Dévarim 21:10 · commentaire 1
תנה בני לבך לי ועיניך דרכי תצורנה (משלי כג, כו)
« Donne, mon fils, ton cœur à moi, et que tes yeux gardent mes voies » (Proverbes 23,26)
Dévarim · RABBÉNOU BÉ’HAYÉ
Dévarim 21:10–25:19 · 128 entrées de commentaire
Les difficultés connues restent signalées dans les notes. Les introductions se trouvent au début de leur paracha et font partie de la première montée.
תנה בני לבך לי ועיניך דרכי תצורנה (משלי כג, כו)
« Donne, mon fils, ton cœur à moi, et que tes yeux gardent mes voies » (Proverbes 23,26)
שלמה המלך ע"ה יזהיר בכתוב הזה (משלי כג) שימסור לבו לעבודת השם יתעלה ושיתרחק מתאוות העולם אשר הלב והעינים נמשכים אחריהם, ואמר תנה בני לבך לי, כלומר לחלקי לא לחלק התאוות, אבל יצטרך שיביא תאוותיו כלן בשעבוד עבודת הש"י יתעלה ותחת רצון יראתו ואהבתו, ושלא ישתמש בכלן ולא במקצתן כי אם במוכרח בענין שיהיו אליו הכנות להבין במושכלות, ועל זה אמר דוד ע"ה (תהילים ל״ח:י׳) ה' נגדך כל תאותי, שבח את עצמו שכל מה שהשיג מתאות העוה"ז לא כוון בהם אלא לנגדו כדי שיפיק בהן רצונו.
Salomon le roi, que la paix soit sur lui, avertit par ce verset (Proverbes 23) qu’on livre son cœur au service du Nom, élevé soit-Il, et qu’on s’éloigne des désirs du monde, vers lesquels le cœur et les yeux sont attirés ; et il dit « Donne, mon fils, ton cœur à moi », c’est-à-dire à ma part et non à la part des désirs, mais il faut qu’il amène tous ses désirs en assujettissement au service du Nom, béni soit-Il, élevé soit-Il, et sous la volonté de Sa crainte et de Son amour, et qu’il n’use d’eux ni de tous ni d’une partie, sinon du nécessaire, de manière qu’ils soient pour lui des préparations pour comprendre les intelligibles ; et sur cela David, que la paix soit sur lui, a dit (Psaumes 38,10) : « Éternel, devant Toi est tout mon désir » ; il s’est loué du fait que tout ce qu’il a atteint des désirs de ce monde, il ne l’a dirigé que vers Lui, afin d’y accomplir Sa volonté.
ודבר ידוע שכל האברים שבגוף הם נמשכים אחר הלב והעינים, והלב עיקר הכל, כי אם הלב שלם עם הש"י הכל שלום, ואם הלב חסר עמו הכל חסר, ודרשו רז"ל רחמנא לבא בעי. ואמרו במדרש תנה בני לבך לי, אי את יהיב לי לבך ועיניך ידע אנא דאת דילי, ואי לא לית את דילי.
Et c’est une chose connue que tous les membres du corps sont attirés après le cœur et les yeux, et le cœur est l’essentiel de tout, car si le cœur est entier avec le Nom, béni soit-Il, tout est paix, et si le cœur est défaillant envers Lui, tout est défaillant ; et nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné : « le Miséricordieux veut le cœur ». Et ils ont dit dans le Midrash : « Donne, mon fils, ton cœur à moi » : si tu me donnes ton cœur et tes yeux, je sais que tu es à moi, et sinon, tu n’es pas à moi.
באור זה כי הלב והעינים הם שרש גדול לקרבה אל אלהים או להתרחק ממנו, כי הן סרסורי העברות, וכן דרשו ליבא ועינא תרין סרסורי דחטאה נינהו, שנאמר (במדבר ט״ו:ל״ט) ולא תתורו אחרי לבבכם ואחרי עיניכם אשר אתם זונים אחריהם, למדך הכתוב הזה כי כל ההולך אחרי שרירות לבו ועיניו יקרא זונה, כי הוא חוטא ומתפתה ביצרו כבא אל אשה זונה, ועל כן הזכיר לשון זונים.
