Chémot 21:1 · commentaire 1
גם אלה לחכמים הכר פנים במשפט בל טוב (משלי כד, כג)
« Ceux-ci aussi sont pour les sages : faire acception de personne dans le jugement n’est pas bon » (Proverbes 24,23).
Chémot · RABBÉNOU BÉ’HAYÉ
Chémot 21:1–24:18 · 184 entrées de commentaire
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גם אלה לחכמים הכר פנים במשפט בל טוב (משלי כד, כג)
« Ceux-ci aussi sont pour les sages : faire acception de personne dans le jugement n’est pas bon » (Proverbes 24,23).
שלמה המלך ע"ה סדר משליו והוכיח בדבריו בראש הספר ועד כאן לכלל הפתאים והנערים וכן הודיע בראש הספר כי משליו לתת לפתאים ערמה לנער דעת ומזמה, ועתה יוכיח לחכמים ליושבים על המשפט זהו שאמר (משלי כ״ד:כ״ג) גם אלה כלומר גם המשלים האלה לחכמים להוכיח אותם בהם ומה היא התוכחה הכר פנים במשפט בל טוב, יאמר אין זאת מדה טובה בחכמים שיכירו פנים במשפט ואף ע"פ שהתורה הזהירה על זה (דברים א׳:י״ז) לא תכירו פנים במשפט, חידש שלמה בזה כי התורה הזהירה ולא ענשה ובא שלמה ולמד העונש ואומר כי מלבד שהוא עובר על מצות הש"י והוא זעום ה' עוד הוא זעום הבריות כי הכל יקללו אותו, ולכך סמך לו מיד אומר לרשע צדיק אתה יקבוהו עמים יזעמוהו לאמים כי הדיין האומר לרשע בדינו צדיק אתה שמזכה אותו והוא חייב וכ"ש אם יחייב את הזכאי המון העם יזעמוהו וירחיקוהו בהטותו המשפט.
Le roi Shelomo, paix sur lui, arrangea ses proverbes et fit des reproches dans ses paroles, depuis le début du livre jusqu’ici, à l’ensemble des simples et des jeunes ; et de même il fit connaître au début du livre que ses proverbes sont « pour donner aux simples du discernement, au jeune homme de la connaissance et de la réflexion » ; et maintenant il fera des reproches aux sages qui siègent au jugement ; c’est ce qu’il dit (Proverbes 24,23) « ceux-ci aussi », c’est-à-dire : aussi ces paraboles-ci sont pour les sages, pour leur faire des reproches par elles ; et quel est le reproche ? « Faire acception de personne dans le jugement n’est pas bon » ; il dira : ce n’est pas une bonne qualité chez les sages de faire acception de personne dans le jugement ; et bien que la Torah ait averti à ce sujet (Deutéronome 1,17) « vous ne ferez pas acception de personne dans le jugement », Shelomo innova en cela que la Torah avait averti sans punir, et Shelomo vint enseigner la punition, et il dit que, outre qu’il transgresse le commandement du Nom et est maudit de l’Éternel, il est encore maudit des créatures, car tous le maudiront ; c’est pourquoi il rattacha aussitôt (Proverbes 24,24) « celui qui dit au méchant : tu es juste, les peuples le maudiront, les nations l’abhorreront » : car le juge qui dit au méchant, dans son jugement, « tu es juste », en l’acquittant alors qu’il est coupable, et a fortiori s’il condamne l’innocent, la multitude le maudira et l’éloignera, du fait qu’il a faussé le jugement.
ולפי שהתורה מבראשית עד לעיני כל ישראל תלויה במשפט לכך אמר בל טוב ולא אמר לא טוב כענין שכתוב (תהילים קמ״ז:כ׳) ומשפטים בל ידעום.
Et parce que la Torah, depuis Bereshit jusqu’à « aux yeux de tout Israël », dépend du jugement, il dit « bal tov » et il n’a pas dit « lo tov », selon ce qui est écrit (Psaumes 147,20) « et les jugements, ils ne les ont pas connus (bal yeda‘oum) ».
וידוע כי המשפט מכון כסא הכבוד שנאמר (שם פט) צדק ומשפט מכון כסאך ומי שהוא מעמיד המשפט מעמיד הכסא ומי שהוא מטה המשפט ופוגם אותו פוגם הכסא, ועל כן הזכיר בל טוב איננו זוכה לטוב הצפון שכתוב בו (שם לא) מה רב טובך אשר צפנת וגו', ולמדנו שלמה בזה כי המכיר פנים במשפט הוא נענש בעוה"ז ובעוה"ב, המשפט הוא סבת השלום ולכך מצינו ביתרו אותה עצה שנתן למשה בדבר המשפט שהזכיר בה שלום הוא שכתוב (שמות י״ח:כ״ג) אם את הדבר הזה תעשה וצוך אלהים וגו' על מקומו יבא בשלום והשלום הוא קיום העולם ועל כן המשפט נמסר לחכמים כי החכמים מרבים שלום בעולם ולפיכך אסור להביא המשפט כי אם לפני חכמי ישראל, וזהו שכתוב.
Et il est connu que le jugement est l’assise du trône de gloire, comme il est dit (Psaumes 89,15) « la justice et le jugement sont l’assise de Ton trône » ; et celui qui établit le jugement établit le trône, et celui qui fausse le jugement et le déprécie déprécie le trône ; et c’est pourquoi il mentionna « bal tov » : il ne mérite pas le bien caché dont il est écrit (Psaumes 31,20) « que Ta bonté est grande, que Tu as cachée, etc. » ; et Shelomo nous enseigna par là que celui qui fait acception de personne dans le jugement est puni dans ce monde et dans le monde à venir. Le jugement est la cause de la paix, et c’est pourquoi nous trouvons chez Yitro ce conseil qu’il donna à Moshé sur l’affaire du jugement, où il mentionna la paix, comme il est écrit (Exode 18,23) « si tu fais cette chose, et que Dieu te l’ordonne, etc., tout ce peuple aussi viendra à son lieu en paix » ; et la paix est la subsistance du monde, et c’est pourquoi le jugement est remis aux sages, car les sages multiplient la paix dans le monde ; et c’est pourquoi il est interdit de porter le jugement ailleurs que devant les sages d’Israël ; et c’est ce qui est écrit.
ואלה המשפטים אשר תשים לפניהם. דרשו רז"ל במסכת גיטין פרק המגרש לפניהם ולא לפני הדיוטות, ופירש רש"י ז"ל שם בפירושיו לפניהם, לפני שבעים סנהדרין שעמדו בהר קודם מתן תורה כדכתיב (שמות כ״ד:א׳) ואל משה אמר עלה אל ה' אתה ואהרן וגו', ומסיק התם דאע"ג דאנן הדיוטות אנן שליחותייהו קא עבדינן, ולפי שהיה הכתוב ראוי לומר אשר תשים להם כענין שכתוב (שם טו) שם שם לו חק ומשפט לכך הוצרכו רז"ל לדרוש כן לפניהם ולא לפני כותים להורות שאסור ללכת ולדון בערכאות של כותים ואפילו היו דיניהם כדינינו.
« Et voici les jugements que tu placeras devant eux » (Exode 21,1). Nos Sages de mémoire bénie interprétèrent dans le traité Guittin, au chapitre « Ha-megaresh » : « devant eux » et non devant des juges non investis de l’ordination (hedyotot) ; et Rashi, de mémoire bénie, expliqua là dans ses commentaires « devant eux » : devant les soixante-dix du Sanhédrin qui se tenaient sur la montagne avant le don de la Torah, comme il est écrit (Exode 24,1) « et à Moshé Il dit : monte vers l’Éternel, toi et Aharon, etc. » ; et la Guemara conclut là que, bien que nous soyons des juges sans cette ordination, nous agissons comme leurs délégués ; et parce que l’Écriture aurait dû dire « que tu placeras pour eux », selon ce qui est écrit (Exode 15,25) « là Il lui plaça (sam sham lo) une loi et un jugement », c’est pourquoi nos Sages de mémoire bénie durent interpréter ainsi : « devant eux » et non devant des Kouthéens, pour enseigner qu’il est interdit d’aller et de plaider dans les tribunaux des Kouthéens, même si leurs lois sont comme nos lois.
וידוע כי כל המניח דיני ישראל ודן בערכאות של כותים הנה זו עברה אחת שהיא חומר לכמה עברות כי משרשה יפרו וירבו ענפי חטאים גדולים גם בכנפיה נמצאו נזקים ומכשלות הרבה עד לאין קץ, ואבאר לך כיצד.
Et il est connu que quiconque abandonne les jugements d’Israël et plaide dans les tribunaux des Kouthéens, voici une seule faute qui est le poids de plusieurs fautes, car de sa racine se multiplient et croissent les branches de grands péchés ; dans ses ailes aussi se trouvent beaucoup de dommages et d’achoppements, sans fin ; et je t’expliquerai comment.
ידוע כי הרציחה מן העברות החמורות שבתורה והעונש גדול וחמור מאד לפי שהוא שופך דם האדם ומאבד נפש אחת מן העולם ולא אבד את הנרצח לבדו כי אם העתידים לצאת ממנו ואין להם סוף שהרי אדם הראשון יחידי היה וכל הבריות של שבעים לשון שיש בעולם כלן תולדותיו ואם כן הרי לך כל המאבד נפש אחת כאלו אבד עולם מלא, וכן לענין ההצלה והטובה כל המקיים נפש אחת כאלו קיים עולם מלא, הא למדת כמה גדול עון הרציחה.
Il est connu que le meurtre est parmi les fautes graves de la Torah, et le châtiment en est grand et très lourd, car il verse le sang de l’homme et fait périr une âme du monde, et il n’a pas fait périr le seul assassiné mais ceux qui devaient sortir de lui, et il n’y a pas de fin à eux ; car Adam le premier était seul, et toutes les créatures des soixante-dix langues qui sont dans le monde sont toutes ses descendances ; et si c’est ainsi, voici que quiconque fait périr une seule âme, c’est comme s’il avait fait périr un monde entier ; et de même pour le sauvetage et le bien : quiconque fait vivre une seule âme, c’est comme s’il avait fait subsister un monde entier. Tu as donc appris combien est grande la faute du meurtre.
אע"פ שעון הרציחה חמור עון הגזל וחלול ה' חמור ממנו כי הרוצח נמחל לו בתשובה וכמו שמצינו בקין ולא כן הגזל אין התשובה מועילה לו עד שיחזיר הגזל ואם אינו מחזירו אינו נמחל לו לעולם, וכן חלול השם אין התשובה מועילה בו כי הוא חמור יותר מכריתות ומיתות ב"ד שכן דרשו רז"ל עבר על כריתות ומיתות ב"ד ועשה תשובה תשובה ויום הכפורים תולין ויסורין ממרקין שנאמר (תהלים פט) ופקדתי בשבט פשעם ובנגעים עונם אבל מי שיש בידו חלול השם אין כח בתשובה לתלות ולא ביום הכפורים לכפר ולא ביסורין למרק אלא כלן תולין ומיתה ממרקת שנאמר (ישעיהו כ״ב:י״ד) ונגלה באזני ה' צבאות אם יכופר וגו', ושתי עברות אלו החמורות יותר מן הרציחה והן הגזל וחלול השם שתיהן נכללות בעון ערכאות של כותים.
Bien que la faute du meurtre soit grave, la faute du vol et la profanation du Nom sont plus graves qu’elle ; car au meurtrier il est pardonné par la repentance, comme nous le trouvons pour Qayin ; mais il n’en est pas ainsi du vol : la repentance ne lui sert pas jusqu’à ce qu’il restitue le vol, et s’il ne le restitue pas il ne lui est jamais pardonné ; et de même pour la profanation du Nom, la repentance n’y sert pas, car elle est plus grave que les karet et les peines de mort du tribunal, car ainsi interprétèrent nos Sages de mémoire bénie : si l’on a transgressé des karet et des peines de mort du tribunal et fait repentance, la repentance et Yom Kippour suspendent le châtiment, et les souffrances purifient, comme il est dit (Psaumes 89,33) « et Je visiterai leur transgression avec la verge et leur faute avec des plaies » ; mais celui qui a sur lui une profanation du Nom, la repentance n’a pas la force de suspendre, ni Yom Kippour d’expier, ni les souffrances de purifier, mais tous suspendent, et la mort purifie, comme il est dit (Isaïe 22,14) « et il fut révélé à mes oreilles, de l’Éternel des armées : ce péché ne vous sera pas expié, etc. » ; et ces deux fautes plus graves que le meurtre, qui sont le vol et la profanation du Nom, sont toutes deux comprises dans la faute des tribunaux des Kouthéens.
חלול השם שהרי זה בודאי מחלל את השם ונותן כבוד לאחר ותהלתו לפסילים והוא מיקר שם ע"ג להחשיב אותה ואמר הכתוב (דברים ל״ב:ל״א) כי לא כצורנו צורם ואויבינו פלילים כלומר כשאויבינו פלילים, והוי למבוכה הזאת ולשכרות הגדול הזה במקום שיודעים זה ועוברין וכענין שאמר הנביא (ישעיהו כ״ט:ט׳) שכרו ולא יין נעו ולא שכר שהרי הם מניחים העיקר ונותנים לע"ג מוהר וחשיבות, והוא שאמר דוד ע"ה (תהילים ט״ז:ד׳) ירבו עצבותם אחר מהרו כלומר מניחים העיקר ונותנים מוהר לאל אחר לעבדו.
Profanation du Nom : car assurément celui-ci profane le Nom et donne de l’honneur à un autre, et sa louange aux idoles, et il rend précieux le nom de l’idolâtrie pour la faire considérer ; et l’Écriture dit (Deutéronome 32,31) « car leur rocher n’est pas comme notre Rocher, et nos ennemis sont juges », c’est-à-dire quand nos ennemis sont juges ; et malheur à cette confusion et à cette grande ivresse, en un lieu où ils savent cela et transgressent, et comme dit le prophète (Isaïe 29,9) « ils sont ivres, mais non de vin, ils titubent, mais non de boisson forte », car ils laissent l’essentiel et donnent à l’idolâtrie dot et considération ; et c’est ce que dit David, paix sur lui (Psaumes 16,4) « leurs idoles se multiplieront, ceux qui courent après un autre » (ou « qui donnent une dot [mohar] à un autre ») : ils laissent l’essentiel et donnent une dot à un autre dieu pour le servir.
גזל שכל המניח דיני ישראל ומוציא בערכאות של כותים הרי זה גזל גמור ואינו חושבו לגזל ועל כן אינו מחזיר ולפיכך אין לו מחילה לעולם. ומה שהזכיר לשון תשים ללמד שצריך השופט להשים לפני בעל הדין אותה ראיה שהוא דן בו ושהוא מוציא את הדין ממנה וכן אמרו רז"ל כתבו לי מאיזה טעם דנתוני כותבין ונותנין לו.
Vol : car quiconque abandonne les jugements d’Israël et obtient un prélèvement de biens par les tribunaux des Kouthéens, voici un vol complet, et il ne le considère pas comme un vol, et c’est pourquoi il ne restitue pas, et c’est pourquoi il n’a jamais de pardon. Et ce qu’Il mentionna l’expression « tasim » (tu placeras) enseigne qu’il faut que le juge place devant le plaideur l’argument sur lequel il juge et à partir duquel il rend le jugement ; et ainsi dirent nos Sages de mémoire bénie : écrivez-moi pour quelle raison ils m’ont jugé, on l’écrit et on le lui donne.
ובמדרש ואלה המשפטים אשר תשים לפניהם כל מקום שנאמר אלה פסל את הראשונים (בראשית ב׳:ד׳) אלה תולדות השמים והארץ פסל את הראשונים אמר דין הניין לי ודין לא הניין לי. (שם ו) אלה תולדות נח פסל את הראשונים אלו דור אנוש ודור המבול. (שם לז) אלה תולדות יעקב, פסל אלופי עשו. כ"מ שנאמר ואלה מוסיף על הראשונים, (שמות א׳:א׳) ואלה שמות בני ישראל מוסיף על מעלת בני ראובן בני שמעון. אף כאן ואלה המשפטים מוסיף על הראשונים מה הראשונים מסיני אף אלו מסיני.
Et dans le Midrash : « Et voici les jugements que tu placeras devant eux » : partout où il est dit « elleh » (voici), il écarte les premiers (Genèse 2,4) « elleh toledot ha-shamayim ve-ha-arets » écarte les premiers : il dit : ceux-ci Me plaisent et ceux-là ne Me plaisent pas. (Genèse 6,9) « Elleh toledot Noah » écarte les premiers : ce sont la génération d’Enosh et la génération du Déluge. (Genèse 37,2) « Elleh toledot Yaakov » écarte les ducs d’Esav. Partout où il est dit « ve-elleh » (et voici), il ajoute aux premiers : (Exode 1,1) « Ve-elleh shemot bnei Yisra’el » ajoute à la supériorité des fils de Reouven, des fils de Shim‘on. Ici aussi, « ve-elleh ha-mishpatim » ajoute aux premiers : de même que les premiers viennent du Sinaï, de même ceux-ci viennent du Sinaï.
התורה דינין מלפניה ודינין מאחריה והתורה באמצע, דינין מלפניה הוא שכתוב למעלה (שם טו) שם שם לו חק ומשפט ועוד (שם יח) ושפטו את העם בכל עת, דינין מאחריה ואלה המשפטים ועשרת הדברות באמצע הוא דכתיב (משלי ח׳:י״ט-כ׳) בארח צדקה אהלך בתוך נתיבות משפט, ד"א (תהילים קמ״ז:י״ט) מגיד דבריו ליעקב חקיו ומשפטיו לישראל, מגיד דבריו ליעקב אלו עשרת הדברות, חקיו ומשפטיו לישראל ואלה המשפטים, לא עשה כן לכל גוי ומשפטים וגו', לא נתן הכל אלא לישראל אדם הראשון נצטוה בשש מצות בא נח הוסיף לו שביעית זה אבר מן החי, בא אברהם הוסיף שמינית זו מילה, בא יעקב הוסיף לו תשיעית זו גיד הנשה, באו ישראל נתן להם עשרת הדברות נתן להם את הכל, וזהו שכתוב (במדבר ז׳:י״ד) כף אחת עשרה זהב מלאה קטרת, זו התורה שנתנה מכף ידו של הקב"ה לכף ידו של משה והיא תורה אחת והם עשרת הדברות מלאה קטרת בגימט' תרי"ג בחלוף קו"ף בדל"ת באותיות א"ת ב"ש.
La Torah a des jugements avant elle et des jugements après elle, et la Torah est au milieu : des jugements avant elle, ce qui est écrit plus haut (Exode 15,25) « là Il lui plaça une loi et un jugement », et encore (Exode 18,22) « et ils jugeront le peuple en tout temps » ; des jugements après elle : « Et voici les jugements » ; et les Dix Paroles sont au milieu, comme il est écrit (Proverbes 8,20) « sur le chemin de la justice je marche, au milieu des sentiers du jugement ». Autre explication (Psaumes 147,19) « Il annonce Ses paroles à Yaakov, Ses lois et Ses jugements à Israël » : « Il annonce Ses paroles à Yaakov » : ce sont les Dix Paroles ; « Ses lois et Ses jugements à Israël » : « Et voici les jugements » ; « Il n’a pas fait ainsi pour toute nation, et les jugements, etc. » : Il ne donna tout qu’à Israël. Adam le premier fut ordonné de six commandements ; Noé vint et Il lui ajouta un septième : le membre d’un animal vivant ; Avraham vint et Il ajouta un huitième : la circoncision ; Yaakov vint et Il lui ajouta un neuvième : le nerf sciatique ; Israël vint, Il leur donna les Dix Paroles, Il leur donna le tout ; et c’est ce qui est écrit (Nombres 7,14) « une cuiller de dix [shekels] d’or, pleine d’encens » : c’est la Torah qui fut donnée de la paume (kaf) du Saint, béni soit-Il, à la paume (kaf) de Moshé ; et c’est une Torah unique, et ce sont les Dix Paroles ; « pleine d’encens (qetoret) » : en guematria six cent treize, par l’échange du qof avec le dalet dans le système at-bash.
כשעמדו על הר סיני ואמרו כל אשר דבר ה' נעשה ונשמע אמר להם הרי כל התורה נתנה לכם הוי אומר לא עשה כן לכל גוי ומשפטים וגו', ר' אליעזר אומר אם יש דין למטה אין דין למעלה אין דין למטה יש דין למעלה כיצד אם יעשו התחתונים משפט אינו נעשה מלמעלה אמר הקב"ה אלו הייתי מבקש שעה אחת לעבור את הדין לא יהיה העולם יכול לעמוד שהרי אמר ישעיה ע"ה (ישעיהו כ״ז:ד׳) אפשעה בה אציתנה יחד, אם אני פוסע בדין פסיעה אחת אשרוף העולם כולו, למה או (שם) יחזק במעוזי יעשה שלום לי שלום יעשה לי, כלומר או יחזיקו בדיני התורה, וכן דרז"ל לא אבדו ישראל אלא בשביל התורה ומשפט שנאמר (איוב ד׳:כ׳) מבקר לערב יוכתו מבלי משים, אלה המשפטים אשר תשים לנצח יאבדו.
Quand ils se tinrent sur le mont Sinaï et dirent « tout ce que l’Éternel a dit, nous le ferons et nous l’entendrons » (Exode 24,7), Il leur dit : voici que toute la Torah vous a été donnée ; dis donc : « Il n’a pas fait ainsi pour toute nation, et les jugements, etc. ». R. Eliezer dit : s’il y a jugement en bas, il n’y a pas de jugement en haut ; s’il n’y a pas de jugement en bas, il y a jugement en haut. Comment ? Si les êtres d’en bas rendent le jugement, il n’est pas rendu d’en haut. Le Saint, béni soit-Il, dit : si Je cherchais à transgresser le jugement une seule heure, le monde ne pourrait subsister ; car Yeshayahou, paix sur lui, a dit (Isaïe 27,4) « je marcherais contre elle, je l’embraserais tout ensemble » : si Je fais un pas dans le jugement, je brûlerai le monde entier. Pourquoi ? Ou (ibid.) « qu’il saisisse Ma force, qu’il fasse paix avec Moi, paix qu’il fasse avec Moi » ; c’est-à-dire : ou ils s’attachent aux jugements de la Torah. Et de même nos Sages de mémoire bénie interprétèrent : Israël ne périt qu’à cause de la Torah et du jugement, comme il est dit (Job 4,20) « du matin au soir ils sont écrasés, sans que personne y prenne garde » : « voici les jugements que tu placeras » : sans les placer, ils périssent pour toujours.
אשר תשים לפניהם. זכה נעשה לו סם חיים לא זכה נעשה לו סם המות. ובאור זה שלכך הזכיר לשון תשים מלשון סם להורות שאם הדיין שופט בצדק הוא לו סם חיים ואם לא, נעשה לו סם המות. ודומה לזה מה שדרשו רז"ל בפסוק (דברים י״א:י״ח) ושמתם את דברי אלה, מלשון סם הוא שאמרו זכה אדם בדברי תורה נעשים לו סם חיים לא זכה נעשים לו סם מות.
« Que tu placeras (tasim) devant eux » : s’il a mérité, cela devient pour lui un remède de vie ; s’il n’a pas mérité, cela devient pour lui un poison de mort. Et l’explication de cela est que c’est pourquoi il mentionna l’expression « tasim », de l’expression « sam » (drogue, remède), pour enseigner que si le juge juge avec justice, c’est pour lui un remède de vie, et sinon, cela devient pour lui un poison de mort. Et semblable à cela ce qu’interprétèrent nos Sages de mémoire bénie au verset (Deutéronome 11,18) « et vous placerez (ve-samtem) ces Mes paroles » : de l’expression « sam » ; ils dirent : si l’homme a mérité, les paroles de la Torah deviennent pour lui un remède de vie ; s’il n’a pas mérité, elles deviennent pour lui un poison de mort.
כי תקנה עבד עברי. כוונה תורה להתחיל הדין הראשון בעבד עברי מפני שיש בו זכר ליציאת מצרים וזכר למעשה בראשית, זכר ליציאת מצרים שהיו ישראל עבדים להם והקב"ה הוציאם מתוכם להיות עבדים לו לבדו והוא שכתוב (ויקרא כ״ה:נ״ה) כי לי בני ישראל עבדים עבדי הם אשר הוצאתי אותם מארץ מצרים, והזכיר בדינים דין עבד עברי ראשון כשם שהזכיר בדברות אשר הוצאתיך מארץ מצרים מבית עבדים דבור ראשון, זכר למעשה בראשית כי כשם שהשבת הוא זכר למעשה בראשית שהש"י ברא עולמו בששת ימים ויום השביעי הוא יום מנוחה כן הדין הזה זכר למעשה בראשית כי השנה השביעית לעבד זמן המנוחה ממלאכת האדון כמו יום השביעי כי השביעיות נבחרות לעולם, בימים, ובשנים, ובשבועי השנים, בימים יום השביעי שהוא שבת, ובשנים השנה השביעית שהוא שמטה ג"כ נקראת שבת, ובשבועי השנים שמטה שביעית והיא מצות יובל, וכל זה עיקר אחד נובע ממקור אחד והוא סוד ימות העולם הנזכר בפרשת בראשית עד ויכלו.
« Si tu achètes un serviteur hébreu » (Exode 21,2). La Torah visa à commencer la première loi par le serviteur hébreu parce qu’il y a en lui un souvenir de la sortie d’Égypte et un souvenir de l’œuvre de la création : un souvenir de la sortie d’Égypte, car Israël étaient serviteurs d’eux, et le Saint, béni soit-Il, les fit sortir de chez eux pour être serviteurs de Lui seul, et c’est ce qui est écrit (Lévitique 25,55) « car à Moi les fils d’Israël sont serviteurs, Mes serviteurs ils sont, que J’ai fait sortir du pays d’Égypte » ; et Il mentionna, dans les lois, la loi du serviteur hébreu en premier, de même qu’Il avait mentionné dans les Dix Paroles « qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude » en première parole ; un souvenir de l’œuvre de la création : car de même que le Shabbat est un souvenir de l’œuvre de la création, parce que le Nom, béni soit-Il, créa Son monde en six jours et que le septième jour est le jour du repos, de même cette loi est un souvenir de l’œuvre de la création, car la septième année est, pour le serviteur, le temps du repos du travail du maître, comme le septième jour ; car les septièmes sont choisis pour le monde : dans les jours, dans les années et dans les semaines d’années ; dans les jours : le septième jour, qui est le Shabbat ; dans les années : la septième année, qui est la shemitta, aussi appelée « Shabbat » ; et dans les semaines d’années : la septième shemitta, qui est le commandement du yovel ; et tout cela est un principe unique qui jaillit d’une source unique, et c’est le secret des jours du monde mentionnés dans la section Bereshit, jusqu’à « Et ils furent achevés ».
שש שנים יעבד. בעבד שמכרוהו ב"ד בגנבתו הכתוב מדבר כמו שנאמר (שמות כ״ב:ב׳) אם אין לו ונמכר בגנבתו. והזכיר יעבוד לא עבודה כבדה ולא עבודה של בזיון שהרי הקישתו תורה לשכיר שנאמר (ויקרא כ״ה:מ׳) כשכיר כתושב יהיה עמך, מה שכיר באומנותו אף זה באומנותו ומה שכיר ביום ולא בלילה אף זה ביום ולא בלילה.
« Six ans il servira » (Exode 21,2). L’Écriture parle d’un serviteur que le tribunal a vendu pour son vol, comme il est dit (Exode 22,2) « s’il n’a rien, il sera vendu pour son vol ». Et il mentionna « ya‘avod » (il servira) : ni un service pénible, ni un service d’humiliation, car la Torah l’a assimilé à un salarié, comme il est dit (Lévitique 25,40) « comme un salarié, comme un résident, il sera avec toi » : de même que le salarié travaille dans son métier, de même celui-ci dans son métier ; et de même que le salarié travaille de jour et non de nuit, de même celui-ci de jour et non de nuit.
ובשביעית שביעית למכירה שנאמר שש שנים יעבוד ולא שביעית לשמטה. לחפשי . מלמד שאינו צריך גט חרות.
Et à la septième : septième à la vente, car il est dit « six ans il servira », et non septième à la shemitta. « Pour être libre (le-hofshi) » : cela enseigne qu’il n’a pas besoin d’acte de libération (get herout).
חנם שאם חלה העבד ברשותו אינו יכול לומר לו תן לי מעות כנגד שכר בטולך או שכר מזונות ושכר הרופא לכך כתיב חנם חנם בלא מעות ובלבד שלא יחלה יותר מג' שנים שהרי זה חייב להשלים לפי שהתורה הקישתו לשכיר וכתיב (ישעיהו ט״ז:י״ד) בשלש שנים כשני שכיר וכתיב (דברים ט״ו:י״ח) כי משנה שכר שכיר וגו'.
« Gratuitement (hinnam) » : de sorte que si le serviteur est tombé malade chez son maître, il ne peut pas lui dire : donne-moi de l’argent pour compenser ton interruption de travail, ou pour payer ta nourriture et les frais du médecin ; c’est pourquoi il est écrit « hinnam » : gratuitement, sans argent ; à condition que sa maladie n’ait pas dépassé trois ans ; au-delà, il est tenu de compléter le temps de service, parce que la Torah l’a assimilé au salarié, et il est écrit (Isaïe 16,14) « dans trois ans, comme les années d’un salarié », et il est écrit (Deutéronome 15,18) « car c’est le double du salaire d’un salarié, etc. ».
אם בגפו יבא. כלומר אם אין לו אשה עדיין אלא הוא פנוי אין לו לישא בת ישראל והוא בעבדות שאין לו ממון להספיק לה שאר כסות ועונה אלא עד שישלים ויצא לכך הוצרך הכתוב לומר בגפו יצא. וכן אין רבו מוסר לו שפחה כנענית כיון שנכנס שם בלא אשה שהרי מצות התורה הוא שיצא העבד מרשותו כמו שנכנס אם נכנס פנוי יוצא פנוי ואין רבו מוסר לו שפחה כנענית [ואם נכנס נשוי שיש לו אשה ישראלית אז יכול רבו למסור לו שפחה כנענית] זהו שאמר אם אדוניו יתן לו אשה. או יהיה ענין בגפו בגופו כלומר שלם בגופו כמו שבא כן יצא שאינו יוצא בשן ועין ובראשי אברים כעבד כנעני.
« S’il vient seul (be-gappo) » (Exode 21,3). C’est-à-dire : s’il n’a pas encore de femme mais est célibataire, il ne doit pas épouser une fille d’Israël pendant qu’il est en servitude, car il n’a pas les moyens d’assurer ses obligations de nourriture, de vêtement et de vie conjugale ; il doit attendre d’avoir achevé son service et d’être sorti ; c’est pourquoi l’Écriture dut dire « be-gappo yetse » (seul il sortira). Et de même son maître ne lui remet pas une servante cananéenne, puisqu’il est entré là sans femme ; car c’est un commandement de la Torah que le serviteur sorte de chez lui comme il est entré : s’il est entré célibataire, il sort célibataire, et son maître ne lui remet pas de servante cananéenne [et s’il est entré marié, ayant une femme israélite, alors son maître peut lui remettre une servante cananéenne] ; c’est ce qu’il dit « si son maître lui donne une femme ». Ou bien le sens de « be-gappo » sera « be-gufo » (dans son corps) : c’est-à-dire entier dans son corps ; comme il est venu ainsi il sortira, car il ne sort pas au moyen d’une dent ou d’un œil et des principaux membres, comme le serviteur cananéen.
ודע כי עבד עברי קונה עצמו בד' דברים ואלו הן, ו' שנים, יובל, מיתת האדון, גרעון כסף, והנרצע קונה עצמו בשני דברים, ביובל, ובמיתת האדון, והאמה בה' דברים, שיוצאת בסימנין. ואינה נרצעת.
Et sache que le serviteur hébreu s’acquiert lui-même par quatre choses, et ce sont : six ans, le yovel, la mort du maître, le rachat du temps de service restant (gir‘on kesef) ; et celui dont l’oreille est percée s’acquiert lui-même par deux choses : par le yovel et par la mort du maître ; et la servante (ama), par cinq choses : elle sort par les signes [de puberté] ; et elle n’a pas l’oreille percée.
ואם אמר יאמר העבד. דרשו רז"ל בכפל לשון זה עד שיאמר וישנה. העבד כשהוא עבד, פרט לאומר בסוף שאינו עבד.
« Et si le serviteur dit et redit » (Exode 21,5). Nos Sages de mémoire bénie interprétèrent dans ce redoublement d’expression : jusqu’à ce qu’il le dise et le répète. « Le serviteur » : lorsqu’il est serviteur, à l’exclusion de celui qui le déclare une fois le service achevé, alors qu’il n’est plus serviteur.
אהבתי את אדוני. רבו אוהבו והוא אינו אוהבו אינו נרצע, הוא אוהב את רבו ורבו אינו אוהבו אינו נרצע שנאמר (דברים ט״ו:ט״ז) כי טוב לו עמך, רבו חולה והוא אינו חולה אינו נרצע שנאמר עמך, הוא חולה ורבו אינו חולה אינו נרצע שנאמר כי טוב לו.
« J’aime mon maître » (Exode 21,5). Son maître l’aime et lui ne l’aime pas : il n’a pas l’oreille percée ; lui aime son maître et son maître ne l’aime pas : il n’a pas l’oreille percée, comme il est dit (Deutéronome 15,16) « car il est bien chez toi » ; son maître est malade et lui n’est pas malade : il n’a pas l’oreille percée, comme il est dit « chez toi » ; lui est malade et son maître n’est pas malade : il n’a pas l’oreille percée, comme il est dit « car il est bien ».
את אשתי ואת בני. אם אין לו אשה ובנים אינו נרצע, אמר בתחלת שש ולא בסוף שש אינו נרצע דסמוך ליציאה בעינן.
« Ma femme et mes fils » (Exode 21,5). S’il n’a pas de femme et de fils, il n’a pas l’oreille percée ; s’il l’a dit au début des six ans et non à la fin des six ans, il n’a pas l’oreille percée, car nous exigeons que ce soit près de la sortie.
והגישו אל הדלת. שומע אני בין עקורה בין שאינה עקורה ת"ל מזוזה מה מזוזה מעומד אף דלת מעומד.
« Et il le fera approcher de la porte (ha-delet) » (Exode 21,6). J’entends : que ce soit une porte arrachée ou non arrachée ; l’Écriture enseigne « mezouza » : de même que le montant (mezouza) est fixé debout, de même la porte doit être en place.
ורצע אדניו. ולא בנו ולא שלוחו ולא שליח ב"ד. את אזנו. ולא אזנה שאין רציעה באשה. במרצע. ולא אמר במרצע (הב' בשו"א) משמע מיוחד שבמרצעין.
« Et son maître percera » (Exode 21,6) : et non son fils, ni son délégué, ni le délégué du tribunal. « Son oreille » : et non l’oreille de la femme, car il n’y a pas de percement pour une femme. « Avec l’alène (ba-martsea) » : il n’a pas dit « bi-martsea » (le bet avec chéva), mais l’expression indique un outil particulier parmi les alènes.
ועבדו. לו ולא לבן מכאן שהוא קונה עצמו במיתת האדון. לעולם. לעולמו של יובל כן דרשו רז"ל במסכת קדושין.
« Et il le servira (ve-‘avado) » (Exode 21,6) : lui et non son fils ; de là que le serviteur s’acquiert lui-même à la mort du maître. « Pour toujours (le-‘olam) » : jusqu’au terme du cycle, au yovel ; ainsi interprétèrent nos Sages de mémoire bénie dans le traité Kiddoushin.
ודבר ידוע הוא בנוהג שבעולם בטבע העבד שעומד ברשות אדוניו שהוא מואס את נפשו וקץ בחייו מפני עבודתו שהוא מתאוה שיהיה בן חורין, וזה שהוא חפץ שישאר בעבדותו ושיהיה עליו אדון זולתי הש"י הנה זה דבר מחודש מאד ועל כן בא הדין בזה שהאדון בעצמו אשר בחר בו העבד ואשר אהבו שיגישהו לפני ב"ד ושירצע אותו בדלת זה כדי שילקה אותו אבר שחטא ששמע בסיני לא תגנוב והלך וגנב או מפני שכתוב (ויקרא כ״ה:נ״ה) כי לי בני ישראל עבדים ולא עבדים לעבדים והלך וקנה אדון לעצמו. מכל מקום מאיזה שיהיה הרי זה נחשב לו לחטא כי יתנכר אל האדון העליון יתברך אשר הזהירו בקבלת התורה מעבדות זולתו והוא פורק ממנו עתה עול מצותו.
Et c’est une chose connue dans la conduite habituelle du monde, dans la nature du serviteur qui est dans la dépendance de son maître, qu’il méprise sa vie et est dégoûté de sa vie à cause de son service, car il désire être libre ; et que celui-ci désire demeurer en servitude et avoir sur lui un maître autre que le Nom, béni soit-Il, voici une chose tout à fait inhabituelle ; et c’est pourquoi la loi est venue sur ce point : que le maître lui-même, que le serviteur a choisi et qu’il aime, le fasse approcher devant le tribunal et lui perce l’oreille contre la porte, afin que soit frappé le membre qui a péché, qui a entendu au Sinaï « lo tignov » et est allé voler ; ou bien parce qu’il est écrit (Lévitique 25,55) « car à Moi les fils d’Israël sont serviteurs », et non serviteurs de serviteurs, et il est allé s’acquérir un maître pour lui-même. De toute façon, quelle qu’en soit la raison, cela lui est compté comme une faute, car il se rend étranger au Maître d’en haut, béni soit-Il, qui l’a averti, dans la réception de la Torah, de ne pas être serviteur d’un autre, et il rejette maintenant de lui le joug de Son commandement.
ולפי דעתי מפני זה לא אמר כי תקנה עבד ישראל והיה ראוי שיאמר כן, או שיאמר כי תקנה ישראל לעבד, בעבור כי ישראל הוא השם הנכבד שנתקיים בנו אחר מתן תורה והנה זה בא כנגד מה ששמע במתן תורה ואיננו ראוי שיקרא בשם ישראל וקראו הכתוב בשם עברי הוא שם היחס, הוא השם שהיה להם לישראל בהיותם במצרים באין תורה שנקרא אלהי העברים, ועל כן צותה התורה שילקה אבר החוטא ששמע המצוה ועבר עליה ושילקה ע"י האדון אשר בחר בו כדי שיתבאר מזה כי הוא והאדון שלו שניהם יחדו כעבד כאדוניו מוזהרים בעבודת האדון העליון יתברך אשר לו כל הממשלה והאדנות לא לבשר ודם, וזהו שאמר והגישו אדניו אל האלהים הוא מקום ב"ד שהוא מקום המשפט כי המשפט לאלהים, ואמר זה כנגד מה שהתנכר אדנות מדת הדין שהיתה מכת בכורי מצרים להציל את ישראל מעבדות.
Et selon mon avis, c’est pour cela qu’il n’a pas dit « si tu achètes un serviteur d’Israël », alors qu’il aurait fallu dire ainsi, ou dire « si tu achètes un Israël pour serviteur », parce que Israël est le nom honoré qui nous est confirmé après le don de la Torah ; et voici que celui-ci est venu à l’encontre de ce qu’il a entendu au don de la Torah et il n’est pas convenable qu’il soit appelé du nom d’Israël ; et l’Écriture l’appela du nom d’« Hébreu » (‘ivri), qui est le nom de la filiation, le nom qu’avaient Israël quand ils étaient en Égypte, sans Torah, qu’il appelle « le Dieu des Hébreux ». Et c’est pourquoi la Torah ordonna que le membre qui a péché soit frappé, celui qui a entendu le commandement et l’a transgressé, et qu’il soit frappé par l’intermédiaire du maître qu’il a choisi, afin qu’il se montre par là que lui et son maître, tous deux ensemble, le serviteur comme son maître, sont avertis du service du Maître d’en haut, béni soit-Il, à qui appartiennent toute domination et maîtrise, et non à un être de chair et de sang ; et c’est ce qu’il dit « et son maître le fera approcher de Dieu (ha-Elohim) », c’est-à-dire le lieu du tribunal, qui est le lieu du jugement, car le jugement est à Dieu ; et il dit cela à l’encontre de ce qu’il a renié : la maîtrise de l’attribut de rigueur, qui fut la plaie des premiers-nés d’Égypte pour sauver Israël de la servitude.
וחזר ופירש עוד והגישו אל הדלת או אל המזוזה כנגד מה שהתנכר אות הדם שעל הפתחים על המשקוף ועל שתי המזוזות שבו יצאו ישראל מעבדות לחרות לכך ורצע אדניו את אזנו ויוצא דם ממנו והכל מדה כנגד מדה. ואע"פ שאין הוצאת הדם מן האוזן מעכב שהרי אם נקב את אזנו בסם יצא מ"מ רוב הנרצעים אינן בסם ודם יוצא מהם, ונקרא שם הכלי מרצ"ע והוא בגימט' ת' כי הוא כנגד מה שרצה להוסיף על עבדות ת' שנה של מצרים.
Et il revint et expliqua encore : « et il le fera approcher de la porte ou du montant » (mezouza), à l’encontre de ce qu’il a renié : le signe du sang qui était sur les portes, sur le linteau et sur les deux montants, par quoi Israël sortit de la servitude à la liberté ; c’est pourquoi « et son maître lui percera l’oreille » et il en sort du sang, et tout cela est mesure pour mesure. Et bien que la sortie du sang de l’oreille ne soit pas indispensable, puisque s’il a percé son oreille avec une drogue, il s’acquitte, néanmoins la plupart de ceux dont l’oreille est percée ne le sont pas par une drogue, et du sang sort d’eux ; et le nom de l’instrument est « martsea‘ », qui vaut 400 en guematria, car il correspond à ce qu’il a voulu ajouter à la servitude : les quatre cents ans de l’Égypte.
ואמרו במדרש והגישו אל הדלת אמר הקב"ה אני פתחתי לו פתח הבית לצאת חפשי והוא סגר עליו פתח הבית להיות עבד לפיכך ילקה בפתח.
Et ils dirent dans le Midrash : « et il le fera approcher de la porte » : le Saint, béni soit-Il, dit : J’ai ouvert pour lui la porte de la maison pour qu’il sorte libre, et lui a fermé sur lui la porte de la maison pour être serviteur ; c’est pourquoi il sera frappé à la porte.
ויש להבין עוד כי יש במלת הדלת סוד וע"כ נזכרת המלה בלשון ידיעה והגישו אל הדלת וכן מצינו במשנה תורה (דברים ט״ו:י״ז) ונתתה באזנו ובדלת, והוא כי הדלת מקום כניסה לבית שאי אפשר להכנס בבית כ"א בדלת ולשון דלת מלשון אות דל"ת של פסוק שמע שהיא כנסת ישראל, והוא השער לה' אשר צדיקים יבאו בו. ומה שאמר אל המזוזה הוא מספר (*ר"ל מזוזה בגימטריא אדני:) הכנוי וזה מבואר, והעבד העברי הזה לא ידע ולא יבין את זאת והחליף אדנות קדש באדנות חול, וע"כ באה המצוה שיעבוד אדוניו עד הזמן אשר בו כל המושלים והאדונים בעליונים ובשפלים יכרעו לפני אדוני האדונים ויכירו הכל כי לה' הארץ ומלואה.
