Chémot 18:1 · commentaire 1
מרפא לשון עץ חיים וסלף בה שבר ברוח (משלי טו, ד)
« Une langue qui apaise est un arbre de vie, et la perversité en elle est une brisure dans l’esprit. » (Proverbes 15,4)
Chémot · RABBÉNOU BÉ’HAYÉ
Chémot 18:1–20:23 · 140 entrées de commentaire
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מרפא לשון עץ חיים וסלף בה שבר ברוח (משלי טו, ד)
« Une langue qui apaise est un arbre de vie, et la perversité en elle est une brisure dans l’esprit. » (Proverbes 15,4)
שלמה המלך ע"ה הודיענו בכתוב הזה (משלי טו) גודל התועלת הנמצא בלשון כי הלשון מרפא חולי הנפש, ורפואתה עליונה על כל יתר הרפואות, כי יתר רפואות הסמים והמסעדים או העשבים הנה הם רפואה מסופקת אם יתרפא בהם החולה אם לא ואף אם יתרפא בהם אין כל כח רפואתם ותועלתם כי אם בהסרת החולי, אין בהם כח להוסיף על החיים, אבל מרפא הלשון אינה רפואה מסופקת כי אם רפואה ודאית ויש בה כח להוסיף על חיי האדם היא עץ החיים והחיים דבקים עמה. וסלף בה שבר ברוח, כשם שרפואת הלשון על כל יתר הרפואות כן החלי המגיע מן הלשון והוא הבזיון והלעג והליצנות שאדם מבזה את חברו ומלעיג ומתלוצץ עליו או מלבין פניו, ומפורש אמרו רז"ל המלבין פני חברו ברבים אין לו חלק לעולם הבא.
Le roi Shelomo, paix sur lui, nous a fait connaître par cet Écrit (Proverbes 15) la grandeur de l’utilité qui se trouve dans la langue : car la langue guérit la maladie de l’âme, et sa guérison est supérieure à toutes les autres guérisons. Car les autres guérisons, celles des drogues, des fortifiants ou des herbes, voilà, ce sont des guérisons douteuses : le malade en sera-t-il guéri ou non ? Et même s’il en est guéri, toute la force de leur guérison et leur utilité n’est que dans la suppression de la maladie ; elles n’ont pas la force d’ajouter à la vie. Mais la guérison de la langue n’est pas une guérison douteuse, mais une guérison certaine, et elle a la force d’ajouter à la vie de l’homme ; elle est l’arbre de vie, et la vie est attachée à elle. « Et la perversité en elle est une brisure dans l’esprit » : de même que la guérison de la langue surpasse toutes les autres guérisons, ainsi la maladie qui vient de la langue, qui est le mépris, la raillerie et la moquerie, lorsque l’homme méprise son prochain, se moque de lui, le tourne en dérision, ou l’humilie. Et nos Sages de mémoire bénie ont dit expressément : celui qui humilie son prochain en public n’a pas de part au monde à venir.
והנה החולי הזה מן הלשון הוא קשה מאד מחולי הגוף והחולי הקשה שבכל חולי הגוף הוא שבר ברוח כלומר שבירת הרוח וכתיב (שם יח) רוח איש יכלכל מחלהו ורוח נכאה מי ישאנה, באור הכתוב כי הרוח והוא הנפש נושא מחלת הגוף כי היא מכלכלת חולי הגוף ימים מספר בלי מאכל ומשתה, אבל כשהנפש חולה מי ישאנה ובא הכתוב ללמד כי חולי הנפש והיא שבירת הרוח קשה מאד מחולי הגוף, ועוד כי כשם שיש חולי בגוף כן יש חולי בנפש וחולי הנפש הם בעלי עברות ומי שיש בידו אמונה רעה, והוא שהזכיר הכתוב (שם ב) להצילך מאשה זרה מנכריה אמריה החליקה,
Et voici que cette maladie qui vient de la langue est très dure, plus que la maladie du corps ; et la maladie la plus dure de toutes les maladies du corps est « une brisure dans l’esprit », c’est-à-dire la brisure de l’esprit ; et il est écrit (Proverbes 18,14) « l’esprit de l’homme soutiendra sa maladie, mais un esprit abattu, qui le portera ? ». Explication de l’Écriture : l’esprit, qui est l’âme, porte la maladie du corps, car elle soutient la maladie du corps pendant des jours en nombre sans nourriture ni boisson ; mais lorsque l’âme est malade, qui la portera ? Et l’Écriture vient enseigner que la maladie de l’âme, qui est la brisure de l’esprit, est beaucoup plus dure que la maladie du corps. Et encore : de même qu’il y a maladie dans le corps, ainsi il y a maladie dans l’âme, et les malades de l’âme sont les possesseurs de transgressions et celui qui a une mauvaise croyance (emouna ra‘a) ; et c’est ce que l’Écriture a mentionné (Proverbes 2,16) « pour te sauver de la femme étrangère, de l’étrangère aux paroles doucereuses »,
וכתיב (שם ה) כי נופת תטופנה שפתי זרה, המשיל אמונה רעה לאשה זרה המאבדת אותו בסוף, ועל כן אמר ואחריתה מרה כלענה חדה כחרב פיות, וכתיב רגליה יורדות מות שאול צעדיה יתמכו, ועם דבור הלשון שנתן באדם אשר עמו יש לו יתרון על שאר ב"ח אפשר בו לרפאות למי שיש לו חולי הנפש ולקרב אותו תחת כנפי השכינה ולהנחילו החיים האמתיים הנצחיים, והמדה הזאת מצאנוה באברהם אבינו שהחזיק והמשיך רבים לאמונת הש"י, וכל זה ברפואת הלשון והיא המרגלית שהיתה תלויה בצוארו שכן דרשו רז"ל מרגלית אחת היתה תלויה בצוארו של אברהם אבינו שכל חולה שרואה אותה מיד מתרפא וכשנפטר מן העולם נטלה ותלאה בגלגל חמה.
et il est écrit (Proverbes 5,3) « car les lèvres de l’étrangère distillent du miel ». Il compara la mauvaise croyance à une femme étrangère, qui le perd à la fin ; et c’est pourquoi il dit (5,4) « et sa fin est amère comme l’absinthe, aiguë comme une épée à deux tranchants », et il est écrit (5,5) « ses pieds descendent vers la mort, ses pas soutiennent le shéol ». Et avec la parole de la langue qui a été donnée à l’homme, par laquelle il a l’avantage sur les autres êtres vivants, il est possible de guérir celui qui a une maladie de l’âme et de le rapprocher sous les ailes de la Shekhina, et de lui faire hériter la vie véritable et éternelle. Et cet attribut, nous l’avons trouvé chez Avraham notre père, qui fortifia et attira beaucoup de gens à la foi au Nom, béni soit-Il, et tout cela par la guérison de la langue ; et c’est la perle qui était suspendue à son cou, car ainsi ont interprété nos Sages de mémoire bénie : une perle était suspendue au cou d’Avraham notre père, et tout malade qui la voyait était aussitôt guéri ; et lorsqu’il quitta le monde, il la prit et la suspendit à la sphère du soleil.
ובאור זה כי המשיל המדה הזאת שהיא מאירת עינים למרגלית המאירה ואמר תלויה בצוארו לפי שהדבור הוא בגרון וכל מי שהיה לו חולי הנפש והיה שומע דבריו של אברהם אבינו מיד היה מתרפא מחליו וכשנפטר מן העולם לא השאיר אחריו שום נברא שיורה על אלהותו של הקב"ה ועל יחודו אלא גלגל חמה ולכך אמר נטלה ותלאה בגלגל חמה ע"ד הכתוב (תהילים י״ט:ב׳) השמים מספרים כבוד אל, וז"ש מרפא לשון עץ חיים רפואת הלשון של אברהם היה סבה שנכנסו רבים תחת כנפי השכינה והיה להם עץ חיים וכענין שכתוב (בראשית י״ב:ה׳) ואת הנפש אשר עשו בחרן וגו', רפואת לשון של משה רבינו ע"ה שספר ליתרו כל האותות והמופתים ההם שנאמר ויספר משה לחותנו היה סבה שנתגייר יתרו שהיה נכבד וגדול משפחתו והיה כהן מדין והניח עשרו ורוב בניו ונפרד מן הישוב והלך אל המדבר להכנס תחת כנפי השכינה תיכף ששמע ענין יציאת מצרים, וזהו שכתוב
Et l’explication est qu’il a comparé cet attribut, qui éclaire les yeux, à une perle qui éclaire, et il dit « suspendue à son cou » parce que la parole est dans la gorge ; et tout celui qui avait une maladie de l’âme et entendait les paroles d’Avraham notre père était aussitôt guéri de sa maladie ; et lorsqu’il quitta le monde, il ne laissa après lui aucune créature qui indique la divinité du Saint, béni soit-Il, et Son unité, sinon la sphère du soleil, et c’est pourquoi il dit « il la prit et la suspendit à la sphère du soleil », selon le verset (Psaumes 19,2) « les cieux racontent la gloire de Dieu ». Et c’est ce qu’il dit : « la guérison de la langue est un arbre de vie » : la guérison de la langue d’Avraham fut cause que beaucoup entrèrent sous les ailes de la Shekhina, et ils eurent un arbre de vie, comme il est écrit (Genèse 12,5) « et les âmes qu’ils avaient faites à Harân, etc. » ; la guérison de la langue de Moshé notre maître, paix sur lui, qui raconta à Yitro tous ces signes et ces prodiges, comme il est dit « et Moshé raconta à son beau-père », fut cause que Yitro se convertit, lui qui était honoré et grand de sa famille et était prêtre de Midian ; et il laissa sa richesse et la plupart de ses fils, et se sépara de la région habitée, et alla au désert pour entrer sous les ailes de la Shekhina, aussitôt qu’il entendit l’affaire de la sortie d’Égypte ; et c’est ce qui est écrit :
וישמע יתרו כהן מדין חותן משה את כל אשר עשה אלהים למשה ולישראל עמו כי הוציא ה' את ישראל ממצרים. יש בפרשה הזאת דעות חלוקות לרז"ל, יש מהם אומרים יתרו קודם מתן תורה בא ויש מהם אומרים יתרו אחר מתן תורה בא, ואלו ואלו יש להם ראיות על מה שיסמוכו.
« Et Yitro, prêtre de Midian, beau-père de Moshé, entendit tout ce que Dieu avait fait à Moshé et à Israël, Son peuple : que l’Éternel avait fait sortir Israël d’Égypte. » Il y a dans cette section des avis partagés de nos Sages de mémoire bénie : certains d’entre eux disent que Yitro vint avant le don de la Torah, et certains d’entre eux disent que Yitro vint après le don de la Torah ; et les uns comme les autres ont des preuves sur ce qu’ils appuient.
האומרים לאחר מתן תורה בא יש להם סיוע מן הכתובים בפרשה והוא שנאמר אל המדבר אשר הוא חונה שם הר האלהים, שהרי בידוע הוא כי משה וישראל חנו בהר סיני שנה אחת וזהו שכתוב אשר הוא חונה שם כלומר שעדיין חונה שם בהר האלהים וזה יורה כי לאחר מתן תורה בא ועוד ממה שכתוב (שמות יח) והודעתי את חקי האלהים ואת תורותיו, ונראה מזה שכבר נתנה התורה. ועוד ממה שכתוב בסוף הפרשה וישלח משה את חותנו וילך לו אל ארצו גם זה יורה כי לאחר מתן תורה היה ועל כן שלחהו וחזר לארצו, כי איך ילך יתרו ולא ימתין לנתינת התורה.
Ceux qui disent « après le don de la Torah » ont un appui dans les versets de la section, et c’est qu’il est dit « dans le désert où il campait, à la montagne de Dieu » : car il est connu que Moshé et Israël campèrent au mont Sinaï une année, et c’est ce qui est écrit « où il campait », c’est-à-dire qu’il campait encore là, à la montagne de Dieu, et cela indique qu’il vint après le don de la Torah. Et encore, de ce qui est écrit (Exode 18,16) « et je fais connaître les décrets de Dieu et Ses enseignements », et il apparaît de là que la Torah avait déjà été donnée. Et encore, de ce qui est écrit à la fin de la section « et Moshé renvoya son beau-père, et il s’en alla vers son pays » : cela aussi indique que c’était après le don de la Torah, et c’est pourquoi il le renvoya et qu’il retourna dans son pays ; car comment Yitro s’en irait-il sans attendre le don de la Torah ?
והנה לפי הדעת הזאת יש לתמוה ממה שאמר וישמע יתרו כהן מדין חותן משה את כל אשר עשה אלהים למשה ולישראל עמו כי הוציא ה' את ישראל ממצרים ולא הזכיר ענין מתן תורה והיה ראוי לומר כי הוציא ה' את ישראל ממצרים וכי השמיעם את קולו מתוך האש, ועוד כי מה שיזכיר ויספר משה לחותנו את כל אשר עשה ה' לפרעה ולמצרים היה ראוי שיספר לו בכללו מעמד הר סיני בנתינת התורה, ואם אמר יתרו על האותות והמופתים אשר נעשו במצרים עתה ידעתי כי גדול ה' מכל האלהים עאכ"ו שהיה אומר כן על מעמד הר סיני כי בו יכול להכיר ולהבחין אמתת עקר האלהות בראיות הגדולות והנוראות אשר היו שם,
Et voici que, selon cet avis, il y a lieu de s’étonner de ce qu’il dit « et Yitro… entendit tout ce que Dieu avait fait à Moshé et à Israël, Son peuple : que l’Éternel avait fait sortir Israël d’Égypte », et qu’il n’a pas mentionné l’affaire du don de la Torah, alors qu’il aurait fallu dire « que l’Éternel avait fait sortir Israël d’Égypte, et qu’Il leur avait fait entendre Sa voix du milieu du feu » ; et encore, que ce qu’il mentionne « et Moshé raconta à son beau-père tout ce que l’Éternel avait fait à Pharaon et à l’Égypte », il aurait fallu qu’il lui raconte en général la station du mont Sinaï lors du don de la Torah. Et si Yitro dit à propos des signes et des prodiges qui furent accomplis en Égypte « maintenant je sais que l’Éternel est plus grand que tous les dieux » (Exode 18,11), à plus forte raison il l’aurait dit pour la station du mont Sinaï, car par elle il pouvait reconnaître et discerner la vérité de l’essence de la divinité, par les grandes et redoutables preuves qui y furent.
ומכח הטעם הזה נראה כי הוא כדברי האומר יתרו קודם מתן תורה בא והסברא הזאת נכונה יותר וכן סדור הפרשיות כפשטן כי יתרו קודם מתן תורה בא זה דעת הרמב"ן ז"ל, ומפני זה לא הזכיר ענין מתן תורה בכלל מה ששמע ג"כ ממשה רבינו ע"ה בספרו אליו את כל אשר עשה ה' לפרעה ולמצרים שלא היה אפשר שיספר לו עדיין ענין מתן תורה העתידה לבא, ומה שאמר אל המדבר אשר הוא חונה שם הר האלהים אין להבין כי משה היה חונה שם בהר האלהים אבל הענין כי משה היה ברפידים ויתרו יצא ממדין עם צפורה ועם בניה ובא אל רפידים שהוא מקום אחד במדבר סין אשר בין אילים ובין סיני והכתוב יספר שבא אל קצה המדבר אשר הוא שם,
Et par la force de cette raison, il apparaît que c’est comme les paroles de celui qui dit que Yitro vint avant le don de la Torah ; et cet argument est plus juste, et ainsi l’ordre des sections selon leur sens simple : Yitro vint avant le don de la Torah. C’est l’avis du Ramban, de mémoire bénie. Et pour cela il n’a pas mentionné l’affaire du don de la Torah dans l’ensemble de ce qu’il entendit aussi de Moshé notre maître, paix sur lui, quand celui-ci lui raconta tout ce que l’Éternel avait fait à Pharaon et à l’Égypte, car il n’était pas possible qu’il lui raconte déjà l’affaire du don de la Torah, qui devait venir. Et ce qu’il dit « dans le désert où il campait, à la montagne de Dieu », il ne faut pas comprendre que Moshé campait là, à la montagne de Dieu ; mais l’affaire est que Moshé était à Refidim, et que Yitro sortit de Midian avec Tsipora et ses fils et vint à Refidim, qui est un lieu du désert de Sin, entre Elim et Sinaï, et l’Écriture raconte qu’il vint à l’extrémité du désert qui est là.
ומה שאמר הר האלהים מפורסם היה לכל ענין ההר ההוא ועל דעת שיעבדו את האלהים על ההר הזה יצאו ממצרים, ולמדך הכתוב מעלתו של יתרו כי עזב ארצו ומשפחתו ללכת מן הישוב אל המדבר אל ההר ההוא לשמו של הקב"ה. ומה שאמר והודעתי את חקי האלהים ואת תורתיו, אינם חקי התורה שלא נתנה עדיין אבל הם חקי המדבר ששם להם משה רבינו כבר וכענין שכתוב (שמות ט״ו:כ״ה) שם שם לו חק ומשפט, ואת תורותיו אלו המשפטים שכבר נתנו להם במרה, שבת ודינים במרה איפקוד.
Et ce qu’il dit « la montagne de Dieu » était connu de tous, quant à l’affaire de cette montagne, car dans l’idée qu’ils serviraient Dieu sur cette montagne, ils sortirent d’Égypte ; et l’Écriture t’enseigne la valeur de Yitro, qui abandonna son pays et sa famille pour aller de la région habitée au désert, à cette montagne, pour le Nom du Saint, béni soit-Il. Et ce qu’il dit « et je fais connaître les décrets de Dieu et Ses enseignements », ce ne sont pas les lois de la Torah, qui n’avait pas encore été donnée, mais ce sont les lois du désert que Moshé notre maître avait déjà établies pour eux, selon ce qui est écrit (Exode 15,25) « là Il lui établit une loi et une ordonnance » ; « et Ses enseignements » : ce sont les jugements, qui leur avaient déjà été donnés à Mara : chabbat et jugements furent prescrits à Mara.
ומה שכתוב בסוף הפרשה וישלח משה את חותנו וילך לו אל ארצו, אין הכונה שלאחר מתן תורה היה ושלחו משה וחזר לארצו כי לא אמר הכתוב וישלח משה את חותנו וישב למקומו אבל אמר וילך לו אל ארצו הכוונה שהלך שם לגייר בני משפחתו וחזר למשה ועודנו בהר סיני.
Et ce qui est écrit à la fin de la section, « et Moshé renvoya son beau-père, et il s’en alla vers son pays », le sens n’est pas que c’était après le don de la Torah et que Moshé le renvoya et qu’il retourna dans son pays, car l’Écriture n’a pas dit « et Moshé renvoya son beau-père et il retourna à son lieu », mais elle a dit « et il s’en alla vers son pays » : le sens est qu’il alla là-bas pour convertir les membres de sa famille, et retourna auprès de Moshé, alors qu’il était encore au mont Sinaï.
וכן דרשו רז"ל אמר יתרו הריני הולך ומגייר את בני מדינתי שאביאם תחת כנפי שמים יכול שהלך ולא חזר ת"ל (שופטים א׳:ט״ז) ובני קיני חותן משה עלו מעיר התמרים ונסמכה פרשת יתרו לפרשת עמלק לפי ששניהם היו זה הפך זה כי עמלק בן עשו הקרוב לנו עשה עמנו רעה שבא ממרחק להלחם כנגדנו במדבר , ויתרו שהיה מן האומות עשה עמנו טובה שהיה לנו לעינים בדרך המדבר, ונצטוינו לשלם לכל אחד ואחד גמולו הראוי, שנמחה את זכר עמלק כענין שנאמר (דברים כ״ה:י״ט) תמחה את זכר עמלק וגו', ושניטיב ליתרו שנזהר בבני הקיני שהם יושבים בקרב עמלק שלא נכרית אותם בהכריתנו את עמלק, וכן מצינו כתוב (שמואל א ט״ו:ו׳) ויאמר שאול אל הקיני לכו סורו רדו מתוך עמלקי פן אוסיפך עמו ואתה עשית חסד עם כל בני ישראל בעלותם ממצרים ויסר קיני מתוך עמלק.
Et ainsi ont interprété nos Sages de mémoire bénie : Yitro dit : voici que je vais convertir les gens de ma ville, que j’amènerai sous les ailes du ciel ; on pourrait penser qu’il est parti et n’est pas revenu ; l’Écriture dit (Juges 1,16) « et les fils du Qénien, beau-père de Moshé, montèrent de la ville des palmiers ». Et la section de Yitro a été juxtaposée à la section d’‘Amaleq parce que les deux étaient l’opposé l’un de l’autre : car ‘Amaleq, fils d’‘Esav, notre proche, nous fit du mal, venant de loin pour nous combattre dans le désert, et Yitro, qui était des nations, nous fit du bien, étant pour nous des yeux sur le chemin du désert ; et il nous fut ordonné de rendre à chacun sa rétribution convenable : d’effacer la mémoire d’‘Amaleq, comme il est dit (Deutéronome 25,19) « tu effaceras la mémoire d’‘Amaleq, etc. », et de faire du bien à Yitro, en prenant garde aux fils du Qénien, qui habitent au sein d’‘Amaleq, de ne pas les retrancher quand nous retrancherons ‘Amaleq ; et ainsi nous trouvons écrit (I Samuel 15,6) « et Shaoul dit au Qénien : allez, partez, descendez du milieu des ‘Amaleqites, de peur que je ne te fasse périr avec lui ; or tu as fait preuve de bonté envers tous les fils d’Israël quand ils montèrent d’Égypte ; et le Qénien se retira du milieu d’‘Amaleq ».
ויתכן עוד לתת טעם בסמיכות פרשיות זו לזו פרשת יתרו לפרשת עמלק ואחריה פרשת בחדש השלישי ששם מתן תורה ואחריה פרשת ואלה המשפטים, והוא שידוע כי זרעו של עשו קוץ מכאיב לישראל בכל הדורות בין במלחמה הראשונה לישראל גם האחרונה, וירמוז הכתוב כי כשם שהמלחמה הראשונה נצחנוה על ידי משה ויהושע כן האחרונה והוא הגלות החל הזה אשר אנחנו בידם עתידין אנו להגאל ע"י אליהו שהוא משבט לוי כמשה ומשיח בן יוסף שהוא משבט אפרים כיהושע וכשם שבגאולה ראשונה של מצרים נתגייר יתרו וחזר לאמונתנו כן בגאולה אחרונה יתגיירו כל העו"ג ויחזרו לדתנו,
Et il se peut encore de donner une raison à la juxtaposition de ces sections l’une à l’autre : la section de Yitro après la section d’‘Amaleq, puis la section « au troisième mois », où a lieu le don de la Torah, puis la section « et voici les jugements ». Et c’est qu’il est connu que la descendance d’‘Esav est une épine douloureuse pour Israël à toutes les générations, tant dans la première guerre d’Israël que dans la dernière ; et l’Écriture fait allusion à ce que, de même que nous avons vaincu la première guerre par Moshé et Yehoshoua, ainsi la dernière, qui est cet exil-ci dans lequel nous sommes entre leurs mains, nous sommes destinés à être rachetés par Eliyahou, qui est de la tribu de Lévi comme Moshé, et par le Messie fils de Yossef, qui est de la tribu d’Ephraïm comme Yehoshoua. Et de même que dans la première rédemption, celle d’Égypte, Yitro se convertit et revint à notre foi, ainsi dans la dernière rédemption se convertiront tous les idolâtres et reviendront à notre loi.
ועל כן נסמכה פרשת בחדש השלישי שהיא מתן תורה כי אז תחזור התורה לאכסניא שלה ומלאה הארץ דעה את ה' כמים לים מכסים ואח"כ יהיה יום הדין של תחיית המתים, ועל כן נסמכה פרשת ואלה המשפטים כי מתוך המשפטים והדינין יוצאים בני אדם אלו זכאין ואלו חייבין וכן הענין ביום הדין של תחית המתים שכתוב בו אלה שתי פעמים שנאמר (דניאל י״ב:ב׳) אלה לחיי עולם ואלה לחרפות לדראון עולם, ואם כן סמיכות הפרשיות רומזות ומגידות מראשית אחרית והנה הם מסודרות בהשגחה ובכוונה גדולה.
Et c’est pourquoi fut juxtaposée la section « au troisième mois », qui est le don de la Torah, car alors la Torah retournera à son auberge, et la terre sera pleine de la connaissance de l’Éternel comme les eaux couvrent la mer ; et ensuite aura lieu le jour du jugement de la résurrection des morts. Et c’est pourquoi fut juxtaposée la section « et voici les jugements », car des jugements et des procès sortent des hommes, ceux-ci acquittés et ceux-là condamnés ; et ainsi en est-il au jour du jugement de la résurrection des morts, où il est écrit « ceux-ci » deux fois, comme il est dit (Daniel 12,2) « ceux-ci pour la vie éternelle, et ceux-ci pour l’opprobre, pour l’horreur éternelle ». Et s’il en est ainsi, la juxtaposition des sections fait allusion et annonce dès le commencement la fin, et voici qu’elles sont ordonnées avec providence et avec une grande intention.
כי הוציא ה' את ישראל. אחר שהזכיר לשון עשה אלהים רצה להזכיר בהוצאה השם המיוחד, לבאר כי השם המיוחד הוא המוציא וכענין שכתוב (שמות י״ג:ט״ז) כי בחזק יד הוציאנו ה' ממצרים כי הוא המוציא בחזק יד לא חוזק יד בלבד והבן זה כי כבר הזכרתיו.
« Que l’Éternel avait fait sortir Israël. » Après avoir mentionné l’expression « Dieu a fait (asa Elohim) », il voulut mentionner, pour la sortie, le Nom unique (le Tétragramme), pour expliquer que c’est le Nom unique qui fait sortir, comme il est écrit (Exode 13,16) « car par la force de la main l’Éternel nous a fait sortir d’Égypte » : car c’est Lui qui fait sortir par la force de la main, non la force de la main seule ; et comprends cela, car je l’ai déjà mentionné.
ושם האחד אליעזר. היה ראוי לומר ושם השני, וע"ד הפשט זה מיוחד לאמו וזה מיוחד לאביו, גרשם שהיה הבכור היה מיוחד לאמו ועוד שהצילתו מן המיתה כענין שנאמר (שם ד) ותקח צפורה צר, ואליעזר היה מיוחד למשה שקראו כן על שם הצלתו.
« Et le nom de l’un : Eli‘ézer. » Il aurait fallu dire « et le nom du second ». Selon le sens simple (peshat), celui-ci est particulièrement lié à sa mère et celui-là particulièrement lié à son père : Guershom, qui était l’aîné, était particulièrement lié à sa mère, et en outre elle le sauva de la mort, comme il est dit (Exode 4,25) « et Tsipora prit un silex » ; et Eli‘ézer était particulièrement lié à Moshé, qui l’appela ainsi à cause de sa délivrance.
ויתכן לפרש עוד שהזכיר לשון אחד באליעזר מפני שכח הרבוי הוא מכח האחדות ולפי שעתיד הקב"ה להשפיע כח הרבוי בזרעו של אליעזר שהיה רחביה כענין שנאמר בדברי הימים (דברי הימים א כ״ג:י״ז) ויהיו בני אליעזר רחביה הראש ולא היה לאליעזר בנים אחרים ובני רחביה רבו למעלה ודרשו רז"ל למעלה מששים רבוא על כן הזכיר בו לשון אחד להורות על הרבוי מכח האחד.
Et il se peut encore d’expliquer qu’il mentionna l’expression « l’un (ehad) » pour Eli‘ézer parce que la force de la multiplication vient de la force de l’unité, et parce que le Saint, béni soit-Il, devait répandre la force de multiplication dans la descendance d’Eli‘ézer, qui était Rehavya, comme il est dit dans les Chroniques (I Chroniques 23,17) « et les fils d’Eli‘ézer furent Rehavya, le chef ; et Eli‘ézer n’eut pas d’autres fils, mais les fils de Rehavya se multiplièrent grandement (le-ma‘la) » ; et nos Sages de mémoire bénie ont interprété « le-ma‘la » : au-dessus de soixante myriades. C’est pourquoi il mentionna pour lui l’expression « un », pour indiquer la multiplication à partir de l’un.
וע"ד המדרש ושם האחד אליעזר א"ר יוסי ב"ר חנינא בשעה שעלה משה למרום מצאו להקב"ה שהיה עוסק בפרשת פרה אדומה והיה אומר הלכה משמו של רבי אליעזר עגלה ערופה בת שנתה ופרה אדומה בת שתי שנים אמר לפניו רבש"ע כל העליונים והתחתונים שלך ואתה אומר הלכה משמו של ב"ו אמר לו עתיד צדיק אחד לעמוד בעולמי ואליעזר שמו ועתיד לעסוק בפרה אדומה תחלה ואומר עגלה בת שנתה פרה בת שתי שנים אמר לפניו רבונו של עולם יהי רצון מלפניך שיהיה מחלצי, אמר לו חייך שהוא מחלציך שנאמר ושם האחד אליעזר ושם אותו המיוחד אליעזר:
Et selon le Midrash : « et le nom de l’un : Eli‘ézer » : Rabbi Yossi, fils de Rabbi ‘Hanina, dit : à l’heure où Moshé monta en haut, il trouva le Saint, béni soit-Il, occupé à la section de la vache rousse, et Il disait la règle (halakha) au nom de Rabbi Eli‘ézer : la génisse à la nuque brisée est d’un an, et la vache rousse de deux ans. Il dit devant Lui : Maître du monde, tous les êtres d’en haut et d’en bas sont à Toi, et Tu dis une halakha au nom d’un être de chair et de sang ! Il lui dit : un juste est destiné à se lever dans Mon monde, et Eli‘ézer est son nom, et il est destiné à s’occuper de la vache rousse d’abord, et à dire « génisse d’un an, vache de deux ans ». Il dit devant Lui : Maître du monde, que ce soit Ta volonté qu’il sorte de mes reins. Il lui dit : par ta vie, il est de tes reins, comme il est dit « et le nom de l’un : Eli‘ézer » : et le nom de celui-là, le particulier (ha-meyuhad), Eli‘ézer.
ואשתך ושני בניה עמה. היה ראוי שיאמר ושני בניך כשם שאמר חותנך ואשתך, אבל דרך הכתוב לייחס הבנים אל האשה וכן כתוב (בראשית מו) אלה בני לאה, והבנות לאב כי כן כתוב (שם) ואת דינה בתו.
« Et ta femme et ses deux fils avec elle. » Il aurait fallu qu’il dise « et tes deux fils », comme il dit « ton beau-père » et « ta femme » ; mais la manière de l’Écriture est d’attribuer les fils à la femme, et ainsi il est écrit (Genèse 46,15) « ce sont les fils de Léa », et les filles au père, car ainsi il est écrit (ibid.) « et Dina, sa fille ».
ויצא משה לקראת חותנו. דרשו רז"ל מי ראה משה יוצא ולא יצא מי ראה לאהרן יוצא והוא אינו יוצא מי ראה שבעים זקנים יוצאים והוא אינו יוצא מכאן שכל ישראל יצאו לקראת יתרו.
« Et Moshé sortit à la rencontre de son beau-père. » Nos Sages de mémoire bénie ont interprété : qui a vu Moshé sortir et n’est pas sorti ? Qui a vu Aharon sortir, et lui ne sort pas ? Qui a vu les soixante-dix Anciens sortir, et lui ne sort pas ? De là, que tout Israël sortit à la rencontre de Yitro.
את כל התלאה. הזכיר כן על מי מרה וכליון הבצק שהוציאו ממצרים ומלחמת עמלק כל זה אירע להם בדרך ואף על פי כן ויצילם ה'.
« Toute la peine (ha-tela’ah). » Il la mentionna ainsi à propos des eaux de Mara, de l’épuisement de la pâte qu’ils avaient sortie d’Égypte et de la guerre d’‘Amaleq : tout cela leur arriva en chemin, et malgré cela « et l’Éternel les sauva ».
ויחד יתרו. שמח בדבר מלשון (דברי הימים א ט״ז:כ״ז) עז וחדוה במקומו. ועוד יש לומר ויחד מלשון אחדות לפי שנתגייר וייחד את הש"י וברך אותו שנאמר ברוך ה' אשר הציל אתכם.
« Et Yitro se réjouit (vayi‘had). » Il se réjouit de la chose, de l’expression (I Chroniques 16,27) « force et joie (hedva) en Son lieu ». Et encore, on peut dire « vayi‘had » de l’expression d’unité (a‘dout), car il se convertit et proclama l’unicité du Seigneur, béni soit-Il, et le bénit, comme il est dit « béni soit l’Éternel, qui vous a sauvés ».
ובמדרש ויחד יתרו נעשה בשרו חדודין חדודין והיינו דאמרי אנשי גיורא עד עשרה דרי לא תבזי ארמאה באפיה, ובאור עד עשרה דרי כי יתרו היה עשירי למצרים בנו של חם והיו המצריים אנשי בריתו וקרוביו ואף בני מצרים ובני מדין קרובים היו שהרי מדין בנו של אברהם היה מקטורה, ואברהם יצא משם בנו של נח, ומצרים בנו של חם שנאמר (בראשית י׳:ו׳) ובני חם כוש ומצרים, וכשם שהיו עשרה דורות מנח ועד אברהם כך תמצא עשרה דורות מחם בן נח עד מדין בן אברהם ועשרה דורות ממצרים בן חם עד יתרו שהוא מבני מדין, ועל כן דרשו עד עשרה דרי שהרי יתרו אע"פ שנתגייר ונבדל לגמרי מהם מ"מ בשרו יכאב עליו בפורענותם אף בדור עשירי.
Et dans le Midrash : « vayi‘had Yitro » : sa chair devint pleine de picotements (‘hiddoudin ‘hiddoudin). Et c’est ce que disent les gens : devant un converti, jusqu’à dix générations, ne méprise pas un Araméen. Et l’explication de « jusqu’à dix générations » : car Yitro était le dixième depuis Mitsrayim, fils de ‘Ham, et les Égyptiens étaient les gens de son alliance et ses proches ; et même les fils d’Égypte et les fils de Midian étaient proches, car Midian était fils d’Avraham et de Qetoura, et Avraham descendait de Shem, fils de Noah, et Mitsrayim était fils de ‘Ham, comme il est dit (Genèse 10,6) « et les fils de ‘Ham : Koush et Mitsrayim ». Et de même qu’il y eut dix générations de Noah à Avraham, ainsi tu trouves dix générations de ‘Ham, fils de Noah, jusqu’à Midian, fils d’Avraham, et dix générations de Mitsrayim, fils de ‘Ham, jusqu’à Yitro, qui est des fils de Midian ; et c’est pourquoi ils ont interprété « jusqu’à dix générations », car Yitro, bien qu’il se fût converti et fût totalement séparé d’eux, néanmoins sa chair souffre à leur sujet dans leur châtiment, même à la dixième génération.
אשר הציל אתכם. העיד הכתוב שתי הצלות הצלה שיצאו מרשותם והצלה מן השעבוד בהיותם ברשותם. או יחזור אתכם למשה ולאהרן.
« Qui vous a sauvés. » L’Écriture témoigne de deux sauvetages : le sauvetage de ce qu’ils sortirent de leur domination, et le sauvetage de la servitude alors qu’ils étaient sous leur domination. Ou bien « etkhem » (vous) se rapporte à Moshé et à Aharon.
עתה ידעתי כי גדול ה' מכל האלהים כי בדבר אשר זדו עליהם. יאמר כי היה מכיר מעלת אלהי ישראל וגדולתו מכל האלהים, בדבר אשר זדו כלומר במה שהשיב להם גמול בזדון אשר עשו להם, והכוונה כי לולא שזדו עליהם לא היה מענישם מפני שהיו מקיימין גזרתו שאמר (בראשית ט״ו:י״ג) ועבדום וענו אותם, אבל מה שהוסיפו על הנגזר במה שאמרו (שמות א׳:כ״ב) כל הבן הילוד היאורה תשליכוהו וגו' הרי זה עקירה אינו בכלל עבדות וענוי, על התוספת הזה היה העונש. ומה שהוסיף מלת כי ואמר כי בדבר באורו שהענישם בדבר אשר זדו וכן כתוב בספר עזרא (נחמיה ט׳:י׳) כי ידעת כי הזידו עליהם.
« Maintenant je sais que l’Éternel est plus grand que tous les dieux, car dans la chose où ils ont agi avec arrogance (zadou) contre eux. » Il dit qu’il reconnaissait la valeur du Dieu d’Israël et Sa grandeur au-dessus de tous les dieux, « dans la chose où ils ont agi avec arrogance », c’est-à-dire en ce qu’Il leur rendit rétribution pour l’arrogance qu’ils avaient manifestée envers eux. Et l’intention est que, s’ils n’avaient pas agi avec arrogance contre eux, Il ne les aurait pas punis, parce qu’ils accomplissaient Son décret qui dit (Genèse 15,13) « et ils les serviront et les affligeront » ; mais ce qu’ils ajoutèrent au décrété, par ce qu’ils dirent (Exode 1,22) « tout fils qui naît, jetez-le dans le fleuve, etc. », voilà une extermination, qui n’est pas compris dans servitude et affliction ; c’est pour cet ajout que fut la punition. Et ce qu’il ajouta le mot « ki » et dit « ki ba-davar », son explication est qu’Il les punit dans la chose où ils ont agi avec arrogance, et ainsi il est écrit dans le livre d’Ezra (Néhémie 9,10) « car Tu savais qu’ils avaient agi avec arrogance contre eux ».
ויקח יתרו חותן משה עולה וזבחים לאלהים. לא מצינו בכל הקרבנות שם אלהים אלא השם המיוחד אבל יתרו לא ידע ה' עדיין והקריב לאלהים וזה שאמר במשה את כל אשר עשה ה' לפרעה וביתרו הזכיר את כל אשר עשה אלהים למשה.
« Et Yitro, beau-père de Moshé, prit un holocauste et des sacrifices pour Dieu (Elohim). » Nous ne trouvons, dans tous les sacrifices, que le Nom unique (le Tétragramme) ; mais Yitro ne connaissait pas encore l’Éternel, et il offrit à Elohim. Et c’est ce qui est dit à propos de Moshé : « tout ce que l’Éternel avait fait à Pharaon », et à propos de Yitro, il mentionna « tout ce que Dieu (Elohim) avait fait à Moshé ».
עם חותן משה לפני האלהים. לפני משכן האלהים והוא עמוד הענן ועמוד האש ששם משכן האלהים. וסעודה זו עשאוה לכבוד יתרו שנתגייר במילה וטבילה במים כדין הגר הבא לחסות תחת כנפי השכינה. ואין ספק כי הסעודה הזאת לאהרן ולשבעים זקנים וסעודת המטעמים ליצחק אבינו כוונה אחת להם כדי שתחול השמחה בנפש האוכל ותשרה עליו רוה"ק, לפי שכחות הנפש נקשרים בכחות הגוף ובהתעורר כחות הגוף אז יתחזקו כחות הנפש לאיזה ענין שיכוין אליו האוכל, וזה ענין הכנור בנביאים הבאים להעיר עליהם רוח ממרום כענין שכתוב (מלכים ב ג׳:ט״ו) והיה כנגן המנגן ותהי עליו יד ה'.
« Avec le beau-père de Moshé, devant Dieu. » Devant la demeure (mishkan) de Dieu, c’est-à-dire la colonne de nuée et la colonne de feu, où est la demeure de Dieu. Et ce repas, ils le firent en l’honneur de Yitro, qui s’était converti par la circoncision et l’immersion dans l’eau, selon la loi du prosélyte qui vient s’abriter sous les ailes de la Shekhina. Et il n’y a pas de doute que ce repas pour Aharon et les soixante-dix Anciens, et le repas de mets de Yitshaq notre père, avaient une seule intention : que la joie s’établisse dans l’âme de celui qui mange et que l’Esprit saint repose sur lui ; car les forces de l’âme sont liées aux forces du corps, et lorsque les forces du corps s’éveillent, alors les forces de l’âme se renforcent pour l’objet vers lequel celui qui mange dirige son intention. Et tel est le sens de la lyre chez les prophètes, qui vient éveiller sur eux un esprit d’en haut, comme il est écrit (II Rois 3,15) « et il arriva, quand le joueur jouait, que la main de l’Éternel fut sur lui ».
כי יבא אלי העם לדרוש אלהים. לא אמר לדרוש ה' לפי שהוא היה מתעסק בענין המשפט ועל כן אמר אלהים כי המשפט לאלהים הוא וכן הוא אומר והודעתי את חקי האלהים ואת תורותיו ולא אמר את חקי ה', ובאור הכתוב צריכים הם שיעמדו לפני זמן גדול מן היום לפי ששואלין ממני ענינים רבים יש מהם באים לפני שאתפלל על חוליהם ויש מהם באים לפני שאודיעם מה שיאבד מהם וכן מצינו דרישת אלהים בשני ענינים אלו הוא שאמר (מלכים ב ח׳:ח׳) ודרשת את ה' מאותו לאמר האחיה מחלי זה, שיתפלל עליו ויודיענו אם נשמעה תפלתו, וכענין האמור ברבקה (בראשית כ״ה:כ״ב) ותלך לדרוש את ה', ומצינו בענין האבדה לפנים בישראל (שמואל א ט׳:ט׳) כה אמר האיש בלכתו לדרוש אלהים לכו ונלכה עד הרואה, ועוד שאני שופט אותם כי יהיה להם דבר בא אלי ושפטתי, ועוד אני מלמד אותם תורה והודעתי את חקי האלהים וגו'.
« Car le peuple vient à moi pour consulter Dieu. » Il n’a pas dit « consulter l’Éternel », parce qu’il s’occupait de l’affaire du jugement, et c’est pourquoi il dit « Elohim », car le jugement est à Elohim ; et ainsi il dit « et je fais connaître les décrets de Dieu et Ses enseignements », et il n’a pas dit « les lois de l’Éternel ». Et l’explication de l’Écriture : ils ont besoin de rester debout devant moi une grande partie du jour, parce qu’on me demande beaucoup d’affaires : certains viennent devant moi pour que je prie pour leurs malades, et certains viennent devant moi pour que je leur fasse connaître ce qui s’est perdu pour eux. Et ainsi nous trouvons la consultation de Dieu dans ces deux affaires ; c’est ce qu’il dit (II Rois 8,8) « et consulte l’Éternel par lui, en disant : guérirai-je de cette maladie ? » — qu’il prie pour lui et lui fasse connaître si sa prière a été entendue — et comme il est dit de Rivqa (Genèse 25,22) « et elle alla consulter l’Éternel ». Et nous trouvons pour l’affaire de l’objet perdu, autrefois en Israël (I Samuel 9,9) « ainsi disait l’homme, en allant consulter Dieu : venez, allons chez le voyant ». Et encore, parce que je les juge : quand ils auront une affaire, elle vient à moi, et je juge ; et encore, je leur enseigne la Torah : « et je fais connaître les décrets de Dieu, etc. ».
נבול תבול גם אתה גם העם הזה. כתרגומו מלאה תלאי יאמר אינך רשאי לסבול משא כבד כזה כי זה טורח גדול ועייפות לך ולכל העומדים עליך כי ייגעו לריק ולא יוכלו להתקרב אליך הכל להגיש לפניך עצומותיהם.
« Tu t’épuiseras (naval tibbol), toi aussi bien que ce peuple. » Comme son Targoum, « mela’ah tela’ei » (tu te fatigueras assurément), il dira : tu n’as pas le droit de supporter un fardeau lourd comme celui-ci, car c’est une grande peine et une fatigue pour toi et pour tous ceux qui se tiennent devant toi, car ils se fatigueront en vain et ne pourront pas tous s’approcher de toi pour présenter devant toi leurs plaidoiries (atsumotam).
ובמדרש נבול תבול כתאנה הזאת שעליה נובלות שנאמר (ישעיהו ל״ד:ד׳) כנבול עלה מגפן וכנובלות מתאנה, גם אתה לרבות אהרן, גם העם לרבות שבעים זקנים.
Et dans le Midrash : « naval tibbol » : comme ce figuier dont les feuilles se flétrissent, comme il est dit (Isaïe 34,4) « comme se flétrit une feuille de la vigne, et comme ce qui se flétrit du figuier » ; « toi aussi » : pour inclure Aharon ; « ce peuple » : pour inclure les soixante-dix Anciens.