Explication : le cœur et les yeux sont une grande racine pour s’approcher de Dieu ou s’en éloigner, car ils sont les courtiers des transgressions, et ainsi ils ont enseigné : le cœur et l’œil sont les deux courtiers du péché, comme il est dit (Nombres 15,39) : « et vous n’irez pas après votre cœur et après vos yeux, après lesquels vous vous prostituez ». Ce verset t’enseigne que quiconque va après l’obstination de son cœur et de ses yeux est appelé prostitué, car il pèche et est séduit par son penchant comme celui qui va vers une femme prostituée ; et c’est pourquoi il a mentionné l’expression « zonim ».
וכן עשה שלמה ע"ה בכאן אחר שהזכיר תנה בני לבך לי ועיניך דרכי תצורנה, סמך לו מיד כי שוחה עמוקה זונה ובאר צרה נכריה, בא להורות כי המתקרב אל פתח ביתה לא ינקה מן המכשול כשם שלא ינקה הנופל בשוחה עמוקה מן המכשול והנזק, וכן יקרה לאשר יתור אחר לבו ועיניו שלא ינקה ממכשול עון, ובאר צרה נכריה, אם אינה מיוחדת לזנות אלא שהיא נכריה, ותמיד לבו עליה, הנה היא כמי הבאר שהם נובעים וכל עת שיוסיף לשאוב מהם עוד יוסיפו ויתחדשו אחרים תחתיהן, כן ענין האשה, מן השיחה יבא האדם אל ההסתכלות ומן ההסתכלות אל ההרהור ומן ההרהור אל המגע עד שיפול בשיחת העון.
Et ainsi a fait Salomon, que la paix soit sur lui, ici : après avoir mentionné « Donne, mon fils, ton cœur à moi, et que tes yeux gardent mes voies », il a juxtaposé aussitôt « car la prostituée est une fosse profonde et l’étrangère un puits étroit » ; il vient enseigner que celui qui s’approche de l’entrée de sa maison n’échappera pas à l’obstacle, de même que celui qui tombe dans une fosse profonde n’échappe pas à l’obstacle et au dommage ; et ainsi il arrivera à celui qui court après son cœur et ses yeux qu’il n’échappera pas à l’obstacle du péché. « Et un puits étroit, l’étrangère » : si elle n’est pas vouée à la prostitution mais est étrangère, et que son cœur est toujours sur elle, voici qu’elle est comme l’eau d’un puits qui jaillit : chaque fois qu’il continue d’y puiser, d’autres encore y reviendront et se renouvelleront à leur place ; ainsi en est-il de la chose de la femme : de la conversation l’homme vient au regard, du regard à la pensée, de la pensée au contact, jusqu’à ce qu’il tombe dans la fosse du péché.
והסמיך שלמה שני פסוקים אלו כאחד להזהיר את העם שימסרו לבם ועיניהם לחלק הש"י לא לחלק התאוות, לפי שהתאוות יטרידו האדם מן העולם הזה ומן העוה"ב, ואין ראוי לימשך אחריהם זולתי במותרות ובמוכרחות. וכן מצינו שהרחיקה התורה מאד מדת הזנות, כי הוא היה עון הכנענים יושבי הארץ אשר בסבתו הורישם הש"י משם. ואפילו באנשי המלחמה היוצאים לצבא אסרתו תורה כדי שיהיה המחנה קדוש ולא יהיו ישראל משולחים בזנות וביתר התועבות כשאר מחנות הכנענים, וע"כ לא התירה תורה אשת יפת תואר עד שיעשה לה כל משפטיה האמור בפרשה. וזהו שכתוב.
Et Salomon a juxtaposé ces deux versets comme un seul pour avertir le peuple de livrer son cœur et ses yeux à la part du Nom, béni soit-Il, et non à la part des désirs, parce que les désirs distraient l’homme de ce monde et du monde à venir, et il n’est pas convenable de se laisser entraîner après eux, sauf dans les choses permises et nécessaires. Et ainsi nous trouvons que la Torah a éloigné grandement l’attribut de la débauche, car c’était la faute des Cananéens habitants du pays, à cause de laquelle le Nom, béni soit-Il, les a dépossédés de là. Et même pour les hommes de guerre sortant à l’armée elle l’a interdit, afin que le camp soit saint et qu’Israël ne soit pas livré sans frein à la débauche et aux autres abominations comme les autres camps des Cananéens ; et c’est pourquoi la Torah n’a permis la belle captive qu’après qu’il ait accompli à son égard toutes les prescriptions mentionnées dans la section. Et c’est ce qui est écrit.
