures, qui aiguisent l’intellect comme la manne, et plus qu’elle, car en ce temps-là il y aura l’abondance de la sagesse, comme il est dit (Isaïe 11,9) « car la terre sera pleine de la connaissance de l’Éternel, comme les eaux couvrent la mer ».
וע"ד המדרש הנני ממטיר לכם לחם מן השמים, כמה היו ישראל חביבין לפניו ששנה להם מעשה בראשית, בנוהג שבעולם הטל יורד מן השמים והלחם צומח מן הארץ ועכשיו הלחם יורד מן השמים והטל עולה מן הארץ.
Et selon le Midrash : « Voici que Je vais faire pleuvoir pour vous du pain du ciel » : combien Israël était cher devant Lui, qu’Il modifia pour eux l’ordre de la création : dans l’ordre habituel du monde, la rosée descend du ciel et le pain pousse de la terre, et maintenant le pain descend du ciel et la rosée monte de la terre.
ויצא העם ולקטו. שהיו יוצאים חוץ למחנה במדברות. דבר יום ביומו, שהיה בורא היום ובורא פרנסתו מכאן היה רבי אלעזר המודעי אומר כל מי שיש לו מה שיאכל היום ואומר מה אוכל למחר הרי זה מקטני אמנה. ובאור דבריו כי האומר כן מראה בעצמו שאין בטחונו אלא במה שרואה תחת ידו ועל כן הוא מקטני אמנה לפי שעקר האמונה להאמין מה שאין אדם רואה שיתלה בטחונו בבעל הרחמים שבראו ואת יומו שירחם עליו ויתן לו פרנסתו.
« Et le peuple sortit et ramassa. » Car ils sortaient hors du camp, dans les déserts. « La chose d’un jour dans son jour » : car Il créait le jour et créait sa subsistance. De là, Rabbi Eli‘ezer ha-Moda‘i disait : quiconque a de quoi manger aujourd’hui et dit « que mangerai-je demain ? » fait partie de ceux de peu de foi. Et l’explication de ses paroles est que celui qui parle ainsi montre par lui-même que sa confiance n’est que dans ce qu’il voit sous sa main ; c’est pourquoi il est de ceux de peu de foi, car l’essentiel de la foi est de croire ce que l’homme ne voit pas, de faire reposer sa confiance sur le Maître de la miséricorde qui l’a créé, lui et son jour, qu’Il aura pitié de lui et lui donnera sa subsistance.
ובמסכת יומא ריש פרק יוה"כ שאלו תלמידיו את ר"ש בן יוחאי מפני מה לא ירד המן לישראל פעם אחת בשנה אמר להם כדי שידאג כל אחד מישראל ויאמר שמא למחר לא ירד המן ונמצאו בניו ובנותיו מתים ברעב, נמצאו כלן מכוונים לבם לאביהם שבשמים, ד"א כדי שיהיו אוכלים אותו כשהוא חם, ד"א מפני משאוי הדרך.
Et dans le traité Yoma, au début du chapitre « Yom ha-Kippourim », les disciples de Rabbi Shim‘on bar Yoh’ai lui demandèrent : pourquoi la manne ne descendit-elle pas pour Israël une fois par an ? Il leur dit : afin que chacun d’Israël s’inquiète et dise : peut-être que demain la manne ne descendra pas, et que ses fils et ses filles se trouvent morts de faim ; ainsi ils se trouvèrent tous dirigeant leur cœur vers leur Père qui est aux cieux. Autre explication : afin qu’ils la mangent chaude. Autre explication : à cause du fardeau du chemin.
ועוד שם צדיקים היו אוכלים אותו לחם, בינונים (במדבר י״א:ח׳) ועשו אותו עגות, רשעים (שם) וטחנו ברחים או דכו במדוכה, צדיקים היה יורד על פתח ביתם שנאמר (שם) וברדת הטל על המחנה לילה וגו', בינונים היו יוצאים ולוקטין שנאמר ויצא העם ולקטו, רשעים (שם) שטו העם ולקטו וגו', וכן אמר דוד ע"ה (תהילים ע״ח:כ״ז) וימטר עליהם כעפר שאר וגו' אלו צדיקים, ויפל בקרב מחנהו אלו בינונים, סביב למשכנותיו אלו רשעים.
Et encore là-bas : les justes la mangeaient en pain ; les intermédiaires (Nombres 11,8) « en faisaient des gâteaux » ; les impies (ibid.) « la moulaient au moulin ou la pilaient au mortier ». Pour les justes, elle descendait à l’entrée de leur maison, comme il est dit (ibid. 11,9) « et quand la rosée descendait sur le camp, de nuit, etc. » ; les intermédiaires sortaient et ramassaient, comme il est dit « et le peuple sortit et ramassa » ; les impies (ibid. 11,8) « le peuple se dispersait et ramassait, etc. ». Et ainsi dit David, paix sur lui (Psaumes 78,27) « et Il fit pleuvoir sur eux la chair comme la poussière, etc. » : ce sont les justes ; « et Il la fit tomber au milieu de son camp » : ce sont les intermédiaires ; « autour de ses demeures » : ce sont les impies.
וע"ד הקבלה הנני ממטיר לכם לחם מן השמים, לשון ממטיר מלשון משמרת, והיא מדת הרחמים המקבלת מן השמים שעליה הזכיר שלמה בחכמתו (משלי ל״א:ט״ו) ותקם בעוד לילה ותתן טרף לביתה וחק לנערותיה, ולשון הנני עומד ולשון ממטיר יוצא לשכינה כי השם המיוחד עושה שתמטיר, ולא היה הכתוב צריך להזכיר השמים כי בידוע שכל מטר מן השמים אבל הכוונה כי המדה הזאת שהפרנסה באה משם לכל העולם כלו בין בעליונים בין בשפלים מקבלת מן השמים כלומר מן הרחמים, וזהו לפי דעתי (איוב ל״ט:כ״ז) אם על פיך יגביה נשר שדרשוהו רז"ל על השכינה והזכיר מיד (שם) משם חפר אוכל למרחוק עיניו יביטו.
Et selon la voie de la Kabbale : « Voici que Je vais faire pleuvoir (mamtir) pour vous du pain du ciel » : l’expression « mamtir » vient de l’expression « mishmeret » (garde) ; et c’est la middat ha-rahamim (attribut de miséricorde), qui reçoit du ciel, et au sujet de laquelle Shelomo mentionna dans sa sagesse (Proverbes 31,15) « et elle se lève quand il fait encore nuit, et donne la nourriture à sa maison et la part à ses servantes ». Et « hineni » est une forme intransitive, tandis que « mamtir » est une forme causative visant la Shekhina : le Nom unique fait qu’elle fasse pleuvoir ; et l’Écriture n’avait pas besoin de mentionner « le ciel », car il est connu que toute pluie vient du ciel ; mais l’intention est que cet attribut, d’où la subsistance vient à tout le monde, tant dans les êtres supérieurs que dans les inférieurs, reçoit du ciel, c’est-à-dire de la miséricorde. Et c’est, selon mon opinion, le sens de (Job 39,27) « est-ce sur ton ordre que l’aigle s’élève », que nos Sages de mémoire bénie ont interprété de la Shekhina, et il mentionna aussitôt (ibid.) « de là il épie sa nourriture, ses yeux regardent au loin ».
וכן הזכיר שלמה (משלי ל״א:י״ד) ממרחק תביא לחמה, כלומר כי משם באה הפרנסה, והמדה הזאת קראה שלמה בשיר השירים (ה) אחותי רעיתי, ודרז"ל רעיתי פרנסתי כי לה היו מקריבים הקרבנות ומשם באה הפרנסה והברכה שופעת על כל העולם. והיה המן יורד במשמרה שלישית של לילה באותה משמרת שמדת רחמים משמרת שהרי שלש משמרות הוי הלילה כנגד הגדולה והגבורה והתפארת ונתנו חכמים סימן למשמרה ראשונה חמור נוער, שניה כלבים צועקים, שלישית תינוק יונק משדי אמו, כלומר שהוא זמן הפרנסה לכל באי העולם שהיא מזדמנת בזמן שמד"ר משמשת.
Et de même Shelomo mentionna (Proverbes 31,14) « de loin elle apporte son pain », c’est-à-dire que c’est de là que vient la subsistance. Et cet attribut, Shelomo l’appela dans le Cantique des Cantiques (5,2) « ma sœur, mon amie » (ré‘ayati), et nos Sages de mémoire bénie l’interprétèrent : « ré‘ayati » = ma subsistance (parnassati), car c’est pour elle qu’on offrait les sacrifices, et de là vient la subsistance et la bénédiction qui se déverse sur tout le monde. Et la manne descendait à la troisième veille de la nuit, dans cette veille où l’attribut de miséricorde veille, car la nuit comporte trois veilles, en regard de la Grandeur, de la Force et de la Splendeur ; et les Sages donnèrent un signe pour la première veille : l’âne brait ; pour la deuxième : les chiens aboient ; pour la troisième : le nourrisson tète au sein de sa mère — c’est-à-dire que c’est le temps de la subsistance de tous les habitants du monde, qui se prépare au moment où l’attribut de miséricorde officie.
ומכאן תבין שהמן עקרו משפע הרחמים שהוא האור וזהו לשון מן השמים כמו (מלכים א ח׳:ל״ב) ואתה תשמע השמים וכתיב (תהילים ע״ח:כ״ד) ודגן שמים נתן למו והוא היה זמן ירידת הטל הוא שכתוב (במדבר י״א:ט׳) וברדת הטל על המחנה לילה ירד המן עליו אבל ישראל היו מלקטין אותו ביום שנאמר וילקטו אותו בבקר בבקר וכתיב ולחם בבקר לשבוע.
Et de là tu comprends que la manne a sa racine dans l’abondance de la miséricorde, qui est la lumière, et c’est le sens de « du ciel », comme (1 Rois 8,32) « et Toi, écoute des cieux », et il est écrit (Psaumes 78,24) « et Il leur donna le blé du ciel » ; et c’était le temps de la descente de la rosée, ce qui est écrit (Nombres 11,9) « et quand la rosée descendait sur le camp, de nuit, la manne descendait sur lui » ; mais Israël la ramassait de jour, comme il est dit « et ils la ramassaient chaque matin », et il est écrit « et au matin vous serez rassasiés de pain ».
למען אנסנו הילך בתורתי אם לא. למדך הכתוב שכל מי שמזונותיו מרווחין הוא חייב לעסוק בתורה זהו שאמר למען אנסנו הילך בתורתי אם לא, וזהו שזכתה תורה מתנות כהונה להכהנים והלוים והן התרומה והמעשרות והוא שכתוב (דברי הימים ב ל״א:ד׳) ויאמר לעם ליושבי ירושלים לתת מנת הכהנים והלוים למען יחזקו בתורת ה', וכנגד מתנות כהונה תקנו מתנות לחכמי ישראל המתעסקים בתורה שנאמר (משלי ל״א:י״ד) היתה כאניות סוחר ממרחק תביא לחמה.
« Afin de l’éprouver : marchera-t-il selon Ma Torah, ou non ? » L’Écriture t’enseigne que quiconque a ses subsistances en abondance est tenu de s’occuper de la Torah ; c’est ce qu’il dit : « afin de l’éprouver : marchera-t-il selon Ma Torah, ou non ? ». Et c’est pourquoi la Torah a attribué les dons sacerdotaux aux Cohanim et aux Léviim, à savoir la terouma et les dîmes, ce qui est écrit (II Chroniques 31,4) « et il dit au peuple, aux habitants de Jérusalem, de donner la part des Cohanim et des Léviim, afin qu’ils s’attachent à la Torah de l’Éternel » ; et en regard des dons de la prêtrise, on a institué des dons pour les sages d’Israël qui s’occupent de la Torah, comme il est dit (Proverbes 31,14) « elle est comme les navires d’un marchand, de loin elle apporte son pain ».
ודע שעיקר הנסיון שהקב"ה מנסה את בריותיו הוא כדי לפרסם את האמונה באשר הוא יתברך גומל את הצדיקים ומעניש את עוברי רצונו ואין הנסיון צריך לעצמו יתברך כי הוא יודע תעלומות לב, אבל הוא להודיע לבריות העולם שאינן יודעים, ומטעם זה מנסה הקב"ה את הצדיקים שנאמר (תהילים י״א:ה׳) ה' צדיק יבחן כדי שיתפרסם מזה גודל חיוב העבודה בעמדו על הנסיון ומצינו ג"כ שהקב"ה מנסה לכל בני אדם העשירים והעניים על דרך השכר והעונש, מנסה את העשיר היאך יתנהג בעשרו ובטובה שהשפיעו אם יתן צדקה אם לא, גם את העני אם יסבול עניו ורישו שלא יחליש ממנו כח יראתו או אם יבעט בו, ואין צריך לומר הנפש בגוף שהיא באה בתוכו לנסיון כדי לנסות את האדם אם ימשיך גופו אחר עצת נפשו או ימשיך נפשו אחר תאוות גופו, ובכל הענינים האלה אשר האדם מתנסה בהם תתפרסם לבריות אמונת התורה בעונש ושכר ויתקדש שם שמים בעולם ויכירו שכר העבודה והמצוה שהוא יתברך גומל את האדם או מענישו בעוה"ז ובעוה"ב הכל לפי המעשים.
Et sache que l’essentiel de l’épreuve par laquelle le Saint, béni soit-Il, éprouve Ses créatures est de faire connaître la foi, en ce qu’Il, béni soit-Il, rétribue les justes et punit ceux qui transgressent Sa volonté. Et l’épreuve n’est pas nécessaire pour Lui-même, béni soit-Il, car Il connaît les secrets du cœur ; mais c’est pour le faire connaître aux créatures du monde, qui ne savent pas. Et pour cette raison le Saint, béni soit-Il, éprouve les justes, comme il est dit (Psaumes 11,5) « l’Éternel éprouve le juste », afin que soit rendue publique par là la grandeur de l’obligation du service lorsqu’il tient bon dans l’épreuve. Et nous trouvons aussi que le Saint, béni soit-Il, éprouve tous les hommes, riches et pauvres, selon le principe de la rétribution et du châtiment : Il éprouve le riche, comment il se conduit avec sa richesse et le bien dont Il l’a comblé, s’il donne la tsedaka ou non ; et aussi le pauvre, s’il supporte sa pauvreté et son dénuement, sans que s’affaiblisse en lui la force de sa crainte, ou s’il se révolte contre Lui ; et il va sans dire de l’âme dans le corps, qui vient en lui pour l’épreuve, afin d’éprouver l’homme : entraînera-t-il son corps derrière le conseil de son âme, ou entraînera-t-il son âme derrière les désirs de son corps. Et dans toutes ces affaires où l’homme est éprouvé sera rendue publique aux créatures la foi de la Torah dans la rétribution et le châtiment, et le Nom du Ciel sera sanctifié dans le monde, et ils reconnaîtront la récompense du service et du commandement, car Il, béni soit-Il, rétribue l’homme ou le punit en ce monde et dans le monde à venir, le tout selon les actes.