Et il faut comprendre encore qu’il y a dans le mot « ha-delet » (la porte) un secret, et c’est pourquoi le mot est mentionné sous forme déterminée : « et il le fera approcher de la porte » ; et ainsi nous trouvons dans Mishné Torah (Deutéronome 15,17) « et tu le mettras à son oreille et à la porte » ; c’est que la porte est le lieu d’entrée dans la maison, car il est impossible d’entrer dans une maison sinon par la porte ; et l’expression « delet » est de l’expression de la lettre dalet du verset « Shema », qui est Keneset Israël, et elle est la porte de l’Éternel, par laquelle entrent les justes. Et ce qu’il dit « vers la mezouza » correspond à la valeur numérique de l’appellation divine [la glose de la source précise : « mezouza » et « Adonay » ont la même guematria], et cela est clair. Et ce serviteur hébreu ne sut ni ne comprit cela, et il échangea la maîtrise sainte contre une maîtrise profane ; et c’est pourquoi le commandement est venu qu’il serve son maître jusqu’au temps où tous les dominateurs et les maîtres, dans les cieux et sur la terre, s’inclineront devant le Maître des maîtres, et où tous reconnaîtront que « à l’Éternel est la terre et ce qui la remplit ».
ועבדו לעולם. קבלו רז"ל כי הוא עולמו של יובל הוא שנת החמשים כי זמן חמשים שנה נקרא עולם שכן מצינו בשמואל הרמתי (שמואל א א׳:כ״ב) וישב שם עד עולם והוא עולמו של לוי, שנאמר (במדבר ח׳:כ״ד) מבן חמש ועשרים שנה ועד בן חמשים שנה וכל ימיו של שמואל לא היו אלא חמשים ושתים שנה ושתי שנים היו לו אותה שעה. והדין הזה ביובל בין שיהיה הזמן קרוב או רחוק.
« Et il le servira pour toujours (le-‘olam) » (Exode 21,6). Nos Sages de mémoire bénie reçurent que c’est le monde du yovel, qui est l’année cinquantième ; car un temps de cinquante ans est appelé « ‘olam », comme nous trouvons à propos de Shemouel de Rama (I Samuel 1,22) « et il demeurera là pour toujours (‘ad ‘olam) » ; et c’est le « ‘olam » de Lévi, comme il est dit (Nombres 8,24) « depuis vingt-cinq ans et au-dessus jusqu’à cinquante ans » ; et tous les jours de Shemouel ne furent que cinquante-deux ans, et il avait deux ans à ce moment-là. Et cette règle vaut au yovel, que le temps soit proche ou éloigné.
או יהיה טעם לעולם כל ימי עולם כי כיון שעבד עד שנת היובל הרי הוא עבד כל ימי העולם, ובא לרמוז כי כל ימי העולם הוא היובל הגדול והוא ענין הכתוב (תהילים ק״ה:ח׳) דבר צוה לאלף דור כי דור חמשים שנה ג"כ כמו עולם וכן רמז שלמה ע"ה (קהלת א׳:ד׳) והארץ לעולם עומדת הוא עולמו של יובל העולם והבן זה. ובפרשת בהר סיני אזכיר זה בהגיעי שם בעזה"י.
Ou bien la raison de « le-‘olam » sera : tous les jours du monde ; car puisqu’il a servi jusqu’à l’année du yovel, voici qu’il a servi tous les jours du monde ; et il vient faire allusion à ce que tous les jours du monde sont le grand yovel, et c’est le sens de l’Écriture (Psaumes 105,8) « la parole qu’Il a ordonnée pour mille générations », car une génération de cinquante ans est aussi comme un ‘olam ; et de même fit allusion Shelomo, paix sur lui (Ecclésiaste 1,4) « et la terre subsiste à jamais (le-‘olam) », c’est le monde du yovel du monde ; et comprends cela. Et dans la section Behar Sinaï je mentionnerai cela, quand j’y arriverai, avec l’aide de Dieu.
וכי ימכור איש את בתו לאמה. נתנה תורה רשות לאב למכור את בתו כשהיא קטנה. לא תצא כצאת העבדים. לא תצא כצאת העבדים כנעניים שיוצאים בשן ועין. בכ"מ שמצינו עבדים או עבד ואמה סתם בכנעניים הכתוב מדבר שהרי בעברי מפורש הוא כי תקנה עבד עברי. ואזהרה זו על האדון שאם בא להוציאה מרשותו בשן ועין שהוא עובר בלאו זה אלא שיש לו לשלם לה דמי שן ועין ותשאר אצלו ליעוד עד הזמן.
« Et si un homme vend sa fille pour être servante (le-ama) » (Exode 21,7). La Torah donna au père la permission de vendre sa fille quand elle est mineure. « Elle ne sortira pas comme sortent les serviteurs » : elle ne sortira pas comme sortent les serviteurs cananéens, qui sortent au moyen d’une dent et d’un œil. Partout où nous trouvons « serviteurs » ou « serviteur et servante » sans précision, l’Écriture parle de cananéens, car pour l’hébreu, c’est explicite : « si tu achètes un serviteur hébreu ». Et cet avertissement vaut pour le maître : s’il veut la faire sortir de sa domination au moyen d’une dent et d’un œil, il transgresse cet interdit ; mais il doit lui payer le prix d’une dent et d’un œil, et elle reste chez lui destinée [au mariage] jusqu’au terme.
אם רעה בעיני אדוניה אשר לא יעדה. להיות לו לאשה. כתב הרמב"ן ז"ל כי הקונה בת ישראל לקחת לו לאשה יקנה אותה והיא מיועדת לו מן הסתם ועתה אם לא יחפוץ בה והפדה האב הנזכר כי אסור לו להניחה עוד ביד האדון מעת שאמר לא חפצתי לקחתה, ולא יכול למכרה לעם נכרי והיא מניעה לגמרי מן הנכרי שלא ימכור את בתו לכותי לשפחה שאע"פ שהתיר הכתוב זה בעבד עברי שנאמר (ויקרא כ״ה:מ״ז) ונמכר לגר תושב עמך, ובא הכתוב לבאר שלא יעשה כן באשה לפי שלא יבאו הכותים לזלזל בבנות ישראל, וזהו פשוטו של מקרא שלא ימכור אדם את בתו לכותי לשפחות, ע"כ.
« Si elle est mauvaise aux yeux de son maître qui ne l’a pas destinée » (Exode 21,8), pour être sa femme. Le Ramban, de mémoire bénie, écrivit : celui qui achète une fille d’Israël pour la prendre pour femme l’achète, et elle lui est destinée d’office ; et maintenant, s’il ne la désire pas, « et il la fera racheter » : le père mentionné, car il lui est interdit de la laisser encore entre les mains du maître à partir du moment où il a dit « je ne la désire pas pour la prendre » ; « il n’aura pas pouvoir de la vendre à un peuple étranger » : et c’est un empêchement total à l’égard de l’étranger : qu’on ne vende pas sa fille à un Kouthéen comme servante, car bien que l’Écriture ait permis cela pour le serviteur hébreu, comme il est dit (Lévitique 25,47) « et il est vendu à un étranger résident chez toi », l’Écriture vient expliquer qu’on ne fera pas ainsi pour une femme, afin que les Kouthéens ne viennent pas mépriser les filles d’Israël ; et c’est le sens simple de l’Écriture : qu’un homme ne vende pas sa fille à un Kouthéen comme servante. Fin.
בבגדו בה. הוא בוגד בבתו אם ימכור אותה זולתי למי שיוכל לישא אותה לאשה. ובמסכת קדושין פרק קמא נחלקו ר' אליעזר ור' עקיבא במלה זו של בבגדו בה זה מבין מלשון בגידה וזה מבין מלשון בגד ר' עקיבא סבר יש אם למקרא כיון שפרש טליתו עליה שוב אינו רשאי למכרה ור' אליעזר סבר יש אם למסורת, הבין ר' עקיבא מלת בבגדו מלשון בגד ממש כמו (בראשית ל״ט:י״ב) ותתפשהו בבגדו, ולכך אמר כיון שפרש טליתו עליה והם הקדושין כענין שכתוב (רות ג׳:ט׳) ופרשת כנפיך על אמתך, שאילו היה מלשון בגידה היה הכתוב ראוי לומר בגדו בקמ"ץ חט"ף, אבל הוא לשון בגד וטלית.
« Parce qu’il l’a trahie (be-vigdo bah) » (Exode 21,8). Il trahit sa fille s’il la vend à un autre que celui qui peut l’épouser. Et dans le traité Kiddoushin, premier chapitre, R. Eliezer et R. ‘Akiva divergent sur ce mot « be-vigdo bah » : l’un le comprend de l’expression de trahison (bégida), l’autre de l’expression de vêtement (béged) ; R. ‘Akiva pense : « yesh em la-miqra » (la lecture a une mère, c’est-à-dire fait foi) : puisqu’il a étendu son manteau sur elle, il n’est plus autorisé à la vendre ; et R. Eliezer pense : « yesh em la-masoret » (la tradition du texte consonantique fait foi). R. ‘Akiva comprit le mot « be-vigdo » de l’expression de vêtement proprement dit, comme (Genèse 39,12) « et elle le saisit par son vêtement (be-vigdo) », et c’est pourquoi il dit : puisqu’il a étendu son manteau sur elle, et c’est le qiddoushin, selon ce qui est écrit (Ruth 3,9) « et étends ton aile sur ta servante » ; car si c’était de l’expression de trahison, l’Écriture aurait dû dire « bogdo » avec qamets hatouf ; mais c’est l’expression de vêtement et de manteau.
ומה שאמר בה כמו עליה כלשון הכתוב (נחמיה ב׳:י״ב) הבהמה אשר אני רוכב בה שהוא כמו עליה. ורבי אליעזר הבין מלת בבגדו מלשון בגידה ואע"פ שלא אמר בבגדו בקמ"ץ חט"ף ואמר בבגדו בחיר"ק תחת הבי"ת. מלשון בגידה הוא, ולשון מקור הוא כמו (ויקרא כ״ו:כ״ו) בשברי לכם מטה לחם, ולכך הזכיר לשון בה שהרי לשון בגידה לא מצאנוהו כי אם בבי"ת, והוא שכתוב (מלאכי ב׳:ט״ו) אשר אתה בגדתה בה וכתיב (שם) ובאשת נעוריך אל יבגוד וכתיב (הושע ה׳:ז׳) בה' בגדו כי בנים זרים ילדו. ורבי שמעון סבר יש אם למקרא ולמסורת, ודרשינן כלהו בלשון בגד ובלשון בגידה.
Et ce qu’il dit « bah » comme « ‘alèha », selon l’expression de l’Écriture (Néhémie 2,12) « la bête sur laquelle je montais (rokhev bah) », qui est comme « ‘alèha ». Et R. Eliezer comprit le mot « be-vigdo » de l’expression de trahison, bien qu’il n’ait pas dit « be-vogdo » avec qamets hatouf mais « be-vigdo » avec hirik sous le bet. C’est de l’expression de trahison, et c’est une forme infinitive, comme (Lévitique 26,26) « be-shivri lakhem mateh lehem » ; et c’est pourquoi il mentionna l’expression « bah », car l’expression de trahison, nous ne la trouvons qu’avec la lettre bet, et c’est ce qui est écrit (Malachie 2,15) « celle que tu as trahie (bagadta bah) » et il est écrit (ibid.) « et la femme de ta jeunesse, qu’on ne la trahisse pas (al yivgod) » et il est écrit (Osée 5,7) « ils ont trahi l’Éternel (ba-H’ bagadou), car ils ont engendré des fils étrangers ». Et R. Shim‘on pense : « yesh em la-miqra ve-la-masoret » (la lecture et la tradition ont toutes deux une mère), et nous interprétons les deux dans l’expression de vêtement et dans l’expression de trahison.
ובמדרש וכי ימכור איש את בתו לאמה אמר הקב"ה לישראל בת אחת היתה לי ומכרתיה לכם לאמה שאין אתם מוציאין אותה אלא חבושה בארון, לא תצא כצאת העבדים נהגו בה כבוד ששביתם אותה מאצלי שנאמר (תהילים ס״ח:י״ט) עלית למרום שבית שבי. אם רעה בעיני אדניה אם ישראל רעים שאינם מקיימים את התורה, והפדה האב כלומר תסתלק השכינה מהם, והרי במתן תורה לעם נכרי לא ימשול למכרה לא נתנה לאומה מאומות העולם אלא לישראל וישראל בוגדים בה.
Et dans le Midrash : « Et si un homme vend sa fille pour être servante » : le Saint, béni soit-Il, dit à Israël : J’avais une fille, et Je vous l’ai vendue pour servante ; vous ne la ferez sortir que cachée dans une arche ; « elle ne sortira pas comme sortent les serviteurs » : conduisez-vous envers elle avec honneur, parce que vous l’avez emmenée captive de chez Moi, comme il est dit (Psaumes 68,19) « tu es monté en haut, tu as emmené des captifs » ; « si elle est mauvaise aux yeux de ses maîtres » : si Israël sont mauvais, ne pratiquant pas la Torah, « et il la fera racheter » : c’est-à-dire que la Shekhina se retirera d’eux ; or, au don de la Torah, « à un peuple étranger il n’aura pas pouvoir de la vendre » : Il ne l’a donnée à aucune des nations du monde mais à Israël, et Israël la trahit.
ואם לבנו ייעדנה. אם רצה האדון ליעדה אין צריכין קדושין אחרים אלא כסף קנייתה ואומר לה הרי את מקודשת לי בכסף שקבל אביך בדמיך ואם לא רצה ליעדה לעצמו אלא לבנו כמשפט הבנות יעשה לה, שיתן לה האדון משלו כמהר הבתולות כי בת ישראל היא והאדון במקום אביה, והכתוב צוה בזה כמו שצוה בהענקה והכל הוא חסד מאת הקב"ה.
« Et si c’est pour son fils qu’il la destine (yi‘adenah) » (Exode 21,9). Si le maître a voulu la destiner [à lui-même], il n’a pas besoin d’autres qiddoushin que l’argent de son achat, et il lui dit : tu m’es consacrée par l’argent que ton père a reçu pour ton prix ; et s’il n’a pas voulu la destiner à lui-même mais à son fils, « il agira avec elle selon le droit des filles » : le maître lui donnera de son propre bien comme la dot (mohar) des vierges, car c’est une fille d’Israël et le maître est à la place de son père ; et l’Écriture ordonna cela comme elle ordonna le cadeau de départ (ha‘anaqa) ; et tout est bonté de la part du Saint, béni soit-Il.
או יהיה באורו כמשפט הבנות יעשה לה ומה הוא משפט הבנות כי אם יקח אשה אחרת על אמה עבריה שארה כסותה ועונתה של זאת לא יגרע.
Ou bien son explication sera : « il agira avec elle selon le droit des filles » ; et quel est le droit des filles ? C’est que s’il prend une autre femme en plus de sa servante hébraïque, sa nourriture, son vêtement et son droit conjugal à elle, il ne les diminuera pas.
ורש"י ז"ל פירש שארה אלו מזונות כסותה כמשמעו ועונתה תשמיש, ותפס עליו הרמב"ן בפירושו ואמר כי מה שאמרו בכתובות האי תנא סבר מזונות דאורייתא הוא דתניא שארה אלו מזונות וכה"א (תהילים ע״ח:כ״ז) וימטר עליהם כעפר שאר בודאי דברי יחיד הם והעולה מסוגית הגמרא דמזוני תקינו לה רבנן ואינן דבר תורה, וע"כ פירש הוא ז"ל שארה זה קרוב בשר כי שאר בכל מקום בשר הדבק והקרוב לבשרו של אדם מלשון (ויקרא י״ח:ו׳) שאר בשרו, ודרשו רז"ל (שם כא) כי אם לשארו זו אשתו והוא כענין (בראשית ב׳:כ״ד) ודבק באשתו והיו לבשר אחד, והנה שארה קרוב בשרה, וכסותה כסות מטתה כמו שנאמר (שמות כ״ב:כ״ו) כי היא כסותה לבדה וגו' במה ישכב, ועונתה הוא עתה שיבא אליה לעת דודים וזהו משפט הבנות.
Et Rashi, de mémoire bénie, expliqua : « she’erah » : ce sont les aliments ; « kesouta » : comme il est entendu ; « ‘onatah » : les rapports conjugaux. Et le Ramban, dans son commentaire, contesta cette explication et dit : ce qu’ils ont dit dans Ketoubbot : ce tanna pense que les aliments sont de la Torah, car il a été enseigné : « she’erah » : ce sont les aliments, comme il est dit (Psaumes 78,27) « et Il fit pleuvoir sur eux de la viande (she’er) comme la poussière » ; assurément ce sont les paroles d’un seul ; et ce qui ressort du raisonnement de la Guemara est que les aliments, les Sages les ont institués pour elle, et ils ne sont pas une chose de la Torah ; et c’est pourquoi il expliqua : « she’erah » : c’est le contact de la chair, car « she’er » en tout lieu est la chair attachée et proche de la chair de l’homme, de l’expression (Lévitique 18,6) « she’er besaro » ; et nos Sages de mémoire bénie interprétèrent (Lévitique 21,2) « sauf pour son proche (she’ero) » : c’est sa femme, et cela est comme (Genèse 2,24) « et il s’attachera à sa femme, et ils seront une seule chair » ; voici que « she’erah » est la proximité de sa chair ; et « kesouta » est la couverture de son lit, comme il est dit (Exode 22,26) « car c’est son unique couverture, etc., dans quoi dormira-t-il ? » ; et « ‘onatah » est le moment où il vient vers elle au temps des amours ; et c’est le droit des filles.
והטעם לא תהיה האחרת יושבת לו על המטה לפי כבודה והיו שם לבשר אחד וזאת עמו כפילגש ישכב עמה בדרך מקרה ועל הארץ כבא אל אשה זונה, וכן ארז"ל שארה זה קרוב בשר שלא ינהוג בה מנהג פרסיים שמשמשים מטותיהן בלבושיהן, כי דרך הכתוב בכל מקום להזכיר המשכב בלשון נקיה, ושלשה ענינים אלו הם לאדם עם אשתו בחבורה, ויהיה המזונות ומלבושי האשה תקנה מדברי סופרים.
Et la raison : que l’autre ne soit pas assise pour lui sur le lit, selon son honneur, et « ils seront là une seule chair », alors que celle-ci avec lui, comme une concubine, il couchera avec elle par hasard, et par terre, comme qui vient vers une femme prostituée ; et de même ils dirent, de mémoire bénie : « she’erah » : c’est le contact de la chair, afin qu’il ne se conduise pas avec elle à la manière des Perses, qui usent de leur lit habillés ; car la voie de l’Écriture est de mentionner partout le lit en langage pur ; et ces trois obligations incombent à l’homme envers sa femme dans leur union ; et les aliments et les vêtements de la femme sont une institution des paroles des scribes.
ואם שלש אלה. כלומר היעוד לעצמו או לבנו או שיפדנה האב כמו שכתוב והפדה, ויצאה חנם אין כסף כלומר כי כיון שלא נעשה בה אחת מג' ונשארה אצלו בתורת אמהות, ויצאה חנם אין לו רשות לאב למונעה וכ"ש האדון שאינו רשאי לעכבה לכך כתיב ויצאה חנם. וא"ת יש על האדון לומר לאביה תן לי מעותי ותצא לכך נאמר חנם, וא"ת יתן לה האדון משלו, ת"ל אין כסף כלומר אין לה עליו כסף שהרי לא נשאה מכאן שנינו האמה קונה עצמה בסימנין.
« Et si ces trois-là » (Exode 21,11). C’est-à-dire : la destiner à lui-même ou à son fils, ou que le père la rachète, comme il est écrit « et il la fera racheter » ; « et elle sortira gratuitement, sans argent » : c’est-à-dire que, puisqu’aucune des trois n’a été accomplie pour elle et qu’elle est restée chez lui à titre de servante, « et elle sortira gratuitement » : le père n’a pas la permission de l’en empêcher, et a fortiori le maître n’est pas autorisé à la retenir ; c’est pourquoi il est écrit « et elle sortira gratuitement ». Et si tu dis : il est dû au maître de dire à son père « donne-moi mon argent et qu’elle sorte », c’est pourquoi il est dit « gratuitement » ; et si tu dis : le maître lui donnera de son bien, l’Écriture enseigne « sans argent » : c’est-à-dire qu’elle n’a pas d’argent à réclamer contre lui, car il ne l’a pas épousée ; de là nous avons enseigné : la servante s’acquiert elle-même par les signes [de puberté].
מכה איש ומת מות יומת. אחר שהשלים דין עבד עברי שהתחיל בו כנגד דבור ראשון שבלוח ראשון התחיל בדין הרציחה כנגד דבור ראשון שבלוח שני, ומפני ששם הזהיר ולא ענש בא עתה ופירש העונש ואמר מכה איש ומת מות יומת וזהו במזיד.
« Celui qui frappe un homme et il meurt sera mis à mort » (Exode 21,12). Après avoir achevé la loi du serviteur hébreu, par laquelle il avait commencé, correspondant à la première parole de la première tablette, il commence par la loi du meurtre, correspondant à la première parole de la seconde tablette ; et parce que là Il avait averti sans punir, Il vient maintenant expliquer la peine et dit : « celui qui frappe un homme et il meurt sera mis à mort » ; et cela est pour le meurtre volontaire.
ואשר לא צדה. בשוגג. וענין לא צדה שלא הזיד בדבר ולא היה צודה את נפשו לקחתה, והאלהים הזמין לידו שהרגו מפני שכבר נתחייב הריגה מעון אחר ולכך הזכיר האלהים כלומר במדת הדין וזהו שאמר שלמה המלך ע"ה (משלי י״ג:כ״ג) ויש נספה בלא משפט כלומר בלא משפט מאותו עון אלא מחמת עון אחר שנתחייב בו כבר.
« Et celui qui n’a pas guetté (lo tsada) » (Exode 21,13) : par inadvertance. Et le sens de « lo tsada » : qu’il n’a pas agi volontairement et n’a pas guetté sa vie pour la prendre ; et Dieu (ha-Elohim) lui a donné l’occasion de tuer cette personne, parce que la victime était déjà passible de mort pour une autre faute ; et c’est pourquoi il a mentionné « ha-Elohim », c’est-à-dire dans l’attribut de rigueur ; et c’est ce que dit le roi Shelomo, paix sur lui (Proverbes 13,23) « et il y a qui périt sans jugement », c’est-à-dire sans jugement pour cette faute-là, mais à cause d’une autre faute pour laquelle il était déjà passible.
וכבר הביאו רז"ל משל על זה בשני בני אדם אחד הרג מזיד ואחד הרג שוגג והקב"ה מזמנן לפונדק אחד זה שהרג שוגג עולה בסולם ונופל על אותו שהרג מזיד והורגו נמצא זה שהרג מזיד נהרג וזה שהרג שוגג גולה. ומה שאמר מכה איש ומת כדי שלא תבין איש ולא קטן לכך הוצרך לכתוב במקום אחר (ויקרא כ״ד:י״ז) ואיש כי יכה כל נפש אדם, כדי שיתבאר מזה אפילו קטנים, וא"כ למה נאמר איש להוציא את הנפלים.
Et nos Sages de mémoire bénie ont déjà donné une parabole à ce sujet, de deux hommes : l’un a tué volontairement et l’autre a tué par inadvertance ; et le Saint, béni soit-Il, les fait se rencontrer dans une même auberge : celui qui a tué par inadvertance monte à l’échelle et tombe sur celui qui a tué volontairement et le tue ; il s’ensuit que celui qui a tué volontairement est tué, et que celui qui a tué par inadvertance est exilé. Et ce qu’il dit « celui qui frappe un homme (ish) et il meurt », afin que tu ne comprennes pas « homme » et non mineur, il a dû écrire ailleurs (Lévitique 24,17) « et un homme (ve-ish), s’il frappe une personne quelconque (kol nefesh adam) », afin qu’il apparaisse par là que même les mineurs [sont inclus] ; et si c’est ainsi, pourquoi est-il dit « ish » ? Pour exclure les enfants non viables (nefalim).
ושמתי לך מקום. כלומר מקום מיוחד במדבר שיהיה קולט הרוצח בשוגג וזה מחנה לויה. ויראה לי כי על כן הזכיר מלת לך בדין הזה מה שאין כן בשאר הדינין כנגד משה שהיה משבט לוי.
« Et Je t’établirai un lieu » (Exode 21,13). C’est-à-dire un lieu particulier dans le désert qui accueillera le meurtrier par inadvertance, et c’est le camp des Lévites. Et il me semble que c’est pourquoi il a mentionné le mot « lekha » (pour toi) dans cette loi, à la différence des autres lois : en référence à Moshé, qui était de la tribu de Lévi.
וכי יזיד איש על רעהו להרגו. באורו והרגו. והוצרך הכתוב להזכיר לשון בערמה בדין הרציחה. לפי שכל מי שירצח את חבירו במזיד הוא מערים בדבר לבקש שעה הצריכה לו שיעשה כן בידים ועוד שהוא מושך כח מן הנחש הערום שהחטיא את חוה שממנו נולד קין המרצח הראשון ולכך קוראים החכמים לכל המערים בחטא רשע ערום והוא שאומרים תמיד איזהו רשע ערום, ונקרא בלשון התורה רשע רע שנאמר (ישעיהו ג׳:י״א) אוי לרשע רע, לפי שהוא מושך כח מן הכח ההוא שנקרא רע שהוא נפש לגלגל מאדים אשר משם תפתח הרעה על כל יושבי הארץ, וכן כוכב מאדים נקרא רעה בלשון הכתובים וכבר הזכרתי זה בסדר בא אל פרעה.
« Et si un homme agit avec préméditation (yazid) contre son prochain pour le tuer » (Exode 21,14) : il faut comprendre : « et il l’a tué ». Et l’Écriture dut mentionner l’expression « be-‘ormah » (par ruse) dans la loi du meurtre, parce que quiconque tue son prochain volontairement agit avec ruse dans l’affaire, pour chercher l’heure qui lui est nécessaire pour le faire de ses mains ; et de plus, il tire sa force du serpent rusé qui fit pécher Hava, de qui naquit Qayin, le premier meurtrier ; et c’est pourquoi les Sages appellent tout homme rusé dans le péché « méchant rusé », et c’est ce qu’ils disent toujours : « qui est un méchant rusé ? » ; et il est appelé, dans le langage de la Torah, « rasha‘ ra‘ » (méchant mauvais), comme il est dit (Isaïe 3,11) « malheur au méchant, mauvais » ; parce qu’il tire sa force de cette force appelée « ra‘ », qui est l’âme de la sphère de Ma‘adim (Mars), d’où s’ouvre le mal sur tous les habitants de la terre ; et de même l’astre Ma‘adim est appelé « ra‘a » dans le langage des Écritures, et j’ai déjà mentionné cela dans la section Bo el Par‘oh.
מעם מזבחי תקחנו. יאמר הכתוב אין צריך לומר אם נס אל אחת מערי מקלט שהזכיר למעלה ושמתי לך מקום שמוציאין אותו משם אלא אפילו הלך והחזיק בקרנות המזבח כיואב דכתיב (מלכים א ב׳:כ״ח) וינס יואב אל אהל ה' ויחזק בקרנות המזבח, מוציאין אותו משם והורגין אותו, וזה באמת מדיני היושר ומכלל חקים ומשפטים צדיקים, שאפילו זה שהיה חושב להיות נעזר בהקב"ה או במזבח המיוחס לו כיון שהוא רוצח ונתחייב מיתה צוה הכתוב להוציאו משם ולמסרו ביד בעל דינו ואין ראוי לחמול ולרחם עליו כי הרחמנות במקום הזה אכזריות הוא על הנבראים.
« De Mon autel tu le prendras » (Exode 21,14). L’Écriture dit : il n’est pas besoin de dire que s’il s’est enfui vers l’une des villes de refuge mentionnées plus haut, « et Je t’établirai un lieu », on l’en fait sortir, mais même s’il est allé et s’est saisi des cornes de l’autel, comme Yoav, comme il est écrit (I Rois 2,28) « et Yoav s’enfuit vers la tente de l’Éternel et se saisit des cornes de l’autel », on l’en fait sortir et on le tue ; et cela est véritablement parmi les lois de la droiture et parmi les lois et jugements justes : car même celui-là, qui pensait être secouru par le Saint, béni soit-Il, ou par l’autel qui Lui est attribué, puisqu’il est meurtrier et passible de mort, l’Écriture ordonna de l’en faire sortir et de le livrer à son adversaire ; et il ne convient pas d’avoir pitié de lui ni de s’apitoyer, car la pitié en ce lieu est cruauté envers les créatures.
ורש"י ז"ל פירש מעם מזבחי אפילו כהן ועובד עבודה, והוא מדרש רז"ל. ומה שהחזיק יואב בקרנות המזבח כבר אמרו רז"ל במסכת מכות פרק אלו הן הגולין שטעה שהיה סבור שקרנותיו קולטות ואינו קולט אלא גגו שנאמר מעם מזבחי ולא מעל מזבחי והוא תפש בקרנותיו. או שהיה סבור כי אין הכתוב מדבר אלא בהורג בעדים ובהתראה ועל פי בית דין וזהו לשון תקחנו למות ואין ממיתין אלא בעדים ובהתראה אבל בנהרג על פי מלכות היה סבור שיהא קולט.
Et Rashi, de mémoire bénie, expliqua : « me‘im mizbehi » : même un prêtre en train d’accomplir le service ; et c’est un Midrash de nos Sages de mémoire bénie. Et ce que Yoav s’est saisi des cornes de l’autel, nos Sages de mémoire bénie dirent déjà dans le traité Makkot, au chapitre « Elou hen ha-golin » : il se trompa, car il pensait que ses cornes accueillent, alors que seul son sommet accueille, comme il est dit « me‘im mizbehi » et non « me‘al mizbehi » (de sur Mon autel) ; et lui s’était saisi de ses cornes. Ou bien il pensait que l’Écriture ne parle que de celui qui tue avec des témoins, avec avertissement et sur décision du tribunal ; et c’est le sens de « tiqqahennou la-mout » (tu le prendras pour mourir), et on ne met à mort que sur témoins et avertissement ; mais pour celui qui est tué sur ordre royal, il pensait qu’[il serait] accueilli.
ויש לומר מעם מזבחי שיחזור על העד ולומר שאם היה העד עומד ומקריב על גבי המזבח משם תקחנו למות להעיד עליו. ויש לנו ללמוד מכאן כי כליון הרשעים והכרתתם מן העולם ועשות בהם משפט נבחר לה' מזבח.
Et on peut dire : « me‘im mizbehi » revient au témoin, c’est-à-dire que si le témoin se tenait et offrait sur l’autel, on le prendra de là pour qu’il témoigne contre le meurtrier et permette sa condamnation à mort. Et nous pouvons apprendre de là que l’extermination des méchants, leur retranchement du monde et l’exécution d’un jugement sur eux sont choisis par l’Éternel plus qu’un sacrifice (cf. Proverbes 21,3).
ומכה אביו ואמו מות יומת. הכאה שיש בה חבורה שיצא ממנו דם כענין שכתוב (מלכים א כ׳:ל״ז) ויכהו האיש הכה ופצוע, והכונה אביו או אמו, וכן (דברים י״ז:ג׳) ויעבד אלהים אחרים וישתחו להם ולשמש או לירח וגו', אינו משתחוה ביחד אלא לשמש או לירח או לכל צבא השמים. ומיתה זו מיתת חנק שכן בארו לנו רז"ל מיתה האמורה בתורה סתם זו היא מיתת חנק.
« Et celui qui frappe son père et sa mère sera mis à mort » (Exode 21,15). Un coup qui laisse une blessure, d’où sort du sang, comme il est écrit (I Rois 20,37) « et l’homme le frappa, le frappant et le blessant » ; et l’intention est : son père ou sa mère ; et de même (Deutéronome 17,3) « et il a servi d’autres dieux et s’est prosterné devant eux, ou devant le soleil, ou devant la lune, etc. » : il ne se prosterne pas à la fois devant [tous], mais devant le soleil ou la lune ou toute l’armée des cieux. Et cette mort est la mort par strangulation, car ainsi nos Sages de mémoire bénie nous l’ont expliqué : la mort mentionnée dans la Torah sans précision est la mort par strangulation.
וגונב איש ומכרו. מה שנכנס הכתוב הזה בין מכה ומקלל, כתב הגאון רבינו סעדיה. ז"ל לפי שרוב הנגנבים הם קטנים וכשחוזרין אחר זמן אינם מכירים אב ואם ומכין ומקללין אותם והנה הגונב סבה הוא שמכה ומקלל ועל כן ראוי שיחויב מיתה.
« Et celui qui vole un homme et le vend » (Exode 21,16). Ce que ce verset s’insère entre « celui qui frappe » et « celui qui maudit » : le Gaon, notre maître Se‘adya, de mémoire bénie, écrivit : parce que la plupart des volés sont des enfants, et quand ils reviennent après un temps, ils ne reconnaissent plus père et mère, et les frappent et les maudissent ; voici que le voleur est la cause de ce qu’ils frappent et maudissent, et c’est pourquoi il convient qu’il soit passible de mort.
והרמב"ן ז"ל כתב בזה כי סמך גונב למכה לפי שמיתת שניהם שוה והיא מיתת חנק וע"כ הוצרך לאחר ומקלל אביו שמיתתו בסקילה, שכן כתוב (ויקרא כ׳:ט׳) אביו ואמו קלל דמיו בו וכל מקום שנאמר דמיו בו אינו אלא בסקילה, שנאמר (שם) באבן ירגמו אותם דמיהם בם. ומה שהחמירו יותר במקלל מן המכה שהענישו הכתוב בסקילה שהיא החמורה מארבע מיתות ב"ד, לפי שיותר מצוי מי שיקלל אביו ואמו ממי שיכה אותם, והעבירה כפי מציאותה תמיד צריכה יסור גדול, או מפני שיש בקללה חטא גדול יותר שהוא בהזכרת ה' יתברך, והנה צריך להענישו על חטאו באביו ובאמו ועל אשר נשא שם אלהיו לפשע וחטאת עכ"ל.
Et le Ramban, de mémoire bénie, écrivit à ce sujet qu’il rattacha « celui qui vole » à « celui qui frappe » parce que la mort des deux est la même, et c’est la mort par strangulation ; et c’est pourquoi il fallut placer après eux « celui qui maudit son père », dont la mort est la lapidation, comme il est écrit (Lévitique 20,9) « son père et sa mère il a maudit : son sang est sur lui », et partout où il est dit « son sang est sur lui », il n’y a que la lapidation, comme il est dit (Lévitique 20,27) « on les lapidera : leur sang est sur eux ». Et ce qu’ils ont aggravé davantage pour celui qui maudit que pour celui qui frappe, que l’Écriture punit par la lapidation, qui est la plus grave des quatre morts du tribunal : c’est parce qu’il est plus fréquent qu’on maudisse son père et sa mère qu’on ne les frappe, et la faute, selon sa fréquence, a toujours besoin d’une grande correction ; ou bien parce qu’il y a dans la malédiction une plus grande faute, qui consiste à mentionner le Nom, béni soit-Il ; et il faut le punir de sa faute envers son père et sa mère, et de ce qu’il a porté le nom de son Dieu pour crime et péché. Fin.
ויש לומר במה שנכנס הכתוב הזה בכאן כדי להגדיל אשמת גונב נפש ולהודיע חומר האיסור שבו כי הוא חמור כמכה ומקלל אביו ואמו ולכך הושם באמצע בין המכה והמקלל, וכן בעשרת הדברות הכניסו הכתוב בין הנאוף ועדות השקר, ואילו לא הזכירו הכתוב כי אם באחרונה אחר מכה ומקלל היה נראה שהוא עון יותר קל מן המכה והמקלל, ולא היה יכול להקדימו כי כבר התחיל בדין הרציחה מכה איש ומת והוצרך לסדר אחריו מכה אביו ואמו. והנה לגודל העון נענשו עליו האחים בעשרה הרוגי מלכות, ולא יתעלם ממך ענין כפל המיתה ממה שכתבתי במקום אחר.
Et on peut dire, au sujet de ce que ce verset s’insère ici, que c’est pour grandir la culpabilité de celui qui vole une personne et faire connaître la gravité de l’interdit qui s’y attache, car il est grave comme celui qui frappe et celui qui maudit son père et sa mère ; et c’est pourquoi il fut placé au milieu, entre celui qui frappe et celui qui maudit ; et de même dans les Dix Paroles, l’Écriture l’inséra entre l’adultère et le faux témoignage ; et si l’Écriture ne l’avait mentionné qu’en dernier lieu, après celui qui frappe et celui qui maudit, il aurait paru que c’est une faute plus légère que celui qui frappe et celui qui maudit ; et il ne pouvait pas le placer avant, car l’Écriture avait déjà commencé la loi du meurtre « celui qui frappe un homme et il meurt », et il fallait ranger après elle « celui qui frappe son père et sa mère ». Et voici qu’à cause de la gravité de la faute, les frères furent punis pour cela par les dix tués par le royaume ; et ne t’échappera pas le sens du redoublement de la mort, d’après ce que j’ai écrit en un autre lieu.
ונמצא בידו. פרט למצוי בידו, כגון בנו ותלמידו או סמוך על שלחנו שלא יתחייב מיתה בהם אם מכרן.
« Et on le trouve dans sa main » (Exode 21,16) : à l’exclusion de celui qui se trouve déjà sous son autorité, comme son fils et son élève ou celui qu’il entretient à sa table, car il n’est pas passible de mort pour eux s’il les vend.
באבן או באגרוף. באור אגרוף היד שיתקבצו בה האצבעות, והוא לשון רז"ל אגרופו של בן אבטיח, של בית דוד בעלי אגרופין היו. והכתוב הזכיר שתי הכאות אחת קשה ואחת קלה לא תמית על הרוב, לומר כי בשתיהן צריך אומד וחובשין אותו אם ימות כגון שהכהו על נפשו מות יומת רוצח הוא ואם לא ימות ישלם שבת ורפוי. ופירוש הכתוב כי כאשר יתחזק המוכה והוא מתהלך תמיד בחוץ בשוקים וברחובות על משענתו כמשפט החלושים שנתרפאו מחולי ונקה המכה ולמד שאפילו פשע בנפשו ומת בחולשתו אח"כ לא יומת ודבר הכתוב בהוה כי המוכים שנפלו למשכב לא יתהלכו בחוץ עד שתחיה המכה ויצאו מידי סכנה, וזה טעם והתהלך בחוץ כי אם יקום והתהלך בבית על משענתו לא ינקה.
« Avec une pierre ou avec le poing (be-egrof) » (Exode 21,18). Explication de « egrof » : la main dans laquelle les doigts sont rassemblés, et c’est le langage de nos Sages de mémoire bénie : le poing de Ben Avtiah ; ceux de la maison de David étaient des maîtres de poings. Et l’Écriture mentionna deux coups, l’un violent et l’autre léger, ce dernier ne tuant généralement pas, pour dire que dans les deux il faut une estimation, et on emprisonne l’agresseur dans l’attente de l’issue : si la victime meurt d’un coup qui lui a été porté à mort, « il sera certainement mis à mort » : c’est un meurtrier ; et s’il ne meurt pas, « il paiera son chômage et le fera soigner ». Et l’explication de l’Écriture est : quand le frappé se fortifie et qu’il marche toujours dehors, dans les marchés et sur les places, sur son appui, selon la façon des faibles qui se sont rétablis d’une maladie, « celui qui l’a frappé sera innocent » ; et elle nous enseigna que même s’il a négligé sa vie et est mort de sa faiblesse après cela, il ne sera pas mis à mort ; et l’Écriture parle du cas habituel, car les frappés qui sont tombés au lit ne marchent pas dehors jusqu’à ce que la plaie guérisse et qu’ils soient sortis de danger ; et c’est le sens de « et il marchera dehors », car s’il se lève et marche dans la maison sur son appui, il ne sera pas innocent.
ובמכילתא אם יקום והתהלך שומע אני בביתו ת"ל בחוץ אי בחוץ שומע אני אפילו מתנוונה ת"ל אם יקום. וגם זה נכון מאד שיאמר הכתוב אם יקום ממשכבו לגמרי והוא מתהלך תמיד בחוצות שלא יחזור למשכבו בבואו מן החוץ כמנהג המתנוונים אע"פ שהוא חלוש ונשען על משענת ונקה המכה, והכלל כי כל זה כמין משל בהוה והדין הוא שיאמדוהו לחיים וזה שתרגם אונקלוס על בורייה. ואמר רק שבתו יתן ורפא ירפא ולא אמר שבתו ורפואתו יתן להגיד שיתן השכר לרופאים וירפאו אותו ולא יוכל לתבוע שיתן לו השכר והוא יעשה בו דברים אחרים רק ירפא אותו על כל פנים כן כתב הרמב"ן ז"ל.
Et dans la Mekhilta : « s’il se lève et marche » : j’entends : dans sa maison ; l’Écriture enseigne « dehors » ; si « dehors », j’entends même s’il dépérit encore ; l’Écriture enseigne « s’il se lève ». Et cela aussi est très juste : que l’Écriture dise : s’il se lève entièrement de son lit et marche toujours dans les rues, sans retourner à son lit en revenant du dehors, à la manière de ceux qui dépérissent encore, bien qu’il soit faible et s’appuie sur un appui, « celui qui l’a frappé sera innocent » ; et la règle est que tout cela est comme une parabole sur le cas habituel, et la loi est qu’on l’estime pour la vie ; et c’est ce que traduit Onqelos « ‘al buriyeh » (en bonne santé). Et il dit « seulement son chômage il donnera et il fera certainement soigner » et n’a pas dit « son chômage et ses frais de guérison il donnera », pour dire qu’il donnera le salaire aux médecins et qu’ils le soigneront, et qu’il ne pourra pas réclamer qu’on lui donne le salaire alors qu’il ferait d’autres choses, mais il le fera soigner en tout cas. Ainsi écrivit le Ramban, de mémoire bénie.
ורפא ירפא. כל רפואה בבשר ודם לא מצאנוהו בכל הכתובים כי אם בדגש, וכן (ירמיהו נ״א:ט׳) רפאנו את בבל ולא נרפתה אבל בהקב"ה מצינו ברפה והוא שכתוב (שם יז) רפאני ה' וארפא, וכתיב (תהילים קמ״ז:ג׳) הרופא לשבורי לב, (הושע י״ד:ה׳) ארפא משובתם, (בראשית כ׳:י״ז) וירפא אלהים את אבימלך, (שמות ט״ו:כ״ו) כי אני ה' רופאך. והטעם בזה כי הרפואה בבשר ודם אינה אלא ע"י צער וטורח והוא שיסבול הסם או המשקה המר, אבל רפואה של הקב"ה בנחת אין שם צער כלל כי ברכת ה' היא תעשיר ולא יוסיף עצב עמה. ומה שארז"ל ורפא ירפא מכאן שנתנה רשות לרופא לרפאות לא אמרו אלא במכה שבחוץ שהכתוב מדבר בה אבל חולי מבפנים אין זה תלוי ביד הרופא אלא ביד הרופא כל בשר אשר בידו נפש כל חי.