כי תצא למלחמה על אויבך ונתנו ה' אלהיך בידך ושבית שביו. היה לו לומר ונתנם, אבל הכונה כאיש אחד. או ירמוז ונתנו על הכח שלהם למעלה, ושבית שביו למטה.
« Quand tu sortiras en guerre contre ton ennemi, et que l’Éternel ton Dieu le livrera entre tes mains et que tu feras captifs ses captifs. » Il aurait dû dire « et les livrera », mais l’intention est comme un seul homme. Ou bien il fait allusion par « et le livrera » à leur force en haut, et par « tu feras captifs ses captifs » en bas.
אשת יפת תאר. הזכיר אשת בסמיכות, ודרשו רז"ל אפילו אשת איש. והגיד לך הכתוב שמותר ללקחה ע"י גירות וקדושין, שאין איסור אישות לכנעני, ואע"פ שאינה מתגיירת אלא מחמת היראה.
« Une femme belle de figure. » Il a mentionné « femme » à l’état construit, et nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué : même une femme mariée. Et l’Écriture t’annonce qu’il est permis de la prendre par conversion et mariage, car il n’y a pas d’interdit d’union conjugale pour le Cananéen, même si elle ne se convertit que par crainte.
והבאתה אל תוך ביתך. ודרשו רז"ל מלמד שלא ילחצנה במלחמה. והכוונה שיכניסנה למקום פנוי ויבא עליה ביאה ראשונה, ולא ילחצנה לבא עליה במלחמה בכל זמן, כענין שכתוב (דברים כ״ג:ט״ו) ולא יראה בך ערות דבר. ומה שהותרה לו ביאה ראשונה, כדי לפייס את יצרו, ולא דברה תורה אלא כנגד יצה"ר, וכיון שחשק בה אם אי אפשר לו בהיתר יעשה זה באיסור, ומזה אמר והבאתה אל תוך ביתך, זו ביאה ראשונה, ואם ירצה לבא עליה ביאה שניה, וגלחה את ראשה ועשתה והסירה ובכתה, ואחר כך תבא אליה ובעלתה ביאה שניה.
« Et tu l’amèneras à l’intérieur de ta maison. » Et nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué : cela enseigne qu’il ne la contraindra pas pendant la guerre. Et l’intention est qu’il la fasse entrer dans un lieu isolé et ait avec elle la première relation, et qu’il ne la presse pas pour avoir des relations avec elle à tout moment pendant la guerre, comme il est écrit (Deutéronome 23,15) : « et qu’il ne voie en toi rien d’indécent ». Et ce qui lui a été permis, la première relation, c’est pour apaiser son penchant, et la Torah n’a parlé que contre le mauvais penchant, et puisqu’il la désire, s’il ne lui est pas possible de le faire dans le permis, il le fera dans l’interdit ; et de là qu’il a dit « et tu l’amèneras à l’intérieur de ta maison », c’est la première relation, et s’il veut avoir avec elle une deuxième relation, « elle rasera sa tête, et elle fera, et elle ôtera, et elle pleurera », et ensuite il viendra à elle et la prendra, deuxième relation.
ומזה היתה תמר מותרת לאמנון, לפי שמעכה אמה נתעברה בה מביאה ראשונה והיתה בת כותית, וזהו שאמרו רז"ל תמר בת יפת תאר היתה, דקא אמרה ליה לאמנון (שמואל ב י״ג:י״ג-י״ד) דבר נא אל המלך כי לא ימנעני ממך, שאלו לא בא דוד על מעכה אלא לאחר גירות הרי שהיתה בודאי אחותו גמורה של אמנון והאיך היתה אומרת כי לא ימנעני ממך, אלא בודאי מביאה ראשונה נתעברה, כלומר קודם גירות, והנה היא בת כותית שכך אמרו רז"ל בן בנך הבא מן הכותית אינו קרוי בנך אלא בנה.