והיה ביום הששי והכינו. ששי היה לירידת המן ולששת ימי בראשית שהרי באחד בשבת התחיל המן לירד וזה נתבאר למעלה.
« Et il arrivera, le sixième jour, qu’ils préparent. » Le sixième était pour la descente de la manne et pour les six jours de la création, puisque c’est le premier jour de la semaine que la manne commença à descendre, et cela a été expliqué plus haut.
בשמעו את תלונותיכם על ה' ונחנו מה. הזכיר כבוד ה' שהוא מדת הדין וכענין שכתוב (שמות כ״ד:י״ז) ומראה כבוד ה' כאש אוכלת, לכך נרמז כאן השם למפרע והוא רמז למדת הדין בכל מקום.
« En entendant vos murmures contre l’Éternel, et nous, que sommes-nous ? » Il mentionna la gloire de l’Éternel, qui est l’attribut de rigueur (middat ha-din), et selon ce qui est écrit (Exode 24,17) « et l’aspect de la gloire de l’Éternel était comme un feu dévorant » ; c’est pourquoi le Nom est ici suggéré à rebours (le-mafre‘a), et il est une allusion à l’attribut de rigueur en tout lieu.
בתת ה' לכם בערב בשר לאכול ולחם בבקר לשבוע. ע"ד הפשט מה שהיתה הפרנסה בשני עתים האחד ביום ואחד בלילה ולא נתן להם הכל בבקר הנה זה בנוהג שבעולם שהבריות אוכלים שתי סעודות בכל יום אחת ביום ואחת בלילה, כמו שדרשו רז"ל תשבו כעין תדורו מה דירה אחת ביום ואחת בלילה אף סוכה אחת ביום ואחת בלילה.
« Quand l’Éternel vous donnera, le soir, de la viande à manger, et au matin du pain pour vous rassasier. » Selon le sens simple (peshat), si la subsistance a eu lieu en deux temps, l’un de jour et l’autre de nuit, et qu’Il ne leur a pas tout donné au matin, voici que c’est selon l’usage du monde que les gens prennent deux repas chaque jour, un de jour et un de nuit, comme l’ont interprété nos Sages de mémoire bénie : « vous habiterez (teshvou) » comme vous demeurez (tedourou) : de même que chez soi on prend un repas de jour et un repas de nuit, ainsi dans la soukka on prend un repas de jour et un repas de nuit.
וע"ד המדרש בערב בשר לאכול ולחם בבקר, מכאן אתה למד שבפנים חשכות נתן להם השלו, אבל המן ששאלו כהלכה נתן להם בבקר בפנים מאירות לפי שיש שהות ביום כדי לתקן.
Et selon le Midrash : « le soir de la viande à manger, et au matin du pain » : de là tu apprends que c’est à visage sombre qu’Il leur donna les cailles ; mais la manne, qu’ils demandèrent selon la règle, Il la leur donna le matin à visage lumineux, car il y a du temps dans la journée pour préparer.
וע"ד הקבלה בערב בשר לאכול ולחם בבקר, ייחד הפרנסה בשני עתים זה ביום וזה בלילה כנגד מדה"ד ומדה"ר והודיע הכתוב הזה כי פרנסת הבשר מזדמנת בערב ופרנסת הלחם בבקר. ומה שדרשו רז"ל במסכת ע"ז, שלישיות יושב וזן את העולם כלו מקרני ראמים ועד ביצי כנים בפרנסת בשר הוא מדבר שהרי שעות שלישיות מן היום משתים עשרה שעות שהוא היום הם נקראות ערב וכן כתוב בין הערבים תאכלו בשר למדך הכתוב ששני ערבים הם, ערב אחד ג' שלישיות, ערב שני ג' רביעיות שאז החמה שוקעת והבשר היה מזדמן להם לישראל בין שני ערבים הללו זהו לשון בין הערבים תאכלו בשר והוא זמן שחיטת הפסח שכתוב בו (ויקרא כג) בין הערבים פסח לה', אבל פרנסת הלחם היתה בבקר כנגד מדת רחמים וזה יורה על מעלת המן שלא רבו האמצעיים.
Et selon la voie de la Kabbale : « le soir de la viande à manger, et au matin du pain » : Il spécifia la subsistance en deux temps, l’un de jour et l’autre de nuit, en regard de l’attribut de rigueur (middat ha-din) et de l’attribut de miséricorde (middat ha-rahamim) ; et cet Écrit fait savoir que la subsistance de viande est préparée le soir, et la subsistance de pain le matin. Et ce que nos Sages de mémoire bénie ont interprété dans le traité Avoda Zara (« pendant le troisième groupe de trois heures, Il s’assied et nourrit le monde entier, des cornes des buffles jusqu’aux œufs des poux »), il parle de la subsistance de viande, car le troisième groupe de trois heures parmi les douze heures du jour, sont appelées « soir » ; et de même il est écrit « entre les deux soirs vous mangerez de la viande » : l’Écriture t’enseigne qu’il y a deux soirs : un premier soir correspond au troisième groupe de trois heures ; un second soir au quatrième groupe de trois heures, car alors le soleil se couche ; et la viande était préparée pour Israël entre ces deux soirs, c’est le sens de l’expression « entre les deux soirs vous mangerez de la viande » ; et c’est le temps de l’abattage du Pessah, dont il est écrit (Lévitique 23,5) « entre les deux soirs, le Pessah de l’Éternel ». Mais la subsistance de pain était le matin, en regard de l’attribut de miséricorde, et cela indique l’élévation de la manne : que les intermédiaires ne s’y multiplièrent pas.
לא עלינו תלונותיכם כי על ה'. למדנו מכאן שכל המריב עם הנביא או תלמיד חכם כאלו מריב עם השכינה, שהרי ישראל היו מתלוננים על משה ואהרן הוא שכתוב וילונו על משה ועל אהרן במדבר והוא אומר לא עלינו תלונותיכם כי על ה', וכן בסוף הפרשה אמר מה תריבון עמדי מה תנסון את ה'.
« Ce n’est pas contre nous que sont vos murmures, mais contre l’Éternel. » Nous avons appris de là que quiconque querelle le prophète ou un érudit en Torah, c’est comme s’il querellait la Shekhina, car Israël murmurait contre Moshé et Aharon, comme il est écrit « et ils murmurèrent contre Moshé et contre Aharon dans le désert » (Exode 16,2), et lui dit « ce n’est pas contre nous que sont vos murmures, mais contre l’Éternel » ; et de même, à la fin de la section, il dit (Exode 17,2) « pourquoi me cherchez-vous querelle, pourquoi éprouvez-vous l’Éternel ? ».
שמעתי את תלונות בני ישראל. דרשו רז"ל אע"פ שמתלוננים בני ישראל הם בני הם אהובי הם זרע אברהם אוהבי. דבר אליהם לאמר, מהו לאמר למדהו שידבר להם אחת קשה ואחת רכה לפי שלשון דבור לשון קשה הוא שנאמר (בראשית מ״ב:ל׳) דבר האיש אדוני הארץ אתנו קשות.
« J’ai entendu les murmures des fils d’Israël. » Nos Sages de mémoire bénie ont interprété : bien que les fils d’Israël murmurent, ce sont Mes fils, ce sont Mes bien-aimés, ils sont la descendance d’Avraham, Mon ami. « Parle-leur, en disant (lemor) » : que veut dire « en disant » ? Cela lui enseigne qu’il leur parle une fois durement et une fois doucement, car l’expression « dibbour » est une expression dure, comme il est dit (Genèse 42,30) « l’homme, le seigneur du pays, a parlé avec nous durement ».
ובבקר תשבעו לחם וידעתם כי אני ה' אלהיכם. שתברכו את שמי על המזון כענין שכתוב (דברים ח׳:י׳) ואכלת ושבעת וברכת את ה' אלהיך, ומכאן אמרו רז"ל משה תיקן להם לישראל ברכת הזן בשעה שירד להם המן, ומזה אמרו ברכת המזון דאורייתא, אבל ברכת המוציא דרבנן מק"ו ומה כשהוא שבע מברך כשהוא רעב עאכ"ו.
« Et au matin vous serez rassasiés de pain, et vous saurez que Je suis l’Éternel, votre Dieu. » Que vous bénissiez Mon nom pour la nourriture, selon ce qui est écrit (Deutéronome 8,10) « tu mangeras et tu seras rassasié, et tu béniras l’Éternel, ton Dieu » ; et de là nos Sages de mémoire bénie ont dit : Moshé institua pour Israël la bénédiction « ha-zan » à l’heure où la manne descendit pour eux ; et de là ils ont dit : la bénédiction après le repas (birkat ha-mazon) est de la Torah, tandis que la bénédiction « ha-motsi » est des Sages, par un raisonnement a fortiori : si, lorsqu’il est rassasié, il bénit, à plus forte raison lorsqu’il a faim.
ויהי בערב ותעל השלו וגו', ובבקר היתה שכבת הטל. השלו והמן התחילו לבא באחד בשבת ועמד להם השלו ארבעים שנה כשם שעמד המן ומה שכתוב ובני ישראל אכלו את המן ארבעים שנה הוא הדין בשלו שאכלו אותו ארבעים שנה זה בא ביום וזה בא בלילה, אבל מפני שהיה הפלא גדול במן יותר מאד שנוצרה להם יצירה חדשה בשמים לכך הזכיר הפלא הזה לבדו כי עמד להם ארבעים שנה אבל השלו שהיה בא להם כאלו בענין הטבע והמקרה כענין הרוח כענין שבאר במקום אחר (במדבר י״א:ל״א) ורוח נסע מאת ה' ויגז שלוים מן הים, לא חשש להזכירו.
« Et il arriva, le soir, que les cailles montèrent, etc., et au matin il y avait une couche de rosée. » Les cailles et la manne commencèrent à venir le premier jour de la semaine, et les cailles leur furent fournies pendant quarante ans, comme la manne ; et ce qui est écrit « et les fils d’Israël mangèrent la manne quarante ans » (Exode 16,35), il en est de même des cailles : ils les mangèrent quarante ans ; l’une venait de jour et l’autre de nuit. Mais parce que le prodige était beaucoup plus grand dans la manne — qu’une création nouvelle fut créée pour eux dans les cieux — il mentionna ce prodige seul, que cela leur tint quarante ans ; mais les cailles, qui leur venaient comme dans le cours de la nature et du hasard, comme le vent, ainsi qu’il l’a expliqué ailleurs (Nombres 11,31) « et un vent partit de la part de l’Éternel et fit voler des cailles depuis la mer », il ne se soucia pas de les mentionner.
ונראה לי כי מפני שהשלו היה בא בדרך העולם כאלו הוא בטבע לכך הזכיר בו ותעל השלו, לא אמר להם ותהי אלא ותעל כלשון (שמות ח׳:ב׳) ותעל הצפרדע, אבל בפלא הגדול של ירידת המן שהיה תולדת האור העליון הזכיר בו לשון הויה ובבקר היתה שכבת הטל, שכן תמצא לשון הויה במעשה בראשית באור העליון (בראשית א׳:ג׳) יהי אור ויהי אור.
Et il me semble que, parce que les cailles venaient selon la voie du monde, comme si c’était dans la nature, c’est pourquoi il dit à leur sujet « et les cailles montèrent » : il ne leur dit pas « et ce fut (vatehi) » mais « montèrent (vata‘al) », selon l’expression (Exode 8,2) « et la grenouille monta » ; mais dans le grand prodige de la descente de la manne, qui était la descendance de la lumière supérieure, il employa l’expression d’être (havaya) : « et au matin il y eut (vatehi) une couche de rosée », car tu trouves l’expression d’être dans l’œuvre de la création à propos de la lumière supérieure (Genèse 1,3) « que la lumière soit (yehi), et la lumière fut (vayehi) ».
ובמדרש כיצד היה המן יורד רוח צפונית יוצאה ומכבדת העפר מעל פני הארץ ואח"כ הטל יורד ומשוה את פני הקרקע, ואח"כ היה יורד המן עליו, ויעל המן אין כתיב כאן אלא ותעל שכבת הטל מלמד שהיה הטל יורד מן השמים ומכסהו והיה טל מלמעלה וטל מלמטה והיה מכוסה כמונח בקופסא. ולפי המדרש יתפרש הפסוק ובבקר היתה שכבת הטל סביב למחנה זהו טל מלמטה כדי להשוות פני הקרקע, ותעל שכבת הטל זהו טל מלמעלה שהיה יורד על המן אחר שהיה המן על פני המדבר דק מחספס דק ככפור.
Et dans le Midrash : comment la manne descendait-elle ? Un vent du nord sortait et balayait la poussière de la surface de la terre ; puis la rosée descendait et égalisait la surface du sol ; puis la manne descendait sur elle. Il n’est pas écrit ici « et la manne monta », mais « et la couche de rosée monta » : cela enseigne que la rosée descendait du ciel et la couvrait ; il y avait rosée d’en haut et rosée d’en bas, et elle était couverte comme posée dans une boîte. Et selon le Midrash, le verset s’explique ainsi : « et au matin il y eut une couche de rosée autour du camp » : c’est la rosée d’en bas, pour égaliser la surface du sol ; « et la couche de rosée monta » : c’est la rosée d’en haut, qui descendait sur la manne, après que la manne fut sur la surface du désert, fine, mehouspas, fine comme le givre.
ומזה יש לך להתבונן ולהבין בדברי רז"ל שאמרו פורס מפה ומקדש והכוונה להם לתת על השלחן ב' מפות אחת מלמעלה ואחת מלמטה והפת באמצע זכר למן שהיה טל מלמעלה וטל מלמטה והמן באמצע. ורש"י ז"ל פירש ותעל שכבת הטל כשעלה הטל שהיה שוכב עליו לקראת החמה אז נתגלה זהו שאמר והנה על פני המדבר דק מחספס.
Et de là tu peux méditer et comprendre les paroles de nos Sages de mémoire bénie, qui dirent : « il couvre le pain d’une nappe et récite le Qiddouch » ; et l’intention, pour eux, est de mettre sur la table deux nappes, l’une au-dessus et l’autre au-dessous, et le pain au milieu, en souvenir de la manne, où il y avait rosée d’en haut et rosée d’en bas, et la manne au milieu. Et Rachi, de mémoire bénie, a interprété « et la couche de rosée monta » : lorsque la rosée qui était couchée sur elle monta vers le soleil, alors elle fut découverte ; c’est ce qu’il dit « et voici, sur la surface du désert, fine, mehouspas ».