« Et il le fera certainement soigner (ve-rapo yerappe) » (Exode 21,19). Toute guérison par un être de chair et de sang, nous ne la trouvons dans toutes les Écritures qu’avec dagesh, comme (Jérémie 51,9) « nous avons soigné Babel et elle n’a pas été guérie » ; mais pour le Saint, béni soit-Il, nous trouvons une forme douce (rafeh), et c’est ce qui est écrit (Jérémie 17,14) « guéris-moi, Éternel, et je serai guéri », et il est écrit (Psaumes 147,3) « Il guérit ceux qui ont le cœur brisé », (Osée 14,5) « Je guérirai leur apostasie », (Genèse 20,17) « et Dieu guérit Avimélekh », (Exode 15,26) « car Je suis l’Éternel qui te guérit ». Et la raison de cela est que la guérison par un être de chair et de sang ne se fait que par peine et fatigue, c’est-à-dire qu’il supporte la drogue ou la boisson amère ; mais la guérison du Saint, béni soit-Il, se fait avec douceur, sans aucune peine, car « la bénédiction de l’Éternel enrichit, et Il n’y ajoute pas de peine » (Proverbes 10,22). Et ce que nos Sages de mémoire bénie dirent « ve-rapo yerappe : de là, permission fut donnée au médecin de soigner », ils ne l’ont dit que pour la blessure extérieure dont l’Écriture parle ; mais la maladie intérieure, cela ne dépend pas de la main du médecin mais de la main de Celui qui guérit toute chair et en la main de qui est l’âme de tout vivant.
וכי יכה איש את עבדו או את אמתו בשבט. עבד ואמה סתם הנזכרים בכתוב בכנעניים הכתוב מדבר ועוד הרי הוא בפירוש כי כספו הוא.
« Et si un homme frappe son serviteur ou sa servante avec le bâton (ba-shevet) » (Exode 21,20). « Serviteur et servante » sans précision, mentionnés dans l’Écriture : l’Écriture parle de cananéens ; et de plus, c’est explicite : « car c’est son argent ».
והרמב"ן ז"ל פי' כי הזכיר בשבט בלשון ידיעה לפי שדרך מושל ואדון להיות בידו שבט, והזהיר כי אע"פ שהוא שבט מוסר וכענין שכתוב (משלי כ״ב:ט״ו) שבט מוסר ירחיקנה ממנו ואינו מקל יד ישמר ממנו ולא יכה בו אפילו העבד הכנעני מכה בלתי סרה וזה טעם תחת ידו שהיה מכה רבה עד שמת. ואמר נקום ינקם ולא הוצרך לפרש משפטו בפירוש אבל אמר שלא יפטר בעבור שהוא כספו רק נקם ינקם כנקמת כל מכה איש ומת שאמר בו מות יומת. ובאור נקם ינקם חיוב מיתה בסייף כענין שכתוב (ויקרא כו) חרב נקמת וגו'.
Et le Ramban, de mémoire bénie, expliqua qu’il mentionna « ba-shevet » sous forme déterminée parce que le chef et le maître a d’ordinaire en main un bâton ; et il avertit que, bien que ce soit un bâton de correction, selon ce qui est écrit (Proverbes 22,15) « le bâton de la correction l’éloignera de lui », et non une massue, le maître doit s’en garder et ne pas frapper, même le serviteur cananéen, d’un coup acharné qui ne cesse pas ; et c’est le sens de « sous sa main » : que le coup fut grand jusqu’à ce qu’il meure. Et il dit « naqom yinnaqem » et n’eut pas besoin d’expliciter son jugement, mais il dit qu’il ne sera pas quitte parce que c’est son argent, mais « naqom yinnaqem » comme la vengeance de quiconque frappe un homme et il meurt, dont il est dit « il sera certainement mis à mort ». Et l’explication de « naqom yinnaqem » : obligation de mort par l’épée, selon ce qui est écrit (Lévitique 26,25) « l’épée vengeresse (neqam brit) ».
ורבינו חננאל ז"ל פירש מה שהוציאו בלשון נקמה לפי שהאדון נתכוין להמיתו כשמת תחת ידו ובא לו בדרך ערמה כאדם הרוצה להנקם מאויבו אבל לא שימיתנו, וכיון שהיתה כונתו להמיתו לכך הוציא הכתוב מיתת האדון בלשון נקמה כלומר אף האדון נקם ינקם.
Et Rabbénou Hananel, de mémoire bénie, expliqua pourquoi l’Écriture le dit en langage de vengeance (neqama) : parce que le maître avait l’intention de le faire mourir quand il mourut sous sa main, et il agit à son égard par ruse, comme un homme qui veut se venger de son ennemi mais non le tuer ; et puisque son intention était de le tuer, l’Écriture exprima la mort du maître en langage de vengeance, c’est-à-dire que même le maître « naqom yinnaqem ».
אך אם יום או יומים יעמוד. אלו הזכיר הכתוב יום בלבד היינו מבינים יום של תורה שהוא לילה ויום כיום של מעשה בראשית שכתוב בו (בראשית א) ויהי ערב ויהי בקר, אבל הוסיף יומים כלומר יום שהוא כיומים, והכונה בזה שיוקח משני ימים וזהו מעת לעת. ולפי שבתחלה אמר ומת תחת ידו והיה במשמע שימות בעת הכאתו מיד, שב לבאר שאם עמד ביום ההכאה על רגליו או אפילו לא היה יכול לעמוד כלל ביום ההוא ועמד ביום המחרת יפטר האדון, אבל אם לא עמד כלל חייב אע"פ שמת ביום השני דמת תחת ידו קרינן ביה, ולא הזכיר עמידה ביום השלישי, כי כיון שחיה שלשה ימים פטור הוא דלא קרינן ביה ומת תחת ידו.
« Mais s’il survit un jour ou deux » (Exode 21,21). Si l’Écriture n’avait mentionné que « un jour », nous aurions compris un jour de la Torah, qui est nuit et jour, comme le jour de la création, dont il est écrit (Genèse 1,5) « et il y eut soir et il y eut matin » ; mais il ajouta « deux jours », c’est-à-dire un jour qui est comme deux jours, et l’intention est qu’on le prenne de deux jours, et c’est de moment à moment (me-‘et le-‘et). Et parce qu’au début il dit « et il meurt sous sa main », et que cela laissait entendre qu’il mourrait au moment de son coup, aussitôt, il revient expliquer que, s’il se tient sur ses pieds le jour du coup, ou même s’il n’a pas pu se tenir debout ce jour-là mais s’est tenu le lendemain, le maître est exempté ; mais s’il ne s’est pas tenu du tout, il est tenu même s’il est mort le second jour, car « il est mort sous sa main » nous le lisons à son sujet ; et il n’a pas mentionné la station le troisième jour, car puisqu’il a vécu trois jours, il est exempt, et nous ne lisons pas à son sujet « et il est mort sous sa main ».
ויש לשאול מדוע לא הזכיר בכאן דין האב המכה את בנו מכת אכזרי ומת תחת ידו מה דינו ומה עונשו, והתשובה בזה שאין הדבר מצוי שיתכוין האב להכות את בנו מכת מות, אבל האדון שיכעיסהו העבד בדבר גדול והכהו מכה בלתי סרה מתכוין להמיתו, אך אם יום או יומים יעמד כי הוכיח סופו על תחלתו שלא היתה כוונתו להמיתו לא יוקם כי כספו הוא ואין אדם מתכוין להפסיד ממונו ולהמית עבדו שהוא קנין כספו.
Et on peut demander pourquoi l’Écriture n’a pas mentionné ici la loi du père qui frappe son fils d’un coup cruel et qu’il meurt sous sa main : quelle est sa loi et quelle est sa peine ? Et la réponse est qu’il n’est pas courant qu’un père ait l’intention de frapper son fils d’un coup mortel ; mais le maître, que le serviteur a irrité d’une grande chose, et qui l’a frappé de coups acharnés et répétés, a l’intention de le faire mourir ; « mais s’il survit un jour ou deux », car la fin a prouvé sur le début que son intention n’était pas de le faire mourir, « il ne sera pas vengé, car c’est son argent » ; et nul n’a l’intention de perdre son argent et de faire mourir son serviteur, qui est une acquisition de son argent.
ונגפו אשה הרה. לא היו מתכוונים לה. ולא יהיה אסון, באשה. כאשר ישית עליו בעל האשה. ולא כשאר תשית עליו האשה לפי שאין לאשה חלק וזכות בולדות שאע"פ שהזכיר ילדיה אין הכוונה שיהיו שלה אבל הם פקדון אצלה כאדם המפקיד ברשות חברו פקדון כל היכא דאיתיה ברשותיה דמריה איתיה ולפיכך יש לו לקצוב הדמים כשלו ושיענש החובל כפי דברו, ואם היה נותן עונש גדול יותר מכדי דמיהם לכך אמר ונתן בפלילים כלומר לפי ראות עיני הדיינין. וכן דרשו במכילתא כאשר ישית עליו שומע אני כל מה שירצה ת"ל ונתן בפלילים ואין פלילים אלא דיינים.
« Et ils heurtent une femme enceinte » (Exode 21,22) : ils ne la visaient pas. « Et s’il n’y a pas de malheur (ason) » pour la femme : « comme le mari de la femme lui imposera » ; et non comme ce que la femme lui imposera, parce que la femme n’a pas de part ni de droit dans les enfants ; car bien qu’il ait mentionné « ses enfants » (yeladeha), l’intention n’est pas qu’ils soient à elle, mais ils sont un dépôt chez elle, comme un homme qui dépose un dépôt dans le domaine de son prochain : où qu’il se trouve, le dépôt demeure sous l’autorité de son propriétaire ; et c’est pourquoi c’est à lui de fixer les dommages comme [pour] son bien, et que le blessant soit puni selon sa parole ; et s’il imposait une indemnité supérieure à leur valeur, c’est pourquoi il est dit « et il donnera selon les arbitres (bi-flilim) », c’est-à-dire selon ce que verront les yeux des juges. Et ainsi interprétèrent dans la Mekhilta : « comme le mari lui imposera » : j’entends tout ce qu’il voudra ; l’Écriture enseigne « et il donnera selon les arbitres », et les « pelilim » ne sont que des juges.
ואם אסון יהיה באשה. ונתת נפש תחת נפש. נחלקו רז"ל בזה יש מהם אומרים נפש ממש שהרי רוצח הוא שהרג את האשה ואע"פ שלא נתכוין לה חייב, וי"א ממון שלא נתכוין לה ונתכוין להרוג את זה והרג את זה פטור.
« Et s’il y a malheur (ason) pour la femme » (Exode 21,23), « tu donneras âme pour âme ». Nos Sages de mémoire bénie divergèrent là-dessus : certains disent : âme proprement dite, car c’est un meurtrier qui a tué la femme, et bien qu’il ne l’ait pas visée, il est passible de mort ; et certains disent : une indemnité en argent, car il ne l’a pas visée, et il a eu l’intention de tuer celui-ci et a tué celui-là : il est exempt de la peine de mort.
ובמדרש של רבי שמעון בן יוחאי ראיתי כי ינצו אנשים זה מיכאל וסמאל, ונגפו אשה הרה זו כנסת ישראל, ויצאו ילדיה בגלות, ענוש יענש סמאל, כאשר ישית עליו בעל האשה, זה הקב"ה שנאמר ונתן בפלילים.
Et dans le Midrash de Rabbi Shim‘on ben Yohaï j’ai vu : « quand des hommes se disputeront » : ce sont Mikhaël et Samaël ; « et ils heurtent une femme enceinte » : c’est Keneset Israël ; « et ses enfants sortent » : en exil ; « il sera certainement puni » : Samaël ; « comme le mari de la femme lui imposera » : c’est le Saint, béni soit-Il, comme il est dit « et il donnera selon les arbitres ».
עין תחת עין. קבלת רז"ל בזה דמי עין ולא עין ממש, והראיה מה שהזכיר למעלה רק שבתו יתן ורפא ירפא ואם נעשה באיש אשר יכה את רעהו כאשר עשה בו מה ישלם אחרי כן והוא גם הוא צריך שבת ורפוי, ועוד כי זה שהוציא עין חברו אילו עשינו לו כן והוציאנו את עינו לא כל הטבעים שוים ואולי השני יומת בהוצאת עינו מפני שטבעו רך מן הראשון והתורה אמרה עין תחת עין ולא עין ונפש תחת עין וא"כ אין בזה השואת היושר והמשפט לכל טבעי בני אדם זולתי בדמים, ועוד הכתוב שאמר ואיש כי יתן מום בעמיתו כאשר עשה כן יעשה לו שבר תחת שבר עין תחת עין שן תחת שן כאשר יתן מום באדם כן ינתן בו אי אפשר שיתקיים הכתוב הזה אלא כפי קבלת רז"ל בדמים ולא נטילת אבר ממש לפי שאי אפשר לאדם לעשות חבורה כאותה שעשה לו חברו באורך וברוחב ובעומק ולא יתכן לו לצמצם, ואם יעשה פחות או יותר לא קיים כאשר עשה כן יעשה לו, אלא מכאן שאינו ממש אלא דמים כדמי מה שעשה לא פחות ולא יותר.
« Œil pour œil » (Exode 21,24). La tradition de nos Sages de mémoire bénie est qu’il s’agit de la valeur d’un œil et non d’un œil proprement dit ; et la preuve est ce qu’il a mentionné plus haut (21,19) : « seulement son chômage il donnera et il le fera certainement soigner » ; et s’il se fait à l’homme qui frappe son prochain ce qu’il lui a fait, que paiera-t-il ensuite ? et lui aussi a besoin de chômage et de soins ; et de plus, celui qui a crevé l’œil de son prochain, si nous lui faisions de même et lui crevions l’œil, toutes les natures ne sont pas égales, et peut-être que le second mourrait du fait de la perte de son œil parce que sa nature est plus faible que celle du premier, et la Torah a dit « œil pour œil » et non « œil et âme pour œil » ; et si c’est ainsi, il n’y a là aucune égalité de la droiture et du jugement pour toutes les natures des hommes, sinon par les dommages ; et de plus l’Écriture qui dit (Lévitique 24,19-20) « et si un homme inflige une défiguration à son prochain, comme il a fait, ainsi lui sera fait : fracture pour fracture, œil pour œil, dent pour dent ; comme il inflige une défiguration à l’homme, ainsi il lui sera infligé » ; il est impossible que ce verset s’accomplisse autrement que selon la tradition de nos Sages de mémoire bénie, en argent, et non par prélèvement d’un membre proprement dit, parce qu’il est impossible à l’homme de faire une blessure comme celle que son prochain lui a faite, en longueur, en largeur et en profondeur, et il ne peut pas la mesurer exactement ; et s’il fait moins ou plus, il n’a pas accompli « comme il a fait, ainsi lui sera fait » ; mais de là on apprend que ce n’est pas proprement, mais en dommages, selon la valeur de ce qu’il a fait, ni moins ni plus.
ויש לשאול היאך נקיים הכתוב כאשר עשה כן יעשה לו אם לא בעשיית חבורה ממש שהרי הוא חבורה עשה ואם זה שעשה חבורה הוא חייב לשלם דמים היאך יתקיים כאשר עשה כן יעשה לו.
Et on peut demander : comment accomplirons-nous l’Écriture « comme il a fait, ainsi lui sera fait » si ce n’est par une blessure proprement dite ? car il a fait une blessure ; et si celui qui a fait une blessure est tenu de payer des dommages, comment s’accomplira « comme il a fait, ainsi lui sera fait » ?
ויש לומר כי פירוש כאשר עשה כן יעשה לו כאשר הרע כן ירעו לו, והראיה מדברי שמשון שאמר (שופטים ט״ו:י״א) כאשר עשו לי כן עשיתי להם והלא הם גזלו את אשתו והוא שרף את תבואתם והרי מעשה שלהם לא היה כמעשה שלו אלא ודאי כיון שהרעו זה לזה כאלו השתלמו הגמול. וכן מצינו בדברי הנביא שמתנבא על עשו (עובדיה) כאשר עשית יעשה לך גמולך ישוב בראשך, כי כאשר שתיתם על הר קדשי, והא למדת מן הדעת ומן הכתוב ומדברי חכמים שאין פירוש עין תחת עין ממש אלא דמים, כן כתב רבינו חננאל ז"ל.
Et on peut dire que le sens de « comme il a fait, ainsi lui sera fait » est : comme il a fait du mal, ainsi on lui fera du mal ; et la preuve est dans les paroles de Shimshon, qui dit (Juges 15,11) « comme ils m’ont fait, ainsi je leur ai fait » ; or ils lui ont volé sa femme et lui a brûlé leur récolte, et voici que leur acte n’était pas comme son acte ; mais assurément, puisqu’ils se sont fait du mal l’un à l’autre, c’est comme si la rétribution avait été payée. Et de même nous trouvons dans les paroles du prophète qui prophétise sur Esav (Ovadia 1,15-16) « comme tu as fait, ainsi il te sera fait, ta rétribution retombera sur ta tête ; car comme vous avez bu sur Ma montagne sainte… ». Tu as donc appris, de la raison, de l’Écriture et des paroles des Sages, que le sens de « œil pour œil » n’est pas proprement, mais des dommages. Ainsi écrivit Rabbénou Hananel, de mémoire bénie.
והנה הכתוב הזכיר ז' דברים, עין, שן, יד, רגל, כויה, פצע, חבורה, שיש בכל אחד דבר שאינו בחבירו ואי אפשר שנלמוד האחד משאר, עין נברא עמו אבל שן לא נברא עמו ואינו מן המנין של רמ"ח אברים שיש באדם כי כל אבר ואבר מרמ"ח אברים יש לו בשר וגידין ועצמות ולפיכך לא היינו יכולים ללמוד שן מעין שאין השן מכלל האברים אלא שהוא מכלי הטחינה וכן בכולן.
Et voici que l’Écriture mentionna sept choses : œil, dent, main, pied, brûlure, plaie, meurtrissure, dans chacune desquelles il y a quelque chose que n’a pas l’autre, et il est impossible que nous apprenions l’une des autres ; l’œil fut créé avec lui, mais la dent ne fut pas créée avec lui et n’est pas du nombre des deux cent quarante-huit membres qui sont dans l’homme, car chaque membre des deux cent quarante-huit membres a de la chair, des nerfs et des os ; et c’est pourquoi nous n’aurions pas pu apprendre la dent de l’œil, car la dent n’est pas comprise parmi les membres mais est parmi les instruments de mouture, et de même pour tous.
וכי יכה איש את עין עבדו. מצות התורה בעבד כנעני שיצא בשן ועין, והטעם בזה מפני שלא נשתעבדו אלא בשן ועין, שנאמר (בראשית ט) וירא חם אבי כנען את ערות אביו ויגד לשני אחיו בחוץ, ראה בעיניו והגיד בפיו ונתקלל על זה ארור כנען עבד עבדים יהיה לאחיו וכיון שלקו האברים החוטאים נפטר הגוף מעונש עבדות. ואמרו רז"ל ושחתה עד שיכוין לשחתה אבל נתכוין לרפאותה והשחיתה אין עבד יוצא בה לחרות.
« Et si un homme frappe l’œil de son serviteur » (Exode 21,26). Le commandement de la Torah concernant le serviteur cananéen est qu’il sort au moyen d’une dent et d’un œil, et la raison en est qu’ils ne furent asservis que par une dent et un œil, comme il est dit (Genèse 9,22) « et Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père, et il le raconta à ses deux frères dehors » : il vit de ses yeux et raconta de sa bouche ; et il fut maudit pour cela : « maudit soit Canaan, serviteur de serviteurs il sera pour ses frères » ; et puisque les membres qui ont péché furent frappés, le corps fut dispensé de la peine de servitude. Et nos Sages de mémoire bénie dirent : « ve-shihata » : jusqu’à ce qu’il ait l’intention de la détruire ; mais s’il avait l’intention de la guérir et l’a détruite, le serviteur ne sort pas par elle vers la liberté.
וסדור הפרשיות מן וכי יכה איש את עבדו כי התחיל מרציחת העבד שהיא חמורה ואח"כ כתוב וכי ינצו שבו דין הולדות שהוא קל מזה שלא ידע אדם אם יצליחו, ואח"כ בדין אברי הישראלים וזהו עין תחת עין ואח"כ בדין אברי עבדים כנעניים שהוא הקל שבכולן ומשם ואילך במשפטי הבהמות ובנזקיהן והכל בסדר נכון ובהשגחה גדולה.
Et l’ordre des sections, à partir de « et si un homme frappe son serviteur » : car il commença par le meurtre du serviteur, qui est grave, puis il est écrit « et quand ils se disputeront (yinnatsou) », où se trouve la loi des enfants, qui est plus légère que cela, car on ignore si ces enfants à naître seraient parvenus à se développer ; puis la loi des membres des Israélites, et c’est « œil pour œil » ; puis la loi des membres des serviteurs cananéens, qui est la plus légère de toutes ; et de là en avant, les lois des bêtes et de leurs dommages ; et tout cela dans un ordre juste et une grande providence.
וכי יגח שור את איש. הזכיר באדם לשון נגיחה אבל בבהמה בשור שהמית שור הזכיר נגיפה ואמר וכי יגוף, ואמרו רז"ל בבבא קמא אדם דאית ליה מזלא הזכיר בו נגיחה כלומר שעשה במתכוין ובהשגחה פרטית בהמה דלית לה מזלא הזכיר בה נגיפה כלומר בדרך מקרה.
« Et si un bœuf encorne (yiggah) un homme » (Exode 21,28). Pour l’homme, il a mentionné l’expression d’encornage (nigiha), mais pour la bête, pour le bœuf qui a fait mourir un bœuf, il a mentionné la poussée (nigifa) et dit « et si il pousse (yiggof) » ; et nos Sages de mémoire bénie dirent dans Bava Kamma : un homme qui a un mazal (destin), pour lui il a mentionné l’encornage, c’est-à-dire qu’il s’est fait volontairement et par providence particulière ; une bête qui n’a pas de mazal, pour elle il a mentionné la poussée, c’est-à-dire par voie de hasard.
סקול יסקל השור. אין מיתת השור לקחת הדין מן השור אלא לקחת הדין מבעליו כדי שיזהר בשמירתו ואם לא יזהר הרי הוא יודע שיפסיד ממונו, זהו על דרך הפשט והוא דעת הרמב"ן.
« Le bœuf sera certainement lapidé » (Exode 21,28). La mort du bœuf ne vise pas à faire justice du bœuf, mais à sanctionner son propriétaire, afin qu’il se garde dans sa surveillance ; et s’il ne se garde pas, voici qu’il sait qu’il perdra son argent. Ceci est selon le sens simple (peshat), et c’est l’avis du Ramban.
אמנם יש דעת אחרת כי שור שהמית את האדם והוא הדין חיה ועוף שהמיתו על כל פנים נקשר בו הכח שנקשר בנחש הקדמוני ולכך המשילו חכמים מכת הדבר לנגיחת השור ממה שאמרו במסכת תענית ריש פרק סדר תעניות דאמר שלשה מתים ביום אחד אין זה דבר, בשלשה ימים בזה אחר זה הרי זה דבר, וכן בשור אם נגח שלשה פעמים ביום אחד אין זה מועד, שלשה פעמים בשלשה ימים זה אחר זה הרי זה מועד שנאמר ואם שור נגח הוא מתמול שלשום דברי ר' יהודה, ופליג עליה ר"מ דאמר רחק נגיחותיו חייב קרב נגיחותיו לא כ"ש ואעפ"כ קיי"ל כרבי יהודה, ואמרו עוד שהשור בימי ניסן השטן מרקד לו בין קרניו וידוע כי הוא מושך כח ממדת הדין שכתוב (יחזקאל א׳:י׳) ופני שור מהשמאל, ומעשה עשו חכמים בתרנגול שהרג את הנפש והביאוהו לב"ד וסקלוהו ודבר הכתוב בהווה כשהזכיר שור אבל הוא הדין לשאר בעלי חיים.
Mais il y a un autre avis : le bœuf qui a fait mourir un homme — et il en va de même d’un animal sauvage ou d’un oiseau qui a fait mourir — est de toute façon lié à la force qui était liée au serpent primordial ; et c’est pourquoi les Sages ont comparé la plaie de la peste à l’encornage du bœuf, d’après ce qu’ils ont dit dans le traité Ta‘anit, au début du chapitre « Seder ta‘aniyot » : car il a dit que trois morts en un seul jour ne sont pas une peste, trois jours l’un après l’autre c’est une peste ; et de même pour le bœuf : s’il encorne trois fois en un seul jour, il n’est pas mou‘ad (prévenu) ; trois fois en trois jours l’un après l’autre, il est mou‘ad, comme il est dit « et si c’est un bœuf qui encorne depuis hier et avant-hier » (Exode 21,36), paroles de R. Yehouda ; et R. Meir diverge, lui qui dit : si ses encornages sont éloignés, il est tenu ; si ses encornages sont rapprochés, a fortiori ; et néanmoins nous tenons la halakha selon R. Yehouda. Et ils dirent encore que pour le bœuf, aux jours de Nissan, Satan danse pour lui entre ses cornes ; et il est connu qu’il tire sa force de l’attribut de rigueur, comme il est écrit (Ézéchiel 1,10) « et face de bœuf à gauche » ; et les Sages firent un cas d’un coq qui avait tué une personne : on l’amena devant le tribunal et on le lapida ; et l’Écriture parle du cas habituel quand elle mentionne le bœuf, mais il en va de même pour les autres animaux.
וכבר ידעת כי בזמן התלמוד היה השטן מתדמה ומתראה לעיני הבריות עד שהוצרכו לבקש רחמים שיתעלם מהם.
Et tu sais déjà qu’au temps du Talmud, Satan prenait apparence et se montrait aux yeux des créatures, au point qu’il fallut demander miséricorde pour qu’il se dérobe à eux.
והמית איש או אשה. דרשו רז"ל שהכתוב הזה מופנה הוא להקיש ולדון ממנה גזרה שוה לכל הנזקין שבתורה אחד האיש ואחד האשה ואע"פ שאין אנו דנין עכשיו דיני קנסות מ"מ אי תפס לא מפקינן מיניה, ומשמתינן ליה לההוא גברא דקבע היזקא בביתיה מדרבי נתן מנין שלא יגדל אדם כלב רע בתוך ביתו שנאמר (דברים כב) ולא תשים דמים בביתך, וארז"ל בבבא קמא האי מאן דבעי למהוי חסידא לזדהר במלי דנזקין.
« Et il fait mourir un homme ou une femme » (Exode 21,29). Nos Sages de mémoire bénie interprétèrent que ce verset est mis à part pour comparer et en tirer par analogie verbale (gezera shava) tous les dommages de la Torah, que ce soit un homme ou une femme ; et bien que nous ne jugions plus maintenant les lois des amendes (qenasot), néanmoins, si la victime a saisi des biens en compensation, on ne les lui retire pas ; et nous mettons à l’index cet homme qui a établi un danger dans sa maison, d’après R. Nathan : d’où que l’homme ne doive pas élever un chien méchant dans sa maison ? Comme il est dit (Deutéronome 22,8) « et tu ne mettras pas de sang dans ta maison ». Et nos Sages de mémoire bénie dirent dans Bava Kamma : celui qui veut être pieux (hasid) qu’il se garde en matière de dommages.
חסידים הראשונים היו קוברים קוציהם וזכוכיותיהם בתוך שדותיהם ומעמיקים להם ג' טפחים כדי שלא תוציאם המחרשה, ומעשה באחד שהיה מפנה אבנים מבית וזרק אותם ברשות הרבים אמר לו זקן אחד ריקא מפני מה אתה מפנה ממקום שאינו שלך למקום שלך לגלג עליו אותו האיש לימים הוצרך האיש ומכר ביתו ונתקל באותן האבנים מיד הזכיר דבריו של אותו הזקן אמר יפה אמר לי מפני מה אתה מפנה אבנים ממקום שאינו שלך למקום שלך וזהו שאמר הכתוב (קהלת יב) וזכור את בוראיך בימי בחורותיך.
Les premiers hommes pieux enterraient leurs épines et leurs éclats de verre au milieu de leurs champs et les enfouissaient à trois palmes de profondeur pour que la charrue ne les fasse pas sortir ; et il y eut un cas d’un homme qui retirait des pierres de sa maison et les jeta dans le domaine public ; un vieillard lui dit : vaurien, pourquoi retires-tu d’un lieu qui n’est pas à toi vers un lieu qui est à toi ? L’homme se moqua de lui ; avec le temps, l’homme eut besoin d’argent et vendit sa maison, et il trébucha sur ces pierres ; aussitôt il se rappela les paroles de ce vieillard et dit : il m’a bien dit : pourquoi retires-tu des pierres d’un lieu qui n’est pas à toi vers un lieu qui est à toi ? Et c’est ce que dit l’Écriture (Ecclésiaste 12,1) « et souviens-toi de ton Créateur aux jours de ta jeunesse ».
וגם בעליו יומת. אין זה בדיני אדם שהרי ארז"ל על רציחתו אתה הורגו ואי אתה הורגו על רציחת שורו אלא בידי שמים הוא כלשון (במדבר ג) והזר הקרב יומת, (ויקרא כב) ומתו בו כי יחללוהו שפירושו בידי שמים.
« Et son propriétaire aussi sera mis à mort » (Exode 21,29). Ce n’est pas par les lois des hommes, car nos Sages de mémoire bénie dirent : pour le meurtre qu’il a lui-même commis, on le met à mort, mais pour celui commis par son bœuf, on ne le met pas à mort ; mais c’est par les mains du Ciel, selon l’expression (Nombres 3,10) « et l’étranger qui s’approche sera mis à mort » et (Lévitique 22,9) « et ils mourront pour cela s’ils le profanent », dont l’explication est « par les mains du Ciel ».
אם כפר יושת עליו. אין אם זה ספק אלא חובה כמו (שמות כ״ב:כ״ד) אם כסף תלוה, וכל כפר הוא כפרה כענין הקרבנות ואין כופין אותו לבא לב"ד לחייבו בכך ואפילו אם חייבוהו אין ממשכנין אותו.
« S’il lui est imposé une rançon (kofer) » (Exode 21,30). Ce « im » (si) n’est pas un doute mais une obligation, comme (Exode 22,24) « si tu prêtes de l’argent » ; et tout « kofer » est une expiation (kapara), selon l’affaire des sacrifices ; et on ne le contraint pas à venir au tribunal pour l’y obliger, et même s’ils l’ont condamné, on ne saisit pas ses biens à titre de gage.
ונתן פדיון נפשו ככל אשר יושת עליו. מלמד שאם נתן ככל אשר יושת עליו פדיון נפשו הרי הוא נצול שנאמר (איוב ל״ג:כ״ד) פדעהו מרדת שחת מצאתי כופר, וזה הדין בחייבי מיתה בידי שמים כגון זה שלא הרג אלא היה סבה לשורו שהרג בשלא שמרו יש לו פדיון, אבל ההורג אין לו פדיון שנאמר (ויקרא כ״ז:כ״ט) אך כל חרם אשר יחרם מן האדם לא יפדה מות יומת.
« Et il donnera le rachat de sa vie selon tout ce qui lui sera imposé » (Exode 21,30). Cela enseigne que s’il donne selon tout ce qui lui est imposé le rachat de sa vie, voici qu’il est sauvé, comme il est dit (Job 33,24) « délivre-le de la descente à la fosse, j’ai trouvé une rançon » ; et cette loi vaut pour les passibles de mort par les mains du Ciel, comme celui qui n’a pas tué mais qui a été cause que son bœuf a tué parce qu’il ne l’a pas gardé : il a un rachat ; mais le meurtrier n’a pas de rachat, comme il est dit (Lévitique 27,29) « mais tout interdit (herem) qui sera voué parmi les hommes ne sera pas racheté ; il sera certainement mis à mort ».
או בן יגח או בת יגח. לפי שהזכיר בתחלת הפרשה וכי יגח שור את איש או את אשה שמשמעם גדולים הזכיר בכאן שאפילו נגח את הקטנים כמשפט הזה יעשה לו שהשור יסקל וגם בעליו יומת בידי שמים.
« Ou il encorne un fils ou il encorne une fille » (Exode 21,31). Parce qu’il a mentionné au début de la section « et si un bœuf encorne un homme ou une femme », ce qui signifie des adultes, il mentionne ici que même s’il a encorné des mineurs, on agira avec lui selon cette loi : le bœuf sera lapidé et son propriétaire aussi sera mis à mort par les mains du Ciel.
אם עבד יגח השור או אמה. כנעניים הם. כסף שלשים שקלים. אפילו עבד נוקב מרגליות אפילו עבד מוכה שחין.
« Si le bœuf encorne un serviteur ou une servante » (Exode 21,32) : ce sont des cananéens. « Trente sicles d’argent » : même un serviteur qui perce des perles, même un serviteur frappé d’ulcère.
כי יגנוב איש שור או שה וטבחו או מכרו. ע"ד הפשט העבירות שהן מצויות יותר בהן הוא ראוי להגדיל העונש יותר, ולפי שהתורה חייבה לגנב לשלם תשלומי כפל על כן תחייב לגונב מן הבהמות הדקות שהן מצויות חוץ למדינה בשדות ובמדברות לשלם כפל הכפל וזהו וארבע צאן תחת השה, גם הבהמות הגסות הגנבה מצויה בהן יותר לפי שא"א לרועה להעבירן לפניו כאשר בדקות, ועל כן החמיר בגנבתן יותר והוסיף אחד ואמר חמשה בקר ישלם תחת השור, כן כתב הרמב"ם ז"ל.
« Si un homme vole un bœuf ou un mouton et l’abat ou le vend » (Exode 21,37). Selon le sens simple (peshat), les fautes qui sont plus fréquentes, il convient d’en grandir la peine ; et parce que la Torah a obligé le voleur à payer le double, c’est pourquoi elle oblige celui qui vole parmi les petites bêtes — qui se trouvent hors de la ville, dans les champs et les déserts — à payer le double du double, et c’est « et quatre moutons pour le mouton » ; aussi pour les grosses bêtes, le vol est plus fréquent parce qu’il est impossible au berger de les faire passer devant lui comme pour les petites ; et c’est pourquoi il a aggravé davantage pour leur vol et ajouté un, et dit « cinq bœufs il paiera pour le bœuf ». Ainsi écrivit le Rambam, de mémoire bénie.
אבל רז"ל בארו לנו בזה שני טעמים אמרו כי מה שהוסיף עונש בגנבת השור יותר מפני שהגנב הרכיב השה על כתפו וכדי בזיון בזה מה שאין כן בשור שהלך ברגליו, והוכיחו מזה גדול כבוד הבריות שדוחה את לא תעשה שבתורה, הקב"ה חס על הבריות. ובשור שבטלו ממלאכתו מה שאין כן בשה החמיר בו הכתוב יותר, והוכיחו מזה גדולה מלאכה. ומה שחייבה תורה לגנב שישלם פי שנים ואין הגזלן משלם אלא קרן, כבר נתנו רז"ל טעם בזה לפי שהגזלן השוה את העבד לקונו אבל הגנב חלק הכבוד לעבד יותר מקונו שנאמר (ישעיה כט) הוי המעמיקים מה' לסתיר עצה והיה במחשך מעשיהם ויאמרו מי רואנו ומי יודענו, וכתיב (תהלים צד) ויאמרו לא יראה יה וגו'.
Mais nos Sages de mémoire bénie nous ont expliqué à ce sujet deux raisons : ils dirent que ce qu’il a ajouté de peine pour le vol du bœuf est parce que le voleur a mis le mouton sur son épaule, et c’est un surcroît d’humiliation, ce qui n’est pas le cas du bœuf qui marchait sur ses pieds ; et ils prouvèrent par là que la dignité des créatures est grande, au point de repousser un interdit de la Torah : le Saint, béni soit-Il, a pitié des créatures. Et pour le bœuf, parce qu’on l’a privé de son travail, ce qui n’est pas le cas du mouton, l’Écriture aggrava davantage pour lui, et ils prouvèrent par là que le travail est grand. Et ce que la Torah a obligé le voleur à payer le double, alors que le ravisseur ne paie que le capital, nos Sages de mémoire bénie en ont déjà donné la raison : parce que le ravisseur a mis le serviteur sur le même plan que son Maître, mais le voleur a donné plus d’honneur au serviteur qu’à son Maître, comme il est dit (Isaïe 29,15) « malheur à ceux qui cachent profondément leur conseil à l’Éternel, dont les œuvres sont dans les ténèbres, et qui disent : qui nous voit ? et qui nous connaît ? » ; et il est écrit (Psaumes 94,7) « et ils disent : Yah ne verra pas, etc. ».
וע"ד המדרש כי יגנוב איש שור או שה וטבחו או מכרו, לפי ששור גנבנו ועשינו עגל לפיכך חמשה בקר ישלם תחת השור שלמנו תחתיו שמתו אבותינו עליו במדבר, וארבע צאן תחת השה תחת שגנבנו ליוסף היינו ד' מאות שנה משועבדים במצרים ומלכו בנו ד' מלכיות.
Et selon le Midrash : « si un homme vole un bœuf ou un mouton et l’abat ou le vend » : parce que nous avons volé un bœuf et fait un veau, c’est pourquoi « cinq bœufs il paiera pour le bœuf » : nous avons payé en sa place, car nos pères moururent à cause de lui dans le désert ; « et quatre moutons pour le mouton » : parce que nous avons volé Yossef, nous fûmes asservis quatre cents ans en Égypte, et quatre royaumes nous gouvernèrent.
ע"כ לשון המדרש, ומה שמתו אבותינו עליו במדבר נראה שהזכיר כן על אותם שנהרגו ע"י בני לוי שהיו כשלשת אלפי איש וכן במגפה ע"י הקב"ה, אבל מפני שהזכיר מספר חמשה נראה לי כי חמשה עונשין קבלנו עליו תחת השור ואלו הם, הריגה בסייף ע"י בני לוי, מגפה ע"י הקב"ה שנאמר (שמות לב) ויגוף ה' את העם, הורקת פנים ע"י משה שנתכוין לבודקן כסוטות, חורבן בהמ"ק שנאמר (יחזקאל ט) קרבו פקודות העיר, ולשון פקודות הוא כנגד הלשון שהזכיר בכאן (שמות לב) וביום פקדי ופקדתי ולכך אמר פקודות זכירה לדורות כי אע"פ שאין הקב"ה פוקד העון הרי הוא נזכר בכל דור ודור, ובפסוק פוקד עון אבות (שם לד) אבאר זה בעזה"י.
Fin du langage du Midrash. Et ce que nos pères moururent à cause de lui dans le désert, il semble qu’il mentionne ainsi ceux qui furent tués par les fils de Lévi, qui étaient environ trois mille hommes, et de même dans la peste par le Saint, béni soit-Il ; mais parce qu’il mentionna le nombre cinq, il me semble que nous avons reçu cinq peines pour lui, à la place du bœuf, et ce sont : la mise à mort par l’épée par les fils de Lévi ; la peste par le Saint, béni soit-Il, comme il est dit (Exode 32,35) « et l’Éternel frappa le peuple » ; le pâlissement des visages par Moshé, qui eut l’intention de les éprouver comme des sotot ; la destruction du Temple, comme il est dit (Ézéchiel 9,1) « les visiteurs de la ville se sont approchés » ; et l’expression « peqoudot » (visites) correspond à l’expression qu’il a mentionnée ici (Exode 32,34) « et au jour de Ma visite (u-ve-yom peqdi), Je visiterai (u-faqadti) » ; et c’est pourquoi il dit « peqoudot » : un souvenir pour les générations, car bien que le Saint, béni soit-Il, ne visite pas la faute, elle est rappelée à chaque génération ; et au verset « qui visite la faute des pères » (Exode 34,7), je l’expliquerai, avec l’aide de Dieu.
אם במחתרת ימצא הגנב. לשון במחתרת שחתר בחשך בתים. אין לו דמים. אין לו חיוב מיתה למי שימיתנו שהרי בודאי כיון שהוא נכנס בלילה על עסקי נפשות בא שאם יעמוד בעל הבית כנגדו להציל ממונו הרי הוא הורגו לבעל הבית.
« S’il est trouvé en train de percer (ba-mahteret) le voleur » (Exode 22,1). L’expression « mahteret » : il a percé les maisons dans l’obscurité. « Pas de sang pour lui » : celui qui le tuera n’est pas passible de mort ; car assurément, puisqu’il est entré de nuit en vue de tuer des personnes, il est venu avec l’idée que si le maître de la maison se tient devant lui pour sauver son argent, il le tue, le maître de la maison.
אם זרחה השמש עליו. כלומר שנכנס שם ביום או שנתעכב שם עד הבקר שהתפשטה השמש בעולם.
« Si le soleil s’est levé sur lui » (Exode 22,2) : c’est-à-dire qu’il y est entré de jour, ou qu’il y est resté jusqu’au matin, quand le soleil s’est répandu dans le monde.
דמים לו. חיוב מיתה יש לכל מי שימיתנו לפי שלא נמצא שבא על עסקי נפשות ובודאי לא יהרוג שכבר הוא יודע שהכל יודעין בו ויתפשוהו להריגה. והזכיר בלשון נקבה אם זרחה השמש ולא אמר אם זרח כי כן דרך הכתוב להזכיר בלשון נקבה כשרוצה לדבר בזמן שהשמש מתפשטת בעולם ומתרחבת ברוחב חללו, וכן (שמואל ב י״ב:י״א) לעיני השמש הזאת, וכשהוא מתחיל לזרוח ורוצה לצאת ולהתנוצץ בזהרו נקרא בלשון זכר כלשון (בראשית ל״ב:ל״ב) ויזרח לו השמש, וכתיב (שם יט) השמש יצא על הארץ, וכתיב (תהילים י״ט:ו׳) ישיש כגבור לרוץ אורח, וע"כ הזכיר בכאן בלשון נקבה יאמר שאם התפשטה השמש בעולם שהוא יודע שיתפש ולא יוכל להנצל מידם דמים לו למי שימיתנו ויש לו לשלם מה שגנב, אם אין לו ונמכר בגנבתו.
« Du sang pour lui » (Exode 22,2) : celui qui le tuera est passible de mort, parce qu’on n’a pas trouvé qu’il est venu en vue de tuer des personnes, et assurément il ne tuera pas, car il sait déjà que tous le connaissent et le saisiront pour le mettre à mort. Et il mentionna au féminin « im zarkha ha-shemesh » (si le soleil s’est levé) et n’a pas dit « im zarah », car c’est la manière de l’Écriture de mentionner au féminin quand elle veut parler du temps où le soleil se répand dans le monde et s’élargit dans la largeur de son espace, et ainsi (II Samuel 12,11) « aux yeux de ce soleil » ; et quand il commence à se lever et veut sortir et resplendir de son éclat, il est appelé au masculin, selon l’expression (Genèse 32,32) « et le soleil se leva pour lui », et il est écrit (Genèse 19,23) « le soleil sortit sur la terre », et il est écrit (Psaumes 19,6) « il se réjouit comme un héros de courir sa route » ; et c’est pourquoi il a mentionné ici au féminin : il dira que si le soleil s’est répandu dans le monde, de sorte qu’il sait qu’il sera saisi et ne pourra pas leur échapper, « du sang pour lui » : pour celui qui le tuera ; et il doit payer ce qu’il a volé ; s’il n’a rien, il est vendu pour son vol.
מיטב שדהו ומיטב כרמו ישלם. הוכיחו רז"ל מכאן הנזקין שמין להם מן העדית שאם היית אומר בבינונית או בזבורית יהיה כל אחד ואחד גוזל את חברו עדית שלו וישלם מן הזבורית או מן הבינונית, לכך אמרה תורה מיטב שדהו ומיטב כרמו ישלם שיתחייב לשלם לנגזל מן העדית שלו, כדי שיאמר מפני מה אני גוזל וחומס למחר ב"ד יורדין לנכסי ונוטלין שדה נאה שלי וסומכין על מה שכתוב בתורה מיטב שדהו ומיטב כרמו ישלם, וזה ששנינו הנזקין שמין להם בעדית ובעל חוב בבינונית וכתובת אשה בזבורית, דין בעל חוב שיהיה נפרע מן הזבורית מן התורה שנאמר (דברים כ״ד:י״א) בחוץ תעמוד והאיש אשר אתה נושה בו יוציא אליך את העבוט החוצה, מה דרכו של בעל הבית להוציא פחות שבכלים, אבל תקנו חכמים שיהא נפרע מן הבינונית שאם תאמר מן הזבורית תנעול דלת בפני לוין, כתובת אשה בזבורית מה טעם שיותר ממה שהאיש רוצה לישא אשה רוצה לינשא.