היה אתה לעם מול האלהים. נגד האלהים להתפלל בעבורם כלשון הכתוב (תהילים פ״ח:ב׳) יום צעקתי בלילה נגדך.
« Sois toi pour le peuple devant Dieu (mul ha-Elohim). » En face de Dieu, pour prier pour eux, selon l’expression de l’Écriture (Psaumes 88,2) « le jour j’ai crié, la nuit en face de Toi ».
והבאת אתה את הדברים אל האלהים. הודה לו על הדבר הראשון שאמר לו כי יבא אלי העם לדרוש אלהים.
« Et toi, tu apporteras les affaires à Dieu. » Il lui concéda la première chose qu’il lui avait dite : « car le peuple vient à moi pour consulter Dieu ».
והזהרתה אתהם את החקים ואת התורת. הודה לו גם במה שאמר והודעתי את חקי האלהים ואת תורותיו, אבל במשפט שאמרת ושפטתי בין איש ובין רעהו שים לך שופטים עמך כי כבד ממך דבר המשפט יותר מן הכל וטוב לך ולהם להקל מעליך ולכך נתן לו עצה שיבחר מכל העם אנשי חיל.
« Et tu les avertiras des lois et des enseignements. » Il lui concéda aussi ce qu’il avait dit : « et je fais connaître les décrets de Dieu et Ses enseignements ». Mais pour le jugement, ce que tu as dit « et je juge entre un homme et son prochain », mets des juges avec toi, car l’affaire du jugement est plus lourde pour toi que tout, et il est bon pour toi et pour eux de t’alléger ; et c’est pourquoi il lui donna le conseil de choisir parmi tout le peuple des hommes de valeur.
ואתה תחזה. היה ראוי לומר ואתה תבחר כמו שאמר במעשה ויבחר משה אנשי חיל, אבל לפי שהאדם יראה לעינים וה' יראה ללבב על כן הוצרך לומר לשון תחזה שהוא לשון נבואה מלשון מחזה וחזון, והכוונה שיצטרך לנבואה בבחירה הזאת. או יאמר ואתה תחזה בהכרת פנים מכח חכמת הפרצוף שהיה משה יודע ובקי בה בהיותו שלם שבשלמים גדול שבנביאים וחכם הרזים ולכך הזהירו במלת ואתה כלומר ואתה בעצמך ולא על ידי צווי.
« Et toi, tu discerneras (techezeh). » Il aurait fallu dire « et toi, tu choisiras (tivhar) », comme il dit dans l’exécution « et Moshé choisit des hommes de valeur » ; mais parce que l’homme voit ce qui apparaît aux yeux, et l’Éternel voit le cœur, il lui fallut dire l’expression « techezeh », qui est une expression de prophétie, de l’expression « mahazeh » (vision) et « hazon » ; et l’intention est qu’il aura besoin de prophétie dans ce choix. Ou bien il dira « et toi, tu discerneras » par la reconnaissance du visage, par la force de la science de la physionomie (hokhmat ha-partsuf), que Moshé connaissait et dans laquelle il était expert, étant parfait entre les parfaits, le plus grand des prophètes et sage des secrets ; et c’est pourquoi il l’avertit par le mot « ve-atta », c’est-à-dire « toi-même », sans déléguer ce choix par un ordre.
מכל העם אנשי חיל. כל המדות שמזכיר והולך והם יראי אלהים אנשי אמת שונאי בצע כלם הן בכלל אנשי חיל כי אנשי חיל נקראים אותם שיודעים להנהיג את העם במשפט כי א"א שיהיה המשפט על הנכונה בלתי המדות האלה שיהיו יראי אלהים, וכמו שדרשו רז"ל צריך הדיין לראות את עצמו כאלו חרב מונחת לו בצוארו מלמעלה וגיהנם פתוחה לו מלמטה והוא באמצע זכה נצול משניהם לא זכה נמסר ביד שניהם, וצריכים גם כן שיהיו אנשי אמת כלומר שיהיו אוהבים האמת ובוחרים בו שלא יסכימו כי אם אליו ושלא יקבלו טענה של שקר כענין שכתוב (שמות כ״ג:ז׳) מדבר שקר תרחק שהוא אזהרה לדיין, וצריכים גם כן שיהיו שונאי בצע כלומר שונאי ממון ואין צ"ל ממון אחרים אלא אפילו ממון עצמם.
« Parmi tout le peuple, des hommes de valeur (anshei hayil). » Toutes les qualités qu’il mentionne par la suite — craignant Dieu, hommes de vérité, haïssant le gain injuste — toutes sont comprises dans « hommes de valeur » ; car on appelle « hommes de valeur » ceux qui savent conduire le peuple dans le jugement, car il est impossible que le jugement soit droit sans ces qualités, qu’ils soient craignant Dieu. Et comme l’ont interprété nos Sages de mémoire bénie : le juge doit se voir comme si une épée était posée sur son cou, d’en haut, et que la géhenne était ouverte sous lui, et lui est au milieu : s’il est méritant, il est sauvé des deux ; s’il n’est pas méritant, il est livré aux deux. Et il faut aussi qu’ils soient hommes de vérité, c’est-à-dire qu’ils aiment la vérité et la choisissent, qu’ils ne consentent qu’à elle et n’acceptent pas une plaidoirie de mensonge, selon ce qui est écrit (Exode 23,7) « éloigne-toi de toute parole de mensonge », qui est un avertissement pour le juge. Et il faut aussi qu’ils haïssent le gain injuste (betsa‘), c’est-à-dire qu’ils haïssent l’argent, et il va sans dire l’argent des autres, mais même leur propre argent.
כענין שאמרו רז"ל אפילו שורף גדישי אפילו קוצץ נטיעתי כהוגן אני דנו ולפי זה תהיה מלת בצע שם לממון כמו (בראשית ל״ז:כ״ו) מה בצע כי נהרוג את אחינו שתרגומו מה ממון מתהני לנא וכן (מיכה ד׳:י״ג) והחרמתי לה' בצעם ממונם. או שתהיה מלת בצע שם הגזלה כלומר שיהיו שונאים הגזל והעשק ושלא יסבלו בדעתם עשק וחמס.
Selon ce que dirent nos Sages de mémoire bénie : même s’il brûle mes meules, même s’il coupe mes plants, je le juge avec droiture. Et selon cela, le mot « betsa‘ » sera un nom pour l’argent, comme (Genèse 37,26) « quel profit (betsa‘) si nous tuons notre frère », que le Targoum traduit « quel argent nous profitera-t-il ? », et de même (Michée 4,13) « et je vouerai à l’Éternel leur butin (bitsam) », leur argent. Ou bien que le mot « betsa‘ » soit un nom du vol, c’est-à-dire qu’ils haïssent le vol et l’oppression et qu’ils ne supportent pas, dans leur esprit, l’oppression et la violence.
בא וראה כמה כח וגודל מעלות המדות שלא נשתבחו הצדיקים והנביאים בתורה כגון נח ואברהם ויעקב וזולתם בתארי החכמה התבונה והדעת כי אם בתארי המדות, נאמר בנח (בראשית ו׳:ט׳) איש צדיק תמים היה, ונאמר באברהם (שם יז) והיה תמים, וביעקב (שם כה) איש תם וכן במשה (במדבר י״ב:ג׳) ענו מאד. וכל זה להורות כי אין עיקר החכמה אלא יושר המדות כשם שאין האילן עיקר אלא הפרי, וכן דרשו רז"ל (תהילים קי״א:י׳) שכל טוב לכל עושיהם, לכל לומדיהם לא נאמר אלא לכל עושיהם.
Viens et vois combien sont grandes la force et la valeur des qualités morales (middot) : les justes et les prophètes, comme Noah, Avraham, Yaakov et autres, n’ont pas été loués dans la Torah par les titres de sagesse, d’intelligence et de science, mais par les titres de qualités morales. Il est dit de Noah (Genèse 6,9) « homme juste, intègre il était » ; il est dit d’Avraham (Genèse 17,1) « et sois intègre » ; et de Yaakov (Genèse 25,27) « homme intègre » ; et de même de Moshé (Nombres 12,3) « très humble ». Et tout cela pour indiquer que l’essentiel de la sagesse n’est que la droiture des qualités, de même que l’arbre n’est essentiel que par le fruit ; et ainsi l’ont interprété nos Sages de mémoire bénie (Psaumes 111,10) « bonne intelligence à tous ceux qui les accomplissent » : « à tous ceux qui les étudient » n’est pas dit, mais « à tous ceux qui les accomplissent ».
ושפטו את העם בכל עת. ענינו בכל עת שירצו כי אתה לבדך אי אפשר לך שתשפוט אותם בכל עת שירצו כי מי יוכל להתקרב אליך בהיות ההמון הגדול מקובצים עליך.
« Et ils jugeront le peuple en tout temps. » Son sens : en tout temps où ils le voudront ; car toi seul, il t’est impossible de les juger en tout temps où ils le voudront, car qui pourra s’approcher de toi, alors que la grande foule est rassemblée autour de toi ?
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בחדש השלישי. הוא חדש סיון, ביום הזה ראש חודש היה אי זהו יום שנקרא חדש הוי אומר זה ראש חדש הוא שכתוב (שמואל א כ׳:כ״ד) ויהי החדש וישב המלך אל הלחם לאכול וכתיב (שם) ויהי ממחרת החדש השני ויפקד מקום דוד ולמדך הכתוב שהיו שני ימים ר"ח וזהו שכתוב (שם) ויאמר שאול אל יהונתן בנו מדוע לא בא בן ישי גם תמול גם היום אל הלחם, וכן דרשו רבותינו ז"ל ביום הזה ר"ח היה כתיב הכא ביום הזה וכתיב התם (שמות י״ב:ב׳) החדש הזה לכם.
« Au troisième mois. » C’est le mois de Sivan ; en ce jour-là, c’était Roch ‘Hodesh. Quel est le jour qui est appelé « ‘hodesh » ? Tu dois dire : c’est Roch ‘Hodesh, c’est ce qui est écrit (I Samuel 20,24) « et ce fut la nouvelle lune, et le roi s’assit au repas pour manger », et il est écrit (ibid. 20,27) « et il arriva, le lendemain de la nouvelle lune, le deuxième, que la place de David fut vide ». Et l’Écriture t’a enseigné qu’il y avait deux jours de Roch ‘Hodesh ; c’est ce qui est écrit (ibid.) « et Shaoul dit à Yehonatan, son fils : pourquoi le fils de Yishai n’est-il pas venu au repas, ni hier ni aujourd’hui ? ». Et ainsi l’ont interprété nos maîtres de mémoire bénie : « en ce jour-là » c’était Roch ‘Hodesh ; il est écrit ici « en ce jour », et il est écrit là (Exode 12,2) « ce mois-ci sera pour vous ».
באו מדבר סיני. הוא חורב שכתוב בו (שם ג) ויבא אל הר האלהים חורבה, ועליו נאמר (שם) בהוציאך את העם ממצרים תעבדון את האלהים על ההר הזה.
« Ils vinrent au désert du Sinaï. » C’est Horeb, dont il est écrit (Exode 3,1) « et il vint à la montagne de Dieu, vers Horeb », et sur lequel il est dit (Exode 3,12) « quand tu feras sortir le peuple d’Égypte, vous servirez Dieu sur cette montagne ».
ויסעו מרפידים. כלומר ביום הזה הוא ר"ח סיון, ויבאו מדבר סיני ויחנו שם, בו ביום וביום השני נעתקו וחנו כנגד ההר שנאמר ויחן שם ישראל נגד ההר. ומה שהזכיר לשון ויחן ולא אמר ויחנו למדך הכתוב מעלתם של ישראל שחנו כלם בלב אחד לקבל התורה, שכל מקום שנאמר ויחנו היו נוסעים במחלוקת וחונים במחלוקת אבל כאן כתיב ויחן. ודרשו רז"ל ויחן שם ישראל נגד ההר ישראל סבא.
« Et ils partirent de Refidim. » C’est-à-dire en ce jour, qui est Roch ‘Hodesh Sivan, « et ils vinrent au désert du Sinaï » et y campèrent, le même jour ; et le deuxième jour, ils se déplacèrent et campèrent en face de la montagne, comme il est dit « et Israël campa là, en face de la montagne ». Et ce qu’il mentionna l’expression « vayi‘han » (au singulier) et ne dit pas « vayi‘hanou » (au pluriel), l’Écriture t’enseigne la valeur d’Israël, qui campèrent tous d’un seul cœur pour recevoir la Torah ; car partout où il est dit « vayi‘hanou », ils partaient dans la dispute et campaient dans la dispute, mais ici il est écrit « vayi‘han ». Et nos Sages de mémoire bénie ont interprété : « et Israël campa là, en face de la montagne » : Israël Saba (« Israël l’Ancien »).
והענין כי מפני שמצינו במסעות ויסעו בני ישראל מרעמסס ואחר כך ויסע מלאך האלהים כן מצינו בחניה ויחנו במדבר ואחר כך מיד ויחן שם ישראל ויהיה נגד ההר המכוון כנגד ההר והבן זה. ולפי הפשט טעם נגד ההר למזרחו של הר, בו ביום נאמר למשה כה תאמר לבית יעקב ותגיד לבני ישראל, והזכיר האנשים והנשים באותן מצות שהן חייבות בהן ואמר להם אתם ראיתם אשר עשיתי ועתה אם שמוע תשמעו בקולי וגו', ויענו כל העם יחדו וגו'. ביום הג' וישב משה את דברי העם אל ה'.
Et l’affaire est que, puisque nous trouvons dans les étapes « et les fils d’Israël partirent de Ramsès » et ensuite « et l’ange de Dieu partit », ainsi nous trouvons dans le campement « et ils campèrent dans le désert », et ensuite aussitôt « et Israël campa là », et ce sera « en face de la montagne » : celui qui correspond à la montagne ; et comprends cela. Et selon le sens simple, le sens de « en face de la montagne » est : à l’est de la montagne. En ce jour-là, il fut dit à Moshé « ainsi diras-tu à la maison de Yaakov, et tu raconteras aux fils d’Israël », et il mentionna les hommes et les femmes à propos des commandements auxquels elles sont tenues, et il leur dit « vous avez vu ce que J’ai fait, etc. ; et maintenant, si vous écoutez bien Ma voix, etc. », « et tout le peuple répondit ensemble, etc. ». Le troisième jour : « et Moshé rapporta les paroles du peuple à l’Éternel ».
ביום ד' אמר לו לך אל העם וקדשתם היום ומחר ואמר כן על יום רביעי ויום חמישי והיו נכונים ליום השלישי של קדוש שהוא יום ששי לחדש והרי לך מבואר כי בששי בסיון נתנה תורה.
Le quatrième jour, Il lui dit « va vers le peuple, et sanctifie-les aujourd’hui et demain » ; et il dit ainsi pour le quatrième jour et le cinquième jour, et ils seront prêts pour le troisième jour de sanctification, qui est le sixième jour du mois ; et voilà qu’il t’est clair que c’est le six Sivan que la Torah a été donnée.
ודעת רז"ל שהתורה נתנה ביום שבת שכן דרשו במסכת שבת פרק אמר ר' עקיבא תנו רבנן בששה בסיון נתנו עשרת הדברות לישראל ר' יוסי אומר בשבעה בו אמר רבא לכולי עלמא בשבת נתנה תורה לישראל כתיב הכא (שמות כ׳:ח׳) זכור את יום השבת וכתיב התם (שם יג) זכור את היום הזה אשר יצאתם ממצרים מה להלן בעצומו של יום אף כאן בעצומו של יום כי פליגי בקביעא דירחא רבי יוסי סבר בחד בשבא איקבע ירחא ורבנן סברי בשני בשבת איקבע ירחא, ואע"פ שרבי יוסי נמוקו עמו הלכה כרבנן דבתרי בשבא איקבע ירחא וכיון שכן ביום ראש חדש יום שני לבריאת עולם באו מדבר סיני למחרתו יום ג' נעתקו משם וחנו נגד ההר וצוה הקב"ה למשה מצות אזהרה וכתיב ויענו כל העם יחדו וגו'.
Et l’avis de nos Sages de mémoire bénie est que la Torah fut donnée le jour du chabbat, car ainsi ils ont interprété dans le traité Shabbat, chapitre « Amar Rabbi ‘Aqiva » : nos maîtres ont enseigné : le six Sivan furent données les dix paroles à Israël ; Rabbi Yossé dit : le sept de celui-ci. Rava dit : de l’avis de tous, la Torah fut donnée à Israël le chabbat ; il est écrit ici (Exode 20,8) « souviens-toi du jour du chabbat », et il est écrit là (Exode 13,3) « souviens-toi de ce jour où vous êtes sortis d’Égypte » : de même que là, c’est ce jour même, ainsi ici, ce jour même. Où diffèrent-ils ? Sur la fixation du mois : Rabbi Yossé pense que le mois a été fixé le dimanche, et les Sages pensent que le mois a été fixé le lundi. Et bien que Rabbi Yossé ait sa justification avec lui, la halakha est comme les Sages, que le mois a été fixé le lundi ; et puisqu’il en est ainsi, en ce jour de Roch ‘Hodesh, deuxième jour de la semaine, ils vinrent au désert du Sinaï ; le lendemain, mardi, ils se déplacèrent de là et campèrent en face de la montagne, et le Saint, béni soit-Il, ordonna à Moshé le commandement d’avertissement, et il est écrit « et tout le peuple répondit ensemble, etc. ».
יום רביעי וישב משה את דברי העם אל ה'. יום חמישי מצות פרישה והגבלה ואמר לו וקדשתם היום ומחר שהוא יום ששי והיו נכונים ליום השלישי הוא שלישי לקדוש והוא יום שבת ויום ששי בסיון, והא למדת כי בשבת נתנה התורה ומזה תקנו רבותינו ז"ל בתפלת שבת ישמח משה במתנת חלקו לפי שהתורה נתנה בשבת ע"י משה.
Mercredi : « et Moshé rapporta les paroles du peuple à l’Éternel ». Jeudi : commandement de séparation et de délimitation ; et Il lui dit « et sanctifie-les aujourd’hui et demain », qui est le vendredi ; « et qu’ils soient prêts pour le troisième jour » : c’est le troisième de la sanctification, et c’est le jour du chabbat et le six Sivan. Et voilà que tu as appris que c’est le chabbat que la Torah fut donnée ; et de là nos maîtres de mémoire bénie ont institué dans la prière de chabbat « Moshé se réjouit du don de sa part », parce que la Torah fut donnée le chabbat par Moshé.
כה תאמר לבית יעקב. אלו הנשים, כה תאמר בלשון הקדש, כה תאמר בנחת. וצוה לדבר אל הנשים תחלה ללמדן מוסר ודרך ארץ ועוד כדי להמשיך לבן אל התורה והמצות ולומר להן ראשי פרקים מפני שאין דעתן מיושבת כאנשים, ועוד שהאשה הטובה היא סבה לתורה שהיא יכולה להמשיך את בנה לבית המדרש לפי שהיא מצוייה בבית והיא מרחמת עליו בכמה מיני געגועין כדי להמשיך אותו אחר למוד התורה מנעוריו וגם כי יזקין לא יסור ממנה, ולכך ראויה האשה להתפלל לשם יתברך בשעת הדלקת הנר של שבת שהיא מצוה מוטלת עליה שיתן לה ה' בנים מאירים בתורה, כי התפלה יותר נשמעת בשעת עשיית המצוה ובזכות נר שבת שהוא אור תזכה לבנים בעלי תורה הנקראת אור שנאמר (משלי ו׳:כ״ג) כי נר מצוה ותורה אור, וכן דרשו רז"ל האי מאן דרגיל בשרגי הויין ליה בנים תלמידי חכמים.
« Ainsi diras-tu à la maison de Yaakov. » Ce sont les femmes ; « ainsi tu diras » : en langue sainte ; « ainsi tu diras » : avec douceur. Et Il ordonna de parler aux femmes d’abord pour leur enseigner la morale et le savoir-vivre (derekh eretz), et aussi afin d’attirer leur cœur vers la Torah et les commandements, et de leur dire les grandes lignes (rashei perakim), parce que leur esprit n’est pas aussi posé que celui des hommes ; et encore, la femme vertueuse contribue à la Torah, car elle peut attirer son fils à la maison d’étude, parce qu’elle se trouve à la maison et qu’elle l’entoure de toutes sortes de marques de tendresse, pour l’attirer à l’étude de la Torah dès sa jeunesse, et aussi, quand il vieillira, il ne s’en écartera pas. Et c’est pourquoi il convient à la femme de prier le Nom, béni soit-Il, à l’heure de l’allumage de la bougie du chabbat, qui est un commandement qui lui incombe, afin que l’Éternel lui donne des fils qui éclairent par la Torah, car la prière est plus exaucée à l’heure de l’accomplissement du commandement ; et au mérite de la bougie du chabbat, qui est une lumière, elle aura le mérite d’avoir des fils maîtres de la Torah, appelée lumière, comme il est dit (Proverbes 6,23) « car le commandement est une bougie, et la Torah une lumière ». Et ainsi ont interprété nos Sages de mémoire bénie : celui qui veille régulièrement à l’allumage des lampes, il aura des fils disciples de sages.
ותגיד לבני ישראל. צוה להודיעם אזהרות ועונשים וזהו לשון ותגיד דברים הקשים כגידין ועל כן הוא מלא ביו"ד ובכל המקרא לא תמצא לשון הגדה אלא חסר כגון (יהושע ז׳:י״ט) והגד נא לי מה עשית, (ישעיהו נ״ח:א׳) והגד לעמי פשעם, אבל זה שנכתב ביו"ד לכך דרשו בו דברים הקשים כגידין.
« Et tu raconteras (ve-taggid) aux fils d’Israël. » Il ordonna de leur faire connaître les avertissements et les châtiments, et c’est l’expression « ve-taggid » : des paroles dures comme des tendons (guidin) ; et c’est pourquoi il est écrit plein, avec un yod. Et dans toute l’Écriture tu ne trouveras l’expression de récit (haggada) qu’écrite défectivement, comme (Josué 7,19) « et raconte-moi (ve-hagged) ce que tu as fait », (Isaïe 58,1) « et raconte (ve-hagged) à mon peuple leur péché » ; mais celle-ci, qui est écrite avec un yod, c’est pourquoi ils ont interprété : des paroles dures comme des tendons.
אתם ראיתם אשר עשיתי למצרים. תחלת דברי שליחותו באר להם ענין ההשגחה שהוא עיקר התורה כי כאשר יאבד הקב"ה אומה בעונם ויציל אומה אחרת בזכותם הנה זה ממופתי ההשגחה ומעיקרי העונש והשכר, ועל כן אמר אשר עשיתי למצרים שהבאתי המכות עליהם ואבדתי אותם בים ואתם ראיתם זה בעיניכם ואתכם הצלתי מכל המכות ההם במצרים ובים וזהו שאמר ואשא אתכם על כנפי נשרים שהגנתי עליכם מן הצרות כנשר שמגין על בניו.
« Vous avez vu ce que J’ai fait à l’Égypte. » Au commencement des paroles de sa mission, Il leur expliqua l’affaire de la providence (hashgakha), qui est l’essentiel de la Torah : car lorsque le Saint, béni soit-Il, fait périr une nation pour son péché et sauve une autre nation par son mérite, voilà, c’est parmi les prodiges de la providence et parmi les fondements de la punition et de la récompense. Et c’est pourquoi il dit « ce que J’ai fait à l’Égypte » : que J’ai apporté les plaies sur eux et les ai fait périr dans la mer, et vous avez vu cela de vos yeux ; et que vous, Je vous ai sauvés de toutes ces plaies, en Égypte et dans la mer ; et c’est ce qu’il dit « et Je vous ai portés sur des ailes d’aigles » : que Je vous ai protégés des détresses, comme l’aigle qui protège ses petits.
ומה שהמשיל זה לנשר דרשו רז"ל מה נשר זה מלך שבעופות אינו מתירא מעוף אלא מחץ ושאר העופות נושאים את בניהם בין רגליהם לפי שמתיראין מעוף שעל גביהם אבל הנשר הזה נושאם על כנפיו הוא שכתוב (דברים ל״ב:י״א) כנשר יעיר קנו על גוזליו ירחף וגו' אומר מוטב יכנס בי החץ ולא בבני כך ישראל כשיצאו ממצרים ובאו לתוך הים היו המצריים רודפים אחריהם והיו שני העמודים עמוד הענן ועמוד האש מפסיקים בין מחנה מצרים למחנה ישראל והיו המצריים זורקים לישראל חצים ואבני בלסטראות והיה עמוד הענן מקבלם.
Et ce qu’il l’a comparé à l’aigle, nos Sages de mémoire bénie l’ont interprété : de même que cet aigle, roi des oiseaux, ne craint aucun oiseau mais seulement la flèche, et que les autres oiseaux portent leurs petits entre leurs pattes parce qu’ils craignent l’oiseau qui est au-dessus d’eux, mais que cet aigle les porte sur ses ailes ; c’est ce qui est écrit (Deutéronome 32,11) « comme l’aigle éveille son nid, sur ses oisillons il plane, etc. » ; il dit : mieux vaut que la flèche entre en moi et non dans mes petits ; ainsi Israël, lorsqu’ils sortirent d’Égypte et vinrent dans la mer, les Égyptiens les poursuivaient, et les deux colonnes, colonne de nuée et colonne de feu, séparaient entre le camp d’Égypte et le camp d’Israël, et les Égyptiens lançaient sur Israël des flèches et des pierres de balistes, et la colonne de nuée les recevait.
ולפי המדרש הזה היה ראוי שיאמר ואשא אתכם על כנפי נשר כי הכוונה להמשיל חבת המקום לחבת הנשר לבניו שנושאם על כנפיו. ויתכן לומר כי הזכיר נשרים רמז לשני העמודים כי משעה שיצאו ממצרים שאמר הכתוב (שמות י״ב:ל״ז) ויסעו בני ישראל מרעמסס סכותה מיד היה עמוד הענן יומם לנחותם הדרך ועמוד האש לילה להאיר להם, והוא שכתוב (שם יד) ויסע מלאך האלהים ויסע עמוד הענן מפניהם.
Et selon ce Midrash, il aurait fallu qu’il dise « sur les ailes d’un aigle (nesher) », car l’intention est de comparer l’amour du Lieu à l’amour de l’aigle pour ses petits, qu’il porte sur ses ailes. Et on peut dire qu’il mentionna « nesharim » (aigles) pour faire allusion aux deux colonnes : car dès l’heure où ils sortirent d’Égypte, comme dit l’Écriture (Exode 12,37) « et les fils d’Israël partirent de Ramsès pour Soukkot », aussitôt la colonne de nuée fut de jour pour les conduire dans le chemin, et la colonne de feu de nuit pour les éclairer, et c’est ce qui est écrit (Exode 14,19) « et l’ange de Dieu partit, et la colonne de nuée partit de devant eux ».
והייתם לי סגולה. המטמון המוצנע והסמוי מן העין יקרא סגולה והוא מיוחד וחביב אצל המלך ותחת ידו לא יפקיד עליו פקיד ולא ימנה עליו שוטר ומושל כענין שכתוב (קהלת ב׳:ח׳) וסגולת מלכים והמדינות. ומטעם זה אמר מכל העמים כלומר שאין מעלה זו לשאר העמים, כי הם היו תחת ממשלת פקידי המלך ושוטריו, ומפורש אמר הכתוב (דברים ד׳:י״ט) אשר חלק ה' אלהיך אותם לכל העמים ואתכם לקח ה' כי ישראל לקוחים לחלקו יתברך וסגולה תחת ידו ביחוד.
« Et vous serez pour Moi un trésor (segoula). » Le trésor caché et dissimulé à l’œil est appelé « segoula » ; il est particulier et cher auprès du roi, et sous sa main ; il ne le confie à aucun préposé, et ne nomme sur lui ni officier ni gouverneur, comme il est écrit (Ecclésiaste 2,8) « et le trésor (segoulat) des rois et des provinces ». Et pour cette raison il dit « de tous les peuples », c’est-à-dire que ce privilège n’appartient pas aux autres peuples, car ils étaient sous la domination des préposés du roi et de ses officiers ; et l’Écriture dit explicitement (Deutéronome 4,19) « que l’Éternel, ton Dieu, a répartis à tous les peuples », et « vous, l’Éternel vous a pris » (4,20) ; car Israël sont pris à Sa part, béni soit-Il, et sont un trésor placé exclusivement sous Sa main.
כי לי כל הארץ. ולא בחרתי באומה ולשון כי אם בכם. וע"ד הקבלה כי לי כל הארץ כבר רמזתי ענין הארץ הנקראת כל בפסוק בראשית.
« Car à Moi toute la terre. » Et Je n’ai pas choisi de nation ni de langue, sinon vous. Et selon la Kabbale : « car à Moi toute la terre » : j’ai déjà fait allusion à l’affaire de la terre appelée « tout (kol) » dans le verset de Bereshit.
ואתם תהיו לי ממלכת כהנים וגוי קדוש. ע"ד הפשט תהיו לי לחלקי. וקראם מלכים וכהנים וקראם גם כן גוי קדוש בקבלת התורה, ובאר לך הכתוב כי בכתר תורה נכללים כתר כהונה וכתר מלכות, וכן דרשו רז"ל (משלי ג׳:ט״ו) יקרה היא מפנינים מכהן גדול שנכנס לפני ולפנים.
« Et vous serez pour Moi un royaume de prêtres et une nation sainte. » Selon le sens simple (peshat) : vous serez Ma part. Et Il les appela rois et prêtres, et les appela aussi nation sainte, à la réception de la Torah ; et l’Écriture t’explique que dans la couronne de la Torah sont comprises la couronne de la prêtrise et la couronne de la royauté ; et ainsi l’ont interprété nos Sages de mémoire bénie (Proverbes 3,15) « elle est plus précieuse que les perles (peninim) » : plus que le Grand Prêtre qui entre dans le lieu le plus intérieur (lifnai ve-lifnim).
וע"ד הקבלה ממלכת כהנים ממלכת משרתים שתעבדוני בעולם הזה וגוי קדוש לעולם הבא כי מלת גוי סמוכה כלומר גוי של קדוש הוא האל הקדוש הנקדש בצדקה וכמוהו (ישעיהו כ״ו:ב׳) ויבא גוי צדיק גוי של צדיק, והנה הם מובטחים בעולם הזה ובעולם הבא.
Et selon la Kabbale : « mamlekhet kohanim » (royaume de prêtres) : royaume de serviteurs, que vous Me serviez en ce monde-ci ; et « goy qadosh » (nation sainte), dans le monde à venir. Car le mot « goy » est à l’état construit, c’est-à-dire « goy de Qadosh » (la nation du Saint) : c’est le Dieu saint qui est sanctifié par la justice (tsedaka) ; et semblable est (Isaïe 26,2) « et vienne une nation juste (goy tsaddiq) » : la nation du Juste (goy shel Tsaddiq). Et voilà qu’ils sont garantis en ce monde-ci et dans le monde à venir.
כל אשר דבר ה' נעשה. הודו וקבלו עליהם עול התורה והמצות ועשו כן ברצונם. ומה שדרשו רז"ל כפה עליהם ההר כגיגית ואמר להם אם אתם מקבלים את התורה מוטב ואם לאו שם תהא קבורתכם על התורה שבעל פה היה שיש בה אזהרות ועונשים וכמה סייגים וגדרים אבל התורה שבכתב הכל הודו מדעתם בחפץ גדול בשמחה ובטוב לבב ולא הוצרכו כפיה אלא בתורה שבעל פה.
« Tout ce que l’Éternel a dit, nous le ferons (na‘aseh). » Ils reconnurent et acceptèrent sur eux le joug de la Torah et des commandements, et le firent ainsi de leur plein gré. Et ce que nos Sages de mémoire bénie ont interprété — « Il renversa sur eux la montagne comme une cuve et leur dit : si vous acceptez la Torah, c’est bien ; sinon, là sera votre sépulture » — cela concerne la Torah orale, car elle comporte des avertissements et des châtiments et plusieurs clôtures et barrières ; mais pour la Torah écrite, tous la reconnurent de leur propre avis, avec un grand désir, dans la joie et de bon cœur, et ils n’eurent besoin de contrainte que pour la Torah orale.
וישב משה. יש שפירשו שהביא בידו התשובה ולא הספיק להגידה עד שנגלה עליו דבורו של מקום שנאמר הנה אנכי בא אליך בעב הענן וגו' ואז הגידה וזהו ויגד משה. ואפשר לפרש כי וישב משה הוא שאמרו נעשה ויגד משה הוא שתבעו שהיו רוצים לשמוע מפיו יתברך, ויהיה באור יחדו שני דברים יחדו האחד נתפרש בכתוב והשני לא נתפרש, וישראל שתבעו כן מצאו פתח מדבריו של מקום שאמר אם שמוע תשמעו בקולי, ולפיכך כשהשיב משה נעשה אמר לו השי"ת בעבור ישמע העם, ואז ויגד משה שהשמיעה מפיו היו תובעין, וכן מצינו במדרש בתחלת שיר השירים רבה ויגד משה את דברי העם אל ה' שאמרו רוצים אנו לשמוע מפיו רצוננו לראות את מלכנו.
« Et Moshé rapporta (va-yashev). » Certains ont expliqué qu’il apporta en sa main la réponse et qu’il n’eut pas le temps de la dire que la parole du Lieu lui fut révélée, comme il est dit « voici que Je viens à toi dans l’épaisseur de la nuée, etc. », et alors il la dit : c’est « et Moshé dit (va-yagged) ». Et il est possible d’expliquer que « va-yashev Moshé » est ce qu’ils dirent, « na‘aseh », et que « va-yagged Moshé » est ce qu’ils exigèrent, car ils voulaient entendre de Sa bouche, béni soit-Il ; et l’explication de « ensemble (yahdav) » sera : deux choses ensemble, l’une est expliquée dans l’Écriture et l’autre n’est pas expliquée. Et Israël, qui exigèrent cela, trouvèrent une ouverture dans la parole du Lieu qui dit « si vous écoutez bien Ma voix » ; et c’est pourquoi, lorsque Moshé répondit « na‘aseh », le Nom, béni soit-Il, lui dit « afin que le peuple entende » ; et alors « va-yagged Moshé », car c’est entendre de Sa bouche qu’ils exigeaient. Et ainsi nous trouvons dans le Midrash, au début de Shir ha-Shirim Rabba : « et Moshé rapporta les paroles du peuple à l’Éternel » : ils dirent : nous voulons entendre de Sa bouche ; notre volonté est de voir notre Roi.
בעב הענן. כתב הרמב"ן הוא הערפל אשר שם האלהים והכל רואים ומכירים כמ"ש ומראה כבוד ה' כאש אוכלת וגו', ויאמר הכתוב הנה אנכי בא אליך בעב הענן שתגש אתה אל הערפל בעבור ישמע העם דברי ויהיו הם עצמם נביאים בדברי לא שיאמינו מפי אחרים, שנאמר (דברים ד י) באמור ה' אלי הקהל לי את העם ואשמיעם את דברי אשר ילמדון ליראה אותי כל הימים וגו' ובך יאמינו לנצח בכל הדורות ואם יקום בקרבם נביא או חולם חלום נגד דבריך יכחישוהו מיד שכבר ראו בעיניהם ושמעו באזניהם שהגעת למעלה העליונה בנבואה יתברר להם ממך מה שכתוב (במדבר י״ב:ו׳-ז׳) אם יהיה נביאכם ה' במראה אליו אתודע בחלום אדבר בו לא כן עבדי משה וגו' פה אל פה אדבר בו, ולכך אמר בעבור ישמע העם בדברי עמך כי ישמעו דברי מתוך האש וידעו שאני ה' מדבר עמך ויאמינו בדברי וגם בך יאמינו לעולם.
« Dans l’épaisseur (av) de la nuée. » Le Ramban écrivit : c’est l’obscurité épaisse (araphel) où est Dieu, et tous la voient et la reconnaissent, comme il est écrit « et l’aspect de la gloire de l’Éternel était comme un feu dévorant, etc. ». Et l’Écriture dit : « voici que Je viens à toi dans l’épaisseur de la nuée » — que tu t’approches, toi, de l’obscurité épaisse — « afin que le peuple entende quand Je parlerai avec toi », et qu’eux-mêmes soient prophètes dans Mes paroles, et non qu’ils croient par la bouche d’autrui, comme il est dit (Deutéronome 4,10) « quand l’Éternel me dit : rassemble-moi le peuple, et Je leur ferai entendre Mes paroles, afin qu’ils apprennent à Me craindre tous les jours, etc. » ; « et en toi ils croiront à jamais », dans toutes les générations. Et s’il se lève parmi eux un prophète ou un rêveur de songe contre tes paroles, ils le démentiront aussitôt, car ils ont déjà vu de leurs yeux et entendu de leurs oreilles que tu as atteint le degré suprême dans la prophétie ; il leur sera établi par toi ce qui est écrit (Nombres 12,6-7) « si votre prophète est de l’Éternel, en vision Je me fais connaître à lui, en songe Je lui parle ; il n’en est pas ainsi de Mon serviteur Moshé, etc. », « bouche à bouche Je lui parle ». Et c’est pourquoi il dit « afin que le peuple entende quand Je parlerai avec toi » : car ils entendront Mes paroles du milieu du feu et sauront que c’est Moi, l’Éternel, qui parle avec toi, et croiront en Mes paroles, et en toi aussi ils croiront à jamais.
וכן מה שאמרו היום הזה ראינו כי ידבר אלהים את האדם וחי לומר הנה נתקיים אצלנו הדבור בראית עינינו כאשר היה חפץ האלהים ומעתה קרב אתה שידענו בך שהגעת למעלה העליונה על כל הנביאים.
Et de même ce qu’ils dirent (Deutéronome 5,21) « aujourd’hui nous avons vu que Dieu parle à l’homme, et il vit » : pour dire que la réalité de cette parole est désormais établie pour nous par ce que nous avons vu de nos yeux, comme Dieu le voulait ; et désormais, approche-toi, toi, car nous avons su de toi que tu as atteint le degré suprême au-dessus de tous les prophètes.
וקדשתם היום ומחר. קדושה זו היא שלא יגש אל אשה גם להפריש עצמן מכל טומאה כי הנשמר מן הטומאה נקרא קדוש.
« Et sanctifie-les aujourd’hui et demain. » Cette sainteté consiste à ne pas s’approcher d’une femme, et aussi à s’écarter de toute impureté, car celui qui se garde de l’impureté est appelé saint.
וכבסו שמלותם. מכבוס הבגדים למדנו טבילת הגוף, וכן דרשו רז"ל במכילתא אין לך כבוס בגדים שלא יהא טעון טבילה.
« Et qu’ils lavent leurs vêtements. » Du lavage des vêtements nous avons appris l’immersion du corps ; et ainsi l’ont interprété nos Sages de mémoire bénie dans la Mekhilta : il n’y a pas de lavage de vêtements qui ne requière l’immersion.
אם בהמה אם איש לא יחיה. אין להבין בהמה ממש דוקא אבל הוא כנוי אל הרשעים הנמשלים לבהמה. יאמר בין שיהיה רשע או צדיק לא יחיה הנוגע בו וכן אמר קהלת (קהלת ג׳:כ״א) מי יודע רוח בני האדם העולה היא למעלה ורוח הבהמה וגו', המשיל נפש הרשע לבהמה ואמר כי רוח הצדיק שהיא בודאי עולה למעלה ורוח הרשע שהיא בודאי יורדת למטה מי יודע אותם כלומר מי מכיר בהם בעוה"ז לומר זו תעלה וזו תרד, ובא ולמד כי בעוה"ז מקרה אחד לכל לצדיק ולרשע כמות זה כן מות זה והוא דבק בפסוק שלפניו כי הכל שב אל העפר ובעוה"ז כלם שוים משא"כ בעוה"ב שמדרגותיהם חלוקות, וכן אמר בכאן לא יחיה עשה את כלם שוים בין צדיק בין רשע שלא יחיה בעולם הזה, ומזה אתה למד שמדרגותיהם חלוקות לעוה"ב כלומר לא יחיה הרשע בעולם הזה ובעוה"ב ולא יחיה הצדיק בעוה"ז אבל יחיה בעוה"ב והראיה נדב ואביהוא שמתו בעוה"ז לפי שנגעו בהר שהוזהרו עליו וזכו לחיי העוה"ב כי על כן נזכרה מיתתם ביום הכפורים.
« Qu’il s’agisse d’une bête ou d’un homme, il ne vivra pas. » On ne doit pas comprendre « bête » exclusivement au sens littéral, mais c’est un surnom des impies, comparés à la bête. Il dira : que ce soit un impie ou un juste, celui qui le touche ne vivra pas ; et ainsi dit Qohélet (Ecclésiaste 3,21) « qui connaît l’esprit des fils de l’homme, lequel monte en haut, et l’esprit de la bête, etc. » : il compara l’âme de l’impie à la bête, et dit : l’esprit du juste, qui monte assurément en haut, et l’esprit de l’impie, qui descend assurément en bas, qui les connaît ? C’est-à-dire : qui les reconnaît en ce monde-ci, pour dire : celui-ci montera et celui-là descendra ? Et viens apprendre qu’en ce monde-ci un même sort échoit à tous, au juste et à l’impie, « comme la mort de celui-ci, ainsi la mort de celui-là » (Ecclésiaste 3,19), et cela se rattache au verset précédent « tout retourne à la poussière » ; et en ce monde tous sont égaux, contrairement au monde à venir, où leurs degrés sont distincts. Et ainsi il dit ici « il ne vivra pas » : Il fit tous égaux, juste comme impie, qu’ils ne vivent pas en ce monde-ci ; et de là tu apprends que leurs degrés sont distincts pour le monde à venir, c’est-à-dire que l’impie ne vivra pas dans ce monde ni dans le monde à venir, et que le juste ne vivra pas dans ce monde mais vivra dans le monde à venir. Et la preuve : Nadav et Avihou, qui moururent en ce monde parce qu’ils touchèrent la montagne dont ils avaient été avertis, et eurent le mérite de la vie du monde à venir, car c’est pourquoi leur mort est mentionnée le jour de Kippour.
במשוך היובל. על דרך הפשט כשימשוך היובל קול ארוך הוא סימן סילוק השכינה והפסקת הקול. היובל הוא שופר של איל ושופר של אילו של יצחק היה, כן פירש רש"י ז"ל.
« Quand le yovel sonnera longuement (bi-mshokh ha-yovel). » Selon le sens simple, lorsque le yovel tirera un son long, c’est le signe du retrait de la Shekhina et de l’arrêt de la voix. Le yovel est un cor de bélier, et c’est le cor du bélier d’Yitshaq ; ainsi l’expliqua Rachi, de mémoire bénie.
וכוונתו לומר כי אע"פ שהאיל הוקרב עולה ועולה כולה כליל החזירו הקב"ה להויתו הראשונה, וכן דרשו רבותינו ז"ל בפרקי רבי אליעזר רבי חנינא בן דוסא אומר איל שנברא בין השמשות לא יצא ממנו דבר לבטלה (אברי הבשר) [אפרו] של איל הוא יסוד של המזבח הפנימי, גידיו של איל אלו י' נימין של כנור שהיה דוד מנגן בהם, עורו של איל הוא אזור מתניו של אליהו זכור לטוב שנאמר (מלכים ב א׳:ח׳) ויאמרו אליו איש בעל שער ואזור עור אזור במתניו ויאמר אליה התשבי הוא.
Et son intention est de dire que, bien que le bélier fût offert en holocauste, et holocauste entier, le Saint, béni soit-Il, le fit revenir à son existence première. Et ainsi l’ont interprété nos maîtres de mémoire bénie dans Pirqé de-Rabbi Eli‘ézer : Rabbi ‘Hanina fils de Dosa dit : le bélier qui fut créé au crépuscule, rien de lui ne fut gaspillé : la cendre du bélier est le fondement de l’autel intérieur ; ses tendons sont les dix cordes de la lyre sur laquelle David jouait ; sa peau est la ceinture des reins d’Eliyahou, de mémoire bénie, comme il est dit (II Rois 1,8) « ils lui dirent : un homme velu, ceint d’une ceinture de cuir autour des reins », et il dit : c’est Eliyahou le Tishbite.