מן הוא. מלשון (שמואל א א׳:ה׳) מנה אחת אפים, וכן (ויקרא ח׳:כ״ט) למשה היה למנה, ועל כן נותן הכתוב טעם כי לא ידעו מה הוא כלומר מפני שלא ידעו מה הוא קראוהו מתנה מן השמים ולא קראוהו בשם מיוחד כי לא היו יודעים מהותו, ורבינו חננאל כתב מן הוא כלומר מאין הוא לפי שלא ידעו מה הוא.
« Man hou. » De l’expression (I Samuel 1,5) « manah ahat appayim » (une portion, double), et de même (Lévitique 8,29) « le-Moshé hayah le-manah » (ce fut pour Moshé une portion). Et c’est pourquoi l’Écriture donne la raison : « car ils ne savaient pas ce que c’était » ; c’est-à-dire que, parce qu’ils ne savaient pas ce que c’était, ils l’appelèrent « don (matana) du ciel » et ne l’appelèrent pas d’un nom particulier, car ils ne connaissaient pas son essence. Et Rabbénou ‘Hananel écrivit : « man hou », c’est-à-dire « d’où est-il (me-ayin) », parce qu’ils ne savaient pas ce que c’était.
זה הדבר אשר צוה ה' לקטו איש לפי אכלו. דרשו רז"ל אמר להם משה אל תאמרו שמא יבא נחשון בן עמינדב וכל הגבורים וילקטו הרבה ויבא עני שבישראל וילקט קמעא לכך נאמר איש לפי אכלו וכמה היה לפי אכלו עמר לגלגלת שאם יאכל כשעור זה הוא בריא פחות מכאן הרי זה מקולקל במעיו יתר על כן הרי זה הוא רעבתן, ומה שאמר מספר נפשותיכם איש לאשר באהלו תקחו, לאשר באהלו זו אשתו שהיא ראויה להיות נמצאת באהל כענין שכתוב (בראשית י״ח:ט׳) הנה באהל וכתיב (תהילים מ״ה:י״ד) כל כבודה בת מלך פנימה וגו', ולמד הכתוב בדרך אסמכתא שחייב אדם במוזונות אשתו ובניו הקטנים וזהו שאמר מספר נפשותיכם כן פירש רבינו חננאל ז"ל.
« Voici la chose que l’Éternel a ordonnée : ramassez-en chacun selon ce qu’il mange. » Nos Sages de mémoire bénie ont interprété : Moshé leur dit : ne dites pas : peut-être que viendra Na‘hshon fils d’Aminadav et tous les héros, et ils ramasseront beaucoup, et que viendra le pauvre d’Israël et ramassera peu ; c’est pourquoi il est dit « chacun selon ce qu’il mange ». Et combien était « selon ce qu’il mange » ? Un ‘omer par tête, car s’il mange selon cette mesure, il est en bonne santé ; moins que cela, il est dérangé dans ses entrailles ; davantage, c’est un glouton. Et ce qu’il dit « selon le nombre de vos personnes, chacun pour ceux de sa tente vous prendrez » : « pour ceux de sa tente » : c’est son épouse, qui est apte à se trouver dans la tente, selon ce qui est écrit (Genèse 18,9) « voici, dans la tente », et il est écrit (Psaumes 45,14) « toute la gloire de la fille du roi est à l’intérieur, etc. ». Et l’Écriture enseigne, par voie d’appui (asmakhta), que l’homme est tenu à l’entretien de son épouse et de ses fils mineurs ; et c’est ce qu’il dit « selon le nombre de vos personnes ». Ainsi expliqua Rabbénou ‘Hananel, de mémoire bénie.
ודע כי הכתוב הזה כולל שני ענינים גדולים שכל אחד מהם כולל העליונים והתחתונים, ואלו הם האותיות והפרנסה שאין לך דבר בעולם שלא יהא נכלל בצורות כ"ב אותיות וגם אין לך דבר נמצא בעולם בין העליונים בין התחתונים שלא יהא צריך פרנסה שכל מי שצריך קיום מזולתו הרי זה פרנסתו, וכבר בארו לנו רז"ל מעלת המזמור תהלה לדוד שהאומרו ג' פעמים בכל יום מובטח לו שהוא בן העוה"ב וגלו לנו עיקר הטעם בהיותו כולל האותיות והפרנסה האותיות הוא מסודר באלפ"א בית"א והפרנסה שכתוב בו (תהילים קמ״ה:ט״ז) פותח את ידך וגו', והנה הכתוב הזה יכולול את שניהם כי כ"ב אותיות התורה רשומות בו והוא מדבר בענין הפרנסה, ומזה דרשו רז"ל אל נתנה התורה אלא לאוכלי המן, וקבלה ביד חכמים כי כל האומר פרשת המן בכל יום מובטח לו שלא יבא לעולם לידי חסרון מזונות.
Et sache que cet Écrit comprend deux grandes matières, dont chacune comprend les êtres supérieurs et les inférieurs, et ce sont : les lettres et la subsistance (parnassa). Car il n’y a rien dans le monde qui ne soit compris dans les formes des vingt-deux lettres, et il n’y a non plus rien d’existant dans le monde, parmi les supérieurs ou les inférieurs, qui n’ait besoin de subsistance, car tout être dont la subsistance dépend d’un autre reçoit ainsi ce qui assure son maintien. Et nos Sages de mémoire bénie nous ont déjà expliqué la valeur du psaume « Tehila le-David » : celui qui le dit trois fois par jour a la garantie d’être fils du monde à venir ; et ils nous ont révélé la raison essentielle : parce qu’il comprend les lettres et la subsistance — les lettres : il est ordonné en aleph-beit ; et la subsistance, dont il est écrit (Psaumes 145,16) « Tu ouvres Ta main, etc. ». Et voici que cet Écrit comprend les deux, car les vingt-deux lettres de la Torah y sont inscrites, et il parle de la subsistance ; et de là nos Sages de mémoire bénie ont interprété : la Torah n’a été donnée qu’à ceux qui mangent la manne ; et une tradition est entre les mains des Sages que quiconque dit la section de la manne chaque jour a la garantie de ne jamais venir à manquer de nourriture.
וילקטו אותו בבקר בבקר. בקר שתי שעות ובקר שתי שעות הרי ד' שעות ומד' שעות ואילך וחם השמש ונמס והיו חולקין בתורת צדקה אל כל מי שפשע ולא לקט בבקר, ונס גדול היה נעשה במן כשם שהנביא היה מגיד הדברים הנעלמים כך המן כשברח לו עבד ונמצא העבד ביד חברו זה אומר אתה מכרתו לי וזה אומר ממני ברח אם היה העומר שלו נמצא בבית רבו ראשון ידוע שהוא ברח ואם נמצא בבית חברו שהוא שם בידוע שהראשון מכרו, וכן האשה שברחה מבית בעלה זאת אומרת הוא סרח עלי והוא אומר היא סרחה עלי אמר להם משה רבינו לבקר משפט למחר נמצא העומר בבית בעלה בידוע שהיא סרחה עליו נמצא העומר בבית אביה בידוע שהוא סרח עליה והוא הוציאה מביתו כך דרשו רז"ל במסכת יומא מרמז הכתוב כזרע גד שהמן היה מגיד לישראל ענינים נעלמים ודין ומשפטים הרבה.
« Et ils le ramassaient chaque matin (ba-boqer ba-boqer). » Matin, deux heures ; et matin, deux heures : cela fait quatre heures ; et à partir de quatre heures, le soleil chauffait et elle fondait, et on la distribuait à titre de tsedaka à tous ceux qui avaient négligé et n’avaient pas ramassé le matin. Et un grand miracle se faisait dans la manne : de même que le prophète annonçait les choses cachées, ainsi la manne. Lorsqu’un esclave s’était enfui et que l’esclave était trouvé chez son compagnon, celui-ci disant « toi, tu me l’as vendu » et celui-là « il s’est enfui de chez moi », si l’‘omer de l’esclave se trouvait dans la maison de son premier maître, on savait qu’il s’était enfui ; et s’il se trouvait dans la maison de son compagnon, où il était, on savait que le premier l’avait vendu. Et de même la femme qui s’était enfuie de chez son mari, celle-ci disant « il a fauté envers moi » et lui disant « elle a fauté envers moi » : Moshé notre maître leur dit « au matin, jugement » ; le lendemain, si l’‘omer était retrouvé dans la maison de son mari, on savait qu’elle avait fauté envers lui ; s’il était retrouvé dans la maison de son père, on savait que c’était lui qui avait fauté envers elle et l’avait chassée de sa maison. Ainsi l’interprétèrent nos Sages de mémoire bénie dans le traité Yoma. L’Écriture fait allusion, par « comme une graine de coriandre (gad) », à ce que la manne annonçait (maggid) à Israël des choses cachées, et beaucoup de lois et de jugements.
שבתון שבת קדש לה' מחר. על דרך הפשט כפל שמו של שבת כי כן עניני כל השבת כפולים בעומר וקרבן ומזמור.
« Un shabbaton, un chabbat saint pour l’Éternel, demain. » Selon le sens simple (peshat), il a doublé le nom du chabbat, car ainsi toutes les affaires du chabbat sont doubles : dans l’‘omer, dans le sacrifice et dans le psaume.
וע"ד הקבלה שבתון שבת קדש לה' מחר יאמר שבתון של מחר כנגד השבת של העליונים שהוא שבת קדש לה'.
Et selon la voie de la Kabbale : « shabbaton, chabbat saint pour l’Éternel, demain » : il veut dire « le shabbaton de demain », en regard du chabbat des êtres supérieurs, qui est « chabbat saint pour l’Éternel ».
ורמה לא היתה בו. מכאן רמז וסמך שהמתים יש להם מנוחה בשבת, ואין בכל המקרא ורמה כי אם שנים, האחד (איוב כ״א:כ״ו) ורמה תכסה עליהם והשני ורמה לא היתה בו וזה הוא לרמוז ורמה תכסה עליהם בשאר ימי השבוע ורמה לא היתה בו בשבת.
« Et aucun ver n’y était. » De là, allusion et appui à ce que les morts ont du repos le chabbat. Et il n’y a dans toute l’Écriture « ve-rimma » (et le ver) que deux fois : l’une (Job 21,26) « et le ver les couvrira », et l’autre « et aucun ver n’y était » ; et cela vient faire allusion à « et le ver les couvrira » les autres jours de la semaine, et « et aucun ver n’y était » le chabbat.
אכלוהו היום כי שבת היום לה' היום לא תמצאוהו בשדה. ודרשו רז"ל היום לא תמצאוהו אבל לעוה"ב תמצאוהו, ובאור זה כי ביום שבת לא ימצאו המן אבל לעוה"ב ימצאו יסוד המן הוא האור העליון בעצמו, ונזכרת מלת היום ג' פעמים בכתוב לרמוז על שלש סעודות בשבת.
« Mangez-le aujourd’hui, car aujourd’hui est chabbat pour l’Éternel ; aujourd’hui vous ne le trouverez pas dans le champ. » Et nos Sages de mémoire bénie ont interprété : « aujourd’hui vous ne le trouverez pas », mais dans le monde à venir vous le trouverez. Et l’explication de cela est que le jour du chabbat on ne trouvera pas la manne, mais dans le monde à venir on trouvera le principe de la manne, la lumière supérieure elle-même. Et le mot « aujourd’hui » est mentionné trois fois dans l’Écrit, pour faire allusion aux trois repas du chabbat.
והנני מגלה סוד אשר הסתירו חכמי האמת בג' סעודות וארמזנו לך בכאן ואומר כי סעודה ראשונה היא סעודת הלילה היא מדת שמור ונקראת בשם מלכות ומזה האירו רז"ל את עינינו שהיו אומרים בערב שבת באו ונצא לקראת כלה שבת מלכתא ואמרו באי כלה באי כלה, ועל כן הזכיר תחלה אכלוהו היום כי מלת אכלוהו מלשון כלה ואין מקדשים את האיש כי אם את האשה, סעודה שניה היא של שחרית והיא רמז למדת יסוד הנקרא שבת הגדול ועיקר קדוש אינו אלא ביום ועל כן נקרא קדוש היום קדושא רבא וכן תפלת (שחרית) ערבית אנו אומרים אהבת עולם ואותה של שחרית קורין רז"ל אהבה רבה, וידוע כי הלילה שמור והיום זכור ועל כן אמר כי שבת היום לה', סעודה שלישית היא של מנחה והוא חתימת היום רמז לראשית הראשית שהוא עיקר הבנין וראשו ועל כן אמר היום לא תמצאוהו כי מלת לא כמו אין כי החכמה מאין תמצא כל זה ממטה למעלה והם סעודות לנפש בחיים האמתיים בתענוג הקיים והנצחי, ומעתה הבן גודל מעלת המקיים שלש סעודות ושכרו וזכותו הגדול בכונה הגדולה והעליונה הזאת.
Et voici que je révèle un secret que les sages de vérité ont caché, sur les trois repas, et je te l’indiquerai ici. Et je dis que le premier repas est le repas de la nuit, qui est l’attribut « shamor » (observer) et est appelé du nom de Malkhout (Royauté) ; et de là nos Sages de mémoire bénie ont éclairé nos yeux : ils disaient la veille du chabbat « venez, et sortons à la rencontre de la fiancée, le chabbat reine », et ils disaient « viens, fiancée ; viens, fiancée ». Et c’est pourquoi il mentionna d’abord « mangez-le aujourd’hui » (akhluhu hayom), car le mot « akhluhu » vient de l’expression « kalla » (fiancée) ; et les qiddoushin consacrent la femme au mariage, et non l’homme. Le deuxième repas est celui du matin, et il fait allusion à l’attribut Yesod, appelé « le grand chabbat » ; et l’essentiel de la sanctification n’a lieu que de jour, et c’est pourquoi le kiddoush du jour est appelé « kiddousha rabba » ; et de même, dans la prière du soir (‘arvit), nous disons « ahavat olam », tandis que celle du matin, nos Sages de mémoire bénie l’appellent « ahava rabba » ; et il est connu que la nuit est « shamor » et le jour « zakhor » ; et c’est pourquoi il dit « car aujourd’hui est chabbat pour l’Éternel ». Le troisième repas est celui de Minha, et c’est la conclusion du jour, allusion au commencement du commencement (reshit ha-reshit), qui est l’essentiel de la construction et sa tête ; et c’est pourquoi il dit « aujourd’hui vous ne le trouverez pas (lo) », car le mot « lo » est comme « ayin » (rien), car « la sagesse se trouve issue d’Ayin » ; tout cela, de bas en haut ; et ce sont des repas pour l’âme dans la vie véritable, dans le plaisir durable et éternel. Et désormais, comprends la grandeur du mérite de celui qui accomplit trois repas, sa récompense et son grand mérite, dans cette grande et haute intention.