« Du meilleur de son champ et du meilleur de sa vigne il paiera » (Exode 22,4). Nos Sages de mémoire bénie en prouvèrent que pour les dommages, on estime d’après ce qui est de meilleure qualité (‘idit) ; car si tu disais : d’après la qualité moyenne ou la plus mauvaise (zeburit), chacun déroberait à son prochain ses terres de meilleure qualité, puis l’indemniserait avec ses terres de qualité inférieure ou moyenne ; c’est pourquoi la Torah dit « du meilleur de son champ et du meilleur de sa vigne il paiera » : qu’il soit tenu de payer au volé de sa meilleure, afin qu’il se dise : pourquoi je vole et je fais violence ? demain le tribunal descendra sur mes biens et prendra mon beau champ, et ils s’appuient sur ce qui est écrit dans la Torah, « du meilleur de son champ et du meilleur de sa vigne il paiera » ; et c’est ce que nous avons enseigné : pour les dommages, on estime d’après le meilleur ; le créancier d’après le moyen ; la ketouba de la femme d’après le plus mauvais. La loi du créancier, qui est payé sur le plus mauvais, vient de la Torah, comme il est dit (Deutéronome 24,11) « tu te tiendras dehors, et l’homme à qui tu as prêté te sortira le gage dehors » : qu’est-ce que la manière du maître de maison de sortir ? Le moins bon des ustensiles ; mais les Sages ont institué qu’il soit payé sur le moyen, car si tu disais : sur le plus mauvais, tu fermerais la porte devant les emprunteurs ; la ketouba de la femme, sur le plus mauvais : quelle en est la raison ? Plus que l’homme veut épouser, la femme veut être épousée.
כי תצא אש. מעצמה. שלם ישלם המבעיר את הבערה. שמי שהבעיר את האש היה סבה שאלמלא הוא שהבעיר את האש לא היתה האש יוצאה מעצמה ושורפת את הגדיש או הקמה, ודרשו רז"ל מקרא זה בבבא קמא על חורבן בהמ"ק שכתוב שם (ישעיהו ס״ד:י׳) בית קדשנו ותפארתנו אשר הללוך אבותינו היה לשרפת אש ואנו גרמנו שקלקלנו והבטיחנו הקב"ה שישלם כאלו הוא הבעיר את הבערה.
« Si un feu sort » (Exode 22,5) : de lui-même. « Celui qui a allumé l’incendie paiera certainement » : car celui qui a allumé le feu fut la cause : si ce n’était qu’il avait allumé le feu, le feu ne serait pas sorti de lui-même et n’aurait pas brûlé la meule ou les blés debout ; et nos Sages de mémoire bénie interprétèrent ce verset dans Bava Kamma sur la destruction du Temple, car il est écrit là (Isaïe 64,10) « notre maison sainte et notre gloire, où nos pères Te louaient, a été livrée aux flammes du feu » ; et nous avons causé cela en nous corrompant, et le Saint, béni soit-Il, nous a promis qu’Il paierait, comme s’Il avait Lui-même allumé l’incendie.
כי יתן איש אל רעהו כסף או כלים. דרשו רז"ל ד' שומרים הם שומר חנם שומר שכר השואל והשוכר ודיניהם משונים. ופרשה זו מדברת בשומר חנם שכן דרך כל אדם לשמור בחנם פקדון של כסף או של כלים, פרשה שלאחריה כי יתן איש אל רעהו חמור או שור או שה וכל בהמה לשמור מדברת בשומר שכר שאין דרך לשמור בהמות של אחרים כי אם בשכר, וכי ישאל איש מעם רעהו זה השואל, אם שכיר הוא בא בשכרו זה השוכר.
« Si un homme donne à son prochain de l’argent ou des ustensiles » (Exode 22,6). Nos Sages de mémoire bénie interprétèrent : il y a quatre gardiens : le gardien gratuit, le gardien salarié, l’emprunteur et le locataire ; et leurs lois sont différentes. Et cette section parle du gardien gratuit, car c’est la manière de chacun de garder gratuitement un dépôt d’argent ou d’ustensiles ; la section suivante, « si un homme donne à son prochain un âne, un bœuf, un mouton ou toute bête à garder » (Exode 22,9), parle du gardien salarié, car il n’est pas d’usage de garder les bêtes d’autrui sauf contre salaire ; et « si un homme emprunte à son prochain » (Exode 22,13) : c’est l’emprunteur ; « s’il a été loué, cela est compris dans son loyer » (Exode 22,14) : c’est le locataire.
ודע כי כלל ד' שומרים הללו שומר חנם פטור על הכל מגנבה ואבדה ואין צריך לומר באונסין והוא עושה חסד לבעל הממון כשרוצה לשמור פקדונו בחנם, שואל חייב על הכל בגנבה ואבדה ואפילו באונסין, והוא נוטל חסד מבעל הממון וכמו שאמרו רבותינו ז"ל דכל הנאה לדידיה היא, ולפיכך בשומר חנם כל הנזקין הבאים על הממון הרי הן לבעל הממון ולא לשומר ובשואל כל הנזקין הבאים על הממון הרי הן לשואל ולא על בעל הממון, שומר שכר ושוכר הרי הם משותפים בתועלת זה משכיר בהמתו או כליו לחברו ונוטל שכירותו וזה משתמש בהם וכיון שהתועלת ביניהם ראוי שיתחלקו הנזקין ביניהם, ונזקי גנבה ואבדה הרי הן לשומר שכר ולשוכר ולא לבעל הממון, ונזקי האונסין כגון מת או נשבר או נשבה הרי הם של בעל הממון ולא של שומר שכר ושוכר, כל אלה דיני היושר ומדות שוות וחקים ומשפטים צדיקים.
Et sache que la règle de ces quatre gardiens est la suivante : le gardien gratuit est exempt de tout : vol et perte, et il n’est pas besoin de dire pour les cas de force majeure ; et il fait une bonté au propriétaire de l’argent quand il veut garder son dépôt gratuitement ; l’emprunteur est tenu pour tout : vol et perte, et même les cas de force majeure ; et il reçoit une bonté du propriétaire de l’argent, et comme dirent nos Sages de mémoire bénie : car tout le profit est pour lui ; et c’est pourquoi, dans le cas du gardien gratuit, tous les dommages qui viennent sur l’argent sont pour le propriétaire de l’argent et non pour le gardien, et dans le cas de l’emprunteur, tous les dommages qui viennent sur l’argent sont pour l’emprunteur et non pour le propriétaire de l’argent ; le gardien salarié et le locataire sont associés dans le profit : celui-ci loue sa bête ou ses ustensiles à son prochain et reçoit son loyer, et celui-là s’en sert ; et puisque le profit est entre eux, il convient que les dommages soient partagés entre eux : les dommages de vol et de perte sont pour le gardien salarié et pour le locataire et non pour le propriétaire de l’argent ; et les dommages de force majeure, comme mort, fracture ou capture, sont pour le propriétaire de l’argent et non pour le gardien salarié et le locataire ; tout cela, ce sont des lois de droiture, des mesures égales, des lois et des jugements justes.
ונקרב בעל הבית אל האלהים. עד האלהים יבא דבר שניהם. אשר ירשיעון אלהים. הזכיר בכאן שלשה פעמים אלהים, ומכאן דרשו רז"ל אין בית דין פחות משלשה. ולא תמצא בכל דינין שבפרשה מתחלת הספר עד כאן שיזכיר השם המיוחד כ"א שם אלהים, והטעם בזה כי המשפט לאלהים הוא, אבל בענין השבועה הזכיר ה' המיוחד ואמר שבועת ה', וזה מבואר לפי שהקו האמצעי הוא עיקר השבועה ועל כן ייחס השבועה לשם המיוחד, והנה מלת שבועת חסר וא"ו שבעת כתיב כי הוא נגזר משבעה וזה כבר נזכר ונשנה.
« Et le maître de la maison s’approchera de Dieu (ha-Elohim) » (Exode 22,7). « Jusqu’à Dieu viendra la parole des deux ; celui que Dieu condamnera » (Exode 22,8). Il a mentionné ici trois fois « Elohim », et de là nos Sages de mémoire bénie interprétèrent : il n’y a pas de tribunal à moins de trois. Et tu ne trouveras, dans toutes les lois de la section depuis le début du livre jusqu’ici, aucune mention du Nom unique, mais seulement le nom « Elohim », et la raison en est que « le jugement est à Dieu » ; mais à propos du serment, il a mentionné le Nom unique de l’Éternel et dit (Exode 22,10) « le serment de l’Éternel » ; et cela est évident, car la ligne médiane est l’essentiel du serment, et c’est pourquoi il attribua le serment au Nom unique. Et voici que le mot « shevu‘at » est écrit défectivement : il est écrit « shevu‘at » sans vav, car il est dérivé de « sheva‘ » (sept), et cela a déjà été mentionné et répété.
אם לא שלח ידו במלאכת רעהו. הכוונה בפקדון שמסר בידו וכן דעת התרגום במה דמסר ליה חבריה. והוציא הפקדון בלשון מלאכה כי ממונו של אדם יקרא מלאכה וכן כתיב (בראשית ל״ג:י״ד) לרגל המלאכה, והזכיר זה על המקנה. ובא לומר שאסור להשתמש מפקדון כלל שאם היה הפקדון בעל חיים שאסור שיעשה בהם מלאכתו, ואם הפקדון כלים אסור לו להשתמש בהם כי השמוש בכלים יקרא ג"כ מלאכה שהרי הכלים עשויין למלאכה לתשמיש.
« S’il n’a pas porté la main sur le bien (bi-melekhet) de son prochain » (Exode 22,10). L’intention porte sur le dépôt qui lui a été remis, et c’est aussi l’avis du Targoum : « sur ce que son prochain lui a remis ». Et il a désigné le dépôt par l’expression de « melakha » (œuvre), car l’argent d’un homme est appelé « melakha », et ainsi il est écrit (Genèse 33,14) « au pas de la melakha », et il le dit du bétail. Et il vient dire qu’il est interdit de se servir d’un dépôt du tout : car si le dépôt était un être vivant, il est interdit de le faire travailler à son propre travail ; et si le dépôt était des ustensiles, il lui est interdit de s’en servir, car l’usage des ustensiles est aussi appelé « melakha », puisque les ustensiles sont faits pour le travail, pour l’usage.
ודקדקו רז"ל בגמרא בבבא מציעא בסוף פרק המפקיד ואמרו בו אם שלח ידו חייב, כלומר אם נשתמש כלל בו ועשה בו מלאכתו כל עיקר ואפילו בלא שנפחת דמיו חייב, ושם חולקין רב ולוי חד אמר שליחות יד צריכה חסרון וחד אמר אינה צריכה חסרון, והעלו שם בגמרא שאינה צריכה חסרון ואין לו להשתמש בו כלל ואפילו תשמיש שאין בו פחת אלא אסור להשתמש בו כל עקר.
Et nos Sages de mémoire bénie ont examiné de près dans la Guemara, dans Bava Metsia, à la fin du chapitre « Ha-mafqid », et ils dirent là que « s’il a porté la main, il est tenu », c’est-à-dire s’il s’en est servi du tout et en a fait son travail en quoi que ce soit, même sans que sa valeur ait diminué, il est tenu ; et là Rav et Lévi divergent : l’un dit que la mainmise (shelihut yad) a besoin d’une perte, et l’autre dit qu’elle n’a pas besoin de perte ; et ils conclurent là, dans la Guemara, qu’elle n’a pas besoin de perte, et qu’il ne doit pas s’en servir du tout, même d’un usage qui n’entraîne pas de dépréciation, mais qu’il lui est interdit de s’en servir en quoi que ce soit.
מכשפה לא תחיה. ענין הכשוף הוא חבור דברים חלוקים זה מזה וכאשר יחבר אותם הדברים למטה זה עם זה כן יתחברו ויתערבו הכחות אשר למעלה זה עם זה ותצא מביניהם פעולה נפלאה נכרית, ואיסור כלאים נוטה לזה קצת כי הוא מערבב הכחות למעלה אשר הפרוד והרחוק ראוי בהם והחבור בהם מזיק מאד.
« Tu ne laisseras pas vivre la sorcière (mekhashefa) » (Exode 22,17). L’affaire de la sorcellerie est l’assemblage de choses distinctes les unes des autres ; et de même que l’on assemble ces choses en bas les unes avec les autres, de même s’assemblent et se mêlent les forces d’en haut les unes avec les autres, et il en sort entre elles une œuvre merveilleuse et étrangère ; et l’interdit du mélange de diverses espèces (kil’ayim) incline un peu à cela, car il mélange les forces d’en haut, où la séparation et l’éloignement sont convenables et où l’assemblage est très nuisible.
והנה חרטומי מצרים עיקר חכמתם היה ענין הכשוף והיו עושים בהם דברים נפלאים בדרך טבע, ודרשו רז"ל למה נקרא שמן כשפין שמכחישים פמליא של מעלה, והכחשת הפמליא הוא כשאדם עושה למטה הרכבת דברים שהם הפך הכחות הפשוטים הנגזרים בתנועת הגלגלים ובגזרת עירין שהם נפש להם והם הנקראים פמליא של מעלה, וראוי לאדם שיניח העולם שיתנהג כמנהגו וכפי טבעו הפשוט שהוא רצון בוראו יתברך שבראו כך ואם תתעסק בכשפים יש בזה צד הכחשה וכן דעת הרמב"ן.
Et voici que l’essentiel de la sagesse des magiciens d’Égypte était la sorcellerie, et ils y faisaient des choses merveilleuses par voie de nature ; et nos Sages de mémoire bénie interprétèrent : pourquoi est-ce appelé « keshafim » ? Parce qu’ils contredisent (makhishim) la cour céleste (pemalia shel ma‘ala) ; et la contrariété apportée à cette cour est quand l’homme fait en bas un assemblage de choses qui sont contraires aux forces simples prescrites dans le mouvement des sphères et dans le décret des Veilleurs (‘irin), qui en sont l’âme, et qui sont appelés « la cour céleste » ; et il convient que l’homme laisse le monde se conduire à sa manière et selon sa nature simple, qui est la volonté de son Créateur, béni soit-Il, qui l’a créé ainsi ; et si tu t’occupes de sorcellerie, il y a en cela un aspect de contradiction ; et tel est l’avis du Ramban.
אבל דעת רבינו חננאל ז"ל בפירושו במסכת סנהדרין מכחישין נראין כאלו מכחישין ואמר כי אין לכשפים פעולה כ"א מה שיגזור הש"י וכענין שאמר ר' חנינא לאותה אשה אין עוד מלבדו כתיב ואע"ג דמשני התם שאני ר' חנינא דנפיש זכותיה שנויא הוא ולא סמכינן עליה ואדרבי חנינא אתי תברן.
Mais l’avis de Rabbénou Hananel, de mémoire bénie, dans son commentaire du traité Sanhédrin, est : « makhishin » (ils contredisent) : ils semblent contredire ; et il dit que la sorcellerie n’a d’action que ce que le Nom, béni soit-Il, décrète ; et comme dit Rabbi Hanina à cette femme : il est écrit « il n’y a nul autre que Lui » ; et bien que la Guemara réponde là : Rabbi Hanina est différent, car son mérite est grand, c’est une réponse (shinouya), et nous ne nous y appuyons pas ; et c’est l’épisode de Rabbi Hanina qui vient réfuter [la thèse adverse].
ואם תשאל כיון שאין לכשפים פעולה אלא במקום שהקב"ה גוזר למה אסרתה תורה ולמה חייבה מיתה למכשף, והטעם מפני שעבר על גזרתו של הקב"ה לעשות מה שמנע ממנו, השתא מה מי שעבר על גזרת מלך בשר ודם חייב מיתה על גזרתו של מלך מלכי המלכים הקב"ה עאכ"ו, ע"כ דבריו ז"ל.
Et si tu demandes : puisque la sorcellerie n’a d’action que là où le Saint, béni soit-Il, le décrète, pourquoi la Torah l’a-t-elle interdite et pourquoi a-t-elle déclaré le sorcier passible de mort ? La raison en est qu’il a transgressé le décret du Saint, béni soit-Il, en faisant ce qui lui était interdit : maintenant, si celui qui transgresse le décret d’un roi de chair et de sang est passible de mort, pour le décret du Roi des rois, le Saint, béni soit-Il, a fortiori ! Fin de ses paroles, de mémoire bénie.
ומפני שישראל היו מורגלים בחכמה הזאת כי הם היוצאים ממצרים עתה מחדש וקרוב הדבר מאד שיטעו בני אדם אחריה על כן הוצרך הכתוב למנוע מהם לאסור החכמה הזאת, וכדי להוסיף חומרא בדבר לא אמר הכתוב מכשפה מות תמות אלא לא תחיה, כי רצה הכתוב להחמיר הענין בלאו שלא להחיותה כשם שהחמיר בשבעת עממין ואמר (דברים כ׳:ט״ז) לא תחיה כל נשמה.
Et parce qu’Israël étaient habitués à cette sagesse, car ils sortaient d’Égypte à l’instant, et qu’il était très probable que les gens s’égarent derrière elle, l’Écriture dut leur interdire cette sagesse ; et pour ajouter de la gravité à la chose, l’Écriture n’a pas dit « la sorcière sera certainement mise à mort » mais « tu ne la laisseras pas vivre » ; car l’Écriture voulut aggraver l’affaire par un interdit de ne pas la laisser vivre, comme elle aggrava pour les sept peuples et dit (Deutéronome 20,16) « tu ne laisseras vivre aucune âme ».
והזכיר מכשפה לא תחיה ולא מכשף מפני שהכשפים מצויים בנשים יותר ואין מעשה האוב נעשה כי אם באשה, ולכך אמר הכתוב (ויקרא כ׳:כ״ז) ואיש או אשה כי יהיה בהם אוב או ידעוני, וכבר הזכירו בספרי הכשפים כי ענין האוב אשה עומדת בקבר המת על מראשותיו והאיש מרגלותיו ונער באמצע והקשקוש בידו מצלצל ומקשקש בו, והנה זה הורגל בין האומות באותם הזמנים במאד מאד, ממנו נעתק במקומות שלהם ואין זה לאומה אחרת יצא להם מן השורש הזה שהוא שורש פורה ראש ולענה.
Et il mentionna « la sorcière » (mekhashefa) et non « le sorcier », parce que les sorcelleries se trouvent davantage chez les femmes, et que l’œuvre de l’ov ne se fait que par une femme ; et c’est pourquoi l’Écriture dit (Lévitique 20,27) « et un homme ou une femme, quand il y aura en eux un ov ou un yidde‘oni » ; et ils ont déjà mentionné dans les livres de sorcellerie que l’affaire de l’ov est : une femme se tient à la tombe du mort, à sa tête, et l’homme à ses pieds, et un garçon au milieu, et la crécelle (qashqesh) est dans sa main, il la fait tinter et sonner ; et voici que cela fut habituel, très habituel, parmi les nations en ces temps-là, et en fut transporté dans leurs lieux ; et cette pratique n’est parvenue à aucune autre nation sans provenir de cette racine, qui est une racine produisant poison et absinthe.
זובח לאלהים יחרם. מפני שהזהיר בדבור שני על ע"ג דרך כלל ולא פירש העונש לכך פירש בכאן כי הוא חייב מיתה כענין שכתוב (שם כז) אך כל חרם אשר יחרם מן האדם לא יפדה מות יומת, ואמר יחרם מדה כנגד מדה הוא זבח לחרם שנאמר (דברים ז׳:כ״ו) והיית חרם כמוהו וגו' כי חרם הוא ועל כן יחרם. ועוד יכלול הזובח והזבח שגם הוא אסור בהנאה. ומה שהזכיר זביחה הוא הדין להשתחויה ולנסוך וקטור ולשאר העבודות אבל המכבד והמרבץ והמגפף והמנשק אינו חייב מיתה בשלא כדרכה אבל כדרכה אם דרך עבודתה בכך חייב מיתה בכל ענין ואפילו פוער עצמו לפעור. פירש רש"י ז"ל לאלהים בפת"ח הלמ"ד לאותם שהוזהרת עליהם בסיני לא יהיה לך אלהים אחרים והם המלאכים.
« Celui qui sacrifie aux dieux (la-Elohim) sera voué à l’interdit (yaharam) » (Exode 22,19). Parce qu’Il avait averti dans la deuxième parole, de façon générale, sur l’idolâtrie, et n’en avait pas précisé la peine, c’est pourquoi Il précise ici qu’il est passible de mort, selon ce qui est écrit (Lévitique 27,29) « mais tout interdit qui sera voué parmi les hommes ne sera pas racheté ; il sera certainement mis à mort » ; et il dit « yaharam » : mesure pour mesure : il a sacrifié à un interdit, comme il est dit (Deutéronome 7,26) « et tu seras interdit comme elle, etc., car c’est un interdit », et c’est pourquoi il sera voué à l’interdit. Et de plus, cela comprend celui qui sacrifie et le sacrifice, car lui aussi est interdit de jouissance. Et ce qu’Il a mentionné le sacrifice, il en va de même de la prosternation, de la libation, de l’encens et des autres services ; mais celui qui balaie, qui arrose, qui embrasse et qui baise n’est pas passible de mort quand ce n’est pas le mode de service ; mais selon son mode, si c’est la manière de son service, il est passible de mort en tout cas, même celui qui se découvre pour déféquer devant Pe‘or. Rashi, de mémoire bénie, expliqua : « la-Elohim » avec patah sous le lamed : pour ceux dont tu as été averti au Sinaï, « lo yihyeh lekha Elohim aherim » : ce sont les anges.
וע"ד הקבלה מלת לאלהים תרמוז סוד הקרבנות וכענין שכתוב (במדבר כ״ח:ב׳) את קרבני לחמי לאשי. ודרשו רז"ל יכול לחמי ת"ל לאשי לאשים אתם נותנים, ואמת הדבר אבל הכוונה לשם המיוחד וזהו שהזכיר כאן בלתי לה' לבדו ועל כן תרגם אונקלוס אלהן לשמא דה' בלחודוהי.
Et selon la voie de la Kabbale, le mot « la-Elohim » fait allusion au secret des sacrifices, et selon ce qui est écrit (Nombres 28,2) « mon offrande, mon pain, pour mes feux » ; et nos Sages de mémoire bénie interprétèrent : on pourrait croire « mon pain » ; l’Écriture enseigne « pour mes feux » : vous donnez aux feux ; et la chose est vraie, mais l’intention est pour le Nom unique, et c’est ce qu’il a mentionné ici : « sauf pour l’Éternel seul » ; et c’est pourquoi Onqelos traduisit « ela le-shema de-H’ bi-lehudohi » (sauf pour le Nom de l’Éternel seul).
וגר לא תונה. באונאת דברים, ולא תלחצנו, בגזלת ממון. בכמה מקומות כתוב בתורה והזהיר הקב"ה על הגר לפי שהגר הוא מוצא עצמו יחידי בארץ נכריה ולכך נקרא גר מלשון גרגיר הנמצא יחידי בראש ענף האילן מבזים אותו ומריעים לו על כן אמר הש"י אל תחשוב שאין לו מי שיריב את ריבו כי אני הוא הרב את ריבו והעושה נקמה בעושקיו וזהו שנתן טעם ואתם ידעתם את נפש הגר כי גרים הייתם בארץ מצרים, לא אמר ואתם ידעתם את הגר אלא את נפש הגר כלומר ידעתם כי כל גר נפשו שפלה עליו ואין לו למי ישא עיניו כי אם אלי ועל כן ארחם עליו כמו שרחמתי עליכם שהייתם גרים בארץ מצרים.
« Et tu ne feras pas de tort à l’étranger (ger) » (Exode 22,20) : par des paroles blessantes ; « et tu ne l’opprimeras pas » : par le vol d’argent. En plusieurs endroits il est écrit dans la Torah, et le Saint, béni soit-Il, a averti au sujet de l’étranger, parce que l’étranger se trouve seul dans un pays étranger, et c’est pourquoi il est appelé « ger », de l’expression « gargir » (grain) qu’on trouve seul au sommet d’une branche de l’arbre ; on méprise l’étranger et on lui fait du mal ; c’est pourquoi le Nom, béni soit-Il, dit : ne pense pas qu’il n’a personne pour plaider sa cause, car Je suis Celui qui plaide sa cause et qui exerce la vengeance contre ses oppresseurs ; et c’est ce qui donne la raison : « et vous connaissez l’âme (nefesh) de l’étranger, car vous avez été étrangers au pays d’Égypte » ; il n’a pas dit « et vous connaissez l’étranger » mais « l’âme de l’étranger », c’est-à-dire : vous savez que l’âme de tout étranger est abaissée en lui et qu’il n’a vers qui lever les yeux sinon vers Moi, et c’est pourquoi J’aurai pitié de lui comme J’ai eu pitié de vous, qui étiez étrangers au pays d’Égypte.
וצרף אליו האלמנה והיתום לפי שכולן תשושי כח והבריות מקילין בהם להרע ולהצר אותם והנה דמעתם מצויה כי שערי דמעה לא ננעלו ועל כן צריך אדם להזהר בהם להיטיב ולהתחסד עמהם בין בגופו בין בממונו וכן הזכיר הנביא (ישעיהו נ״ח:י׳) הלא פרוס לרעב לחמך והזכיר עוד (שם) ותפק לרעב נפשך אם יש לך ליתן לו לחמך תן, ואם לאו נפשך שיזמין עצמו להמציא לו קורת רוח בדברים. ומה שהזכיר לשון כל אלמנה אפילו עשירה ובעלת נכסים מפני שדמעתה מצויה ונפשה מרה לה.
Et il lui a joint la veuve et l’orphelin, parce qu’ils sont tous sans force et que les créatures se permettent de leur faire du mal et de les opprimer ; et voici que leur larme est facile, car les portes des larmes ne sont pas fermées ; et c’est pourquoi l’homme doit veiller à leur égard, leur faire du bien et agir avec bonté envers eux, par son corps comme par son argent ; et ainsi mentionne le prophète (Isaïe 58,7) « n’est-ce pas partager ton pain avec l’affamé ? » et il mentionne encore (58,10) « et si tu donnes à l’affamé ton âme » : si tu as de quoi lui donner ton pain, donne ; sinon, ton âme : qu’il se tienne prêt à lui procurer de l’apaisement par des paroles. Et ce qu’il mentionne l’expression « toute veuve », même riche et propriétaire de biens, c’est parce que sa larme est facile et son âme est amère.
אם ענה תענה אותו. יחזור לכל אחד ואחד בין היתום בין האלמנה שהזהיר עליהם לא תענון. וכל לשון הכתוב הזה הוא כפול כי כפל הענוי והצעקה והשמיעה.
« Si tu l’affliges, oui, tu l’affliges (im ‘aneh te‘aneh oto) » (Exode 22,22). Cela revient à chacun, que ce soit l’orphelin ou la veuve, sur lesquels il a averti « vous n’affligerez pas ». Et toute l’expression de ce verset est redoublée, car il redoubla l’affliction, le cri et l’écoute.
ויתכן לפרש בזה כי דרך בני העולם שהם עלובים באיזה דבר שיהיה שיטרחו אחרי מושיעים ועוזרים, והיתום והאלמנה הם חלושי הכח אין להם עוזרים ולכך לא יבטחו באדם כי אם בהקב"ה שהוא עוזר ומושיע ומגן ובעבור זה יודיע הכתוב כי הם נעזרים יותר מכל אדם וכענין שכתוב בהם (משלי כ״ג:י״א) כי גואלם חזק הוא יריב את ריבם אתך, ומפני שדרך הבריות לענותם תמיד כל היום לכך כפל הענוי, והיה ראוי שיאמר אם ענה תענה אותם ליתום ולאלמנה שהזכיר ואמר אותו להזהיר שלא לענות אחד מהם פעם אחר פעם,
Et il est possible d’expliquer à ce sujet que la manière des gens du monde est que, quand ils sont dans le malheur pour quelque raison que ce soit, ils se donnent de la peine à la recherche de sauveurs et d’aides ; et l’orphelin et la veuve sont faibles de force et n’ont pas d’aides, et c’est pourquoi ils ne se confient pas en un homme mais dans le Saint, béni soit-Il, qui est aide, sauveur et protecteur ; et à cause de cela l’Écriture fait connaître qu’ils sont secourus plus que tout homme, et selon ce qui est écrit à leur sujet (Proverbes 23,11) « car leur racheteur est fort, Il plaidera leur cause contre toi » ; et parce que la manière des gens est de les affliger toujours, tout le jour, c’est pourquoi il redoubla l’affliction ; et il aurait dû dire « si tu les affliges » (otam) pour l’orphelin et la veuve qu’il a mentionnés, et il a dit « oto » (lui) pour avertir de ne pas affliger l’un d’eux fois après fois ;
שאם יעשה כן כי אם צעוק יצעק אלי כלומר כשיצעק אחד מהם אלי שמוע אשמע צעקתו של כל אחד ואחד וכן כל צעקה וצעקה של כל אחד ועל כן הוצרך הכתוב לכפול הצעקה והשמיעה כדי ליתן שמיעה על כל צעקה וצעקה, וכן מצינו חלקי השמיעה ומדרגותיה כפי הצעקה והצער שיש לו בצעקתו והוא שכתוב (תהילים ל״ט:י״ג) שמעה תפלתי ה' ושועתי האזינה הזכיר בתפלה שאדם מנענע שפתיו לשון שמיעה והזכיר בשועה שמצטער יותר וצועק לשון האזנה שהוא הטיית האוזן וגדול משמיעה ובדמעה היוצאה מתוך הכנעה וצער גדול יותר הזכיר אל תחרש והוא הפקת רצונו, ותבין מזה איך הקב"ה מדקדק בנתיבות השכר למדוד לכל אחד כמדתו.
car s’il fait ainsi, « car s’il crie, oui, s’il crie vers Moi » (Exode 22,22) : c’est-à-dire que quand l’un d’eux criera vers Moi, « j’entendrai, oui, j’entendrai son cri », celui de chacun, et ainsi pour chaque cri et chaque cri de chacun ; et c’est pourquoi l’Écriture dut redoubler le cri et l’écoute, afin de donner de l’écoute pour chaque cri et chaque cri ; et ainsi nous trouvons les degrés de l’écoute et ses niveaux selon le cri et la peine qu’il a dans son cri, et c’est ce qui est écrit (Psaumes 39,13) « écoute ma prière, Éternel, et prête l’oreille à mon cri » ; il a mentionné, pour la prière dans laquelle l’homme remue les lèvres, l’expression d’écoute (shema‘) ; et pour le cri (shav‘a), où il souffre davantage et crie, l’expression de « prête l’oreille » (ha’azina), qui est l’inclinaison de l’oreille et plus grande que l’écoute ; et pour la larme qui sort de l’humilité et d’une plus grande peine, il a mentionné « ne te tais pas » (al taharesh), qui est l’obtention de son désir ; et tu comprends par là comment le Saint, béni soit-Il, est minutieux dans les sentiers de la récompense, mesurant à chacun selon sa mesure.
ודומה לזה תמצא במדרש (איוב ל״ג:כ״ג) אם יש עליו מלאך מליץ אחד מני אלף לא אמר מלאך אחד מני אלף אלא מליץ אחד מני אלף כלומר זכות אחד מני אלף חובה. או יאמר שמוע אשמע צעקתו שמוע שאשלם לו החמס שעושה לו חברו, אשמע שאני נפרע ממי שעושה לו החמס וזהו כי יצעק אלי ושמעתי כי חנון אני ולשון חנינה מדת הדין היא כלומר מדת הדין מתוחה כנגדו.
Et semblable à cela, tu trouves dans le Midrash (Job 33,23) « s’il y a sur lui un ange intercesseur, un entre mille » : il n’a pas dit « un ange entre mille » mais « un intercesseur entre mille », c’est-à-dire un mérite entre mille fautes. Ou bien il dira : « j’entendrai, oui, j’entendrai son cri » : j’entendrai, afin de le dédommager du tort que son prochain lui fait ; « j’entendrai » : que Je tire vengeance de celui qui lui fait violence ; et c’est « car s’il crie vers Moi, j’entendrai, car Je suis gracieux (hanoun) » ; et l’expression de grâce (hanina) est l’attribut de rigueur, c’est-à-dire que l’attribut de rigueur s’exerce contre l’oppresseur.
וחרה אפי. מדת הדין שהיתה מכה במצרים כדי להוציא אתכם שהייתם גרים, ואמר זה כנגד הגר שהזכיר. ואמר והיו נשיכם, כנגד כל אלמנה, ובניכם יתומים, כנגד היתום הכל מדה כנגד מדה, וכל זמן שאתם נזהרים בהם ומרחמים עליהם מדת הדין תתהפך לרחמים שהרי מדה טובה מרובה ממדת הפורענות ובזה תאריכו ימים אתם ובניכם ולכם תהיה צדקה לפני הש"י שהרי פרי הצדקה אריכות ימים שנאמר (משלי י) וצדקה תציל ממות וכתיב (שם יב) באורח צדקה חיים ודרך נתיבה אל מות, וגדולה צדקה יותר מן הקרבנות שנאמר (שם כא) עשה צדקה ומשפט נבחר לה' מזבח.
« Et ma colère s’enflammera » (Exode 22,23) : l’attribut de rigueur qui frappait en Égypte pour vous en faire sortir, car vous étiez étrangers ; et Il dit cela à l’encontre de l’étranger qu’Il a mentionné. Et Il dit « et vos femmes seront » (veuves), à l’encontre de « toute veuve », « et vos fils orphelins », à l’encontre de l’orphelin : tout cela mesure pour mesure ; et tant que vous veillez à ne pas leur nuire et avez pitié d’eux, l’attribut de rigueur se changera en miséricorde, car l’attribut du bien est plus grand que l’attribut du châtiment ; et par là vous prolongerez vos jours, vous et vos fils, et la tsedaqa sera pour vous devant le Nom, béni soit-Il, car le fruit de la tsedaqa est la longueur des jours, comme il est dit (Proverbes 10,2) « et la tsedaqa délivre de la mort », et il est écrit (Proverbes 12,28) « dans le sentier de la tsedaqa est la vie, et dans le chemin de son sentier il n’y a pas de mort » ; et la tsedaqa est plus grande que les sacrifices, comme il est dit (Proverbes 21,3) « faire la tsedaqa et le jugement est choisi par l’Éternel plus qu’un sacrifice ».
אם כסף תלוה את עמי. מתן בסתר יכפה אף ושוחד בחיק חמה עזה (שם כא), שלמה המלך ע"ה בא לשבח מדת הצדקה שהיא דוחה את הצרות ומסלקת הפורענות כשהיא נעשית בסתר, ומתן בסתר הוא שלא ידע הנותן למי נותן גם העני לא יודע ממי נוטל, ומן הידוע כי דרכי נותני הצדקה נחלקים לשמונה חלקים והם שמונה מדרגות זו למעלה מזו, החלק הראשון יש נותן צדקה לעני ונותנה לו בעצבון, החלק השני שיתן לו פחות מן הראוי בסבר פנים יפות, החלק השלישי שיתן לעני בידו קודם שישאל, החלק הרביעי שיתן לעני וידע העני ממי נטל ולא ידע הנותן למי נתן כגון גדולי חכמי התלמוד שהיו הולכים וצוררים מעות בטליתותיהם ומפשילין לאחוריהם ובאים העניים ונוטלים אותם והיו עושים כן כדי שלא יתביישו,
« Si tu prêtes de l’argent à Mon peuple » (Exode 22,24). « Un don en secret apaise la colère, et un présent dans le sein, la fureur violente » (Proverbes 21,14) : le roi Shelomo, paix sur lui, vient louer l’attribut de la tsedaqa, qui repousse les détresses et écarte le châtiment quand elle est faite en secret ; et un don en secret, c’est que le donneur ne sache pas à qui il donne, et que le pauvre ne sache pas de qui il reçoit ; et il est connu que les façons des donneurs de tsedaqa se divisent en huit parties, qui sont huit degrés, l’un au-dessus de l’autre : la première partie : il y a celui qui donne la tsedaqa au pauvre et la lui donne avec tristesse ; la deuxième partie : qu’il lui donne moins que ce qui convient, d’un visage aimable ; la troisième partie : qu’il donne au pauvre de sa main avant qu’il ne demande ; la quatrième partie : qu’il donne au pauvre, et que le pauvre sache de qui il a reçu, mais que le donneur ne sache pas à qui il a donné, comme les grands sages du Talmud, qui allaient, nouaient des pièces dans leurs manteaux et les rejetaient derrière eux, et les pauvres venaient et les prenaient, et ils faisaient ainsi pour qu’ils n’aient pas honte ;
החלק החמישי שיתן וידע למי נתן אבל העני לא ידע ממי נטל כגון גדולי חכמי התלמוד חסידי עליון שהיו הולכים בסתר ומשליכים מעות בפתחי העניים, החלק הששי שיתן צדקה לעני ולא ידע הנותן למי נותן ולא ידע העני ממי נטל, והנה זאת מצוה לשמה כגון לשכת חשאים שהיתה במקדש שהיו צדיקים נותנין בה והעניים בני טובים מתפרנסים בה בחשאי, וקרוב לזה הנותן לתוך קופה של צדקה שהיא צדקה הנתנת בחשאי שאין הנותן יודע למי נותן ואין הנוטל יודע ממי נוטל וצדקה זו דוחה את הפורענות, ועל כן אמר שלמה מתן בסתר יכפה אף,
la cinquième partie : qu’il donne et sache à qui il a donné, mais que le pauvre ne sache pas de qui il a reçu, comme les grands sages du Talmud, pieux du Très-Haut, qui allaient en secret et jetaient des pièces aux portes des pauvres ; la sixième partie : qu’il donne la tsedaqa au pauvre, sans que le donneur sache à qui il donne et sans que le pauvre sache de qui il a reçu ; et voici un commandement accompli pour lui-même, comme la chambre des secrets (lishkat hashaim) qui était dans le Sanctuaire, où les justes donnaient et où les pauvres de bonne famille étaient entretenus en secret ; et proche de cela est celui qui donne dans le tronc de la tsedaqa, qui est une tsedaqa donnée en secret, car le donneur ne sait pas à qui il donne et le preneur ne sait pas de qui il reçoit ; et cette tsedaqa repousse le châtiment ; et c’est pourquoi Shelomo dit « un don en secret apaise la colère » ;
יאמר כי גם אם הפורענות ראויה לבא עליו זכות מתן בסתר יסלקנו מעליו, והנה זה בהפך מפעולות השוחד שהוא אבן חן אצל הנוטל, וכן אמר שלמה (שם יז) אבן חן השוחד בעיני בעליו אל כל אשר יפנה ישכיל, ובאר הכתוב כי הנותן מתן בסתר שהוא מחסר לעצמו הלא בחסרון זה מרויח שידחה הפורענות מעליו שהוא ראוי לבוא עליו, והשוחד שהוא נוטל בידו ומביאו אל חיקו בסתר וביתרון הזה יפסיד שיביא על עצמו חמה עזה, והא למדת שהחסרון הזה למצוה גורם לו שכר והיתרון הזה בגזל וחמס גורם לו הפסד.
il dira que même si le châtiment était sur le point de venir sur lui, le mérite du don en secret l’écartera de lui ; et voici que c’est à l’inverse de l’action du pot-de-vin, qui est comme une pierre précieuse aux yeux de celui qui le reçoit, et ainsi dit Shelomo (Proverbes 17,8) « une pierre de grâce est le pot-de-vin aux yeux de son maître ; partout où il se tourne il réussit » ; et l’Écriture expliqua que celui qui fait un don en secret, ce qui est une diminution pour lui, gagne par cette diminution que le châtiment qui devait venir sur lui soit repoussé ; et le pot-de-vin, qu’il prend de sa main et amène dans son sein en secret, par ce gain il perdra, car il fait venir sur lui une fureur violente ; et tu as appris que cette diminution pour un commandement lui cause une récompense, et ce gain par vol et violence lui cause une perte.
החלק השמיני והיא צדקה גדולה מכלן המלוה מעות לעני, לפי שההלואה גדולה מן המתנה שהוא מחזיק בידו ואינו מתבייש בזה, ולפיכך נצטוינו במצות עשה שבתורה על חיוב הלואה לעני, וזהו שכתוב אם כסף תלוה את עמי את העני עמך, קבלו רז"ל אם זה חובה וכמוהו (שמות כ׳:כ״ב) ואם מזבח אבנים תעשה לי, וכן (שם כא) אם כופר יושת עליו, ובאור הכתוב אם כסף תלוה חייב אתה להלוות כסף ולמי אל עמי שאם בא אוהבך כותי ללוות ממך וישראל ג"כ ישראל קודם. את העני אם באו ישראל וכותי ללוות ממך כותי ברבית ועני בחנם עני קודם, שנאמר את העני עמך.
La huitième partie, et c’est la tsedaqa plus grande que toutes : celui qui prête de l’argent à un pauvre, parce que le prêt est plus grand que le don : il le soutient de sa main et lui ne ressent pas de honte ; et c’est pourquoi nous avons été ordonnés, par un commandement positif de la Torah, l’obligation du prêt au pauvre, et c’est ce qui est écrit « si tu prêtes de l’argent à Mon peuple, au pauvre qui est chez toi » ; nos Sages de mémoire bénie ont reçu que ce « im » est une obligation, comme (Exode 20,22) « et si tu Me fais un autel de pierres » et de même (Exode 21,30) « s’il lui est imposé une rançon » ; et l’explication de l’Écriture : « si tu prêtes de l’argent » : tu es tenu de prêter de l’argent ; et à qui ? « À Mon peuple » : si ton ami kouthéen vient emprunter de toi, et un Israélite aussi, l’Israélite passe en premier ; « le pauvre » : si Israélite et kouthéen viennent emprunter de toi, le kouthéen avec intérêt et le pauvre gratuitement, le pauvre passe en premier, comme il est dit « le pauvre qui est chez toi ».
עשיר ועני עני קודם. עניי עירך ועניי משפחתך עניי משפחתך קודמין שנאמר עמך. עניי עירך ועניי עיר אחרת עניי עירך קודמין, שנאמר עמך אותם שעמך, את העני, אתה עני, כלומר חייב אתה להלוות לו ואם לאו דע כי העניות עמך, וזה את העני עמך, לא תהיה לו כנושה לא תהיה לו כמלוה שהוא מושל בלוה כענין שכתוב (משלי כ״ב:ז׳) ועבד לוה לאיש מלוה, אלא תהיה לו בכל דבר כאלו לא לוה ממך מעות.
Riche et pauvre : le pauvre passe en premier. Les pauvres de ta ville et les pauvres de ta famille : les pauvres de ta famille passent en premier, comme il est dit « chez toi » ; les pauvres de ta ville et les pauvres d’une autre ville : les pauvres de ta ville passent en premier, comme il est dit « chez toi », ceux qui sont chez toi ; « le pauvre » : toi, tu es pauvre ; c’est-à-dire que tu es tenu de lui prêter, et sinon sache que la pauvreté est chez toi ; et c’est « le pauvre qui est chez toi » ; « tu ne seras pas pour lui comme un créancier » : tu ne seras pas pour lui comme un prêteur qui domine l’emprunteur, selon ce qui est écrit (Proverbes 22,7) « et l’emprunteur est serviteur de l’homme qui prête » ; mais tu seras pour lui, en toute chose, comme s’il n’avait pas emprunté d’argent de toi.