וקרנו של איל קרן שמאל הוא הנשמע בהר סיני שנאמר ויהי קול השופר הולך וגו', קרן ימין שהוא גדול משל שמאל הוא שעתיד לתקוע בו לעתיד לבא שנאמר (ישעיהו כ״ז:י״ג) והיה ביום ההוא יתקע בשופר גדול, ע"כ.
Et la corne du bélier : la corne gauche est celle qu’on entendit au mont Sinaï, comme il est dit « et la voix du shofar allait, etc. » ; la corne droite, qui est plus grande que la gauche, est celle avec laquelle il sonnera dans l’avenir, comme il est dit (Isaïe 27,13) « et il arrivera, en ce jour-là, qu’on sonnera du grand shofar ». Fin.
ומן הכתוב הזה הוכיחו רז"ל במסכת יום טוב תחלת פרק ראשון כל דבר שנאסר במנין צריך מנין אחר להתירו והוא שאמרו שם בגמרא מכדי כתיב גם הצאן והבקר אל ירעו אל מול ההר ההוא במשוך היובל המה יעלו בהר למה לי, ש"מ כל דבר שנאסר במנין צריך מנין אחר להתירו, ובאור זה כי ממה שכתוב אל מול ההר ההוא יש ללמוד בעוד שהשכינה בהר ההוא נסתלקה שכינה ירעו, וא"כ למה הוצרך במשוך היובל המה יעלו בהר, אלא כדי להתיר להם בצווי כמו שהיתה להם המניעה בצווי ומכאן שכל דבר שנאסר במנין צריך מנין אחר להתירו.
Et de ce verset nos Sages de mémoire bénie ont tiré la preuve, dans le traité Yom Tov (Beitsa), au début du premier chapitre : toute chose qui a été interdite par une décision prise en assemblée (minyan) requiert une autre décision en assemblée pour la permettre ; et c’est ce qu’ils ont dit là dans la Guemara : après tout, il est écrit « même le petit et le gros bétail ne paîtront pas devant cette montagne » ; « quand le yovel sonnera longuement, ils monteront sur la montagne » : pourquoi en ai-je besoin ? Apprends-en que toute chose qui a été interdite par une décision prise en assemblée requiert une autre décision en assemblée pour la permettre. Et l’explication est que, de ce qui est écrit « devant cette montagne », on peut apprendre que, tant que la Shekhina est sur cette montagne, [ils ne paîtront pas] ; la Shekhina s’étant retirée, ils paîtront ; et si c’est ainsi, pourquoi fallait-il « quand le yovel sonnera longuement, ils monteront sur la montagne » ? Mais pour permettre par un ordre, comme l’interdiction avait eu lieu par un ordre ; et de là : toute chose interdite par une décision prise en assemblée requiert une autre décision en assemblée pour la permettre.
וע"ד הקבלה במשוך היובל קול השופר הזה הוא פחד יצחק שהשיגוהו בהר סיני ולא השיגו בו דבור זולתי קול וזהו ויחרד כל העם כלשון (בראשית כ״ז:ל״ג) ויחרד יצחק, וכבר הזכרתי זה בפסוק (שם כב) והנה איל אחר נאחז בסבך בקרניו.
Et selon la Kabbale : « quand le yovel sonnera longuement » : la voix de ce shofar est la crainte de Yitshaq (pahad Yitshaq), qu’ils atteignirent au mont Sinaï, et ils n’atteignirent en lui aucune parole mais seulement une voix ; et c’est « et tout le peuple trembla » (Exode 19,16), de l’expression (Genèse 27,33) « et Yitshaq trembla » ; et j’ai déjà mentionné cela au verset (Genèse 22,13) « et voici un autre bélier retenu dans le fourré par ses cornes ».
והגבלת את העם. תן גבול לעם כשעור אלפים אמה הן חסר הן יתיר כדי שלא יעלו בהר וכדי שלא יגעו בקצהו.
« Et tu délimiteras le peuple. » Donne une limite au peuple, à une distance d’environ deux mille coudées, un peu moins ou un peu plus, afin qu’ils ne montent pas sur la montagne et qu’ils n’en touchent pas l’extrémité.
כל הנוגע בהר מות יומת. וכל שכן העולה. לא תגע בו יד. והלא כבר נאמר כל הנוגע בהר אבל באורו לא תגע בו יד לא תהא מיתתו בנגיעת יד כגון חנק ושרפה וכיוצא בהן כי אם מרחוק כגון סקילה או בחצים זהו שאמר כי סקול יסקל או ירה יירה.
« Quiconque touche la montagne sera mis à mort », et à plus forte raison celui qui monte. « Aucune main ne le touchera. » Mais n’a-t-il pas déjà été dit « quiconque touche la montagne » ? Son explication est : « aucune main ne le touchera » : que sa mort ne soit pas par le contact de la main, comme l’étranglement, la brûlure et semblables, mais de loin, comme la lapidation ou les flèches ; c’est ce qu’il dit « car il sera lapidé, ou atteint par des flèches ».
ויהי ביום השלישי בהיות הבקר. הוא ג' לקדוש וששי לחדש. ויהי קולות וברקים וענן כבד על ההר. הקולות היו קולות המלאכים שמקלסים להקב"ה בכל בקר ובקר, שנאמר (איוב ל״ח:ז׳) ברן יחד כוכבי בקר ויריעו כל בני אלהים, והברקים הם מלאכים ג"כ שנאמר (תהילים ק״ד:ד׳) עושה מלאכיו רוחות משרתיו אש לוהט, וכתיב (יחזקאל א׳:י״ג) ונוגה כאש ומן האש יוצא ברק.
« Et il arriva, le troisième jour, au matin. » C’est le troisième de la sanctification et le sixième du mois. « Et il y eut des voix et des éclairs, et une lourde nuée sur la montagne. » Les voix étaient les voix des anges qui louent le Saint, béni soit-Il, chaque matin, comme il est dit (Job 38,7) « quand les étoiles du matin chantaient ensemble et que tous les fils de Dieu poussaient des acclamations » ; et les éclairs sont aussi des anges, comme il est dit (Psaumes 104,4) « Il fait de Ses anges des vents, de Ses serviteurs un feu brûlant », et il est écrit (Ézéchiel 1,13) « et l’éclat du feu, et du feu sortait l’éclair ».
וענן כבד, כדי להפריש בין ישראל ובין המלאכים שאם היו ישראל רואים אותם היו נרעדים בראייתם, וכן כתוב ביחזקאל (שם) ענן גדול ואש מתלקחת ומתוכה דמות ארבע חיות, זה כתב רבינו חננאל, עם היות שהפשט אמת ויציב והוא הראשון משבעים פנים כי יום מתן תורה היה כמין יום המעונן בקולות והם הרעמים כמנהגו של עולם והברקים וקצת גשמים, והוא שכתוב (שופטים ה׳:ד׳) ארץ רעשה גם שמים נטפו גם עבים נטפו מים, והיה תחלה הענן ואח"כ הברקים ואח"כ הקולות.
Et « nuée lourde » : pour séparer entre Israël et les anges, car si Israël les avait vus, ils auraient tremblé à leur vue ; et ainsi il est écrit chez Ézéchiel (1,4-5) « une grande nuée, et un feu qui s’embrase, et de son milieu une forme de quatre vivants ». Cela, Rabbénou ‘Hananel l’écrivit, bien que le sens simple soit vrai et solide, et soit le premier des soixante-dix visages : car le jour du don de la Torah était comme un jour nuageux avec des voix — c’est-à-dire des tonnerres, comme à l’usage du monde — et des éclairs et quelques pluies ; et c’est ce qui est écrit (Juges 5,4) « la terre trembla, aussi les cieux distillèrent, aussi les nuées distillèrent de l’eau » ; et il y eut d’abord la nuée, puis les éclairs, puis les voix.
והאחרון בכתוב היה ראשון שכן מנהג לראות הברק ואחריו הרעם, ומה שהזכיר הכתוב שלא כסדר נראה לי בטעם הדבר כי עשה כן לעלוי קול השופר שאילו הזכיר כסדר שהיו היה סומך הקולות אל קול השופר והיה נראה כי היו שוים או קרובים זה לזה במעלה ולכך רצה להקדים הקולות כדי להרחיקם מקול השופר ולבאר כי יש רחוק גדול והפרש ביניהם כהפרש שיש בין דבר גופני לדבר שכלי.
Et le dernier dans l’Écriture était le premier, car l’usage est de voir l’éclair, puis le tonnerre. Et ce que l’Écriture a mentionné hors d’ordre, il me semble que la raison en est que c’est pour l’élévation de la voix du shofar : car s’il avait mentionné selon l’ordre où ils furent, il aurait rattaché les voix à la voix du shofar, et il aurait paru qu’elles étaient égales, ou proches l’une de l’autre en valeur ; c’est pourquoi il voulut avancer les voix pour les éloigner de la voix du shofar, et pour expliquer qu’il y a une grande distance et une différence entre elles, comme la différence entre une chose corporelle et une chose intellectuelle.
ויוצא משה את העם לקראת האלהים מן המחנה. זה מחנה ישראל שהיו ששים רבוא. לקראת האלהים. שיעורו לקראת מחנה האלהים הם מלאכי השרת שירדו שם, ודרשו רז"ל ששים רבוא מלאכי השרת ירדו שם כנגד ששים רבוא ישראל ועליהם רמז יעקב (בראשית ל״ב:ג׳) שם המקום ההוא מחנים כי היו שתי המחנות זה לעומת זה, ועל זה אמר שלמה ע"ה כמחולת המחנים.
« Et Moshé fit sortir le peuple à la rencontre de Dieu, hors du camp. » C’est le camp d’Israël, qui comptait six cent mille. « À la rencontre de Dieu » : son sens est : à la rencontre du camp de Dieu, ce sont les anges serviteurs qui descendirent là. Et nos Sages de mémoire bénie ont interprété : six cent mille anges serviteurs descendirent là, en regard des six cent mille d’Israël ; et c’est à eux que Yaakov fit allusion (Genèse 32,3) « il appela ce lieu Mahanaïm » (deux camps), car les deux camps étaient l’un en face de l’autre ; et sur cela dit Shelomo, paix sur lui, « comme la danse de Mahanaïm » (Cantique 7,1).
ולפי שהיו ישראל משועבדים בשעבוד ד' מלכיות וכל אחת מהם אומרת לישראל שישובו לאמונתם ויאמינו בהם לכך הזכיר ד' פעמים שובי, ואנחנו היום בשעבוד המלכות הרביעית האומרת שובי ונחזה בך כלומר נעשה מכם שלטונין ונתן לכם כל מיני ממשלה והוא מלשון ואתה תחזה מכל העם. ודרשו רז"ל השולמית, אומה ששלום העולמים דר בתוכה, והיא משיבה מה תחזו בשולמית מה אתם יכולים לתת ממשלה ומעלה וכבוד לשולמית שמא אתם יכולים למצוא בדמיון שמחת מעמד הר סיני זהו כמחולת המחנים שתי המחנות שהיו יוצאין זה לקראת זה.
Et puisqu’Israël étaient asservis par l’asservissement des quatre royaumes, et que chacun d’eux disait à Israël de revenir à leur croyance et de croire en eux, c’est pourquoi il mentionna quatre fois « shouvi » (revenez). Et nous sommes aujourd’hui dans l’asservissement du quatrième royaume, qui dit « shouvi » et « nehezeh bakh » (nous te contemplerons), c’est-à-dire : nous ferons de vous des gouverneurs, et nous vous donnerons toutes sortes de pouvoir ; et c’est de l’expression « et toi, tu discerneras (tehezeh) parmi tout le peuple ». Et nos Sages de mémoire bénie ont interprété : « ha-Shulamit » : la nation au sein de laquelle demeure Celui à qui appartient la paix des mondes ; et elle répond : « qu’aurez-vous à contempler dans la Shulamite ? » : que pouvez-vous donner de pouvoir, de valeur et d’honneur à la Shulamite ? Pouvez-vous donc trouver quelque chose de semblable à la joie de la station du mont Sinaï ; c’est « comme la danse des deux camps », les deux camps qui sortaient l’un à la rencontre de l’autre.
והמשיל תענוג ההשגה שהשיגו באותו מעמד למחול וכענין שדרשו רז"ל עתיד הקב"ה לעשות מחול לצדיקים בגן עדן ולכך אין לי לשוב לאמונתכם כי זכורה אני אותו המחול כלומר מעמד הר סיני.
Et il compara le plaisir de la perception qu’ils atteignirent à cette station à une danse (mahol), et selon ce que nos Sages de mémoire bénie ont interprété : le Saint, béni soit-Il, est destiné à faire une danse pour les justes au Jardin d’Eden ; et c’est pourquoi je n’ai pas à revenir à votre croyance, car je me souviens de cette danse, c’est-à-dire de la station du mont Sinaï.
ועוד דרשו רז"ל שהיו שם במעמד הקדוש הזה כ"ב אלף מלאכי השרת שנאמר (תהילים ס״ח:י״ח) רכב אלהים רבותים אלפי שנאן והם היו הקרובים לשכינה יותר משאר המלאכים, והיו כנגד כ"ב אלף הלוים שהיו סמוכים לאהל מועד ששם הארון, ואשרי העם שככה לו כי ראו ארבע חיות מרכבה הרשומות במלת שנאן וראו ד' מחנות שכינה הרשומות במלת ארגמן כי ממה שהזכיר שלמה בחכמתו (שיר השירים ג׳:י׳) מרכבו ארגמן יתבאר למשכיל סוד האחד הרוכב על ארבע מחנות שכינה של כבוד ארגמן, וידוע כי משם התאוו לדגלים, ואמרו במדרש כי ביום הזה של מתן תורה היתה עמידת חמה ותחית המתים כמו שכתוב (שם ה) נפשי יצאה בדברו, וכן דרשו באלה הדברים רבה ה' פעמים עמדה חמה למשה, יום של יציאת מצרים, ויום של ים, ויום של עמלק, ויום של מתן תורה, ויום של נחלי ארנון ע"כ.
Et ils ont encore interprété qu’il y avait là, à cette sainte station, vingt-deux mille anges serviteurs, comme il est dit (Psaumes 68,18) « le char de Dieu, myriades, milliers de sha’anan » ; et c’étaient eux qui étaient proches de la Shekhina plus que les autres anges, et ils étaient en regard des vingt-deux mille Léviim qui étaient proches de la Tente d’assignation, là où est l’Arche. Et heureux le peuple qui en est ainsi favorisé, car ils virent les quatre vivants du char, inscrits dans le mot « sha’anan », et ils virent les quatre camps de la Shekhina, inscrits dans le mot « argaman » ; car, de ce que Shelomo, dans sa sagesse, mentionna (Cantique 3,10) « son char est de pourpre (argaman) », sera expliqué pour le sage le secret de l’Unique qui chevauche sur quatre camps de la Shekhina de gloire, argaman ; et il est connu que de là ils désirèrent les drapeaux. Et ils dirent dans le Midrash que ce jour du don de la Torah il y eut l’arrêt du soleil et la résurrection des morts, comme il est écrit (Cantique 5,6) « mon âme sortit quand il parla » ; et ainsi l’ont interprété dans Eleh ha-Devarim Rabba : cinq fois le soleil s’arrêta pour Moshé : le jour de la sortie d’Égypte, le jour de la mer, le jour d’‘Amaleq, le jour du don de la Torah, et le jour des torrents de l’Arnon. Fin.
ויתיצבו בתחתית ההר. למטה מן ההר וחוץ לגבול שהוזהרו להתרחק ממנו.
« Et ils se tinrent au pied de la montagne. » Au bas de la montagne, et hors de la limite dont ils avaient été avertis de s’éloigner.
ודע כי הכבוד היה בראש ההר שנאמר וירד ה' על הר סיני אל ראש ההר וכתיב (שמות כ״ד:י״ז) ומראה כבוד ה' כאש אוכלת בראש ההר וכל ישראל עמדו בסוף ההר שנאמר ויתיצבו בתחתית ההר, ומשה זכה לעלות אל ההר לבא בתוך הענן, שנאמר (שם) ויבא משה בתוך הענן ויעל אל ההר וזכה עוד שנתקרב אל עב הענן הוא שכתוב הנה אנכי בא אליך בעב הענן, ועב הענן הוא הערפל אשר שם האלהים, וזהו באור הכתוב (דברים ד׳:י״א) וההר בוער באש עד לב השמים חשך ענן וערפל, חשך הוא האש ואח"כ ענן ואח"כ ערפל שהוא עב הענן, ולפי זה היו ד' מדרגות זו למעלה מזו וזו לפנים מזו ואלו הם, תחתית ההר, וראש ההר, וענן.
Et sache que la Gloire était au sommet de la montagne, comme il est dit « et l’Éternel descendit sur le mont Sinaï, sur le sommet de la montagne » (Exode 19,20), et il est écrit (Exode 24,17) « et l’aspect de la gloire de l’Éternel était comme un feu dévorant au sommet de la montagne » ; et tout Israël se tenait au bas de la montagne, comme il est dit « et ils se tinrent au pied de la montagne ». Et Moshé eut le mérite de monter à la montagne pour entrer dans la nuée, comme il est dit (ibid.) « et Moshé entra dans la nuée et monta à la montagne », et eut encore le mérite de s’approcher de l’épaisseur de la nuée ; c’est ce qui est écrit « voici que Je viens à toi dans l’épaisseur de la nuée » ; et l’épaisseur de la nuée est l’obscurité épaisse où est Dieu. Et telle est l’explication de l’Écriture (Deutéronome 4,11) « et la montagne brûlait dans le feu jusqu’au cœur du ciel, ténèbre, nuée et obscurité épaisse » : « ténèbre » est le feu, ensuite la nuée, ensuite l’obscurité épaisse (araphel), qui est l’épaisseur de la nuée. Et selon cela il y avait quatre degrés, l’un au-dessus de l’autre et l’un à l’intérieur de l’autre, et ce sont : le pied de la montagne, et le sommet de la montagne, et la nuée,
ועב הענן, ומצינו דוגמתם בבהמ"ק שער העזרה כנגד תחתית ההר, והעזרה עצמה כנגד ההר עצמו, וההיכל לפנים כנגד פנימיות הענן, בית קדשי קדשים שהוא לפנים מן ההיכל הוא כנגד עב הענן הוא הערפל אשר שם האלהים.
et l’épaisseur de la nuée. Et nous trouvons leur équivalent dans le Temple : la porte du parvis en regard du pied de la montagne, et le parvis lui-même en regard de la montagne elle-même, et le Hékhal, à l’intérieur, en regard de l’intérieur de la nuée ; le Saint des Saints, qui est à l’intérieur du Hékhal, est en regard de l’épaisseur de la nuée, qui est l’obscurité épaisse où est Dieu.
והר סיני עשן כלו. ההר היה עשן ולא האש כי האש שהוא לפני כבוד ה' אין לה עשן ומה שאמר כעשן הכבשן ידוע כי אין המשל דומה לנמשל אבל מפני שאנחנו גשמיים אי אפשר לנו שנערוך ונדמה הענינים השכלים רק בדברים הגשמיים שאנו שקועים בהם וכן הכתוב המשיל יופי השמש וזהרו ליופי בן אדם והמרוצה שלו בגלגלו למרוצת הגבור הוא שכתוב (תהילים י״ט:ו׳) והוא כחתן יוצא מחפתו ישיש כגבור לרוץ אורח, ודבר ידוע שאינו בערכו ולא דומה לו על אחת מאלף אלפי אלפים ורבי רבבות פעמים, וכן הכתוב המשיל את הקב"ה לאריה שנאמר (עמוס ג׳:ח׳) אריה שאג מי לא יירא ה' אלהים דבר מי לא ינבא, והענין לפי שאין לנו בכל בעלי חיים גופניים יותר גבור ממנו וכדי לשכך את האזן מה שהיא יכולה לשמוע ועל כיוצא בזה ארז"ל דברה תורה כלשון בני אדם.
« Et le mont Sinaï fumait tout entier. » La montagne fumait, et non le feu, car le feu qui est devant la gloire de l’Éternel n’a pas de fumée. Et ce qu’il dit « comme la fumée de la fournaise » (Exode 19,18), on sait que la comparaison ne ressemble pas à l’objet comparé ; mais parce que nous sommes corporels, il nous est impossible de comparer et d’assimiler les affaires intellectuelles autrement que par des choses corporelles dans lesquelles nous sommes plongés. Et ainsi l’Écriture compara la beauté du soleil et son éclat à la beauté d’un homme, et sa course dans sa sphère à la course du héros ; c’est ce qui est écrit (Psaumes 19,6) « et lui, comme un époux qui sort de sa chambre nuptiale, il se réjouit comme un héros de courir sa route » ; et chose connue, l’homme ne saurait se mesurer au soleil ni lui être comparé, même à un milliardième, ni à des myriades de myriades de fois près. Et ainsi l’Écriture compara le Saint, béni soit-Il, à un lion, comme il est dit (Amos 3,8) « le lion a rugi, qui ne craindra ? Le Seigneur Dieu a parlé, qui ne prophétisera ? ». Et l’affaire est que nous n’avons pas, parmi tous les êtres vivants corporels, de plus puissant que lui, et pour rendre les choses accessibles à l’oreille selon ce qu’elle peut entendre. Et sur des choses semblables, nos Sages de mémoire bénie ont dit : la Torah a parlé comme le langage des fils de l’homme.
משה ידבר והאלהים יעננו בקול. היה פלא גדול שכל ישראל שהיו מהלך ג' פרסאות שישמעו כלן קולו של משה ועוד שהיה שם קול השופר והיה ראוי לעכב, וע"כ יבאר הכתוב הנס הגדול הנעשה בזה כי משה ידבר והאלהים נותן לו כח וסיוע בקולו שיוכל להגביהו כשעור שישמעו כל ישראל קולו ויבינו ממנו. ומלת יעננו מלשון (הושע ב׳:כ״ג) אענה נאם ה' אענה את השמים שהוא לשון עזר וסיוע.
« Moshé parlait, et Dieu lui répondait par une voix. » C’était un grand prodige que tout Israël, qui occupait trois parasanges, entende tous la voix de Moshé ; et encore qu’il y avait là le son du shofar, qui aurait dû faire obstacle. Et c’est pourquoi l’Écriture explique le grand miracle fait en cela : Moshé parlait, et Dieu lui donnait force et appui dans sa voix, afin qu’il puisse l’élever à la mesure que tout Israël entende sa voix et comprenne de lui. Et le mot « ya‘anenou » vient de (Osée 2,23) « Je répondrai, dit l’Éternel, Je répondrai aux cieux », qui est une expression de secours et d’appui.
וירד ה' על הר סיני. לשון ירידה בהקב"ה בכל מקום הוא ענין הראותו וגלויו בהשגת השכל והוא כלשון (בראשית י״ח:א׳) וירא אליו ה' האמור באברהם וכן תרגם ואתגלי כתרגום וירא, אבל אחז הכתוב לשון ירידה כי גלוי שכינה אל התחתונים ירידה היא אצל מעלות הגבוה.
« Et l’Éternel descendit sur le mont Sinaï. » L’expression de descente, à propos du Saint, béni soit-Il, en tout lieu, signifie Sa manifestation et Sa révélation dans la perception de l’intellect, et elle est comme l’expression (Genèse 18,1) « et l’Éternel lui apparut » dite d’Avraham ; et ainsi traduit-on « ve-itgeli », comme le Targoum de « va-yera ». Mais l’Écriture a pris l’expression de descente, car la révélation de la Shekhina aux êtres inférieurs est une descente par rapport aux degrés de l’élévation.
ובאור וירד ה' בכאן שנראה ה' המיוחד לעיני כל העם כי כן הזכיר למעלה כי ביום השלישי ירד ה' לעיני כל העם, כי מתוך שראו הכבוד כאש אוכלת בראש ההר ידעו והבינו כי שם ה' המיוחד ואל הכוונה הזאת נאמר וירד ה', לא שיראו ה' המיוחד שהרי כתיב (שמות ל״ג:כ׳) כי לא יראני האדם וחי.
Et l’explication de « va-yered H’ » ici est que l’Éternel, le Nom unique, fut vu aux yeux de tout le peuple, car ainsi il l’a mentionné plus haut : « car le troisième jour, l’Éternel descendra aux yeux de tout le peuple » (Exode 19,11) ; car, par ce qu’ils virent la Gloire comme un feu dévorant au sommet de la montagne, ils surent et comprirent que là est le Nom unique, et c’est dans cette intention qu’il est dit « va-yered H’ », et non qu’ils aient vu le Nom unique, car il est écrit (Exode 33,20) « car l’homme ne Me verra pas et vivra ».
וכן הענין באברהם שנאמר וירא אליו ה' יגיד כי ה' המיוחד נראה לאברהם וכבר ידוע כי האבות לא השיגו השם המיוחד ולא נראה להם רק באל שדי שהוא השער לה', ולכך הוצרך לומר והוא יושב פתח האהל שהוא באור לוירא אליו למדך הכתוב כי הראותו לאברהם מתוך פתח האהל היה כדי שלא תבין שנראה לו ה' המיוחד ממש, וכן בכאן בוירד ה' שוה בשוה כי גלוי ה' המיוחד לעיני כל העם מתוך מראה הכבוד שהיו רואים כאש אוכלת היה.
Et ainsi l’affaire pour Avraham : comme il est dit « et l’Éternel lui apparut », il raconte que le Nom unique fut vu par Avraham ; et il est déjà connu que les Pères n’ont pas atteint le Nom unique, et qu’il ne leur apparut que par El Shaddai, qui est la porte vers l’Éternel. Et c’est pourquoi il lui fallut dire « et il était assis à l’entrée de la tente », qui est l’explication de « va-yera elav » : l’Écriture t’enseigne que Son apparition à Avraham depuis l’entrée de la tente fut pour que tu ne comprennes pas que le Nom unique lui fut vu proprement. Et de même ici dans « va-yered H’ », exactement de même : car la révélation du Nom unique aux yeux de tout le peuple se fit par l’aspect de la Gloire qu’ils voyaient comme un feu dévorant.
ונפל ממנו רב. אפילו אחד מהם נופל הרי הוא כנגד מעשה בראשית, כי היה ראוי לומר ויפלו מהם רבים.
« Et beaucoup en tomberont (ve-nafal mimmenou rav). » Même si un seul d’entre eux tombe, cela équivaut à l’œuvre de la création, car il aurait fallu dire « et beaucoup d’entre eux tomberont ».
וגם הכהנים הנגשים אל ה'. ע"י הקרבנות. נקראו הבכורות כהנים כי העבודה בבכורות היתה. או יש לפרש הכהנים על בני אהרן ממש ונקראו כהנים על שם העתיד שעתידה הכהונה להנתן להם, וכמוהו (בראשית ב׳:י״ד) הוא ההולך קדמת אשור שנקרא אשור על שם העתיד.
« Et aussi les prêtres qui s’approchent de l’Éternel. » Par les sacrifices. Les premiers-nés furent appelés prêtres, car le service était chez les premiers-nés. Ou bien on peut expliquer « les prêtres » des fils d’Aharon proprement, et ils furent appelés prêtres d’après l’avenir, car la prêtrise devait leur être donnée ; et semblable est (Genèse 2,14) « celui-ci va à l’est d’Ashour », appelée Ashour d’après l’avenir.
יתקדשו ומזה כתוב (ויקרא י׳:ג׳) בקרובי אקדש, אמר בקרובי כנגד הנגשים ואמר אקדש כנגד יתקדשו.
« Qu’ils se sanctifient » ; et de là il est écrit (Lévitique 10,3) « par ceux qui M’approchent Je serai sanctifié » : il dit « bi-qrovai » (par ceux qui M’approchent) en regard de « ha-niggashim » (ceux qui s’approchent), et il dit « eqqadesh » (Je serai sanctifié) en regard de « yitqaddashou » (qu’ils se sanctifient).
פן יפרץ בהם ה'. ירמוז למיתתם כי פרץ בהם ה' ולא רצה להענישם עתה במתן תורה שלא לערבב שמחת התורה והמתין להם עד יום ח' של מלואים, ואמר וגם לרבות שבעים זקנים.
« De peur que l’Éternel ne fasse irruption contre eux. » Il fait allusion à leur mort : car l’Éternel fit irruption contre eux, et Il ne voulut pas les punir maintenant, lors du don de la Torah, pour ne pas troubler la joie du don de la Torah, et Il attendit pour eux jusqu’au huitième jour des investitures ; et il dit « et aussi » (gam) pour inclure les soixante-dix Anciens.
והכהנים והעם וגו'. סדר הדברים היה במתן תורה כענין זה, תחלה צוה למשה והגבלת את העם שיתן בהר גבול ידוע לעם שלא יעברוהו, והוא מה שאמר לו משה כי אתה העדותה בנו לאמר הגבל את ההר וקדשתו שהרי גבול העם הוא גבול ההר, ואחרי כן הזהירם שיפרשו שלשה ימים מכל טומאה והצריכם טבילה הוא שכתוב ויקדש את העם ויכבסו שמלותם, וביום השלישי בבקר הוא ו' בסיון היו קולות וברקים וענן כבד על ההר וקול שופר חזק מאד ועדיין לא ירדה שכינה כענין שכתוב (מלכים א י״ט:י״א) ורוח גדולה וחזק מפרק הרים ומשבר סלעים לפני ה' לא ברוח ה' ואז נתלבשו חרדה מפחד הקולות ההם שנאמר ויחרד כל העם כו' ומשה חזק את לבם להוציאם לקראת האלהים ויתיצבו בתחתית ההר,
« Et les prêtres et le peuple, etc. » L’ordre des choses lors du don de la Torah fut ainsi : d’abord Il ordonna à Moshé « et tu délimiteras le peuple », c’est-à-dire de fixer à la montagne une limite connue au peuple, qu’ils ne franchiront pas ; et c’est ce que lui dit Moshé « car tu nous as avertis en disant : délimite la montagne et sanctifie-la » (Exode 19,23), car la limite du peuple est la limite de la montagne. Et ensuite Il les avertit de s’écarter pendant trois jours de toute impureté et Il leur imposa l’immersion, c’est ce qui est écrit « et il sanctifia le peuple, et ils lavèrent leurs vêtements » (19,14) ; et le troisième jour, au matin, qui est le 6 Sivan, il y eut des voix et des éclairs, et une lourde nuée sur la montagne, et un son de shofar très fort, et la Shekhina n’était pas encore descendue, comme il est écrit (I Rois 19,11) « et un grand vent, fort, qui fend les montagnes et brise les rochers devant l’Éternel ; l’Éternel n’était pas dans le vent ». Et alors ils furent revêtus de tremblement par la crainte de ces voix, comme il est dit « et tout le peuple trembla, etc. » ; et Moshé fortifia leur cœur pour les faire sortir à la rencontre de Dieu, et « ils se tinrent au pied de la montagne ».
ובהיותם שם בתחתית בהר מצפים ירד השי"ת על ההר באש ויעל עשנו עד לב השמים חשך ענן וערפל וחרד ההר עצמו ונזדעזע כאשר יעשה ברעש הנקרא זלזל"ה או יותר מכן, וכן אמר דוד ע"ה (תהילים ס״ח:ט׳) ארץ רעשה אף שמים נטפו מפני אלהים זה סיני מפני אלהים אלהי ישראל, באורו נטפו אש, ובאור ז"ה, בער סיני, מלשון (דניאל ג׳:כ״ב) ואתונא איזה יתירא, וכן למיזא לאתונא, וכן מצינו בדבורה הנביאה (שופטים ה׳:ד׳) ה' בצאתך משעיר בצעדך משדה אדום ארץ רעשה גם שמים נטפו גם עבים נטפו מים, וכן אמר הכתוב (תהילים קי״ד:ד׳) ההרים רקדו כאילים וגו',
Et pendant qu’ils étaient là, au pied de la montagne, attendant, le Nom, béni soit-Il, descendit sur la montagne dans le feu, et sa fumée monta jusqu’au cœur du ciel : ténèbre, nuée et obscurité épaisse ; et la montagne elle-même trembla et fut secouée, comme le fait le tremblement appelé « zalzala », ou davantage ; et ainsi dit David, paix sur lui (Psaumes 68,9) « la terre trembla, aussi les cieux distillèrent, devant Dieu ; celui-ci, le Sinaï, devant Dieu, le Dieu d’Israël ». Son explication : « nataphou » : ils distillèrent du feu ; et l’explication de « zeh » : il brûla, Sinaï, de l’expression (Daniel 3,22) « ve-atouna izeh yatira » (la fournaise était extrêmement chauffée) et « le-mezé le-atouna » (pour chauffer la fournaise) ; et ainsi nous trouvons chez Devora la prophétesse (Juges 5,4) « Éternel, quand Tu sortis de Séir, quand Tu avanças depuis le champ d’Edom, la terre trembla, aussi les cieux distillèrent, aussi les nuées distillèrent de l’eau » ; et ainsi dit l’Écriture (Psaumes 114,4) « les montagnes bondirent comme des béliers, etc. »,
ואיננו משל כאשר איננו משל הים ראה וינוס וגו', וכן אמר הנביא (ירמיהו מ״ו:י״ח) כי כתבור בהרים וככרמל בים יבא ודרשו רז"ל שבשעת מתן תורה נקבעו הרים הללו בארץ ישראל ועבר כרמל את הים, ואחרי כן נתחזק קול שופר מאד ואז ראה העם וינועו ויעמדו מרחוק יותר מן הגבול.
et ce n’est pas une métaphore, comme n’est pas une métaphore « la mer vit et s’enfuit, etc. ». Et ainsi dit le prophète (Jérémie 46,18) « car comme le Tavor parmi les montagnes, et comme le Carmel près de la mer, il viendra » ; et nos Sages de mémoire bénie ont interprété qu’à l’heure du don de la Torah ces montagnes furent fixées en Terre d’Israël, et que le Carmel traversa la mer. Et ensuite le son du shofar se renforça beaucoup, et alors le peuple vit, et ils tremblèrent, et se tinrent au loin, plus loin que la limite.
ויש לך לדעת כי פרשת וכל העם רואים את הקולות וגו' וירא העם וינועו קודם מתן תורה היה כי אז אמרו אל משה דבר אתה עמנו ונשמעה כי במראה ובשמיעת הקולות ההם נהפכו ציריהם עליהם ולא עצרו כח ואם ישמעו הדבור מפי הגבורה ימותו ומשה חזק את לבם ואמר להם אל תיראו כי לבעבור נסות אתכם וגו', ואז שמעו אליו ויעמוד העם מרחוק כי לא נתפייסו ולא נתרצו בכל דבריו להתקרב אל הגבול, ומשה נגש אל הערפל לא בא בתוכו ואז דבר אלהים עשרת הדברים.
Et tu dois savoir que la section « et tout le peuple voyait les voix, etc. », « et le peuple vit, et ils tremblèrent », eut lieu avant le don de la Torah, car c’est alors qu’ils dirent à Moshé « parle, toi, avec nous, et nous écouterons » ; car, par la vue et l’audition de ces voix, ils furent saisis de douleurs et ils n’eurent plus de force, et s’ils entendaient la parole de la bouche de la Puissance, ils mourraient. Et Moshé fortifia leur cœur et leur dit « ne craignez pas, car c’est pour vous éprouver, etc. » ; et alors ils l’écoutèrent, et « le peuple se tint au loin », car, malgré toutes ses paroles, ils ne se laissèrent pas rassurer et ne consentirent pas à s’approcher de la limite ; et Moshé s’approcha de l’obscurité épaisse, il n’y entra pas, et alors Dieu dit les dix paroles.
והכהנים והעם אל יהרסו לעלות אל ה'. והלא כבר הזכיר למעלה רד העד בעם פן יהרסו אל ה' לראות. אבל נראה כי שם הבין משה שההתראה שיתרה בהם הוא שלא יעלו אל ההר ושלא יתקרבו אל הגבול המסומן לראות בחוש העין והשיב משה בזה לא יוכל העם לעלות אל הר סיני כי אתה העדותה בנו בה' לשונות של התראה והוא שכתוב והגבלת את העם סביב לאמר השמרו לכם עלות בהר ונגוע בקצהו כל הנוגע בהר מות יומת לא תגע בו יד, וזהו תוספת הה"א במלת העדותה, ולכך הוצרך הקב"ה לחזור ולפרש לו שאין ההתראה על קרוב גבול כי כבר הם מותרין ונזהרין בכך אבל הוא על קרוב השגה והסתכלות מחשבה, וזהו שאמר לו לך רד ועלית אתה ואהרן עמך והכהנים והעם אל יהרסו לעלות, הזכיר לשון לעלות כלומר עלית מחשבה למעלה מכח ההשגה ולכך השוה את כלם כאחד הכהנים והעם והיה כעם ככהן שלא יסתכלו ולא יתאוו להשיג מה שאיננו מושג.
« Et les prêtres et le peuple, qu’ils ne forcent pas pour monter vers l’Éternel. » N’a-t-il pas déjà mentionné plus haut « avertis le peuple, de peur qu’ils ne forcent vers l’Éternel pour voir » (Exode 19,21) ? Mais il apparaît que là, Moshé comprit que l’avertissement renforcé fait à leur égard était qu’ils ne montent pas à la montagne et ne s’approchent pas de la limite marquée, pour voir de la vue de l’œil ; et Moshé répondit à cela : « le peuple ne pourra pas monter au mont Sinaï, car tu nous as avertis » (« ha-eidota », avec un he) : cinq expressions d’avertissement, qui est ce qui est écrit : « et tu délimiteras le peuple tout autour, en disant : gardez-vous de monter à la montagne et d’en toucher l’extrémité ; quiconque touche la montagne sera mis à mort ; aucune main ne le touchera » ; et c’est l’ajout du he dans le mot « ha-eidota ». C’est pourquoi le Saint, béni soit-Il, dut revenir et lui expliquer que l’avertissement ne porte pas sur la proximité de la limite, car ils sont déjà avertis et se gardent de cela, mais sur la proximité de la perception et de la contemplation de la pensée. Et c’est ce qu’Il lui dit : « va, descends, et tu monteras, toi et Aharon avec toi ; et les prêtres et le peuple, qu’ils ne forcent pas pour monter » : il mentionna l’expression « monter », c’est-à-dire une montée de la pensée au-delà de la force de la perception ; et c’est pourquoi Il les égala tous ensemble, les prêtres et le peuple, et le peuple fut comme le prêtre : qu’ils ne contemplent pas et ne désirent pas percevoir ce qui n’est pas perceptible.
ויש לדקדק בפסוק פן יהרסו אל ה' לראות למה לא הזכיר פן יהרסו לראות את ה' כשם שהזכיר כאן אל יהרסו לעלות אל ה'. ויתכן לומר כי אילו אמר כן היה נראה מזה שהראיה אפשרית אלא שהוא מונע אותה על כן איחר הראיה ואמר פן יהרסו אל ה' לראות כי יהרסו מחשבתם שיחשבו לראותו ובאר בזה כי הראיה בלתי אפשרית אבל הוא דבר נמנע וכענין שכתוב (שמות לג) כי לא יראני האדם וחי.
Et il faut préciser, dans le verset « de peur qu’ils ne forcent vers l’Éternel pour voir », pourquoi il n’a pas mentionné « de peur qu’ils ne forcent pour voir l’Éternel », comme il a mentionné ici « qu’ils ne forcent pas pour monter vers l’Éternel ». Et on peut dire que s’il avait dit ainsi, il en paraîtrait que la vision est possible mais qu’Il l’empêche ; c’est pourquoi il retarda la vision et dit « de peur qu’ils ne forcent vers l’Éternel pour voir » : car ils détruiraient (yehersou) leur pensée, de ce qu’ils pensent Le voir ; et il expliqua par là que la vision n’est pas possible, mais est une chose exclue (nimna‘), comme il est écrit (Exode 33,20) « car l’homme ne Me verra pas et vivra ».
וידבר אלהים את כל הדברים האלה לאמר. הוסיף לאמר להורות שכל הדברות האלה באמירה אחת נאמרו מה שאין הפה יכול לדבר ומה שאין האוזן יכולה לשמוע. וכן אמרו במדבר סיני רבה כתוב אחד אומר (תהילים קמ״ז:ד׳) מונה מספר לכוכבים לכלם שמות יקרא, וכתוב אחד אומר (ישעיהו מ׳:כ״ו) המוציא במספר צבאם לכלם בשם יקרא, כשהקב"ה קורא אותן הוא קורא שמות לכלן כאחד.
« Et Dieu dit toutes ces paroles, en disant (le-mor). » Il ajouta « le-mor » pour indiquer que toutes ces paroles furent dites en un seul dire (amira), ce que la bouche ne peut dire et ce que l’oreille ne peut entendre. Et ainsi ont-ils dit dans Bemidbar Sinaï Rabba : un verset dit (Psaumes 147,4) « Il compte le nombre des étoiles, Il les appelle toutes par leurs noms », et un verset dit (Isaïe 40,26) « Il fait sortir leur armée par nombre, Il les appelle toutes par nom » : quand le Saint, béni soit-Il, les appelle, Il les appelle toutes par leur nom simultanément.
או יש לפרש לאמר על הנסתר כי כל דברי הש"י בהם נגלה ונסתר, ויבא הדבור על הנגלה והאמירה על הנסתר, וזה כטעם וידבר ה' אל משה לאמר ברוב מקומות שבתורה, כי הגיד למשה הנגלה והנסתר, וכבר הזכרתי זה בפרשת (שמות י״ג:ב׳) קדש לי, ולכן הגיד לישראל בכאן כי נביאים היו כלם, וזהו שכתוב (תהילים ס״ב:י״ב) אחת דבר אלהים שתים זו שמעתי.
Ou bien on peut expliquer « le-mor » à propos du caché : car dans toutes les paroles du Nom, béni soit-Il, il y a du révélé et du caché ; la « parole » (dibbur) vient pour le révélé et le « dire » (amira) pour le caché. Et c’est comme le sens de « et l’Éternel parla à Moshé en disant (le-mor) » dans la plupart des lieux de la Torah : car Il fit connaître à Moshé le révélé et le caché ; et j’ai déjà mentionné cela dans la section (Exode 13,2) « sanctifie-moi ». Et c’est pourquoi Il l’a fait connaître ici à Israël, car ils étaient tous prophètes ; et c’est ce qui est écrit (Psaumes 62,12) « Dieu a parlé une fois, deux choses j’ai entendues ».
ודע כי דעת הרמב"ם ז"ל במעמד הר סיני בפרק ל"ג מן החלק השני מספרו שהקול העצום ששמעו ישראל היה נברא ושמעוהו בלא הבדל אותיות ולא שמעוהו כי אם פעם אחת וזה בשתי דברות ראשונות ועל זה אמרה תורה (דברים ה׳:י״ט) קול גדול ולא יסף, וכתיב (שם) כשמעכם את הקול, וכתיב (שם ד) קול דברים אתם שומעים קול דברים ולא דברים, וזהו שכתוב בעבור ישמע העם בדברי עמך, באורו ישמע העם הקול והדבור שיהיה עמך, וכן אמרו רז"ל אנכי ולא יהיה לך מפי הגבורה שמענום.
Et sache que l’avis du Rambam, de mémoire bénie, sur la station du mont Sinaï, au chapitre 33 de la deuxième partie de son livre, est que la voix puissante qu’entendit Israël était créée, et qu’ils l’entendirent sans distinction de lettres, et ne l’entendirent qu’une seule fois, et cela dans les deux premières paroles. Et à ce sujet la Torah dit (Deutéronome 5,19) « une voix grande, et elle ne continua pas », et il est écrit (ibid.) « quand vous avez entendu la voix », et il est écrit (Deutéronome 4,12) « vous entendiez une voix de paroles : une voix de paroles, et non des paroles ». Et c’est ce qui est écrit « afin que le peuple entende quand Je parlerai avec toi » : son explication est : que le peuple entende la voix et la parole qui sera avec toi. Et ainsi ont dit nos Sages de mémoire bénie : « Anokhi » et « lo yihyeh lekha », de la bouche de la Puissance nous les avons entendus.