ראו כי ה' נתן לכם השבת. אמרו במדרש תהלים בפרשת מזמור שיר ליום השבת (תהילים צ״ב:א׳) מהו ראו א"ר יוסי ראו מרגניתא דיהבית לכון א"ר יצחק כל עסקא דשבת כפול, עומר כפול דכתיב שני העומר לאחד, קרבנו כפול (במדבר כ״ח:ט׳) וביום השבת שני כבשים, עונשו כפול מחלליה מות יומת, שכרו כפול (ישעיהו נ״ח:י״ג) וקראת לשבת עונג לקדוש ה' מכובד, אזהרותיה כפולות זכור ושמור, מזמור כפול (תהילים צ״ב:א׳) מזמור שיר ליום השבת וזהו שהכתוב אומר הבל הבלים אמר קהלת הבל הבלים הכל הבל ז' הבלים למה כנגד ז' ימי בראשית,
« Voyez que l’Éternel vous a donné le chabbat. » On a dit dans le Midrash Tehilim, sur le psaume « Mizmor shir le-yom ha-Shabbat » (Psaumes 92,1) : que veut dire « ra’ou » (voyez) ? Rabbi Yosse dit : voyez la perle que Je vous ai donnée. Rabbi Yitshaq dit : toute l’affaire du chabbat est double : l’‘omer est double, comme il est écrit « deux ‘omer pour un » (Exode 16,22) ; son sacrifice est double (Nombres 28,9) « et le jour du chabbat, deux agneaux » ; son châtiment est double : « ceux qui le profanent mourront certainement » ; sa récompense est double (Isaïe 58,13) « et tu appelleras le chabbat un délice, saint de l’Éternel, honoré » ; ses avertissements sont doubles : « zakhor » et « shamor » ; son psaume est double (Psaumes 92,1) « mizmor shir le-yom ha-Shabbat ». Et c’est ce que dit l’Écriture : « vanité des vanités, dit Qohélet, vanité des vanités, tout est vanité » : sept « vanités » : pourquoi ? En regard des sept jours de la création.
אמר שלמה מה נברא ביום ראשון שמים וארץ ומה סופם (ישעיהו נ״א:ו׳) כי שמים כעשן נמלחו והארץ כבגד תבלה ואמר הבל, מה נברא ביום שני רקיע וכתיב (ישעיהו ל״ד:ד׳) ונגלו כספר השמים ואמר הבל, מה נברא ביום ג' יקיו המים מה סופם (ישעיהו י״א:ט״ו) והחרים ה' לשון ים מצרים ואמר הבל, מה נברא ביום ד' יהי מאורות ומה סופם (ישעיהו כ״ד:כ״ג) וחפרה הלבנה ובושה החמה ואמר הבל, מה נברא ביום ה' שרץ ועוף שנאמר (בראשית א׳:כ׳) נפש חיה ועוף יעופף מה סופם (צפניה א׳:ב׳) אסוף אסף כל מעל פני האדמה אסף עוף השמים וגו' ואמר הבל,
Shelomo dit : qu’est-ce qui fut créé le premier jour ? Ciel et terre ; et quelle est leur fin ? (Isaïe 51,6) « car les cieux comme la fumée se dissiperont, et la terre comme un vêtement s’usera » ; et il dit « vanité ». Qu’est-ce qui fut créé le deuxième jour ? Le firmament ; et il est écrit (Isaïe 34,4) « et les cieux seront enroulés comme un livre » ; et il dit « vanité ». Qu’est-ce qui fut créé le troisième jour ? « Que les eaux se rassemblent » ; quelle est leur fin ? (Isaïe 11,15) « et l’Éternel dévouera à l’anathème la langue de la mer d’Égypte » ; et il dit « vanité ». Qu’est-ce qui fut créé le quatrième jour ? « Qu’il y ait des luminaires » ; et quelle est leur fin ? (Isaïe 24,23) « et la lune rougira, et le soleil aura honte » ; et il dit « vanité ». Qu’est-ce qui fut créé le cinquième jour ? Le reptile et l’oiseau, comme il est dit (Genèse 1,20) « âme vivante, et l’oiseau qui vole » ; quelle est leur fin ? (Sophonie 1,2) « Je balayerai tout de dessus la face de la terre » ; « Je balayerai l’oiseau du ciel, etc. » ; et il dit « vanité ».
מה נברא ביום ששי אדם ומה סופו (בראשית ג׳:י״ט) כי עפר אתה ואל עפר תשוב ואמר הבל, מה נברא ביום שביעי שבת חזר ונסתכל לכאן ולכאן ליתן בו פגם ולא היה מוצא לפי שכלו קדושה ומנוחה, אמר ר' יצחק אחר הסתכלו ראה כשאדם חוטא בו מתחייב בנפשו ואמר הבל, לכך הכל הבל הרי ז'.
Qu’est-ce qui fut créé le sixième jour ? L’homme ; et quelle est sa fin ? (Genèse 3,19) « car tu es poussière, et tu retourneras à la poussière » ; et il dit « vanité ». Qu’est-ce qui fut créé le septième jour ? Le chabbat ; il se retourna et regarda ici et là pour y mettre un défaut, et il n’en trouva pas, car tout y est sainteté et repos. Rabbi Yitshaq dit : après qu’il eut regardé, il vit que, lorsque l’homme y pèche, il devient passible de mort ; et il dit « vanité ». C’est pourquoi « tout est vanité » : voilà sept.
למשמרת לדורותיכם. שלש משמרות נאמר כאן, דכתיב לפני ה' למשמרת לדורותיכם, וכתיב לפני העדות למשמרת, למשמרת לדורותיכם למען יראו את הלחם זה דור המדבר, לפני ה' למשמרת כלומר בארץ ישראל לע"ל לפי שנצנת המן ומקלו של אהרן שקדיה ופרחיה והארון ובדיו וכל מלאכת המשכן נגנזו תחת מחילות ההיכל, ומי גנזם יאשיהו המלך גנזם בשעה שמצא חלקיהו הכהן ספר תורה פתוח בהיכל, וכן דרשו רז"ל במסכת הוריות פרק כהן משוח משנגנז ארון נגנזו עמו צנצנת המן וצלוחית של שמן המשחה ומקלו של אהרן שקדיה ופרחיה וארגז ששגרו פלשתים דורון לאלהי ישראל שנאמר (שמואל א ו׳:ח׳) ואת כלי הזהב אשר השיבותם לו אשם תשימו בארגז מצדו,
« Pour être gardé pour vos générations. » Trois « garde » (mishmeret) sont dits ici, car il est écrit « devant l’Éternel, pour être gardé pour vos générations » (Exode 16,33), et il est écrit « devant le Témoignage, pour être gardé » (Exode 16,34). « Pour être gardé pour vos générations, afin qu’ils voient le pain » (Exode 16,32) : c’est la génération du désert ; « devant l’Éternel, pour être gardé » : c’est-à-dire en Terre d’Israël, dans l’avenir. Car la jarre de manne, le bâton d’Aharon avec ses amandes et ses fleurs, l’Arche et ses barres, et tout l’ouvrage du Tabernacle furent cachés sous les galeries du Temple. Et qui les cacha ? Le roi Yoshiyahou les cacha à l’heure où ‘Hilqiyahou le Cohen trouva un rouleau de la Torah ouvert dans le Temple. Et ainsi l’interprétèrent nos Sages de mémoire bénie dans le traité Horayot, chapitre « Cohen mashiah » : depuis que l’Arche fut cachée, furent cachés avec elle la jarre de manne, la fiole d’huile d’onction, le bâton d’Aharon avec ses amandes et ses fleurs, et le coffre que les Philistins envoyèrent en présent au Dieu d’Israël, comme il est dit (I Samuel 6,8) « et les objets d’or que vous Lui rendrez en offrande de culpabilité, vous les mettrez dans le coffre, à son côté ».
ומי גנזו יאשיהו מלך יהודה שראה כתוב בתורה (דברים כ״ח:ל״ו) יולך ה' אותך ואת מלכך וגו', צוה וגנזם שנאמר (דברי הימים ב ל״ה:ג׳) ויאמר לכל ישראל הקדושים לה' תנו את ארון הקדש בבית אשר בנה שלמה בן דוד מלך ישראל, ואמר ר' אלעזר אתיא דורות דורות אתיא משמרת משמרת כתיב במקלו של אהרן (במדבר י) השב את מטה אהרן לפני העדות למשמרת לאות לבני מרי וכתיב הכא למשמרת לדורותיכם וכתיב לפני העדות למשמרת ללמדך שבמקום אחד נגנזו.
Et qui l’a caché ? Yoshiyahou, roi de Yehouda, qui vit écrit dans la Torah (Deutéronome 28,36) « l’Éternel te fera marcher, toi et ton roi, etc. » ; il ordonna et les cacha, comme il est dit (II Chroniques 35,3) « et il dit à tout Israël, les saints de l’Éternel : placez l’Arche sainte dans la maison qu’a bâtie Shelomo, fils de David, roi d’Israël ». Et Rabbi El‘azar dit : cela vient de « dorot, dorot », cela vient de « mishmeret, mishmeret » : il est écrit à propos du bâton d’Aharon (Nombres 17,25) « remets le bâton d’Aharon devant le Témoignage, pour être gardé comme signe pour les fils de rébellion », et il est écrit ici « pour être gardé pour vos générations », et il est écrit « devant le Témoignage, pour être gardé » : cela t’enseigne qu’ils furent cachés en un seul endroit.
ויאמר משה אל אהרן קח צנצנת אחת. לא אמר ויקח משה צנצנת אחת ויתן שמה והיה ראוי לומר כן שהרי אהרן לא נבחר עדיין לכהן ואחרי זאת מצינו כי משה היה המקריב והמקטיר ראשונה באהל מועד עד שנתנה הכהונה לאהרן.
« Et Moshé dit à Aharon : prends une jarre. » Il n’a pas dit « et Moshé prit une jarre et y mit la manne », et il aurait été convenable de le dire ainsi, car Aharon n’avait pas encore été choisi comme Cohen ; et après cela, nous trouvons que Moshé était celui qui offrait et faisait fumer en premier dans la Tente d’assignation, jusqu’à ce que la prêtrise fût donnée à Aharon.
ויתכן שנאמר כי מה שצוה בזה לאהרן שבא לרמוז כי הכהנים הלוים מורי התורה שעתידין לצאת מאהרן יהיו מזונותם בהרוחה ולא בעמל כאוכלי המן, וכענין שכתוב (דברי הימים ב ל״א:ד׳) ויאמר לעם ליושבי ירושלם לתת מנת הכהנים והלוים למען יחזקו בתורת ה', והזכיר תחלה והנח אותו לפני ה' לבאר כי מזון תלמידי חכם שבכל דור ודור הוא מסור לשם יתברך והוא מונח לפני ה' ועל כן אמר והנח אותו לפני ה' למשמרת לדורותיכם כי הוא לפני ה' יתברך מונח ושמור לדורות, והוצרך לרמוז זה לפי שהתורה היא ממקור החכמה העליונה והחכמה תחיה בעליה והיא היא מקור הברכה והחיים האמתיים וכענין שכתוב (תהילים קל״ד:ב׳) שאו ידיכם קודש וברכו את ה',
Et il se peut qu’on dise que ce qu’Il ordonna en cela à Aharon vient faire allusion à ce que les Cohanim et les Léviim, enseignants de la Torah, qui sortiront d’Aharon dans l’avenir, recevront leur subsistance dans l’aisance et sans peine, comme ceux qui mangeaient la manne, selon ce qui est écrit (II Chroniques 31,4) « et il dit au peuple, aux habitants de Jérusalem, de donner la part des Cohanim et des Léviim, afin qu’ils s’attachent à la Torah de l’Éternel ». Et il mentionna d’abord « et dépose-le devant l’Éternel » pour expliquer que la subsistance des érudits en Torah, dans chaque génération, est remise au Nom, béni soit-Il, et est déposée devant l’Éternel ; et c’est pourquoi il dit « et dépose-le devant l’Éternel, pour être gardé pour vos générations », car elle est déposée devant l’Éternel, béni soit-Il, et gardée pour les générations. Et il fallait faire allusion à cela parce que la Torah est de la source de la sagesse suprême, et la sagesse fait vivre ses possesseurs, et elle est la source de la bénédiction et de la vie véritable, comme il est écrit (Psaumes 134,2) « levez vos mains vers le sanctuaire et bénissez l’Éternel ».
ועל כן ראוי להיות הפרנסה והמזון שהם חיי הגוף דבקים בתורה שהיא חיי הנפש, ואח"כ לפני העדות כי הניח מן המן למשמרת לפני העדות להיות לאות ולעד לדורות למען יראו את הלחם, ומפני זה הזכיר בינתים כאשר צוה ה' אל משה והיה הכתוב ראוי לומר ויניחהו אהרן לפני העדות למשמרת כאשר צוה ה' אל משה אבל באר כי מזון בעלי התורה שמור ומונח לפני ה' כאשר צוה ה' את משה בהר סיני שאמר לו (שמות ל״ד:ד׳) פסל לך שיהיה הפסולת שלו, וכמו שדרשו רז"ל שמשם נתעשר ומשם זימן לו הקב"ה פרנסתו.
Et c’est pourquoi il convient que la subsistance et la nourriture, qui sont la vie du corps, soient attachées à la Torah, qui est la vie de l’âme. Et ensuite « devant le Témoignage » : car il déposa de la manne pour être gardée devant le Témoignage, pour être un signe et un témoin pour les générations, « afin qu’ils voient le pain ». Et à cause de cela il mentionna entre-temps « comme l’Éternel l’avait ordonné à Moshé » ; et l’Écriture aurait dû dire « et Aharon la déposa devant le Témoignage, pour être gardée, comme l’Éternel l’avait ordonné à Moshé » ; mais il expliqua que la nourriture de ceux qui possèdent la Torah est gardée et déposée devant l’Éternel, comme l’Éternel l’avait ordonné à Moshé sur le mont Sinaï, quand Il lui dit (Exode 34,4) « taille-toi » — pour que les déchets (pesolet) soient à lui — et comme l’interprétèrent nos Sages de mémoire bénie : de là il s’enrichit, et de là le Saint, béni soit-Il, lui prépara sa subsistance.
ובמדרש קח צנצנת אחת זה אחד מעשרה דברים שנבראו בין השמשות וכשהוא אומר צנצנת איני יודע ממה היתה אם של כסף אם של זהב או נחשת וברזל ועופרת, ומעצמו אתה למד צנצנת דבר שהוא צונן ומצנן מה שבתוכו ומשמר מה שבתוכו והוא בארץ שהוא חרש כדאמר (ירמיהו ל״ב:י״ד) ונתתם בכלי חרש למען יעמדו ימים רבים וכן היין אינו משתמר אלא בכלי חרש וזהו שכתוב והנח אותו לפני ה' למשמרת, וירמיה הנביא ע"ה הוציאה לישראל ואמר להם (ירמיהו ב׳:ל״א) הדור אתם ראו דבר ה' המדבר הייתי לישראל אם ארץ מאפליה, אמר להם ירמיה לישראל מפני מה אי אתם עוסקים בתורה אמרו לו אם אנו עוסקים בתורה במה נרווח במה נתפרנס באותה שעה הוציא להם צנצנת המן ואמר להם ראו אבותיכם היו במדבר ועוסקים בתורה מאין היו מתפרנסים אף אתם אם תעסקו בתורה הקב"ה מפרנס אתכם (שם ב) מדוע אמרו עמי רדנו לא נבא עוד עליך.