ולא תשים עליו נשך, שהוא נשך כסף נשך אכל אבל תהיה ההלואה חסד לא תטול ממנו תועלת כבוד ולא תועלת ממון ואפילו להקדים לך שלום אם אינו רגיל בכך והוא שכתוב במקום אחר (דברים כג) נשך כל דבר אפילו דבור אסור.
« Et vous ne placerez pas sur lui d’intérêt (neshekh) » : qui est intérêt d’argent, intérêt de nourriture ; mais que le prêt soit une bonté : tu ne prendras pas de lui profit d’honneur ni profit d’argent, pas même qu’il te devance en salutation s’il n’y est pas habitué ; et c’est ce qui est écrit ailleurs (Deutéronome 23,20) « intérêt de toute chose » : même une parole est interdite.
ובמדרש אם כסף תלוה את עמי כל בריותיו של הקב"ה לוין זה מזה היום לוה מן הלילה והלילה לוה מן היום ואין דנין זה עם זה כמו הבריות שנאמר (תהילים י״ט:ג׳-ד׳) יום ליום יביע אומר ולילה ללילה יחוה דעת אין אמר ואין דברים בלי נשמע קולם, הלבנה לוה מן הכוכבים והכוכבים לוין מן הלבנה וכשהקב"ה רוצה אינו מוציאן שנאמר (איוב ט׳:ז׳) האומר לחרס ולא יזרח ובעד כוכבים יחתום האור לוה מן השמש והשמש לוה מן האור שנאמר (חבקוק ג׳:י״א) שמש ירח עמד זבולה, החכמה לוה מן הבינה והבינה לוה מן החכמה שנאמר (משלי ז׳:ד׳) אמור לחכמה אחותי את ומודע לבינה תקרא,
Et dans le Midrash : « si tu prêtes de l’argent à Mon peuple » : toutes les créatures du Saint, béni soit-Il, empruntent les unes aux autres : le jour emprunte à la nuit et la nuit emprunte au jour, et ils ne plaident pas l’un contre l’autre comme les créatures, comme il est dit (Psaumes 19,3-4) « le jour au jour fait jaillir la parole, et la nuit à la nuit annonce la connaissance ; il n’y a pas de parole ni de paroles dont la voix ne soit entendue » ; la lune emprunte aux étoiles et les étoiles empruntent à la lune, et quand le Saint, béni soit-Il, veut, Il ne les fait pas sortir, comme il est dit (Job 9,7) « Il dit au soleil (heres) et il ne se lève pas, et Il scelle les étoiles » ; la lumière emprunte au soleil et le soleil emprunte à la lumière, comme il est dit (Habaqouq 3,11) « le soleil et la lune se tiennent dans leur demeure » ; la sagesse emprunte à Binah et Binah emprunte à la sagesse, comme il est dit (Proverbes 7,4) « dis à la sagesse : tu es ma sœur, et appelle l’intelligence ton amie » ;
השמים לוין מן הארץ והארץ לוה מן השמים שנאמר (דברים כ״ח:י״ב) יפתח ה' לך את אוצרו הטוב את השמים לתת מטר ארצך בעתו, בריותיו לוין זה מזה ומשלמין זה לזה ובשר ודם לוה מחברו ומבקש לבלעו ברבית זהו שאמר (תהילים ט״ו:ה׳) כספו לא נתן בנשך ושוחד על נקי לא לקח, בוא וראה שכל מי שיש לו עושר ונותן צדקה לעניים ואינו מלוה ברבית מעלה עליו הכתוב כאלו קיים את כלן שנאמר (שם) עושה אלה לא ימוט לעולם, ומי זה זה עובדיה שהיה עשיר ואפוטרופוס של אחאב מלך ישראל היה שנאמר (מלכים א י״ח:ג׳) ויקרא אחאב אל עובדיהו אשר על הבית,
les cieux empruntent à la terre et la terre emprunte aux cieux, comme il est dit (Deutéronome 28,12) « l’Éternel t’ouvrira Son bon trésor, les cieux, pour donner la pluie à ton pays en son temps » ; ses créatures empruntent les unes aux autres et se paient les unes aux autres ; et l’être de chair et de sang emprunte à son prochain et cherche à l’engloutir par l’intérêt, et c’est ce qu’il dit (Psaumes 15,5) « il n’a pas donné son argent à intérêt et n’a pas pris de pot-de-vin contre l’innocent » ; viens et vois que quiconque a de la richesse et donne la tsedaqa aux pauvres et ne prête pas à intérêt, l’Écriture lui compte comme s’il avait accompli tous [les commandements], comme il est dit (ibid.) « celui qui fait cela ne chancellera jamais » ; et qui est-ce ? C’est ‘Ovadia, qui était riche et était administrateur d’Ahav roi d’Israël, comme il est dit (I Rois 18,3) « et Ahav appela ‘Ovadyahou, qui était sur la maison » ;
והיה עשיר יותר מדאי והוציא כל ממונו בצדקה שהיה זן את הנביאים שנאמר (שם) ואחביא מנביאי ה' מאה איש חמשים חמשים איש במערה ואכלכלם לחם ומים, וכיון שבא כל אותו רעב הוצרך ללוות מן יהורם בן אחאב כדי להציל נפשות ושיהא מספיק לנביאים והיה מחשבתו שלא יתננו, זה קיים כספו לא נתן בנשך, אבל יהורם שחשב בלבו ליטול הרבית אמר הקב"ה יבא יהוא ויהרגנו שנאמר (שם ב ט) ויהוא מלא ידו בקשת ויך את יהורם בין זרועיו ויצא החצי מלבו לקיים מה שנאמר ע"י יחזקאל (יחזקאל י״ח:י״ג) בנשך נתן ותרבית לקח וחי לא יחיה,
et il était très riche et dépensa tout son argent en tsedaqa, car il nourrissait les prophètes, comme il est dit (I Rois 18,4) « et je cachai cent hommes des prophètes de l’Éternel, cinquante par cinquante, dans une grotte, et je les nourris de pain et d’eau » ; et quand vint toute cette famine, il dut emprunter à Yehoram fils d’Ahav pour sauver des vies et pour subvenir aux prophètes, et son intention était de ne pas lui donner [d’intérêt] ; celui-ci accomplit « il n’a pas donné son argent à intérêt » ; mais Yehoram, qui pensa dans son cœur prendre l’intérêt, le Saint, béni soit-Il, dit : que Yehou vienne et le tue, comme il est dit (II Rois 9,24) « et Yehou remplit sa main de l’arc et frappa Yehoram entre ses bras, et la flèche sortit de son cœur » ; pour accomplir ce qui est dit par Yehezqel (Ézéchiel 18,13) « il a donné à intérêt et pris de l’usure : il ne vivra pas » ;
לכך מזהיר הכתוב אם כסף תלוה. ד"א אם כסף תלוה את עמי אמר הקב"ה מי הם עמי העניים שנאמר (ישעיהו מ״ט:י״ג) כי נחם ה' עמו וענייו ירחם, וכתיב (שם יד) ובה יחסו עניי עמו, מדת בשר ודם אם היו לו קרובים עניים והוא עשיר אינו מודה בהם שנאמר (משלי י״ט:ז׳) כל אחי רש שנאוהו וכתיב (שם יד) גם לרעהו ישנא רש, והקב"ה אינו כן הוא עשיר שנאמר (דברי הימים א כ״ט:י״ב) והעשר והכבוד מלפניך, וכתיב (חגי ב׳:ח׳) לי הכסף ולי הזהב אמר ה', ואינו מחופף אלא על העניים שנאמר (ישעיהו י״ד:ל״ב) כי ה' יסד ציון ובה יחסו עניי עמו, לכך נאמר אם כסף תלוה את עמי את העני עמך.
c’est pourquoi l’Écriture avertit « si tu prêtes de l’argent ». Autre explication : « si tu prêtes de l’argent à Mon peuple » : le Saint, béni soit-Il, dit : qui est Mon peuple ? Ce sont les pauvres, comme il est dit (Isaïe 49,13) « car l’Éternel a consolé Son peuple et a pitié de Ses pauvres », et il est écrit (Isaïe 14,32) « et en elle les pauvres de Son peuple se réfugient » ; la manière d’un être de chair et de sang : s’il a des parents pauvres et lui est riche, il ne les reconnaît pas, comme il est dit (Proverbes 19,7) « tous les frères du pauvre le haïssent » et il est écrit (Proverbes 14,20) « même son prochain hait le pauvre » ; mais le Saint, béni soit-Il, n’est pas ainsi : Il est riche, comme il est dit (I Chroniques 29,12) « et la richesse et la gloire viennent de devant Toi », et il est écrit (Aggée 2,8) « à Moi l’argent et à Moi l’or, dit l’Éternel » ; et Il ne couvre de protection que les pauvres, comme il est dit (Isaïe 14,32) « car l’Éternel a fondé Sion, et en elle les pauvres de Son peuple se réfugient » ; c’est pourquoi il est dit : « si tu prêtes de l’argent à Mon peuple, au pauvre qui est chez toi ».
אם חבול תחבול שלמת רעך עד בא השמש תשיבנו לו. בכסות יום הכתוב מדבר ובמדרש אם חבול תחבול שלמת רעך, זהו שאמר הכתוב (ירמיה ו) כסף נמאס קראו להם, אתה מוצא כשגלו ישראל מירושלים הוציא אותן בקולרין של ברזל ואמרו האויבים כבר מאסם הקב"ה שהוא אלהיהם שאמר להם כסף נמאס מה הכסף נצרף ונעשה כלי ושוב נצרף ונעשה כלי אחר ובאחרונה ישוב אדמה ושוב אינו נעשה למלאכה כך ישראל אין להם תקומה שכבר מאסם אלהיהם, כששמע ירמיה כך אמר (שם יד) המאס מאסת את יהודה, משל למה הדבר דומה למלך שהכה את אשתו אמר לו שושבינה אם לגרשה אתה מבקש הכה אותה עד שתמות, ואם לחזור דעתך עליה, למה תדקדק עמה, אמר לו המלך אפילו פלטרין שלי חרבין איני מגרשה.
« Si tu prends en gage le vêtement de ton prochain, avant le coucher du soleil tu le lui rendras » (Exode 22,25). L’Écriture parle du vêtement de jour. Et dans le Midrash : « si tu prends en gage le vêtement de ton prochain » : c’est ce que dit l’Écriture (Jérémie 6,30) « argent rejeté on les appelle » ; tu trouves que quand Israël furent exilés de Yeroushalayim, on les fit sortir avec des colliers de fer, et les ennemis dirent : le Saint, béni soit-Il, qui est leur Dieu, les a déjà rejetés, Lui qui leur a dit « argent rejeté » : de même que l’argent est affiné et devient un ustensile, puis est affiné de nouveau et devient un autre ustensile, et à la fin il redevient terre et n’est plus fait pour aucun travail, ainsi Israël n’ont pas de relèvement, car leur Dieu les a déjà rejetés. Quand Yirmeyahou entendit cela, il dit (Jérémie 14,19) « as-Tu entièrement rejeté Yehouda ? » ; parabole : à quoi cela ressemble-t-il ? À un roi qui frappa sa femme ; son garçon d’honneur lui dit : si tu cherches à la répudier, frappe-la jusqu’à ce qu’elle meure ; et si ton intention est de revenir à elle, pourquoi sois-tu si strict avec elle ? Le roi lui dit : même si mes palais sont détruits, je ne la répudie pas.
כך אמר ירמיה להקב"ה אם לגרשנו אתה רוצה הכה אותנו עד שתשמיד זכרנו שנאמר (איכה ה) כי אם מאס מאסתנו קצפת עלינו עד מאד, ואם לאו (ירמיה יד) מדוע הכיתנו ואין לנו מרפא, אמר לו הקב"ה בעת שאני מחריב את עולמי אני מגרש את ישראל שנאמר (שם לא) כה אמר ה' אם ימדו שמים מלמעלה ויחקרו מוסדי ארץ למטה גם אני אמאס בכל זרע ישראל וגו', אלא אעפ"כ התניתי עמהם שאם יחטאו יהא בית המקדש מתמשכן על ידם שנאמר (ויקרא כו) ונתתי משכני בתוככם אל תקרי משכני אלא משכוני, וכן אמר בלעם (במדבר כד) מה טובו אהליך יעקב משכנותיך ישראל משכנותיך כשהם חרבות,
Ainsi dit Yirmeyahou au Saint, béni soit-Il : si Tu veux nous répudier, frappe-nous jusqu’à ce que Tu anéantisses notre mémoire, comme il est dit (Lamentations 5,22) « car si Tu nous as rejetés, Tu t’es irrité contre nous à l’excès » ; et sinon (Jérémie 14,19) « pourquoi nous as-Tu frappés, sans qu’il y ait de guérison pour nous ? » Le Saint, béni soit-Il, lui dit : au moment où Je détruis Mon monde, Je répudie Israël, comme il est dit (Jérémie 31,36) « ainsi dit l’Éternel : si les cieux peuvent être mesurés en haut, et les fondements de la terre sondés en bas, alors Moi aussi Je rejetterai toute la descendance d’Israël, etc. » ; mais néanmoins J’ai stipulé avec eux que s’ils péchent, le Temple sera mis en gage pour eux, comme il est dit (Lévitique 26,11) « et Je placerai Ma demeure (mishkani) au milieu de vous » : ne lis pas « mishkani » mais « mashkoni » (mon gage) ; et de même dit Bil‘am (Nombres 24,5) « que tes tentes sont bonnes, Yaakov, tes demeures (mishkenotekha), Israël » : tes mises en gage, quand elles sont en ruines.
אמר הקב"ה לא בשביל שאני אוהב את העכו"ם אני ממשכן לכם מקדשי אלא עונותיכם גרמו לי שנאמר (ישעיה נ) אי זה ספר כריתות אמכם אשר שלחתיה וגו' הן בעונותיכם נמכרתם ובפשעיכם שלחה אמכם, אם חבול תחבול כשיעברו ישראל על המצות אני ממשכן שתי משכונות ועד מתי עד בא השמש עד שיבא משיח שכתוב בו (מלאכי ג) וזרחה לכם יראי שמי שמש צדקה מרפא בכנפיה, וכתיב (תלהים עב) לפני שמש ינון שמו, באותה שעה תשיבנו לו, ע"כ במדרש.
Le Saint, béni soit-Il, dit : ce n’est pas parce que J’aime les idolâtres que Je mets en gage pour vous Mon sanctuaire, mais ce sont vos fautes qui me l’ont causé, comme il est dit (Isaïe 50,1) « où est la lettre de répudiation de votre mère que J’ai renvoyée ? … voici que c’est pour vos fautes que vous avez été vendus, et pour vos transgressions que votre mère a été renvoyée » ; « si tu prends en gage » : quand Israël transgresseront les commandements, Je prends en gage deux gages ; et jusqu’à quand ? « jusqu’au coucher du soleil » : jusqu’à ce que vienne le Machiah, dont il est écrit (Malachie 3,20) « et se lèvera pour vous qui craignez Mon nom le soleil de justice, avec la guérison dans ses ailes », et il est écrit (Psaumes 72,17) « devant le soleil son nom se perpétuera » ; à cette heure « tu le lui rendras ». Fin du Midrash.
וידוע כי ישראל נקראו ריעים למקום שנאמר (שם קכב) למען אחי ורעי, והמשיל בית המקדש לשלמה על שם לבון השלמה שהיא מלובנת ומחוורת, וכן שלמה המלך ע"ה קראו והמשילו ליריעות שנאמר (שיר א) כיריעות שלמה, ומשה רבינו הזכירו בשם לבנון שנאמר (דברים ג) ההר הטוב הזה והלבנון ותרגם אונקלוס בית מקדשא.
Et il est connu qu’Israël furent appelés « amis » (re‘im) du Lieu, comme il est dit (Psaumes 122,8) « à cause de mes frères et de mes amis (re‘ai) » ; et il compara le Temple à la « salmah » (vêtement), de l’expression « lebon ha-salmah » (blanchiment du vêtement), qui est blanchi et rendu éclatant ; et de même le roi Shelomo, paix sur lui, l’appela et le compara aux tentures (yeri‘ot), comme il est dit (Cantique des Cantiques 1,5) « comme les tentures de Shelomo » ; et Moshé notre maître le mentionna sous le nom de Levanon, comme il est dit (Deutéronome 3,25) « cette bonne montagne et le Levanon », et Onqelos traduisit « Beit Maqdasha » (le Temple).
ושמעתי כי חנון אני. פירש הרמב"ן שלא יאמר אדם אותו עני הנחבל אינו ראוי אינו הגון ואין לי חטא ממנו אם אני לוקח שמלתו ואיני משיבו כי צעקתו לא ישמע אל, לכך כתיב כי חנון אני כלומר חונן ומקבל תחנת כל אדם אע"פ שאינו הגון, כי חנון מגזרת חנם, וכמו שדרשו ז"ל (שמות ל״ג:י״ט) וחנותי את אשר אחון אע"פ שאינו ראוי והגון, והענין שהוא שומע צעקת כל המתחנן אליו.
« Et j’entendrai, car Je suis gracieux (hanoun) » (Exode 22,26). Le Ramban expliqua : afin que l’homme ne dise pas : ce pauvre dont le vêtement a été pris en gage, n’est pas digne, n’est pas honorable, et je n’ai pas de faute à son égard si je prends son vêtement et ne le lui rends pas, car son cri, Dieu ne l’entendra pas ; c’est pourquoi il est écrit « car Je suis gracieux » : c’est-à-dire Celui qui fait grâce et accepte la supplication de tout homme, même s’il n’est pas honorable, car « hanoun » vient de la racine « hinam » (gratuitement), et comme nos Sages de mémoire bénie interprétèrent (Exode 33,19) « et Je ferai grâce à qui Je ferai grâce » : même s’il n’est pas digne ni honorable ; et le sens est qu’Il entend le cri de quiconque L’implore.
אלהים לא תקלל. יזהיר על הדיין שלא יקללנו כשחייבו בדין. ונסמך הדין הזה לאם כסף תלוה מפני שלפעמים תבא הכחשה בין מלוה ולוה ויצטרכו לבא אל השופט שידין ביניהם ואולי מי שיצא מחוייב בדין יקללנו ולכך יזהיר עליו.
« Tu ne maudiras pas Dieu (Elohim) » (Exode 22,27). Il avertit au sujet du juge, qu’on ne le maudisse pas quand il vous a condamné en justice. Et cette loi fut rattachée à « si tu prêtes de l’argent » parce qu’il arrive qu’une contestation survienne entre le prêteur et l’emprunteur, et qu’ils doivent aller devant le juge pour qu’il juge entre eux ; et peut-être celui qui sera condamné le maudira-t-il ; c’est pourquoi Il avertit à son sujet.
ונשיא בעמך. הוא המלך שהוא הנשיא על העם והזהיר הכתוב שאם יחייבנו המלך בדינו שלא יאור אותו. וכן הזהיר שלמה ע"ה (קהלת י׳:כ׳) גם במדעך מלך אל תקלל ובחדרי משכבך אל תקלל עשיר כי עוף השמים יוליך את הקול, והקדים השופט שהוא חכם למלך, וכן אמרו ז"ל בסדר המעלות חכם קודם למלך, ודרשו רז"ל שהכתוב הזה אזהרה על ברכת השם ואפילו בכנוי, והזהיר תחלה על המלך העליון יתברך ואח"כ על המלך המולך בארץ וכן אמר שלמה (משלי כ״ד:כ״א) ירא את ה' בני ומלך.
« Et un prince (nasi) parmi ton peuple » : c’est le roi, qui est le prince sur le peuple ; et l’Écriture avertit que si le roi le condamne dans son jugement, qu’on ne le maudisse pas. Et ainsi avertit Shelomo, paix sur lui (Ecclésiaste 10,20) « même dans ta pensée ne maudis pas le roi, et dans les chambres de ta couche ne maudis pas le riche, car l’oiseau du ciel portera la voix » ; et il plaça le juge, qui est un sage, avant le roi, et de même dirent nos Sages de mémoire bénie dans l’ordre des degrés : le sage passe avant le roi ; et nos Sages de mémoire bénie interprétèrent que ce verset est un avertissement contre la bénédiction du Nom (blasphème), même par un surnom ; et il avertit d’abord sur le Roi d’en haut, béni soit-Il, puis sur le roi qui règne sur la terre, et ainsi dit Shelomo (Proverbes 24,21) « crains l’Éternel, mon fils, et le roi ».
ובמדרש אלהים לא תקלל וכתיב מלאתך ודמעך אם קללת את הדיינים תבואתך אתה מקלל, אתה מוצא כשהדיינין מתקללין התבואה מתמעטת שנאמר (רות א׳:א׳) ויהי בימי שפט השפטים ויהי רעב, לכך נאמר מלאתך ודמעך וגו', לא תפרישם שלא כתקנן אלא כתקנן, תרומה ואחר כך מעשר ראשון ואחר כך מעשר שני ואם הפרשת כתקנן יהיו לך בנים זכרים שנאמר בכור בניך תתן לי, כן תעשה לשורך אם נתת אי אתה נותן משלך אלא משלי וכן הוא אומר (דברי הימים א כ״ט:י״ד) כי ממך הכל ומידך נתנו לך, ואם עשיתם כן ואנשי קדש תהיון לי הקב"ה יעשה אתכם תרומתו של עולם שנאמר (ירמיהו ב׳:ג׳) קדש ישראל לה' ראשית תבואתו, ובשביל שאתם תרומה אין לכם רשות לאכול טרפה שנאמר ובשר בשדה טרפה, אמר הקדוש ברוך הוא חייבים אתם לכלבים, בשעה שהרגתי בכורי מצרים והיו המצריים קוברים מתיהם בלילה ולהם הכלבים נובחים ולישראל לא היו אומרים כלום שנאמר (שמות י״א:ז׳) ולכל בני ישראל לא יחרץ כלב לשונו לפיכך לכלב תשליכון אותו, ועל זה נאמר ואנשי קדש תהיון לי, ע"כ במדרש.
Et dans le Midrash : « tu ne maudiras pas Dieu (Elohim) », et il est écrit « ta plénitude et tes larmes » (Exode 22,28) : si tu as maudit les juges, c’est ta récolte que tu maudis. Tu trouves que quand les juges sont maudits, la récolte diminue, comme il est dit (Ruth 1,1) « et il arriva, aux jours où les juges jugeaient, qu’il y eut une famine » ; c’est pourquoi il est dit « ta plénitude et tes larmes, etc. » : tu ne les prélèveras pas autrement que selon leur règle, mais selon leur règle : la terouma, puis la première dîme, puis la seconde dîme ; et si tu as prélevé selon leur règle, tu auras des fils mâles, comme il est dit « le premier-né de tes fils tu Me donneras » ; ainsi tu feras pour ton bœuf ; si tu as donné, tu ne donnes pas du tien mais du Mien, et ainsi il dit (I Chroniques 29,14) « car de Toi vient tout, et de Ta main nous T’avons donné » ; et si vous avez fait ainsi, « et vous serez pour Moi des hommes saints » : le Saint, béni soit-Il, fera de vous la terouma du monde, comme il est dit (Jérémie 2,3) « Israël est saint pour l’Éternel, prémices de Sa récolte » ; et parce que vous êtes terouma, vous n’avez pas permission de manger de la chair déchirée, comme il est dit « et de la chair déchirée dans le champ » ; le Saint, béni soit-Il, dit : vous devez aux chiens : à l’heure où J’ai tué les premiers-nés d’Égypte et où les Égyptiens enterraient leurs morts la nuit, les chiens aboyaient contre eux, et contre Israël ils ne disaient rien, comme il est dit (Exode 11,7) « et contre tous les fils d’Israël aucun chien n’aiguisera sa langue » ; c’est pourquoi « vous le jetterez aux chiens » ; et à ce sujet il est dit « et vous serez pour Moi des hommes saints ». Fin du Midrash.
מלאתך ודמעך לא תאחר. בא להזהיר על תרומת התירוש והיצהר כי מלת מלאתך שם המשקה היוצא מן הענבים וכענין שכתוב (במדבר י״ח:כ״ז) וכמלאה מן היקב ומלת ודמעך שם המשקה היוצא מן הזיתים ע"י סחיטה וכתישה כדמעה היוצאה מן העין לכך קרוי דמעך.
« Ta plénitude (mel’atkha) et tes larmes (dim‘akha), tu ne les retarderas pas » (Exode 22,28). Il vient avertir au sujet de la terouma du vin nouveau et de l’huile ; car le mot « mel’atkha » désigne la boisson qui sort du raisin, et selon ce qui est écrit (Nombres 18,27) « et comme la plénitude du pressoir » ; et le mot « dim‘akha » désigne la boisson qui sort des olives par pressage et broyage, comme la larme qui sort de l’œil, et c’est pourquoi il est appelé « dim‘akha ».
ואנשי קדש תהיון לי. היה ראוי שיאמר ואנשים קדושים, אבל הכתוב ירמוז כי כנסת ישראל הנקראת קדש היא כחן של ישראל ונקראת קדש שהיא מושכת מן הקדש שהיא החכמה הרמוזה באות יו"ד בראש השם המיוחד ועל כן הוסיף מלת לי כלשון (שמות כ״ה:ב׳) ויקחו לי תרומה, כי ישראל מקודשים לשמו, וכיון שכח מעלתם גדול כל כך אין להם לאכול בשר טרפה שלקה מצד הכח המשחית, והזכיר בשדה לתוספת באור כי שם כחו של עשו הרשע שהיה איש שדה והוא כחו של קין ראש המרצחים שהזכיר בו הכתוב (בראשית ד׳:ח׳) ויהי בהיותם בשדה, גם הכלבים מן הצד ההוא והטרפה ראויה להם, ולכך אמר לכלב תשליכון אותו.
« Et vous serez pour Moi des hommes saints (anshei qodesh) » (Exode 22,30). Il aurait fallu dire « et des hommes saints », mais l’Écriture fait allusion à ce que Keneset Israël, appelée « qodesh », est la force d’Israël, et elle est appelée « qodesh » parce qu’elle tire du Saint (ha-qodesh), qui est la sagesse (hokhma) indiquée par la lettre yod au début du Nom unique ; et c’est pourquoi il ajouta le mot « li » (pour Moi), selon l’expression (Exode 25,2) « et ils prendront pour Moi une terouma », car Israël sont sanctifiés à Son Nom ; et puisque la force de leur supériorité est si grande, il ne leur convient pas de manger de la viande déchirée, qui a été frappée du côté de la force destructrice ; et il mentionna « dans le champ » pour un surcroît d’éclairage, car là est la force d’Esav le méchant, qui était homme du champ, et c’est la force de Qayin, chef des meurtriers, dont l’Écriture dit (Genèse 4,8) « et il arriva, comme ils étaient dans le champ » ; les chiens aussi sont de ce côté-là, et la chair déchirée leur convient ; et c’est pourquoi il dit « aux chiens vous la jetterez ».
לא תשא שמע שוא. לא תקבל שבועה ממי שיראה בעיניך שיעבור עליה עד שתחקור הדבר היטב שמא לשוא הוא נשבע, ד"א לא תשמע דברי בעל דין אחד שמא שוא הוא מדבר עד שיבא בעל דין חברו ואם אולי ישקר בדבריו יכחישנו, וכן אמר שלמה (משלי י״ח:י״ז) צדיק הראשון בריבו ובא רעהו וחקרו, ודעת רבותינו ז"ל שהכתוב הזה אזהרה למקבל לשון הרע וכן אמר התרגום לא תקבל שמע דשקר.
« Tu ne prendras pas une rumeur vaine (shema‘ shav) » (Exode 23,1). Tu n’accepteras pas un serment de la part de celui qui te paraît susceptible de le transgresser, jusqu’à ce que tu aies examiné la chose à fond, de peur qu’il ne jure en vain ; autre explication : tu n’écouteras pas les paroles d’un plaideur seul, de peur qu’il parle en vain, jusqu’à ce que vienne son adversaire ; et si peut-être il ment dans ses paroles, il le contredira ; et ainsi dit Shelomo (Proverbes 18,17) « le premier dans sa cause paraît juste, et son prochain vient et l’examine » ; et l’avis de nos Sages de mémoire bénie est que ce verset est un avertissement à celui qui reçoit la médisance (lashon ha-ra‘) ; et ainsi dit le Targoum : « tu ne recevras pas une rumeur de mensonge ».
אל תשת ידך עם רשע. התובע תביעת שקר שתבטיחהו להיות לו עד חמס.
« Ne joins pas ta main à celle du méchant » (Exode 23,1) : au demandeur qui fait une réclamation mensongère, de lui garantir que tu seras un témoin de violence.
לא תהיה אחרי רבים לרעות. ע"ד הפשט אפילו ראית רבים מבני אדם שאין נוהגים כשורה לא תהיה עמהם, ודרשו רז"ל אזהרה שלא ילכו בדיני נפשות ברוב דיין אחד זהו לרעות, עד שיהיו המחייבין על המזכים שנים אבל לזכות יש לך לחתוך את הדין ברוב דיין אחד זהו אחרי רבים להטות.
« Tu ne seras pas derrière la multitude pour mal faire » (Exode 23,2). Selon le sens simple (peshat) : même si tu vois la multitude des hommes qui ne se conduisent pas droitement, ne sois pas avec eux ; et nos Sages de mémoire bénie interprétèrent : c’est un avertissement qu’on ne prononce pas dans les lois sur les âmes (peines capitales) à la majorité d’un seul juge : c’est « pour mal faire » ; jusqu’à ce que ceux qui condamnent excèdent de deux ceux qui acquittent ; mais pour acquitter, tu peux trancher le jugement à la majorité d’un seul juge : c’est « derrière la multitude pour fléchir ».
לא תענה על רב. אזהרה לדיין שלא יהיה טוען לבעל דין ואזהרה גם כן לכל היושבים לפניו שלא יטענו לאחד מבעלי הדין ושלא יענו על ריב אלא בעל דין בלבד התובע יתחיל והנתבע יענהו וזולתו לא יענה על ריב לא לו, ודרשו עוד לא תענה על ריב לא תענה על רב לפי שהוא חסר יו"ד ולמדך הכתוב שאין לך לעמוד בדין לפני רבך או לפני מי שגדול ממך.
« Tu ne répondras pas sur la cause (‘al riv) » (Exode 23,2). Avertissement au juge de ne pas être l’avocat d’un plaideur, et avertissement aussi à tous ceux qui siègent devant lui de ne pas plaider pour l’un des plaideurs, et de ne pas répondre sur la cause sauf le plaideur lui-même : le demandeur commence et le défendeur lui répond ; et en dehors de lui, nul ne répond sur une cause qui n’est pas la sienne ; et ils interprétèrent encore : « lo ta‘aneh ‘al riv » : « lo ta‘aneh ‘al rav » (tu ne répondras pas sur ton maître), parce que le mot est défectif d’un yod, et l’Écriture t’enseigne que tu ne dois pas te tenir en jugement devant ton maître ou devant plus grand que toi.
עזוב תעזוב עמו. זו מצות פריקה, ודרשו רז"ל בבבא מציעא שהכתוב מיותר כי היינו יכולים ללמוד אותו ממה שכתוב (דברים כ״ב:ד׳) הקם תקים עמו שהיא מצות טעינה וקל וחומר הוא ומה טעינה שאין בה צער בעלי חיים אמרה תורה הקם תקים עמו מצות פריקה שיש בה צער בעלי חיים לא כל שכן ואעפ"כ נכתב ללמדך שהם שני דינין חלוקין, חלוקה מצות טעינה ממצות פריקה ומצות פריקה ממצות טעינה, ובא הכתוב לומר פריקה בחנם טעינה בשכר, ושם העלו בגמרא כי הכתוב הזה עזוב תעזוב לפריקה בחנם אתא משום דצער בעלי חיים דאורייתא.
« Tu aideras certainement avec lui à décharger » (Exode 23,5). C’est le commandement du déchargement ; et nos Sages de mémoire bénie interprétèrent dans Bava Metsia que l’Écriture est superflue, car nous pouvions l’apprendre de ce qui est écrit (Deutéronome 22,4) « tu l’aideras certainement à le relever », qui est le commandement du chargement, et c’est un raisonnement a fortiori : si le chargement, où il n’y a pas de souffrance des êtres vivants, la Torah a dit « tu l’aideras certainement à le relever », le commandement du déchargement, où il y a souffrance des êtres vivants, ne l’est-il pas a fortiori ? Et néanmoins il fut écrit pour t’enseigner que ce sont deux lois distinctes : le commandement du chargement est distinct du commandement du déchargement, et le commandement du déchargement du commandement du chargement ; et l’Écriture vient dire : déchargement gratuit, chargement contre salaire ; et la Guemara conclut là que ce verset « ‘azov ta‘azov » vient pour le déchargement gratuit, parce que la souffrance des êtres vivants est de la Torah.
ונקי וצדיק אל תהרוג. רשע שיצא נקי וצדיק בדינו ובא אחר שידע לו עדות לחובה מנין שאין מחזירין אותו ת"ל ונקי וצדיק אל תהרוג כי לא אצדיק רשע אם הצדיקו ב"ד של מטה שלא מדעת לא יצדיקנו הקב"ה בבית דין של מעלה.
« Et ne tue pas l’innocent et le juste » (Exode 23,7). Un méchant qui est sorti innocent et juste de son procès, et un autre vient qui sait contre lui un témoignage de culpabilité : d’où que l’on ne le fasse pas revenir ? L’Écriture enseigne « et ne tue pas l’innocent et le juste, car Je ne justifierai pas le méchant » : si le tribunal d’en bas l’a justifié sans savoir, le Saint, béni soit-Il, ne le justifiera pas au tribunal d’en haut.
ושש שנים תזרע את ארצך. היה ראוי לומר את הארץ כן תעשה לכרמים ולזיתים והזכיר כל הלשון לנוכח, וכן מצינו בשבת הלשון לנוכח תעשה מעשיך שורך וחמורך בן אמתך והגר, הנה השבת והשמטה שוים בזה, מה שלא תמצא כן ביובל שאין הלשון שם לנוכח כי אם לנסתר והוא שכתוב (ויקרא כ״ה:י״א) לא תזרעו ולא תקצרו את ספיחיה ולא תבצרו את נזיריה, והנה זה טעם הדבר כי השבת והשמטה אחר שתעבור השבת עתיד הוא לחזור למלאכתו במוצאי שבת, וכן בשמטה אחר עבור השנה השביעית שהוא אסור בעבודת קרקע עתיד הוא שיחזור לעבודה במוצאי שביעית ולכך אמר שדך וכרמך וזיתך כעין שלך, אבל ביובל שהוא קדש שישבתו כל הפעולות והכל שבת ומנוחה ואין המלאכה אחריו בא הלשון נסתר, הוא שאמר ספיחיה להורות כי לה' הארץ ומלואה ואין לך בה כלום, וכן יורה הלשון בעצמו שהזכיר כאן בשמטה תשמטנה ונטשתה כלומר שאנו חייבים להשמיטה אבל אינה נשמטת ממנו כי עתידין לחזור לעבודת קרקע אחר השמטה מה שאין כן ביובל שהיא נשמטה ממנו וחוזר לאשר לו אחוזת הארץ וכאן נתבאר זה.
« Et six ans tu ensemenceras ton pays » (Exode 23,10). Il aurait fallu dire « la terre » ; de même il fera pour les vignes et les oliviers ; et il a mentionné tout le langage à la deuxième personne ; et ainsi nous trouvons pour le Shabbat que le langage est à la deuxième personne : « tu feras ton ouvrage, ton bœuf et ton âne, le fils de ta servante et l’étranger » ; voici que le Shabbat et la shemitta sont semblables en cela, ce que tu ne trouves pas ainsi pour le yovel, où le langage n’est pas à la deuxième personne mais à la troisième, et c’est ce qui est écrit (Lévitique 25,11) « vous ne sèmerez pas, vous ne moissonnerez pas ses semis spontanés, et vous ne vendangerez pas ses vignes non taillées » ; et voici la raison de la chose : le Shabbat et la shemitta : après que le Shabbat sera passé, il retournera à son travail à la sortie du Shabbat ; et de même pour la shemitta : après le passage de la septième année, où le travail de la terre est interdit, il retournera au travail à la sortie de la septième année ; et c’est pourquoi il dit « ton champ, ta vigne et ton olivier », comme étant à toi ; mais au yovel, qui est saint, où cessent toutes les activités et où tout est Shabbat et repos, et qu’aucun travail ne suit, le langage vient à la troisième personne ; c’est ce qu’il dit « ses semis spontanés (sefiheha) », pour enseigner que « à l’Éternel est la terre et ce qui la remplit », et que tu n’y as rien ; et ainsi l’indique le langage lui-même, qu’il mentionne ici pour la shemitta « tishmetenna u-netashta » (tu la laisseras en repos et tu l’abandonneras), c’est-à-dire que nous sommes tenus de la laisser en repos, mais elle n’est pas libérée de nous, car nous sommes destinés à retourner au travail de la terre après la shemitta ; ce qui n’est pas le cas du yovel, où elle est libérée de lui et retourne à son propriétaire, l’héritage de la terre ; et ici cela est expliqué.
למען ינוח שורך וחמורך. באורו למען זה ינוח שורך וחמורך כלומר מצות השבת שתעבוד ששה ותנוח בשביעי למען זה ינוח שורך וחמורך ובן אמתך והגר כי אין כונת הכתוב במצות שבת כדי שינוח השור והחמור, וכמוהו (דברים ט״ז:ג׳) למען תזכור את יום צאתך מארץ מצרים אשר באורו למען זה תזכור את יום צאתך.
« Afin que se repose ton bœuf et ton âne » (Exode 23,12). Son explication : « par l’effet de cela, ton bœuf et ton âne se reposeront » ; c’est-à-dire : le commandement du Shabbat est que tu travailles six jours et te reposes le septième, par l’effet de cela, ton bœuf et ton âne, le fils de ta servante et l’étranger se reposeront ; car l’intention de l’Écriture dans le commandement du Shabbat n’est pas que le bœuf et l’âne se reposent, et semblable à lui (Deutéronome 16,3) « afin que tu te souviennes du jour de ta sortie du pays d’Égypte », dont l’explication est « par l’effet de cela, tu te souviendras du jour de ta sortie ».
שלש רגלים תחוג לי בשנה. וחזר עוד והזכיר בכאן שלש פעמים בשנה יראה כל זכורך ונאמר במקום אחר (שם טז) שלש פעמים בשנה יראה כל זכורך וגו' בחג המצות ובחג השבועות ובחג הסכות, אלו אמר פעמים סתם ולא פירש בחג המצות ובחג השבועות וכו' הייתי אומר שילך שם שלש פעמים בשנה בתוך ג' או ד' חדשים ועל זה נאמר בחג המצות ובחג השבועות ובחג הסוכות, וא"כ למה נאמר רגלים בלשון רגלים פרט לבעלי קבין להוציא את החגר והסומא ואת החולה והזקן והקטן שאין יכולין לעלות ברגליהם.
« Trois fois tu fêteras pour Moi dans l’année » (Exode 23,14). Et il revint encore mentionner ici « trois fois par an chaque mâle d’entre toi apparaîtra » ; et il est dit ailleurs (Deutéronome 16,16) « trois fois par an chaque mâle d’entre toi apparaîtra, etc., à la fête des Matsot, à la fête des Semaines et à la fête des Soucot » ; s’Il avait dit « fois » sans préciser, sans expliquer « à la fête des Matsot et à la fête des Semaines, etc. », j’aurais dit qu’il y va trois fois dans l’année dans un espace de trois ou quatre mois ; et à ce sujet il est dit « à la fête des Matsot et à la fête des Semaines et à la fête des Soucot » ; et si c’est ainsi, pourquoi est-il dit « regalim » en langage de pieds (reguel) ? À l’exclusion des invalides (ba‘alei qavim), pour exclure le boiteux, l’aveugle, le malade, le vieillard et le mineur, qui ne peuvent pas monter à pied.
ובמדרש שלש פעמים שלש רגלים ולהלן הוא אומר (ישעיהו כ״ו:ו׳) תרמסנה רגל רגלי עני פעמי דלים, אזהרה לישראל שלא יעלו אלא ברגליהם וכן הכתוב אומר (שיר השירים ז׳:ב׳) מה יפו פעמיך בנעלים בת נדיב.
Et dans le Midrash : « trois fois » : trois pieds (regalim) ; et plus loin il dit (Isaïe 26,6) « le pied les foulera, les pieds du pauvre, les pas des faibles » : avertissement à Israël de ne monter qu’à pied ; et ainsi l’Écriture dit (Cantique des Cantiques 7,2) « que tes pas sont beaux dans les sandales, fille de noble ».
למועד חדש האביב. דרשו רז"ל מכאן א"ר יהודה בן בתירא שלא תהא מביא אלא בחדש האביב ואם לא השיגה התבואה מעברין השנה. ואמר ולא יראו פני ריקם כלומר בלא קרבן והיה לו להביא על כל פנים עולה ושלמים.
« Au temps fixé du mois de l’Aviv » (Exode 23,15). Nos Sages de mémoire bénie interprétèrent de là, Rabbi Yehouda ben Beteira dit : que tu n’apportes [l’offrande] que dans le mois de l’Aviv, et si le blé n’a pas atteint [sa maturité], on intercale l’année. Et il dit « et on ne paraîtra pas devant Ma face les mains vides » : c’est-à-dire sans sacrifice, et il devait apporter en tout cas un holocauste et des offrandes de paix.
אל פני האדון ה'. שלשה חגים הם בשלשה זמנים, חג הפסח הוא זמן האביב, וחג השבועות הוא זמן הקציר, וחג הסכות הוא זמן האסיף ושלשתם מועדים על התבואה ועל כל צמחי הארץ ונתחייבנו בהם להודות לה' כי טוב וליראות בהם את פני האדון ה' המפרנס את עבדיו והזן את העולם כולו. ודרך הקבלה במלת את פני האדון כתבתי בפסוק וידבר (שמות כ).
« Devant la face du Maître, l’Éternel » (Exode 23,17). Les trois fêtes sont en trois temps : la fête de Pessah est le temps de l’aviv, la fête de Shavou‘ot est le temps de la moisson, et la fête de Soucot est le temps de la récolte ; et toutes trois sont des moments relatifs à la récolte et à toutes les plantes de la terre, et nous avons été tenus d’y rendre grâce à l’Éternel parce qu’Il est bon, et d’y paraître devant la face du Maître, l’Éternel, qui nourrit Ses serviteurs et alimente le monde entier. Et selon la voie de la Kabbale, pour les mots « et pnei ha-Adon », j’ai écrit au verset « Et Il parla » (Exode 20,1).
לא תזבח על חמץ דם זבחי. פירש הרמב"ן ז"ל היה לו לומר לא תזבח על חמץ זבחי כי הדם איננו נזבח ובא ללמד על מאמר רז"ל לא תשחט על הפסח ועדיין חמץ קיים, אבל שעור הכתוב לא תזבח על חמץ ולא דם זבחי יהיה על חמץ, ובא ללמד שני דברים שלא ישחט את הפסח ושלא יזרוק את הדם ועדיין חמץ קיים.