וזהו ההבדל שבין משה לישראל ישראל שומעין קול דברים ומשה שומע הדברים, ועל כן היה משה משמיע להם בהבדל אותיות ממה שכתוב (שם ה) אנכי עומד בין ה' וביניכם בעת ההיא להגיד לכם את דבר ה' כלומר שתי דברות ראשונות שהשגתם ממנו ולא שמעתם אותם בהבדל אותיות, ומטעם זה תרגם אונקלוס וידבר ה' אל משה לאמר וכן וידבר אלהים את כל הדברים האלה ומליל ה' ותרגם בהשגתם של ישראל ואל ידבר עמנו אלהים ולא יתמלל עמנא מן קדם ה' ולא אמר ולא ימלל עמנא, כי לא היה הדבור עמהם בהבדל אותיות אלא שמיעת הקול בלבד ואחר ששמעו הקול בשתים ראשונות שם פרחה נשמתם כענין שכתוב (שיר השירים ה׳:ו׳) נפשי יצאה בדברו והיו חושבים שיוסיפו עוד לשמוע הקול ופחדו מאד ואמרו למשה ועתה למה נמות וגו' קרב אתה ושמע וגו' דבר אתה עמנו ונשמעה וגו',
Et telle est la différence entre Moshé et Israël : Israël entendent une voix de paroles, et Moshé entend les paroles ; et c’est pourquoi Moshé les leur faisait entendre avec distinction de lettres, d’après ce qui est écrit (Deutéronome 5,5) « moi, je me tenais entre l’Éternel et vous en ce temps-là, pour vous annoncer la parole de l’Éternel » : c’est-à-dire que les deux premières paroles, que vous avez perçues de Lui, vous ne les avez pas entendues avec distinction de lettres. Et pour cette raison Onkelos a traduit « et l’Éternel parla à Moshé en disant », et de même « et Dieu dit toutes ces paroles », par « u-malil H’ » ; mais à propos de la perception d’Israël, il a traduit « et que Dieu ne parle pas avec nous » par « ve-la yitmallal imma min qodam H’ » (et qu’il ne soit pas parlé avec nous de devant l’Éternel), et il n’a pas dit « ve-la yemallel immana » ; car la parole n’était pas avec eux avec distinction de lettres, mais seulement l’audition de la voix. Et après qu’ils entendirent la voix, dans les deux premières, leur âme s’envola, comme il est écrit (Cantique 5,6) « mon âme sortit quand il parla » ; et ils pensaient qu’ils continueraient à entendre la voix, et eurent très peur, et dirent à Moshé « et maintenant, pourquoi mourrions-nous, etc. », « approche-toi, toi, et écoute, etc. », « parle, toi, avec nous, et nous écouterons, etc. ».
ומשה היה שומע כל הדברות אחת אל אחת ומשמיע להם וזהו שכתוב משה ידבר והאלהים יעננו בקול, נמצאת למד כי שתים ראשונות ישראל שמעו הקול כמשה אלא שישראל שמעוהו בלא הבדל אותיות ומשה בהבדל אותיות אמנם הדברות הנשארות לא שמעום כלל מפי ה' והיו להם מקובלות מצד נבואתו של משה כמו שאר המצות, וכן אמרו בתחלת שיר השירים רבה (דברים ל״ג:ד׳) תורה צוה לנו משה מצות כמנין תור"ה, אנכי ולא יהיה לך מפי הגבורה שמעום, שהרי בשמיעת קול אחד השיגו שתי הדברות וזהו שכתוב (תהילים ס״ב:י״ב) אחת דבר אלהים שתים זו שמעתי. זו היא דעת הרב המורה ז"ל.
Et Moshé entendait toutes les paroles, l’une après l’autre, et les leur faisait entendre ; et c’est ce qui est écrit « Moshé parlait, et Dieu lui répondait par une voix ». Tu trouves donc que, dans les deux premières, Israël entendit la voix comme Moshé, sauf qu’Israël l’entendit sans distinction de lettres et Moshé avec distinction de lettres ; quant aux paroles restantes, ils ne les entendirent pas du tout de la bouche de l’Éternel, et elles leur furent transmises (mequbbalot) du côté de la prophétie de Moshé, comme les autres commandements. Et ainsi ont-ils dit au début de Shir ha-Shirim Rabba (Deutéronome 33,4) « la Torah que Moshé nous a ordonnée » : des commandements au nombre de « Torah » ; « Anokhi » et « lo yihyeh lekha », de la bouche de la Puissance ils les entendirent, car, par l’audition d’une seule voix, ils perçurent les deux paroles, et c’est ce qui est écrit (Psaumes 62,12) « Dieu a parlé une fois, deux choses j’ai entendues ». Tel est l’avis du Rav, le Moré (Guide), de mémoire bénie.
אבל דעת הרמב"ן ז"ל כי כל עשרת הדברות שמעו ישראל מפי ה' וזה טעם וידבר אלהים את כל הדברים ה׳:ה׳אלה וכן הזכיר משה במשנה תורה את הדברים האלה דבר ה' אל כל קהלכם וכתיב ויכתבם על שני לוחות אבנים למדנו כי כאשר אמר אל כל קהלכם כן כתבם על הלוחות.
Mais l’avis du Ramban, de mémoire bénie, est que les dix paroles, Israël les entendit toutes de la bouche de l’Éternel, et c’est le sens de « et Dieu dit toutes ces paroles ». Et ainsi Moshé mentionna dans Mishné Torah (Deutéronome 5,19) « ces paroles, l’Éternel les a dites à toute votre assemblée » ; et il est écrit « et il les écrivit sur deux tables de pierre » : nous avons appris que, de même qu’Il dit « à toute votre assemblée », ainsi Il les écrivit sur les tables.
ומה שאמרו רז"ל אנכי ולא יהיה לך מפי הגבורה שמעום שהמובן ממנו ששאר דברות לא שמעום מפי הגבורה, הוא כי מלת שמעום כוללת שמיעת אזן ממה שכתוב (משלי ט״ו:ל״א) אזן שומעת תוכחת חיים, וכוללת הבנת הלב ממה שכתוב (מלכים א ג׳:ט׳) לב שומע, ולא היתה לישראל שמיעה והבנה מפי הגבורה כי אם בשתים ראשונות והשאר שמעום מפי ה' אבל לא הבינו אותם ולכך הוצרך משה להבינם להם, הוא שאמר (דברים ה) אנכי עומד בין ה' וביניכם בעת ההיא להגיד לכם את דבר ה', וזהו באור הכתוב משה ידבר והאלהים יעננו בקול כלומר מה שהאלהים יעננו בקול משה ידבר לישראל, ולשון עניה זו התחלה כלשון (איוב ג׳:ב׳) ויען איוב, עניה שהקדים הדבור, כך כתב הוא ז"ל הדברים.
Et ce que nos Sages de mémoire bénie ont dit : « Anokhi » et « lo yihyeh lekha », de la bouche de la Puissance ils les entendirent — ce qui se comprend ainsi : que les autres paroles, ils ne les entendirent pas de la bouche de la Puissance — c’est que le mot « shama‘oum » (ils les entendirent) comprend l’audition de l’oreille, d’après ce qui est écrit (Proverbes 15,31) « l’oreille qui entend la réprimande de vie », et comprend la compréhension du cœur, d’après ce qui est écrit (I Rois 3,9) « un cœur qui entend » ; et Israël n’eut audition et compréhension de la bouche de la Puissance que dans les deux premières, et les autres, ils les entendirent de l’Éternel mais ne les comprirent pas, et c’est pourquoi Moshé dut les leur faire comprendre ; c’est ce qu’il dit (Deutéronome 5,5) « moi, je me tenais entre l’Éternel et vous en ce temps-là, pour vous annoncer la parole de l’Éternel ». Et telle est l’explication de l’Écriture « Moshé parlait, et Dieu lui répondait par une voix », c’est-à-dire : ce que Dieu lui répondra par une voix, Moshé le dira à Israël ; et l’expression « ‘aniya » est un commencement, comme l’expression (Job 3,2) « et Job répondit (va-ya‘an) » : une ‘aniya par laquelle il prit l’initiative de parler. Ainsi écrivit-il, de mémoire bénie, ces paroles.
וע"ד הקבלה וידבר אלהים, זה פירושו וידבר ה' אבל הזכיר אלהים כלפי השגתן של ישראל והוא דבר הנביא ע"ה (חבקוק ג׳:י׳) נתן תהום קולו ועליו הזכיר למעלה ומשה עלה אל האלהים ומטעם זה אמרו אנכי ולא יהיה לך מפי הגבורה שמענו אותם ועל כן תרגם אונקלוס בחכמתו הנפלאה בכל שם אלהים שבפרשה הזאת יקרא דה' או מימרא דה' לא לסתום רק לפרש כי אלהים הוא הכבוד עם השם המיוחד הוא מדבר בו, ובכל מקום שתזכיר בו הפרשה השם המיוחד לא יכנה אותו ולא יתרגם יקרא או מימרא כלל כמנהגו בשאר מקומות התורה, אבל תרגם וירד ה' על הר סיני ואתגלי ה' כי ביום השלישי ירד ה' יתגלי ה', יבואר מזה כי השם המיוחד נגלה על סיני בכבודו והוא מדבר עם משה, וכבוד הזה הוא אל שדי שהשם המיוחד נראה לאבות בו, אבל לא נודע להם השם המיוחד בנבואה והוא הנקרא אספקלריא שאינה מאירה שבו נסתכלו כל הנביאים כלם.
Et selon la Kabbale : « va-yedabber Elohim » : son explication est « va-yedabber H’ » (et l’Éternel parla), mais il mentionna Elohim relativement à la perception d’Israël ; et c’est la parole du prophète, paix sur lui (Habaquq 3,10) « l’abîme a donné sa voix », et sur lui il mentionna plus haut « et Moshé monta vers Dieu ». Et pour cette raison ils dirent « Anokhi » et « lo yihyeh lekha », de la bouche de la Puissance nous les avons entendus. Et c’est pourquoi Onkelos, dans sa sagesse merveilleuse, pour tout nom Elohim de cette section, a traduit « yeqara de-H’ » ou « memra de-H’ » — non pour obscurcir, mais pour expliquer que Elohim est la Gloire avec le Nom unique, qui parle en lui ; et partout où la section mentionne le Nom unique, il ne le désigne pas et ne le traduit pas « yeqara » ou « memra » du tout, selon sa coutume dans les autres lieux de la Torah, mais il a traduit « et l’Éternel descendit sur le mont Sinaï » par « ve-itgeli H’ », car « le troisième jour l’Éternel descendra » : « yitgeli H’ » ; il sera expliqué par là que le Nom unique fut révélé sur le Sinaï dans Sa gloire, et qu’Il parle avec Moshé. Et cette gloire est El Shaddai, par lequel le Nom unique fut vu aux Pères, mais le Nom unique ne leur fut pas connu en prophétie ; et c’est ce qu’on appelle le miroir qui n’éclaire pas (aspaqlaria she-eina me’ira), dans lequel tous les prophètes contemplèrent.
ויש לך להתבונן מעתה כי מאחר שהשם המיוחד הוא המדבר היה ראוי הכתוב לומר וידבר ה' את כל הדברים (ה׳:י״ט) אלה כענין שכתוב (דברים ה׳:כ״א) את הדברים האלה דבר ה' אל כל קהלכם בהר מתוך האש הענן והערפל קול גדול ולא יסף, ועוד כתיב (שם ד) וידבר ה' אליכם מתוך האש, אבל מפני שהזכיר למעלה אשר ירד עליו ה' באש, ובאר כי שמו הגדול הוא השם המיוחד והוא מדת התפארת שוכן באש לכך הוצרך להזכיר וידבר אלהים כי וידבר אלהים הוא באור למתוך האש כי ישראל מתוך האש שמעו הקול וכן הכתוב אומר (שם ה) הן הראנו ה' אלהינו את כבודו ואת גדלו ואת קולו שמענו מתוך האש ועל כן כשהזכיר וידבר ה' אליכם הזכיר מיד מתוך האש וכן את כל הדברים האלה דבר ה' הזכיר מיד מתוך האש,
Et tu dois méditer désormais : puisque le Nom unique est Celui qui parle, l’Écriture aurait dû dire « va-yedabber H’ (et l’Éternel dit) toutes ces paroles », comme il est écrit (Deutéronome 5,19) « ces paroles, l’Éternel les a dites à toute votre assemblée sur la montagne, du milieu du feu, de la nuée et de l’obscurité épaisse, une voix grande, et elle ne continua pas » ; et encore il est écrit (Deutéronome 4,12) « et l’Éternel vous parla du milieu du feu ». Mais parce qu’il a mentionné plus haut « parce que l’Éternel était descendu sur lui dans le feu » (Exode 19,18), et expliqué que Son grand Nom est le Nom unique, qui est l’attribut de Tiferet (Splendeur) demeurant dans le feu, c’est pourquoi il fallut mentionner « va-yedabber Elohim » : car « va-yedabber Elohim » est l’explication de « du milieu du feu », puisque Israël entendit la voix du milieu du feu ; et ainsi dit l’Écriture (Deutéronome 5,21) « voici, l’Éternel notre Dieu nous a montré Sa gloire et Sa grandeur, et nous avons entendu Sa voix du milieu du feu ». Et c’est pourquoi, quand il mentionna « va-yedabber H’ aleikhem », il mentionna aussitôt « du milieu du feu », et de même, « ces paroles, l’Éternel les a dites », il mentionna aussitôt « du milieu du feu ».
כי לשון העברי הולך אחר השגת ישראל ולכך הזכיר וידבר אלהים ותרגום אונקלוס הלך אחר השגת משה ולכך תרגם וידבר אלהים ומליל ה' ולא תרגם ומליל יקרא דה' או אתמלל מן קדם ה' כמו שתרגם בהשגת ישראל בפסוק ואל ידבר עמנו אלהים ואל יתמלל עמנא מן קדם ה' כי השגת משה לפנים מהשגת ישראל, וזהו שכתוב (ישעיהו כ״ו:ד׳) כי ביה ה', יבאר כי השם המיוחד שהוא צור עולמים ביה ובו ידבר ואומר אנכי ה' אלהיך והוא בקרבו שנאמר (שמות כ״ג:כ״א) כי שמי בקרבו וזהו סוד הכתוב (שם ח) אני ה' בקרב הארץ, על דרך הקבלה.
Car la langue hébraïque suit la perception d’Israël, et c’est pourquoi il mentionna « va-yedabber Elohim » ; et le Targoum d’Onkelos suit la perception de Moshé, et c’est pourquoi il traduisit « va-yedabber Elohim » par « u-malil H’ », et ne traduisit pas « u-malil yeqara de-H’ » ni « itmallal min qodam H’ », comme il traduisit selon la perception d’Israël dans le verset « et que Dieu ne parle pas avec nous » : « ve-la yitmallal imma min qodam H’ » ; car la perception de Moshé est plus intérieure que la perception d’Israël. Et c’est ce qui est écrit (Isaïe 26,4) « car en Yah, l’Éternel, est le rocher des mondes » : il expliquera que le Nom unique, qui est le Rocher des mondes, est en Yah et parle par lui et dit « Je suis l’Éternel, ton Dieu », et Il est en son sein, comme il est dit (Exode 23,21) « car Mon Nom est en son sein » ; et tel est le secret du verset (Exode 8,18) « Je suis l’Éternel au milieu de la terre », selon la voie de la Kabbale.
ואמר אשר הוצאתיך כי ההוצאה בשם המיוחד היתה וזהו שכתוב (שם יג) כי בחזק יד הוציאנו ה' וכתיב עוד כי הוציא ה'. ואמר לא יהיה לך אלהים אחרים על פני אבל פנים שלי יהיו אלהיך והוא כמו (בראשית ל״א:נ׳) ואם תקח נשים על בנותי אבל הבנות שלי יהיו נשיך, ומזה תבין (שמות ל״ג:י״א) ודבר ה' אל משה פנים אל פנים וכתיב (דברים ל״ד:י׳) אשר ידעו ה' פנים אל פנים, וכשהזכיר בעם פנים בפנים דבר ה' עמכם על כן הוצרך לפרש מתוך האש כח השם לפנים מכח מראה בתוך מראה וזהו שכתוב (במדבר י״ד:י״ד) אשר עין בעין נראה אתה ה' וזהו סוד הכתוב (לקמן פסוק כג) לא תעשון אתי והוא כמו על פני וזהו שכתוב (שמות י״ט:ג׳) ומשה עלה אל האלהים ויקרא אליו ה',
Et il dit « asher hotsetikha » (qui t’ai fait sortir), car la sortie fut par le Nom unique, et c’est ce qui est écrit (Exode 13,16) « car par la force de la main l’Éternel nous a fait sortir », et il est écrit encore « que l’Éternel t’a fait sortir ». Et il dit « tu n’auras pas d’autres dieux al panai (devant Ma face) » : mais « Ma face sera ton dieu » ; et cela est comme (Genèse 31,50) « et si tu prends des femmes en plus de mes filles » : mais « mes filles seront tes femmes ». Et de là tu comprends (Exode 33,11) « et l’Éternel parlait à Moshé face à face », et il est écrit (Deutéronome 34,10) « que l’Éternel connaissait face à face ». Et lorsqu’il mentionna chez le peuple « face à face l’Éternel a parlé avec vous » (Deutéronome 5,4), il fallait alors expliquer « du milieu du feu » : la force du Nom est plus intérieure que la puissance de l’apparition, une apparition au sein d’une autre apparition ; et c’est ce qui est écrit (Nombres 14,14) « toi, Éternel, qui es vu œil à œil ». Et tel est le secret du verset (plus loin, verset 23) « vous ne ferez pas avec Moi », et c’est comme « al panai » ; et c’est ce qui est écrit (Exode 19,3) « et Moshé monta vers Dieu, et l’Éternel l’appela »,
כי משה עלה אל האלהים והשם המיוחד היה מדבר בקרבו, וזהו שכתוב (דברים ה) ואת קולו שמענו מתוך האש כי הקול הוא קול ה' המיוחד כענין שכתוב (שם ה) אם יוספים אנחנו לשמוע את קול ה' אלהינו עוד ומתנו, וזהו סוד מה שאמרו רז"ל זכור ושמור בדבור אחד נאמרו כי זכור מדת רחמים ושמור מדת הדין והוא הקול בזכור ושמור מדת רחמים במדת הדין, ומטעם זה היו הלוחות שתים חמש כנגד חמש לוח אחד כנגד מדת רחמים ולוח שני שיש בו ה' דברות ג"כ בה' לאוין ומתחיל לא תרצח כנגד מדת הדין, ועל כן היו שנים ולא היה הכל בלוח אחד,
car Moshé monta vers Dieu, et le Nom unique parlait en son sein. Et c’est ce qui est écrit (Deutéronome 5,21) « et nous avons entendu Sa voix du milieu du feu », car la voix est la voix du Nom unique, comme il est écrit (Deutéronome 5,22) « si nous continuons à entendre la voix de l’Éternel, notre Dieu, nous mourrons ». Et tel est le secret de ce que nos Sages de mémoire bénie ont dit : « zakhor » et « shamor » ont été dits en une seule parole ; car « zakhor » est l’attribut de miséricorde et « shamor » l’attribut de rigueur, et c’est la voix dans « zakhor » et « shamor » : la miséricorde dans l’attribut de rigueur. Et pour cette raison, les Tables étaient deux, cinq en regard de cinq : une table en regard de l’attribut de miséricorde, et la seconde table, qui comprend aussi cinq paroles, en cinq interdits, et commence par « tu ne tueras pas », en regard de l’attribut de rigueur ; et c’est pourquoi elles étaient deux, et non tout en une seule table,
ומשה רבינו ע"ה המשיג השם המיוחד הוא מדת התפארת היה שומע זכור וכל ישראל שמור וזהו שכתוב (לקמן פסוק כב) כי מן השמים דברתי עמכם שהכוונה בו מתוך השמים והוא כמו מתוך האש, ולא תמצא בשום מקום במתן תורה דבור השם המיוחד אלא אם כן יזכיר בו מתוך האש.
et Moshé notre maître, paix sur lui, qui percevait le Nom unique, qui est l’attribut de Tiferet, entendait « zakhor », et tout Israël « shamor ». Et c’est ce qui est écrit (plus loin, verset 22) « car du ciel J’ai parlé avec vous », dont l’intention est : du milieu du ciel, et c’est comme « du milieu du feu ». Et tu ne trouveras en aucun lieu, lors du don de la Torah, la parole du Nom unique sans qu’il mentionne « du milieu du feu ».
והנה השם המיוחד כל ישראל שמעו קולו מתוך האש אבל לא ראו אותו אפילו אצילי בני ישראל שהרי כתוב בו (שמות ל״ג:כ׳) כי לא יראני האדם וחי, ומה שכתוב (שם) כי ביום השלישי ירד ה' לעיני כל העם, הכוונה בזה כי בראות ישראל הכבוד הזה כאש אוכלת בראש ההר יתבוננו כל ישראל ויכירו כי בקרבו השם המיוחד שלא יראהו האדם כענין שכתוב כי לא יראני האדם וחי, אבל יראה הכבוד הנקרא אלהים כי כן ראוהו אצילי בני ישראל שנאמר (שם כד) ויראו את אלהי ישראל וכתיב ויחזו את האלהים, ואם כן ענין הירידה שבכתוב הנזכר בפרשה הזאת אין לך להאמין אותו כי אם לכבודו אבל ה' המיוחד בשמים ומשם בא הדבור אל הכבוד שירד בהר סיני שממנו היה נשמע לאזנינו, וכן כתוב (דברים ד׳:ל״ו) מן השמים השמיעך את קולו וגו', וכן בעזרא כתוב (נחמיה ט׳:י״ג) ועל הר סיני ירדת ודבר עמהם משמים.
Et voici que le Nom unique, tout Israël entendit Sa voix du milieu du feu, mais ils ne le virent pas, pas même les nobles des fils d’Israël, car il est écrit à son sujet (Exode 33,20) « car l’homme ne Me verra pas et vivra ». Et ce qui est écrit « car le troisième jour l’Éternel descendra aux yeux de tout le peuple » (Exode 19,11), l’intention en cela est que, lorsqu’Israël verra cette Gloire comme un feu dévorant au sommet de la montagne, tout Israël comprendra et reconnaîtra qu’en son sein est le Nom unique, que l’homme ne verra pas, comme il est écrit « car l’homme ne Me verra pas et vivra » ; mais on verra la Gloire appelée Elohim, car ainsi la virent les nobles des fils d’Israël, comme il est dit (Exode 24,10) « et ils virent le Dieu d’Israël », et il est écrit (24,11) « et ils contemplèrent Dieu ». Et s’il en est ainsi, l’affaire de la descente qui est dans l’Écriture mentionnée dans cette section, tu ne dois la croire que pour Sa Gloire ; mais l’Éternel, le Nom unique, est dans les cieux, et de là vient la parole vers la Gloire qui descendit au mont Sinaï, de laquelle elle était entendue à nos oreilles ; et ainsi il est écrit (Deutéronome 4,36) « des cieux Il t’a fait entendre Sa voix, etc. », et chez Ezra il est écrit (Néhémie 9,13) « et sur le mont Sinaï Tu es descendu, et Tu as parlé avec eux depuis les cieux ».
ויש לך לדעת כי הוא האלהים הנקרא שם והוא יושב הכרובים כענין שכתוב (שמואל ב ו׳:ב׳) להעלות משם את ארון האלהים אשר נקרא שם שם ה' צבאות יושב הכרובים עליו, והוא שהמלך שלמה ע"ה בנה לו בית המקדש ועל כן יזכיר בכל פעם ופעם לשמך (מלכים א ח׳:י״ט) והבית אשר בניתי לשמך, (שם) הוא יבנה הבית לשמי, ואליו עבודת הקרבנות, וכן צוה דוד לשלמה שנאמר (דברי הימים א כ״ח:ט׳) ואתה שלמה בני דע את אלהי אביך ועבדהו, ותמצא כתוב בלוים (במדבר ט״ז:ט׳) כי הבדיל אלהי ישראל אתכם.
Et tu dois savoir que c’est Elohim qui est appelé « Shem » (le Nom), et Il est assis sur les chérubins, comme il est écrit (II Samuel 6,2) « pour en faire monter l’arche de Dieu, sur laquelle est invoqué le Nom, le nom de l’Éternel des armées, assis sur les chérubins au-dessus d’elle » ; et c’est pour lui que le roi Shelomo, paix sur lui, bâtit le Temple, et c’est pourquoi il mentionne chaque fois « pour Ton Nom » (I Rois 8,19) « et la maison que j’ai bâtie pour Ton Nom », (ibid.) « lui bâtira la maison pour Mon Nom » ; et à lui est le service des sacrifices. Et ainsi David ordonna à Shelomo, comme il est dit (I Chroniques 28,9) « et toi, Shelomo, mon fils, connais le Dieu de ton père, et sers-Le » ; et tu trouves écrit chez les Léviim (Nombres 16,9) « car le Dieu d’Israël vous a séparés ».
וכתב הרמב"ן ז"ל בפסוק (שמות לב) כה אמר ה' אלהי ישראל שימו איש חרבו על ירכו וגו' העבודה לאלהי ישראל ושם תמצא בפירוש, ובענין הקרבנות נאמר בפירוש (דברי הימים ב כט) ועולה לא העלו בקדש לאלהי ישראל למדך הכתוב הזה כי עבודת הקרבנות לאלהי ישראל, ועוד כתוב מפורש תמצא (ויקרא כא) כי את לחם אלהיך הוא מקריב, וכתיב (שם) לחם אלהיהם הם מקריבים, וכתיב (שם ג) לחם אשה והוא מלשון אש, וכן (שם א) עולה אשה ריח ניחוח, כמו עולת אש.
Et le Ramban, de mémoire bénie, écrivit, à propos du verset (Exode 32,27) « ainsi dit l’Éternel, le Dieu d’Israël : que chacun mette son épée sur sa cuisse, etc. », que le service est pour le Dieu d’Israël, et là tu le trouves explicitement ; et à propos des sacrifices, il est dit explicitement (II Chroniques 29,7) « et ils n’ont pas offert d’holocauste dans le sanctuaire au Dieu d’Israël » : cet Écrit t’enseigne que le service des sacrifices est pour le Dieu d’Israël. Et encore, tu trouves un verset explicite (Lévitique 21,8) « car il offre le pain de ton Dieu », et il est écrit (Lévitique 21,6) « ils offrent le pain de leur Dieu », et il est écrit (Lévitique 3,11) « pain, offrande par le feu (isheh) », et cela est de l’expression « esh » (feu), et de même (Lévitique 1,9) « holocauste, offrande par le feu (isheh), odeur apaisante », comme « olat esh » (holocauste de feu).
ומה שלא אמר לחם אש והזכיר אשה מלשון אשה שהיא מקבלת, וזה באור גמור כי הקרבן למדת הדין ועל כן הזכיר לחם אשה והאמת כי הקרבנות לאלהים אבל הכוונה לשם המיוחד. ומענין כוונת התפלה הנה השם יתברך מרומם מכל תשבחות מתעלה על כל התהלות כענין שכתוב ומרומם על כל ברכה ותהלה, ובלשון הקדיש לעילא מכל ברכתא ושירתא תושבחתא.
Et ce qu’il n’a pas dit « lehem esh » et a mentionné « isheh », de l’expression « isha » (femme) qui reçoit, c’est une explication complète : le sacrifice est pour l’attribut de rigueur (middat ha-din), et c’est pourquoi il a mentionné « lehem isheh » ; et la vérité est que les sacrifices sont pour Elohim, mais l’intention est pour le Nom unique. Et sur l’affaire de l’intention de la prière : voici que le Nom, béni soit-Il, est élevé au-dessus de toutes les louanges, exalté au-dessus de tous les chants de louange, comme il est écrit (Néhémie 9,5) « et exalté au-dessus de toute bénédiction et louange » ; et dans le langage du Qaddish : « le-ela min kol birkhata ve-shirata tushbehata ».
אבל דעת חכמי הקבלה כי באחד יקראוהו ואליו יסכימו כל המהללים, והכוונה על השם המיוחד כי הוא קרוב לכל קוראיו ואימתי כשיקראוהו באמת.
Mais l’avis des sages de la Kabbale est qu’en Un ils L’appellent, et vers Lui s’accordent tous ceux qui louent ; et l’intention est le Nom unique, car Il est proche de tous ceux qui L’invoquent. Et quand ? Quand ils L’invoquent en vérité.
וכן הזכיר הרמב"ן ז"ל בפיוט שלו בשיר אקרא הלא תענה כי בושתי לשאול מן המלך.
Et ainsi le Ramban, de mémoire bénie, le mentionna dans son poème liturgique, dans le chant « Eqra halo ta‘aneh, ki boshti li-sh’ol min ha-melekh » (j’invoquerai : ne répondras-Tu pas ? car j’ai honte de demander au roi).
ועל הענין הזה שהוא בין הפרטים עצמו מספר ורבו הכתובים בזה הוא שהזכיר דוד ע"ה (תהלים נה) אני אל אלהים אקרא וה' יושיענו, ובמזמור (שם ו) ה' אל באפך תוכיחני אמר שמע ה' תחנתי ה' תפלתי יקח. ואם תסתכל בתפלת שלמה תמצא שהזכיר בלשון תפלתו ה' אלהי ישראל ולא הזכיר אלהי ישראל והוא שהתפלל ואמר (מלכים א ח) ה' אלהי ישראל אין כמוך אלהים בשמים ממעל ועל הארץ מתחת, ואמר עוד (שם) ה' אלהי ישראל שמור לעבדך דוד אבי את אשר דברת לו, ועתה ה' אלהי ישראל יאמן נא דברך, והודיענו בכל זה שהתפלה למדת רחמים שבמדת הדין.
Et sur cette affaire — dont les détails sont, selon cette expression difficile, « innombrables » —, les versets à ce sujet sont nombreux : c’est ce que David, paix sur lui, mentionna (Psaumes 55,17) « moi, j’appelle Elohim, et l’Éternel me sauvera », et dans le psaume (Psaumes 6,2) « Éternel, ne me réprimande pas dans Ta colère », il dit (6,10) « l’Éternel a entendu ma supplication, l’Éternel accueille ma prière ». Et si tu regardes la prière de Shelomo, tu trouveras qu’il mentionna dans l’expression de sa prière « l’Éternel, Dieu d’Israël », et n’a pas mentionné « Elohei Yisra’el » seul ; c’est qu’il pria et dit (I Rois 8,23) « Éternel, Dieu d’Israël, il n’y a pas de Dieu comme Toi, dans les cieux en haut et sur la terre en bas », et il dit encore (8,25) « Éternel, Dieu d’Israël, garde à Ton serviteur David, mon père, ce que Tu lui as dit », (8,26) « et maintenant, Éternel, Dieu d’Israël, que Ta parole se confirme, je Te prie » ; et il nous fit savoir par tout cela que la prière est à l’attribut de miséricorde qui est dans l’attribut de rigueur.
וכן הזכיר עוד והתפללו אל ה' דרך העיר אשר בחרת בה והבית אשר בניתי לשמך, כי כוונת התפלה לשם המיוחד ובנין הבית לכבודו הנקרא שמו והזכיר (שם) ואתה תשמע השמים והוא מדת רחמים מדת התפארת והזכיר בסוף תפלתו (שם) ויהיו דברי אלה אשר התחננתי לפני ה' קרובים אל ה' אלהינו.
Et il mentionna aussi (I Rois 8,44) « et ils prieront l’Éternel, en direction de la ville que Tu as choisie, et la maison que j’ai bâtie pour Ton Nom » : car l’intention de la prière est pour le Nom unique, et la construction de la maison pour Sa Gloire, appelée Son Nom ; et il mentionna (8,32) « et Toi, écoute des cieux », et c’est l’attribut de miséricorde, l’attribut de Tiferet ; et il mentionna à la fin de sa prière (8,59) « et que ces paroles par lesquelles j’ai imploré devant l’Éternel soient proches de l’Éternel, notre Dieu ».
ומעתה תוכל להבין על נקלה סוד הברכות בנוסח הלשון שתקנו ז"ל ברוך אתה ה' אלהינו מלך העולם אשר קדשנו במצותיו וצונו ולא אמרו קדשתנו במצותיך וצויתנו כי מלת ברוך אתה יחזור לתשובה שהוא מלך העולם והתפארת נקרא עולם והעולם הזה הוא אשר קדשנו וצונו במצותיו. וכן תמצא בספר הבהיר ומאי טעמא אשר קדשנו וצונו ולא אמרינן קדשתנו וצויתנו מלמד שחי העולמים כלולין בו המצות כולן וברחמיו עלינו נתנם לנו כדי לקדשנו בהם ואולי נזכה מאי טעמא כי בשעה שאנו נזכה בעולם הזה לעולם הבא הוא גדול, ע"כ לשון הבהיר.
Et désormais tu peux comprendre aisément le secret des bénédictions dans la teneur de la langue qu’ont instituée nos Sages de mémoire bénie : « Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, roi du monde, qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné », et ils n’ont pas dit « qui nous as sanctifiés par Tes commandements et nous as ordonné » ; car le mot « baroukh atta » (béni sois-Tu) revient à la « teshouva » (le retour), qui est « roi du monde » ; et Tiferet est appelé « monde », et le monde est ce qui nous a sanctifiés et nous a ordonné par Ses commandements. Et ainsi tu trouves dans le livre Bahir : et quelle est la raison de « qui nous a sanctifiés et nous a ordonné », et nous ne disons pas « nous as sanctifiés et nous as ordonné » ? Cela enseigne que tous les commandements sont compris dans Celui qui est la Vie des mondes (hei ha-olamim), et dans Sa miséricorde envers nous Il nous les a donnés pour nous sanctifier par eux, et peut-être mériterons-nous. Quelle en est la raison ? Car, lorsque nous acquérons un mérite dans ce monde-ci, il est grand pour le monde à venir. Fin du langage du Bahir.
ומכאן תבין שהשכינה בישראל לא צורך הדיוט בלבד אלא צורך גבוה, כי כיון שהשם המיוחד המפורסם על ידי הכבוד הנה הכבוד מקבל תוספת רוח הקודש וזהו (תהלים קד) יהי כבוד ה' לעולם ישמח ה' במעשיו ולכך יש להם כח לישראל להיות מחלישין או מוסיפים כח בגבורה של מעלה כפי מעשיהם שכן כתוב (דברים לב) צור ילדך תשי, וכתיב (תהלים ס) באלהים נעשה חיל, והכבוד הזה הוא שהזכיר בכאן וידבר אלהים, והוא הכותב והנותן שכן כתוב (שמות לב) והמכתב מכתב אלהים הוא, וכתיב (שם לא) ויתן אל משה ככלותו, באורו ויתן אלהים שבסוף הכתוב, והוא שקראו משה רבינו ידיד ה' השוכן לבטח על בנימין שבית המקדש בחלקו ועמו יהיו ישראל לבטח מפחד אויב, והוא שנקרא פי ה' לפי שכבר הזכרתי למעלה שהשם המיוחד בו ידבר, והוא שחטאו בו משה ואהרן בענין הצור, ועל כן אמר (במדבר כ) לא האמנתם בי, אשר מריתם את פי, מעלתם בי, כלומר בשמי ושם אכתוב בע"ה, ומשם תבין סוד הענין מבואר.
Et de là tu comprends que la Shekhina en Israël n’est pas seulement un besoin de simple mortel mais un besoin d’en haut : car puisque le Nom unique est rendu connu par la Gloire, voilà que la Gloire reçoit un surcroît d’Esprit saint, et c’est (Psaumes 104,31) « que la gloire de l’Éternel soit à jamais, que l’Éternel se réjouisse de Ses œuvres » ; et c’est pourquoi Israël ont la force d’affaiblir ou d’ajouter de la force à la Gevoura d’en haut, selon leurs actes, car ainsi il est écrit (Deutéronome 32,18) « le Rocher qui t’a enfanté, tu l’as affaibli (tashi) », et il est écrit (Psaumes 60,14) « avec Dieu nous ferons vaillance ». Et cette Gloire est celle qu’il a mentionnée ici : « et Dieu dit » ; et c’est elle qui écrit et qui donne, car ainsi il est écrit (Exode 32,16) « et l’écriture est l’écriture de Dieu (Elohim) », et il est écrit (Exode 31,18) « et Il donna à Moshé, quand Il eut fini » ; son explication : « et Elohim donna », en rattachant le verbe à « Elohim » placé à la fin du verset. Et c’est ce que Moshé notre maître appela (Deutéronome 33,12) « le bien-aimé de l’Éternel », qui demeure en sécurité sur Binyamin, car le Temple est dans sa part, et avec lui Israël sera en sécurité devant la peur de l’ennemi ; et c’est elle qui est appelée « la bouche de l’Éternel (pi H’) », car j’ai déjà mentionné plus haut que le Nom unique parle en elle ; et c’est elle en qui péchèrent Moshé et Aharon à propos du rocher, et c’est pourquoi il dit (Nombres 20,12) « vous n’avez pas cru en Moi », (Nombres 20,24) « car vous avez été rebelles à Ma bouche », (Deutéronome 32,51) « vous avez commis une infidélité envers Moi », c’est-à-dire en Mon Nom ; et là j’écrirai, avec l’aide de Dieu, et de là tu comprendras le secret de l’affaire, expliqué.
והוא הנקרא צור, (דברים לב) הצור תמים פעלו, (שם) צור ילדך תשי, (שמות יז) הנני עומד לפניך שם על הצור וכמו שארמוז שם בסדר חקת התורה בהגיעי שם בעה"י.
Et c’est elle qui est appelée « Rocher » (Tsour) : (Deutéronome 32,4) « le Rocher, son œuvre est parfaite », (Deutéronome 32,18) « le Rocher qui t’a enfanté », (Exode 17,6) « voici que Je me tiens devant toi, là, sur le rocher » ; comme j’y ferai allusion là, dans la section Houkkat de la Torah, lorsque j’y arriverai, avec l’aide de Dieu.
ויש לך להתבונן למה הוצרך לומר (שם) והכית בצור ולא אמר והכית בו. והכבוד הזה הוא שאמר ליעקב (בראשית לא) אנכי האל בית אל, כי הכבוד הזה הוא אלהי אביו שכן אמר לו (שמות ג) אנכי אלהי אביך אלהי אברהם אלהי יצחק ואלהי יעקב ויסתר משה פניו כי ירא מהביט אל האלהים, ובאר לך הכתוב כי הכבוד הזה בית אל שם נמצא השם המיוחד ושם ידבר עמנו, והוא הטוב שכתוב בו (שם לג) אני אעביר כל טובי על פניך והוא העובר על פני משה שנאמר (שם לד) ויעבור ה' על פניו ושם אבאר בע"ה והוא שכתוב (שם) את פני האדון ה' אלהי ישראל.
Et il te faut méditer : pourquoi a-t-il dû dire (Exode 17,6) « et tu frapperas le rocher (ba-tsour) » et n’a-t-il pas dit « et tu le frapperas (bo) » ? Et cette Gloire est celle qui dit à Yaakov (Genèse 31,13) « Je suis le Dieu de Beth-El », car cette Gloire est le Dieu de son père, car ainsi Il lui dit (Exode 3,6) « Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Avraham, le Dieu de Yitshaq et le Dieu de Yaakov ; et Moshé cacha son visage, car il craignait de regarder vers Dieu ». Et l’Écriture t’explique que cette Gloire est Beth-El : là se trouve le Nom unique, et là Il parle avec nous ; et c’est le Bien dont il est écrit (Exode 33,19) « Je ferai passer toute Ma bonté devant ta face », et c’est ce qui passe devant la face de Moshé, comme il est dit (Exode 34,6) « et l’Éternel passa devant sa face » ; et là j’expliquerai, avec l’aide de Dieu ; et c’est ce qui est écrit (Exode 34,23) « la face du Seigneur, l’Éternel, Dieu d’Israël ».
ויש לך להתבונן במלת את פני האדון ואמר ה' אלהי ישראל שבקרבו ה' אלהי ישראל, ועל כן הזכיר את פני שהוא סוד על פני, וזהו (שם לב) ויחל משה את פני ה' אלהיו, כי יתחנן משה למדת הדין, או יהיה ויחל כמו שפי' הרמב"ן ז"ל מלשון תחלה, וכוון לומר כי המשיך משה כח מן התחלה אל הסוף הנקרא פנים, ועל כן התפלל בלשון למה ה' כלומר למה תתן רשות למדת הדין שתהיה שולטת בעמך, והכבוד הזה הוא שאליו התפלל משה בסיני הוא שכתוב במשנה תורה (דברים ט) ואתפלל אל ה' ואומר ה' אלהים אל תשחת עמך ונחלת אשר פדית בגדלך אשר הוצאת ממצרים ביד חזקה, והשם הזה כתוב באל"ף דל"ת ויו"ד ה"א אחריו ועל כן יתחנן לפניו ויאמר אל תשחת, ובאור הכתוב אדון אשר בך הרחמים אל תשחת עמך.
Et il te faut méditer sur les mots « et pnei ha-Adon » (la face du Seigneur), et il dit ensuite « H’ Elohei Yisra’el », car en son sein est « l’Éternel, Dieu d’Israël » ; et c’est pourquoi il mentionna « et pnei », qui est le secret de « al panai » ; et c’est (Exode 32,11) « et Moshé implora (va-yehal) la face de l’Éternel son Dieu », car Moshé suppliait l’attribut de rigueur ; ou bien « va-yehal » sera, comme l’explique le Ramban, de mémoire bénie, de l’expression « tehilla (te’hilla) » (commencement), et il voulait dire que Moshé attira la force du commencement vers la fin, appelée Panim (face) ; et c’est pourquoi il pria dans l’expression « lamah H’ » (pourquoi, Éternel), c’est-à-dire : pourquoi donnes-Tu licence à l’attribut de rigueur de dominer Ton peuple ? Et cette Gloire est celle à laquelle Moshé pria au Sinaï, ce qui est écrit dans Mishné Torah (Deutéronome 9,26) « et je priai l’Éternel et je dis : Seigneur Éternel (Adonay H’ Elohim), ne détruis pas Ton peuple et Ton héritage que Tu as racheté par Ta grandeur, que Tu as fait sortir d’Égypte d’une main forte » ; et ce Nom est écrit avec aleph, dalet, et yod, he après lui ; et c’est pourquoi il supplie devant Lui et dit « ne détruis pas » ; et explication de l’Écriture : Seigneur (Adon) en qui est la miséricorde, ne détruis pas Ton peuple.
ועוד הזכיר [ואמר בסנה בי אדני], (ובסיני) ואמר (דברים ג) אדני יהוה אתה החלות שהכוונה בו אדון אשר בך הרחמים (אתה בסנה) וכן הזכירו עוד (שמות לד) ילך נא אדני בקרבנו, ועוד אמר (במדבר יד) ועתה יגדל נא כח אדני וגו', והכבוד הזה הוא שאנו מברכים ברוך כבוד ה' ממקומו, ובאור ממקומו מן המקום שהוא מקבל ממנו הוא מדת הגבורה כי משם הוא מקבל ומשם הוא ראוי להתברך מאין סוף, ואחר קדוש אנו אומרים ברוך ואנו מחלקין בין לשון קדושה ללשון ברכה מפני שאין להשוות קדושת מעלה לקדושת מטה אע"פ שהברכה מן הקדושה הכל מיוחד.
Et il mentionna encore [et dit au buisson : « bi Adonay »], (et au Sinaï) et dit (Deutéronome 3,24) « Seigneur Éternel, Tu as commencé (atta hahillota) », dont l’intention est : Seigneur en qui est la miséricorde (Tu es au buisson). Et de même ils mentionnèrent encore (Exode 34,9) « que le Seigneur marche, je Te prie, au milieu de nous », et il dit encore (Nombres 14,17) « et maintenant, que la force du Seigneur grandisse, etc. ». Et cette Gloire est celle que nous bénissons : « bénie soit la gloire de l’Éternel de Son lieu » ; et l’explication de « mimmeqomo » : du lieu dont elle reçoit l’influx, c’est l’attribut de Gevoura, car de là elle reçoit et de là elle est digne d’être bénie de l’Infini (En-Sof) ; et après le « Qadosh » nous disons « Baroukh », et nous distinguons entre l’expression de sainteté et l’expression de bénédiction, parce qu’on ne peut égaler la sainteté d’en haut à la sainteté d’en bas, bien que la bénédiction vienne de la sainteté : tout est unifié.