Et dans le Midrash : « prends une jarre (tsintsenet) » : c’est l’une des dix choses créées au crépuscule (bein ha-shemashot). Et quand il dit « tsintsenet », je ne sais de quoi elle était : d’argent, d’or, de cuivre, de fer ou de plomb ? Et par toi-même tu apprends : « tsintsenet » : une chose froide (tsonen) qui refroidit (metsannen) ce qui est dedans et garde ce qui est dedans, et qui est en terre, c’est-à-dire en argile (heres), comme il est dit (Jérémie 32,14) « et tu les mettras dans un vase de terre, afin qu’ils se conservent longtemps » ; et de même le vin ne se conserve que dans un vase de terre ; et c’est ce qui est écrit « et dépose-le devant l’Éternel, pour être gardé ». Et Yirmeyahou le prophète, paix sur lui, la sortit pour Israël et leur dit (Jérémie 2,31) « vous, la génération, voyez la parole de l’Éternel : ai-Je été un désert pour Israël, ou une terre d’obscurité ? ». Yirmeyahou dit à Israël : pourquoi ne vous occupez-vous pas de la Torah ? Ils lui dirent : si nous nous occupons de la Torah, de quoi gagnerons-nous, de quoi nous nourrirons-nous ? À cette heure, il leur sortit la jarre de manne et leur dit : voyez, vos pères étaient dans le désert et s’occupaient de la Torah ; d’où se nourrissaient-ils ? Vous aussi, si vous vous occupez de la Torah, le Saint, béni soit-Il, vous nourrira. (Ibid. 2,31) « Pourquoi Mon peuple a-t-il dit : nous avons erré (radnou), nous ne viendrons plus à Toi ? ».
ובני ישראל אכלו את המן ארבעים שנה. לפי הנראה לא היו מ' שלמים כי חדש אחד יחסר מהם שהרי המן התחיל לירד באחד בשבת וחצי אייר היה ובצק שהוציאו ממצרים הספיק להם חדש אחד ואם כן היה ראוי שישבות המן בחצי אייר וזה הכתוב מעיד ששבת בחצי ניסן כשהיו ישראל בערבות יריחו וכתיב (יהושע ה) ויאכלו מעבור הארץ ממחרת הפסח מצות וקלוי וישבות המן ממחרת, על כן יש לומר כי טעם מ' שנה קרוב למ' שנה וכדי שלא תבין שהיו מ' שלמים לכך הוצרך לחזור סתם את המן אכלו עד באם אל קצה ארץ כנען כי כן תמצא כתוב וישבת המן ממחרת באכלם מעבור הארץ ולא היה עוד לבני ישראל מן ויאכלו מתבואת ארץ כנען בשנה ההיא ולמדנו כי ישראל שירד להם המן כל ימי משה עוד ירד להם אחר פטירתו של משה והם ברשותו של יהושע ל"ח ימים שהרי בז' באדר מת משה ובכו אותו כל ישראל שלשים יום ועברו את הירדן בעשור לחדש הראשון כי כן מפורש ביהושע והמן לא פסק עד ט"ו בניסן וכאשר תחשוב מז' מאדר שמת משה עד ט"ו בניסן שפסק בו המן תמצא ל"ח ימים.
« Et les fils d’Israël mangèrent la manne quarante ans. » D’après ce qui apparaît, ce ne furent pas quarante [ans] complets, car il leur manque un mois : la manne commença à descendre le premier jour de la semaine, et c’était la mi-Iyar, et la pâte qu’ils avaient sortie d’Égypte leur suffit pendant un mois ; et s’il en est ainsi, il aurait fallu que la manne cessât à la mi-Iyar ; or cet Écrit atteste qu’elle cessa à la mi-Nissan, quand Israël était dans les plaines de Yéricho, et il est écrit (Josué 5) « et ils mangèrent du produit du pays, le lendemain de la Pâque, des matsot et du grain grillé, et la manne cessa le lendemain ». C’est pourquoi on peut dire que le sens de « quarante ans » est « près de quarante ans » ; et pour que tu ne comprennes pas qu’ils furent quarante complets, il lui fallut répéter sans précision « ils mangèrent la manne jusqu’à leur arrivée aux confins du pays de Canaan », car ainsi tu trouves écrit « et la manne cessa le lendemain, quand ils mangèrent du produit du pays, et il n’y eut plus de manne pour les fils d’Israël, et ils mangèrent de la récolte du pays de Canaan cette année-là ». Et nous avons appris que la manne qui descendit pour Israël tous les jours de Moshé descendit encore après la mort de Moshé, alors qu’ils étaient sous l’autorité de Yehoshoua, pendant trente-huit jours : car le 7 Adar Moshé mourut, et tout Israël le pleura trente jours, et ils traversèrent le Jourdain le dix du premier mois, comme c’est explicite dans Yehoshoua, et la manne ne cessa que le 15 Nissan ; et quand tu comptes du 7 Adar, où Moshé mourut, jusqu’au 15 Nissan, où la manne cessa, tu trouves trente-huit jours.
אבל רש"י פירש כי היו מ' שנה שלמים וכתב בזה כי בז' באדר שמת משה בו פסק המן ואעפ"כ היו ארבעים שנה שלמים משני טעמים, האחד שהעוגות שהוציאו ממצרים טעמו בהן טעם מן ואם כן לא יחסר חדש אחד, השני כי כשפסק המן בז' באדר שמת משה המן שירד מיום שלפניו הספיק להם עד שהביאו העומר בט"ז בניסן ויתקיים בכל זה את המן אכלו ארבעים שנה שלמים.
Mais Rachi interpréta qu’ils furent quarante ans complets, et il écrivit à ce sujet que le 7 Adar, où Moshé mourut, la manne cessa, et que malgré cela ce furent quarante ans complets pour deux raisons. La première : les gâteaux qu’ils avaient sortis d’Égypte, ils y goûtèrent un goût de manne, et si c’est ainsi, il ne manque pas un mois. La seconde : lorsque la manne cessa le 7 Adar, où Moshé mourut, la manne qui était descendue le jour précédent leur suffit jusqu’à ce qu’ils apportent l’‘omer, le 16 Nissan ; et par tout cela s’accomplit « ils mangèrent la manne quarante ans complets ».
והעומר עשירית האיפה הוא. אמר רז"ל איפה שלש סאין סאה ששה קבין קב ד' לוגין לוג ששה ביצים והסימן גוד"ו אילנא, נמצא הקב כ"ד ביצים הסאה קמ"ד ביצים איפה תל"ב ביצים, מ"ג ביצים וחומש ביצה הוא שעור בעיסה שנתחייבה בחלה והוא שעור לישה בפסח, ומה שאחר עד עתה לפרש שעור מדת העומר והיה ראוי שיזכירנו מעלה בצווי הש"י או במעשה ושיאמר עומר לגלגלת הוא עשירית האיפה או וימדו בעומר הוא עשירית האיפה, אבל הענין מפני שכל הפרשה מבארת ענינו של מן ואחר שהשלים הספור בעסקי המן הוצרך לפרש עתה באחרונה כמה השעור,
« Et l’‘omer est un dixième de l’épha. » Nos Sages de mémoire bénie ont dit : un épha, trois se’a ; une se’a, six qav ; un qav, quatre log ; un log, six œufs ; et le signe : « goudo ilana ». Il se trouve que le qav est de vingt-quatre œufs, la se’a de cent quarante-quatre œufs, l’épha de quatre cent trente-deux œufs ; quarante-trois œufs et un cinquième d’œuf est la mesure dans la pâte qui est astreinte à la ‘halla, et c’est la mesure du pétrissage à Pessah. Et ce qu’il a tardé jusqu’à maintenant pour expliquer la mesure de l’‘omer, alors qu’il aurait convenu de la mentionner plus haut, dans l’ordre du Saint, béni soit-Il, ou dans le récit, et de dire « un ‘omer par tête, c’est un dixième de l’épha » ou « et ils mesurèrent avec l’‘omer, c’est un dixième de l’épha » : l’affaire est que toute la section explique l’affaire de la manne, et après qu’il a terminé le récit sur la manne, il fallut expliquer maintenant, à la fin, quelle est la mesure.
או נאמר כדי שיסמוך השעור לענין רפידים כי בנוהג שבעולם מתוך שפע השלוה ורבוי הטובה יתרשל אדם מן העבודה ויתרפה בתורה ולא יעשה כן בספוק ובשעור הבינוני אך יתחזק בזה ועל כן הודיענו הכתוב כי ישראל מתוך הספוק ושעור הבינוני לכל אחד ואחד שהוא עשירית האיפה רפו ידיהם ברפידים מן התורה על כן ויבא עמלק וזהו סמיכות הפרשיות זו לזו, ומה שהיתה מדת העומר אחד מעשרה יתכן לומר כי טעמו כטעם מצות המעשר כי ישראל במדבר היו קדושי עליון מלאכים גופניים ובהיותם אוכלים השעור הזה מן המן העליון ההוא הדק והזך היתה מחשבתם משוטטת במדה העשירית ומתבוננים בענינה וכענין שכתוב (שמות כ״ד:י״א) ויחזו את האלהים ויאכלו וישתו ובזה היו מוכנים לקבל המושכלות וראויים להשיג השגות עליונות במעמד הקדוש בהר סיני אשר שם הולכים יומם ולילה ילכו ולא ייעפו.
Ou bien disons : pour que la mesure soit juxtaposée à l’affaire de Refidim. Car selon l’usage du monde, du sein de l’abondance de la tranquillité et de la multiplication du bien, l’homme se relâche du service et s’affaiblit dans la Torah ; mais il n’agit pas ainsi lorsqu’il dispose du nécessaire en quantité modérée, plutôt il se renforce en cela. Et c’est pourquoi l’Écriture nous a fait savoir qu’Israël, alors que chacun ne recevait que le nécessaire en quantité modérée, qui est un dixième de l’épha, eut les mains relâchées de la Torah à Refidim ; c’est pourquoi « et ‘Amaleq vint » ; et voilà la juxtaposition des sections l’une à l’autre. Et que la mesure de l’‘omer fût un sur dix, il se peut qu’on dise que son sens est comme le sens du commandement de la dîme (ma‘asser) : car Israël dans le désert étaient des saints du Très-Haut, des anges corporels, et en mangeant cette mesure de cette manne supérieure, fine et pure, leur pensée se portait sur le dixième attribut divin et en contemplait l’affaire, comme il est écrit (Exode 24,11) « et ils virent Dieu, et ils mangèrent et burent » ; et par cela ils étaient préparés à recevoir les intelligibles et dignes de percevoir des perceptions supérieures à la station sainte du mont Sinaï, là où ils vont jour et nuit, ils iront et ne se lasseront pas.
ומטך אשר הכית בו את היאור. ונהפך לרעה קח בידך והכית בו בצור ויתהפך לטובה שיתהפך הצור לאגם מים.
« Et ton bâton avec lequel tu as frappé le Nil. » Le Nil fut alors transformé pour leur malheur ; « prends dans ta main, et frappes-en le rocher » : et il sera changé en bien, car le rocher sera changé en étang d’eau.
ובמדרש אשר הכית בו את היאור ג' דברים הם כל אחד מהם דחה את הפורענות והביא הפורענות, אלו הם הקטרת והארון והמטה, והקטרת דחה את הפורענות שנאמר (במדבר י״ז:י״ב) ויתן את הקטרת ויכפר על העם, והביא הפורענות (ויקרא י׳:א׳) על נדב ואביהוא, הארון הוא שהרג את עוזא ואנשי בית שמש שנאמר (שמואל א ו׳:י״ט) ויך באנשי בית שמש כי ראו בארון ה' והוא שברך את עובד אדום הגתי שנאמר (שמואל ב ו׳:י״א) ויברך ה' את עובד אדום ואת כל ביתו, המטה של סנפירינון היה הוא שהרג בכורי מצרים והביא המכות על מצרים והוא שהוציא מים מן הצור, ע"כ במדרש.
Et dans le Midrash : « avec lequel tu as frappé le Nil » : il y a trois choses dont chacune a repoussé le fléau et a apporté le fléau : ce sont l’encens, l’Arche et le bâton. L’encens a repoussé le fléau, comme il est dit (Nombres 17,12) « et il mit l’encens et fit l’expiation pour le peuple », et il a apporté le fléau (Lévitique 10,1) sur Nadav et Avihou. L’Arche est ce qui tua Ouzza et les gens de Beit Shemesh, comme il est dit (I Samuel 6,19) « et Il frappa parmi les gens de Beit Shemesh, car ils avaient regardé dans l’Arche de l’Éternel », et c’est elle qui bénit ‘Ovéd Edom le Guittite, comme il est dit (II Samuel 6,11) « et l’Éternel bénit ‘Ovéd Edom et toute sa maison ». Le bâton était de sanpirinon : c’est lui qui tua les premiers-nés d’Égypte et apporta les plaies sur l’Égypte, et c’est lui qui fit sortir l’eau du rocher. Fin du Midrash.
ודע והתבונן שלא נשתמש שום נביא במטה אלא משה בלבד ומפני שהמטה היה תחלת האותות נמסר למשה שהיה תחלת הנביאים, ואף יהושע תלמידו שקבל ממנו לא נשתמש במטה אלא בכידון הוא שכתוב (יהושע ח׳:י״ח) ויאמר ה' אל יהושע נטה בכידון אשר בידך על העי, וטעם הדבר כי המטה אשר ביד המושל מורה על האדנות ועל היכולת ועל הכח כענין שכתוב (יחזקאל י״ט:י״ד) מטה עז שבט למשול, אבל הכידון הוא מנהג כל יוצא למלחמה שנושאו בידו ואין זה סימן אדנות וממשלה כמטה.
Et sache et contemple qu’aucun prophète n’utilisa de bâton, sauf Moshé seul ; et parce que le bâton fut le commencement des signes, il fut remis à Moshé, qui occupait le premier rang parmi les prophètes. Et même Yehoshoua, son disciple, qui reçut de lui, n’utilisa pas le bâton, mais le javelot (kidon), ce qui est écrit (Josué 8,18) « et l’Éternel dit à Yehoshoua : étends le javelot qui est dans ta main vers ‘Aï ». Et la raison de la chose est que le bâton qui est dans la main du gouverneur indique la maîtrise, le pouvoir et la force, comme il est écrit (Ézéchiel 19,14) « un bâton fort, un sceptre pour gouverner » ; mais le javelot est l’usage de tout homme qui sort pour la guerre, qui le porte à la main, et ce n’est pas un signe de maîtrise et de gouvernement comme le bâton.