« Tu n’offriras pas sur du levain le sang de mon sacrifice » (Exode 23,18). Le Ramban, de mémoire bénie, expliqua : il aurait dû dire « tu n’offriras pas sur du levain mon sacrifice », car le sang n’est pas lui-même égorgé (nizbah) ; et il vient enseigner la parole de nos Sages de mémoire bénie : tu n’égorgeras pas l’agneau pascal alors qu’il y a encore du levain ; mais la mesure de l’Écriture est : « tu n’offriras pas sur du levain, et le sang de mon sacrifice ne sera pas sur du levain » ; et il vient enseigner deux choses : qu’on n’égorge pas l’agneau pascal et qu’on ne projette pas le sang alors qu’il y a encore du levain.
ראשית בכורי אדמתך. הבכורים אסורין בהנאה, ודרשו רז"ל שלכך נסמכה מצות בכורים למצות לא תבשל גדי לומר לך מה בשר בחלב אסור בהנאה אף בכורים אסורים בהנאה, ועוד דרשו בו שאין להביא בכורים אלא מן המבושלות לא מן הסמדר.
« Les prémices (reshit) des premiers fruits de ta terre » (Exode 23,19). Les bikkourim sont interdits de jouissance, et nos Sages de mémoire bénie interprétèrent que c’est pourquoi le commandement des bikkourim fut rattaché au commandement « tu ne feras pas cuire un chevreau », pour te dire : de même que la viande avec le lait est interdite de jouissance, de même les bikkourim sont interdits de jouissance ; et ils interprétèrent encore à son sujet qu’on n’apporte de bikkourim que des fruits mûrs (mevushalot), et non du fruit immature (semadar).
לא תבשל גדי בחלב אמו. הכתוב הזה נזכר בתורה שלש פעמים, ודרשו רז"ל אחד לאיסור אכילה ואחד לאיסור הנאה ואחד לאיסור בשול. ומה שהוציאו הכתוב בלשון בשול לפי שדרך בשול אסרה תורה ולוקה מן התורה בבשולו וכן באכילתו דרך בשול וכל שאינו דרך בשול אינו אסור מן התורה אלא מדרבנן וכן דעת מורי ז"ל.
« Tu ne feras pas cuire un chevreau dans le lait de sa mère » (Exode 23,19). Ce verset est mentionné dans la Torah trois fois, et nos Sages de mémoire bénie interprétèrent : un pour l’interdit de manger, un pour l’interdit de jouissance et un pour l’interdit de cuisson. Et ce que l’Écriture l’a exprimé en langage de cuisson, c’est parce que la Torah interdit la manière de cuisson, et il est puni de flagellation de la Torah pour sa cuisson, et de même pour sa consommation, quand c’est à la manière de la cuisson ; et tout ce qui n’est pas à la manière de la cuisson n’est pas interdit par la Torah mais par les Sages ; et tel est aussi l’avis de mon maître, de mémoire bénie.
ומה שלא הזכיר בו לא תאכל שהיה איסור הנאה בכללו שהרי אמרו כל מקום שנאמר לא תאכל לא תאכלו אחד איסור אכילה ואחד איסור הנאה במשמע עד שיפרוט לך הכתוב, שאילו אמר לא תאכל הייתי מבין שהוא כשאר האיסורין שאין חיוב באכילתן אלא כדרך הנאתן אבל שלא כדרך הנאתן פטור ועל כן לא הוציא הכתוב בלשון אכילה ללמדך שאם אכלו שלא כדרך הנאתו כגון שבלעו חם עד ששרף גרונו חייב מלקות מן התורה מה שאין כן בשאר האיסורין.
Et ce qu’Il n’a pas mentionné pour lui « lo tokhal » (tu ne mangeras pas), alors que l’interdit de jouissance y était compris, car ils dirent : partout où il est dit « lo tokhal », « lo tokhlou », l’interdit de manger et l’interdit de jouissance sont tous deux sous-entendus, jusqu’à ce que l’Écriture précise ; car s’Il avait dit « lo tokhal », j’aurais compris qu’il en va comme pour les autres interdits, où l’on n’est tenu pour leur consommation que lorsque c’est à la manière de leur jouissance, mais non à une manière différente de leur jouissance, où l’on est exempt ; et c’est pourquoi l’Écriture ne l’a pas exprimé en langage de manger, pour t’enseigner que si l’on en a mangé d’une manière différente de sa jouissance, par exemple en l’avalant chaud au point de se brûler la gorge, on est passible de flagellation de la Torah, ce qui n’est pas le cas des autres interdits.
ולפי שלא הזכיר לשון אכילה לכך הוצרך פסוק שלישי לאיסור הנאה, אבל מכל מקום אינו לוקה אלא על בשולו ועל אכילתו אפילו שלא כדרך הנאתו, וכן תמצא במסכת פסחים פ"ב שאמרו בשר בחלב להכי לא כתב רחמנא אכילה בגופיה למימרא שלוקין עליו שלא כדרך הנאתו. ושתי מצות בלבד הן שאדם לוקה בהן באכילתם אפילו שלא כדרך הנאתן בשר בחלב וכלאי הכרם, וכן אמרו רז"ל הכל מודים בכלאי הכרם שלוקין עליהם אפילו שלא כדרך הנאתן מאי טעמא משום דלא כתיב בהו אכילה אלא (דברים כ״ב:ט׳) פן תקדש ודרשינן פן תוקד אש.
Et parce qu’Il n’a pas mentionné le langage de manger, il fallut un troisième verset pour l’interdit de jouissance, mais en tout cas on n’est flagellé que pour sa cuisson et pour sa consommation même d’une manière différente de sa jouissance, et de même tu trouves dans le traité Pesahim, chapitre 2, qu’ils dirent : viande avec lait : « c’est pourquoi le Miséricordieux n’a pas écrit “manger” en soi, pour dire qu’on est flagellé pour lui même d’une manière différente de sa jouissance ». Et il n’y a que deux commandements pour lesquels on est flagellé en les mangeant même d’une manière différente de leur jouissance : viande avec lait et mélange de la vigne (kil’ei ha-kerem) ; et ainsi dirent nos Sages de mémoire bénie : tous s’accordent pour le kil’ei ha-kerem, qu’on est flagellé même d’une manière différente de sa jouissance : quelle en est la raison ? Parce qu’il n’y est pas écrit « manger » mais (Deutéronome 22,9) « de peur que ne soit sanctifié (tiqdash) » ; et nous interprétons : de peur que le feu ne brûle (pen toqad esh).
וע"ד הפשט טעם המצוה הזאת לפי שהוא מטמטם את הלב שהרי החלב נעשה מן הדם והדם מזגו רע ומוליד אכזריות ואחד מטעמי האיסור שבו שאינו מקבל שנוי והתפעלות בגוף כשאר הדברים הנאכלים ולכך טבעו הרע נשאר בתוכו מבלי שנוי ואע"פ שנשתנה עכשו מדם לחלב וקבל שנוי והתפעלות שהועתק לדבר אחר מ"מ כשחוזר ומערבו עם הבשר הרי חוזר לכח הדם וטבעו הראשון כבתחלה והתערבם יחד מטמטם הלב ומוליד גסות ותכונה רעה בנפש האוכל.
Et selon le sens simple (peshat), la raison de ce commandement est qu’il émousse le cœur (metamtem et ha-lev) : car le lait est fait du sang, et le sang a un tempérament mauvais et engendre la cruauté ; et l’une des raisons de l’interdit est qu’il ne subit pas de changement ni d’altération dans le corps comme les autres choses qui se mangent ; c’est pourquoi sa nature mauvaise demeure en lui sans changement ; et bien qu’il ait maintenant changé du sang au lait et subi un changement et une altération en étant transposé en autre chose, néanmoins, quand on le mélange de nouveau avec la viande, il retourne à la force du sang et à sa première nature comme au début ; et leur mélange ensemble émousse le cœur et engendre la grossièreté et une disposition mauvaise dans l’âme de celui qui mange.
וכן דעת הרופאים בתערובת דג וגבינה שנתבשלו כאחד שמוליד תכונה רעה וחולי הצרעת. ומה שנזכרה מצוה זו לעולם אצל החגים כדי להזהיר את ישראל העולים בכל שנה שלש פעמים לרגל למקום הנבואה שלא יטמטמו הלב במאכלים אסורים אלא שיהיה חומר שלהם זך וצלול להתבונן בדרכי התורה ויהיה לבם הוכן להשגת ידיעתו יתברך.
Et tel est aussi l’avis des médecins pour le mélange de poisson et de fromage cuits ensemble, qui engendre une disposition mauvaise et la maladie de tsara‘at. Et si ce commandement est mentionné toujours auprès des fêtes, c’est pour avertir Israël, qui montent chaque année trois fois en pèlerinage au lieu de la prophétie, de ne pas émousser le cœur par des aliments interdits, mais que leur matière soit pure et claire pour méditer les voies de la Torah, et que leur cœur soit préparé à la perception de Sa connaissance, béni soit-Il.
והרמב"ם ז"ל כתב בזה טעם בטעמי המצות, כי מפני שהיה מנהג עובדי אלילים שהיו אוכלים בשר בחלב בבית תועבותם בימי חגיהם על כן באה התורה לאסור אותו, ויאמר הכתוב כשתבא שלש פעמים בשנה לבית ה' אלהיך לא תבשל גדי בחלב אמו כענין מנהגי עו"ג שעושים כך, ולכך נזכר הכתוב הזה בשני מקומות בכלל החגים, כי כן דרך התורה לאסור הדברים שהם לאלילים ותצוה עלינו לעשות ההפך כדי לעקור שורש אלילים מן העולם. זה כתב הרב ז"ל בטעם המצוה הזאת, ואע"פ שאין זה לשונו זה כונתו.
Et le Rambam, de mémoire bénie, écrivit à ce sujet une raison dans les raisons des commandements : parce que la coutume des idolâtres était de manger de la viande avec du lait dans la maison de leurs abominations, aux jours de leurs fêtes, c’est pourquoi la Torah est venue l’interdire ; et l’Écriture dit : quand tu viendras trois fois par an à la maison de l’Éternel ton Dieu, « tu ne feras pas cuire un chevreau dans le lait de sa mère », comme les coutumes des idolâtres, qui font ainsi ; et c’est pourquoi ce verset est mentionné en deux endroits dans l’ensemble des fêtes, car c’est la manière de la Torah d’interdire les choses faites pour les idoles, et elle nous ordonne de faire le contraire afin d’extirper la racine des idoles du monde. Voilà ce qu’écrivit le Rav, de mémoire bénie, comme raison de ce commandement ; et bien que ce ne soit pas son langage même, c’est son intention.
ומן הנראה כי הטעמים האלה בלתי מספיקים ואינם עקר בטעם המצות אלא לדחות את השואל שהרי מצוה זו מכלל החקים היא מכלל פרה אדומה ושעיר המשתלח, וכן דרשו רז"ל לעתיד לבא הקב"ה מגלה להם לישראל מפני מה צותה התורה בשר בחלב ופרה אדומה ושעיר המשתלח. וכיון שכן דעת חכמים שהמצוה הזאת מסתרי התורה כי בודאי לעתיד לבא לא יהיה שם לא טמטום הלב ולא ע"ז שהרי אנו מובטחים בהבטחת (דברים ל׳:ו׳) ומל ה' אלהיך וגו', וכן בהבטחת (צפניה ג׳:ט׳) כי אז אהפוך אל עמים שפה ברורה וגו', אבל המצוה הזאת יש לה סוד.
Et il apparaît que ces raisons sont insuffisantes et ne sont pas l’essentiel de la raison des commandements, mais servent à repousser le questionneur ; car ce commandement fait partie des décrets dont le motif est caché (houqim), comme la vache rousse et le bouc émissaire, et ainsi interprétèrent nos Sages de mémoire bénie : dans le temps à venir, le Saint, béni soit-Il, révélera à Israël le motif des prescriptions de la Torah concernant la viande avec le lait, la vache rousse et le bouc émissaire. Et puisque tel est l’avis des Sages, que ce commandement fait partie des secrets de la Torah, il est certain que dans le temps à venir il n’y aura ni émoussement du cœur ni idolâtrie, car nous sommes assurés par la promesse (Deutéronome 30,6) « et l’Éternel ton Dieu circoncira, etc. », et de même par la promesse (Sophonie 3,9) « car alors Je changerai pour les peuples une lèvre pure, etc. » ; mais ce commandement a un secret.
וע"ד הקבלה כבר ידעת כי כל המצות כלן אלהיות וכל אחת מהן מצויירת לציורי דברים של מעלה אף כי החקים זכרון ודוגמא של מעלה כי על כן נקראו חקים לפי שהם חקוקים למעלה והבשר והחלב דוגמא ורמז כנגדם למעלה דברים מיוחדים, וכשם שהבשר והחלב כל אחד מותר בפני עצמו כן הדברים ההם כל אחד ואחד מיוחד בפני עצמו, וכשם שאין עקר האסור אלא החבור והתורה הרחיקתו וגזרה ביניהם הבדל ורחוק, כן הדברים ההם יש לנו להבין כי יש ביניהם הבדל ואין להשוות קדושה של מעלה לקדושה של מטה אע"פ שהכל מיוחד זה בזה ובעוה"ז שיש בו יצר הרע נצטרך ליחד אותם ומיחדין ואומרין כי הוא ושמו אחד,
Et selon la voie de la Kabbale, tu sais déjà que tous les commandements sont divins et que chacun d’eux est figuré selon les figures des choses d’en haut, a fortiori les décrets au motif caché (houqim), mémorial et modèle de ce qui est en haut ; c’est pourquoi on les appelle « huqim » (gravés), parce qu’ils sont gravés en haut ; et la viande et le lait sont un modèle et une allusion, correspondant à eux, à des choses particulières d’en haut ; et de même que la viande et le lait, chacun est permis en soi, de même ces choses-là sont chacune particulière en soi ; et de même que l’interdit essentiel n’est que leur union, et que la Torah l’a éloigné et décrété entre eux séparation et éloignement, de même, pour ces choses-là, nous devons comprendre qu’il y a entre elles une séparation et qu’on ne peut égaler la sainteté d’en haut à la sainteté d’en bas, bien que tout soit unifié l’un dans l’autre ; et dans ce monde-ci, où il y a l’inclination mauvaise, nous avons besoin de les unifier, et nous les unifions et disons qu’Il et Son Nom sont un.
וע"כ אמרו רז"ל לעתיד לבא הקב"ה מגלה להם לישראל מפני מה בשר בחלב אסור, כוונו במאמר זה כי אע"פ שהיא מצוה מוטלת עלינו נוהגת במזוננו ומאכלנו בעולם הגופני הזה אין העולם הזה כדאי ואיננו ראוי להתגלות בו הטעם והסוד מפני שהעולם הזה יש בו יצר הרע ולא תסבלהו דעת הבריות אולי יחשבו על השם ויהרהרו אחר שתי רשויות ח"ו אבל לעתיד לבא בזמן בטול יצה"ר והוא זמן תחיית המתים שם יבינו הכל הסוד מעקרו ושם יוסיף מעלה והשגה ונוכל להבדיל ונכיר שהוא אחד ושמו אחד כדבר הנביא (זכריה י״ד:ט׳) ביום ההוא יהיה ה' אחד ושמו אחד,
Et c’est pourquoi nos Sages de mémoire bénie dirent : dans le temps à venir, le Saint, béni soit-Il, révélera à Israël pourquoi la viande avec le lait est interdite ; ils visaient par cette parole que, bien qu’il s’agisse d’un commandement imposé à nous, pratiqué dans notre nourriture et notre manger dans ce monde corporel, ce monde-ci n’est pas digne ni convenable pour que la raison et le secret s’y révèlent, parce que ce monde-ci contient l’inclination mauvaise et que l’intelligence des créatures ne le supporterait pas : peut-être penseraient-elles au Nom et en viendraient-elles à concevoir deux puissances souveraines, à Dieu ne plaise ! Mais dans le temps à venir, au temps de l’annulation de l’inclination mauvaise, qui est le temps de la résurrection des morts, là tous comprendront le secret depuis sa racine, et là s’ajoutera rang et perception, et nous pourrons séparer et nous reconnaîtrons qu’Il est un et que Son Nom est un, selon la parole du prophète (Zacharie 14,9) « en ce jour-là, l’Éternel sera un et Son Nom un ».
וכ"כ באותו זמן (ישעיהו נ״ב:ו׳) לכן ידע עמי שמי, וזה גלוי הטעם להקב"ה בעבור כי אין גלוי הטעם והסוד בעולם הזה אלא באותו זמן שכן יהיה איסור בשר וחלב בטל, ומכאן תתעורר למה שאכלו המלאכים בשר בחלב שנאמר (בראשית י״ח:ח׳) ויקח חמאה וחלב ובן הבקר, כי המלאכים אין להם יצר הרע שאף בבני אדם הגופניים לא תהיה נוהגת מצוה זו בזמן בטול יצר הרע.
Et de même il est écrit pour ce temps-là (Isaïe 52,6) « c’est pourquoi mon peuple connaîtra Mon Nom » ; et cela est la révélation de la raison par le Saint, béni soit-Il, car la révélation de la raison et du secret n’a pas lieu dans ce monde-ci mais à ce temps-là, car alors l’interdit de la viande et du lait sera annulé ; et de là tu seras éveillé à ce que les anges mangèrent de la viande avec du lait, comme il est dit (Genèse 18,8) « et il prit du beurre et du lait et le veau », parce que les anges n’ont pas d’inclination mauvaise, de sorte que même pour les hommes corporels, ce commandement ne sera plus pratiqué au temps de l’annulation de l’inclination mauvaise.
ולכך דרשו רז"ל (ויקרא י״ט:ג׳) את חקותי תשמרו וגו' אני ה' אני חקקתים ואין לך רשות להרהר בהם כלומר חקקתים למעלה ואין לך רשות להרהר בהם כי ההרהור בטעם מן החקים כיוצא בזה הוא מזיק בעוה"ז מצד יצר הרע המכשיל את האדם. ובפשוטו י"ל ביום ההוא יהיה ה' אחד ושמו אחד לענין העבודה שלא יעבדו הכל אלא להקב"ה וזה יהיה אחד בפי הכל ושמו אחד לענין הקריאה שלא יקרא באל"ף דל"ת כמו שנקרא בעולם הזה ביו"ד ה"א ככתבו.
Et c’est pourquoi nos Sages de mémoire bénie interprétèrent (Lévitique 19,3.19 ; 18,4) « mes lois vous garderez, etc., Je suis l’Éternel » : Moi, Je les ai gravées, et tu n’as pas la permission d’en méditer la raison : c’est-à-dire Je les ai gravées en haut, et tu n’as pas permission d’en méditer ; car la méditation sur la raison de ces décrets, semblable à celle-ci, est nuisible dans ce monde-ci du fait de l’inclination mauvaise, qui fait trébucher l’homme. Et selon le sens simple, on peut dire : « en ce jour-là, l’Éternel sera un et Son Nom un » quant au service : que tous ne serviront que le Saint, béni soit-Il, et cela sera « un » dans la bouche de tous ; « et Son Nom un » quant à l’appellation : qu’il ne sera pas lu avec aleph-dalet (Adonay) comme on le lit dans ce monde-ci, mais avec yod-hé, comme il est écrit.
הנה אנכי שולח מלאך לפניך. ע"ד הפשט ענין הפרשה הזאת שהקב"ה הודיע למשה כי ישראל עתידים שיחטאו בעגל ולכך אמר כי לא ישא לפשעכם בלשון יחיד ולא אמר לחטאתיכם. ועל כן אמר להם שישלח עמהם מלאך מאחר שאינם ראוים שתלך שכינה עמהם.
« Voici que J’envoie un ange devant toi » (Exode 23,20). Selon le sens simple (peshat), le sujet de cette section est que le Saint, béni soit-Il, fit savoir à Moshé qu’Israël pécheraient avec le veau ; et c’est pourquoi Il dit « car il ne pardonnera pas votre transgression », au singulier, et n’a pas dit « vos fautes ». Et c’est pourquoi Il leur dit qu’Il enverrait un ange avec eux, puisqu’ils ne méritaient pas que la Shekhina aille avec eux.
והנה משה רבינו ע"ה בכח תפלתו בטל זה שלא נתקיים בימיו אבל נתקיים אחריו בימי יהושע שחזר המלאך הזה למקומו. וטעם לשמרך בדרך שישמור אותם בדרך המדבר. וטעם אשר הכינותי כלומר לשבתי כענין (שמות ט״ו:י״ז) מכון לשבתך פעלת והוא ביהמ"ק והוא הלשון שהזכיר שלמה (דברי הימים א כ״ט:י״ט) ולבנות הבירה אשר הכינותי. והמלאך הזה על דעת רבינו חננאל ז"ל היה מיכאל השר הגדול כענין שאמר גבריאל לדניאל (דניאל י״ב:א׳) ובעת ההיא יעמוד מיכאל השר הגדול העומד על בני עמך וכתיב (שם י) ואין אחד מתחזק עמי על אלה כי אם מיכאל שרכם.
Et voici que Moshé notre maître, paix sur lui, par la force de sa prière, annula cela, de sorte que cela ne s’accomplit pas de son vivant, mais cela s’accomplit après lui, aux jours de Yehoshoua, quand cet ange revint à sa place. Et le sens de « pour te garder en chemin » : comme il les gardera sur le chemin du désert. Et le sens de « que J’ai préparé » : c’est-à-dire pour Ma demeure, selon l’expression (Exode 15,17) « le lieu que Tu as préparé pour Ta demeure » (makhon le-shivtekha pa‘alta), qui est le Temple, et c’est l’expression que mentionna Shelomo (I Chroniques 29,19) « et pour bâtir le palais que j’ai préparé ». Et cet ange, selon l’avis de Rabbénou Hananel, de mémoire bénie, était Mikhaël, le grand prince, selon ce que dit Gavriel à Daniel (Daniel 12,1) « et en ce temps-là se lèvera Mikhaël, le grand prince, qui se tient pour les fils de ton peuple » et il est écrit (Daniel 10,21) « et il n’y a personne qui me soutienne contre eux, sinon Mikhaël, votre prince ».
והוא שנראה ליהושע והוא שאמר לו (יהושע ה׳:י״ד) אני שר צבא ה' עתה באתי ופירשו רז"ל כי מה שיזכור בו כי שמי בקרבו באורו שנקרא שר צבא ה' כענין שכתוב (מלכים א ח׳:מ״ג) כי שמך נקרא על הבית הזה שנקרא בית ה'. ומה שאמר כי לא ישא לפשעכם כלומר יש לכם להשמר מפניו שלא תחטאו שאף ע"פ שאני שולחו איני שולחו לשאת עון כי אני הנושא והמוחה כענין שכתוב (ישעיהו מ״ג:כ״ה) אנכי אנכי הוא מוחה פשעיך ע"כ. גם זה דעת ר' אברהם ז"ל שהמלאך הזה הוא מיכאל.
Et c’est lui qui apparut à Yehoshoua et c’est lui qui lui dit (Josué 5,14) « Je suis le prince de l’armée de l’Éternel ; maintenant je suis venu » ; et nos Sages de mémoire bénie expliquèrent que ce qu’il mentionne à son sujet « car Mon nom est en lui » signifie qu’il est appelé prince de l’armée de l’Éternel, selon ce qui est écrit (I Rois 8,43) « car Ton nom est appelé sur cette maison », qui est appelée la maison de l’Éternel. Et ce qu’Il dit « car il ne pardonnera pas votre transgression » : c’est-à-dire vous devez vous garder de lui afin de ne pas pécher, car bien que Je l’envoie, Je ne l’envoie pas pour porter la faute, car C’est Moi qui porte et qui efface, selon ce qui est écrit (Isaïe 43,25) « Moi, Moi, Je suis Celui qui efface tes transgressions ». Fin. Tel est aussi l’avis de R. Avraham (Ibn Ezra), de mémoire bénie : que cet ange est Mikhaël.
וראיתי אחד מבעלי הקבלה שאינו מרחיק הדעת הזאת ואומר כי קרוב אל הדעת שיהיה המלאך הזה מיכאל והוא ממונה על הסליחה כי הוא שר החסד, ומזה אמר כי לא ישא לפשעכם כלומר אע"פ שהוא ממונה על כך ואין צריך לומר שיעשה מה שאינו ממונה עליו, והוא השרף שנראה לישעיה שהזכיר בו הכתוב (שם ו) ויעף אלי אחד מן השרפים ובידו רצפה, ודבר ברור הוא שהיה מיכאל שכן דרשו רז"ל בפרק קמא דברכות גדול מה שנאמר במיכאל יותר ממה שנאמר בגבריאל דאילו במיכאל כתיב ויעף אלי אחד מן השרפים ובגבריאל כתיב (דניאל ט) והאיש גבריאל אשר ראיתי בחזון בתחלה מועף ביעף, ואומר שם בגמרא מאי משמע דהאי קרא במיכאל דכתיב (שם י) והנה מיכאל אחד השרים הראשונים וגו', ואמר רבי יוחנן אתיא אחד אחד כתיב הכא ויעף אלי אחד מן השרפים וכתיב והנה מיכאל אחד מן השרים.
Et j’ai vu l’un des maîtres de la Kabbale qui n’écarte pas cet avis et dit qu’il est proche de la raison que cet ange soit Mikhaël, et il est préposé sur le pardon, car il est le prince de la bonté (hessed) ; et c’est pourquoi il dit « car il ne pardonnera pas votre transgression », c’est-à-dire : bien qu’il soit préposé à cela, a fortiori il ne fera pas ce dont il n’est pas chargé ; et c’est le séraphin qui fut vu par Yeshayahou, dont l’Écriture dit (Isaïe 6,6) « et l’un des séraphins vola vers moi, tenant à la main une braise ardente » ; et il est certain que c’était Mikhaël, car nos Sages de mémoire bénie interprétèrent au premier chapitre de Berakhot : « ce qui est dit de Mikhaël est plus grand que ce qui est dit de Gavriel, car de Mikhaël il est écrit “et l’un des séraphins vola vers moi” et de Gavriel il est écrit (Daniel 9,21) “et l’homme Gavriel, que j’avais vu en vision au début, volant d’un vol rapide” » ; et il dit là dans la Guemara : d’où sait-on que ce verset concerne Mikhaël ? Car il est écrit (Daniel 10,13) « et voici que Mikhaël, l’un des premiers princes, etc. » ; et Rabbi Yohanan dit : on apprend par « ehad, ehad » : il est écrit ici « et l’un des séraphins vola vers moi » et il est écrit « et voici que Mikhaël, l’un des princes ».
ומה שקרא הכתוב למיכאל שרף והוא של מים הכל לפי הענין כי היה בידו רצפה של אש ועוד לפי שנהפכה מדת רחמים למדת הדין הוא שכתוב (ישעיה ו) לך ואמרת לעם הזה שמעו שמוע וגו' השמן לב העם הזה וגו' והוא שאמר לו (שם) וסר עונך וחטאתך תכופר וזה ראיה שהוא ממונה על הסליחה, ומפני זה המלאך שבפרשה הזאת הוא השרף שבישעיה ולכך הזכיר בכאן כי לא ישא לפשעכם והכוונה לומר כי אפילו מה שהוא ממונה עליו אין לו רשות לעשות בלא רשותי. ואפשר לומר כי הדעה הזאת רמוז בכאן באמרו כי ילך מלאכי לפניך.
Et ce que l’Écriture appelle Mikhaël « séraphin », alors qu’il est d’eau, tout cela est selon le sujet : car il avait en main une braise de feu ; et de plus, parce que l’attribut de miséricorde fut changé en attribut de rigueur, comme il est écrit (Isaïe 6,9-10) « va et dis à ce peuple : écoutez, en écoutant, etc., engraisse le cœur de ce peuple, etc. » ; et c’est ce qu’il lui dit (Isaïe 6,7) « ta faute s’éloigne et ton péché est expié » ; et c’est une preuve qu’il est préposé sur le pardon ; et pour cette raison l’ange de cette section est le séraphin de Yeshayahou ; et c’est pourquoi il mentionna ici « car il ne pardonnera pas votre transgression », et l’intention est de dire : même ce dont il est chargé, il n’a pas permission de le faire sans Ma permission. Et il est possible de dire que cet avis est indiqué ici dans ce qu’Il dit « car Mon ange ira devant toi ».
והנה גזרת המלאך הזה נתבטלה כל ימי משה, כי משה בטל אותה בכח תפלתו שלא יהיו ישראל נמסרים ביד מלאך כל ימי חייו של משה כי הוא היה ממלא מקומו של מלאך, אבל אחרי מות משה חזר המלאך למקומו הוא שכתוב (יהושע ה) אני שר צבא ה' עתה באתי וזה מיכאל כי זה הוא מן ד' מחנות שכינה שהוא שר צבא מחנה. ודרשו רז"ל עתה באתי אני הוא שבאתי בימי משה רבך ודחה אותי ולא רצה שאלך וגו'.
Et voici que le décret de cet ange fut annulé tous les jours de Moshé, car Moshé l’annula par la force de sa prière, de sorte qu’Israël ne soient pas livrés à un ange tous les jours de la vie de Moshé, car lui tenait la place de l’ange ; mais après la mort de Moshé, l’ange revint à sa place, et c’est ce qui est écrit (Josué 5,14) « Je suis le prince de l’armée de l’Éternel ; maintenant je suis venu » ; et celui-ci est Mikhaël, car il fait partie des quatre camps de la Shekhina, étant prince d’un camp. Et nos Sages de mémoire bénie interprétèrent : « maintenant je suis venu » : Je suis celui qui était venu aux jours de Moshé ton maître, et il m’a repoussé et n’a pas voulu que j’aille, etc.
ועל דרך המדרש הנה אנכי שולח מלאך לפניך, אלו זכיתם אני בעצמי נעשיתי לכם שליח כדרך שנעשיתי לכם במדבר שנאמר (שמות יג) וה' הולך לפניהם יומם ועכשיו שלא זכיתם הריני מוסר אתכם לשליח הוי אומר הנה אנכי שולח מלאך לפניך. אתה מוצא בשעה שאמר ישראל (שם כד) כל אשר דבר ה' נעשה ונשמע אמר הקב"ה צויתי לאדם הראשון מצוה אחת שיקימנה והשויתיו למלאכי השרת שנאמר (בראשית ג) הן האדם היה כאחד ממנו. אלו שקבלו תרי"ג מצות אינו דין שיהיו חיים וקיימים לעולם.
Et selon le Midrash : « voici que J’envoie un ange devant toi » : si vous aviez mérité, Moi-même Je serais devenu pour vous un envoyé, de la manière dont Je l’étais pour vous dans le désert, comme il est dit (Exode 13,21) « et l’Éternel allait devant eux le jour » ; et maintenant que vous n’avez pas mérité, voici que Je vous remets à un envoyé : c’est « voici que J’envoie un ange devant toi ». Tu trouves qu’à l’heure où Israël dirent (Exode 24,7) « tout ce que l’Éternel a dit, nous le ferons et nous l’entendrons », le Saint, béni soit-Il, dit : J’ai ordonné à Adam le premier un seul commandement pour qu’il l’accomplisse, et Je l’ai égalé aux anges serviteurs, comme il est dit (Genèse 3,22) « voici que l’homme est devenu comme l’un de nous » ; ceux-ci, qui ont reçu les six cent treize commandements, n’est-il pas juste qu’ils vivent et subsistent pour toujours ?
(שמות לב) חרות על הלחות, רבי יהודה ורבי נחמיה פליגי רבי יהודה אומר חרות מן השעבוד רבי נחמיה אומר חרות מן מלאך המות וזהו שכתוב (במדבר כ״א:י״ח-י״ט) וממדבר מתנה וממתנה נחליאל ומנחליאל במות, מן המדבר נתנה תורה מתנה לישראל ומתוך התורה שנתנה מתנה נחלו אל לעולם ומנחליאל במות ומתוך שהיתה הכונה שיחיו לעולם בא מות אמר הקב"ה בשטתו של אדם הראשון הלכתם שלא עמד בנסיונו ג' שעות (תהילים פ״ב:ז׳) אני אמרתי אלהים אתם וגו' אכן כאדם תמותון לשעבר הייתם משתמשים ע"י רוה"ק ועכשיו אי אתם משתמשים אלא על ידי מלאך, הוי אומר הנה אנכי שולח מלאך לפניך.
(Exode 32,16) « Gravée (harout) sur les tables » : Rabbi Yehouda et Rabbi Nehemya divergent : Rabbi Yehouda dit : libérée (harout) de la servitude ; Rabbi Nehemya dit : libérée de l’ange de la mort ; et c’est ce qui est écrit (Nombres 21,18-19) « et du désert Matana, et de Matana Nahaliel, et de Nahaliel Bamot » : du désert, la Torah fut donnée en don (matana) à Israël, et de la Torah donnée en don, ils héritèrent de Dieu (nahalou El) pour toujours ; « et de Nahaliel Bamot » (hauteurs) : et du fait que l’intention était qu’ils vivent pour toujours, la mort (mavet) vint. Le Saint, béni soit-Il, dit : vous avez suivi la voie d’Adam le premier, qui n’a pas tenu bon dans son épreuve trois heures (Psaumes 82,6-7) « J’ai dit : vous êtes des dieux, etc., mais comme des hommes vous mourrez » ; autrefois, vous vous serviez de l’Esprit saint, et maintenant vous ne vous servez que par un ange : c’est « voici que J’envoie un ange devant toi ».
זהו שאמר הכתוב (ירמיה ג) ואנכי אמרתי איך אשיתך בבנים ואתן לך ארץ חמדה נחלת צבי צבאות גוים אמר הקב"ה אני ואתם חשבנו שתהיו אתם בנים ואני האב איך עשיתם שאכניס אומות העולם ביני וביניכם שנאמר איך אשיתך לשון הבדלה כמו (בראשית ל) וישת לו עדרים לבדו, ואתן לך ארץ חמדה ארץ שחמדוה גדולי עולם אברהם אמר בני חת (שם כג) תנו לי אחזת קבר עמכם, הקב"ה אמר ליצחק (שם כו) גור בארץ הזאת, יעקב אמר (שם נ) בקברי אשר כריתי לי.
C’est ce que dit l’Écriture (Jérémie 3,19) « et Moi, J’ai dit : comment te placerai-Je parmi les fils, et te donnerai-Je un pays désirable, un héritage, une gloire, des armées de nations ? » Le Saint, béni soit-Il, dit : Moi et vous avions pensé que vous seriez fils et Moi père ; comment avez-vous agi, de sorte que Je fasse entrer les nations du monde entre Moi et vous ? Comme il est dit : « comment te placerai-Je (eikh ashitekh) » : expression de séparation, comme (Genèse 30,40) « et il plaça pour lui des troupeaux à part » ; « et Je te donnerai un pays désirable » : un pays que les grands du monde ont désiré : Avraham dit aux fils de Heth (Genèse 23,4) « donnez-moi une propriété de sépulture chez vous » ; le Saint, béni soit-Il, dit à Yitshaq (Genèse 26,3) « séjourne dans ce pays » ; Yaakov dit (Genèse 50,5) « dans mon tombeau que j’ai creusé pour moi ».
נחלת צבי מה צבי זה אין עורו מחזיק את בשרו אף ארץ ישראל אינה מחזקת פרותיה, צבאות גוים ארץ שנתאוו לה מלכי עולם כיצד כתיב (יהושע יב) מלך יריחו אחד מלך העי אשר מצד בית אל אחד ואין בין יריחו לעי יותר משלשה מילין והוא אומר כך אלא כל מלך שהיה מולך בחוצה לארץ ולא היה לו מקום בארץ ישראל לא היה נקרא מלך למה לפי שהיו מתאוין לארץ ולפירותיה.
« Un héritage, une gloire (nahalat tsevi) » : de même que cette gazelle (tsevi) a une peau qui ne peut contenir sa chair, de même le pays d’Israël ne peut contenir ses fruits ; « armées de nations » : un pays que les rois du monde ont convoité : comment ? Il est écrit (Josué 12,9) « le roi de Yeriho, un ; le roi de ‘Ai, qui est à côté de Beth-El, un » ; or entre Yeriho et ‘Ai il n’y a pas plus de trois milles, et il parle ainsi ! Mais tout roi qui régnait à l’étranger et n’avait pas de place dans le pays d’Israël n’était pas appelé roi ; pourquoi ? Parce qu’ils convoitaient le pays et ses fruits.
א"ר פרנך בשם ר' יוחנן ראה מה כתיב (שם ז) וארא בשלל אדרת שנער פורפירא בבלאה שהיה מלך בבל לובש כשהוא ביריחו, ואומר (ירמיה ג) אבי תקראי לי שהוצאתי אתכם ממצרים וקרעתי לכם ים סוף ואתם עשיתם עגל לא חסרתי לכם דבר ואתם בגדתם בי עו"ג בגדו בי ונתתי להם שרים לשמרם אף אתם אני נותן לכם מלאך שיהא משמר אתכם הוי אומר הנה אנכי שולח מלאך.
Rabbi Pernakh dit au nom de Rabbi Yohanan : vois ce qui est écrit (Josué 7,21) « et j’ai vu dans le butin un beau manteau de Shin‘ar » : la pourpre babylonienne que portait le roi de Babel quand il était à Yeriho ; et il dit (Jérémie 3,19) « tu M’appelleras mon père » : Moi qui vous ai fait sortir d’Égypte et ai fendu pour vous la mer des Joncs, et vous avez fait un veau ; Je ne vous ai rien laissé manquer, et vous M’avez trahi ; les idolâtres M’ont trahi, et Je leur ai donné des princes pour les garder ; vous aussi, Je vous donne un ange pour vous garder : c’est « voici que J’envoie un ange ».
וע"ד הקבלה הנה אנכי שולח מלאך לפניך לשמרך. המלאך הזה אינו מן הנפרדים החוטאים שכתוב בהם (איוב ד׳:י״ח) ובמלאכיו ישים תהלה, והתהלה היתה ממה שתלו הכח בעצמם בענין סדום כשאמרו (בראשית יג) כי משחיתים אנחנו, אבל הוא מן הנטיעות.
Et selon la voie de la Kabbale : « voici que J’envoie un ange devant toi pour te garder ». Cet ange n’est pas des séparés (nifradim) qui pèchent, dont il est écrit (Job 4,18) « et à ses anges Il impute de l’égarement (tohala) » ; et la tohala vint de ce qu’ils placèrent la force en eux-mêmes dans l’affaire de Sodome quand ils dirent (Genèse 19,13) « car nous allons détruire » ; mais il est des « plantations » (netiot).
וזהו שדרשו במדרש תנחומא כי לא ישא לפשעכם לפי שהוא מן הכת שאינן חוטאין, והוא מטטרון שר הפנים, ולכך אמר לשמרך בדרך כי תרגום משמרת מטרת והוא מדת הדין, ולכך אמר לפניך כלשון (חבקוק ג׳:ה׳) לפניו ילך דבר ויצא רשף לרגליו ואומר כי ילך מלאכי לפניך, וזהו לשון מלאכי, כלומר מלאכי החביב אצלי שעל ידו אני נודע בעולם, ועליו נאמר (שמות ל״ג:י״ג) פני ילכי, כשבקש משה ואמר הודיעני נא את דרכך, בקש ממנו מדה שיהיה נודע בה והשיב לו פני ילכו וזהו (ישעיהו ס״ג:ט׳) ומלאך פניו הושיעם מלאך שהוא פניו,
Et c’est ce qu’ils interprétèrent dans le Midrash Tanhouma : « car il ne pardonnera pas votre transgression » : parce qu’il est de la catégorie de ceux qui ne pèchent pas, et c’est Metatron, le prince de la Face ; et c’est pourquoi il dit « pour te garder en chemin », car le Targoum de « mishmeret » est « matra », et c’est l’attribut de rigueur ; et c’est pourquoi il dit « devant toi », selon l’expression (Habaqouq 3,5) « devant Lui va la peste, et la flamme sort à ses pieds » ; et il dit « car Mon ange ira devant toi », et c’est l’expression « Mon ange » (mal’akhi), c’est-à-dire Mon ange chéri auprès de Moi, par qui Je suis connu dans le monde, et à son sujet il est dit (Exode 33,14) « Ma face ira » ; quand Moshé demanda et dit « fais-moi connaître Tes voies » (Exode 33,13), il lui demanda un attribut par lequel Il serait connu, et Il lui répondit « Ma face ira » ; et c’est (Isaïe 63,9) « et l’ange de Sa face les sauva » : un ange qui est Sa face.
ועל כן אמר וצרתי את צורריך על ידו, ואמר עוד הכחדתיו כי במדת הדין נכחדים האויבים, ומה שנקרא מלאך והוא אינו מן הנפרדים מפני שהנהגת העולם בו שהוא מדת הדין, ומה שאמר השמר מפניו כי ממדת הדין יש לו לאדם להשמר שלא יענש בחטאו ולכך הזכיר בו לשון שמירה ולשון פנים, ואמר ושמע בקולו אזהרה שלא יקצצו בנטיעות ולכך אמר מיד אל תמר בו, ודרשו רז"ל אל תמר בו אל תמירני בו אלא שיתבונן כי הכל אחד והכל מיוחד בלי פרוד, כי לא ישא לפשעכם, יאמר כי המלאך הזה יש לו כח לשאת הפשעים והסליחה מסורה בידו ואעפ"כ לא ישא לפשעכם אם תמר בו כי כל הממר בו ממר בשמי המיוחד שבקרבו,
Et c’est pourquoi il dit « et j’opprimerai tes oppresseurs » par son intermédiaire, et il dit encore « Je les ferai disparaître » : car par l’attribut de rigueur les ennemis sont anéantis ; et il est appelé « ange » bien qu’il ne soit pas des séparés, parce que la conduite du monde passe par lui, qui est l’attribut de rigueur ; et ce qu’il dit « garde-toi de sa face » : de l’attribut de rigueur, l’homme doit se garder pour ne pas être puni pour sa faute, et c’est pourquoi il y mentionna l’expression de garde et l’expression de face ; et il dit « et écoute sa voix » : avertissement de ne pas couper dans les plantations, et c’est pourquoi il dit aussitôt « ne te rebelle pas contre lui » ; et nos Sages de mémoire bénie interprétèrent : « al tamer bo » : ne M’échange pas (al tamireni) avec lui ; mais qu’il fasse attention que tout est un et que tout est unifié sans séparation ; « car il ne pardonnera pas votre transgression » : il dit que cet ange a la force de porter les transgressions et que le pardon est remis en sa main, et néanmoins « il ne pardonnera pas votre transgression » si vous vous rebellez contre lui, car quiconque se rebelle contre lui se rebelle contre Mon Nom unique qui est en lui,
ומה שהזכיר דוד ע"ה (תהילים ק״ל:ד׳) כי עמך הסליחה ודרשו רז"ל לא מסרת אותה למלאך, באור זה למלאך מן הנפרדים, כי שמי בקרבו שמי המיוחד בקרבו כי ביה ה', וזהו שתרגם אונקלוס ארי בשמי מימריה, והכוונה בזה כל מה שהוא אומר אינו אומר אלא בשמי, ובאר בזה כי קולו הוא קול אל עליון, וזהו שאמר כי אם שמוע תשמע בקולו ועשית כל אשר אדבר, לא אמר ידבר, לבאר כי קולו הוא דבר ה' ורצונו כי בו ידבר זה משפיע וזה מושפע, השולח הוא המשפיע והמלאך הוא המושפע שנאצל ממנו, כשם שביצירה התחתונה נאצלה אשה מאיש שנאמר (בראשית ב׳:כ״ג-כ״ד) לזאת יקרא אשה כי מאיש לוקחה זאת,
et ce que mentionna David, paix sur lui (Psaumes 130,4) « car chez Toi est le pardon », et nos Sages de mémoire bénie interprétèrent : Tu ne l’as pas remis à un ange ; l’explication de cela est : à un ange des séparés ; car « Mon nom est en lui » : Mon Nom unique est en lui, car en lui est Y-H-V-H ; et c’est ce que traduisit Onqelos : « ari bi-shemi memrei » (car en Mon nom est Ma parole), et l’intention par là est que tout ce qu’il dit, il ne le dit qu’en Mon nom ; et il expliqua par là que sa voix est la voix du Dieu Très-Haut, et c’est ce qu’Il dit « mais si tu écoutes sa voix et fais tout ce que Je dirai » ; il n’a pas dit « qu’il dira » : pour expliquer que sa voix est la parole de l’Éternel et Sa volonté, car en lui l’un parle : l’un influe et l’autre est influencé ; l’envoyeur est celui qui influe, et l’ange est celui qui est influencé, émané de lui, de même que dans la formation inférieure, la femme fut émanée de l’homme, comme il est dit (Genèse 2,23-24) « celle-ci sera appelée femme, car de l’homme elle a été prise » ;
וכן מצינו בכל מקום שכתוב בתורה מנחה הוא והאשה ההוא כתיב הוא וקרינן היא לבאר כי היא בכלל הוא, וכן תמצא בפסוק ראשון בראשו וסופו ה"א יו"ד וא"ו ושאחריו ה"א, וענין זה רמזו הרב ז"ל בפסוק (ויקרא ב) כל המנחה.
et de même nous trouvons partout ce qui est écrit dans la Torah : « minha hi » et « isha hi » : « hou » est écrit, et nous lisons « hi » (elle), pour expliquer qu’elle est incluse dans « hou » ; et de même tu trouves dans le premier verset, à son début et à sa fin : he, yod, vav, et le he qui est après lui ; et le Rav (Ramban), de mémoire bénie, fit allusion à cette question au verset (Lévitique 2,1) « kol ha-minha ».