ובמדרש תהלים וכי מנין היה יודע משה בהר אימתי יום ואימתי לילה, בזמן שהמלאכים מקלסין להקב"ה בקדוש היה יודע שהוא יום וכשהיו מקלסין בברוך היה יודע שהוא לילה וזהו שכתוב (הושע ג) ובקשו את ה' אלהיהם ואת דויד מלכם, ובאור זה התפארת והכבוד ואנו אומרים אחר כך ימלוך ה' לעולם אלהיך ציון שחוזר ומחבר אותם כאחד, ימלוך ה' לעולם התפארת, אלהיך ציון הכבוד.
Et dans le Midrash Tehilim : d’où Moshé savait-il, sur la montagne, quand c’était le jour et quand c’était la nuit ? Quand les anges louaient le Saint, béni soit-Il, par « Qadosh », il savait que c’était le jour, et quand ils louaient par « Baroukh », il savait que c’était la nuit ; et c’est ce qui est écrit (Osée 3,5) « et ils chercheront l’Éternel, leur Dieu, et David, leur roi ». Et l’explication de cela : Tiferet et la Gloire (Kavod) ; et nous disons ensuite (Psaumes 146,10) « l’Éternel régnera à jamais, ton Dieu, Sion », qui revient et les joint comme un seul : « l’Éternel régnera à jamais » : Tiferet ; « ton Dieu, Sion » : la Gloire.
וכן מצינו באגדה כשתחזור שכינה לבית קדש הקדשים יהיו אומרים ברוך כבוד ה' ממקומו. ולשון הבהיר, מאי ברוך כבוד ה' ממקומו משל למלך שהיתה לו מטרוניתא בחדרו שכל חיילותיו משתעשעין בה והיו להם בנים ובאים כל היום לראות פני המלך ומברכים אותו אמרו לו אנה אמנו אמר להם לא תוכלו לראותה אמרו ברוכה תהא בכל מקום שהיא ע"כ. והכבוד הזה הוא הנקרא שכינה וכבר ידעת שהיא כלולה משש קצוות והנה היא שביעית משפעת כח לו' קצוות.
Et ainsi nous trouvons dans l’Aggada : quand la Shekhina reviendra au Saint des Saints, ils diront « bénie soit la gloire de l’Éternel de Son lieu ». Et le langage du Bahir : qu’est-ce que « bénie soit la gloire de l’Éternel de Son lieu » ? Parabole d’un roi qui avait une matrone dans sa chambre, avec laquelle toutes ses troupes se divertissaient, et ils avaient des fils, qui venaient toute la journée voir la face du roi et le bénissaient ; ils lui dirent : où est notre mère ? Il leur dit : vous ne pouvez pas la voir. Ils dirent : qu’elle soit bénie en tout lieu où elle est. Fin. Et cette Gloire est ce qui est appelé Shekhina, et tu sais déjà qu’elle est composée de six extrémités, et la voici, la septième, qui répand la force sur les six extrémités.
וכן ישראל שמעו עשרת הדברות מפי השכינה מתוך האש, ומזה דרשו רבותינו ז"ל בשבעה קולות נתנה תורה והם נזכרים בפרשה הזאת ויהי קלת וברקים וענן, קלת כתיב, וקול שופר הרי ב', וכתיב ויהי קול השופר וכתיב יעננו בקול הרי ארבעה, וכל העם רואים את הקולת, קולת כתיב ואת קול השופר הרי ו', והזכיר תחלה וידבר אלהים הרי ז'.
Et ainsi Israël entendirent les dix paroles de la bouche de la Shekhina, du milieu du feu ; et de là nos maîtres de mémoire bénie ont interprété : en sept voix la Torah fut donnée, et elles sont mentionnées dans cette section : « et il y eut des voix (qolot) et des éclairs et une nuée » — « qolot » est écrit [défectivement] — et « la voix du shofar », cela fait deux ; et il est écrit « et la voix du shofar allait », et il est écrit « ya‘anennou be-qol », cela fait quatre ; et « tout le peuple voyait les voix (ha-qolot) », « qolot » est écrit [défectivement], et « la voix du shofar », cela fait six ; et il mentionna d’abord « et Dieu dit », cela fait sept.
וכן בסדר ואתחנן אחר עשרת הדברות תמצא ז' קולות ג"כ שם אכתוב בעה"י, והנה משה ע"ה השיג במעמד הקדוש הזה ז' קולות שהן ז' ספירות ונקראים בלשון הקבלה שבע ספירות ובלשון רז"ל ז' קולות ובלשון הנביאים ז' עינים, והוא סוד הכתוב (זכריה ג) על אבן אחת שבעה עינים מלשון גוונים, ומשה לבדו הוא המתבונן בשם והמשיג אותם אבל ישראל שלא עלתה השגתם כל כך היו שומעים הדבור מפי האלהים בקול אחד בלבד זהו שכתוב (דברים ה) את הדברים האלה דבר ה' אל כל קהלכם כו' קול גדול ולא יסף, כי לא שמעו הקהל כל הדברים אלא קול א' בלבד לא השיגו מהם יותר, וכן תמצא בדוד ע"ה שהזכיר ז' קולות (תהלים כט) קול ה' על המים קול ה' בכח קול ה' בהדר הרי שלשה והם החסד והגבורה והתפארת, קול ה' שובר ארזים זה הנצח, קול ה' חוצב זה ההוד, קול ה' יחיל מדבר זה יסוד, קול ה' יחולל אילות זה מלכות, ואחר שהשיג משה שבע ספירות הללו חזר ובקש למעלה מהם והוא שאמר (שמות לג) הראני נא את כבודך, ושם אכתוב בעה"י.
Et de même, dans la section Va-ethanan, après les dix paroles, tu trouves aussi sept voix : j’écrirai là, avec l’aide de Dieu. Et voici que Moshé, paix sur lui, perçut dans cette sainte station sept voix, qui sont les sept sefirot, et sont appelées en langage de la Kabbale sept sefirot, et en langage de nos Sages sept voix, et en langage des prophètes sept yeux, et c’est le secret du verset (Zacharie 3,9) « sur une seule pierre, sept yeux », de l’expression de couleurs (gevanim) ; et Moshé seul contemple le Nom et les perçoit ; mais Israël, dont la perception ne s’élevait pas autant, entendait la parole de la bouche de Dieu en une seule voix, c’est ce qui est écrit (Deutéronome 5,19) « ces paroles, l’Éternel les a dites à toute votre assemblée, etc., une voix grande, et elle ne continua pas » : car l’assemblée n’entendit pas toutes les paroles, mais une seule voix, et ils n’en perçurent pas davantage. Et ainsi tu trouves chez David, paix sur lui, qui mentionna sept voix (Psaumes 29) « la voix de l’Éternel sur les eaux, la voix de l’Éternel avec force, la voix de l’Éternel avec majesté » : cela fait trois, et ce sont la Hessed, la Gevoura et la Tiferet ; « la voix de l’Éternel brise les cèdres » : c’est le Netsah ; « la voix de l’Éternel taille » : c’est le Hod ; « la voix de l’Éternel fait trembler le désert » : c’est Yesod ; « la voix de l’Éternel fait enfanter les biches » : c’est la Malkhout. Et après que Moshé eut perçu ces sept sefirot, il revint et demanda plus haut qu’elles ; c’est ce qu’il dit (Exode 33,18) « fais-moi voir, je Te prie, Ta gloire » ; et là j’écrirai, avec l’aide de Dieu.
וצריך אתה לדעת כי השכינה שהיא שביעית משפעת כח לשבעים שמות ושבעים שמות לשבעים אומות שהם ממונים עליהם וכשהיה הדבור יוצא מפי השכינה היה נחלק לז' קולות ומז' קולות לשבעים לשונות מזה שמעה כל אומה ואומה הדבור לפי שהיה מתחלק לשבעים לשונות.
Et tu dois savoir que la Shekhina, qui est la septième, répand la force sur soixante-dix noms, et ces soixante-dix noms la répandent sur les soixante-dix nations auxquelles ils sont préposés ; et quand la parole sortait de la bouche de la Shekhina, elle se divisait en sept voix, et des sept voix en soixante-dix langues ; de là, chaque nation entendit la parole, parce qu’elle se divisait en soixante-dix langues.
וכן אמרו במדרש תהלים (תהלים סח) ה' יתן אומר המבשרות צבא רב היה הדבור יוצא ונחלק לשבעה קולות ומשבעה קולות לשבעים לשון כאדם המכה על הסדן וניצוצות יוצאין לכאן ולכאן, כך המבשרות צבא רב.
Et ainsi ont-ils dit dans le Midrash Tehilim (Psaumes 68,12) « l’Éternel donne la parole ; les messagères sont une grande armée » : la parole sortait et se divisait en sept voix, et des sept voix en soixante-dix langues, comme un homme qui frappe sur l’enclume et des étincelles sortent de-ci de-là ; ainsi « les messagères sont une grande armée ».
ומכאן תבין סוד השבועה והנדר כי לשון שבועה נגזר מן שבע ושבע ספירות שהרי הנדר למעלה מהשבועה, ומפני שאין עסק התורה אלא בשבע הנזכרים והתורה יצאה משם לבד אין השבועה חלה לבטל המצוה שאי אפשר לשעור לעלות למעלה משעורו ואיך תתבטל המצוה מפני השבועה, ואין עקר המצוה אלא מעקר השבועה, אבל הנדר שהוא למעלה מן השבועה הרי הוא חל לבטל את המצוה מפני שעקרו של נדר עולה על עקר השבועה ועל כן יש לו כח לבטל המצוה שהיא מן השבועה שהוא למטה ממנו, ולשון נדר ושבועה שמם יוכיח עליהם ויורה על ענינם כי הנדר אין לו קצבה ולשונו הרי הוא עלי מורה דבר שאין לו קצבה וזכר לדבר (תהלים נו) עלי אלהים נדריך וכן (במדבר ל) ונדריה עליה, אבל השבועה יש לה קצבה שהרי חשבון ז' דבר קצוב הוא, ובדבור לא תשא אבאר סוד השבועה וטעם חומר האיסור שבה, ובפרשת ראשי המטות (במדבר ל) אבאר סוד הנדר בעה"י. הנה בארתי לך בפסוק זה מעקרי התורה לא אצטרך במקומות אחרים להאריך בהם כי מכאן תוכל להבינם.
Et de là tu comprends le secret du serment (shevou‘a) et du vœu (neder) : car l’expression « shevou‘a » est dérivée de « sheva‘ » (sept), et des sept sefirot, car le vœu est au-dessus du serment. Et parce que l’activité de la Torah n’est que dans les sept mentionnées, et que la Torah est sortie de là seulement, le serment ne s’applique pas pour annuler le commandement, car il est impossible qu’une mesure s’élève au-dessus de sa mesure, et comment le commandement serait-il annulé à cause du serment, alors que l’essentiel du commandement n’est que de l’essentiel du serment ? Mais le vœu, qui est au-dessus du serment, s’applique pour annuler le commandement, parce que la racine du vœu s’élève au-dessus de la racine du serment, et c’est pourquoi il a la force d’annuler le commandement, qui est du serment, qui est en dessous de lui. Et l’expression « neder » et l’expression « shevou‘a » : leur nom prouve à leur sujet et indique leur affaire : car le vœu n’a pas de limite fixée, et son expression « harei hou alai » (le voici sur moi) indique une chose qui n’a pas de limite fixée, et allusion (Psaumes 56,13) « sur moi, Dieu, tes vœux », et de même (Nombres 30,5) « et ses vœux sur elle » ; mais le serment a une limite fixée, car le compte de sept est une chose fixée. Et dans la parole « lo tissa » j’expliquerai le secret du serment et la raison de la gravité de l’interdit qui s’y attache, et dans la section Rosh ha-Matot (Nombres 30) j’expliquerai le secret du vœu, avec l’aide de Dieu. Voici que je t’ai expliqué dans ce verset des fondements de la Torah ; je n’aurai pas besoin dans d’autres lieux de m’étendre sur eux, car d’ici tu pourras les comprendre.
אנכי ה' אלהיך. זו מצות הלב ואינו ספור כי אם מצות עשה שיודה אדם ויאמין בלבו אמונה שלמה כי יש בורא נמצא אחד קדמון ואין עוד מלבדו, וכן מלת אנכי תורה על נמצא, והאל"ף בראש תורה על היחוד והקדמות ושאר האותיות כלן עשרות שהן מחלק האחד, ואם כן כל התיבה כלה מעידה על האחדות. ועוד מלת אנכי תעיד על אחד כי אחד עולה פ"א בחשבון מרובע, ועוד מלת אנכי כוללת כל אותיות שבתורה שהן כ"ב אל"ף משלש אמות נ' מי"ב פשוטות כ"ף מז' כפולות וזה כלל כל האותיות ונחתמה המלה ביו"ד שהיא מן הנעלמות.
« Je suis l’Éternel, ton Dieu » (Exode 20,2). C’est le commandement du cœur, et ce n’est pas un récit, mais un commandement positif : que l’homme reconnaisse et croie dans son cœur d’une foi complète qu’il existe un Créateur, existant, un, antérieur à tout, et qu’il n’y en a pas d’autre en dehors de Lui. Et de même, le mot « Anokhi » indique un être existant ; et l’aleph au début indique l’unité et l’antériorité, et les autres lettres sont toutes des dizaines, qui sont des parties de l’un ; si bien que tout le mot, en entier, témoigne de l’unité. Et de plus, le mot « Anokhi » témoigne de l’un, car « un » s’élève à quatre-vingt-un (pé-aleph) dans le calcul du carré ; et de plus, le mot « Anokhi » comprend toutes les lettres de la Torah, qui sont vingt-deux : aleph, des trois mères ; nun, des douze simples ; kaf, des sept doubles ; et voilà l’ensemble de toutes les lettres ; et le mot est scellé par le yod, qui est parmi les cachées.
ועוד אמרו במדרש כי יש במלת אנכ"י נוטריקון אנא נפשאי כתבית יהבית.
Et ils dirent encore dans le Midrash qu’il y a dans le mot « Anokhi » un notarikon : « Ana nafshai katavit yehavit » (Moi-même, J’ai écrit et donné).
וראוי להאיר עיני הלב בארבע תיבות הללו הרומזות שהתורה נתנה בשם המיוחד. וכבר ידעת כי כל אנכי האמור בהקב"ה תרגם אונקלוס מימרי חוץ מזה. והזכיר שני שמות מדת הרחמים ומדת הדין שהמצוה הזאת יקראוה רבותינו ז"ל קבלת מלכות שמים, והמדות האלו הלא הם מדות המלך כנגד העם כי המלך יצטרך להעמיד הארץ במשפט שנאמר (משלי כ״ט:ד׳) מלך במשפט יעמיד ארץ ויצטרך גם כן שיתנהג עמהם בחסד וכענין שכתוב (שם כ) חסד ואמת יצרו מלך וסעד בחסד כסאו, ואמר, אשר הוצאתיך מארץ מצרים.
Et il convient d’éclairer les yeux du cœur sur ces quatre mots qui font allusion au fait que la Torah fut donnée par le Nom unique. Et tu as déjà su que chaque « Anokhi » dit à propos du Saint, béni soit-Il, Onqelos le traduit « Memri » (ma parole), sauf celui-ci. Et il mentionna deux Noms, l’attribut de miséricorde et l’attribut de rigueur, car ce commandement est appelé par nos maîtres de mémoire bénie « l’acceptation du joug du royaume des cieux » ; et ces attributs sont les attributs du roi envers le peuple, car le roi a besoin d’établir le pays par le jugement, comme il est dit (Proverbes 29,4) « le roi par le jugement établit le pays », et il a besoin aussi de se conduire avec eux avec bonté, selon ce qui est écrit (Proverbes 20,28) « la bonté et la vérité gardent le roi, et par la bonté il soutient son trône » ; et il dit : « qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte ».
כדי לתת מופת על אלהותו וקבלת מלכותו מכל מה שראו בעיניהם והם יכולים להעיד עליו, והכונה לומר חייבין אתם לי שתקבלו אלהותי עליכם ממה שראיתם בעיניכם האותות והמופתים הנכללים ביציאת מצרים. ומפני זה לא אמר אשר בראתי השמים והארץ כי לא ראו זה בעיניהם, ורצה להביא להם ראיה על האלהות ממה שראו הם בעצמם בעיניהם.
Afin de donner une preuve de Sa divinité et de l’acceptation de Sa royauté, de tout ce qu’ils virent de leurs yeux et dont ils peuvent témoigner pour Lui ; et l’intention est de dire : vous m’êtes tenus d’accepter ma divinité sur vous, à partir de ce que vous avez vu de vos yeux : les signes et les prodiges compris dans la sortie d’Égypte. Et à cause de cela, il n’a pas dit « qui ai créé les cieux et la terre », car ils ne l’avaient pas vu de leurs yeux, et Il voulut leur apporter une preuve de la divinité à partir de ce qu’ils avaient vu eux-mêmes de leurs yeux.
ועוד כי ההוצאה מארץ מצרים כוללת בריאת עולם שהנסים הנמשכים אחר ההוצאה ההיא רבים וממה שנשתנה הטבע בהם יתבאר מזה חדוש העולם כי עם הקדמות לא ישתנה דבר מטבעו כלל, ומפני זה אמר אשר הוצאתיך כי בודאי היתה ההוצאה מורה על החדוש ועל ההשגחה ועל היכולת שתקבלו עליכם אלהותי ומלכותי ושאהיה אלהים לכם ואדון עליכם ושתעבדוני אתם ותהיו עבדים לי כשם שהוצאתי אתכם מבית עבדים מבית המצריים שהייתם עבדים להם.
Et de plus, la sortie du pays d’Égypte comprend la création du monde, car les miracles qui ont suivi cette sortie sont nombreux, et du fait que la nature fut changée en eux, se démontre la nouveauté du monde ; car si le monde était éternel, rien ne changerait de sa nature. Et à cause de cela il dit « qui t’ai fait sortir », car assurément la sortie indiquait la nouveauté, la providence et la puissance, afin que vous acceptiez sur vous ma divinité et ma royauté, que je sois Dieu pour vous et maître sur vous, et que vous me serviez et soyez mes serviteurs, de même que je vous ai fait sortir de la maison de servitude, de la maison des Égyptiens, à qui vous étiez serviteurs.
או יאמר מבית עבדים שהאדונים שלכם היו עבדים שהרי המצריים בני חם הם שנאמר (בראשית י׳:ו׳) ובני חם כוש ומצרים ופוט וכנען, ואתם עבדים להם, או יהיה לשון עבדים שם דבר וכאלו אמר מבית עבדות וכמוהו (שם ט) עבד עבדים יהיה לאחיו, שפירוש עבד לעבדות עולם, ואפשר לפרש עוד מבית עבדים מבית המזלות שהם עבדים לי וקרא את המזלות עבדים לפי שהם מלכים למה שלמטה מהם שהם ממונים עליהם ועבדים למה שלמעלה מהם, וירמוז כי היו ישראל ראוין לשהות עוד במצרים לפי משפטי הכוכבים והמזלות לולא ה' שהיה לנו שהשפיל הכח ההוא והוציאם בדרך הנס וזהו שכתוב (דברים ד׳:כ׳) ויוציא אתכם מכור הברזל ממצרים לא אמר ממצרים מכור הברזל כי המשיל כח של מצרים אשר למעלה לכור הברזל שהיו ישראל ראוים שיותכו בו כברזל המותך בתוך כור, ואמר הכתוב כי הקב"ה הוציאם תחלה מאותו כור הברזל ואחר כך ממצרים זהו מכור הברזל ממצרים.
Ou bien, il dira « de la maison des serviteurs » parce que vos maîtres étaient des serviteurs, car les Égyptiens sont fils de Cham, comme il est dit (Genèse 10,6) « et les fils de Cham : Kouch, Mitsraïm, Pout et Canaan », et vous étiez leurs serviteurs ; ou bien l’expression « avadim » est un nom abstrait, et c’est comme s’il disait « de la maison de servitude », et semblable (Genèse 9,25) « serviteur de serviteurs (eved avadim) il sera pour ses frères », dont l’explication est : serviteur de servitude perpétuelle. Et il est possible d’expliquer encore « de la maison des serviteurs » : de la maison des constellations, qui sont mes serviteurs ; et il appela les constellations « serviteurs » parce qu’elles sont rois pour ce qui est en dessous d’elles, étant préposées sur lui, et serviteurs pour ce qui est au-dessus d’elles ; et il fait allusion à ce que Israël aurait dû demeurer encore en Égypte selon les jugements des étoiles et des constellations, n’eût été l’Éternel qui fut pour nous, qui abaissa cette force et les fit sortir par voie de miracle ; et c’est ce qui est écrit (Deutéronome 4,20) « et Il vous a fait sortir du four de fer, d’Égypte » : il n’a pas dit « d’Égypte, du four de fer », car il compara la force d’Égypte qui est en haut au four de fer, dans lequel Israël aurait dû être fondu comme le fer fondu dans un four ; et l’Écriture dit que le Saint, béni soit-Il, les fit sortir d’abord de ce four de fer, et ensuite d’Égypte : c’est « du four de fer, d’Égypte ».
לא יהיה לך אלהים אחרים על פני. יזהיר שלא נקבל עלינו לאלוה שום כח מן הכחות העליונים שהם המלאכים הנקראים אלהים ולא משאר כחות הכוכבים והמזלות ולא נאמין באחד מהם כלל. ומה שקראם אחרים אמרו בספרי על כי הם אחרים לעובדיהם. ד"א אחרים היום של זהב למחר של כסף למחר של עץ. והעיקר כי נקראו אחרים על שם שמקבלים כח מאחר ואין להם כח מעצמם. וזהו לא תשתחוה לאל אחר, לאל שמקבל מאחר אלא להקב"ה בלבד שהוא אלהי ישראל שאינו מקבל כח מאחר, וכן דרשו רז"ל ומבלעדי אין אלהים שלא קבלתי מלכותי מאחר.
« Tu n’auras pas d’autres dieux devant Ma face (‘al panai) » (Exode 20,3). Il avertit que nous n’acceptions sur nous comme divinité aucune des forces d’en haut, qui sont les anges appelés « elohim », ni les autres forces des étoiles et des constellations, et que nous ne croyions en aucune d’elles du tout. Et pourquoi les appelle-t-il « autres » ? Ils dirent dans le Sifré : parce qu’ils sont « autres » pour ceux qui les servent. Autre explication : « autres » — aujourd’hui d’or, demain d’argent, après-demain de bois. Et le fond est qu’ils sont appelés « autres » du fait qu’ils reçoivent la force d’un autre et n’ont pas de force par eux-mêmes. Et c’est « tu ne te prosterneras pas devant un autre dieu » (Exode 34,14) : devant un dieu qui reçoit d’un autre, mais seulement devant le Saint, béni soit-Il, seul, qui est le Dieu d’Israël et ne reçoit de force de personne ; et de même nos Sages de mémoire bénie ont interprété « et en dehors de Moi il n’y a pas de dieu » (Isaïe 44,6) : que Je n’ai pas reçu ma royauté d’un autre.
על פני. על דרך הפשט על עצמי כמו (שמואל ב י״ז:י״א) ופניך הולכים בקרב. או יאמר על פני על המקום שאני פונה וזהו אזהרה על שום מקום בעולם לפי שהוא יתברך בכל מקום.
« ‘Al panai » : selon le sens simple (peshat), « sur moi-même », comme (II Samuel 17,11) « et ta face (panekha) marche au milieu d’eux ». Ou bien il dira « ‘al panai » : sur le lieu vers lequel je me tourne (ani poneh), et c’est un avertissement pour n’importe quel lieu au monde, puisqu’Il, béni soit-Il, est en tout lieu.
וע"ד הקבלה סוד מלת על פני על הפנים שלי, כמו שכתוב (דברים ה׳:ד׳) פנים בפנים דבר ה' עמכם. והסוד במלת אחרים שלא אמר לא יהיה לך אל אחר על פני ואמר אחרים כדרך (בראשית ל״א:נ׳) ואם תקח נשים על בנותי כי לא יתכן לומר אם תקח אשה על בנותי וכבר בארתיו בפסוק וידבר. כתב הרמב"ן כי ענין ע"ג על שלשה חלקים יש עובדים למלאכים ויש עובדים לכוכבים ולמזלות כל צבא השמים ויש עובדים לשדים.
Et selon la voie de la Kabbale, le secret du mot « ‘al panai » est : « sur Mes faces », comme il est écrit (Deutéronome 5,4) « face à face, l’Éternel a parlé avec vous ». Et le secret est dans le mot « ‘aherim » (autres) : il n’a pas dit « tu n’auras pas d’autre dieu devant Ma face » mais il a dit « autres », à la manière de (Genèse 31,50) « et si tu prends des femmes en plus de mes filles », car il n’est pas convenable de dire « si tu prends une femme en plus de mes filles » ; et je l’ai déjà expliqué au verset « Et Dieu parla » (Exode 20,1). Le Ramban écrivit que l’affaire de l’idolâtrie est de trois sortes : il y a ceux qui servent les anges, il y a ceux qui servent les étoiles et les constellations, toute l’armée des cieux, et il y a ceux qui servent les démons.
תחלה החלו הקדמונים בעבודת המלאכים כי ידעו להם כח השררה על האומות, כענין שכתוב (דניאל י׳:י״ג) שר יון ושר מלכות פרס, וכל אחד היה עובד לשר שלו שהוא ממונה עליו, והוא שכתוב בהקב"ה (דברים י׳:י״ז) הוא אלהי האלהים, כי המלאכים נקראים אלהים והש"י אלהים עליהם וכן (תהילים צ״ז:ז׳) השתחוו לו כל אלהים, ואמר יתרו (שמות י״ח:י״א) כי גדול ה' מכל האלהים וכן אמרו רז"ל דקרו ליה אלהא דאלהיא.
Au commencement les anciens commencèrent par le service des anges, car ils savaient qu’ils ont une force de domination sur les nations, comme il est écrit (Daniel 10,13) « le prince du royaume de Perse… » et (10,20) « le prince de Yavan » — et chacun servait son prince, qui est préposé sur lui ; et c’est ce qui est écrit à propos du Saint, béni soit-Il (Deutéronome 10,17) « Lui est le Dieu des dieux », car les anges sont appelés « elohim » et le Saint, béni soit-Il, est Dieu sur eux ; et de même (Psaumes 97,7) « prosternez-vous devant Lui, tous les dieux » ; et Yitro dit (Exode 18,11) « car l’Éternel est plus grand que tous les dieux » ; et de même nos Sages de mémoire bénie dirent : on L’appelle « Elaha de-elahaya » (Dieu des dieux).
אחרי כן חזרו לעבודת הכוכבים והמזלות כל צבא השמים כי ידעו להם כח גדול ויכולת בשפלים והוא שכתוב (ירמיהו ח׳:ב׳) ושטחום לשמש ולירח ולכל צבא השמים אשר אהבום ואשר עבדום ואשר הלכו אחריהם ואשר דרשום ואשר השתחוו להם, כי היו חכמים גדולים יודעים כח המזל כפי משטרו על הארץ שלהם והיו חושבים כי בעבודת הכחות ההם יגבר מזלם ויועיל להם.
Ensuite ils revinrent au service des étoiles et des constellations, toute l’armée des cieux, car ils leur connurent une grande force et une puissance sur les êtres d’ici-bas, et c’est ce qui est écrit (Jérémie 8,2) « et ils les étendront devant le soleil et la lune et toute l’armée des cieux, qu’ils ont aimés, qu’ils ont servis, derrière lesquels ils ont marché, qu’ils ont recherchés et devant lesquels ils se sont prosternés » : car c’étaient de grands sages, connaissant la force de la constellation selon son gouvernement sur leur terre, et ils pensaient que par le service de ces forces leur constellation prévaudrait et leur serait utile.
ואחרי כן חזרו לעבוד את השדים כענין שכתוב (דברים ל״ב:י״ז) אלהים לא ידעום חדשים מקרוב באו, ילעג להם הכתוב שהם זובחים גם לשדים שאינם אלוה כלל, שנאמר (שם) יזבחו לשדים לא אלוה, שאינם כמלאכים הנקראים אלוה אבל הם אלהים שלא ידעום אבותיהם, כלומר שלא מצאו בהם שום אלהות ושלטנות והם חדשים להם שלמדו לעשות כן מחדש מן המצריים המכשפים. ועל כן יזהיר לא יהיה לך אלהים אחרים שהם המין הראשון וזהו על פני כאשר רמזתי סודו, ע"כ.
Et ensuite ils revinrent au service des démons, selon ce qui est écrit (Deutéronome 32,17) « des dieux qu’ils ne connaissaient pas, nouveaux, venus depuis peu » : l’Écriture se moque d’eux, car ils sacrifient même aux démons, qui ne sont pas du tout dieu, comme il est dit (ibid.) « ils sacrifièrent aux démons, non-Dieu » : qui ne sont pas comme les anges, appelés « elo’ah », mais sont des « elohim » que leurs pères ne connaissaient pas, c’est-à-dire qu’ils n’ont trouvé en eux aucune divinité ni domination, et ils sont nouveaux pour eux, car ils avaient récemment appris cette pratique des magiciens égyptiens. Et c’est pourquoi il avertit « tu n’auras pas d’autres dieux », qui sont la première espèce, et c’est « ‘al panai », comme j’ai fait allusion à son secret. Fin.
לא תעשה לך פסל וכל תמונה. אחר שהזהיר לא יהיה לך במחשבה הזהיר על המעשה שלא לעשות תמונתם כי אולי יחשוב שהוא עושה בזה חפץ הש"י ואינו עובר על רצונו כלל אם הוא עושה צורת האמצעי שהטובה באה על ידו כדי להיות זכרון לנסים ונפלאות שעשה הקב"ה לישראל ע"י הסבה ההיא או ע"י האמצעי ההוא מפני שיאמר והלא כמה מצות יש בתורה שהן לזכרון דבר כענין הסוכה שנאמר (ויקרא כ״ג:מ״ב) בסכות תשבו שבעת ימים וסמך לו למען ידעו דורותיכם כי בסכות, וכן אכילת הפסח על שם שפסח המקום וכן המצה על שם שנגאלו ולא הספיק בצקם של אבותינו להחמיץ אף הוא יחשוב לעשות הפסל ההוא או התמונה ההיא לזכרון המצוה המעידה על שרש דבר באלהותו של הקב"ה וביכלתו,
« Tu ne feras pas pour toi de statue ni aucune image » (Exode 20,4). Après qu’Il a averti « tu n’auras pas » dans la pensée, Il avertit sur l’acte : de ne pas faire leur image, car peut-être pensera-t-il qu’il accomplit par là la volonté du Nom, béni soit-Il, et qu’il ne transgresse pas du tout Sa volonté s’il fait la forme de l’intermédiaire par lequel vient le bien, afin que ce soit un mémorial des miracles et des merveilles que le Saint, béni soit-Il, a faits pour Israël par cette cause ou par cet intermédiaire : parce qu’il dira : n’y a-t-il pas dans la Torah bien des commandements qui sont en mémoire d’une chose, comme la souccah, de laquelle il est dit (Lévitique 23,42) « dans des souccot vous habiterez sept jours », et à côté (23,43) « afin que vos générations sachent que dans des souccot… » ; et de même la consommation de la Pâque, à cause de ce que le Lieu « passa par-dessus » (pasah), et de même la matsa, à cause de ce qu’ils furent délivrés et que la pâte de nos pères n’eut pas le temps de lever ; lui aussi pensera faire cette statue ou cette image en mémoire du commandement qui témoigne de la racine de la chose, la divinité du Saint, béni soit-Il, et Sa capacité.
ועל כן באה התורה ואסרה לעשות שום פסל ותמונה אפילו אמצעי שאם יעשה כן סופו שישתחוה לו ואחר ההשתחויה יבא לעבדו, כענין שכתוב (תהילים א׳:א׳) אשרי האיש אשר לא הלך בעצת רשעים ובדרך חטאים לא עמד ובמושב לצים לא ישב, ודרשו רז"ל מאחר שלא הלך היכן עמד ומאחר שלא עמד היכן ישב, אלא לומר לך שאם הלך סופו לעמוד ואם עמד סופו לישב ואם ישב סופו ללוץ ואם לץ עליו הכתוב אומר (משלי ט׳:י״ב) ולצת לבדך תשא אחרון אחרון חמור והנה הוא נמנה עם כת לצים שאינם מקבלים פני השכינה וכענין שכתוב (ישעיהו כ״ח:כ״ב) ועתה אל תתלוצצו פן יחזקו מוסריכם וכן בכאן אמר לא יהיה לך לא תעשה לך לא תשתחוה להם ולא תעבדם,
Et c’est pourquoi la Torah est venue et a interdit de faire quelque statue ou image que ce soit, même d’un intermédiaire ; car s’il fait ainsi, sa fin sera de se prosterner devant elle, et après la prosternation il en viendra à la servir, selon ce qui est écrit (Psaumes 1,1) « heureux l’homme qui n’a pas marché dans le conseil des méchants, et n’est pas resté sur le chemin des pécheurs, et ne s’est pas assis au siège des railleurs » ; et nos Sages de mémoire bénie interprétèrent : puisqu’il n’a pas marché, où serait-il resté ? et puisqu’il n’est pas resté, où serait-il assis ? Mais c’est pour te dire que s’il a marché, sa fin est de s’arrêter ; s’il s’est arrêté, sa fin est de s’asseoir ; s’il s’est assis, sa fin est de railler ; et s’il a raillé, l’Écriture dit de lui (Proverbes 9,12) « et si tu railles, toi seul le porteras » ; chaque étape est plus grave que la précédente ; et le voici compté dans la cohorte des railleurs, qui ne reçoivent pas la face de la Shekhina ; et comme il est écrit (Isaïe 28,22) « et maintenant ne vous moquez pas, de peur que vos liens ne se resserrent ». Et de même ici : il a dit « tu n’auras pas », « tu ne feras pas pour toi », « tu ne te prosterneras pas devant eux et tu ne les serviras pas » ;
שאם עשה סופו להשתחוות ואם השתחוה סופו לעבוד ואחרון אחרון חמור. ומה שאמר לא תעשה לך פסל וכל תמונה ואחרי כן צוה במעשה כרובים הפה שאסר הוא הפה שהתיר.
car s’il fait, sa fin est de se prosterner ; s’il se prosterne, sa fin est de servir ; et chaque étape est plus grave que la précédente. Et ce qu’Il dit « tu ne feras pas de statue ni aucune image », et ensuite Il ordonne la réalisation des chérubins : la bouche qui a interdit est la bouche qui a permis.
ולשון וכל תמונה שום תמונה כמו לא תעשה כל מלאכה שום מלאכה, או ירמוז וכל תמונה לתמונה הנקראת כל, יאמר לא תעשה לך פסל ולא כל שהיא תמונה. אשר בשמים ממעל, וכן כתוב באזהרה (דברים ד׳:כ״ג) ועשיתם לכם פסל תמונת כל. אשר בשמים ממעל, יזהיר שלא יעשה צורת המלאכים ושאר התמונות הקדושות שהם למעלה בשמים כגון האופנים והשרפים וחיות הקדש. ואשר בארץ מתחת, שלא יעשה צורת אדם ולא צורת בהמה חיה ועוף שהם למטה בארץ.
Et l’expression « ve-khol temouna » (et aucune image) : n’importe quelle image, comme « tu ne feras aucun travail » : n’importe quel travail ; ou bien « ve-khol temouna » fait allusion à l’image appelée « kol » ; Il dira : tu ne feras pas pour toi de statue, ni Kol, qui est une image. « Qui est dans les cieux en haut » : et ainsi il est écrit dans l’avertissement (Deutéronome 4,23) « et vous feriez pour vous une statue, image de tout (kol) ». « Qui est dans les cieux en haut » : Il avertit qu’on ne fasse pas la forme des anges et des autres images saintes qui sont en haut dans les cieux, comme les ophanim, les séraphim et les hayyot ha-qodesh. « Et qui est sur la terre en bas » : qu’on ne fasse pas la forme de l’homme, ni la forme d’une bête, d’un animal ou d’un oiseau, qui sont en bas sur la terre.
ואשר במים מתחת לארץ, שלא יעשה צורת השדים שבתהום ולמדך הכתוב בזה שארץ עומדת על המים, וע"כ אמר ואשר במים מתחת לארץ וכן הכתוב מעיד (תהילים קל״ו:ו׳) לרוקע הארץ על המים. ומן הידוע כי השדים לג' חלקים נחלקים, יש מהם שוכנים באויר בגלגלי היסודות והם המחלימים את האדם בלילה, ויש מהם שוכנים בקרבנו והם המחטיאים האדם, ויש מהם שוכנים בתהומות ים ואלמלא נתנה להם רשות לעלות היו מחריבים את העולם. ודרשו רז"ל אשר בשמים, לרבות חמה ולבנה כוכבים ומזלות. ממעל, לרבות מלאכי השרת. ואשר בארץ, לרבות אדם ובהמה וחיה ועוף. מתחת, לרבות שקצים ורמשים. ואשר במים, לרבות דגי הים. מתחת לארץ, לרבות השדים, וכן אמרו רז"ל מתחת לארץ לרבות הבוביא.
« Et qui est dans les eaux sous la terre » : qu’on ne fasse pas la forme des démons qui sont dans l’abîme ; et l’Écriture t’enseigne par là que la terre repose sur les eaux, et c’est pourquoi il dit « et qui est dans les eaux sous la terre », et de même l’Écriture en témoigne (Psaumes 136,6) « à Celui qui étend la terre sur les eaux ». Et il est connu que les démons se divisent en trois parties : certains d’entre eux demeurent dans l’air, dans les sphères des éléments, et ce sont ceux qui font rêver l’homme la nuit ; certains d’entre eux demeurent en nous, et ce sont ceux qui font pécher l’homme ; et certains d’entre eux demeurent dans les abîmes de la mer, et si la permission de monter leur était donnée, ils détruiraient le monde. Et nos Sages de mémoire bénie interprétèrent : « qui est dans les cieux » : pour inclure le soleil, la lune, les étoiles et les constellations ; « en haut » : pour inclure les anges serviteurs ; « et qui est sur la terre » : pour inclure l’homme, la bête, l’animal et l’oiseau ; « en bas » : pour inclure les bestioles et les reptiles ; « et qui est dans les eaux » : pour inclure les poissons de la mer ; « sous la terre » : pour inclure les démons ; et de même nos Sages de mémoire bénie dirent : « sous la terre » : pour inclure le « boviya ».
לא תשתחוה להם ולא תעבדם. בשום עבודה כלל ואפילו תהא דעתו שלא להוציא עצמו מרשותו של הקב"ה, רקן כל העבודות כלן לש"י. ודרשו רז"ל לא תשתחוה להם ולא תעבדם אפילו דרך בזיון כגון פוער עצמו לפעור וזורק אבן למרקוליס, לא תעבדם בין שדרך עבודתה בכך בין שאין דרך עבודתה בכך. לא תשתחוה להם ולא תעבדם אצ"ל ברצון אלא אפילו באונס אינו רשאי, ויהרג ואל יעבור. ולכך הפקירו עצמן חנניה מישאל ועזריה שאם היה האונס מותר לא היו מוסרין עצמן לכבשן האש.
« Tu ne te prosterneras pas devant eux et tu ne les serviras pas » (Exode 20,5). Par aucun service du tout, et même si son intention est de ne pas se retirer de la domination du Saint, béni soit-Il, Il a réservé tous les cultes au Seigneur, béni soit-Il. Et nos Sages de mémoire bénie interprétèrent : « tu ne te prosterneras pas devant eux et tu ne les serviras pas » : même par voie de mépris, comme celui qui se découvre pour déféquer devant Pe‘or ou jette une pierre à Markolis ; « tu ne les serviras pas » : que leur manière de service soit ainsi ou qu’elle ne soit pas ainsi. « Tu ne te prosterneras pas devant eux et tu ne les serviras pas » : sans parler de la volonté, même par contrainte il n’est pas permis, et qu’il se fasse tuer plutôt que de transgresser. Et c’est pourquoi Hananya, Mishaël et Azarya se sacrifièrent, car si la contrainte avait été permise, ils ne se seraient pas livrés à la fournaise de feu.
לא תשתחוה להם ולא תעבדם, ואצ"ל במתכוין אלא אפילו שלא במתכוין, וזוהי ששנינו מי שנתפזרו לו מעותיו בפני ע"ג לא ישוח ויטלם מפני שנראה כמשתחוה לע"ג, ישב לו קוץ בפני ע"ג לא ישוח ויטלנו מפני שנראה כמשתחוה לע"ג אלא ישב על גבי קרקע ויטלנו מיושב. כי אנכי ה' אלהיך, לבדי אין ראוי שתמירני באחר ואם תמירני אני אל כלומר יש כח בידי להענישך, ואני קנא שמי שמניח אותי ועובד זולתי אפקוד עליו עון זה עד ד' דורות, ואין פקידה זו לטובה למרק העונות כאותה של י"ג מדות אבל הוא להשמיד ולאבד את הכל ועל כן אמר לשונאי.
« Tu ne te prosterneras pas devant eux et tu ne les serviras pas », et sans parler de l’intention, même sans intention ; et c’est ce que nous avons enseigné : celui dont les pièces se sont éparpillées devant une idolâtrie ne se baissera pas pour les ramasser, parce qu’il paraîtrait se prosterner devant l’idole ; si une épine s’est enfoncée dans son corps alors qu’il est devant une idole, il ne se baissera pas pour l’ôter, parce qu’il paraîtrait se prosterner devant l’idole, mais il s’assiéra par terre et l’ôtera assis. « Car moi, l’Éternel, ton Dieu » : seul, il n’est pas convenable que tu M’échanges contre un autre ; et si tu M’échanges, Je suis un Dieu (El), c’est-à-dire j’ai la force de te punir ; « et Je suis jaloux » : celui qui Me laisse et sert un autre, Je châtierai sur lui cette faute jusqu’à quatre générations ; et ce châtiment n’est pas pour le bien, pour purifier des fautes, comme celui des treize attributs, mais c’est pour détruire et anéantir le tout ; et c’est pourquoi il dit « pour ceux qui Me haïssent ».
ודע כי לא תמצא בכל התורה קנאה בהקב"ה כי אם בעון ע"ג, והטעם כי כיון שקבלו ישראל עליהם אלהותו של הקב"ה בקבלת התורה הנה הם לקוחים לחלקו ביחוד והם עם מיוחד לאדון יחיד וכאשר הם נשמטים ממנו פונים אל אלהים אחרים ראוי שיקנא בהם כאיש אשר יקנא באשתו בלכתה לאחרים, ומזה לא תמצא בכל ספרי הנביאים שיתפוש שום נביא לשום אומה בענין ע"ג כי אם לישראל והוא שכתוב (דברים ד׳:י״ט-כ׳) אשר חלק ה' אלהיך אותם לכל העמים תחת כל השמים ואתכם לקח ה'.
Et sache que tu ne trouveras pas, dans toute la Torah, de jalousie (qin’a) attribuée au Saint, béni soit-Il, sinon à propos de la faute d’idolâtrie. Et la raison est que, puisque Israël ont accepté sur eux la divinité du Saint, béni soit-Il, dans la réception de la Torah, voici qu’ils sont pris pour Sa part en unicité, et sont un peuple unique pour un Maître unique ; et quand ils se détachent de Lui et se tournent vers d’autres dieux, il est convenable qu’Il soit jaloux d’eux, comme l’homme qui est jaloux de sa femme quand elle va vers d’autres. Et de là tu ne trouveras dans aucun des livres des prophètes qu’un prophète réprimande une nation quelconque pour son idolâtrie, sinon pour Israël ; et c’est ce qui est écrit (Deutéronome 4,19-20) « que l’Éternel ton Dieu a donnés en partage à tous les peuples, sous tous les cieux ; et vous, l’Éternel vous a pris ».