והנה ההפרש שבין המטה והכידון כהפרש שיש בין נבואת משה לנבואת יהושע, והמטה מספרו ידוע וכידון הוא המלאך והבן זה, כי נבואת משה היתה מאמתת כח העליון בלתי אמצעות מלאך ונבואת יהושע ה׳:י״א׳:י״איתה על ידי המלאך שחזר למקומו אחר מות משה עבד ה', והחילוק שבין נבואת משה רבינו ליהושע כחילוק שבין השמים לארץ כי זה פועל וזה מקבל ולכך כל ימי משה אכלו לחם מן השמים שנאמר הנני ממטיר לכם לחם מן השמים כיון שמת משה רבינו ובאו לרשותו של יהושע אכלו לחם מן הארץ שנאמר (יהושע ה) ויאכלו מעבור הארץ, ומזה הענין היה שהטיל משה על יהושע מלחמת עמלק בארץ ולקח לעצמו מלחמת השמים להפיל כחו של עמלק ולעקרו מן העולם, ועל ההפרש שיש בין נבואת משה ונבואת יהושע דרשו רז"ל פני משה כפני חמה ופני יהושע כפני לבנה, ובאור זה כי מעלת נבואת משה מן הפועל ומעלת נבואת יהושע מן המקבל כי כן המאורות האלה חמה ולבנה זה פועל וזה מקבל.
Et voici que la différence entre le bâton et le javelot est comme la différence entre la prophétie de Moshé et la prophétie de Yehoshoua. Et le bâton, son nombre est connu, et le javelot est l’ange ; et comprends cela. Car la prophétie de Moshé procédait de la réalité de la puissance suprême sans intermédiaire d’un ange, et la prophétie de Yehoshoua fut par l’intermédiaire de l’ange, qui revint à sa place après la mort de Moshé, serviteur de l’Éternel. Et la différence entre la prophétie de Moshé notre maître et celle de Yehoshoua est comme la différence entre le ciel et la terre, car celui-ci agit et celui-là reçoit. C’est pourquoi, tous les jours de Moshé, ils mangèrent du pain du ciel, comme il est dit « Voici que Je vais faire pleuvoir pour vous du pain du ciel » ; dès que Moshé notre maître mourut et qu’ils vinrent sous l’autorité de Yehoshoua, ils mangèrent du pain de la terre, comme il est dit (Josué 5) « et ils mangèrent du produit du pays ». Et de cette affaire vient que Moshé imposa à Yehoshoua la guerre d’‘Amaleq sur terre, et prit pour lui-même la guerre du ciel, pour abattre la force d’‘Amaleq et l’extirper du monde. Et sur la différence qu’il y a entre la prophétie de Moshé et celle de Yehoshoua, nos Sages de mémoire bénie ont interprété : le visage de Moshé est comme le visage du soleil, et le visage de Yehoshoua comme le visage de la lune ; et l’explication est que la valeur de la prophétie de Moshé vient de l’agissant, et la valeur de la prophétie de Yehoshoua de celui qui reçoit, car ainsi ces astres, soleil et lune : celui-ci agit et celui-là reçoit.
הנני עומד לפניך שם על הצור בחורב. הצור הזה שברפידים הוא הסלע שבקדש הכל אחד והוא היה בארה של מרים והלך כל ימי המדבר עמהם וזהו שאמר לשון הנני כלשון האמור במן הנני ממטיר לכם ללמד כשם שהמן עמד לישראל ארבעים שנה כן עמד הבאר הזה, ועוד כי כשם שנגלית שכינה במן שנאמר וראיתם, את כבוד ה' כן נגלית בכאן על הצור לבאר כי היה ענין הבאר פלא קיים כפלא המן.
« Voici que Je me tiens devant toi, là, sur le rocher, à Horeb. » Ce rocher, qui est à Refidim, est le rocher qui est à Qadesh : tout est un ; et c’est le puits de Miriam, et il alla avec eux tous les jours du désert. Et c’est ce qu’il dit : l’expression « hineni » est comme l’expression dite pour la manne « hineni mamtir lakhem », pour enseigner que, de même que la manne tint pour Israël quarante ans, ainsi tint ce puits. Et encore : de même que la Shekhina se révéla dans la manne, comme il est dit « et vous verrez la gloire de l’Éternel », ainsi se révéla-t-elle ici, sur le rocher, pour expliquer que l’affaire du puits était un prodige durable, comme le prodige de la manne.
והכית בצור. אמרו במדרש מכאן שהמטה מסנפירינון היה שנאמר והכית בצור על הצור לא נאמר אלא בצור.
« Et tu frapperas le rocher. » On a dit dans le Midrash : de là, que le bâton était de sanpirinon, car il est dit « et tu frapperas dans le rocher (ba-tsour) » ; il n’est pas dit « sur le rocher (al ha-tsour) », mais « dans le rocher (ba-tsour) ».
היש ה' בקרבנו אם אין. היה ראוי הכתוב לומר אם לא כמו (שמות ט״ז:ד׳) הילך בתורתי אם לא, אבל ירמוז על המדה הנקראת אין ונקראת יראה ושניה לה נקראת יש ונקראת חכמה וזהו (איוב כ״ח:י״ב) והחכמה מאין תמצא, ועל כן סמך לו ה' ואמר היש ה', והוא דבר יעקב שאמר (בראשית כח) אכן יש ה', והוא מאמר שלמה ז"ל (משלי ח׳:כ״א) להנחיל אוהבי יש, וכבר ידעת שאין להפריד החכמה מן היראה ועל זה רמזו חכמי האמת באמרם אם אין יראה אין חכמה אם אין חכמה אין יראה כי הכל נקשר ומיוחד זה בזה, והנה ישראל הפרידו בכאן וקצצו ונטעו ולכך נענשו מיד ויבא עמלק והבן זה.
« L’Éternel est-il au milieu de nous, ou non (ayin) ? » L’Écriture aurait dû dire « im lo », comme (Exode 16,4) « marchera-t-il selon Ma Torah ou non (im lo) » ; mais il fait allusion à l’attribut appelé « Ayin » (rien) et appelé « Yir’a » (crainte), et le second après lui, appelé « Yesh » (il y a) et appelé « Hokhma » (sagesse) ; et c’est (Job 28,12) « et la sagesse se trouve issue d’Ayin ». Et c’est pourquoi il fit suivre « ha-yesh » de « Hashem », et dit « ha-yesh Hashem » ; et c’est la parole de Yaakov, qui dit (Genèse 28,16) « certes, il y a (yesh) l’Éternel en ce lieu » ; et c’est la parole de Shelomo, de mémoire bénie (Proverbes 8,21) « pour faire hériter à ceux qui m’aiment un avoir (yesh) ». Et tu sais déjà qu’on ne peut séparer la sagesse de la crainte ; c’est à cela que firent allusion les sages de vérité en disant : « s’il n’y a pas de crainte, il n’y a pas de sagesse ; s’il n’y a pas de sagesse, il n’y a pas de crainte », car tout est lié et uni l’un à l’autre. Et voici qu’Israël sépara ici, et ils coupèrent et plantèrent ; et c’est pourquoi ils furent punis aussitôt : « et ‘Amaleq vint » ; et comprends cela.
בחר לנו אנשים. היה עמלק גדול בחכמת האצטגנינות ובחר אנשי מלחמתו אנשים שלא יוכלו למות בשנה ההיא כי הוא ידע זה בחכמת הכוכבים והמזלות ועל כן אמר משה ליהושע בחר לנו אנשים כיוצא בהם שלא יוכל להתחכם עלינו שיהרוג הוא מישראל וישראל לא יהרוג אחד מהם וזהו שכתוב ויחלש יהושע ולא אמר ויהרוג, ומה שאמר בחר לנו שהשוה אותו לעצמו ולא אמר בחר לי דרשו רז"ל מכאן יהי כבוד תלמידך חביב עליך כשלך.
« Choisis-nous des hommes. » ‘Amaleq était grand dans la science de l’astrologie, et il choisit ses hommes de guerre parmi des hommes qui ne pouvaient pas mourir cette année-là, car il savait cela par la science des astres et des constellations. Et c’est pourquoi Moshé dit à Yehoshoua « choisis-nous des hommes » semblables à eux, afin qu’il ne puisse pas être plus rusé que nous, de sorte qu’il tue des Israélites et qu’Israël n’en tue aucun d’eux. Et c’est ce qui est écrit « et Yehoshoua affaiblit » (Exode 17,13) et non « il tua ». Et ce qu’il dit « choisis-nous » — il l’égala à lui-même et ne dit pas « choisis-moi » —, nos Sages de mémoire bénie l’ont interprété : de là, « que l’honneur de ton disciple te soit aussi cher que le tien ».
ומזה אחד. יבאר הכתוב כי משה כשהיה על ראש הגבעה פורש כפיו למעלה היה אהרן מימינו וחור משמאלו והוא באמצע נושא עשר אצבעותיו מקבל כח התמיכה בשניהם וזה דוגמת הקו האצעי שנבואתו מתוכו המקבל מהשרפים העומדים ממעל לו, וכן מצינו בכהן גדול שהיה הסגן בימינו וראש בית אב משמאלו ועשה משה דוגמת כן, אבל השפע מלמעלה דרך הקו של אמונה הנלחמת להם.
« Et de celui-ci un (ehad). » L’Écriture explique que Moshé, lorsqu’il était sur le sommet de la colline, étendant ses paumes en haut, Aharon était à sa droite et Hour à sa gauche, et lui au milieu, élevant ses dix doigts, recevant la force du soutien de tous les deux. Et cela est à l’image de la ligne médiane, dont la prophétie est de son sein, qui reçoit des séraphins qui se tiennent au-dessus de lui. Et ainsi nous trouvons pour le Grand Prêtre que le Sagan était à sa droite et le chef de la maison paternelle à sa gauche ; et Moshé fit à l’image de cela. Mais l’abondance d’en haut vient par la ligne de la foi qui combat pour eux.
ויהי ידיו אמונה. ע"ד הפשט אמר כי כאשר תמכו בידיו אהרן וחור מזה ומזה היו ידיו חזקות ולשון אמונה מלשון (ישעיה כב) ותקעתיו יתד במקום נאמן כי מתחלה כשהיו מרים ידו היו ישראל מתגברים וכאשר יניח ידו כלומר על כרחו שלא היה יכול להעמידם בזקיפה מטעם שהיו ידיו כבדים או מטעם שדרשו רז"ל אסור לאדם לעמוד שלש שעות כפיו פרושות לשמים אז וגבר עמלק ועל כן הוצרכו לאהרן וחור לתמוך בידיו.
« Et ses mains furent fermeté (emouna). » Selon le sens simple (peshat), il dit que lorsque Aharon et Hour soutinrent ses mains de ce côté-ci et de ce côté-là, ses mains étaient fortes ; et l’expression « emouna » vient de (Isaïe 22,23) « et je le planterai comme un clou en un lieu sûr (ne’eman) ». Car au début, quand il élevait sa main, Israël l’emportait ; et lorsqu’il la posait — c’est-à-dire contre son gré, car il ne pouvait pas les maintenir dressées, soit pour la raison que ses mains étaient lourdes, soit pour la raison que nos Sages de mémoire bénie ont interprétée : il est interdit à l’homme de rester debout trois heures les paumes étendues vers le ciel —, alors ‘Amaleq l’emportait ; et c’est pourquoi il leur fallut Aharon et Hour pour soutenir ses mains.
וע"ד המדרש ויהי ידיו אמונה קפץ משה להתפלל בזכות האבות אברהם יצחק ויעקב, אמונה זה אברהם שנאמר (בראשית טו) והאמין בה', עד בא זה יצחק שנאמר (שם כד) ויצחק בא מבוא, השמש זה יעקב שנאמר (שם לב) ויזרח לו השמש ע"כ, וענין המדרש הזה לפי דעתי כי כלפי שהיה עמלק בוטח ונשען על כחו של עשו הרשע זקנו המתברך מכחו של יצחק הוא מדת הגבורה ורצה להתגבר על ישראל בכח זה ע"כ הוצרך משה להתחכם עליו, והזכיר בתפלתו שלשה אבות כי הוא בן יעקב והוא החוט המשולש בזכות שלשתם, ועוד דרשו רז"ל עד בא השמש כל המלכיות אין עושין מלחמה אלא עד שש שעות מן היום אבל מלכות הרשעה עושה מלחמה שחרית וערבית.
Et selon le Midrash : « et ses mains furent fermeté » : Moshé se hâta de prier au mérite des Pères, Avraham, Yitshaq et Yaakov. « Emouna » : c’est Avraham, comme il est dit (Genèse 15,6) « et il crut en l’Éternel » ; « jusqu’à l’entrée (bo) » : c’est Yitshaq, comme il est dit (Genèse 24,62) « et Yitshaq venait de l’entrée (mi-bo) du puits de Lahay Roï » ; « le soleil » : c’est Yaakov, comme il est dit (Genèse 32,32) « et le soleil se leva pour lui ». Fin. Et le sens de ce Midrash, selon mon opinion, est que, puisque ‘Amaleq se confiait et s’appuyait sur la force de ‘Esav l’impie, son aïeul, qui est béni par la force de Yitshaq, qui est l’attribut de force (Gevoura), et voulait l’emporter sur Israël par cette force, Moshé dut user d’astuce à son égard ; et il mentionna dans sa prière les trois Pères, car il est fils de Yaakov, qui est le fil triple, par le mérite des trois. Et nos Sages de mémoire bénie ont encore interprété : « jusqu’au coucher du soleil » : tous les royaumes ne font la guerre que jusqu’à six heures du jour, mais le royaume de l’impiété fait la guerre le matin et le soir.
ועוד דרשו בו שעמדה חמה למשה בכאן, עד בא השמש היו מחשבים השעות באסטרולוגיא"ה מה עשה משה העמיד גלגל חמה ולבנה וערבב שעותיהן שנאמר והיה כאשר ירים משה ידו, וכתיב (חבקוק ג) רום ידיהו נשא, וכתיב בתריה שמש ירח עמד זבולה ע"כ בתנחומא.
Et ils ont encore interprété à ce sujet que le soleil se tint pour Moshé en ce lieu : jusqu’au coucher du soleil, ils calculaient les heures par l’astrologie (astrologia). Que fit Moshé ? Il arrêta la sphère du soleil et de la lune et brouilla leurs heures, comme il est dit « et il arriva, quand Moshé élevait sa main », et il est écrit (Habaquq 3,10) « rom yadehou nasa » (il leva ses mains en haut), et il est écrit après (3,11) « soleil, lune s’arrêtèrent dans leur demeure ». Fin, dans le Tanhouma.