וכאשר חטאו ישראל בעגל נסתלק מביניהם המלאך הזה, וזה שאמר הש"י (שמות ל״ג:ג׳) כי לא אעלה בקרבך, כי כל זמן שהמלאך הזה אשר השם המיוחד בקרבו מתהלך בקרב ישראל לא יאמר השי"ת כי לא אעלה בקרבך, כי כיון ששמו בקרבו הנה הוא בקרב ישראל, אבל כיון שנסתלק מהם בחטאם רצה הקב"ה שיהיה אחד מן הנפרדים שלוח לפניהם, הוא שכתוב (שם) ושלחתי לפניך מלאך וגרשתי את הכנעני וגו' כי לא אעלה בקרבך והמלאך הזה מן הנפרדים אשר יבטיח בו לגרש הוא גבריאל המלאך, וסמך לזה מיד (שם) וישמע העם את הדבר הרע ההזה ויתאבלו כי היו מתאבלים מהסתלקות המלאך הזה שר הפנים אשר השם המיוחד בקרבו ופחדו לנפשם מעתה פן יפלו ביד האויבים עם אחד מן הנפרדים.
Et quand Israël péchèrent avec le veau, cet ange se retira du milieu d’eux, et c’est ce que dit le Nom, béni soit-Il, (Exode 33,3) « car Je ne monterai pas au milieu de toi » ; car tant que cet ange, dont le Nom unique est en lui, marche au milieu d’Israël, le Nom, béni soit-Il, ne dirait pas « car Je ne monterai pas au milieu de toi », car puisque Son Nom est en lui, voici qu’il est au milieu d’Israël ; mais puisqu’il se retira d’eux à cause de leur faute, le Saint, béni soit-Il, voulut qu’un des séparés soit envoyé devant eux, et c’est ce qui est écrit (Exode 33,2-3) « et J’enverrai devant toi un ange, et Je chasserai le Cananéen, etc., car Je ne monterai pas au milieu de toi » ; et l’ange dont il est promis qu’il chasserait est parmi les séparés : c’est l’ange Gavriel ; et il rattacha à cela aussitôt (Exode 33,4) « et le peuple entendit cette mauvaise parole et ils prirent le deuil » ; car ils faisaient le deuil de la retraite de cet ange, le prince de la Face, dont le Nom unique est en lui, et ils craignaient désormais pour leur vie de tomber aux mains des ennemis avec l’un des séparés.
ועם הדעת הזאת של קבלה יאמנו דברי רז"ל שדרשו שכל ימיו של משה לא היה מלאך עמהם כלומר מלאך שר צבא כי היה הולך עמהם המלאך הזה שהוא מן הנטיעות אין זה מלאך שר צבא כי אין זה מן הנפרדים, ומה שכתוב ושלחתי לפניך מלאך והוא מן הנפרדים, זה לא נתקיים כי משה רבינו בטל הדבר בכח תפלתו והוא היה ממלא מקום המלאך מן הנפרדים, אבל אחר שמת משה חזר מלאך שר צבא למקומו.
Et avec cet avis de la Kabbale s’accomplissent les paroles de nos Sages de mémoire bénie, qui interprétèrent que tous les jours de Moshé il n’y eut pas d’ange avec eux, c’est-à-dire un ange prince d’armée, car cet ange qui allait avec eux, qui est des plantations, n’est pas un ange prince d’armée, car il n’est pas des séparés ; et ce qui est écrit « et J’enverrai devant toi un ange » est des séparés, et cela ne s’est pas accompli, car Moshé notre maître annula la chose par la force de sa prière, lui qui tenait la place de l’ange des séparés ; mais après la mort de Moshé, l’ange prince d’armée revint à sa place.
ודעת הרמב"ן ז"ל במלאך שר הצבא שחזר בימי יהושע שהיה גבריאל ומשה כל ימי חייו הוא הממלא מקומו של גבריאל השר כנרמז בפסוק (שם יז) כאשר ירים משה ידו וגבר ישראל ובימי יהושע חזר למקומו ללחום מלחמת ה' בעד ישראל, והוא גבריאל הנלחם להם, ועל כן נראה ליהושע וחרבו בידו שנאמר (יהושע ה) וחרבו שלופה בידו, ולכך תמצא שם נקמות גדולות באבוד האויבים במיני נקמה מחודשים מאד, וכענין שכתוב (שם י) וה' השליך עליהם אבנים גדולות מן השמים עד עזקה וימותו, גם בענין אבדן המלכים ההם,
Et l’avis du Ramban, de mémoire bénie, sur l’ange prince d’armée qui revint aux jours de Yehoshoua : c’était Gavriel, et Moshé, tous les jours de sa vie, tint la place de Gavriel le prince, comme indiqué dans le verset (Exode 17,11) « quand Moshé élevait sa main, Israël l’emportait » ; et aux jours de Yehoshoua il revint à sa place pour mener la guerre de l’Éternel pour Israël, et c’est Gavriel qui combat pour eux ; et c’est pourquoi il apparut à Yehoshoua avec son épée en main, comme il est dit (Josué 5,13) « et son épée tirée en sa main » ; et c’est pourquoi tu trouves là de grandes vengeances dans la destruction des ennemis, par des sortes de vengeance très nouvelles, et selon ce qui est écrit (Josué 10,11) « et l’Éternel jeta sur eux de grosses pierres du ciel jusqu’à ‘Azeqa et ils moururent » ; aussi dans l’affaire de la destruction de ces rois,
והיתה מדת הדין מתוחה בהם להאבידם בגוף ובנפש מה שלא תמצא כן במלחמה שעשה משה שלא יזכיר בהם הכתוב כי אם אבדן הגופות והחרימם, כענין שכתוב במלחמת סיחון ועוג (דברים ג) החרם כל עיר מתים הנשים והטף ולא הזכיר שם נפש כלל, אבל במלחמת יהושע הזכיר נפש בכל מלחמותיו ובכל הערים אשר לכד, והנה בכל אחת ואחת הזכיר נפש ובסוף הזכיר (יהושע י) ואת כל הנשמה החרים, לבאר כי אין צריך לומר שהשמיד הגופות וכלה אותם כי גם הנשמות החרים שתהיינה נכרתות מן העוה"ב, ועל כן הוצרך ללכת עמו המלאך הזה שהוא שר הגבורה להיות על ערי האויבים תחת אלהי ה' הצבאות ויפלו לפני ישראל לאלפים ולרבבות, והאל יזכנו לראות מתורתו נפלאות.
et l’attribut de rigueur était tendu contre eux pour les faire périr dans le corps et dans l’âme, ce que tu ne trouves pas dans la guerre que mena Moshé, où l’Écriture ne mentionne que la destruction des corps et leur mise à l’interdit, selon ce qui est écrit dans la guerre de Sihon et ‘Og (Deutéronome 3,6) « nous avons voué à l’interdit toute ville, hommes, femmes et enfants », et n’y a pas mentionné l’âme (nefesh) du tout ; mais dans la guerre de Yehoshoua il mentionna l’âme dans toutes ses guerres et dans toutes les villes qu’il prit, et voici que dans chacune il mentionna l’âme, et à la fin il mentionna (Josué 10,40) « et toute âme (neshama) il voua à l’interdit », pour expliquer qu’il n’est pas besoin de dire qu’il détruisit les corps et les extermina, mais que les âmes aussi il les voua à l’interdit, afin qu’elles soient retranchées du monde à venir ; et c’est pourquoi il fallut que cet ange aille avec lui, qui est le prince de la Gevoura, pour être sur les villes des ennemis sous le Dieu des armées, et qu’ils tombent devant Israël par milliers et par myriades ; et que Dieu nous fasse mériter de voir des merveilles de Sa Torah.
והביאך אל האמורי והחתי והפרזי והכנעני החוי והיבוסי. לא הזכיר השביעי שהוא הגרגשי, וזהו שדרשו רז"ל הגרגשי פנה כלומר פנו להם הארץ מעצמם ולא הוצרכו ישראל להלחם כנגדם.
« Et il t’amènera chez l’Amorite, le Hittite, le Perizzite, le Cananéen, le Hivvite et le Yebousite » (Exode 23,23). Il n’a pas mentionné le septième, qui est le Guirgashi, et c’est ce qu’interprétèrent nos Sages de mémoire bénie : le Guirgashi s’en est allé (panah) : c’est-à-dire qu’ils ont libéré le pays d’eux-mêmes, de sorte qu’Israël n’eurent pas besoin de les combattre.
ועבדתם את ה' אלהיכם. כנגד מה שהעובדים ע"ג שהזכירם למעלה חושבים שעם העבודה ההיא ישיגו כל חפצם ויגבר מזלם ותבא להם ההצלחה והברכה במעשה ידיהם הזכיר עתה ועבדתם את ה' אלהיכם שאין ראוי לכם שתעבדו כי אם לשם המיוחד ממנו תבא לכם הברכה וכל התועלת, הוא שאמר וברך את לחמך ואת מימיך. והסירותי מחלה מקרבך.
« Et vous servirez l’Éternel votre Dieu » (Exode 23,25). À l’encontre de ce que pensent les idolâtres qu’il a mentionnés plus haut — que par ce service ils obtiendront tout leur désir, que leur constellation se fortifiera et que la réussite et la bénédiction leur viendront dans l’œuvre de leurs mains — il mentionne maintenant « et vous servirez l’Éternel votre Dieu » : il ne vous convient de servir que le Nom unique, de qui viennent la bénédiction et tout le profit ; c’est ce qu’il dit « et Il bénira ton pain et ton eau. Et J’écarterai la maladie du milieu de toi ».
יש תחלואים בתוך הגוף מצד המאכלים והמשקים הנכנסים בגוף ויש תחלואים מחוץ לגוף מצד שנוי האויר כפי השתנות מערכת הכוכבים, ועל כן יבטיח הכתוב כי עם התורה והעבודה יברך השי"ת מזון האדם שיהיה בכח תולדתו להסיר התחלואים מעליו ועם ההבטחה הזאת הצדיק המקיים התורה לא יצטרך אל רופא, וזהו שכתוב (דברי הימים ב ט״ז:י״ב) וגם בחליו לא דרש את ה' כי ברופאים, גם בכלל מחלה שלא יהיה בהם משכל ועקר שהוא חולי באדם.
Il y a des maladies à l’intérieur du corps, du côté des aliments et des boissons qui entrent dans le corps, et il y a des maladies extérieures au corps, du côté du changement de l’air selon la modification de la configuration des astres ; et c’est pourquoi l’Écriture promet qu’avec la Torah et le service, le Nom, béni soit-Il, bénira la nourriture de l’homme, de sorte que ses propriétés naturelles écarteront de lui les maladies ; et avec cette promesse le juste qui observe la Torah n’aura pas besoin de médecin ; et c’est ce qui est écrit (II Chroniques 16,12) « et même dans sa maladie il ne chercha pas l’Éternel, mais les médecins » ; et aussi, la « maladie » comprend qu’il n’y ait pas en eux de fausse couche ni de stérilité, qui est une maladie de l’homme.
ודע כי הכתוב ראוי לומר והסיר כמו שאמר וברך, אבל באור הכתוב כי האלהים יסיר מחלה מקרבנו בעבדנו ה' המיוחד ולתקן העבודות כלן לשם המיוחד, והבן זה.
Et sache que l’Écriture aurait dû dire « et Il écartera », comme il dit « et Il bénira » ; mais l’explication de l’Écriture est que Dieu écartera la maladie du milieu de nous quand nous servirons l’Éternel unique et rectifierons tous les services pour le Nom unique ; et comprends cela.
את אימתי. מדת הדין כלשון (שמות ט״ו:ט״ז) תפל עליהם אימתה ופחד, וענין הצרעה הוא מין עוף כגון יתושים וצרעים וזבובים ודבורים והם מינים הרבה שם הכלל צרעה כמו שתמצא מכת הארבה של מצרים שהיו מינים הרבה. ודרשו רז"ל כי העוף הזה היה מטיל בהם ארס ומסמא את עיניהם ומיד מתים וצרעה זו עלתה עם יהושע ועברה את הירדן כמו שכתוב בספר יהושע. ומה שכתוב שלשה מהם ולא יותר והוא שאמר את החוי ואת הכנעני ואת החתי לפי ששלשה אלה היו החזקים שבכל ז' עממין והיו יושבים במצודים נשגבים, ובא להודיע פלא גדול ונס נסתר שעם בריה חלושה שבכל הנבראים והיא הצרעה בה יכרית הקב"ה את החזקים שבכל המקומות.
« Ma terreur (eimati) » (Exode 23,27) : l’attribut de rigueur, selon l’expression (Exode 15,16) « que tombent sur eux la terreur et l’effroi » ; et l’affaire du frelon (tsir‘a) est une catégorie d’êtres volants — comme moustiques, guêpes, mouches et abeilles — et ce sont de nombreuses espèces dont le nom commun est « tsir‘a », comme tu trouves à propos de la plaie des sauterelles d’Égypte, qui comprenait de nombreuses espèces. Et nos Sages de mémoire bénie interprétèrent que cet être volant jetait en eux du venin et leur aveuglait les yeux, et ils mouraient aussitôt ; et ce frelon monta avec Yehoshoua et traversa le Jourdain, comme il est écrit dans le livre de Yehoshoua. Et ce qui est écrit trois d’entre eux et pas plus, et c’est ce qu’il dit « le Hivvite, le Cananéen et le Hittite » (Exode 23,28), parce que ces trois-là étaient les plus forts des sept peuples et habitaient dans des forteresses élevées ; et il vient faire connaître une grande merveille et un miracle caché : que par la plus faible créature de toutes les créatures, qui est le frelon, le Saint, béni soit-Il, retranchera les forts de tous les lieux.
מעט מעט אגרשנו מפניך. יאמר הכתוב הצרעה תגרש אותם מכח מדת הדין מעט מעט והם יהיו מתמעטים והולכים ואתם מוסיפים ופרים ורבים עד שתנחלו את הארץ.
« Peu à peu Je le chasserai de devant toi » (Exode 23,30). L’Écriture dira : le frelon les chassera par la force de l’attribut de rigueur peu à peu, et ils seront diminués et iront diminuant, tandis que vous croîtrez, fructifierez et multiplierez, jusqu’à ce que vous héritiez du pays.
מים סוף ועד ים פלשתים. ים סוף הוא לצד דרום, ים פלשתים הוא למערב הוא הים הגדול והוא תחום ארץ ישראל, וכן כתוב (יהושע א׳:ד׳) עד הים הגדול מבוא השמש יהיה גבולכם, והים הגדול אינו ים אוקינוס כי ים אוקינוס הוא מקיף את כל הישוב, וממדבר לצד מזרח, ועד הנהר הוא פרת לצד צפון.
« De la mer des Joncs (Yam Souf) jusqu’à la mer des Philistins » (Exode 23,31). La mer des Joncs est du côté du sud ; la mer des Philistins est à l’ouest, c’est la grande mer, et c’est la limite du pays d’Israël, et ainsi il est écrit (Josué 1,4) « jusqu’à la grande mer, au coucher du soleil, sera votre frontière » ; et la grande mer n’est pas la mer Océan, car la mer Océan entoure toute la terre habitée ; « et du désert », du côté de l’orient ; « jusqu’au fleuve », c’est l’Euphrate, du côté du nord.
ואל משה אמר עלה אל ה'. ע"ד הפשט זו קודם מתן תורה ומזה אמר ונגש משה לבדו אל ה' ובאור אל עב הענן והוא הלשון שאמר (שמות כ) ומשה נגש אל הערפל שכן אותה פרשה ג"כ של והעם רואים את הקולות קודם מתן תורה היתה.
« Et à Moshé Il dit : monte vers l’Éternel » (Exode 24,1). Selon le sens simple (peshat), c’est avant le don de la Torah ; et de là il dit « et Moshé seul s’approchera de l’Éternel » (24,2), et l’explication est : vers l’épaisseur de la nuée ; et c’est le langage qu’Il dit (Exode 20,18) « et Moshé s’approcha de l’obscurité (ha-‘arafel) », car cette section aussi, celle de « et le peuple voyait les voix », fut avant le don de la Torah.
וע"ד הקבלה ואל משה אמר השם המיוחד עלה אל ה' זהו מטטרו"ן ששמו כשם רבו, וכן דרשו רז"ל, ונקרא בשם הזה לפי שבשם הזה נכללים שתי לשונות המורים על ענינו והוא אדון ושליח, אדון מלשון חכמים שקורין אל הגברת בעלת ממשלה מטרונא, שליח מלשון יון שקורים לשליח מנטטור, ועוד יכלול ענין שלישי מלשון שמירה כי תרגום משמרת מטרת, ועל שהוא שומר העולם נקרא שומר ישראל.
Et selon la voie de la Kabbale : « et à Moshé le Nom unique dit : monte vers l’Éternel » : c’est Metatron, dont le nom est comme celui de son Maître, et ainsi interprétèrent nos Sages de mémoire bénie ; et il est appelé de ce nom parce que ce nom comprend deux langages qui indiquent son affaire, qui sont « maître » (adon) et « envoyé » (shaliah) : « maître », de l’expression de nos Sages, qui appellent la dame, maîtresse de domination, « matrona » ; « envoyé », de la langue grecque, où l’on appelle l’envoyé « mentator » ; et de plus il comprend une troisième affaire, de l’expression de garde, car le Targoum de « mishmeret » est « matra » ; et parce qu’il garde le monde, il est appelé « gardien d’Israël ».
והנה מתוך הוראת שמו השגנו שהוא אדון לכל מה שתחתיו שכל צבא העליונים והתחתונים הלא הם ברשותו ותחת ידו והוא השליח למי שעליו ולמעלה ממנו שהשליטהו על הכל ושמו אדון לביתו ומושל בכל קנינו.
Et voici que par l’indication de son nom nous avons compris qu’il est maître de tout ce qui est en dessous de lui, car toute l’armée des supérieurs et des inférieurs est sous sa domination et sous sa main ; et il est l’envoyé pour celui qui est au-dessus de lui et en haut de lui, qui l’a fait dominer sur tout ; et l’a établi maître de Sa maison et gouverneur de tous Ses biens.
ויש לך לדעת כי לפי משמעות לשון אדון יהיה הטי"ת בשם כפול וטעם כפל הטי"ת כי שני טתי"ן עולה ח"י וישאר בשם מרון שהוא אדון. או יהיה כפל הטי"ת לפי שהוא הטור העשירי מושך כח מתשעה, והנה הוא נכתב במקומות לבעלי הקבלה בתוספת יו"ד פעם נקרא בשש אותיות כנגד שש קצוות ופעם בשבע. ומן הידוע שהוא נקרא נער ולכך הזכיר הכתוב בכורי ישראל בשם נערים שנאמר (שם כד) וישלח את נערי בני ישראל.
Et tu dois savoir que, selon la signification du mot « adon » (maître), le tet dans le nom est doublé ; et la raison du doublement du tet est que deux tet font dix-huit (het-yod), et il reste dans le nom « Mron », qui est « adon » ; ou bien le tet est doublé parce que c’est la dixième colonne qui tire sa force de neuf ; et voici qu’il s’écrit en certains endroits pour les maîtres de la Kabbale avec un yod ajouté : parfois il est appelé en six lettres, correspondant aux six extrémités, et parfois en sept. Et il est connu qu’il est appelé « garçon » (na‘ar), et c’est pourquoi l’Écriture mentionna les premiers-nés d’Israël sous le nom de « garçons », comme il est dit (Exode 24,5) « et il envoya les garçons des fils d’Israël ».
ויש לך לדעת כי העליה הזאת לא הוצרכה עתה בשביל אהרן ובניו ושבעים זקנים, ומה שאמר ונגש משה לבדו אל ה' הכוונה על מטטרון ג"כ והיה הכתוב ראוי לומר ונגשת לבדך כי ה' המיוחד הוא המדבר והדבור הזה למשה לבדו שאמר לו עלה אל ה' אתה ואהרן נדב ואביהוא ושבעים מזקני ישראל והשתחויתם מרחוק. ומה שמדבר בלשון נסתר ונגש משה לבדו אל ה' אולי כי האומר ונגש משה לבדו אל ה' הוא מטטרון שאמר כן על עצמו והוא לשון צוואה שמצוה לאהרן נדב ואביהוא ושבעים מזקני ישראל וסמך לו מיד ויראו את אלהי ישראל, ומשה לבדו נגש יותר שכן נאמר לו עלה אלי ההרה והיה שם והעליה הזאת לתוספת השגה היתה עד שבא בתוך הענן שנאמר ויבא משה בתוך הענן.
Et tu dois savoir que cette montée n’était pas nécessaire cette fois pour Aharon et ses fils et les soixante-dix Anciens ; et ce qu’il dit « et Moshé seul s’approchera de l’Éternel », l’intention porte aussi sur Metatron ; et l’Écriture aurait dû dire « et tu t’approcheras seul », car le Nom unique est Celui qui parle, et cette parole est à Moshé seul, à qui Il dit « monte vers l’Éternel, toi et Aharon, Nadav et Avihou, et soixante-dix des Anciens d’Israël, et vous vous prosternerez de loin ». Et ce qu’il parle à la troisième personne, « et Moshé seul s’approchera de l’Éternel », peut-être est-ce parce que celui qui dit « et Moshé seul s’approchera de l’Éternel » est Metatron, qui l’a dit de lui-même, et c’est un langage d’ordre qu’il commande à Aharon, Nadav, Avihou et soixante-dix des Anciens d’Israël, et il rattacha aussitôt « et ils virent le Dieu d’Israël » ; et Moshé seul s’approcha davantage, car ainsi il lui fut dit « monte vers Moi sur la montagne et sois là » ; et cette montée était pour un surcroît de perception, jusqu’à ce qu’il entre au milieu de la nuée, comme il est dit (Exode 24,18) « et Moshé entra au milieu de la nuée ».
וכבר ידעת כי המלאך הזה הוא שטעה אלישע אחר בענינו ונכשל בו להסתפק בשתי רשויות ויצא לתרבות רעה, וכן כל מי שלא נזהר בענינו הנה הוא חוטא בנפשו ומסבב לו מוקש ואשמה רבה לא יוכל כפרה. ואלי מפני זה נסמכה פרשת ואל משה אמר למלת מוקש כי ענינו למי שאינו נזהר בו מקום טעות בו נוקש ונלכד האב הראשון גם הבנים במדבר גם נדב ואביהוא, והצדיק השלם ר"ע שנזהר בענינו נכנס בשלום ויצא בשלום והוא שדרש בו (דברים לג) ואתה מרבבות קדש, אות הוא ברבבה שלו ה' צבאות שמו אדון הוא בצבא שלו והבן זה.
Et tu sais déjà que cet ange est celui dans lequel se trompa Elisha Aher à son sujet, et il y trébucha, au point d’envisager l’existence de deux puissances souveraines, et il abandonna la voie de la Torah ; et ainsi quiconque ne se garde pas à son sujet pèche contre son âme et se cause un piège (moqesh) et une grande faute qui ne peut être expiée. Et peut-être est-ce pour cela que la section « et à Moshé Il dit » est rattachée au mot « moqesh » (Exode 23,33), car son affaire est pour celui qui ne s’en garde pas : lieu d’égarement où l’on est piégé et pris : le premier père, ainsi que les fils au désert, ainsi que Nadav et Avihou ; et le juste parfait Rabbi ‘Akiva, qui s’en garda dans son affaire, entra en paix et sortit en paix, et c’est ce que l’Écriture interprète à son sujet (Deutéronome 33,2) « et il vient de myriades de saint » : un signe (ot) il est dans sa myriade ; « l’Éternel des armées est son nom » : il est maître dans son armée ; et comprends cela.
ויבא משה ויספר לעם את כל דברי ה'. מצות פרישה והגבלה, ואת כל המשפטים אין לפרש הדינין שבסדר ואלה המשפטים שכבר התבאר כי פרשה זאת קודם מתן תורה היתה, אבל המשפטים שבכאן הם שבת ודינין ופרה אדומה שנצטוו במרה.
« Et Moshé vint et raconta au peuple toutes les paroles de l’Éternel » (Exode 24,3) : le commandement de séparation et de limitation. « Et tous les jugements » : il ne faut pas expliquer les lois de la section « Et voici les jugements », car il est déjà établi que cette section était avant le don de la Torah ; mais les jugements qui sont ici sont le Shabbat, les lois et la vache rousse, dont ils furent commandés à Mara.
ויכתוב משה את כל דברי ה'. הם התנאים והיה אם שמוע תשמעו בקולי ושמרתם את בריתי וגו'. וישכם בבקר ויבן מזבח תחת ההר. זה היה בחמשה בסיון. כל הדברים אשר דבר ה' נעשה. פירש רבינו חננאל ז"ל כי נעשה היא מצוה כוללת מצות עשה ומצות לא תעשה כי הנמנע מלעשות דבר שהוזהר עליו שלא לעשותו יקרא שעשה מצוה שהרי קיים האזהרה שהוזהר עליה ומקרא מלא הוא (תהילים קי״ט:ג׳) אף לא פעלו עולה בדרכיו הלכו, באר הכתוב כשלא פעלו עולה הרי הוא כאלו בדרכיו הלכו.
« Et Moshé écrivit toutes les paroles de l’Éternel » (Exode 24,4) : ce sont les conditions « et il arrivera, si vous écoutez Ma voix et gardez Mon alliance, etc. » (Exode 19,5). « Et il se leva tôt le matin et bâtit un autel au pied de la montagne » : ce fut le cinq de Sivan. « Tout ce que l’Éternel a dit, nous le ferons (na‘aseh) » : Rabbénou Hananel, de mémoire bénie, expliqua que « na‘aseh » est un commandement qui comprend les commandements positifs et les commandements négatifs, car celui qui s’abstient de faire une chose pour laquelle il a été averti de ne pas la faire est appelé « celui qui a accompli un commandement », puisqu’il a observé l’avertissement qui lui a été fait ; et c’est un verset explicite (Psaumes 119,3) « aussi ils n’ont pas commis d’injustice, ils ont marché dans Ses voies » : l’Écriture a expliqué que lorsqu’ils n’ont pas commis d’injustice, c’est comme s’ils avaient marché dans Ses voies.
וישלח את נערי בני ישראל. בכורות היו. ועל דרך הפשט קראם נערי כי היו טהורים להקריב קרבן שמעולם לא טעמו טעם חטא ולא נגשו אל אשה. וכן דרשו רז"ל עתידין בחורי ישראל שלא טעמו חטא מעולם ליתן ריח כלבנון שנאמר (הושע י״ד:ז׳) ויהי כזית הודו וריח לו כלבנון, ועם הקרבן הזה נגמר הברית בקבלת התורה שהרי בשלשה דברים נכנסו ישראל לברית במילה וטבילה וקרבן, מילה כשיצאו ישראל ממצרים נמולים היו כי היו כלם מקובלי האבות במצוה זו, טבילה הוא שכתוב (שמות י״ט:י׳) וקדשתם היום ומחר וכבסו שמלותם, קרבן הוא הקרבן הנזכר בכאן, וכן מי שבא להתגייר חייב בשלשתם שנאמר (במדבר ט״ו:ט״ו) ככם כגר, וחייבין בית דין למולו ולהטבילו וכשיבנה בהמ"ק יביא קרבנו.
« Et il envoya les garçons (na‘arei) des fils d’Israël » (Exode 24,5) : c’étaient des premiers-nés. Et selon le sens simple (peshat), il les appela « garçons » parce qu’ils étaient purs pour offrir un sacrifice, car jamais ils n’avaient goûté le goût du péché ni approché une femme. Et de même nos Sages de mémoire bénie interprétèrent : les jeunes gens d’Israël qui n’ont jamais goûté le péché sont destinés à donner une odeur comme le Levanon, comme il est dit (Osée 14,7) « et sa gloire sera comme l’olivier, et son parfum comme le Levanon » ; et avec ce sacrifice l’alliance fut achevée dans la réception de la Torah, car Israël entrèrent dans l’alliance par trois choses : la circoncision, l’immersion et le sacrifice : la circoncision : quand Israël sortirent d’Égypte, ils étaient circoncis, car tous avaient reçu des patriarches ce commandement ; l’immersion : c’est ce qui est écrit (Exode 19,10) « sanctifie-les aujourd’hui et demain, et qu’ils lavent leurs vêtements » ; le sacrifice : c’est le sacrifice mentionné ici ; et de même celui qui vient se convertir est tenu aux trois, comme il est dit (Nombres 15,15) « comme vous, comme le prosélyte », et le tribunal est tenu de le circoncire et de l’immerger, et quand le Temple sera rebâti, il apportera son sacrifice.
ודרשו ז"ל שמודיעים אותו תחלה קצת מצות ועונשים שבהם, וטעם הודעת העונשים כדי שלא יתגייר שאין הגרים תועלת לישראל כלל שהרי ערב רב גרים היו והם היו סבת העגל וגם היו סבת המגפה בענין בשר תאוה שחל עליהם הדבר שנאמר (במדבר י״א:ד׳) והאספסוף אשר בקרבו התאוו תאוה, ומפורש אמרו רז"ל קשים גרים לישראל כספחת שנאמר (ישעיהו י״ד:א׳) ונספחו על בית יעקב, והטעם לפי שאין בקיאין בדקדוקי מצות וישראל לומדים ממעשיהם.
Et nos Sages de mémoire bénie interprétèrent qu’on lui fait connaître d’abord quelques commandements et les peines qu’ils comportent, et la raison de faire connaître les peines est qu’il ne se convertisse pas ; car les prosélytes ne sont d’aucune utilité pour Israël, puisque le ‘erev rav étaient des prosélytes et furent la cause du veau, et furent aussi la cause de la peste dans l’affaire de la viande de convoitise, qui s’abattit sur eux, comme il est dit (Nombres 11,4) « et la tourbe qui était au milieu d’eux convoita une convoitise » ; et nos Sages de mémoire bénie dirent explicitement : durs sont les prosélytes pour Israël, comme la gale (sapahat), comme il est dit (Isaïe 14,1) « et ils s’attacheront (ve-nispehou) à la maison de Yaakov » ; et la raison est qu’ils ne sont pas versés dans les détails des commandements, et qu’Israël apprennent de leurs actes.
ויש שפירש מודיעים אותם קצת עונשים שהטעם בזה כדי שלא יאמר אילו הייתי יודע לא הייתי מתגייר ונמצא גרותו בטעות, ועל כן יש לנו להודיעו מקצת עונשין כדי שיהיה גרותו בלב שלם ושיקבל עליו הכל. ומה שאמרו רז"ל קשים גרים לישראל אין זה נאמר לגנאי הגרים אלא לגנאי ישראל, כלומר כיון שהקב"ה רואה מחשבתם שעזבו משפחתם וארץ מולדתם ובאו להדבק בשכינה הנה הם מחייבין את ישראל כשאין עובדים להקב"ה בלבב שלם.
Et certains expliquèrent : on leur fait connaître quelques peines, dont la raison est qu’il ne dise pas : si j’avais su, je ne me serais pas converti, de sorte que sa conversion soit une erreur ; c’est pourquoi nous devons lui faire connaître quelques peines afin que sa conversion soit d’un cœur entier et qu’il reçoive tout sur lui. Et ce que nos Sages de mémoire bénie dirent « durs sont les prosélytes pour Israël », cela n’est pas dit pour le déshonneur des prosélytes mais pour le déshonneur d’Israël, c’est-à-dire : puisque le Saint, béni soit-Il, voit leur pensée, qu’ils ont quitté leur famille et leur pays natal et sont venus s’attacher à la Shekhina, voici qu’ils rendent Israël coupables quand ils ne servent pas le Saint, béni soit-Il, d’un cœur entier.
וכן מצינו במדרש אמר ריש לקיש גדולים גרים בזמן הזה יותר מישראל כשעמדו על הר סיני, שהם ראו את הקולות ואת הלפידים ואת קול השופר והנפלאות הגדולות והנוראות והגרים לא ראו מדבר זה כלום ובאים בצר ובמצוק להסתופף תחת כנפי השכינה.
Et de même nous trouvons dans le Midrash : Resh Laqish dit : les prosélytes sont plus grands en ce temps-ci que les Israélites quand ils se tinrent sur le mont Sinaï ; car ceux-ci virent les voix, les torches, la voix du shofar et les grandes et redoutables merveilles, tandis que les prosélytes n’ont rien vu de cela, et ils viennent dans la détresse et l’angoisse se réfugier sous les ailes de la Shekhina.
זבחים שלמים לה' פרים. כל ימי המדבר היו ישראל מתפחדים ממדת הדין לפי שהיו במקום החורבן והשממון ולכן היה הקרבן פרים, והבן זה.
« Des sacrifices de paix pour l’Éternel, des taureaux (parim) » (Exode 24,5). Tous les jours du désert, Israël craignaient l’attribut de rigueur parce qu’ils étaient dans un lieu de ruine et de désolation, et c’est pourquoi le sacrifice était des taureaux (parim) ; et comprends cela.
ויקח משה את הדם ויזרוק על העם. הזה הדם עליהם כדי שיכנסו בברית עם הקב"ה בדם ואותו כתם הדם שעל בגדיהם קרא הכתוב עדי לפי שהיה עדי להם וכבוד גדול, והיה להם עדות ואות שנכנסו בבריתו של הקב"ה, ועל כן כשחטאו בעגל ועברו על הברית אמר להם (שמות לג) הורד עדיך מעליך כלומר שיסירו מעליהם אותם הבגדים שהיו עדי להם, וזהו שאמר (שם) ויתנצלו בני ישראל את עדים, אותם הבגדים שנזרק עליהם דם הברית שהיה עדות ואות בין הקב"ה וביניהם, ולמה כרת הקב"ה עמהם ברית בדם רמז להם אם אתם מקיימים את התורה מוטב ואם לאו הריני מתיר דמכם לכרת ולמיתה, זה כתב רבינו חננאל ז"ל.
« Et Moshé prit le sang et en projeta sur le peuple » (Exode 24,8). Il en aspergea sur eux afin qu’ils entrent dans l’alliance avec le Saint, béni soit-Il, par le sang ; et cette tache de sang sur leurs vêtements, l’Écriture l’appela « ‘adyam » (leur parure), parce que c’était pour eux une parure et un grand honneur, et c’était pour eux un témoignage et un signe qu’ils étaient entrés dans l’alliance du Saint, béni soit-Il ; et c’est pourquoi, lorsqu’ils péchèrent avec le veau et transgressèrent l’alliance, Il leur dit (Exode 33,5) « ôte ta parure de dessus toi », c’est-à-dire qu’ils retirent d’eux ces vêtements qui étaient leur parure ; et c’est ce qu’il dit (Exode 33,6) « et les fils d’Israël se dépouillèrent de leur parure (‘edyam) » : ces vêtements sur lesquels fut projeté le sang de l’alliance, qui était témoignage et signe entre le Saint, béni soit-Il, et eux ; et pourquoi le Saint, béni soit-Il, conclut-Il avec eux une alliance par le sang ? Il leur fit allusion : si vous observez la Torah, bien ; sinon, Je permets votre sang au retranchement et à la mort. Ainsi écrivit Rabbénou Hananel, de mémoire bénie.
וכן פירש רש"י היה מזה על בגדיהם מן הדם והיה הענין להחשיבם כענין שכתוב באהרן (שם כט) והזית על אהרן ועל בגדיו ועל בניו ועל בגדי בניו. וכוונת אונקלוס ע"ה כשאמר על העם כי זרק הדם על המזבח לכפר על העם שכן תרגם ואריק על מדבחא לכפרא על עמא.
Et de même expliqua Rashi : il en aspergeait sur leurs vêtements, du sang, et l’affaire était de les honorer, comme il est écrit à propos d’Aharon (Exode 29,21) « et tu aspergeras Aharon, ses vêtements, ses fils et les vêtements de ses fils ». Et l’intention d’Onqelos, paix sur lui, quand il dit « sur le peuple » : c’est qu’il aspergea le sang sur l’autel pour expier pour le peuple, car il traduit ainsi : « ve-ariq ‘al medbehha le-khappara ‘al ‘amma » (et il versa sur l’autel pour l’expiation du peuple).
ויש שפירש ויזרוק על העם כנגד העם כלומר לפניהם לא על בגדיהם, וכן (בראשית א׳:כ׳) ועוף יעופף על הארץ על פני רקיע השמים שפירושו כנגד רקיע השמים.
Et certains expliquèrent « et il projeta sur le peuple » : vis-à-vis du peuple (neged ha-‘am), c’est-à-dire devant eux et non sur leurs vêtements, et ainsi (Genèse 1,20) « et que l’oiseau vole sur la terre, sur la face du firmament du ciel », dont l’explication est « vis-à-vis du firmament du ciel ».
ויראו את אלהי ישראל. הכוונה בזה על הכבוד האחרון שהזכירו למעלה ולכך הוסיף בו את שהוא השכינה, שה' המיוחד שהוא אלהי ישראל כתוב בו (שמות ל״ג:כ׳) כי לא יראני האדם וחי ולכך תרגם אונקלוס וחזו ית יקר אלהא דישראל, והוא הכבוד שראה יחזקאל (א) כמראה אדם עליו מלמעלה כי ראה תחלה חיות הקדש והאופנים למטה אצל החיות וחזר וראה הרקיע הנטוי על ראשי החיות וראה הכסא על הרקיע ועל דמות הכסא דמות כמראה אדם עליו מלמעלה.
« Et ils virent le Dieu d’Israël » (Exode 24,10). L’intention est sur la Gloire dernière dont ils ont fait mention plus haut, et c’est pourquoi il y ajouta la particule hébraïque « et » (את), qui désigne la Shekhina, car du Nom unique, qui est le Dieu d’Israël, il est écrit (Exode 33,20) « car l’homme ne Me verra pas et vivra » ; et c’est pourquoi Onqelos traduisit « va-hazou et yeqar Elaha de-Yisra’el » (et ils virent la gloire du Dieu d’Israël) ; et c’est la Gloire que vit Yehezqel (Ézéchiel 1,26) « semblable à l’aspect d’un homme sur lui, en haut » : car il vit d’abord les hayyot ha-qodesh et les ophanim en bas auprès des hayyot, puis il revint et vit le firmament étendu sur les têtes des hayyot, et vit le trône sur le firmament, et sur la ressemblance du trône une ressemblance comme l’aspect d’un homme sur lui, en haut.
ותחת רגליו כמעשה לבנת הספיר. ע"ד הפשט יבאר הכתוב כי משה ואהרן ובניו ושבעים הזקנים ראו עתה במעמד הר סיני אלהי ישראל על הכסא והכסא על הרקיע והוא הרקיע הנטוי על ראשי החיות אמר תחלה ותחת רגליו שהוא הכסא וכן תרגומו כורסי יקריה, והזכיר כמעשה לבנת הספיר כי כן כתוב (שם א) כמראה אבן ספיר דמות כסא, וספיר הוא אבן יקרה לבנה לדעת רבינו סעדיה גאון ז"ל, וע"כ אמר לבנת מלשון לובן וענינו זכות גדול שהאור נראה מאחריו.
« Et sous ses pieds, comme l’ouvrage d’un carreau (livnat) de saphir » (Exode 24,10). Selon le sens simple (peshat), l’Écriture explique que Moshé, Aharon, ses fils et les soixante-dix Anciens virent alors, lors de la révélation du mont Sinaï, le Dieu d’Israël sur le trône, et le trône sur le firmament, qui est le firmament étendu sur les têtes des hayyot. Il dit d’abord « et sous ses pieds », qui est le trône ; et ainsi le traduit Onqelos : « korsei yeqareih » (le trône de sa gloire) ; et il mentionna « comme l’ouvrage d’un carreau de saphir » parce qu’il est ainsi écrit (Ézéchiel 1,26) « comme l’aspect d’une pierre de saphir, la ressemblance d’un trône ». Et le saphir est une pierre précieuse blanche, selon Rabbénou Saadia Gaon, de mémoire bénie ; c’est pourquoi il dit « livnat », de la racine « lavan » (blanc) : son sens est une grande pureté, car la lumière se voit à travers elle.
אבל דעת החכם ר"א ז"ל כי ספיר הוא תכלת ואמר כי לבנת אינו מלשון לובן אלא כלשון (שם ד) ואתה קח לך לבנה ואמר לבנת הספיר כמו שראה יחזקאל אבן ספיר, והעד על פירושו זה שאמר כמעשה ולא אמר כמראה לבנת או כעין לבנה כי על גוון הלובן אין לשון כמעשה נופל בו, ויהיה באור הכתוב כי היו רואים כסא הכבוד כמעשה לבנת של ספיר זך ובהיר, ותחת אותו כסא שהוא כמעשה לבנת הספיר ראו עצם השמים לטוהר והוא הרקיע כעין הקרח הנורא הנטוי על ראשי החיות, ומזה הזכיר יחזקאל (שם י) היא החיה אשר ראיתי וגו', רצונו תחת הרקיע והרקיע תחת הכסא והכסא תחת אלהי ישראל אבל הכתוב קצר בזה.
Mais l’avis du sage Rabbi Avraham ibn Ezra, de mémoire bénie, est que le saphir est bleu-azur (tekhelet), et il dit que « livnat » ne vient pas de « lavan » (blanc) mais est de la même langue que (Ézéchiel 4,1) « et toi, prends-toi une brique (levena) » ; et il dit : « livnat ha-sappir » comme le saphir que vit Yehezqel. Et la preuve de cette explication est qu’il dit « comme l’ouvrage » et non « comme l’aspect d’un blanc » ou « comme l’apparence d’une brique », car pour la couleur blanche l’expression « comme l’ouvrage » ne convient pas. Et l’explication du verset serait : ils voyaient le trône de Gloire comme l’ouvrage d’un carreau de saphir pur et brillant, et sous ce trône, qui est comme l’ouvrage d’un carreau de saphir, ils virent « le ciel même dans sa pureté » (‘etsem ha-shamayim la-tohar), qui est le firmament, semblable à la glace redoutable, étendu sur les têtes des hayyot ; et à ce sujet Yehezqel mentionna (Ézéchiel 10,20) « c’est le vivant que j’ai vu, etc. », c’est-à-dire : sous le firmament, et le firmament sous le trône, et le trône sous le Dieu d’Israël ; mais l’Écriture est brève sur ce point.