ועושה חסד לאלפים לאוהבי. דרשו רז"ל לעושים מאהבה. ומה שכתוב (שם ז) לאוהביו ולשומרי מצותיו לאלף דור לעושים מיראה, וכן אמרו האי בדסמיך ליה והאי בדסמיך ליה כי אע"פ שאין העבודה שלמה לעושים מיראה מ"מ שכרם עד שמים יגיע, וכן דרשו רז"ל בפרק מקום שנהגו כתיב כי גדול עד שמים וכתיב מעל שמים לא קשיא כאן לעושים לשמה כאן לעושים שלא לשמה וכדרב דאמר רב לעולם יעסוק אדם בתורה ובמצות ואפילו שלא לשמן שמתוך שלא לשמן בא לשמן. עושים לשמן הם שעושים מאהבה עושים שלא לשמן הם שאינם עושים מאהבה אלא מיראה. ומה שאמרו בברכות כל העוסק בתורה שלא לשמה נוח לו שלא נברא הוא שאינו עושה כלל אלא מיראה.
« Et qui fait grâce à des milliers, à ceux qui M’aiment » (Exode 20,6). Nos Sages de mémoire bénie interprétèrent : à ceux qui agissent par amour. Et ce qui est écrit (Deutéronome 7,9) « à ceux qui L’aiment et à ceux qui gardent Ses commandements, jusqu’à mille générations » : à ceux qui agissent par crainte. Et ainsi ils dirent : chaque expression se rapporte au terme qui lui est immédiatement voisin ; car bien que le service ne soit pas complet chez ceux qui agissent par crainte, néanmoins leur récompense atteindra jusqu’aux cieux. Et ainsi interprétèrent nos Sages de mémoire bénie au chapitre « Makom she-nahagou » : il est écrit (Psaumes 108,5) « car ta bonté est grande jusqu’aux cieux », et il est écrit « au-dessus des cieux » ; il n’y a pas de contradiction : ici pour ceux qui agissent pour elle-même (lishmah), là pour ceux qui agissent sans agir pour elle-même (shelo lishmah) ; et comme Rav l’a dit : que l’homme s’occupe toujours de la Torah et des commandements, même sans agir pour eux-mêmes, car cette pratique conduit à agir pour eux-mêmes. Ceux qui agissent pour eux-mêmes sont ceux qui agissent par amour ; ceux qui n’agissent pas pour eux-mêmes sont ceux qui n’agissent pas par amour mais par crainte. Et ce qu’ils dirent dans Berakhot : quiconque s’occupe de la Torah sans l’étudier pour elle-même, mieux vaudrait pour lui ne pas être né : c’est celui qui n’agit pas du tout, sinon par crainte.
לא תשא את שם ה' אלהיך לשוא. היה ראוי שיאמר לא תשא את שמי, כי השם ידבר עד עתה.
« Tu ne prononceras pas le nom de l’Éternel ton Dieu en vain » (Exode 20,7). Il aurait fallu qu’il dise « tu ne prononceras pas Mon nom », car le Nom parlait jusqu’à présent.
וכתב הרמב"ן ז"ל זה יאמת קבלת רז"ל שאמרו אנכי ולא יהיה לך מפי הגבורה שמענום כי רצה הקב"ה שישמעו שתים אלו מפיו כדי שיהיו כל ישראל נביאים באמונת מציאות ה' ויחודו ובאיסור ע"ג, ועל כן דבר עד עתה בלשון ה' יתברך ועתה בדבור לא תשא התחיל ואמר את שם ה' אלהיך.
Et le Ramban, de mémoire bénie, écrivit : cela confirme la tradition de nos Sages de mémoire bénie qui dirent : « Anokhi » et « lo yihyeh lekha », nous les avons entendus de la bouche de la Gevoura (Toute-Puissance) ; car le Saint, béni soit-Il, voulut qu’ils entendent ces deux-là de Sa bouche, afin que tout Israël soient prophètes dans la foi en l’existence de l’Éternel et en Son unicité et dans l’interdit de l’idolâtrie ; et c’est pourquoi Il parla jusqu’à présent à la première personne de l’Éternel, béni soit-Il ; et maintenant, dans la parole « lo tissa », Il commença et dit « le nom de l’Éternel ton Dieu ».
ומה שסדר המצוה הזאת של לא תשא אחר אזהרת ע"ג כי כאשר ראוי ליראה את השם הגדול והנורא שלא לתת כבודו לאחר כן ראוי לתת כבוד לשמו והנושא אותו לשוא מחלל כענין שכתוב (ויקרא י״ט:י״ב) ולא תשבעו בשמי לשקר וחללת את שם אלהיך, ויזהיר הכתוב הזה שלא ישבע אדם בשם לריק כגון שנשבע על הידוע לשנותו או לקיימו והוא הנשבע על עמוד של זהב שהוא של שיש או של זהב.
Et ce qu’Il a rangé ce commandement de « lo tissa » après l’avertissement de l’idolâtrie : c’est que, de même qu’il convient de craindre le Nom grand et redoutable, de ne pas donner Sa gloire à un autre, de même convient-il de donner gloire à Son Nom, et celui qui le porte en vain profane, comme il est écrit (Lévitique 19,12) « et vous ne jurerez pas par Mon nom faussement, et tu profaneras le nom de ton Dieu ». Et ce verset avertit qu’un homme ne jure pas par le Nom en vain, par exemple en jurant sur une chose connue pour la changer ou la maintenir, comme celui qui jure d’une colonne d’or qu’elle est de marbre ou d’or.
והזכיר לשון לא תשא ולא אמר לא תשבע לפי שהוא כולל עוד שלא ישא אדם על שפתיו השם לחנם כלשון (שמות כ״ג:א׳) לא תשא שמע שוא (תהילים ט״ז:ד׳) ובל אשא את שמותם על שפתי כי הדבור יקרא כן בעבור שישא בו קול, וזה נקרא בלשון רז"ל מוציא שם שמים לבטלה. ודרשו רז"ל מנין שלא יאמר אדם לה' עולה לה' חטאת אלא עולה לה' חטאת לה' קרבן לה' והלא דברים ק"ו ומה אם מי שהוא עתיד להקדיש אמרה תורה לא יחול שמי אלא על הקרבן ק"ו למוציא שם שמים לבטלה, ע"כ.
Et il mentionna l’expression « lo tissa » et n’a pas dit « tu ne jureras pas », parce qu’elle comprend encore qu’on ne porte pas le Nom sur ses lèvres inutilement, selon l’expression (Exode 23,1) « tu ne prononceras pas (lo tissa) une rumeur vaine » et (Psaumes 16,4) « et je ne porterai pas leurs noms sur mes lèvres » : car la parole est ainsi appelée parce qu’on y porte la voix ; et cela est appelé, dans le langage de nos Sages de mémoire bénie, « celui qui prononce le Nom du ciel en vain ». Et nos Sages de mémoire bénie interprétèrent : d’où apprend-on que l’homme ne doit pas dire « pour l’Éternel, un holocauste » ni « pour l’Éternel, un sacrifice pour le péché », mais « holocauste pour l’Éternel », « expiatoire pour l’Éternel », « sacrifice pour l’Éternel » ; n’est-ce pas un raisonnement a fortiori : si pour celui qui est destiné à sanctifier la Torah a dit « Mon nom ne s’appliquera que sur le sacrifice », a fortiori pour celui qui prononce le Nom du ciel en vain. Fin.
וטעם איסור השבועה כי הוא מכחיש האמת מעקרו ואבדה האמונה מפיו, ובין שתהיה השבועה בנקיטת חפץ בין שתהיה בלא נקיטת חפץ הרי הוא ככופר בתורה או במי שנתנה כיון שבטל דבריו ועבר על שבועתו.
Et la raison de l’interdit du serment est qu’il nie la vérité à sa racine et que la foi est perdue de sa bouche ; et que le serment soit avec prise d’un objet ou sans prise d’un objet, voici que celui-ci est comme celui qui renie la Torah ou Celui qui l’a donnée, puisqu’il a annulé sa parole et transgressé son serment.
וכן כתב ר"א ז"ל העובר על השבועה כאלו מכחיש וכופר בהש"י כי כוונת השבועה כאשר השם אמת כן יהיה דברי אמת ואם לא יקיים דברו הרי זה כמכחיש את הש"י, ומנהג אנשי מצרים עוד היום אם ישבע בחיי המלך ולא יקיים דברו כי בן מות הוא, ואילו נתן כופר משקלו זהב לא יחיה שהרי הוא בוזה את המלך בפרהסיא אם כן למלך בשר ודם שתחלתו הבל ומלכותו הבל ואחריתו הבל עאכ"ו אלף אלפים פעמים חייב אדם להשמר בשבועתו להש"י.
Et ainsi écrivit R. Avraham (Ibn Ezra), de mémoire bénie : celui qui transgresse un serment est comme s’il niait et reniait le Nom, béni soit-Il ; car l’intention du serment est : de même que le Nom est vérité, ainsi mes paroles seront vérité ; et s’il ne tient pas sa parole, c’est comme s’il niait le Nom, béni soit-Il. Et la coutume des gens d’Égypte, encore aujourd’hui, est que si quelqu’un jure par la vie du roi et ne tient pas sa parole, il est passible de mort, et même s’il donnait en rançon son poids en or il ne vivrait pas, car il méprise le roi publiquement. S’il en est ainsi pour un roi de chair et de sang, dont le début est vanité, la royauté vanité, la fin vanité, a fortiori mille fois mille fois l’homme est tenu de se garder dans son serment envers le Nom, béni soit-Il.
והנה ראינו בעבור שנשבעו בני ישראל ברבים על דבר פילגש בגבעה ושם היה פנחס כהן גדול ומצינו שנהרגו העוברים על השבועה והם אנשי יבש גלעד אנשים ונשים וטף, וכן לא יעשה אפילו במחללי שבת, גם ראינו כי בקש שאול להרוג ליהונתן בנו והוא לא שמע השבועה שנאמר (שמואל א י״ד:כ״ז) ויונתן לא שמע בהשביע אביו את העם, וגדל מאד כח השבועה שהרי יהונתן לא עבר בזדון אלא בשוגג ואעפ"כ חייבו אביו מיתה עד שהוצרכו העם לפדותו שנאמר (שם) ויפדו העם את יונתן ולא מת ופדאוהו כדין מפני שאמרו שוגג היה, ומכאן יש ללמוד שהעובר על השבועה חייב מיתה כחייבי מיתות ב"ד בוא וראה שהרי השוה הכתוב עובר על השבועה לאיסור אשת איש כתיב הכא לא ינקה וכתיב התם (משלי ו׳:כ״ט) כן הבא אל אשת רעהו לא ינקה כל הנוגע בה, וראינו שהביא הש"י רעב בארץ בעבור שאול וביתו שעברו על שבועת הנשיאים שנשבעו לגבעונים וכאשר נהרגו בית הדמים אז (שמואל ב כ״א:י״ד) ויעתר אלהים לארץ, ושלמה אמר לשמעי (מלכים א ב׳:מ״ב) הלא השבעתיך בה'.
Et voici que nous avons vu que, parce que les enfants d’Israël jurèrent publiquement à propos de l’affaire de la concubine de Guibea, et que Pinhas était là, grand prêtre, nous trouvons que ceux qui transgressèrent le serment furent tués, c’est-à-dire les gens de Yavesh-Gilead, hommes, femmes et enfants ; et de même on n’agit pas ainsi même envers ceux qui profanent le Shabbat. Nous avons vu aussi que Shaoul chercha à tuer Yehonatan son fils, qui n’avait pas entendu le serment, comme il est dit (I Samuel 14,27) « et Yonatan n’avait pas entendu quand son père fit jurer le peuple » ; et la force du serment est très grande, puisque Yehonatan n’avait pas transgressé de façon délibérée mais par inadvertance, et néanmoins son père le déclara passible de mort, au point que le peuple dut le racheter, comme il est dit (ibid. 14,45) « et le peuple racheta Yonatan, et il ne mourut pas » ; et ils le rachetèrent selon la règle, parce qu’ils dirent qu’il avait agi par inadvertance. Et de là on peut apprendre que celui qui transgresse un serment est passible de mort, comme les passibles de mort d’un tribunal : viens et vois, car l’Écriture a mis sur le même pied celui qui transgresse le serment et l’interdit de la femme mariée : il est écrit ici « il ne sera pas innocenté (lo yenaqqeh) » (Exode 20,7), et il est écrit là (Proverbes 6,29) « ainsi en est-il de celui qui vient vers la femme de son prochain : quiconque la touche ne sera pas innocenté (lo yinnaqeh) ». Et nous avons vu que le Nom fit venir la famine dans le pays à cause de Shaoul et de sa maison, qui avaient transgressé le serment des princes, qui avaient juré aux Gabaonites ; et quand fut tuée la maison de sang, alors (II Samuel 21,14) « Dieu se laissa fléchir pour le pays » ; et Shelomo dit à Shimeï (I Rois 2,42) « ne t’ai-je pas fait jurer par l’Éternel ? ».
והכלל לא מצאנו בעשרת הדברות שכר מפורש רק בכבוד אב ואם, ולא עונש מפורש רק בע"ג ובשבועת שוא. ורבים חושבים כי הנושא הש"י לשוא לא עבר עבירה גדולה ואני אראה לו כי הוא קשה מכל לאוין הבאים אחריו כי הרוצח והנואף שהם עברות קשות לא יוכל לרצוח ולנאוף בכל עת שירצה כי יפחד, ואשר הרגיל עצמו להשבע לשוא ישבע ביום אחד כמה שבועות בלא מספר ומרוב רגילותם לפני הדבור יקדימו השבועה והוא להם לשון צחות, ואילו לא היה בישראל רק עבירה זו תספיק להאריך הגלות ולהוסיף מכה על מכותינו, ואני אראה להם שגעונם כי הרוצח אם רצח אויבו מלא תאותו ונקמתו וכן הנואף לשעתו והגונב להנאתו לשעתו ועד שקר להרצח או להנקם אבל הנשבע לשקר מחלל הש"י בפרהסיא בלא הנאה שיש לו, ע"כ.
Et la règle : nous n’avons trouvé dans les Dix Paroles de récompense explicite que pour le respect du père et de la mère, et de châtiment explicite que pour l’idolâtrie et le faux serment. Et beaucoup pensent que celui qui prononce le Nom en vain n’a pas commis une grande faute, et je leur montrerai qu’elle est plus grave que tous les interdits qui viennent après : car le meurtrier et l’adultère, qui sont des fautes graves, ne peuvent pas tuer et commettre l’adultère à tout moment où ils le veulent, parce qu’ils ont peur ; mais celui qui s’est habitué à jurer en vain jurera en un seul jour de nombreux serments sans nombre, et, par la force de leur habitude, ils placent le serment avant la parole, et c’est pour eux un langage d’élégance. Et s’il n’y avait en Israël que cette faute, elle suffirait à prolonger l’exil et à ajouter plaie sur nos plaies ; et je leur montrerai leur folie : car le meurtrier, s’il a tué son ennemi, a rempli son désir et sa vengeance ; de même l’adultère pour l’instant, et le voleur pour son profit pour l’instant, et le faux témoin pour tuer ou se venger ; mais celui qui jure faussement profane le Nom publiquement, sans aucun profit pour lui. Fin.
ומצינו ישעיה הנביא שהוא מוכיח לישראל בעבירה זו הוא שכתוב (ישעיהו מ״ח:א׳) שמעו זאת בית יעקב הנקראים בשם ישראל וממי יהודה יצאו הנשבעים בשם ה' ובאלהי ישראל יזכירו לא באמת ולא בצדקה כי מעיר הקדש נקראו ועל אלהי ישראל נסמכו ה' צבאות שמו, כוון ישעיה ע"ה בשני כתובים אלו לומר שאין לתמוה על העו"ג אם הם נכשלים בעון זה כי הם לא קבלו התורה ולא ראו אור ולא ידעו ולא יבינו בחשכה יתהלכו אבל התימה על אותם שהם בית יעקב ונקראים בשם ישראל שהם קבלו את התורה ושמעו דבור לא תשא, ולכך הזכיר בית יעקב כלשון האמור כאן במתן תורה (שמות י״ט:ג׳) כה תאמר לבית יעקב ותגיד לבני ישראל כי במתן תורה נתקיים להם שם ישראל הנגזר משררה כי ראו שררת השי"ת וכבודו עין בעין, ומזה נקראו ישורון.
Et nous trouvons que le prophète Yeshayahou reprend Israël pour cette faute, comme il est écrit (Isaïe 48,1) « écoutez ceci, maison de Yaakov, qui êtes appelés du nom d’Israël, et êtes sortis des eaux de Yehouda, qui jurez par le nom de l’Éternel et mentionnez le Dieu d’Israël, non en vérité ni en justice, car ils sont appelés de la ville sainte et s’appuient sur le Dieu d’Israël, l’Éternel des armées est Son nom ». Yeshayahou, paix sur lui, visa par ces deux versets à dire qu’il n’y a pas à s’étonner des nations du monde si elles trébuchent dans cette faute, car elles n’ont pas reçu la Torah et n’ont pas vu la lumière et ne savent pas et ne comprennent pas, elles marchent dans les ténèbres ; mais l’étonnement porte sur ceux qui sont maison de Yaakov et appelés du nom d’Israël, qui ont reçu la Torah et entendu la parole « lo tissa » ; et c’est pourquoi il mentionna « maison de Yaakov » selon l’expression dite ici au don de la Torah (Exode 19,3) « ainsi diras-tu à la maison de Yaakov, et tu raconteras aux fils d’Israël » ; car au don de la Torah s’accomplit pour eux le nom d’Israël, dérivé de « sararah » (domination), parce qu’ils virent la domination du Nom, béni soit-Il, et Sa gloire, œil à œil ; et de là ils furent appelés « Yeshouroun ».
ואמר וממי יהודה יצאו כלומר מזרע יהודה, והזכיר יהודה לפי שתחלת נבואתו של ישעיה לשבט יהודה היתה הוא שכתוב (ישעיהו א׳:א׳) אשר חזה על יהודה וירושלים.
Et il dit « et des eaux de Yehouda vous êtes sortis » : c’est-à-dire de la descendance de Yehouda ; et il mentionna Yehouda parce que le commencement de la prophétie de Yeshayahou fut pour la tribu de Yehouda, comme il est écrit (Isaïe 1,1) « qu’il a vu sur Yehouda et Yeroushalayim ».
והנה הנביא ע"ה כמתמיה בלשונו על זאת איך אפשר לבית יעקב שקבלו את התורה והם נקראים בשם ישראל ויצאו משבט יהודה שממנו האור והמלכות שיהיו נשבעים בשם ה' ובאלהי ישראל יזכירו ואינם חוששים בהזכרת הש"י תמיד והם מעיר הקדש נקראו והיה להם להיות קדושים כשם שנקראו ממלכת כהנים וגוי קדוש ועל אלהי ישראל נסמכו בפיהם לא בלבבם כענין שכתוב (ירמיהו י״ב:ב׳-ג׳) קרוב אתה בפיהם ורחוק מכליותיהם ואמר ה' צבאות שמו כי הוא אדון כל הצבאות כלן העליונים והשפלים ועל כן היה לכם לירא ממנו.
Et voici que le prophète, paix sur lui, comme s’étonnant dans son langage de cela : comment est-il possible que la maison de Yaakov, qui ont reçu la Torah et sont appelés du nom d’Israël, et sont sortis de la tribu de Yehouda, de laquelle viennent la lumière et la royauté, jurent par le nom de l’Éternel et mentionnent le Dieu d’Israël, et ne se soucient pas de la mention du Nom, béni soit-Il, continuellement ; alors qu’ils sont appelés de la ville sainte, et auraient dû être saints, de même qu’ils ont été appelés « royaume de prêtres et nation sainte » ; « et sur le Dieu d’Israël ils s’appuient » de leur bouche, non de leur cœur, selon ce qui est écrit (Jérémie 12,2-3) « tu es proche dans leur bouche et loin de leurs reins » ; et il dit « l’Éternel des armées est Son nom », car Il est maître de toutes les armées, toutes, les supérieures et les inférieures, et c’est pourquoi vous auriez dû Le craindre.
ובמדרש העובר על שבועה כעובר על החרם כי השבועה היא החרם והחרם הוא השבועה. גדול כח החרם מנין, מעכן, שהרי עכן מעל מחרם ומתו עליו ל"ו צדיקים שנאמר (יהושע ז׳:ה׳) ויכו מהם אנשי העי כשלשים וששה איש אמר הקב"ה ליהושע חטא ישראל מה עשה יהושע נסתכל בשנים עשר אבני החשן וראה אבנו של יהודה מכהה אורה וידע ששבט יהודה מעל בחרם, הפיל גורלות למשפחות וממשפחות לגברים ונלכד עכן בן כרמי בן זבדי בן זרח למטה יהודה.
Et dans le Midrash : celui qui transgresse un serment est comme celui qui transgresse l’anathème (herem), car le serment est l’anathème et l’anathème est le serment. D’où vient que la force de l’anathème est grande ? D’Akhan : car Akhan commit un détournement de l’anathème, et trente-six justes moururent pour lui, comme il est dit (Josué 7,5) « et les gens de Aï en frappèrent environ trente-six hommes » ; le Saint, béni soit-Il, dit à Yehoshoua : Israël a péché. Que fit Yehoshoua ? Il regarda les douze pierres du pectoral, et vit la pierre de Yehouda dont la lumière était ternie, et il sut que la tribu de Yehouda avait commis un détournement de l’anathème. Il fit tomber le sort sur les familles, et des familles sur les hommes, et fut pris Akhan fils de Karmi fils de Zavdi fils de Zerah, de la tribu de Yehouda.
וכן מצינו בשאול בן קיש שהחרים בלשון ארור שנאמר (שמואל א י״ד:כ״ד) ארור האיש אשר יאכל לחם עד הערב, וכתיב ויונתן לא שמע בהשביע אביו את העם, מה שהחרים שאול בלשון ארור קרא הכתוב שבועה. ואכל מעט דבש ותאורנה שתי עיניו כיון שראה שאול את פלשתים מתגברים על ישראל מיד ידע שמעל ישראל בחרם, נסתכל באבני החשן ראה אבנו של בנימין מכהה אורה וידע ששבט בנימין מעל בחרם הפיל גורלות למשפחות וממשפחות לגברים וילכד שאול ויהונתן.
Et ainsi nous trouvons pour Shaoul fils de Kish, qui prononça l’anathème en langage de malédiction, comme il est dit (I Samuel 14,24) « maudit l’homme qui mangera du pain jusqu’au soir », et il est écrit « et Yonatan n’avait pas entendu quand son père fit jurer le peuple » : ce que Shaoul avait prononcé en anathème en langage de malédiction, l’Écriture l’appela serment. « Et il mangea un peu de miel, et ses yeux s’éclairèrent » : quand Shaoul vit les Philistins l’emporter sur Israël, il sut aussitôt qu’Israël avait commis un détournement de l’anathème ; il regarda les pierres du pectoral, vit la pierre de Binyamin dont la lumière était ternie, et sut que la tribu de Binyamin avait commis un détournement de l’anathème ; il fit tomber le sort sur les familles, et des familles sur les hommes, et furent pris Shaoul et Yehonatan.
לקח שאול את חרבו להרוג ליהונתן שנאמר (שם) כה יעשה אלהים וכה יוסיף כי מות תמות יונתן עד שאמרו העם כי בשגגה היה והקריב קרבן על שגגתו ונתכפר לו שנאמר ויפדו העם את יונתן ולא מת.
Shaoul prit son épée pour tuer Yehonatan, comme il est dit (I Samuel 14,44) « ainsi Dieu fasse et ainsi Il ajoute, car tu mourras certainement, Yonatan », jusqu’à ce que le peuple dise que c’était par inadvertance, et il offrit un sacrifice pour son inadvertance et fut expié, comme il est dit « et le peuple racheta Yonatan, et il ne mourut pas ».
וכן מצינו באחי יוסף שהחרימו ביניהם שלא יגלה אחד מהם הדבר ליעקב, אמרו אין אנו אלא תשעה ואין החרם מתקיים אלא בעשרה מה עשו שתפו להקב"ה עמהם והחרימו, ראובן לא היה שם כשבא הגידו לו הדבר והחרם שהחרימו ושמע ראובן את החרם ושתק ולא הגיד ליעקב ואף הקב"ה מפני החרם שתק ולא הגיד ליעקב וכתיב (תהילים קמ״ז:י״ט) מגיד דבריו ליעקב ודבר זה לא הגיד ליעקב אלא מפני החרם לא הגיד ליעקב, ע"כ במדרש בפרקי דר"א.
Et de même nous trouvons chez les frères de Yossef, qui prononcèrent entre eux l’anathème que nul d’entre eux ne révélerait la chose à Yaakov ; ils dirent : nous ne sommes que neuf, et l’anathème ne se réalise qu’à dix ; que firent-ils ? Ils s’associèrent le Saint, béni soit-Il, avec eux et prononcèrent l’anathème. Réouven n’était pas là ; quand il vint, on lui dit la chose et l’anathème qu’ils avaient prononcé ; Réouven entendit l’anathème et se tut et ne le dit pas à Yaakov ; et le Saint, béni soit-Il, lui aussi, à cause de l’anathème, se tut et ne le dit pas à Yaakov ; et il est écrit (Psaumes 147,19) « Il annonce Ses paroles à Yaakov », et cette chose Il ne l’annonça pas à Yaakov, mais à cause de l’anathème Il ne l’annonça pas à Yaakov. Fin du Midrash, dans les Pirqé de Rabbi Eliézer.
וע"ד הקבלה לא תשא את שם ה' אלהיך לשוא, מלת שם נאמר על השכינה כי לא ינקה השם המיוחד את אשר ישא את שמו לשוא וכן כתוב (ויקרא י״ט:י״ב) ולא תשבעו בשמי לשקר וחללת את שם אלהיך, יאמר כי הנשבע בשמו המיוחד לשקר הוא מחלל שם אלהיו כי הכל מיוחד זה בזה. וחומר איסור השבועה מפני שלשון שבועה נגזר משבעה והם ז' קולות שהשיג משה במעמד הקדוש הזה וכל העובר על השבועה הוא מעיד על עצמו שאין לו חלק לעוה"ב ויצא מכלל השבעה. ואמרו רז"ל מה בין שבועות לנדרים שבועה כנשבע במלך עצמו, נדרים כנודר בחיי המלך עקרו של מלך, ולפיכך חמור הנדר יותר מן השבועה, זכר לדבר (מלכים ב ב׳:ב׳) חי ה' וחי נפשך, חי ה' זהו המלך עצמו והוא השבועה וחי נפשך זהו חיי המלך והוא הנדר.
Et selon la voie de la Kabbale : « tu ne prononceras pas le nom de l’Éternel ton Dieu en vain » : le mot « shem » (nom) se dit de la Shekhina, car le Nom unique n’innocentera pas celui qui prononce Son nom en vain ; et de même il est écrit (Lévitique 19,12) « et vous ne jurerez pas par Mon nom faussement, et tu profaneras le nom de ton Dieu » : il dit que celui qui jure faussement par Son Nom unique profane le nom de son Dieu, car tout est unifié l’un dans l’autre. Et la gravité de l’interdit du serment vient de ce que le mot « shevou‘a » est dérivé de « sheva‘ » (sept), et ce sont les sept voix que Moshé perçut dans cette sainte station ; et quiconque transgresse un serment témoigne contre lui-même qu’il n’a pas de part au monde à venir et sort de l’ensemble des sept. Et nos Sages de mémoire bénie dirent : quelle est la différence entre les serments et les vœux ? Le serment est comme celui qui jure par le roi lui-même ; les vœux sont comme celui qui voue par la vie du roi, la racine du roi ; et c’est pourquoi le vœu est plus grave que le serment. Allusion à la chose (II Rois 2,2) « vive l’Éternel et vive ton âme » : « vive l’Éternel » — c’est le roi lui-même, et c’est le serment ; « et vive ton âme » — c’est la vie du roi, et c’est le vœu.
וידוע כי אין דרך הנשבע להקדים החמור ולאחר הקל, ועל כן הקדים אלישע הקל ואיחר החמור. ומטעם זה חייבה תורה קרבן תודה לעובר על השבועה אבל העובר על הנדר אין שם קרבן כלל.
Et il est connu que la manière de celui qui jure n’est pas de placer le grave en premier et le léger en dernier ; et c’est pourquoi Elisha plaça le léger en premier et le grave en dernier. Et pour cette raison la Torah a déclaré passible, pour celui qui transgresse le serment, d’un sacrifice d’action de grâces ; mais pour celui qui transgresse le vœu, il n’y a aucun sacrifice.
ומכאן תבין אם תזכה סוד הנפש ועקרה שהוא למעלה מן השבועה כי השבועה הוא המלך עצמו הנקרא שדי והשלש נשמה להם זהו (איוב ל״ב:ח׳) ונשמת שדי תבינם, כי הוא מיסוד הבינה הוא התשובה, ומה שכתוב (בראשית ב׳:ז׳) ויפח באפיו נשמת חיים מעיד על זה כי כיון שהקב"ה נפח באפיו על כל פנים מרוחו נתן בו, ובאור הכתוב ויפח באפיו נשמה שהיא אצולה מחיי המלך שהן עקרו של מלך ולמעלה מן המלך אם כן עקר נשמת האדם מיסוד הבינה שהיא התשובה משם עיקרה ושם תשוב וזהו שכתוב (קהלת י״ב:ז׳) והרוח תשוב אל האלהים אשר נתנה הזכיר האלהים והוא כמו בראשית ברא אלהים שהיא התשובה.
Et de là tu comprendras, si tu mérites le secret de l’âme (nefesh) et de sa racine, qu’elle est au-dessus du serment : car le serment est le roi lui-même, appelé Shaddaï, et les trois ont une âme-souffle (neshama), c’est (Job 32,8) « et le souffle (nishmat) de Shaddaï les fait comprendre » ; car elle vient du fondement de Binah, qui est la Teshouva ; et ce qui est écrit (Genèse 2,7) « et Il souffla dans ses narines un souffle de vie » en témoigne : car puisque le Saint, béni soit-Il, souffla dans ses narines, de toute façon Il lui donna de Son esprit ; et explication du verset « et Il souffla dans ses narines une neshama » : qu’elle est émanée de la vie du roi, qui est la racine du roi et au-dessus du roi ; ainsi la racine de la neshama de l’homme vient du fondement de Binah, qui est la Teshouva ; de là est sa racine et là elle retournera ; et c’est ce qui est écrit (Ecclésiaste 12,7) « et l’esprit retourne à Dieu (ha-Elohim) qui l’a donné » : il mentionna « ha-Elohim », et c’est comme « Bereshit bara Elohim », qui est la Teshouva.
וצריך אתה לדעת כי משם באות הנשמות לישראל דרך הקו האמצעי הוא התפארת הוא מזרחו של עולם שישראל עושים רצונו של מקום שנאמר (ישעיהו מ״ג:ה׳) ממזרח אביא זרעך, וכשישראל רעים באים מן הזרע שכבר בא לעולם וכמו שדרשו בספר הבהיר.
Et tu dois savoir que c’est de là que viennent les âmes pour Israël, par la ligne médiane, qui est la Tiferet, qui est l’orient du monde ; quand Israël accomplit la volonté du Lieu, comme il est dit (Isaïe 43,5) « d’orient Je ferai venir ta descendance » ; et quand Israël sont mauvais, [les âmes] viennent de la semence qui est déjà venue au monde, et comme ils l’ont interprété dans le livre Bahir.
וכבר כתבתי מזה בפסוק ויטע בסדר בראשית, (ב) והענין הזה לישראל בלבד מה שאין כן באומות העולם שהן באין משם דרך שמאל היא מדת הגבורה הנקראת האש הגדולה ולכך אמרו רז"ל שחיטת עכו"ם נבלה ומטמאה במשא, לפי שהם מצד שמאל. ולפי שלא קבלו התורה שכתוב בה (דברים לג) מימינו אש דת למו, הן נדונין באשו של גיהנם וזוהי מעלת נשמותיהן של ישראל על נשמת האומות ומזה אמר הנביא על מעלת ישראל (יחזקאל כג) וגם את בניהן אשר ילדו לי, באר כי ישראל הם הנולדים לשמו הגדול כי הם באים דרך שם ומי שנתגייר מן האומות ומקבל התורה שנתנה מתוך השבעה הרי הוא נצול מדין גיהנם, כי הוא נכנס תחת קו האמצעי ומשם ישוב לשרשו העליון.
Et j’ai déjà écrit à ce sujet au verset « Et Il planta » (Genèse 2,8), dans la section Bereshit. Et cette affaire est pour Israël seul, à la différence des nations du monde, qui viennent de là par la voie de gauche, qui est l’attribut de Gevoura, appelé « le grand feu » ; et c’est pourquoi nos Sages de mémoire bénie dirent que la bête abattue par un idolâtre a le statut de charogne et rend impur par le port ; parce qu’ils sont du côté gauche. Et parce qu’ils n’ont pas reçu la Torah, dont il est écrit (Deutéronome 33,2) « de Sa droite, une loi de feu pour eux », ils sont jugés par le feu de la Géhenne ; et c’est la supériorité des âmes d’Israël sur l’âme des nations. Et de là le prophète dit, à propos de la supériorité d’Israël (Ézéchiel 23,37) « et aussi leurs fils qu’elles m’ont enfantés » : il expliqua que Israël sont ceux qui sont nés pour Son grand Nom, car ils viennent par le Nom ; et celui qui s’est converti parmi les nations et reçoit la Torah qui a été donnée du milieu des sept, voici qu’il est sauvé du jugement de la Géhenne, car il entre sous la ligne médiane et de là retournera à sa racine supérieure.
נחזור לעניננו ונאמר כי מי שנשבע ומקיים שבועתו הרי זה נוטל שכרו בשבעה הנזכרים ומעיד על עצמו שהוא המעיד והמאמין בהם ונכסף אליהם, עבר על שבועתו הרי זה יצא מכללם ונענש בשבעה מדורי גיהנם, כי כיון שלא האמין בשבעה לא יזכה בהם אבל יענש בשבעה, ואל הסוד הזה רמזו חכמי האמת במדרשם, והוא שאמרו (שיר השירים ב׳:ז׳) השבעתי אתכם בנות ירושלים בצבאות, אם זכיתם הרי אתם כצבא של מעלה ואם לאו הרי אתם כצבא של מטה, ע"כ במדרש.
Revenons à notre sujet et disons : celui qui jure et tient son serment reçoit sa récompense dans les sept mentionnés, et témoigne de lui-même qu’il est celui qui témoigne et croit en eux et aspire à eux ; s’il a transgressé son serment, voici qu’il est sorti de leur ensemble et est puni dans les sept demeures de la Géhenne ; car puisqu’il n’a pas cru aux sept, il ne les méritera pas, mais sera puni par sept. Et c’est à ce secret que firent allusion les sages de vérité dans leur Midrash, et ils dirent (Cantique des Cantiques 2,7) « Je vous adjure (hishba‘ti), filles de Yeroushalayim, par les armées (ba-tseva’ot) » : si vous avez mérité, vous êtes comme l’armée d’en haut ; sinon, vous êtes comme l’armée d’en bas. Fin du Midrash.
ובאור זה כי מלת השבעתי כאלו אמר הריני נותן לפניכם ז' אלו או ז' אלו והרשות נתונה בידכם שתהיו כשתי צבאות או של מעלה או של מטה אם תהיו זוכים תהיו בז' רקיעים בתוך אותם ז' הנקראים צרור החיים ואם אין אתם זוכים תהיו כצבא של מטה להיות נדונים בגיהנם בז' מדורין שבו, וזהו באור אם זכיתם הרי אתם כצבא של מעלה ואם לאו הרי אתם כצבא של מטה. הקב"ה יצילנו מן העונש ויסתירנו בצל כנפיו וישים חלקנו עם הצדיקים הבוטחים בו.
Et l’explication est que le mot « hishba‘ti » est comme s’il disait : « voici que Je place devant vous ces sept-ci ou ces sept-là, et la permission est donnée en votre main d’être comme les deux armées, celle d’en haut ou celle d’en bas » : si vous méritez, vous serez dans les sept firmaments, au milieu de ces sept appelés « le faisceau de la vie » ; et si vous ne méritez pas, vous serez comme l’armée d’en bas, pour être jugés dans la Géhenne, dans ses sept demeures ; et voilà l’explication de : si vous avez mérité, vous êtes comme l’armée d’en haut, sinon, vous êtes comme l’armée d’en bas. Que le Saint, béni soit-Il, nous sauve de la punition et nous cache à l’ombre de Ses ailes et place notre part avec les justes qui se confient en Lui.
זכור את יום השבת לקדשו. אחר שצוה להאמין אמונת הלב בשם המיוחד ושלא נחליפנו באחר וצוה לכבד זכר שמו צוה ג"כ שנעשה בזה אות וזכר בימים לקדש היום השביעי והוא השבת להודיע שהוא יתעלה חדש את העולם וברא הכל יש מאין.
« Souviens-toi du jour du Shabbat pour le sanctifier » (Exode 20,8). Après qu’Il a ordonné de croire, de la foi du cœur, au Nom unique, et que nous ne L’échangions pas contre un autre, et qu’Il a ordonné d’honorer le souvenir de Son Nom, Il ordonna aussi que nous fassions de cela un signe et un souvenir dans les jours : de sanctifier le septième jour, qui est le Shabbat, pour faire savoir qu’Il, élevé soit-Il, a fait advenir le monde à l’existence et a créé tout ex nihilo.
וע"ד הפשט זכור את יום השבת שנזכור תמיד בכל יום השבת שלא נשכחהו ושלא יתחלף לנו בשאר ימים, כי כשנזכור אותו תמיד נזכור מעשה בראשית בכל עת וזה פנה גדולה באמונה, כי מתוך החדוש יתבאר ענין ההשגחה והנבואה ואמתת העונש והשכר.
Et selon le sens simple (peshat) : « Souviens-toi du jour du Shabbat » : que nous nous souvenions toujours, tous les jours, du Shabbat, de sorte que nous ne l’oubliions pas et qu’il ne soit pas échangé pour nous avec les autres jours ; car lorsque nous nous en souviendrons toujours, nous nous souviendrons à tout moment de l’œuvre de la création, et c’est un fondement majeur de la foi, car de la création du monde dans le temps se déduisent la providence, la prophétie, et la vérité du châtiment et de la récompense.
ואמר לקדשו שנזכיר קדושתו שיהיה בעינינו קדוש ושנפנה מחשבותינו בו מעסקי הגוף ושנתעסק בו בדרכי הש"י שהוא עסקי הנפש כי נתחייבנו ללכת בו אל הנביאים ואל החכמים שבכל דור ודור לבקש תורה מפיהם לשמוע דברי הש"י וכענין שאמרו רז"ל (מלכים ב ד׳:כ״ג) מדוע את הולכת אליו היום לא חודש ולא שבת מכלל דבחדש ושבת בעי למיזל. וכן אמר דוד (תהילים קי״ט:צ״ז) כל היום היא שיחתי היה לו לומר בכל יום אלא שרומז על היום המיוחד הוא השבת שהיה מתענג בו בעסק התורה כל היום.
Et il dit « pour le sanctifier » : que nous rappelions sa sainteté, qu’il soit saint à nos yeux, que nous en détournions nos pensées des affaires du corps, et que nous nous occupions en lui des voies du Nom, béni soit-Il, qui sont les affaires de l’âme ; car nous sommes tenus d’aller en lui vers les prophètes et vers les sages de chaque génération, pour demander la Torah de leur bouche, entendre les paroles du Nom, et selon ce que nos Sages de mémoire bénie dirent (II Rois 4,23) « pourquoi vas-tu vers lui aujourd’hui ? Ce n’est ni la néoménie ni le Shabbat » : il s’ensuit qu’à la néoménie et au Shabbat on doit aller. Et ainsi dit David (Psaumes 119,97) « toute la journée elle est ma méditation » : il aurait dû dire « tous les jours », mais il fait allusion au jour particulier, qui est le Shabbat, où il se délectait tout le jour dans l’étude de la Torah.
ומפני קדושת יום השבת קראו הנביא עונג שנאמר (ישעיהו נ״ח:י״ג) וקראת לשבת עונג כלומר עונג הנפש כי המשכילים ויראי ה' מתענגים בו בעסקי הנפש ונפשם השכלית תתעדן עדון שכלי וחשקה בהשגת השי"ת חשק הצמא למים, כענין שכתוב (תהילים מ״ב:ג׳) צמאה נפשי לאלהים לאל חי.
Et à cause de la sainteté du jour du Shabbat, le prophète l’appela délice (‘oneg), comme il est dit (Isaïe 58,13) « et tu appelleras le Shabbat un délice » : c’est-à-dire le délice de l’âme ; car les intelligents et les craignant l’Éternel se délectent en lui dans les affaires de l’âme, et leur âme intelligente s’en délecte d’un délice intellectuel et son désir de l’atteinte du Nom, béni soit-Il, est le désir de celui qui a soif d’eau, selon ce qui est écrit (Psaumes 42,3) « mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant ».
וע"ד המדרש כל המשמר את השבת מוחלין לו כל עוונותיו אפילו עובד ע"ג כדור אנוש מוחלין לו, שנאמר (ישעיהו נ״ו:ב׳) אשרי אנוש יעשה זאת וגו' שומר שבת מחללו, אל תקרי מחללו אלא מחול לו, מעשה בטורנוסרופוס הרשע שפגע את ר"ע בשבת ואמר לו מה היום מיומים אמר לו רבי עקיבא ומה גבר בגוברין אמר לו דמריה צבי אמר לו ר"ע שבת נמי דמריה צבי, כמו שרצה לכבדך כך רצה מלך מלכי המלכים שנכבד את השבת, אמר לו א"כ אלהיכם למה הוא עושה מלאכה בשבת אמר לו ומה מלאכה הוא עושה אמר לו כדרך שהוא עושה בחול הוא עושה בשבת משיב הרוח ומוריד הגשם מעלה עננים מזריח חמה ולבנה מדשן פירות אמר לו ר"ע יודע אני שאתה בקי בתורתן של עבריים שנים שדרין בחצר אחת זה נותן עירוב לזה וזה נותן עירוב לזה ומותרין הם לטלטל בשבת אבל יחיד הדר בחצר אחת גדולה אפילו כאנטוכיא הוא מטלטל בחצרו לפי שאין רשות אחר עמו,
Et selon le Midrash : quiconque garde le Shabbat, toutes ses fautes lui sont pardonnées, même s’il servait l’idolâtrie comme la génération d’Enosh, elles lui sont pardonnées, comme il est dit (Isaïe 56,2) « heureux l’homme (enosh) qui fait cela, etc., qui garde le Shabbat de le profaner (me-hallelo) » : ne lis pas « me-hallelo » mais « mahoul lo » (il lui est pardonné). Il arriva que Tourniousrouphos le méchant rencontra Rabbi ‘Akiva un Shabbat et lui dit : en quoi ce jour diffère-t-il des autres jours ? Rabbi ‘Akiva lui dit : et en quoi tel homme diffère-t-il des autres hommes ? Il lui dit : parce que son maître le désire. Rabbi ‘Akiva lui dit : le Shabbat aussi, son Maître le désire : de même qu’il a voulu t’honorer, de même le Roi des rois a voulu que nous honorions le Shabbat. Il lui dit : s’il en est ainsi, pourquoi votre Dieu fait-Il un travail le Shabbat ? Il lui dit : et quel travail fait-Il ? Il lui dit : de la façon dont Il agit en semaine, Il agit le Shabbat : Il fait souffler le vent, fait descendre la pluie, fait monter les nuages, fait briller le soleil et la lune, engraisse les fruits. Rabbi ‘Akiva lui dit : je sais que tu es versé dans la Torah des Hébreux : deux qui habitent dans une même cour, l’un donne l’‘erouv à l’autre, et l’autre donne l’‘erouv à l’un, et ils ont le droit de porter pendant le Shabbat ; mais un seul qui habite dans une grande cour, même comme Antioche, il porte dans sa cour parce qu’il n’y a pas d’autre autorité avec lui ;
והקב"ה השמים כסאו והארץ הדום רגליו מלא כל הארץ כבודו אין לאחר שום רשות עמו לטלטל בעולמו, ולא עוד אלא אוכלי המן מעידין עליו שכל ימי השבוע היה יורד ובשבת לא היה יורד, ולא עוד אלא נהר סמבטיון יוכיח כל ו' ימים רץ ובשבת לא רץ, אמר לו הנח המן שלא היה בימינו ומנהר סמבטיון איני מאמינך אמר לו לך אצל אוב וידעוני שכל ימי השבוע עולה בידם ובשבת אינו עולה, לך ובדוק בקבר אביך ותראה כל ו' ימים עשן עולה מקברו ובשבת אינו עולה והמתים יודעים שהוא שבת והחיים לא ישמרוהו,
et le Saint, béni soit-Il, dont les cieux sont le trône et la terre l’escabeau de Ses pieds, dont la gloire remplit toute la terre, nul autre n’a aucune autorité avec Lui pour porter dans Son monde. Et de plus : ceux qui mangent la manne témoignent pour Lui qu’elle descendait tous les jours de la semaine et ne descendait pas le Shabbat ; et de plus, le fleuve Sambatyon le prouve : six jours il court et le Shabbat il ne court pas. Il lui dit : laisse la manne qui n’était pas de nos jours, et du Sambatyon je ne te crois pas. Il lui dit : va chez un nécromant et un devin, car tous les jours de la semaine ils font remonter le mort, tandis que le Shabbat il ne remonte pas ; va et examine la tombe de ton père, et tu verras que pendant six jours de la fumée monte de sa tombe et que le Shabbat elle ne monte pas, et les morts savent que c’est Shabbat alors que les vivants ne le gardent pas.