לאיש הזה, והֵאם לאו בעלת דברים דידיה היא, שאמר צעקה הנערה המאורסה, ועל כן דרשו שכן הזכיר הנביא (עובדיה יא) ביום עמדך מנגד ביום שבות זרים חילו ונכרים באו שעריו ועל ירושלים ידו גורל גם אתה כאחד מהם, למדך שכבר נתבטלה האחוה ויצאה מכללה והרי הוא כשאר האומות הזרים, שהרי הרבית לא נאסר לישראל אלא מטעם שנצטוינו להחיותו ולעשות עמו גמילות חסדים, ממה שכתוב (ויקרא כה) וחי אחיך עמך.
« À cet homme. » Et n’est-ce pas sa propre plaideuse, qui dit : « la jeune fille fiancée a crié » ? Et c’est pourquoi ils ont interprété ainsi : de même que le prophète mentionna (Abdias 1,11) « le jour où tu te tenais à l’écart, le jour où des étrangers emmenaient captive son armée, et où des étrangers entraient dans ses portes et jetaient le sort sur Jérusalem, toi aussi tu étais comme l’un d’eux » ; l’Écriture t’a enseigné que la fraternité était déjà annulée et sortie de son ensemble, et le voici comme les autres nations étrangères ; car l’usure (ribbit) n’a été interdite à Israël que pour la raison qu’il nous a été ordonné de le faire vivre et d’exercer avec lui des actes de bonté, d’après ce qui est écrit (Lévitique 25,36) « et que ton frère vive avec toi ».
וע"ד הקבלה ויהי ידיו אמונה היה משה מתכוין בעשר אצבעות ידיו ונושא כפיו לרום השמים הוא הקו האמצעי הנקרא רום בשור"ק וזהו לשון ירים משה ידו, והכונה למשה, או לכהן בנשיאות כפים, כי בפרישת העשר על הכוונה הזאת היו מתקדשים כל העשר והשפע נמשך בהם ומהם לשכלים ובאותה שעה רפו ידי הכחות המקטרגים ואין כח לאחד מהם לקטרג, ואז היו ישראל נוצחים ומתגברים, כי לא היה אחד מהם מן הכחות נודד כנף ופוצה פה ומצפצף, ולכך וגבר ישראל בהרמת ידיו, ובהנחתם וגבר עמלק, והיה משה מוכרח בהרמתם ובהנחתם, בהרמתם כדי שיתבטלו המקטרגים מפעולתם ויתגברו ישראל, והנחתם שאילו לא היה מניחם היו הכחות בטלים לגמרי לא יפעלו פעולתם שנתמנו עליה כלל ואין אדם רשאי לעשות כן כי לא תוהו בראה לשבת יצרה והכחות במנויים צריכים הם לעולם, וזה טעם האסור בשהיית שלש שעות וכפיו פרושות השמים וזה מבואר.
Et selon la voie de la Kabbale : « et ses mains furent fermeté » : Moshé avait l’intention, par les dix doigts de ses mains et en élevant ses paumes vers la hauteur des cieux, qui est la ligne médiane appelée רוּם (roum, hauteur), vocalisée avec un shourouq, et c’est l’expression « quand Moshé élevait (yarim) sa main » ; et l’intention est pour Moshé, ou pour le Cohen dans l’élévation des paumes. Car en étendant les dix sur cette intention, les dix étaient sanctifiées, et l’abondance était attirée en elles, et d’elles vers les intellects ; et à cette heure les mains des forces accusatrices se relâchaient, et aucune d’elles n’avait la force d’accuser, et alors Israël vainquait et l’emportait ; car aucune de ces forces n’agitait l’aile, n’ouvrait la bouche ni ne pépiait. Et c’est pourquoi « Israël l’emportait » lors de l’élévation de ses mains, et lors de leur abaissement « ‘Amaleq l’emportait ». Et Moshé était contraint de les élever et de les abaisser : de les élever, pour que les accusateurs soient annulés dans leur action et qu’Israël l’emporte ; et de les abaisser, car s’il ne les abaissait pas, les forces seraient annulées entièrement, elles n’opéreraient pas du tout leur action pour laquelle elles ont été nommées ; or l’homme n’a pas le droit de faire cela, car « Il ne l’a pas créée pour le chaos, Il l’a formée pour être habitée », et les forces, dans leurs charges, sont nécessaires au monde. Et tel est le sens de l’interdiction de rester trois heures les paumes étendues vers le ciel ; et cela est clair.
ואמר ויהי והיה לו לומר ויהיו, אבל מלת ויהי תחזור למשה ובאורו ויהי משה פורש ידיו להמשיך כח אל ה"א אחרונה היא מדת הדין הנלחמת לישראל הנקראת אמונה כענין שכתוב (תהלים צב) ואמונתך בלילות והוא שאמרו רז"ל כל מי שלא אמר אמת ויציב שחרית ואמת ואמונה ערבית לא יצא ידי חובתו והטעם שלא הזכיר כל מדה ומדה בזמנה. ועוד נראה לי שיכלול ויהי ידיו כי משפט הכהן הנושא כפיו שירשום אותיות ההוי"ה בידיו וזהו לשון ויהי ידיו וכן משפטו עוד שיהיו אצבעותיו זקופים למעלה בעוצם כחו וחוזק כוונתו ושלא לחברם זו בזו וזהו לשון אמונה.
Et il dit « vayehi » (et il fut), alors qu’il aurait dû dire « vayihyou » (et ils furent) ; mais le mot « vayehi » se rapporte à Moshé, et son explication est : « et Moshé fut, étendant ses mains », pour attirer de la force vers le dernier He, qui est l’attribut de rigueur, qui combat pour Israël, appelé « emouna », comme il est écrit (Psaumes 92,3) « et ta fidélité (emounatekha) dans les nuits » ; et c’est ce que dirent nos Sages de mémoire bénie : quiconque n’a pas dit « emet ve-yatsiv » le matin et « emet ve-emouna » le soir n’a pas accompli son obligation, et la raison est qu’il n’a pas mentionné chaque attribut en son temps. Et encore, il me semble que « vayehi yadav » comprend [l’allusion à] ce que le règlement du Cohen qui élève ses paumes est qu’il inscrive les lettres du Tétragramme (HaVaYaH) dans ses mains, et c’est l’expression « vayehi yadav » ; et ainsi est encore son règlement : que ses doigts soient dressés vers le haut, avec toute sa force et la fermeté de son intention, et sans les joindre les uns aux autres ; et c’est l’expression « emouna ».
והטעם כדי שיתברך למעלה כל אחד ואחד לבדו וכדי שלא לערב למטה אותיות ההוי"ה שהוא רושם באצבעותיו. ובספר הבהיר תמצא שאלו תלמידיו למי נושאים כפים לרום השמים מנא לן דכתיב (חבקוק ג) נתן תהום קולו רום ידיהו נשא, הא למדת שאין נשיאות כפים אלא לרום השמים וכשיש בישראל משכילים יודעים סוד השם הנכבד ונושאין כפיהם מיד הם נענים שנאמר (ישעיה נח) אז תקרא וה' יענה תשוע ויאמר הנני, אם אז תקרא ה' יענה מיד, ומאי ניהו אז אלא מלמד שאין לה רשות לאל"ף לבדה להקראות אלא על ידי אותיות הדבקות עמה היושבים ראשונה במלכות, ועם אל"ף הם ג' נשארו ז' מעשרה מאמרות והיינו ז' וכתיב אז ישיר משה ובני ישראל גם כן ע"כ לשון ספר הבהיר.
Et la raison est que chacune soit bénie en haut à part, et pour ne pas mêler en bas les lettres du Tétragramme qu’il imprime par ses doigts. Et dans le livre Bahir tu trouveras que ses disciples demandèrent : à qui élève-t-on les paumes vers la hauteur du ciel ? D’où le tenons-nous ? Car il est écrit (Habaquq 3,10) « l’abîme a donné sa voix, il a levé ses mains en haut (rom yadehou nasa) » ; ainsi tu apprends que l’élévation des paumes n’est que vers la hauteur du ciel. Et lorsqu’il y a en Israël des maskilim qui connaissent le secret du Nom glorieux et qui élèvent leurs paumes, aussitôt ils sont exaucés, comme il est dit (Isaïe 58,9) « alors (az) tu appelleras, et l’Éternel répondra ; tu crieras au secours, et Il dira : me voici ». Si « alors tu appelleras », l’Éternel répondra aussitôt ; et qu’est-ce que « az » (alors) ? Mais cela enseigne qu’il n’est pas permis à l’aleph seul d’être appelé, sinon par les lettres qui s’y attachent, assises d’abord dans la Royauté ; et avec l’aleph, elles sont trois ; il en reste sept des dix paroles, et c’est sept ; et il est écrit « alors (az) chanta Moshé et les fils d’Israël », de même. Fin du langage du livre Bahir.
ויחלש יהושע. מלת ויחלש מעידה שאין הקב"ה משחית ומבטל מערכת הכוכבים לגמרי ואינו מכריח הטבע שלא יעשה דרכו ומנהגו אלא לצורך גדול ולענין הכרחי לפי שהמערכה ומעשה הטבע פעולותיו ואיך יבא כנגד פעולתו לעקור ולהשחית אבל הוא יתברך מתחכם על המערכה להציל מי שרוצה להציל ויוסיף ויגרע כרצונו על פי השכר והעונש מבלתי השחת המערכה, וזהו לשון ויחלש שלא אמר ויהרוג והקב"ה הציל את ישראל מיד עמלק והמערכה לא נשחתה. וכן מצינו שדרשו צא מאצטגנינות שלך, אברם אינו מוליד אברהם מוליד ולמה לא היה עושה שיוליד אברם אלא שלא תשחת המערכה.
« Et Yehoshoua affaiblit (vayahalosh). » Le mot « vayahalosh » témoigne que le Saint, béni soit-Il, ne détruit pas et n’annule pas totalement l’ordre des astres, et ne contraint pas la nature à ne pas suivre sa voie et son cours, sauf pour un grand besoin et une affaire nécessaire ; car l’ordre [des astres] et l’œuvre de la nature sont Ses actions, et comment viendrait-Il contre Son action pour l’arracher et la détruire ? Mais Lui, béni soit-Il, use d’astuce envers l’ordre [des astres], pour sauver celui qu’Il veut sauver, et Il ajoute et retranche selon Sa volonté, d’après la récompense et le châtiment, sans détruire l’ordre. Et c’est l’expression « vayahalosh », car il ne dit pas « il tua » ; et le Saint, béni soit-Il, sauva Israël de la main d’‘Amaleq, et l’ordre [des astres] ne fut pas détruit. Et ainsi nous trouvons qu’ils ont interprété : « sors de ton astrologie : Avram n’engendre pas, Avraham engendre » ; et pourquoi n’aurait-Il pas fait qu’Avram engendre ? Sinon pour que l’ordre [des astres] ne soit pas détruit.
ויתכן עוד לומר ויחלש כי החליש כחו של מעלה ולא אמר לעמלק אלא את עמלק לרבות שרו של עמלק שהחלישו יהושע בתפלתו או מכח נשיאות כפיו של משה עד שהשר עצמו היה עוזר לישראל ובא כנגד עמלק.
Et il se peut encore qu’on dise « vayahalosh » : car il affaiblit la force d’en haut, et il ne dit pas « le-‘Amaleq » mais « et ‘Amaleq » (avec la particule « et »), pour inclure le prince d’‘Amaleq, que Yehoshoua affaiblit par sa prière, ou par la force de l’élévation des paumes de Moshé, au point que le prince lui-même aidait Israël et venait contre ‘Amaleq.
כי מחה אמחה. מחה תחלה בשמים ואח"כ אמחה בארץ וזהו שאמרו רז"ל אין אומה נופלת עד שיפול שרה תחלה שנאמר (ישעיה לד) כי רותה בשמים חרבי ואחר כך על אדום תרד. ובמדרש כי מחה בעולם הזה, אמחה לעוה"ב. מתחת השמים עליהם אמר ירמיה (איכה ג) תרדף באף ותשמידם.
« Car j’effacerai, j’effacerai (mahoh emheh). » « Mahoh » : d’abord dans les cieux ; et ensuite « emheh » : sur la terre. Et c’est ce que dirent nos Sages de mémoire bénie : aucune nation ne tombe avant que son prince tombe d’abord, comme il est dit (Isaïe 34,5) « car Mon épée est enivrée dans les cieux, puis sur Edom elle descendra ». Et dans le Midrash : « mahoh » en ce monde, « emheh » dans le monde à venir. « De dessous les cieux » : c’est d’eux que Yirmeyahou dit (Lamentations 3,66) « Tu les poursuivras dans la colère et Tu les détruiras de dessous les cieux de l’Éternel ».
ויאמר כי יד על כס יה. ויאמר חוזר למשה. כי יד, כך דרך הנשבע לשים יד על חפץ ודרך משל הוא כלשון (דברים ל״ב:מ׳) כי אשא אל שמים ידי, (במדבר י״ד:ל׳) אשר נשאתי את ידי.
« Et il dit : car une main sur le trône de Yah. » « Et il dit » se rapporte à Moshé. « Car une main (yad) » : ainsi est l’usage de celui qui jure, de poser la main sur un objet ; et c’est une manière de parler, comme dans l’expression (Deutéronome 32,40) « car je lève vers le ciel ma main », et (Nombres 14,30) « que j’avais levé ma main ».
וע"ד הפשט כי יד על כס יה יאמר כי הש"י משביע לכל מלך ישראל שישב על כסא מלכות שיעשה מלחמה לה' בעמלק, באר כי המלחמה והשלל הכל יהיה אסור בהנאה ויהיה הכל לה' לא לבני אדם ומפני זה בא העונש לשאול ומדורו של שאול עד דורו של מרדכי וידע מרדכי כי שאול זקנו נענש בעונש גדול והיה עונשו מדה כנגד מדה כי תלה הכתוב שלמות הכסא בנקמת עמלק והוא לא נזהר בנקמתו ועל כן נענש שאבד השם והכסא כי לא נשאר לו שם אחריו אלא נהרג הוא ויהונתן בנו עמו ונפל כסא מלכותו, ומפני זה נזהר מרדכי בדבר שלא ליהנות משלל המן שהיה מזרע עמלק כענין שכתוב בפורענות המן (אסתר ט׳:י׳) ובבזה לא שלחו את ידם, לפי שהתורה הזהירה בכך (דברים כ״ה:י״ט) תמחה את זכר עמלק, וכן מצינו לעתיד המלחמה והשלל הכל לה' שנאמר (מיכה ד׳:י״ג) והחרמתי לה' בצעם וחילם לאדון כל הארץ.