וכן כתב הרמב"ן ז"ל בפירושו כי הכתוב תפש דרך קצרה שהרי למעלה מן החיה רקיע, למעלה מן הרקיע הכסא, למעלה מן הכסא אלהי ישראל.
Et ainsi écrivit Ramban, de mémoire bénie, dans son commentaire : l’Écriture a pris une voie brève, car au-dessus du vivant il y a un firmament, au-dessus du firmament le trône, au-dessus du trône le Dieu d’Israël.
ומה שהזכיר עצם השמים ולא הזכיר חיות הקדש אשר תחתיו, יתכן לפרש כי רצה להסתירם לפי שמשם היה החטא לישראל ששמטו אחד מטטרמולין שלו והכעיסוהו בו.
Et le fait qu’il mentionna « le ciel même » et ne mentionna pas les hayyot ha-qodesh qui sont en dessous, on peut l’expliquer ainsi : il voulut les cacher, parce que c’est de là que vint la faute pour Israël, car ils retranchèrent l’un de ses « Tetramorphes » (tetrmolin) et l’irritèrent par là.
וע"ד המדרש כמעשה לבנת הספיר כדי לזכור שעבוד של ישראל בלבנים. ובאור הענין ללמד שהקב"ה מצר כשהאומות מצירין לישראל והוא מה שאמרו כל המשעבדם מלמטה כאלו משעבדם מלמעלה. ומזה הענין הוא מה שכתוב (שמות ג׳:ז׳) כי ידעתי את מכאוביו, ומזה אמרו בירושלמי דמסכת סוכה מעשה אין כתיב אלא כמעשה היא וכל ארגליא שלה היא והסל והמגרפה ע"כ, ושבעים זקנים אלו הם השוטרים המוכים על הצבור להקל מעליהם עול הלבנים ולכך זכו מדה כנגד מדה להשיג כמעשה לבנת הספיר.
Et selon le Midrash : « comme l’ouvrage d’un carreau de saphir » pour rappeler l’asservissement d’Israël dans les briques (levenim). Et l’explication de l’affaire est d’enseigner que le Saint, béni soit-Il, est dans la détresse quand les nations oppriment Israël, et c’est ce qu’ils dirent : quiconque les asservit en bas, c’est comme s’il les asservissait en haut. Et de cela il est écrit (Exode 3,7) « car J’ai connu ses douleurs » ; et à ce sujet ils dirent dans le Yérushalmi, traité Soucca : il n’est pas écrit « ma‘aseh » (ouvrage) mais « ke-ma‘aseh » (comme l’ouvrage) : c’est elle et tout son attirail (argalia), c’est le panier et le râteau, jusqu’ici ; et les soixante-dix Anciens sont les préposés frappés pour le compte de la communauté, afin d’alléger d’eux le joug des briques, et c’est pourquoi ils méritèrent, mesure pour mesure, de percevoir « comme l’ouvrage d’un carreau de saphir ».
וע"ד החכמה כמעשה לבנות הספיר, היא השגה במראה הנבואה אמתת החומר הראשון התחתון שהיה משלג שתחת כסא הכבוד, והוא שדרשו ז"ל שמים מהיכן נבראו מאור לבושו שנאמר (תהילים ק״ד:ב׳) עוטה אור כשלמה נוטה שמים כיריעה, הארץ נברא משלג שתחת כסא הכבוד שנאמר (איוב ל״ז:ו׳) כי לשלג יאמר הוא ארץ וגו', ואונקלוס שתרגם ותחות כורסי יקריה, עשה רגליו שבים אל הכסא. ומלת רגליו סבותיו כמו (יחזקאל א׳:ז׳) ורגליהם רגל ישרה, (זכריה י״ד:ד׳) ועמדו רגליו, והכוונה בו שהחומר ההוא מאצלו והוא סבתו המחייב מציאותו והוא בראו וחדשו אחר העדרו.
Et selon la sagesse (derekh ha-hokhma) : « comme l’ouvrage des carreaux de saphir » est la perception, dans la vision prophétique, de la vérité de la matière première inférieure qui venait de la neige qui est sous le trône de Gloire ; et c’est ce qu’ils interprétèrent, de mémoire bénie : les cieux, d’où furent-ils créés ? De la lumière de Son vêtement, comme il est dit (Psaumes 104,2) « Il s’enveloppe de lumière comme d’un manteau, Il étend les cieux comme une tente » ; la terre fut créée de la neige qui est sous le trône de Gloire, comme il est dit (Job 37,6) « car à la neige Il dit : sois terre, etc. ». Et Onqelos, qui traduisit « ve-tahot korsei yeqareih », fit se rapporter le pronom de « ses pieds » au trône. Et le mot « ragelav » (ses pieds) signifie ses causes, comme (Ézéchiel 1,7) « et leurs pieds étaient un pied droit » et (Zacharie 14,4) « et ses pieds se tiendront » ; et l’intention est que cette matière vient de Son émanation, qu’Il en est la cause qui oblige son existence, et qu’Il l’a créée et renouvelée après son inexistence.
ואמר כמעשה לפי שהחומר מתפעל ומקבל צורה, ואמר לבנת כי הלובן ההוא שתחת הכסא היה חומר לארץ, ולא אמר כלבנת הספיר לפי שאין הכוונה במראה הלובן כי הספיר איננו לבן כי אם היה לו מראה לובן לא היה מראה המראים כלן ולא היה מקבלן מאחריו, אבל הוא נעדר מכל מראה ולפיכך הוא מקבל כל מראה, כן החומר הוא נעדר הצורות כלן ואין לו דמות וצורה כלל על כן הוא מקבל כל צורה וצורה, וזה דעת הרמב"ם ז"ל בספר המורה בחלק שני פרק כ"ו ע"ש.
Et il dit « comme l’ouvrage » parce que la matière subit et reçoit forme ; et il dit « livnat » parce que cette blancheur qui est sous le trône était la matière de la terre ; et il ne dit pas « comme le carreau de saphir » parce que l’intention n’est pas l’aspect de la blancheur, car le saphir n’est pas blanc : s’il avait un aspect blanc, il ne laisserait pas voir toutes les couleurs et ne les transmettrait pas depuis ce qui se trouve derrière lui ; mais il est dépourvu de toute couleur propre, et c’est pourquoi il reçoit toute couleur ; de même la matière est dépourvue de toutes les formes et n’a aucune ressemblance ni forme, c’est pourquoi elle reçoit chaque forme et forme ; et tel est l’avis du Rambam, de mémoire bénie, dans le Guide, deuxième partie, chapitre 26 ; voir là.
וע"ד הקבלה כמעשה לבנת הספיר, ידוע אצל חכמי המרכבה כי כסא הכבוד מיוסד מג' יסודות, אש, רוח, מים, שהם נאצלים מג' מדות, חסד, דין, רחמים, והם ג' מראות, לבן, אודם, תכלת, ותן אל לבך כי הזכיר לבנת על מראה הלובן, וספיר על מראה האודם, וכעצם השמים על מראה התכלת, ולכך תרגם אונקלוס ותחות כורסי יקריה, והוא שאמר התכלת דומה לים וים דומה לרקיע ורקיע דומה לכסא הכבוד.
Et selon la Kabbale : « comme l’ouvrage d’un carreau de saphir ». Il est connu auprès des sages de la Merkava que le trône de Gloire est fondé sur trois éléments : feu, vent (ruah), eau, qui sont émanés de trois attributs : bonté (hessed), rigueur (din), miséricorde (rahamim), et ce sont trois aspects : blanc, rouge (odem), azur (tekhelet). Et mets à ton cœur qu’il mentionna « livnat » pour l’aspect du blanc, « sappir » pour l’aspect du rouge, et « ke-‘etsem ha-shamayim » pour l’aspect de l’azur ; et c’est pourquoi Onqelos traduisit « ve-tahot korsei yeqareih » ; et c’est ce qu’il dit : l’azur est semblable à la mer, et la mer est semblable au firmament, et le firmament est semblable au trône de Gloire.
וראוי שתתבונן איך הזכיר ותחת רגליו כמעשה לבנת הספיר שהוא באור גמור כי יש תחת הכסא כמעשה לבנת הספיר שהוא כסא אחר וזהו יורה על שני כסאות, והנה הדבר אמת ויציב כי יש כסא לכסא, ועל כן גלה לך הכתוב בפירוש כי תחת הכסא העליון יש כסא אחר שהוא כמעשה לבנת הספיר וכעצם השמים, ושלשה יסודות לכל כסא וכסא הרי ו', וזהו סוד הכתוב הנזכר בכסא שלמה (מלכים א י׳:י״ט) שש מעלות לכסא וגו', וכתיב (דברי הימים א כ״ט:כ״ג) וישב שלמה על כסא ה', כי רצה שלמה בחכמתו הגדולה לכלול בכסאו מעלות שני הכסאות שעליהם נאמר בעת רצון (תהילים קכ״ב:ה׳) כי שמה ישבו כסאות למשפט כסאות לבית דוד, ונאמר בשעת הכעס (דניאל ז׳:ט׳) עד די כרסון רמיו.
Et il convient que tu observes comment il mentionna « et sous ses pieds, comme l’ouvrage d’un carreau de saphir », ce qui explique parfaitement : c’est qu’il y a, sous le trône, « comme l’ouvrage d’un carreau de saphir », qui est un autre trône, et cela indique deux trônes ; et voici que la chose est vraie et établie : il y a un trône pour un trône. C’est pourquoi l’Écriture te révèle expressément que sous le trône supérieur il y a un autre trône, qui est « comme l’ouvrage d’un carreau de saphir » et « comme le ciel même » ; et trois éléments pour chaque trône, cela fait six (vav) ; et c’est le secret du verset mentionné à propos du trône de Shelomo (1 Rois 10,19) « six marches avait le trône, etc. », et il est écrit (1 Chroniques 29,23) « et Shelomo s’assit sur le trône de l’Éternel » : car Shelomo voulut, dans sa grande sagesse, inclure dans son trône les degrés des deux trônes, dont il est dit en temps de bon vouloir (Psaumes 122,5) « car là siégeaient les trônes pour le jugement, les trônes de la maison de David », et dit en temps de colère (Daniel 7,9) « jusqu’à ce que des trônes furent placés ».
ויש שפירשו כמעשה לבנת הספיר כי המשיל השגת האצילות לענין הספיר הלבן שהוא מראה מה שבתוכו שהוא פנימי ונסתר שם, והפנימי הזה הנסתר הוא נראה מתוך החיצון אבל עצמותו אינו נראה ואינו נודע לעצמו, וזהו (שמות ו׳:ג׳) וארא אל אברהם וגו', כי הפנימי הנסתר נראה אל הרואים כספיר אבל לא נודע להם, ועל כן יבאר הכתוב השגתה במשל יפה מאד יובן ממנו הנמשל, וזהו לשון כמעשה בכ"ף הדמיון כי ענין ההשגה בהם גם בכל הנביאים כלן גם בישראל בהר סיני היא הנקראת פנים בפנים כח לפנים מכח, ולכך אמר כמעשה כענין מה שיעשה הספיר הלבן שהפנימי הנעלם נראה מתוך החיצון אבל עצמותו אינו נראה כי הוא נסתר ונעלם מן ההשגה, וזה מבואר.
Et certains expliquèrent « comme l’ouvrage d’un carreau de saphir » : il compara la perception de l’émanation (atsilout) à l’affaire du saphir blanc, qui montre ce qui est à l’intérieur, qui est intérieur et caché là ; et cet intérieur caché se voit à travers l’extérieur, mais son essence n’est pas vue et n’est pas connue en elle-même ; et c’est (Exode 6,3) « et j’apparus à Avraham, etc. », car l’intérieur caché apparaît à ceux qui voient comme un saphir mais ne leur est pas connu ; c’est pourquoi l’Écriture explique sa perception par une très belle comparaison, d’où l’on comprend ce qui est comparé ; et c’est la langue de « ke-ma‘aseh » avec le kaf de la comparaison, car l’affaire de la perception en eux, chez tous les prophètes aussi bien que chez Israël au mont Sinaï, est ce qu’on appelle « face à face » : une puissance à l’intérieur d’une autre puissance ; et c’est pourquoi il dit « ke-ma‘aseh », à l’image de ce que fait le saphir blanc, où l’intérieur caché se voit à travers l’extérieur, mais son essence n’est pas vue, car elle est cachée et dissimulée à la perception ; et cela est clair.
ואל אצילי בני ישראל. נקראו אצילי מלשון אצילות כלומר שנאצל עליהם רוח נבואה במעמד הקדוש הזה, והאצילים האלה היו נדב ואביהוא ושבעים מזקני ישראל.
« Et vers les nobles (atsilei) des fils d’Israël » (Exode 24,11). Ils furent appelés « atsilei » de la racine « atsilout » (émanation), c’est-à-dire : il fut émané sur eux un esprit de prophétie lors de cette révélation sainte ; et ces nobles étaient Nadav et Avihou et soixante-dix des Anciens d’Israël.
לא שלח ידו. מכאן שהיו ראוים לשליחות יד. ויחזו את האלהים. הוא מה שנזכר למעלה ויראו את אלהי ישראל, והכוונה בזה מה שאמר ויראו את אלהי ישראל ויחזו את האלהים שחזו את האלהים ולא הרסו לעלות אל ה', ויאכלו וישתו. ע"ד הפשט עשו יום טוב מפני שזכו ונכנסו לאותו המראה הנכבד ונצולו ויצאו בשלום כענין שכתוב (בראשית ל״ב:ל״א) כי ראיתי אלהים פנים אל פנים ותנצל נפשי, וכן היה כהן גדול עושה סעודה גדולה במוצאי יום הכפורים מפני שנכנס בשלום ויצא בשלום מקדש הקדשים ונצול.
« Il n’envoya pas sa main » (Exode 24,11) : de là, qu’ils étaient dignes qu’on envoie la main contre eux. « Et ils contemplèrent Dieu » : c’est ce qui a été mentionné plus haut, « et ils virent le Dieu d’Israël » ; et l’intention, dans ce qu’il dit « et ils virent le Dieu d’Israël » et « et ils contemplèrent Dieu », est qu’ils contemplèrent Dieu sans se précipiter pour monter vers l’Éternel. « Et ils mangèrent et burent » : selon le sens simple (peshat), ils firent un jour de fête parce qu’ils avaient mérité d’entrer dans cette vision honorée, et en furent sauvés et sortirent en paix, comme il est écrit (Genèse 32,31) « car j’ai vu Dieu face à face et mon âme a été sauvée » ; et de même le Grand Prêtre faisait un grand repas à la sortie de Yom Kippour, parce qu’il était entré en paix et sorti en paix du Saint des Saints et avait été sauvé.
ויש שפירש ויאכלו וישתו, שלא היתה מעלתם כמעלת משה שהעיד עליו הכתוב (שמות ל״ד:כ״ח) ויהי שם עם ה' ארבעים יום וארבעים לילה ונזון ארבעים יום בלא מאכל ומשתה כי אחרי שזכו למדרגה זו חזרו למדרגתם האנושית מיד שאכלו ושתו.
Et certains expliquèrent « et ils mangèrent et burent » : leur degré n’était pas comme le degré de Moshé, dont l’Écriture atteste (Exode 34,28) « et il fut là avec l’Éternel quarante jours et quarante nuits » et il fut nourri quarante jours sans nourriture ni boisson ; car après avoir mérité ce degré, ils revinrent à leur degré humain dès qu’ils mangèrent et burent.
ורש"י פי' ויחזו את האלהים ויאכלו וישתו כי בעוד שהיו אוכלים ושותים היו מסתכלים אותו בלב גס.
Et Rashi expliqua « et ils contemplèrent Dieu et ils mangèrent et burent » : tandis qu’ils mangeaient et buvaient, ils le regardaient avec présomption (lev gas).
וע"ד המדרש ויאכלו וישתו וכי קילור עלה עמהם לסיני כן דרשו בויקרא רבה פרשת אחרי מות. פירוש קילור עוגה, אלא ויאכלו וישתו אמר רבי יוחנן אכילה ודאית שנאמר (משלי ט״ז:ט״ו) באור פני מלך חיים, ובאור זה כי מזון הנפש ועדונה באותה המראה הנפלאה יכנה הכתוב לאכילה ושתיה שהוא עדון הגוף, וכן אמר דוד ע"ה (תהילים ס״ג:ו׳) כמו חלב ודשן תשבע נפשי, כי כיון שהגוף מתקיים מן המזון הגופני הבא מסבה אחר סבה עאכ"ו שתתקיים הנפש בהתקשרה בסבה העליונה ראשונה יתברך והוא המזון האמתי הקיים והאכילה הודאית הנצחית וכענין שכתוב (שם לו) ירוין מדשן ביתך ונחל עדניך תשקם כי עמך מקור חיים באורך נראה אור.
Et selon le Midrash « et ils mangèrent et burent » : est-ce qu’un kilour est monté avec eux au Sinaï ? Ainsi interprétèrent-ils dans Vayikra Rabba, section Aharei Mot. Explication : kilour est une galette ; mais « et ils mangèrent et burent », dit Rabbi Yohanan : c’est un véritable repas, comme il est dit (Proverbes 16,15) « dans la lumière du visage du roi est la vie ». Le sens de cela est que la nourriture de l’âme et son délice dans cette vision merveilleuse, l’Écriture l’appelle « manger et boire », qui est le délice du corps ; et de même dit David, paix sur lui (Psaumes 63,6) « comme de la graisse et de l’embonpoint mon âme sera rassasiée » : car puisque le corps subsiste de la nourriture corporelle, qui vient de cause en cause, à plus forte raison l’âme subsistera-t-elle en s’attachant à la Cause supérieure première, béni soit-Il, et c’est la nourriture véritable, durable, et le repas véritable, éternel ; et de même qu’il est écrit (Psaumes 36,9-10) « ils seront abreuvés de la graisse de Ta maison, et au torrent de Tes délices Tu les feras boire, car auprès de Toi est la source de vie, dans Ta lumière nous voyons la lumière ».
ועוד יש לפרש ויאכלו וישתו קרי ביה וישיתו כי מפני שמצינו אחר מתן תורה בפורענות (שמות ל״ג:ד׳) ולא שתו איש עדיו עליו ולא נזכר השכר הגדול וההוד העצום הזה בפ' מתן תורה לכך הוצרך לרמוז כאן כי מה שחזו את האלהים הוא ששתו העדי ההוא ונהנים ושמחים שמחת הנפש כמי שנהנה ושמח באכילה ושתיה, זה שמעתי מפי הרב ר' דן.
Et on peut encore expliquer « et ils mangèrent et burent » : lis-le « va-yashitou » (et ils posèrent) ; car puisque nous trouvons après le don de la Torah, dans la punition (Exode 33,4) « et nul n’a posé (shatou) ses parures sur lui », et que cette grande récompense et cette splendeur puissante ne sont pas mentionnées dans la section du don de la Torah, il fallut y faire allusion ici : ce qu’ils contemplèrent Dieu, c’est qu’ils posèrent cette parure, jouissant et se réjouissant de la joie de l’âme comme celui qui jouit et se réjouit en mangeant et buvant. Cela, je l’ai entendu de la bouche du Rav Rabbi Dan.
ועדיין נשאר לשאול למה לא נזכר במתן תורה בפירוש, ולמה לא יזכיר ענין העדי הזה כאשר זכינו אליו ויזכרנו כשאבד ממנו. ונראה לי לומר כי לא היה צריך כלל, כי העם אשר יצאו לקראת האלהים מן המחנה לקבל תורה מן השמים וראו הקולות והלפידים וקול השופר ואותם הגדולות והנוראות אשר ראו עיניהם א"צ לומר שהתלבשו עדי האור והתעטרו והתקדשו בקדושת שמות המלאכים כי כל המתקרב אל השמן א"צ לומר שימשח ממנו, כמו שאמרו רז"ל קרב לגבי דהינא ואידהן.
Et il reste encore à demander pourquoi cela n’a pas été mentionné explicitement dans le don de la Torah, et pourquoi Il ne mentionne pas l’affaire de cette parure lorsque nous y avons eu droit, et la mentionne lorsque nous l’avons perdue. Et il me semble devoir dire que ce n’était pas du tout nécessaire : car le peuple qui sortit à la rencontre de Dieu hors du camp pour recevoir la Torah du ciel, et vit les voix, les torches, la voix du shofar et ces grandes et redoutables merveilles que leurs yeux virent, il va sans dire qu’ils se revêtirent des parures de lumière, furent couronnés et sanctifiés de la sainteté des noms des anges ; car quiconque s’approche de l’huile, il va sans dire qu’il en est oint, comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie : approche-toi de la jarre d’huile et tu seras huilé (qarev legabei dehina ve-idhan).
והנה זה כענין ספור העוה"ב שלא נזכר בתורה לפי שלא היה צריך לפי שכל מה שתאריך התורה בספור היעודים הגופניים אינו אלא מפני שהם הכנה לירש חיי העוה"ב, ועל כן לא הוצרך בכאן להזכיר העדי כשזכינו אליו, כי כיון שהזכיר הכתוב (שמות י״ט:י״ז) ויוצא משה את העם לקראת האלהים מתוך הכלל ההוא יש להבין הפרט, אבל כאשר חטאו במעשה העגל הוצרך להזכיר חסרונם שאבדה מהם המעלה העצומה הזאת.
Et voici que cela est comme l’affaire du récit du monde à venir, qui n’est pas mentionné dans la Torah parce que ce n’était pas nécessaire, car tout ce que la Torah s’étend dans le récit des promesses corporelles n’est que parce qu’elles sont une préparation pour hériter la vie du monde à venir ; et c’est pourquoi il n’était pas nécessaire ici de mentionner la parure lorsque nous y avons eu droit, car puisque l’Écriture mentionna (Exode 19,17) « et Moshé fit sortir le peuple à la rencontre de Dieu » : à partir de ce général on peut comprendre le particulier ; mais lorsqu’ils péchèrent dans l’affaire du veau, il fallut mentionner leur manque, car cette grande élévation fut perdue pour eux.
וע"ד הקבלה ויחזו את האלהים ויאכלו וישתו, והלא כבר הזכיר ויראו את אלהי ישראל. אבל יתכן לפרש כי האצילים חזו את האלהים כלומר שנבאו בו שלא במחיצה, ושלא תאמר כשאמר ויראו ראיה ממש לכך חזר ואמר ויחזו נבואה מלשון מחזה, והנה השגתם היתה למעלה מהשגת ישראל ולמטה מהשגת משה, כי השגת ישראל היתה במחיצת ענן וערפל והאצילים היתה נבואתם בו שלא במחיצה, ומשה רבינו ראה אותו ממש כי כן הבטיחו (שם לג) וראית את אחורי, והוא הכבוד האחרון. ומה שהזכיר מיד ויאכלו וישתו יורה כי נהגו קלות ראש בראיה זו, ולכך היו ראוין לשליחות יד במה"ד, אלא שרצה להמתין להם כדי שלא לערבב שמחת התורה.
Et selon la Kabbale « et ils contemplèrent Dieu et ils mangèrent et burent » : or l’Écriture a déjà mentionné « et ils virent le Dieu d’Israël ». Mais on peut expliquer que les nobles contemplèrent Dieu, c’est-à-dire qu’ils prophétisèrent par lui sans séparation (mehitsa) ; et afin que tu ne dises pas que lorsqu’il dit « et ils virent » il s’agit d’une vision réelle, il revint et dit « et ils contemplèrent » : une prophétie, de la langue de « mahazeh » (vision). Et voici que leur perception était au-dessus de la perception d’Israël et au-dessous de la perception de Moshé, car la perception d’Israël était derrière une séparation de nuée et de brouillard, et la prophétie des nobles se faisait par lui sans séparation, et Moshé notre maître le vit réellement, car ainsi Il le lui promit (Exode 33,23) « et tu verras Mon arrière », qui est la Gloire dernière. Et ce qu’il mentionna aussitôt « et ils mangèrent et burent » indique qu’ils agirent avec légèreté de tête (qalout rosh) dans cette vision, et c’est pourquoi ils étaient dignes qu’on envoie la main contre eux dans la mesure de rigueur (middat ha-din) ; mais Il voulut les attendre afin de ne pas troubler la joie de la Torah.
עלה אלי ההרה. גם פרשה זו קודם מתן תורה נאמרה והלשון מוכיח כן ואתנה לך את לחות האבן והתורה והמצוה. והיה שם. פי' רש"י ז"ל מ' יום.
« Monte vers moi sur la montagne » (Exode 24,12). Cette section aussi fut dite avant le don de la Torah, et la langue le prouve : « et Je te donnerai les tables de pierre, et la Torah et le commandement ». « Et sois là » : Rashi, de mémoire bénie, expliqua : quarante jours.
אשר כתבתי. פי' קודם שנברא העולם שהרי התורה היתה כתובה לפני באש שחורה על גבי לבנה. או יחזור אשר כתבתי אל לוחות האבן שהזכיר שהיו כתובים באצבע אלהים.
« Que j’ai écrite » (Exode 24,12) : il explique : avant que le monde fût créé, car la Torah était écrite devant Moi en feu noir sur du feu blanc. Ou bien « que j’ai écrite » se rapporte aux tables de pierre qu’il a mentionnées, qui étaient écrites du doigt de Dieu.
להורותם על דרך הפשט למדך שהתורה והמצות מסלול ודרך לשוב הנפש לשרשה, וזהו להורותם כלומר להורותם הדרך לעוה"ב, כן אמר שלמה ע"ה (משלי ד׳:ד׳) ויורני ויאמר לי יתמך דברי לבך שמור מצותי וחיה.
« Pour les instruire (le-horotam) » (Exode 24,12). Selon le sens simple (peshat), il t’enseigne que la Torah et les commandements sont un chemin et une voie pour que l’âme retourne à sa racine ; et c’est « pour les instruire », c’est-à-dire pour leur enseigner la voie vers le monde à venir. Ainsi dit Shelomo, paix sur lui (Proverbes 4,4) « et il m’instruisit et me dit : que ton cœur retienne mes paroles, garde mes commandements et vis ».
וע"ד המדרש להורותם, זה תלמוד. וכן דרשו בברכות את לוחות האבן אלו הלוחות, והתורה זו תורה שבכתב, והמצוה זו משנה, אשר כתבתי זו נביאים וכתובים, להורותם זה תלמוד מלמד שכלן נתנו למשה מסיני. ועוד תמצא להורתם הלמ"ד והמ"ם שבעים ובאמצע תורה וזהו שבעים פנים לתורה.
Et selon le Midrash « pour les instruire » : c’est le Talmud. Et ainsi l’interprétèrent dans Berakhot : « les tables de pierre » : ce sont les tables ; « la Torah » : c’est la Torah écrite ; « le commandement » : c’est la Mishna ; « que j’ai écrite » : ce sont les Prophètes et les Hagiographes ; « pour les instruire » : c’est le Talmud ; cela enseigne que tout fut donné à Moshé au Sinaï. Et tu trouveras encore dans « le-horotam » : le lamed et le mem font soixante-dix, et au milieu se trouve « Torah » ; et c’est les soixante-dix faces de la Torah.
וע"ד הקבלה להורתם כתיב והוא ראיה למה שפירש כי התורה והמצוה ידריכו האדם אל המדה הזו היא כנסת ישראל ומשם תתעלה הנפש אל העוה"ב כטעם הכתוב (תהילים ע״ג:כ״ד) ואחר כבוד תקחני, אתה, והבן זה, ויהיה להורתם כענין (שיר השירים ג׳:ד׳) ואל חדר הורתי.
Et selon la Kabbale : « le-horotam » est écrit sans vav (defectif), et c’est une preuve de ce qu’il a expliqué : que la Torah et le commandement conduisent l’homme à cet attribut, qui est l’Assemblée d’Israël (Keneset Israël), et de là l’âme s’élève vers le monde à venir, selon le sens du verset (Psaumes 73,24) « et après, avec gloire, tu me prendras » : « Toi » (Atta) ; comprends cela. Et « le-horotam » serait dans le sens de (Cantique des cantiques 3,4) « et dans la chambre de celle qui m’a conçu (horati) ».
ויקם משה ויהושע משרתו. היה יהושע מכלל שבעים זקנים שהזכיר למעלה שחזו את האלהים והוא היה גדול מכלן.
« Et Moshé se leva, ainsi que Yehoshoua son serviteur » (Exode 24,13). Yehoshoua faisait partie des soixante-dix Anciens mentionnés plus haut, qui contemplèrent Dieu, et il était plus grand qu’eux tous.
ויש לשאול מדוע יזכירנו הכתוב בכאן יותר מן השאר, וכתב הרמב"ן ז"ל אפשר לומר שזה מורה כי כל מ' יום שהיה משה בהר היה יהושע ממתין עליו בתחתית ההר ומפני זה הזכיר בכאן כי היה משרתו עמו ללוות אותו עד הגבול המזומן בהר.
Et il y a lieu de demander pourquoi l’Écriture le mentionne ici plus que les autres. Et Ramban, de mémoire bénie, écrivit : on peut dire que cela indique que, durant les quarante jours que Moshé fut sur la montagne, Yehoshoua l’attendit en bas de la montagne ; et c’est pourquoi il le mentionna ici, parce que son serviteur était avec lui pour l’accompagner jusqu’à la limite fixée dans la montagne.
ויעל משה אל הר האלהים. להודיע שכל זמן שהיה משה בהר המתינו יהושע בתחתית ההר, וראיה לזה שהרי כשירד משה מן ההר הזכיר הכתוב מיד וישמע יהושע הוא שכתוב (שמות לב) וישמע יהושע את קול העם ברעה, והכתוב הזה יורה כי לא היה יהושע עם ישראל במחנה אבל היה מתיצב בתחתית ההר וממתין למשה עד רדתו.
« Et Moshé monta vers la montagne de Dieu » (Exode 24,13). Pour faire savoir que tout le temps que Moshé fut sur la montagne, Yehoshoua l’attendit en bas de la montagne ; et la preuve en est que lorsque Moshé descendit de la montagne, l’Écriture mentionna aussitôt « et Yehoshoua entendit », c’est ce qui est écrit (Exode 32,17) « et Yehoshoua entendit la voix du peuple dans son tumulte » ; et ce verset indique que Yehoshoua n’était pas avec Israël dans le camp mais se tenait au pied de la montagne et attendait Moshé jusqu’à sa descente.
וישכון כבוד ה' על הר סיני. הוא מה שהזכיר למעלה (שמות כ׳:א׳) וידבר אלהים את כל הדברים האלה, ושם כתבתי והרחבתי באור. ומה שאמר ויכסהו הענן ששת ימים זהו מראש חדש סיון עד ששי בו ואז נתנה התורה.
« Et la gloire de l’Éternel demeura sur le mont Sinaï » (Exode 24,16). C’est ce qui a été mentionné plus haut (Exode 20,1) « et Dieu dit toutes ces paroles », et là j’ai écrit et développé l’explication. Et ce qu’il dit « et la nuée le couvrit six jours » : c’est du début du mois de Sivan jusqu’au sixième de celui-ci, et c’est alors que la Torah fut donnée.
ויקרא אל משה ביום השביעי. זה למחרתו אחר מתן תורה ונתעכב שם מ' יום ומ' לילה, הוא שנאמר ויהי משה בהר ארבעים יום וארבעים לילה, וששת ימים שהיה מכוסה בענן היו בכלל מ'. ואם תשאל כיון שמשה נתעכב שם ולא ירד עד י"ז בתמוז שהוא תשלום מ' למה הוצרכה קריאה זו, אבל מצינו בזה לרז"ל דעות, הוא שאמרו בפ"ק דיומא ויקרא אל משה ביום השביעי לא בא הכתוב אלא לחלוק כבוד למשה דברי רבי עקיבא, רבי נתן אומר לא בא הכתוב אלא למרק אכילה ושתיה שבמעיו כדי לשוותו למלאכי השרת, רבי מתיא בן חרש אומר לא בא הכתוב אלא לאיים עליו כדי שתהא תורה נתנה באימה וביראה ברתת ובזיע שנאמר (תהילים ב׳:י״א) עבדו את ה' ביראה וגילו ברעדה.
« Et Il appela Moshé le septième jour » (Exode 24,16). C’est le lendemain du don de la Torah, et il y resta quarante jours et quarante nuits, c’est ce qui est dit « et Moshé fut sur la montagne quarante jours et quarante nuits », et les six jours où il fut couvert par la nuée étaient compris dans les quarante. Et si tu demandes : puisque Moshé y resta et ne descendit que le dix-sept Tammouz, qui est l’achèvement des quarante, pourquoi cet appel était-il nécessaire ? Nous trouvons à ce sujet des avis de nos Sages, de mémoire bénie : ils dirent dans le premier chapitre de Yoma : « et Il appela Moshé le septième jour » : l’Écriture ne vient que pour donner honneur à Moshé, paroles de Rabbi Akiva ; Rabbi Natan dit : l’Écriture ne vient que pour éliminer les restes de nourriture et de boisson de ses entrailles afin de le rendre semblable aux anges de service ; Rabbi Matia ben Harash dit : l’Écriture ne vient que pour l’effrayer, afin que la Torah soit donnée dans la crainte et la révérence, dans le tremblement et le frémissement, comme il est dit (Psaumes 2,11) « servez l’Éternel avec crainte et réjouissez-vous avec tremblement ».
ובמדרש בוא וראה שכל מעשה בראשית נברא בששה ימים והתורה נתנה לסוף מ' יום אשרי מי שנותן מעשה ששה ונוטל מעשה מ'. ויראה לי במספר הזה כי מן הידוע כי השיג משה בחכמת התורה תכלית ההשגה אשר המין האנושי יכול להשיג אבל אי אפשר לו אל המין האנושי לבא אל תכלית אותה ההשגה בפחות מן הזמן הזה ועל כן הוצרך להתעכב שם ללמוד התורה מ' יום ומ' לילה, ומזה הורגלו רז"ל לומר תנא מניה ארבעין זמנין ודמיא ליה כמאן דמנחא בכיסתיה.
Et dans le Midrash : viens et vois : toute l’œuvre de la Création fut créée en six jours, et la Torah fut donnée au bout de quarante jours : heureux celui qui donne l’œuvre de six et reçoit l’œuvre de quarante. Et il me semble, à propos de ce nombre, qu’il est connu que Moshé atteignit dans la sagesse de la Torah la plus haute perception que l’espèce humaine puisse atteindre, mais il est impossible à l’espèce humaine de parvenir au terme de cette perception en moins de ce temps ; c’est pourquoi il lui fallut y demeurer pour étudier la Torah quarante jours et quarante nuits ; et de là nos Sages, de mémoire bénie, prirent l’habitude de dire : il la répéta quarante fois, et elle lui fut aussi familière que si elle était déposée dans sa poche (tena minei arbe‘in zimnin ve-dami lei ke-man de-manha be-khissei).
גם יראה לי שבזכות ארבעים יום הללו זכה לקרון עור פנים מ' שנה שחיה אחרי כן כי כל שנותיו היו מאה ועשרים שנה, וההוד הגדול ההוא לא נפרד ממנו עד יום מותו שהעיד עליו הכתוב (דברים ל״ד:ז׳) לא כהתה עינו ולא נס לחה, והימים שעמד בהר שלשה פעמים מ' יום היו מאה ועשרים יום כמנין שנתנו ארבעים יום ראשונים בלוחות ראשונות ללמוד פירוש התורה, ארבעים יום שניים להתפלל על מעשה העגל, מ' יום שלישים לקבל לוחות שניות.
Il me semble aussi que c’est par le mérite de ces quarante jours qu’il mérita que la peau de son visage rayonne pendant les quarante ans qu’il vécut ensuite, car toutes ses années furent cent vingt ans ; et cette grande splendeur ne se sépara pas de lui jusqu’au jour de sa mort, dont l’Écriture atteste (Deutéronome 34,7) « son œil ne s’était pas terni et sa vigueur ne s’était pas enfuie ». Et les jours où il se tint sur la montagne, trois fois quarante jours, firent cent vingt jours, comme le nombre de ses années : les quarante premiers jours pour les premières tables, pour apprendre l’explication de la Torah ; la deuxième période de quarante jours pour prier à propos de l’affaire du veau ; la troisième période de quarante jours pour recevoir les secondes tables.
מתוך הענן. מפני שהיה משה מכוסה בענן כל ו' ימים אבל לא בא בתוכו לכך יאמר הכתוב כי עתה ביום השביעי קרא למשה מתוך הענן והביאו לתוכו כענין שאמר ויבא משה בתוך הענן, וכבר דרשו רבותינו ז"ל פרק קמא דיומא שעשה שביל בתוכו נאמר כאן בתוך הענן ונאמר בים (שמות י״ד:ט״ז) ויבאו בני ישראל בתוך הים, מה להלן שביל שנאמר (שם) והמים להם חומה וגו' אף כאן שביל.
« Du milieu de la nuée » (Exode 24,16). Parce que Moshé était couvert par la nuée pendant les six jours mais n’y était pas entré, l’Écriture dit que maintenant, le septième jour, Il appela Moshé du milieu de la nuée et le fit entrer à l’intérieur, comme il est dit « et Moshé entra au milieu de la nuée » ; et déjà nos Maîtres, de mémoire bénie, interprétèrent dans le premier chapitre de Yoma qu’Il fit un sentier à l’intérieur : il est dit ici « au milieu de la nuée » et il est dit de la mer (Exode 14,16) « et les fils d’Israël entreront au milieu de la mer » ; de même que là-bas c’est un sentier, comme il est dit (Exode 14,22) « et les eaux étaient pour eux une muraille, etc. », ici aussi c’est un sentier.
ומראה כבוד ה'. בלשון התורה נקרא כבוד ה', ובלשון חכמים שכינה, וזהו וישכן כבוד ה' על הר סיני וכתיב (תהלים פה) לשכון כבוד בארצנו והיא מדת הדין הנקרא יד שבה נברא העולם כלו שנאמר (ישעיהו ס״ו:ב׳) ואת כל אלה ידי עשתה, הזכיר כל הנמצאים כלן בשם אלה שכלן נתהוו מכח מדה"ד הוא שאמר הכתוב ויהיו כל אלה. וכן במעשה בראשית (בראשית ב׳:ד׳) אלה תולדות השמים והארץ כלל כל הנמצאים כולן העליונים והשפלים במלת אלה וזה בכלל הנמצאים.
« Et l’aspect de la gloire de l’Éternel » (Exode 24,17). Dans la langue de la Torah on l’appelle « gloire de l’Éternel », et dans la langue des Sages « Shekhina » ; et c’est « et la gloire de l’Éternel demeura (va-yishkon) sur le mont Sinaï », et il est écrit (Psaumes 85,10) « pour que la gloire demeure dans notre pays » ; et c’est l’attribut de rigueur (middat ha-din), appelé « main » (yad), par lequel le monde entier fut créé, comme il est dit (Isaïe 66,2) « et toutes ces choses (eleh), Ma main les a faites » ; il mentionna tous les existants sous le nom « eleh » (ceux-ci), car tous vinrent à l’existence par la force de l’attribut de rigueur ; c’est ce que dit l’Écriture « et toutes ces choses furent (va-yihyou kol eleh) ». Et de même, dans l’œuvre de la Création (Genèse 2,4) « ceux-ci (eleh) sont les générations des cieux et de la terre » : il inclut tous les existants, les supérieurs et les inférieurs, dans le mot « eleh », et cela dans l’ensemble des existants.
גם בפרטי הנמצאים בדברים שהם קיום העולם מצינו שהזכיר בהן הכתוב לשון אלה, ואלו הם, האור והחשך, והתורה, והמשפט, וקבוץ גליות וישראל, והתבואה, והמטר. האור והחשך הוא שכתוב (ישעיהו מ״ה:ז׳) יוצר אור ובורא חשך עושה שלום ובורא רע אני ה' עושה כל אלה. התורה שנאמר (שמות כ׳:א׳) וידבר אלהים את כל הדברים האלה. המשפט שנאמר (שמות כ״א:א׳) ואלה המשפטים אשר תשים לפניהם. ישראל הוא שנאמר בשבטי ישראל (בראשית מ״ט:כ״ח) כל אלה שבטי ישראל שנים עשר.
Et dans les détails des existants, dans les choses qui sont la subsistance du monde, nous trouvons aussi que l’Écriture y a mentionné l’expression « eleh », et ce sont : la lumière et les ténèbres, la Torah, le jugement, le rassemblement des exilés et Israël, la récolte, la pluie. La lumière et les ténèbres : c’est ce qui est écrit (Isaïe 45,7) « Celui qui forme la lumière et crée les ténèbres, qui fait la paix et crée le mal, Moi, l’Éternel, Je fais toutes ces choses (eleh) ». La Torah, comme il est dit (Exode 20,1) « et Dieu dit toutes ces paroles (ha-devarim ha-eleh) ». Le jugement, comme il est dit (Exode 21,1) « et voici (ve-eleh) les jugements que tu placeras devant eux ». Israël, comme il est dit à propos des tribus d’Israël (Genèse 49,28) « toutes celles-ci (eleh) sont les tribus d’Israël, douze ».
ובקבוץ גליות נאמר (ישעיהו מ״ט:י״ב) הנה אלה מרחוק יבאו והנה אלה מצפון ומים ואלה מארץ סינים, וכתיב (שם) ואמרת בלבבך מי ילד לי את אלה ואני שכולה וגלמודה גולה וסורה ואלה מי גדל הן אני נשארתי לבדי אלה איפה הם. התבואה הוא שכתוב (זכריה ח׳:י״ב) כי זרע השלום הגפן תתן פריה והארץ תתן את יבולה והשמים יתנו טלם והנחלתי את שארית העם הזה את כל אלה, המטר הוא שאמר הנביא (ירמיהו י״ד:כ״ב) היש בהבלי הגוים מגשימים ואם השמים יתנו רביבים הלא אתה הוא ה' אלהינו ונקוה לך כי אתה עשית את כל אלה.
Et à propos du rassemblement des exilés il est dit (Isaïe 49,12) « voici, ceux-ci (eleh) viendront de loin, et voici, ceux-ci du nord et de la mer, et ceux-ci du pays de Sinim », et il est écrit (Isaïe 49,21) « et tu diras en ton cœur : qui m’a enfanté ceux-ci (eleh), alors que j’étais privée d’enfants et stérile, exilée et écartée, et ceux-ci, qui les a élevés ? Voici, j’étais restée seule : ceux-ci, où étaient-ils ? ». La récolte, c’est ce qui est écrit (Zacharie 8,12) « car la semence de paix : la vigne donnera son fruit, la terre donnera son produit, les cieux donneront leur rosée, et Je ferai hériter le reste de ce peuple de toutes ces choses (eleh) ». La pluie, c’est ce que dit le prophète (Jérémie 14,22) « y a-t-il parmi les vanités des nations de quoi faire pleuvoir ? Ou les cieux donnent-ils les averses ? N’est-ce pas Toi, l’Éternel notre Dieu ? Nous espérons en Toi, car Toi Tu as fait toutes ces choses (eleh) ».