הלך ובדק בקבר אביו וראה כי בשבת לא היה עשן עולה אמר שמא נגמר דינו אמר לו למחר תראה, באחד בשבת ראה העשן עולה חזר ועשה כשפים והעלהו מקברו אמר לו בחייך לא שמרת את השבת במיתתך אתה משמר מן אימת אתעבדת יהודאי אמר לו בני כל מי שאינו משמר את השבת אצלכם כתקנה בא לכאן ומשמרו על כרחו, אמר לו ומה מלאכה אצלכם בימות החול אמר לו כל ימות החול אנו נדונין ובשבת אנו נחין ובערב השבת בת קול מכרזת ואומרת הנח להם לרשעים וינוחו ומלאך ששמו דומה ממונה עלינו ודן אותנו כל הימים ובמוצאי השבת כשהסדרים נשלמים צועק אותו מלאך ואומר חזרו רשעים לגיהנם שכבר השלימו ישראל סדריהם,
Il alla et examina la tombe de son père et vit que le Shabbat la fumée ne montait pas ; il dit : peut-être son jugement est-il achevé. Il lui dit : demain tu verras. Le premier jour de la semaine, il vit la fumée monter ; il retourna et fit de la sorcellerie et le fit monter de sa tombe. Il lui dit : de ton vivant tu n’as pas gardé le Shabbat, à ta mort tu le gardes ? Depuis quand es-tu devenu juif ? Il lui dit : mon fils, quiconque chez vous ne garde pas le Shabbat selon la règle vient ici et le garde de force. Il lui dit : et quel travail y a-t-il chez vous en semaine ? Il lui dit : tous les jours de la semaine nous sommes jugés, et le Shabbat nous nous reposons ; et la veille du Shabbat une voix céleste proclame et dit : laissez les méchants, qu’ils se reposent ; et un ange dont le nom est Douma, préposé sur nous, nous juge tous les jours, et à la sortie du Shabbat, quand les offices sont achevés, cet ange s’écrie et dit : retournez, méchants, à la Géhenne, car Israël a déjà achevé ses offices.
ע"כ במדרש. וזהו שנהגו כל ישראל שאין ממהרין בויהי נועם ובסדר קדושה אלא מחשיכין הרבה, ואומרים אותו בנחת. ומן הטעם הזה אמרו רז"ל לאסור לשתות מים ערב שבת בין השמשות הוא שנמצא במדרש שכל השותה מים בערב שבת בין השמשות הרי זה גוזל את המתים, וכוונו בזה לקבוע בנפש אמונה שיש לרשעי ישראל מנוחה בשבת בגיהנם וכשהם יוצאין בערב שבת הם שותים ורוחצים ומצטננים במים עד שהשותה מים באותו שעה הוצרכו לומר שהוא גוזל אותן מהם ועשו את השותה גזלן ומחוסר אמונה.
Fin du Midrash. Et c’est ce que tout Israël a pris pour coutume : qu’on ne se hâte pas au « Vi-yehi no‘am » et au « Seder qedousha », mais qu’on attende longtemps qu’il fasse nuit et qu’on les dise posément. Et pour cette raison nos Sages de mémoire bénie dirent d’interdire de boire de l’eau la veille du Shabbat au crépuscule ; c’est qu’on trouve dans le Midrash : quiconque boit de l’eau la veille du Shabbat au crépuscule vole les morts ; et ils visaient par là à fixer dans l’âme la foi que les méchants d’Israël ont un repos le Shabbat dans la Géhenne, et que quand ils en sortent la veille du Shabbat ils boivent, se lavent et se rafraîchissent avec de l’eau, au point que celui qui boit de l’eau à cette heure, ils durent dire qu’il les vole, et ils firent de celui qui boit un voleur et un manquant de foi.
ומטעם זה אין אנו אומרים בערבית של שבת והוא רחום מפני ששלשה מלאכים והם משחית אף וחמה שהם ממונים על הרשעים ביסורי גיהנם אין להם רשות בשבת וכדי לקבוע בלב שהרשעים יש להם מנוחה בשבת ואין אותם ממונים שולטים עליהם בשבת ושלשתם רשומים בפסוק והוא רחום.
Et pour cette raison nous ne disons pas, au Arvit du Shabbat, « Ve-hou rahoum », à cause des trois anges, qui sont Mashhit, Af et Hema, préposés sur les méchants pour les châtiments de la Géhenne, et qui n’ont pas permission le Shabbat ; et afin de fixer dans le cœur que les méchants ont un repos le Shabbat, et que ces préposés n’ont pas pouvoir sur eux le Shabbat ; et les trois sont indiqués dans le verset « Ve-hou rahoum ».
ומדרש זה לא ידעתי היכן הוא אבל שמעתי כי נמצא לרז"ל בספר הנקרא מסכת גן עדן או פרקי גן עדן כעין פרקי היכלות ופרקי מרכבות ופרקי דרך ארץ, וכן כתוב שם בנוסח אחר כל השותה מים בשבת בין מנחה לערבית תוך שנה שמת לו מת הרי זה גוזל את מתו, ושם מפרש הטעם באותם פרקים לפי שהמתים יוצאים בשבת ושותים מים מן הנהר היוצא מעדן ולכך אין ראוי לו לגזול את מתו אבל לאחר שנה קבל את דינו כבר.
Et ce Midrash, je ne sais où il se trouve, mais j’ai entendu dire qu’il se trouve chez nos Sages de mémoire bénie dans un livre appelé « Massekhet Gan ‘Eden » ou « Pirqé Gan ‘Eden », semblable aux Pirqé Heikhalot, aux Pirqé Merkavot et aux Pirqé Derekh Erets ; et ainsi il est écrit là-bas dans une autre version : quiconque boit de l’eau le Shabbat entre Minha et Arvit, dans l’année suivant le décès de son proche, vole son mort ; et là-bas il explique la raison dans ces chapitres : parce que les morts sortent le Shabbat et boivent de l’eau du fleuve qui sort d’Eden ; et c’est pourquoi il ne convient pas qu’il vole son mort ; mais après un an il a déjà reçu son jugement.
וע"ד השכל במצות השבת, ידוע כי העולם הגופני הזה מתנהג באור ובחשך יום ולילה שלא להטריח את הבריות בעמל תמיד ועל כן נתן היום למלאכת הבריות כי בו יצא אדם לפעלו ולעבודתו עדי ערב והלילה למנוחה ושינה כי יצטרכו הבריות לנוח מטרחתם ומעצבם במלאכות ויצטרכו ג"כ לשינה שהוא ענין טבעי באדם שאין לך כל חי גופני בעולם שלא יישן אפילו היתוש כי לא יוכל להתקיים מבלעדי השינה, ואלו היה העולם מתנהג באור בלבד יהיה עמל הבריות תמידי בהמשכת זמן שאינו פוסק ולא היה העולם יכול להתקיים, כן מצות השבת שלא להטריח את הבריות בעמל תדירי בכל הימים אלא שיהיה להם יום מנוחה בשבוע שינוחו בו מן המלאכות ומטורח הגופות ומזה יהיה שביעית חייו של אדם במנוחה והשקט.
Et selon la raison (sekhel), à propos du commandement du Shabbat : il est connu que ce monde corporel est conduit par la lumière et l’obscurité, jour et nuit, afin de ne pas fatiguer les créatures par un labeur continuel ; c’est pourquoi le jour fut donné au travail des créatures, car en lui l’homme sort vers son œuvre et son service jusqu’au soir, et la nuit pour le repos et le sommeil, car les créatures ont besoin de se reposer de leur peine et de leur fatigue dans les travaux, et elles ont aussi besoin de sommeil, qui est une affaire naturelle chez l’homme, car il n’y a aucun être vivant corporel dans le monde qui ne dorme pas, même le moustique, car il ne peut subsister sans le sommeil ; et si le monde était conduit par la lumière seule, le labeur des créatures serait continuel, par une extension du temps sans arrêt, et le monde ne pourrait subsister ; ainsi le commandement du Shabbat est de ne pas fatiguer les créatures par un labeur constant tous les jours, mais qu’elles aient un jour de repos dans la semaine où elles se reposent des travaux et de la fatigue des corps ; et de là, un septième de la vie de l’homme est dans le repos et le calme.
ומה שיהיה יום ז' ולא יום חמישי או ששי מפני שהשבעה הוא הקף אמצעי מן ההקפים ומצות רבות בתורה סובבות על אופן המספר הזה, ואע"פ שהשבת מקובלת ושרשי התורה והאמונה בנויים עליה הנה זה מדרך השכל אפשר להאמר בו.
Et pourquoi est-ce le septième jour, et non le cinquième ou le sixième ? C’est parce que sept est un cycle médian parmi les cycles, et nombre de commandements dans la Torah tournent autour de ce nombre ; et bien que le Shabbat soit une tradition reçue, et que les racines de la Torah et de la foi soient bâties sur lui, voici que ceci peut être dit par la voie de la raison.
וע"ד הקבלה זכור את יום השבת דע כי השבת היא הספירה האחרונה כי כן יום השבת אחרון תשלום כל מלאכת בראשית ונקראת כנסת ישראל, ועל דרך זה רמזו רז"ל ואמרו כנסת ישראל בת זוגו של שבת ומזה קראו ליום השבת מטרונא הוא שדרשו בענין קרבן בהמה עד שתראה פני מטרונא תחלה, ונקראת השבת ברית כשם שהזכיר באות המילה (בראשית י״ז:י׳) זאת בריתי, וכן באות הקשת (שם ט) זאת אות הברית.
Et selon la voie de la Kabbale : « Souviens-toi du jour du Shabbat » — sache que le Shabbat est la dernière sefira, car ainsi le jour du Shabbat est le dernier, l’achèvement de toute l’œuvre de la création, et il est appelé Keneset Israël ; et dans ce sens firent allusion nos Sages de mémoire bénie, et dirent : « Keneset Israël est l’épouse du Shabbat » ; et de là ils appelèrent le jour du Shabbat « matrona », ce qu’ils interprétèrent à propos de l’offrande d’une bête : « jusqu’à ce qu’elle ait d’abord vu la face de la matrone » ; et le Shabbat est appelé alliance (berit), de même qu’il mentionna dans le signe de la circoncision (Genèse 17,10) « voici Mon alliance », et de même dans le signe de l’arc (Genèse 9,12) « voici le signe de l’alliance ».
ומה שהזכיר הכתוב בכאן זכור הכונה על השבת הגדול הוא מדת יסוד שמשם נמשכים רמ"ח מצות רמז בו זכו"ר י"ה והוא יום השבת, וכשהזכיר במשנה תורה שמור על הכונה בשבת הנקראת מקדש והוא הכבוד שמשם נמשכים שס"ה מצות לא תעשה שהנשים חייבות בכולם וזהו סוד (ויקרא כ״ו:ב׳) את שבתותי תשמרו ומקדשי תיראו ומזה תמצא בירמיה (ירמיהו י״ז:כ״ד) לבלתי עשות בו כל מלאכה בה כתיב בו קרי, ומה שאמר ויום השביעי שבת לה' אלהיך באורו כי השבת ביום השביעי כי יום הז' הוא יסוד עולם שהיא הספירה השביעית והשבת בו כי הכל בכל וכן מצינו בפרשת כי תשא (שמות ל״א:ט״ו) וביום השביעי שבת שבתון קודש לה', וכתוב אחר כן לעשות את יום השבת ברית עולם, קרא ליום הז' שהוא יסוד עולם שבת שבתון קדש לה', וקרא אל השבת המקבלת ממנו ברית.
Et ce que l’Écriture mentionna ici « zakhor » (souviens-toi), l’intention porte sur le grand Shabbat, qui est l’attribut de Yesod, d’où se tirent deux cent quarante-huit commandements positifs, allusion à cela : « zakhor » + « Yah », qui est le jour du Shabbat ; et quand il mentionna dans Mishné Torah « shamor » (garde), l’intention est sur le Shabbat appelé « Miqdash », qui est la Gloire (Kavod), d’où se tirent trois cent soixante-cinq commandements négatifs, que les femmes sont tenues d’observer tous ; et c’est le secret de (Lévitique 26,2) « vous garderez Mes shabbats et Mon sanctuaire vous craindrez » ; et de là tu trouves dans Jérémie (Jérémie 17,24) « de ne faire en lui aucun travail » : « en elle » (bah) est écrit, « en lui » (bo) est lu (qeri) ; et ce qu’il dit « et le septième jour est le Shabbat pour l’Éternel ton Dieu », son explication : que le Shabbat est dans le septième jour, car le septième jour est le fondement du monde, qui est la septième sefira, et le Shabbat est en lui, car tout est dans tout ; et ainsi nous trouvons dans la section Ki Tissa (Exode 31,15) « et le septième jour est un Shabbat de repos solennel, saint pour l’Éternel », et il est écrit ensuite « pour faire du jour du Shabbat une alliance perpétuelle » : il appela le septième jour, qui est le fondement du monde, « Shabbat de repos solennel, saint pour l’Éternel », et il appela « alliance » le Shabbat qui reçoit de lui.
ואחר שתבין כל זה אין לך לתמוה מדוע קראו חכמים ז"ל לקדוש היום קדושא רבא משא"כ בלילה כי היום כנגד זכור והלילה כנגד שמור וזה מבואר. ועל הכונה הזאת הוצרך הנביא לקרוא אל השבת עונג כענין שכתוב (ישעיהו נ״ח:י״ג) וקראת לשבת עונג, כי הוא תענוג הנפשות, ועז"א דוד המלך ע"ה (תהילים מ״ב:ג׳) צמאה נפשי לאלהים לאל חי כי כל דבר צמא לשרשו שהוא עתיד לשוב אליו והוא הנהר המשקה את הגן הוא יסוד השבת ועקרו, וזהו מלת ענ"ג עדן נהר גן, ממה שכתוב (בראשית ב׳:י׳) ונהר יוצא מעדן להשקות את הגן, ולכך נקראת השבת עונג כי היא תענוג העליונים והתחתונים.
Et après que tu as compris tout cela, tu n’as pas à t’étonner de ce que les Sages de mémoire bénie appelèrent le Qiddoush du jour « Qiddousha Rabba » (grand Qiddoush), à la différence de la nuit : car le jour correspond à « zakhor » et la nuit à « shamor », et c’est évident. Et pour cette intention le prophète dut appeler le Shabbat « délice » (‘oneg), comme il est écrit (Isaïe 58,13) « et tu appelleras le Shabbat un délice », car c’est le délice des âmes ; et c’est ce que David le roi, paix sur lui, dit (Psaumes 42,3) « mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant » : car toute chose a soif de sa racine, vers laquelle elle est destinée à retourner, et c’est le fleuve qui irrigue le jardin, qui est le fondement du Shabbat et sa racine ; et c’est le mot « ‘ONG » : ‘Eden, Nahar, Gan, de ce qui est écrit (Genèse 2,10) « et un fleuve sortait d’Éden pour irriguer le jardin » ; et c’est pourquoi le Shabbat est appelé « délice », car c’est le délice des êtres supérieurs et inférieurs.
ששת ימים תעבוד ועשית כל מלאכתך. יאמר כל הששת ימים אפשר לך שתעבוד את השם יתברך עם עשיית כל מלאכתך, כענין האבות שהיו עובדים את הש"י עם עבודת המקנה ושאר ענינים הגופניים, אבל יום השביעי שבת כלו יהיה לה' אלהיך לא תעשה בו מלאכה כלל, זה שמעתי בשם הרמב"ם ז"ל.
« Six jours tu travailleras et tu feras toute ton œuvre » (Exode 20,9). Il dira : tous les six jours il t’est possible de servir le Nom, béni soit-Il, en même temps que tu accomplis toute ton œuvre, à la manière des patriarches, qui servaient le Nom, béni soit-Il, avec le service du bétail et d’autres affaires corporelles ; mais le septième jour, Shabbat, entièrement sera pour l’Éternel ton Dieu : tu n’y feras aucun travail. J’ai entendu cela au nom du Rambam, de mémoire bénie.
כי ששת ימים עשה ה'. ע"ד הפשט שעורו בששת וכמוהו (בראשית י״ד:ד׳) ושלש עשרה שנה מרדו.
« Car en six jours l’Éternel a fait » (Exode 20,11). Selon le sens simple (peshat) : il faut comprendre « en six [jours] » (be-sheshet), comme (Genèse 14,4) « et la treizième année ils se révoltèrent », où la préposition « en » est également sous-entendue.
וע"ד השכל הששת ימים עשה ה' ובכלל החדוש הם וזה יורה כי הזמן נברא ואלו אמר בששת ימים היה מורה כי הזמן היה קדמון.
Et selon la raison (sekhel) : « six jours l’Éternel a fait », et ces jours sont eux-mêmes compris dans la création, et cela indique que le temps a été créé ; car s’il avait dit « en six jours », cela indiquerait que le temps était éternel.
וע"ד הקבלה כי ששת ימים הוא זמן עמידת העולם בישובו והמשכת השמים והארץ העליונים מלמעלה והשפעתם אל השמים והארץ למטה, וזה מבואר.
Et selon la voie de la Kabbale : « six jours » est le temps de la subsistance du monde dans son établissement, et de la continuation des cieux et de la terre supérieurs d’en haut et de leur influx vers les cieux et la terre d’en bas ; et cela est évident.
כבד את אביך ואת אמך. הזהירו עד עתה בכבוד האב הראשון העליון יתברך ועתה רצה לחתום הלוח בכבוד האב האחרון התחתון ואמר כשם שצויתיך בכבודי כן אני מצוך היום בכבוד אביך ואמך שהם שותפין עמי ביצירתך.
« Honore ton père et ta mère » (Exode 20,12). Il les avertit jusqu’à présent sur l’honneur du premier Père, le Père d’en haut, béni soit-Il ; et maintenant Il voulut sceller la tablette par l’honneur du dernier père, celui d’en bas, et dit : de même que Je t’ai ordonné pour Mon honneur, ainsi Je t’ordonne aujourd’hui pour l’honneur de ton père et de ta mère, qui sont Mes associés dans ta formation.
וסתם הכתוב ולא פירש הכבוד הזה כי יש ללמוד אותו מכבוד האב הראשון יתעלה, וכשם שהזכיר באב הראשון יתברך שיודה בו ובמציאותו שהוא אלהיו כן יתחייב שיודה במולידיו שהם אביו ואמו, וכשם שהזכיר לא יהיה לך שלא יכפור בו כן יתחייב שלא יכפור באביו לומר על אדם אחר שהוא אביו, ויתחייב עוד שלא ישבע בשם אביו וחיי אביו לשקר ולשוא, ושלא יעבוד אותו מפני ירושת ממון או ירושת כבוד ומעלה, ועוד יש בכלל הכבוד דברים שנצטוינו בהם והחכמים פירשו אותם והם מאכילו ומשקהו ומלבישו ומכסהו מכניסו ומוציאו, וידוע כי לשון כבוד נופל על הממון כלשון (משלי ג) כבד את ה' מהונך, והכבוד שיכבד אדם להקב"ה בממונו הוא שיתן צדקה לעניים ושיפריש תרומה ומעשרות ולקט שכחה ופאה, וכן באביו הוא חייב בכך שיתן לו מממונו לכל הדברים הנזכרים שהוא חייב בהם באביו, בכלם הוא חייב שיתן אם אין לו לאביו.
Et l’Écriture est restée laconique et n’a pas explicité cet honneur, car on peut l’apprendre de l’honneur du premier Père, élevé soit-Il ; et de même qu’Il mentionna, à propos du premier Père, béni soit-Il, qu’on Le reconnaisse et reconnaisse Son existence, qu’Il est son Dieu, ainsi est-il tenu de reconnaître ceux qui l’ont engendré, qui sont son père et sa mère ; et de même qu’Il a mentionné « tu n’auras pas », afin qu’on ne Le renie pas, ainsi est-il tenu de ne pas renier son père en disant d’un autre homme qu’il est son père ; et il est tenu encore de ne pas jurer au nom de son père, et par la vie de son père, faussement et en vain, et de ne pas le servir à cause de l’héritage d’argent ou de l’héritage d’honneur et de rang ; et il y a encore dans l’honneur des choses qui nous ont été prescrites et que les Sages ont expliquées : qu’il le nourrisse, le fasse boire, l’habille, le couvre, le fasse entrer et sortir ; et il est connu que l’expression « kavod » (honneur) s’applique à l’argent, selon l’expression (Proverbes 3,9) « honore l’Éternel de ta fortune » ; et l’honneur dont l’homme honore le Saint, béni soit-Il, par son argent consiste à donner la tsedaqa aux pauvres, à prélever la terouma et les dîmes, et le lèquet, l’oubli et le coin du champ ; et de même pour son père, il est tenu de donner de son argent pour toutes les choses mentionnées dont il est tenu envers son père ; pour toutes il est tenu de donner si son père n’a pas de ressources.
ומה שקבע הכתוב שכר הכבוד אריכות ימים, הגאון רב סעדיה ז"ל נתן טעם בזה כי מפני שלפעמים עתידים שיחיו האבות עם הבנים זמן ארוך והאבות הם למשא כבד על הבנים והכבוד יכבד עליהם, לכך קבע עליהם שכר המצוה הזאת למען יאריכון ימיך כלומר עליך לכבדם ותחיה עמהם ואם אולי תצטער על חייהם דע שעל חייך אתה מצטער, ע"כ.
Et ce que l’Écriture fixa comme récompense de l’honneur, la longueur des jours : le Gaon Rav Se‘adya, de mémoire bénie, en donna la raison : parce que parfois les pères vivront avec leurs fils pendant longtemps, et les pères sont un lourd fardeau pour leurs fils, et l’honneur leur pèse ; c’est pourquoi Il fixa sur eux la récompense de ce commandement : « afin que tes jours se prolongent », c’est-à-dire : il t’incombe de les honorer et tu vivras avec eux, et si peut-être tu souffres de leur vie, sache que c’est de ta propre vie que tu souffres. Fin.
הרי לך חמשה דברות הראשונות אלו שהיו בלוח א' וקשורים זו בזו, כך צוה בדבור הראשון להאמין באלהותו ובמציאותו בו לבדו, וכדי שלא יאמר אדם שיאמין בו בשותפות ע"כ הוצרך מיד לאסור השותפות ואמר לא יהיה לך אלהים אחרים, וכדי שלא יאמר אדם כיון שאסור השותפות א"כ ישא את שמו לבטלה, לכך הזהיר על כבוד שמו ואמר לא תשא, ואחר שהזהיר על כבוד שמו הזהיר על כבוד השבת ואמר זכור את יום השבת כי זכרון השבת הוא כבודו, ואחר שהזהיר על כבוד השבת הזהיר על כבוד המולידים ואמר כבד את אביך ואת אמך. הנה בארתי לך חמשה דברות ראשונות שהיו בלוח הראשון והודעתיך באורם וקשורם זו בזו.
Voici donc les cinq premières paroles, celles qui étaient sur la première tablette et qui sont liées l’une à l’autre : ainsi, Il a ordonné dans la première parole de croire à Sa divinité et à Son existence en Lui seul ; et afin qu’un homme ne dise pas qu’il croira en Lui en association, il fallut aussitôt interdire l’association et Il dit « tu n’auras pas d’autres dieux » ; et afin qu’un homme ne dise pas : puisque l’association est interdite, il portera donc Son nom en vain, c’est pourquoi Il avertit sur l’honneur de Son nom et dit « lo tissa » ; et après avoir averti sur l’honneur de Son nom, Il avertit sur l’honneur du Shabbat et dit « souviens-toi du jour du Shabbat », car le souvenir du Shabbat est Son honneur ; et après avoir averti sur l’honneur du Shabbat, Il avertit sur l’honneur de ceux qui engendrent et dit « honore ton père et ta mère ». Voici que je t’ai expliqué les cinq premières paroles qui étaient sur la première tablette, et je t’ai fait connaître leur explication et leur lien l’une avec l’autre.
לא תרצח. חמשה דברות אלו שהם ה' לאוין היו בלוח השני, ועתה אבאר לך סדורם ובאורם וקשורם ג"כ זה בזה. אחר שהזהיר למעלה על ע"ג בלאו הזכיר כאן לא תרצח לא תנאף כי כן סדורם בעונש שלהם, וכן יזכירם רז"ל תמיד ע"ג ושפיכות דמים וגלוי עריות. וכשאמר לא תגנוב בגנבת נפש הכתוב מדבר דבר שיש בו חיוב מיתת ב"ד דומיא דרציחה ונאוף, והזהיר אחר הרציחה והנאוף הגנבה ועדות שקר והגזל שהוא בכלל החמדה וסדר הלאוין האלה ראשון ראשון חמור יותר וע"כ נסדרו על הסדר הזה הנכון.
« Tu ne tueras pas (lo tirtsah) » (Exode 20,13). Ces cinq paroles, qui sont cinq interdits, étaient sur la seconde tablette, et maintenant je t’expliquerai leur ordre, leur explication et leur lien l’une avec l’autre. Après qu’Il a averti plus haut sur l’idolâtrie par un interdit, Il mentionne ici « tu ne tueras pas », « tu ne commettras pas d’adultère », car ainsi est leur ordre dans leur châtiment ; et de même nos Sages de mémoire bénie les mentionnent toujours : idolâtrie, effusion de sang, dévoilement des turpitudes. Et quand Il dit « tu ne voleras pas », il s’agit du vol d’une personne : l’Écriture parle d’une chose qui comporte l’obligation de mort par le tribunal, semblable au meurtre et à l’adultère ; et après le meurtre et l’adultère, Il avertit sur le vol, le faux témoignage et le larcin, qui fait partie de la convoitise ; et l’ordre de ces interdits est : le premier est plus grave ; et c’est pourquoi ils furent ordonnés selon cet ordre juste.
לא תענה ברעך. לא אמר באחיך כמשפט הכתובים (דברים כ״ג:כ׳) לא תשיך לאחיך, (שם כב) לכל אבדת אחיך, וכיוצא בזה, כי שם אנו דורשים אחיך ולא עכו"ם וכאן הזהיר אפילו על העכו"ם כי כן מצינו (שמות י״א:ב׳) וישאלו איש מאת רעהו והוא נאמר על המצריים, ועוד שאלו אמר באחיך היה נראה שהעדות כשרה בקרובים כי לא יזהירנו אלא מעדות שקר אבל עדות של אמת כשר ואין הדבר כן כי כל עדות פסולה בקרובים הן שיהיה שקר הן שיהיה אמת הן יהיה לתועלתו או להפסדו.
« Tu ne témoigneras pas contre ton prochain (be-re‘akha) » (Exode 20,13). Il n’a pas dit « contre ton frère », selon l’usage des Écritures (Deutéronome 23,20) « tu ne prêteras pas à intérêt à ton frère » et (Deutéronome 22,3) « pour toute chose perdue de ton frère », et semblables, car là nous interprétons « ton frère » et non l’idolâtre ; et ici Il a averti même à propos de l’idolâtre, car nous trouvons ainsi (Exode 11,2) « et ils demanderont, chacun à son prochain (me-et re‘ehou) », ce qui est dit des Égyptiens ; et aussi, s’Il avait dit « contre ton frère », il aurait semblé que le témoignage est valide chez les proches, car il ne nous avertirait que sur le faux témoignage, mais le témoignage de vérité serait valide ; et il n’en est pas ainsi, car tout témoignage est invalide chez les proches, qu’il soit faux ou vrai, qu’il soit pour son profit ou pour sa perte.
והיה הכתוב ראוי לומר לא תענה ברעך עדות שקר, ואלו אמר כן לא היתה האזהרה כי אם למעיד עצמו שלא יעיד הוא עצמו עדות שקר, אבל כשאמר עד שקר יתבאר מזה שהוא אזהרה שלא יהיה נסכם להזמין עד שקר, וזהו לשון לא תענה לא תסייע ולא תזמין ברעך עד שקר שיעיד עליו.
Et l’Écriture aurait dû dire : « Tu ne témoigneras pas contre ton prochain un faux témoignage » ; et s’Il avait dit ainsi, l’avertissement n’aurait concerné que celui qui témoigne lui-même, pour qu’il ne témoigne pas lui-même d’un faux témoignage ; mais quand Il dit « un témoin de mensonge (ed shaqer) », il apparaît par là que c’est un avertissement à ne pas consentir à convoquer un faux témoin ; et c’est le sens de « lo ta‘aneh » : tu n’aideras pas et tu ne convoqueras pas contre ton prochain un faux témoin qui témoignera contre lui.
לא תחמוד. ידוע כי החמדה תלויה בלב ועקר המצוה שיתיאש האדם מכל מה שיש לחברו קרקע ומטלטלין ויפנה לבו מן המחשבה הזאת שלא יחשוב בהם ולא יחמדם כי מתוך החמדה יבא אדם לידי רציחה, שכן מצינו בעכן (יהושע ז׳:כ״א) ואראה בשלל אדרת שנער אחת טובה וגו' ואחמדם ואקחם, והחמדה הזאת הביאתו לידי סקילה, וכן מצינו בענין אחאב שחמד כרם נבות היזרעאלי והיא הסיבה שהביאתו לידי מיתה.
« Tu ne convoiteras pas » (Exode 20,14). Il est connu que la convoitise dépend du cœur, et l’essentiel du commandement est que l’homme renonce à s’approprier tout ce que possède son prochain, terre et biens meubles, et détourne son cœur de cette pensée, qu’il ne pense pas à eux et ne les convoite pas ; car de la convoitise l’homme vient au meurtre, comme nous trouvons à propos d’Akhan (Josué 7,21) « et j’ai vu dans le butin un beau manteau de Shin‘ar, etc., et je les ai convoités et les ai pris » ; et cette convoitise l’amena à la lapidation ; et de même nous trouvons à propos d’Ahav, qui convoita la vigne de Navot le Yizreélite, et c’est la cause qui l’amena à la mort.
ואמרו במדרש כל מי שהוא חומד מה שאינו ראוי לו מה שחומד אין נותנים לו ומה שבידו נוטלים ממנו שכן מצינו בנחש הקדמוני נתן עיניו בחוה וחמדה ולא היתה ראויה לו, מה שבקש לא נתן לו ומה שבידו נטלו ממנו, שהרי נתקלל על זאת על גחונך תלך, ע"כ במדרש.
Et ils dirent dans le Midrash : quiconque convoite ce qui ne lui convient pas, ce qu’il convoite on ne le lui donne pas, et ce qu’il a en main on le lui prend. Car nous trouvons à propos du serpent primordial qu’il posa les yeux sur Hava et la convoita, alors qu’elle ne lui convenait pas : ce qu’il demandait ne lui fut pas donné, et ce qu’il avait en main lui fut pris, puisqu’il fut maudit pour cela : « sur ton ventre tu marcheras » (Genèse 3,14). Fin du Midrash.
ולולא שהגזל בכלל החמדה ומצד החמדה היה ראוי להכתב בי' הדברות בכלל הלאוין לאו של לא תגזול כי היא עברה חמורה עד מאד ורוב העולם נכשלים בה ועוד שהיא מצוה מושכלת כרציחה והנאוף והגנבה ועדות שקר אבל מפני שהחמדה כוללת אותו שאין אדם גוזל עד שיחמוד וכענין שכתוב (מיכה ב׳:ב׳) וחמדו שדות וגזלו לכך לא הוצרך להזכירו וכלל אותו בלאו של לא תחמוד, ועוד כי רצה לאסור אפילו החמדה שהיא תאות הלב בכל עת ובכל שעה אע"פ שאינו בא לידי מעשה כדי שילמד אדם ק"ו לאסור הגזלה שהוא המעשה.
Si le vol avec dépossession n’était pas compris dans la convoitise et n’en découlait pas, l’interdit « tu ne déroberas pas (lo tigzol) » aurait dû figurer parmi les interdits des Dix Paroles, car c’est une faute très grave, et la plupart du monde y trébuche, et de plus c’est un commandement rationnel comme le meurtre, l’adultère, le vol de personne et le faux témoignage ; mais parce que la convoitise le comprend, puisque l’homme ne vole pas avant d’avoir convoité, et comme il est écrit (Michée 2,2) « et ils convoitent des champs et les volent », il n’était pas nécessaire de le mentionner, et Il le comprit dans l’interdit de « tu ne convoiteras pas » ; et de plus Il voulut interdire même la convoitise, qui est le désir du cœur, à tout moment et à toute heure, même si elle n’aboutit pas à l’acte, afin que l’homme apprenne par un raisonnement a fortiori à interdire le vol, qui est l’acte.
ואמנם מצינו חמדה שהיא מותרת והיא חמדת התורה והמצות וכמו שאמרו רז"ל קנאת סופרים תרבה חכמה, והחמדה והקנאה הזאת היא מותרת ויש לאדם שכר עליה. ובכלל החמדה המותרת הוא מי שחומד בת חברו לבנו דרך נשואין, שהרי שנינו (שמות כ׳:י״ד) לא תחמוד בית רעך, כלל (דברים ה׳:י״ח) שדהו ועבדו ואמתו שורו וחמורו פרט מה הפרט דבר שאי אפשר לו לבא ברשותך אלא ברצון ורשות בעליו אף הכלל כן יצא בתו לבנך או בנו לבתך שהוא יכול לבא ברשותך שלא ברשות אביהם.
Et en vérité nous trouvons une convoitise permise : c’est la convoitise de la Torah et des commandements, et comme l’ont dit nos Sages de mémoire bénie : « la jalousie des scribes augmente la sagesse » ; et cette convoitise et cette jalousie sont permises, et l’homme en a une récompense. Et dans la convoitise permise est comprise celle de celui qui convoite la fille de son prochain pour son fils par voie de mariage, car nous avons enseigné (Exode 20,14) « tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain » ; général (Deutéronome 5,18) « son champ, son serviteur, sa servante, son bœuf et son âne » ; particulier : de même que le particulier est une chose qui ne peut venir en ton pouvoir que de bon gré et avec la permission de son maître, de même le général : en sont exclues sa fille pour ton fils ou son fils pour ta fille, qui peut venir en ton pouvoir sans la permission de leur père.
הנה בארתי לך ה' דברות שניות שבלוח השני סדורם ובאורם, וקשורם זו בזו הוא כן כי התחיל לא תרצח והזהיר שלא להמעיט את הבריות אע"פ שהם רבים, וכדי שלא יאמר אדם מאחר שהוא מוזהר שלא להמעיטם יוכל להרבותם באיסור ודרך זנות לפיכך הזהיר מיד לא תנאף, וכדי שלא יאמר כיון שהזהיר שלא להמעיטם ושלא להרבותם באיסור א"כ יכול הוא לגנוב בני אדם שאין זה מחסרן ולא ממעיטן אלא שהוא מוליכן למקום אחר למכור ואין זה בא כנגד גופם אלא כנגד ממונם לכך אמר לא תגנוב, וכדי שלא יאמר גנבת נפשות אף ע"פ שאינו ממעיטם אסור מפני שזה מזיקו במעשה אבל להזיקו בדבור מותר לכך אמר לא תענה, וכיון שאסר הדבור אולי יחשוב כי המחשבה הרעה מותרת שיחמוד בלבו ממונו וכל אשר לו לכך נאמר לא תחמוד ובא לאסור אף ההרהור.
Voici que je t’ai expliqué l’ordre et l’explication des cinq secondes paroles qui sont sur la seconde tablette, et leur lien l’une avec l’autre est ainsi : Il commença par « tu ne tueras pas » et avertit de ne pas diminuer les créatures, même si elles sont nombreuses ; et afin qu’un homme ne dise pas : puisqu’il est averti de ne pas les diminuer, il peut les multiplier par l’interdit et la voie de la fornication, c’est pourquoi Il avertit aussitôt « tu ne commettras pas d’adultère » ; et afin qu’un homme ne dise pas : puisqu’Il a averti de ne pas les diminuer ni de les multiplier par l’interdit, il peut donc voler des hommes, ce qui ne les diminue ni ne les réduit, mais les emmène ailleurs pour les vendre, et cela ne vient pas contre leur corps mais contre leur argent, c’est pourquoi Il dit « tu ne voleras pas » ; et afin qu’un homme ne dise pas : le vol de personnes, bien qu’il ne les diminue pas, est interdit parce qu’il lui fait du tort par un acte, mais lui faire du tort par la parole est permis, c’est pourquoi Il dit « lo ta‘aneh » ; et puisqu’Il a interdit la parole, peut-être pensera-t-il que la mauvaise pensée est permise, qu’il convoite dans son cœur son argent et tout ce qui est à lui, c’est pourquoi il est dit « tu ne convoiteras pas » ; et il vient interdire même la pensée.
ומה שהיו הדברות עשרה ע"ד הפשט לפי שהוא חשבון שלם הכולל את הכל והוא תכלית כל המספר שאין לך מספר בעולם שלא יהיה נכלל ביו"ד. וע"ד המדרש היו הדברות עשרה מפני שקודם לכן נצטוו הדורות בז' מצות ואחרי כן עלו לתשעה ועתה רצה הקב"ה לזכות את ישראל והרבה להם מצות כנגד כלן ונתן להם את הכל, שכן אמרו במדרש משל למה"ד למלך שהיה לו מרתף גדול ובתוכו חביות הרבה של יין טוב בא אוהבו של מלך נתן לו חבית אחת בא השני נתן לו שתים לזמן בא השלישי נתן לו שלשה בא הרביעי נתן לו ארבעה לזמן בא בנו של מלך נתן לו כל המרתף, כך כשנברא אדם הראשון נצטוה על ו' מצות כדי שיתקיים העולם בו' קצוות, בא נח ונצטוה על השביעית זו אבר מן החי, אברהם על השמינית זו המילה, יעקב על התשיעית זו גיד הנשה, כשבאו ישראל נתן להם י' הדברות שהן כוללות תרי"ג מצות, ועל זה אמר הכתוב בקרבנות י"ב נשיאים (במדבר ז) כף אחת עשרה זהב מלאה קטר"ת מלאה תרי"ג כי הקו"ף מתחלפת בדל"ת, והמדרש הזה מבאר לנו כי תרי"ג אותית שבעשרת הדברות תרי"ג מצות נכללות בהן.
Et ce que les paroles étaient dix, selon le sens simple (peshat) : parce que c’est un compte complet qui comprend tout, et c’est le terme de tout nombre, car il n’existe pas de nombre au monde qui ne soit compris dans le dix (yod). Et selon le Midrash, les paroles étaient dix parce qu’avant cela les générations avaient été ordonnées de sept commandements, puis elles montèrent à neuf, et maintenant le Saint, béni soit-Il, voulut donner du mérite à Israël et leur multiplia les commandements, correspondant à tous, et leur donna le tout ; car ils dirent dans le Midrash : parabole : à quoi cela ressemble-t-il ? À un roi qui avait une grande cave, et à l’intérieur de nombreux tonneaux de bon vin ; vint l’ami du roi, il lui donna un tonneau ; vint le second, il lui en donna deux ; au bout d’un temps vint le troisième, il lui en donna trois ; vint le quatrième, il lui en donna quatre ; au bout d’un temps vint le fils du roi, il lui donna toute la cave. Ainsi, quand Adam le premier fut créé, il fut ordonné de six commandements, afin que le monde subsiste par les six extrémités ; Noé vint et fut ordonné du septième, celui du membre d’un animal vivant ; Avraham du huitième, la circoncision ; Yaakov du neuvième, le nerf sciatique ; quand Israël vint, il leur donna les Dix Paroles, qui comprennent les six cent treize commandements ; et à ce sujet l’Écriture dit à propos des sacrifices des douze princes (Nombres 7,14) « une cuiller (kaf) de dix [shekels] d’or, pleine d’encens (qetoret) » — pleine de six cent treize, car le qof s’échange avec le dalet ; et ce Midrash nous explique que dans les six cent treize lettres des Dix Paroles sont compris les six cent treize commandements.
וע"ד השכל היו הדברות עשרה כנגד עשרה גלגלים, דבור ראשון אנכי כנגד גלגל השכל (והתעורר לזה), לא יהיה לך אלהים אחרים כנגד גלגל המקיף והזכיר בו אלהים אחרים כי רבים חשבו בו שהוא הבורא בעבור שאינו גוף, לא תשא כנגד גלגל חמה זכור כנגד גלגל לבנה, כבד כנגד גלגל צדק, לא תרצח כנגד גלגל מאדים, לא תנאף כנגד גלגל שבתאי, לא תגנב כנגד גלגל נוגה, לא תענה כנגד גלגל המזלות, לא תחמוד כנגד גלגל כוכב, ויש התעוררות גדולה בכוון כל דבור ודבור כנגד כל גלגל וגלגל ואם תכוין בהם תמצא הענין מורה על נפלאות הש"י וחכמת יצירותיו.
Et selon la raison (sekhel), les paroles étaient dix, correspondant aux dix sphères : la première parole « Anokhi » correspond à la sphère de l’intellect (sois attentif à cela) ; « lo yihyeh lekha elohim aherim » correspond à la sphère englobante, et il y mentionna « autres dieux » parce que beaucoup pensèrent qu’elle est le Créateur, parce qu’elle n’est pas un corps ; « lo tissa » correspond à la sphère du soleil ; « zakhor » à la sphère de la lune ; « kabbed » à la sphère de Tsedeq (Jupiter) ; « lo tirtsah » à la sphère de Ma‘adim (Mars) ; « lo tin’af » à la sphère de Shabtai (Saturne) ; « lo tignov » à la sphère de Noga (Vénus) ; « lo ta‘aneh » à la sphère des constellations ; « lo tahmod » à la sphère de Kokhav (Mercure) ; et il y a un grand éveil dans l’intention de chaque parole correspondant à chaque sphère ; et si tu fais attention à elles, tu trouveras que la chose indique les merveilles du Nom, béni soit-Il, et la sagesse de Ses créations.
ועוד ענין אחר כי היו י' כנגד י' אברים שרשיים שיש באדם שהוא עקר חיותו ושרש בנינו, שכן מצינו בנין האדם כבנין התורה, יש בתורה רמ"ח מצות עשה שס"ה מצות לא תעשה וי' הדברות וכן בבנין האדם רמ"ח אברים שס"ה גידים וי' אברים שרשיים, ואם תסתכל בהם תמצאם מכוונים כנגד י' הדברות כל דבור ודבור מכוון כנגד כל אבר ואבר ממונה עליו והוא מסור אליו, ואלו הן הלב, והאוזן, והפה, והמוח, והידים, והכבד, וברית מילה, והרגלים, העינים, והכליות, ואם תתעורר בהם בכוונם תמצאם.
Et une autre chose : les paroles étaient dix, correspondant aux dix organes essentiels qui sont dans l’homme, qui sont l’essentiel de sa vitalité et la racine de sa construction ; car nous trouvons la construction de l’homme comme la construction de la Torah : il y a dans la Torah deux cent quarante-huit commandements positifs, trois cent soixante-cinq commandements négatifs et les Dix Paroles ; et de même dans la construction de l’homme, deux cent quarante-huit membres, trois cent soixante-cinq nerfs et dix organes essentiels ; et si tu les regardes, tu les trouveras en correspondance avec les Dix Paroles, chaque parole correspondant à un organe, le gouvernant et lui étant confiée ; et ce sont : le cœur, l’oreille, la bouche, le cerveau, les mains, le foie, l’alliance de la circoncision, les pieds, les yeux, les reins ; et si tu t’éveilles à elles par leur intention, tu les trouveras.