Et selon le sens simple (peshat), « car une main sur le trône de Yah » dit que le Saint, béni soit-Il, fait jurer à tout roi d’Israël qui siégera sur le trône de la royauté qu’il mènera pour l’Éternel la guerre contre ‘Amaleq. Il explique que la guerre et le butin seront entièrement interdits de jouissance, et seront entièrement à l’Éternel et non aux hommes ; et pour cette raison vint la punition sur Shaoul ; et de la génération de Shaoul jusqu’à la génération de Mordekhaï, Mordekhaï sut que Shaoul, son aïeul, avait été puni d’une grande punition, et que sa punition fut mesure pour mesure : car l’Écriture a suspendu l’intégrité du trône à la vengeance d’‘Amaleq, et lui ne prit pas garde à sa vengeance, et c’est pourquoi il fut puni : le nom et le trône furent perdus, car il ne lui resta aucun nom après lui, mais il fut tué, lui et son fils Yehonatan avec lui, et le trône de sa royauté tomba. Et pour cette raison Mordekhaï prit garde à ne pas jouir du butin de Haman, qui était de la descendance d’‘Amaleq, comme il est écrit à propos de la punition de Haman (Esther 9,10) « mais ils n’étendirent pas leur main sur le butin », parce que la Torah avertit à ce sujet (Deutéronome 25,19) « tu effaceras la mémoire d’‘Amaleq » ; et de même nous trouvons pour l’avenir que la guerre et le butin seront entièrement à l’Éternel, comme il est dit (Michée 4,13) « et je vouerai à l’Éternel leur butin, et leur richesse au Seigneur de toute la terre ».
וע"ד המדרש כי יד על כס יה לא אמר על כסא ה' נשבע הקב"ה שאין הכסא שלם והשם שלם עד שינקם מזרעו של עמלק. בדרך הקבלה יתבאר על הדרך הזה ענין המדרש.
Et selon le Midrash : « car une main sur le trône de Yah » : il n’est pas dit « sur le trône de l’Éternel (kissé H’) », mais « kes Yah » : le Saint, béni soit-Il, jura que le trône n’est pas complet et le Nom n’est pas complet jusqu’à ce qu’Il se venge de la descendance d’‘Amaleq. Par la voie de la Kabbale, l’affaire du Midrash s’expliquera de cette façon.
וע"ד הקבלה כי יד על כס יה היד הזאת היא מלחמה לה' שהיא מדת הדין של מעלה וגלה לך הכתוב כי היא על כס יה כי שם יה מדת הדין של מטה כענין שכתוב (שמות ט״ו:ב׳) עזי וזמרת יה וכמו שבארתי במקומו. על כן יאמר כי היד אשר על כס יה שהיא מלחמה לה' תהיה מלחמה בעמלק מדור דור, כי תעניש אותו מדה של מעלה שהיא מדת הדין הקשה כדי להאבידו מן העולם הזה והבא על הפסק כחו ממנו ובעבור כן נלחמת בו על שפסקה ממנו ונשאר השם והכסא כאלו חסר.
Et selon la Kabbale : « car une main sur le trône de Yah » : cette main est « guerre pour l’Éternel », qui est l’attribut de rigueur d’en haut ; et l’Écriture te révèle qu’elle est « sur le trône de Yah », car le nom « Yah » est l’attribut de rigueur d’en bas, comme il est écrit (Exode 15,2) « ma force et ma louange, Yah », et comme je l’ai expliqué à sa place. C’est pourquoi on dira que la main qui est sur le trône de Yah, qui est « guerre pour l’Éternel », sera guerre contre ‘Amaleq de génération en génération, car elle le punira par une mesure d’en haut, qui est l’attribut de rigueur sévère, pour le faire disparaître de ce monde et de celui à venir, à cause de l’interruption de sa force d’avec lui ; et c’est pourquoi elle combat contre lui, parce qu’elle a été interrompue d’avec lui, et le Nom et le trône restent comme s’ils étaient diminués.
ובאור המדרש השם והכסא הם שבע מדות הרמוזות בוי"ו ה"א שהם כסא למה שלמעלה, או יאמר כי יד על כס יה כי עמלק שלח ידו על כס יה כלומר על וא"ו ה"א שהם כסא ליו"ד ה"א, שהם ג' ראשונות כמו שידעת, ובעבור כן מלחמה לה' בעמלק מדור דור, לפי דעתי זהו סוד הכתוב שמצינו בעשו אלוף עלוה ובדברי הימים (דברי הימים א א׳:נ״א) כתב משה עצמו אלוף עליה ביו"ד כדי לחבר השם וכענין שכתוב (תהלים ב) על ה' ועל משיחו.
Et l’explication du Midrash : « le Nom et le trône » sont les sept attributs auxquels font allusion le vav et le he, qui sont un trône pour ce qui est au-dessus. Ou bien on dira : « car une main sur le trône de Yah » : car ‘Amaleq a étendu sa main sur le trône de Yah, c’est-à-dire sur le vav et le he, qui sont un trône pour le yod et le he, qui sont les trois premiers, comme tu le sais ; et c’est pourquoi guerre pour l’Éternel contre ‘Amaleq de génération en génération. Selon mon opinion, tel est le secret de l’Écriture que nous avons trouvée à propos d’‘Esav : « alouf ‘Alva » ; et dans les Chroniques (I Chroniques 1,51) Moshé lui-même écrivit « alouf ‘Aliah » avec un yod, afin de joindre le Nom, et comme il est écrit (Psaumes 2,2) « contre l’Éternel et contre son oint ».
ועוד נכלל במלת כס שלא אמר כסא לרמוז על העננים המקיפים את הכסא שהם ז' ממה שכתוב (איוב כו) פרשז בתוספת זי"ן וכשישראל עושים רצונו של מקום העננים נפתחים כצורת כ"ף וכשאינם עושים רצונו של מקום נסגרין כצורת סמ"ך וכענין שכתוב (איכה ג׳:מ״ד) סכותה בענן, וזהו (שמות כ״ד:ט״ו) ויכס הענן את ההר, (שם מ) ויכס הענן את אהל מועד, וכבר ידעת כי ז' עננים היו לישראל במדבר.
Et encore, est compris dans le mot « kes » — car il ne dit pas « kissé » (trône) — une allusion aux nuées qui entourent le trône, qui sont sept, d’après ce qui est écrit (Job 26,9) « parshez », avec l’ajout du zayin. Et lorsque Israël fait la volonté du Lieu, les nuées s’ouvrent en forme de kaf, et lorsqu’ils ne font pas la volonté du Lieu, elles se ferment en forme de samekh, comme il est écrit (Lamentations 3,44) « Tu t’es enveloppé (sakkota) de nuée » ; et c’est (Exode 24,15) « et la nuée couvrit (va-yekhas) la montagne », (ibid. 40,34) « et la nuée couvrit (va-yekhas) la tente d’assignation ». Et tu sais déjà que sept nuées étaient pour Israël dans le désert.
וראיתי לאחד מן המקובלים שכתב בזה דע והתבונן כי כסא הכבוד הוא משפיע ברכה וכח לשבעים מלאכים הסובבים את הכסא שהם ממונים על שבעים אומות והם שרים עליהם מנהיגים אותם, והיה עמלק מזרע עשו ולפיכך היה כחו גדול ועצום שהרי כחו של עשו זקנו היה מתפרנס ומתברך מכחו של יצחק הוא מדת הגבורה, והענין הזה נרמז במלת ויחלש שלא אמר ויהרג אלא ויחלש כלומר שהחליש כחו הגדול של מעלה השואב כח ממדת הגבורה והפסיקו משם כדי שיפלו לפניו לפי חרב.
Et j’ai vu chez l’un des kabbalistes qui écrivit à ce sujet : sache et contemple que le trône de gloire répand bénédiction et force sur soixante-dix anges qui entourent le trône, qui sont préposés sur les soixante-dix nations et qui les gouvernent en princes ; et ‘Amaleq était de la descendance d’‘Esav, et c’est pourquoi sa force était grande et puissante, car la force d’‘Esav son aïeul se nourrissait et était bénie de la force de Yitshaq, qui est l’attribut de force (Gevoura). Et cette affaire est suggérée dans le mot « vayahalosh » : car il ne dit pas « il tua », mais « vayahalosh », c’est-à-dire qu’Il affaiblit sa grande force d’en haut, qui puise la force de l’attribut de Gevoura, et l’interrompit de là, afin qu’ils tombent devant lui au fil de l’épée.
והנה עמלק א' משבעים אומות והכח שלו אחד משבעים שרים וכאשר חטא עמלק זה פסק הש"י כחו מן הכסא שלא יתפרנס ממנו ושלא ימשך כח ברכה מלפני ולפנים רק מכח הכוכבים והמזלות והפסיק כחו מן הכסא הוא השבועה שבכאן שאמר כי יד על כס יה, והענין כאלו היה הכסא חסר והשם חסר כי כאשר הוא מסלק כחו מן הכסא נראה הכסא חסר וגם השם נראה חסר שנראה כאלו אינו מתקיים הכל ויש כח אחר זולתו ח"ו וע"כ חסר האל"ף מן הכסא כי כחו הקדמון נסתלק מן הכסא לצורך עמלק והוא"ו והה"א מן השם, אבל לימות המשיח כשיפקוד הש"י על צבא השמים ויבטל הממונים העליונים ממנוים וכענין שכתוב בדניאל (דניאל ח׳:י׳) ותגדל עד צבא השמים ותפל ארצה מן הצבא ומן הכוכבים ותרמסם יאבדו האומות על נקלה באבדן השרים הממונים עליהם,
Et voici qu’‘Amaleq est une des soixante-dix nations, et sa force est l’un des soixante-dix princes. Et lorsque cet ‘Amaleq pécha, le Saint, béni soit-Il, interrompit sa force d’avec le trône, pour qu’il ne s’en nourrisse pas et que ne soit pas attirée la force de bénédiction de l’intérieur le plus intime, mais seulement de la force des astres et des constellations ; et l’interruption de sa force d’avec le trône est le serment d’ici, quand il dit « car une main sur le kes Yah ». Et l’affaire est comme si le trône était diminué et le Nom diminué : car lorsqu’Il retire Sa force du trône, le trône paraît diminué, et le Nom paraît aussi diminué, car il paraît comme si tout ne subsistait pas et qu’il y avait une autre force en dehors de Lui, à Dieu ne plaise. Et c’est pourquoi l’aleph manque au trône (kes pour kisse), car sa force primordiale s’est retirée du trône à cause d’‘Amaleq, et le vav et le he manquent au Nom. Mais aux jours du Messie, lorsque le Saint, béni soit-Il, visitera l’armée du ciel et annulera les préposés d’en haut de leurs charges, comme il est écrit dans Daniel (Daniel 8,10) « et elle grandit jusqu’à l’armée du ciel, et elle fit tomber à terre de l’armée et des étoiles, et les foula », les nations périront aisément par la perte des princes préposés sur elles.
ויש מן האומות הרבה שיחזרו לדתנו כענין שכתוב (זכריה ח׳:כ״ג) יחזיקו עשרה אנשים וגו', וכתיב (צפניה ג׳:ט׳) כי אז אהפוך אל עמים שפה ברורה לקרא כלם בשם ה' לעבדו שכם אחד, ואין לך אומה בעולם שלא יהיה לו חלק בהקב"ה, אבל עמלק ועשו לא יהיה להם חלק וזכרון עם שאר האומות הנשארים הוא שכתוב (עובדיה יח) ולא יהיה שריד לבית עשו, באור הכתוב כי משאר העו"ג יהיו שרידים ופליטים שישארו מהם לעבוד את ה' ואין בו מזרעו של עשו אך ימחו מן העולם, כענין שכתוב כי מחה אמחה את זכר עמלק ואז יהיה השם והכסא על השלמות שהרי ג' אותיות שהן אל"ף ה"א וא"ו הם תשלום הכסא והשם.
Et beaucoup parmi les nations reviendront à notre loi, comme il est écrit (Zacharie 8,23) « dix hommes saisiront, etc. », et il est écrit (Sophonie 3,9) « car alors Je changerai pour les peuples une lèvre pure, pour que tous invoquent le nom de l’Éternel et Le servent d’un seul cœur (shekhem ehad) ». Et il n’y a nation au monde qui n’aura part au Saint, béni soit-Il ; mais ‘Amaleq et ‘Esav n’auront ni part ni souvenir avec les autres nations qui resteront ; c’est ce qui est écrit (Abdias 1,18) « et il n’y aura pas de survivant pour la maison d’‘Esav ». Explication de l’Écriture : des autres nations idolâtres, il y aura des survivants et des rescapés, qui resteront d’entre eux pour servir l’Éternel, et il n’y en aura aucun de la descendance d’‘Esav, mais ils seront effacés du monde, comme il est écrit « car j’effacerai, j’effacerai la mémoire d’‘Amaleq ». Et alors le Nom et le trône seront dans la plénitude, car les trois lettres aleph, he, vav sont le complément du trône et du Nom.
ועל זה אמר דוד ע"ה (תהילים קל״ב:י״ג) כי בחר ה' בציון אוה למושב לו, יאמר לעתיד כשהקב"ה יבחר בציון אז ישב על כסא שלם וזה לשון אוה שהוא תשלום הכסא והשם וכן אמר דוד ע"ה (שם ט) האויב תמו חרבות לנצח וערים נתשת אבד זכרם המה, וכתיב וה' לעולם ישב כונן למשפט כסאו, וה' לעולם ישב הרי שהשם שלם כונן למשפט כסאו הרי הכסא שלם ואז תהיה הממשלה לש"י לבדו כענין שנאמר (ישעיהו ב׳:י״א) ונשגב ה' לבדו ביום ההוא וכתיב (עובדיה כא) ועלו מושיעים בהר ציון לשפוט את הר עשו והיתה לה' המלוכה והיה ה' למלך על כל הארץ ביום ההוא יהיה ה' אחד ושמו אחד.
Et sur cela dit David, paix sur lui (Psaumes 132,13) « car l’Éternel a choisi Sion, Il l’a désirée (iwwah) pour Sa demeure » : il dit pour l’avenir : lorsque le Saint, béni soit-Il, choisira Sion, alors Il siégera sur un trône complet ; et c’est l’expression « iwwah » (aleph, vav, he), qui est le complément du trône et du Nom. Et de même David, paix sur lui, dit (Psaumes 9,7) « l’ennemi, les ruines ont pris fin pour toujours, et Tu as arraché les villes, leur souvenir a péri », et il est écrit « et l’Éternel siège pour toujours, Il a établi pour le jugement Son trône » : « et l’Éternel siège pour toujours » : voilà que le Nom est complet ; « Il a établi pour le jugement Son trône » : voilà que le trône est complet ; et alors la souveraineté sera au Nom béni seul, comme il est dit (Isaïe 2,11) « et l’Éternel seul sera exalté en ce jour-là », et il est écrit (Abdias 1,21) « et des sauveurs monteront sur la montagne de Sion pour juger la montagne d’‘Esav, et la royauté sera à l’Éternel », et « l’Éternel sera roi sur toute la terre ; en ce jour-là, l’Éternel sera un et Son nom un ».