וע"ד הקבלה היו י' הדברות כנגד י' ספירות ותמצא בהם תרי"ג אותיות כנגד תרי"ג מצות הנאצלות והנמשכות מהן, וז' אותיות הנוספות בהם על תרי"ג להורות כי תרי"ג האותיות ותרי"ג המצות נתנו מתוך הז' הידועים שהזכרתי למעלה ושבע האותיות עם תרי"ג ישלימו לכת"ר אותיות כי כן השבע הנאצלים מן הכתר.
Et selon la voie de la Kabbale, les Dix Paroles correspondaient aux dix sefirot, et tu trouveras en elles six cent treize lettres correspondant aux six cent treize commandements émanés et tirés d’elles ; et les sept lettres qui s’ajoutent à celles-ci au-delà de six cent treize indiquent que les six cent treize lettres et les six cent treize commandements ont été donnés du milieu des sept connus dont j’ai fait mention plus haut ; et les sept lettres avec les six cent treize complètent « Keter » en lettres (620) ; car ainsi les sept sont émanés de la Couronne (Keter).
ויען אשכילך ואורך בדרך הזה אסדרם בכאן איזה דבור כנגד איזו ספירה, דבור ראשון אנכי כנגד הכתר, לא יהיה לך כנגד חכמה, לא תשא כנגד תפארת, זכור כנגד עטרה והיא כנסת ישראל, כבד כנגד חסד, לא תרצח כנגד פחד, לא תנאף כנגד יסוד, לא תגנוב כנגד נצח, לא תענה כנגד תשובה, לא תחמוד כנגד הוד. ויש לך לקנות לב ולהתבונן בכוונה אע"פ שאין הספירות כסדרן כמו הדברות.
Et puisque je t’instruis et t’enseigne par cette voie, je les ordonnerai ici : quelle parole correspond à quelle sefira. La première parole « Anokhi » correspond à Keter ; « lo yihyeh lekha » à Hokhma ; « lo tissa » à Tiferet ; « zakhor » à ‘Atara, qui est Keneset Israël ; « kabbed » à Hessed ; « lo tirtsah » à Pahad ; « lo tin’af » à Yesod ; « lo tignov » à Netsah ; « lo ta‘aneh » à Teshouva ; « lo tahmod » à Hod. Et il t’incombe d’acquérir un cœur et de méditer avec intention, bien que les sefirot ne soient pas dans leur ordre comme les paroles.
וצריך אתה לדעת כי מה שהוקבע דבור אנכי ראשון מפני שהוא מצות היחוד להאמין בנמצא הראשון שהוא ראשון לכל הראשונים. והוקבע לא יהיה לך בדבור שני כי אע"פ שהמלאכים נמצאים ראשונים בבריאה הנה הם במעלת השניות אצל מציאות השי"ת, וע"כ נבראו ביום שני ומזה נקראים שנאנים.
Et tu dois savoir que si la parole « Anokhi » a été fixée première, c’est parce qu’elle est le commandement de l’unicité, de croire à l’Existant premier, qui est premier de tous les premiers. Et « lo yihyeh lekha » a été fixé à la deuxième parole, car bien que les anges soient existants en premier dans la création, voici qu’ils sont au rang de la deuxième place auprès de l’existence du Nom, béni soit-Il ; et c’est pourquoi ils furent créés le deuxième jour, et de là ils sont appelés « shin’anim ».
והוקבע דבור לא תשא בג' כי הנושא שמו לשוא הוא מחריב העולם הנשען על ג' דברים על התורה ועל העבודה ועל גמילות חסדים, והוא נענש בג' השחתות שהוא מכלה את עצמו ואת עציו ואת אבניו, וחזר והזכיר אשר ישא את שמו לשוא כדי לרמוז על גודל העברה מפני שהנכשל בה הוא מקיל בכבוד הש"י ופורק מעליו עול הכבוד והמורא והוא שאמר הנביא (מלאכי א׳:ו׳) ואם אב אני איה כבודי ואם אדונים אני איה מוראי.
Et la parole « lo tissa » a été fixée à la troisième, car celui qui prononce Son Nom en vain détruit le monde, qui s’appuie sur trois choses : sur la Torah, sur le service et sur les actes de bonté ; et il est puni par trois destructions : il consume lui-même, ses bois et ses pierres ; et il revint et mentionna « asher yissa et shemo la-shav » pour faire allusion à la gravité de la faute, car celui qui y trébuche prend à la légère l’honneur du Nom, béni soit-Il, et rejette de sur lui le joug de l’honneur et de la crainte, et c’est ce que dit le prophète (Malachie 1,6) « et si Je suis père, où est Mon honneur ? et si Je suis maître, où est Ma crainte ? ».
זכור ברביעי מפני שיום השבת רביעי ליום רביעי וזה כנגד המאורות שנבראו ביום רביעי כי חמה בגלגל רביעי וכן הלבנה בגלגל רביעי לחמה על דרך שצ"ם חנכ"ל כי המאורות הם מרובעים וכן שבתאי שהוא כוכב של שבת תמצא שהוא רביעי לגלגל השכל כי למעלה משבתאי גלגל שמיני שבו הכוכבים ועליו גלגל תשיעי הוא ערבות ועל ערבות גלגל השכל, וכן עניני השבת מרובעים ארבע תפלות בשבת שאין זו דומה לזו וכן דברי הנביא בענין השבת מרובעים הוא שאמר (ישעיהו נ״ח:י״ג) אם תשיב משבת רגליך עשות חפציך ביום קדשי.
« Zakhor » à la quatrième, parce que le jour du Shabbat est le quatrième du quatrième jour, et cela correspond aux luminaires, qui furent créés le quatrième jour, car le soleil est dans la quatrième sphère, et de même la lune est dans la quatrième sphère à partir du soleil, selon la voie de « Shatsam Hanakhal » (Shabtai, Tsedeq, Ma‘adim, Hama, Noga, Kokhav, Levana), car les luminaires suivent ainsi une disposition par quatre ; et de même Shabtai, qui est l’astre du Shabbat, tu trouveras qu’il est le quatrième à partir de la sphère de l’intellect, car au-dessus de Shabtai il y a la huitième sphère, où se trouvent les étoiles, et au-dessus d’elle la neuvième sphère, qui est ‘Aravot, et au-dessus de ‘Aravot la sphère de l’intellect ; et de même les éléments du Shabbat vont par quatre : quatre prières le Shabbat, dont aucune ne ressemble à l’autre ; et de même les paroles du prophète sur le Shabbat vont par quatre, comme il dit (Isaïe 58,13) « si tu retiens ton pied du Shabbat, de faire tes affaires en Mon jour saint ».
כבד בחמישי מפני שטבע תולדות האדם נמשך מכח חמשה והם האב, והאם, והיסודות, והזמן, והקב"ה. האב ממנו הגידין והעצמות כל אשר לבן בו, האם ממנה כל חלקי האודם כגון הבשר והדם והשער והשחור שבעין והאי שחור אדום הוא אלא שלקה, היסודות הם ד' יסודות שכל מורכב מהם מתקיים בחבורם, הזמן הוא שיעבור הזמן ויאריך עליו שיעור הימים הראויים כי אז תגמר המלאכה, הקב"ה הוא הנופח בו נשמה שהוא העקר להחכימו ולהשכילו כי מבלעדיה אין לפעולות הקודמים עקר, וכן מצינו בטבע התולדה מיני ב"ח שהם ה', אדם, ובהמה, ועוף, ודגים, ושרצים.
« Kabbed » au cinquième, parce que la nature de la génération de l’homme vient de la force de cinq : le père, la mère, les éléments, le temps et le Saint, béni soit-Il. Le père : de lui viennent les nerfs et les os, tout ce qui est blanc en lui ; la mère : d’elle viennent toutes les parties rouges, comme la chair, le sang, les cheveux et le noir de l’œil — et ce noir est rouge mais il a été frappé ; les éléments sont les quatre éléments, dont tout composé subsiste par leur assemblage ; le temps : que passe le temps et qu’il s’allonge sur lui la mesure des jours convenable, car alors l’ouvrage s’achève ; le Saint, béni soit-Il : c’est Lui qui y insuffle l’âme, qui est l’essentiel, pour le rendre sage et intelligent, car sans elle les actions précédentes n’ont pas de racine ; et de même nous trouvons dans la nature de la génération cinq espèces d’êtres vivants : homme, bête, oiseau, poissons et reptiles.
ובדבור זה החמישי הזכיר על האדמה בטבע תולדותם ה' דברים, שדה תבואה, שדה כרמים, גן של ירק, פרדס, יער צומח עצים. גם מיני מתכות הנמצאים באדמה הן ה', זהב וכסף ונחשת ברזל ועופרת. לא תרצח בששי כי שש מדות המה שגורמות הרציחה והן, הקנאה, והתאוה, והאיבה, והכעס, והקלות, והשכרות, והרוצח רצח את האדם שנברא ביום ששי. לא תנאף בשביעי מפני שאסורי עריות הן שבעה ואלו הן, אשת איש, אשתו נדה, אלמנה, בתולה, משכב בהמה, משכב זכור, כותית. ושבעה ענינים אסורים בה והן, הראיה, והשמיעה, והיחוד, הדבור, המשוש, הנשיקה, המעשה.
Et dans cette cinquième parole, Il mentionna, sur la terre, dans la nature de leur génération, cinq choses : champ de blé, champ de vignes, jardin de légumes, verger, forêt qui produit des arbres. Aussi les espèces de métaux qui se trouvent dans la terre sont cinq : or, argent, cuivre, fer et plomb. « Lo tirtsah » au sixième, parce que six qualités sont ce qui cause le meurtre, et ce sont : la jalousie, la convoitise, l’inimitié, la colère, la légèreté et l’ivresse ; et le meurtrier a tué l’homme, qui fut créé le sixième jour. « Lo tin’af » au septième, parce que les unions interdites sont sept, et ce sont : la femme mariée, sa femme impure, la veuve, la vierge, le coït avec une bête, le coït avec un mâle, la païenne (kutit). Et sept choses sont interdites avec elle, et ce sont : la vue, l’ouïe, l’isolement, la parole, le toucher, le baiser, l’acte.
לא תגנוב בשמיני מפני שכלל הגנבות הן ח' ואלו הן, בחשבון, במדה, במשקל, במציאה, גונב נפש מאחיו, וגונב ממון, גונב דעת, גונב לעצמו, הוא שנעשה אפוטרופוס של יתומים והחזיק בממונם בהיתר שהשיא לבנו הבת היתומה, ועליו נאמר (ויקרא י״ט:י״ג) לא תעשק את רעך ולא תגזל. לא תענה בתשיעי, ידוע כי גלגל התשיעי הוא ערבות שבו כסא הכבוד ושם אוצר הנשמות וזה שמעיד שקר כופר באותו מקום סגולת הנפשות שלא תשוב נפשו למעלה.
« Lo tignov » au huitième, parce que l’ensemble des vols est de huit sortes, et ce sont : par le compte, par la mesure, par le poids, par l’objet trouvé, celui qui vole une personne parmi ses frères, et celui qui vole de l’argent, celui qui vole l’esprit (da‘at), celui qui vole pour lui-même, c’est celui qui est devenu tuteur d’orphelins et s’est emparé de leur argent avec permission et a marié à son fils la fille orpheline, et c’est de lui qu’il est dit (Lévitique 19,13) « tu n’opprimeras pas ton prochain et tu ne le voleras pas ». « Lo ta‘aneh » au neuvième ; il est connu que la neuvième sphère est ‘Aravot, où se trouve le trône de gloire et où est le trésor des âmes ; et celui qui témoigne faussement renie ce lieu qui est le trésor des âmes, de sorte que son âme ne retournera pas en haut.
לא תחמוד בעשירי, כי החומד הוא מכת פועלי האון, וכיון שחומד ממון אחרים כ"ש שיחמוד ממון עצמו שלא יפריש ממנו מעשר, ועל כן הוקבע דבור לא תחמוד בעשירי להזהיר על המעשר כי החומד גוזל ומי שהוא גוזל את המעשרות לעצמו גוזלן כי הארץ תחניף לו ומפני זה הוצרך לקבוע עשירי דבור לא תחמוד. ועם המצוה הזאת נשלמו עשרת הדברות כנגד עשרה גלגלים ועשר ספירות אמורות.
« Lo tahmod » au dixième, car celui qui convoite est de la secte des ouvriers d’iniquité (po‘alei aven), et puisqu’il convoite l’argent des autres, a fortiori il convoitera son propre argent, de sorte qu’il n’en prélève pas la dîme ; et c’est pourquoi la parole « lo tahmod » a été fixée au dixième, pour avertir sur la dîme, car celui qui convoite vole, et celui qui dérobe les dîmes se dérobe à lui-même, car la terre le trompera ; et pour cette raison il était nécessaire de fixer comme dixième la parole « lo tahmod ». Et avec ce commandement sont achevées les Dix Paroles, correspondant aux dix sphères et aux dix sefirot mentionnées.
ומה שלא נכתבו בספר כסדר הגלגלים והספירות המופלאות, הנה זאת עדות ואות למאמר החכמים יודעים סודות הנוראות, שאין מוקדם ומאוחר בתורת ה' צבאות, בהם גדלנו אלהינו והנחילנו מעלה וזכות, בהם שם על ראשנו כתר מלכות, שם בכל חכמות רמות רזים ותעלומות, שם תרי"ג המצות רשומות, שם כל האותיות חתומות, זולתי אות ט' משם נסתרת, ואיננה נזכרת, והטעם בזה על דעת החכמים בקבלתם, יודעי עשר הדברים על יסודותם, לפי שהלוחות עתידין להשתבר וכדי שלא יאמרו פסקה טובתם, וכונתם בזה לפי שאות הטי"ת מורה על הטוב, וטי"ת ראשונה שבתורה רשומה במלת טוב.
Et ce qu’elles n’ont pas été écrites dans le livre selon l’ordre des sphères et des sefirot merveilleuses : voici le témoignage et le signe de la parole des sages, connaisseurs des secrets redoutables, qu’il n’y a ni avant ni après dans la Torah de l’Éternel des armées ; par elles notre Dieu nous a fait grandir et nous a fait hériter rang et mérite ; par elles Il a mis sur notre tête une couronne de royauté ; Il y a mis toutes les sagesses élevées, les mystères et les choses cachées ; Il y a inscrit les six cent treize commandements ; là toutes les lettres sont scellées, hormis la lettre tet, qui y est cachée et n’est pas mentionnée ; et la raison de cela, selon l’avis des sages dans leur Kabbale, connaisseurs des dix paroles sur leurs fondements : parce que les tables étaient destinées à être brisées, et afin qu’ils ne disent pas « leur bien a cessé » ; et leur intention par là est que la lettre tet indique le bien (tov), et la première tet dans la Torah est inscrite dans le mot « tov ».
ולפי דעתי טעם היות אות טי"ת נעדרת, אשר היא רמז לאבן העשירית גולת הכותרת, מטעם אסור החמץ בפסח כי בשמו הגדול יצאנו ממצרים מאפלה לאורה, וכן בהר סיני בשמו הגדול נתנה התורה, וסיוע לדברי מה שרמזו במדרש דורשי רשומות, כי לשון טיט"א סימן הריגה בלשון קדם, והמשכיל יבין יחקור ויאזין, ובזאת יאמין שהרי אות הטי"ת רמז למדת הדין, ואל תשומם אם היא בלוחות שניות נזכרת, כי כן ראוי לפי שהדבור ההוא שמור הוזהרנו בו לשמור משמרת, והכל מיוסד על אדני השכל והתבונה, והדברות חצובות ממקור החכמה והתבונה העליונה, אשרי אזנים שמעו אותם, וסופו כתחלתן, כי התחיל במצות הלב וסיים במצות ה' על דרך מאמר איתן האזרחי בספרו אשר בו צדיקים יכתירו, והמשכילים כזוהר הרקיע יזהירו, בענין עשר ספירות בלי מה אשר הם תחלת כל מפעל וראש כל ממשלת, נעוץ סופן בתחלתן כשלהבת קשורה בגחלת.
Et selon mon avis, la raison pour laquelle la lettre tet est absente, qui fait allusion à la dixième pierre, le chapiteau de la colonne, vient de l’interdit du levain à Pessah : car par Son grand Nom nous sommes sortis d’Égypte, de l’obscurité à la lumière, et de même au mont Sinaï la Torah fut donnée par Son grand Nom ; et un appui à mes paroles est ce que firent allusion dans le Midrash les interprètes d’indices : l’expression « tita » est un signe de mise à mort en langue ancienne ; et l’intelligent comprendra, examinera et prêtera l’oreille, et par cela il croira, car la lettre tet fait allusion à l’attribut de rigueur ; et ne t’étonne pas qu’elle soit mentionnée dans les secondes tables, car il est ainsi convenable, puisque cette parole « shamor », nous avons été avertis d’y garder une garde ; et tout est fondé sur les assises de la raison et de l’intelligence, et les paroles sont taillées de la source de la sagesse et de l’intelligence supérieures ; heureuses les oreilles qui les ont entendues ! et leur fin est comme leur début, car Il commença par un commandement du cœur et acheva par le commandement de l’Éternel, selon la voie de la parole d’Eitan l’Ezrahite dans son livre, où les justes se couronnent et les intelligents resplendissent comme la splendeur du firmament, à propos des dix sefirot belimah, qui sont le commencement de toute œuvre et le chef de toute domination : leur fin est fixée dans leur commencement comme la flamme attachée au charbon.
וכל העם רואים את הקולות. ראיה זו ענין השגה וכן (בראשית כ״ז:כ״ז) ראה ריח בני, כי אין הקול והריח נראים. או יאמר רואים לפי שהיה הקול בא באש, וכענין שכתוב (תהילים כ״ט:ז׳) קול ה' חוצב להבות אש, והיו רואים את האש ועל כן אמר רואים את הקולות.
« Et tout le peuple voyait les voix (ha-qolot) » (Exode 20,15). Cette vision est une affaire de perception, et de même (Genèse 27,27) « vois (re’eh) l’odeur de mon fils », car la voix et l’odeur ne se voient pas. Ou bien il dira « voyaient » parce que la voix venait dans le feu, et selon ce qui est écrit (Psaumes 29,7) « la voix de l’Éternel taille des flammes de feu » : ils voyaient le feu, et c’est pourquoi il dit « ils voient les voix ».
ובעבור תהיה יראתו על פניכם. דרשו רז"ל זו הבושה, כי היראה ממדות הלב אבל לפי שהבושה נכרת ונראית בפנים לכך אמר על פניכם. והזכיר לבלתי תחטאו ללמדך שהבושה מביאה לידי יראת חטא.
« Et afin que Sa crainte soit sur vos faces » (Exode 20,17). Nos Sages de mémoire bénie interprétèrent : c’est la honte ; car la crainte est parmi les qualités du cœur, mais parce que la honte est reconnue et se voit sur le visage, c’est pourquoi il dit « sur vos faces ». Et il mentionna « afin que vous ne péchiez pas » pour t’enseigner que la honte amène à la crainte du péché.
ויעמד העם מרחוק ומשה נגש. והלא כבר נאמר וירא העם ויעמדו מרחוק אבל יתכן לפרש כי הראשון רחוק מקום שנתרחקו עוד מהגבול שהרשה להם משה לעמוד בו ועתה בא לרמוז רחוק השגה ולומר שאע"פ שזכו כל ישראל להיות נביאים במעמד הקדוש כששמעו עשרת הדברות מפיו של הקב"ה אין להשוות השגתם להשגת משה, וענין הכתוב לבאר כי השגת העם עמדה מרוחק ממקום שמשה נגש. ומלת ערפל הנזכר בכתובים תמיד פירשו המפרשים שהוא חשך כענין (תהלים צז) ענן וערפל סביביו, והענין כי הכבוד מסתתר ומתעלם אפילו מן המלאכים המשרתים וזהו שכתוב (שם יח) ישת חשך סתרו סביבותיו סכתו.
« Et le peuple se tint de loin, et Moshé s’approcha » (Exode 20,18). N’est-il pas déjà dit « et le peuple vit et se tint de loin » ? Mais il est possible d’expliquer que le premier est un éloignement de lieu, car ils s’éloignèrent encore de la limite que Moshé leur avait permis d’occuper, et maintenant il vient faire allusion à l’éloignement de la perception et dire que, bien que tout Israël ait mérité d’être prophète à la station sainte quand ils entendirent les Dix Paroles de la bouche du Saint, béni soit-Il, on ne peut comparer leur perception à celle de Moshé ; et le sens de l’Écriture est d’expliquer que la perception du peuple s’arrêta loin du lieu où Moshé s’approcha. Et le mot « ‘arafel » mentionné dans les Écritures, les commentateurs l’expliquèrent toujours comme obscurité, selon (Psaumes 97,2) « nuée et obscurité (‘arafel) l’entourent » ; et le sens est que la Gloire se cache et se dérobe même aux anges serviteurs, et c’est ce qui est écrit (Psaumes 18,12) « Il fit de l’obscurité Sa retraite, autour de Lui Sa tente ».
והנכון לפרש כי ערפל הוא אור צח בהיר ובאור המלה ערפל ערוי אפל כלומר שהאופל מעורה ונעדר משם, והוא שם נאמר על עוצם האור הגדול כי כשם שהחשך מסתיר הדבר בתוכו שאיננו נראה כן עוצם האור התקיף החזק של פני הכבוד מסתיר ומונע המסתכל להסתכל בו. והעד במלת ערפל שהוא אור הוא מה שהזכיר כאן אשר שם האלהים, ממה שכתוב (דניאל ב׳:כ״ב) ונהורא עמיה שרא, וזהו שאנו אומרים בתפלה ונגלית עליהם בערפלי טוהר.
Et il est juste d’expliquer que ‘arafel est une lumière pure et claire, et l’explication du mot ‘arafel : « ‘aroui afel » (dépouillé d’obscurité), c’est-à-dire que l’obscurité en est retirée et absente ; et c’est un nom dit de l’intensité de la grande lumière : car de même que l’obscurité cache la chose qu’elle contient, de sorte qu’on ne la voit pas, de même l’intensité de la lumière forte et puissante de la Face de la Gloire cache et empêche l’observateur de la regarder. Et le témoin que le mot ‘arafel est lumière, c’est ce qu’il mentionne ici « là où était Dieu », de ce qui est écrit (Daniel 2,22) « et la lumière demeure avec Lui » ; et c’est ce que nous disons dans la prière : « et Tu t’es révélé à eux dans les nuées de pureté ».
והנה משה לא נכנס בתוך הערפל אבל נתקרב אליו כאדם המתקרב אל שער המלך, ולא נכנס לפנים מן השער וזהו לשון ומשה נגש וגו' ותרגם אונקלוס לצית אמיטתא כלומר לעצם גבול ההגעה שהיה משה מגיע עד שם ולא משם ואילך וזה טעם אשר שם האלהים ואז וידבר אלהים ושמעו כל ישראל, וזה שאמר לו תחלה (שמות י״ט:ט׳) הנה אנכי בא אליך בעב הענן בעבור ישמע העם בדברי עמך.
Et voici que Moshé n’entra pas dans l’intérieur du ‘arafel, mais s’en approcha comme un homme qui s’approche de la porte du roi, sans entrer au-delà de la porte ; et c’est le sens de « et Moshé s’approcha, etc. » ; et Onqelos traduit « le-tsit amitta » (jusqu’à la limite), c’est-à-dire à la limite même de l’arrivée jusqu’où Moshé parvenait, et pas au-delà ; et c’est le sens de « là où était Dieu », et alors « Et Dieu parla, et tout Israël entendit » ; et c’est ce qu’Il lui dit au début (Exode 19,9) « voici que Je viens à toi dans l’épaisseur de la nuée, afin que le peuple entende quand Je parle avec toi ».
וענין הפרשה הזאת וכל העם רואים את הקולות קודם מתן תורה היה כי כן מוכיח הלשון, וערפל זהו עב הענן שהזכיר במשה הנה אנכי בא אליך בעב הענן וכן ישראל הנצבים בתחתית ההר היו רואים לעיניהם מראה הכבוד כאש אוכלת בראש ההר.
Et le sujet de cette section, « et tout le peuple voyait les voix », était avant le don de la Torah, comme le prouve la langue ; et ‘arafel, c’est l’épaisseur de la nuée qu’Il mentionna pour Moshé : « voici que Je viens à toi dans l’épaisseur de la nuée » ; et de même Israël, qui se tenaient au pied de la montagne, voyaient de leurs yeux la vision de la Gloire comme un feu dévorant au sommet de la montagne.
אתם ראיתם כי מן השמים דברתי עמכם. מפני שכל ישראל עדים במה שראו בעיניהם האותות והמופתים הגדולים תחלה עשר מכות של מצרים עד סוף מתן תורה לכך הזכיר הקב"ה להם אתם ראיתם בין בתחלה בין בסוף, כי כן בפרשת הברית והתנאים התחיל ואמר אתם ראיתם אשר עשיתי למצרים ועתה יאמר להם אתם ראיתם כי מן השמים דברתי עמכם כי כבודו היה בהר סיני והדבור היה מן השמים וכבר נתבאר זה.
« Vous avez vu que du ciel J’ai parlé avec vous » (Exode 20,19). Parce que tout Israël est témoin de ce qu’ils ont vu de leurs yeux : les signes et les grands prodiges, d’abord les dix plaies d’Égypte jusqu’à la fin du don de la Torah, c’est pourquoi le Saint, béni soit-Il, leur rappela « vous avez vu », aussi bien au début qu’à la fin ; car ainsi dans la section de l’alliance et des conditions Il commença et dit (Exode 19,4) « vous avez vu ce que J’ai fait à l’Égypte » ; et maintenant Il leur dit « vous avez vu que du ciel J’ai parlé avec vous », car Sa Gloire était sur le mont Sinaï et la parole venait du ciel ; et cela a déjà été expliqué.
לא תעשון אתי. על דרך הפשט לא תעשון בשתוף אתי שום צורה מכסף וזהב לשם אלהות, וחזר לא תעשו לכם כלל אפילו שלא לשם אלהות.
« Vous ne ferez pas avec Moi » (Exode 20,20). Selon le sens simple (peshat) : vous ne ferez pas, en association avec Moi, aucune forme d’argent et d’or au nom de la divinité ; et Il revint : « vous ne ferez pas pour vous », de façon générale, même non au nom de la divinité.
ויש לפרש לא תעשון אתי כשאתם עומדים בתפלה אתי לא תחשבו בכסף וזהב אשר עמכם שאם תעשו כן מעלה אני עליכם כאלו עשיתם אלהי כסף ואלהי זהב.
Et on peut expliquer : « vous ne ferez pas avec Moi » — quand vous êtes debout en prière avec Moi, ne pensez pas à l’argent et à l’or que vous avez, car si vous faites ainsi, Je le compte pour vous comme si vous aviez fait des dieux d’argent et des dieux d’or.
וכתב רש"י ז"ל לא תעשון אתי, בא להזהיר על הכרובים יאמר כי הכרובים אשר אתם עתידים לעשות אתי שלא יהיו של כסף שאם שניתם לעשותם של כסף הרי הם חשובים לפני כאלהות. לא תעשו לכם שלא תאמר הריני עושה כרובים בבתי כנסיות ובבתי מדרשות כמו שאני עושה בבית עולמים. ודרשו רז"ל במסכת ע"ז לא תעשון אתי לא תעשון מה שאתי.
Et Rashi, de mémoire bénie, écrivit : « vous ne ferez pas avec Moi » : il vient avertir sur les chérubins. Il dira : les chérubins que vous êtes destinés à faire avec Moi, qu’ils ne soient pas d’argent, car si vous changez pour les faire d’argent, voici qu’ils sont considérés devant Moi comme une divinité. « Vous ne ferez pas pour vous » : afin que tu ne dises pas : voici que je fais des chérubins dans les maisons de réunion et dans les maisons d’étude comme je fais dans la Maison éternelle. Et nos Sages de mémoire bénie interprétèrent dans le traité Avoda Zara : « lo ta‘asoun iti » : vous ne ferez pas ce qui est avec Moi.
ובא הכתוב לאסור עשיית הצורות בין בשמשין שבמדור העליון, כגון חיות הקדש ואופנים ושרפים ומלאכי השרת ושבמדור התחתון כגון חמה ולבנה כוכבים ומזלות, וכיון שאסר הכתוב לעשות צורת מלאכי השרת שהן בצורת בן אדם ונוסף בהם שהם בעלי כנפים הייתי מבין שיהיה מותר לעשות פרצוף אדם לבדו, לכך הוצרכו לדרוש עוד לא תעשון אתי לא תעשון אותי והוא דמות אדם כדי שיהיה בכלל איסור לאו זה כל המשמשין כלן שבמדור העליון ושבמדור התחתון וכן פרצוף אדם.
Et l’Écriture vient interdire la fabrication des formes, aussi bien de ceux qui servent dans la demeure supérieure, comme les hayyot ha-qodesh, les ophanim, les séraphim et les anges serviteurs, que de ceux de la demeure inférieure, comme le soleil, la lune, les étoiles et les constellations ; et puisque l’Écriture a interdit de faire la forme des anges serviteurs, qui sont en forme d’homme, et de plus ils ont des ailes, j’aurais compris qu’il serait permis de faire seulement le visage d’un homme ; c’est pourquoi il a fallu interpréter encore « lo ta‘asoun iti » : « lo ta‘asoun oti » (vous ne Me ferez pas), et c’est la ressemblance d’un homme, afin que soient compris dans l’interdit de ce commandement négatif tous ceux qui servent, tous, ceux de la demeure supérieure et ceux de la demeure inférieure, et de même le visage d’un homme.
ובסנהדרין דרשוהו אזהרה לצבור שלא ימנה דיין בשביל ממון אלא בשביל חכמה הוא שאמר לא תעשון אתי אלהי כסף ואלהי זהב אלוה הבא מחמת כסף וזהב כי שם אלהים כולל גם לדיינים.
Et dans Sanhédrin, ils l’interprétèrent comme avertissement à la communauté de ne pas nommer un juge à cause de l’argent mais à cause de la sagesse ; c’est ce qu’il dit : « vous ne ferez pas avec Moi des dieux d’argent et des dieux d’or » : un dieu (eloah) qui vient par l’argent et l’or, car le nom « Elohim » comprend aussi les juges.
וע"ד המדרש לא תעשון אתי אלהי כסף ואלהי זהב, לא תעשון כדרך שבני אדם עושים ביראתם, כשהטובה באה עליהם מכבדים יראתם שנאמר (שופטים ט״ז:כ״ג) נתן אלהינו בידינו את שמשון אויבינו, וכשהפורענות באה עליהם מקללין ליראתם שנאמר (ישעיהו ח׳:כ״א) והיה כי ירעב והתקצף וקלל במלכו ובאלהיו ופנה למעלה, אבל יש לכם להודות בין על הטובה בין על הרעה, שכן אמר דוד ע"ה (תהילים קט״ז:ג׳-ד׳) כוס ישועות אשא ובשם ה' אקרא צרה ויגון אמצא ובשם ה' אקרא, וכן אמר איוב (איוב א׳:כ״א) ה' נתן וה' לקח יהי שם ה' מבורך.
Et selon le Midrash : « vous ne ferez pas avec Moi des dieux d’argent et des dieux d’or » : vous ne ferez pas comme les hommes font avec leur divinité : quand le bien leur vient, ils honorent leur divinité, comme il est dit (Juges 16,23) « notre dieu a livré en notre main Shimshon notre ennemi » ; et quand le malheur leur vient, ils maudissent leur divinité, comme il est dit (Isaïe 8,21) « et il arrivera que, affamé et irrité, il maudira son roi et son dieu, et se tournera vers le haut » ; mais vous devez rendre grâce aussi bien pour le bien que pour le mal, car ainsi dit David, paix sur lui (Psaumes 116,13.3-4) « je lèverai la coupe des délivrances et j’invoquerai le nom de l’Éternel ; je trouvais détresse et chagrin, et j’invoquais le nom de l’Éternel » ; et de même dit Iyov (Job 1,21) « l’Éternel a donné et l’Éternel a repris, que le nom de l’Éternel soit béni ».
וע"ד הקבלה לא תעשון אתי כבר פרשתיו בפסוק וידבר שהוא כמו על פני. ויש להוסיף בבאורו כי הוא כאלו אמר אתי בצר"י [סגו"ל] תחת האל"ף כלשון (ישעיהו ו׳:ה׳) ואראה את ה', שהרי כתיב (שמות ל״ג:כ׳) כי לא יראני האדם וחי, והנה מנשה הרשע טעה בזה בשלא דקדק במלת את ועל כן תפשו לישעיה הנביא שאמר לו משה רבך אמר כי לא יראני האדם וחי ואתה אמרת ואראה את ה', והוא שדרשו ביבמות סוף פ' החולץ אמר לו מנשה לישעיה משה רבך אמר כי לא יראני האדם וחי ואתה אמרת ואראה אמר ידענא ביה דלא מקבל אי אמינא ליה אשוייה מזיד אמר שם אבלע בארזא אתיוה לארזא ונסרוה כי מטא להדי פומיה נח נפשיה משום דאמר (ישעיה ו) ובתוך עם טמא שפתים אנכי יושב.
Et selon la voie de la Kabbale : « lo ta‘asoun iti » : je l’ai déjà expliqué au verset « Et Il parla » (Exode 20,1), qu’il est comme « ‘al panai ». Et il faut ajouter à son explication qu’il est comme s’il disait « eti » avec un tséré [ségol] sous l’aleph, selon l’expression (Isaïe 6,5) « et j’ai vu l’Éternel (et H’) » ; car il est écrit (Exode 33,20) « car l’homme ne Me verra pas et vivra » ; et voici que Menashé le méchant se trompa en cela, ne faisant pas attention au mot « et », et c’est pourquoi il saisit Yeshayahou le prophète, en lui disant : Moshé ton maître a dit « car l’homme ne Me verra pas et vivra », et toi tu as dit « et j’ai vu l’Éternel » ; et c’est ce qu’ils interprétèrent dans Yevamot, à la fin du chapitre « Ha-holets » : Menashé dit à Yeshayahou : Moshé ton maître a dit « car l’homme ne Me verra pas et vivra », et toi tu as dit « et j’ai vu ». Il dit : je sais de lui qu’il n’acceptera pas ; si je lui réponds, je fais de lui un transgresseur volontaire. Il prononça le Nom et fut englouti dans un cèdre. On amena le cèdre et on le scia ; quand la scie arriva à sa bouche, il rendit l’âme, parce qu’il avait dit (Isaïe 6,5) « et au milieu d’un peuple aux lèvres impures j’habite ».
ומלת את ואות הכל אחד והוא מה שכתוב במצות התכלת (במדבר ט״ו:ל״ט) וראיתם אותו שהוא מלשון את, ומזה דרשו רז"ל לא תעשון אתי לא תעשון אותי הרחיבו באור לכל משכיל כי מלת את הוא האות והבן זה.
Et le mot « et » et le mot « ot » (signe) sont un seul, c’est ce qui est écrit à propos du commandement de la teKhelet (Nombres 15,39) « et vous le verrez (u-re’item oto) », qui est de l’expression « et » ; et de là nos Sages de mémoire bénie interprétèrent « lo ta‘asoun iti » : « lo ta‘asoun oti » (vous ne Me ferez pas) ; ils ont élargi l’explication pour tout intelligent : le mot « et » est le signe (ot), et comprends cela.
בכל המקום אשר אזכיר את שמי. היה לו לומר תזכיר כי בכל מקום שיזכיר אדם שמו של הקב"ה בבית התפלה או בשאר המקומות שם יתברך העובד.
« En tout lieu où Je ferai mention de Mon nom » (Exode 20,21). Il aurait dû dire « tu feras mention » (taz-kir), car en tout lieu où un homme mentionne le nom du Saint, béni soit-Il, dans la maison de prière ou dans d’autres lieux, là celui qui Le sert recevra la bénédiction.
וע"ד הקבלה אמר אזכיר כי הכתוב הזה יש בו פתח להבין ענין הקרבנות והכתובים האלה דבור השם המיוחד ועל כן יאמר מזבח אדמה תעשה לי, לבדי לשם המיוחד ותעלה עליו הקרבנות וכל מקום אשר אמשיך הרצון לשמי ע"י הקרבנות אבא אליך וברכתיך הרי הברכות נמשכות לך מעתה כי כשהברכה נאצלת לשמו ממקור הברכה אז העולם מתברך, ומלת אזכיר מלשון אזכרתה שהוא המשכת ריח וכן (ישעיה סו) מזכיר לבונה (ירמיה יז) כזכור בניהם מזבחותם (שיר א) נזכירה דודיך מיין, ויהיה אזכיר את שמי כאלו אמר אריח את שמי, ובאורו אמשיך את הרצון לשמי.
Et selon la voie de la Kabbale, Il dit « azkir » (Je ferai mention), car ce verset contient une ouverture pour comprendre l’affaire des sacrifices, et ces versets sont la parole du Nom unique ; et c’est pourquoi il dit « un autel de terre tu Me feras », pour Moi seul, pour le Nom unique, et tu y offriras les sacrifices ; et « en tout lieu où Je ferai attirer la volonté pour Mon nom » par les sacrifices, « Je viendrai à toi et Je te bénirai » : voici que les bénédictions te sont attirées dès maintenant ; car quand la bénédiction est émanée au Nom, de la source de la bénédiction, alors le monde est béni. Et le mot « azkir » est de l’expression « azkara » (mémorial), qui est l’attirance de l’odeur, et de même (Isaïe 66,3) « celui qui offre l’encens en mémorial (mazkir levona) », (Jérémie 17,2) « comme ils se souviennent (ke-zekhor) de leurs fils, de leurs autels », (Cantique des Cantiques 1,4) « nous mentionnerons (nazkira) tes amours plus que le vin » ; et « azkir et shemi » sera comme s’il disait « Je ferai sentir (arih) Mon nom » ; son explication : « Je ferai attirer la volonté pour Mon nom ».
ומה שהזכיר בכל המקום בה"א הידיעה לרמוז על בית הקרבנות שנקרא מקום שבנאו שלמה לשמו של הקב"ה כענין שכתוב (מלכים א ח) והבית אשר בניתי לשמך, ומזה לא אמר בכל מקום כי א"א להקריב הקרבנות בכל מקום והוא שכתוב (דברים י״ב:י״ג-י״ד) השמר לך פן תעלה עולותיך בכל מקום אשר תראה כי אם במקום אשר יבחר וגו'.
Et ce qu’Il mentionna « be-khol ha-maqom » avec le « he » de détermination, pour faire allusion à la maison des sacrifices appelée « le lieu » (ha-maqom), que Shelomo construisit pour le Nom du Saint, béni soit-Il, comme il est écrit (I Rois 8,44) « et la maison que j’ai bâtie pour Ton nom » ; et c’est pourquoi il n’a pas dit « en tout lieu », car il est impossible d’offrir les sacrifices en tout lieu, et c’est ce qui est écrit (Deutéronome 12,13-14) « garde-toi de ne pas offrir tes holocaustes en tout lieu que tu verras, mais au lieu que l’Éternel choisira, etc. ».
לא תבנה אתהן גזית. טעם איסור בגזית במזבח שלא יהיה כבוד המזבח שתהיה מקצת האבן בנויה במזבח ה' ומקצתה מושלכת באשפתות כן פי' החכם ר"א ז"ל.
« Tu ne les bâtiras pas en pierre taillée » (Exode 20,22). La raison de l’interdit de la taille à l’autel : qu’il ne convient pas à l’honneur de l’autel qu’une partie d’une pierre soit intégrée à l’autel de l’Éternel et que l’autre soit jetée aux ordures ; ainsi expliqua le sage R. Avraham (Ibn Ezra), de mémoire bénie.
והרמב"ם ז"ל כתב טעם בזה בכלל טעמי המצות שהיא הרחקה שלא יבא לעשות בהן צורה ותהיה אבן משכית.
Et le Rambam, de mémoire bénie, écrivit une raison à cela dans l’ensemble des raisons des commandements : c’est un éloignement, afin qu’il n’en vienne pas à y faire une forme et que ce soit une pierre ornée (maskit).
אבל הרמב"ן ז"ל כתב ונתן טעם בזה והוא הנכון יותר מכל מה שנאמר בו לפי שהחרב כחו של עשו מברכת ועל חרבך תחיה והנה עשו שנאוי להקב"ה כענין שכתוב (מלאכי א׳:ג׳) ואת עשו שנאתי והנה הוא מרוחק מן המזבח.
Mais le Ramban, de mémoire bénie, écrivit et donna une raison à cela, qui est la plus juste de tout ce qui en a été dit : parce que l’épée est la force d’Esav, de la bénédiction « et par ton épée tu vivras » ; et voici qu’Esav est haï du Saint, béni soit-Il, comme il est écrit (Malachie 1,3) « et Esav J’ai haï », et voici qu’il est éloigné de l’autel.
ואין הגזית עיקר האיסור כי אם הנפת הברזל וכן כתוב (דברים כ״ז:ה׳) לא תניף עליהם ברזל, ואלו עשאן גזית בכלי כסף או בשמיר הרי זה מותר מדין התורה אבל האיסור אינו אלא כדי להרחיק הברזל מן המזבח והוציא הכתוב הברזל בלשון חרב לפי שהוא מחריב את העולם ולכך ירחיקנו הכתוב מן המזבח שהוא שלום העולם וקיומו ועל כן לא נמצא בכל מלאכת המשכן זכרון ברזל כלל אלא זהב וכסף ונחשת, גם בבית המקדש כתוב מפורש (מלכים א ו׳:ז׳) ומקבות והגרזן כל כלי ברזל לא נשמע בבית בהבנותו, ואמרו בספרי בבית לא נשמע אבל נשמע בחוץ.
Et la taille n’est pas l’essentiel de l’interdit, mais bien le fait de brandir le fer, et ainsi il est écrit (Deutéronome 27,5) « tu ne brandiras pas sur elles de fer » ; et s’il les avait taillées avec un outil d’argent ou avec le shamir, voici que c’est permis selon la loi de la Torah ; mais l’interdit n’est que pour éloigner le fer de l’autel ; et l’Écriture désigna le fer par le mot « épée » (herev), parce qu’il détruit (maharev) le monde ; et c’est pourquoi l’Écriture l’éloigne de l’autel, qui est la paix du monde et sa subsistance ; et c’est pourquoi on ne trouve dans tout l’ouvrage du Tabernacle aucune mention du fer, mais or, argent et cuivre ; et aussi dans la Maison du Sanctuaire il est écrit explicitement (I Rois 6,7) « et marteaux et la hache, aucun outil de fer ne fut entendu dans la maison pendant qu’elle se bâtissait » ; et ils dirent dans le Sifré : dans la maison, il n’était pas entendu, mais il était entendu à l’extérieur.
ובמדרש כי חרבך הנפת עליה מכאן אמרו המזבח נברא לאריכות ימיו של אדם והברזל לקצר ימיו של אדם אינו בדין שיונף המקצר על המאריך. ומכאן אתה למד כי יש לכל מצוה ומצוה ממצות התורה כמה פנים ודברי תורה כפטיש יפוצץ סלע מתחלקים לכמה טעמים, ויש בכלן תועלת הגוף והנפש והם חיים למוצאיהם, וכן אמר שלמה ע"ה (משלי ד׳:כ״ב) כי חיים הם למוצאיהם ולכל בשרו מרפא.
Et dans le Midrash : « car ton épée, tu l’as brandie sur elle » : de là ils dirent : l’autel fut créé pour la longueur des jours de l’homme, et le fer pour raccourcir les jours de l’homme ; il n’est pas juste que ce qui raccourcit soit brandi sur ce qui allonge. Et de là tu apprends que chaque commandement de la Torah a plusieurs faces, et que les paroles de la Torah, comme un marteau qui fait éclater le rocher, se partagent en plusieurs raisons, et en tous il y a utilité pour le corps et pour l’âme, et ils sont vie pour ceux qui les trouvent ; et ainsi dit Shelomo, paix sur lui (Proverbes 4,22) « car ils sont vie pour ceux qui les trouvent, et guérison pour toute leur chair ».