Et de là Tamar était permise à Amnon, car Maakha sa mère était enceinte d’elle de la première relation, et elle était fille d’une non-Juive (koutit) ; et c’est ce que nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : Tamar était fille d’une belle captive, car elle lui dit, à Amnon (2 Samuel 13,13-14) : « parle donc au roi, car il ne refusera pas de me donner à toi » ; car si David n’était venu vers Maakha qu’après la conversion, elle aurait été sans aucun doute la sœur à part entière d’Amnon, et comment aurait-elle dit « car il ne refusera pas de me donner à toi » ? Mais certainement elle fut conçue de la première relation, c’est-à-dire avant la conversion, et voici qu’elle est fille d’une non-Juive (koutit), car ainsi ont dit nos Sages, de mémoire bénie : le fils de ton fils né d’une non-Juive (koutit) n’est pas appelé ton fils, mais son fils.
ובכתה את אביה ואת אמה ירח ימים. על דרך הפשט הזמן הזה שנתן לה הכתוב יש בו כמה תועלות, האחד שהטילה עליה תורה משפט אבלות שהיא שלשים יום כדי שתעשה חיובה באביה ואמה אם שמעה בהם שנהרגו בעודנה שבויה, כי האדם יתחייב לכבד אביו ואמו בחיים גם לאחר מיתה, והשני כי אולי תוך הזמן הזה יתנחם החושק ויעבור חשקו מעליה בראותו אותה מתנוולת בגלוח הראש ובגדול צפרניה ובלבישת בגדים של שבויה, כי כבר הסירה הבגדים הנאים שעליה אשר באה עמהם, ובראותו אותה בוכה ומצטערת ישלחנה לנפשה, והשלישי שיעקר זכרון עבודה זרה מפיה שהיתה מזכרת אותו תמיד וישתכח מלבה בתוך הזמן, וכן תתיאש ממשפחתה ומבית אביה ותדבק עם האיש הזה שהיא עתידה להיות לו לעולם ואז תתגייר ותטבול ותהיה לו לאשה. ומה שלא הזכיר הכתוב ענין טבילתה, סמך על מה שכתוב במקום אחר (במדבר ל״א:י״ט) אתם ושביכם, כי ידוע הוא כי צריכה למי נדה.
« Et elle pleurera son père et sa mère un mois entier. » Selon le sens simple, ce délai que l’Écriture lui a donné comporte plusieurs utilités : la première, que la Torah lui a imposé le jugement du deuil, qui est de trente jours, afin qu’elle accomplisse son devoir envers son père et sa mère si elle a appris qu’ils ont été tués alors qu’elle était encore captive, car l’homme est tenu d’honorer son père et sa mère pendant la vie et aussi après la mort ; la deuxième, que peut-être durant ce délai celui qui la désire changera d’avis et que son désir passera loin d’elle en la voyant enlaidie par le rasage de la tête, la croissance des ongles et le port des vêtements de captive, car elle a déjà ôté les beaux vêtements qui étaient sur elle et avec lesquels elle est venue, et en la voyant pleurer et s’affliger, il la laissera partir librement ; et la troisième, que sera extirpé de sa bouche le souvenir de l’idolâtrie qu’elle mentionnait toujours, et qu’il s’efface de son cœur durant ce délai, et ainsi elle désespérera de sa famille et de la maison de son père et s’attachera à cet homme à qui elle est destinée à appartenir pour toujours, et alors elle se convertira, s’immergera et sera pour lui épouse. Et ce que l’Écriture n’a pas mentionné la question de son immersion, elle s’est appuyée sur ce qui est écrit ailleurs (Nombres 31,19) : « vous et vos captifs », car il est connu qu’elle a besoin des eaux de purification (mei niddah).
ועל דרך המדרש ובכתה את אביה ואת אמה ירח ימים, זו עבודה זרה שנאמר (ירמיהו ב׳:כ״ז) אומרים לעץ אבי אתה ולאבן את ילדתנו. וביבמות פרק החולץ, אביה ואמה ר' עקיבא אומר זו עבודה זרה וכן הוא אומר אומרים לעץ אבי אתה ולאבן וגו', עד כאן. ונראה לי לפי המדרש הזה כי היה הזמן ירח ימים מפני שהוא כלל כל ההקפים, הקף יום השמשי, והקף שבעה כוכבי לכת לשבעה ימי השבוע, והקף החדש הירחי.
Et selon la voie du Midrash, « et elle pleurera son père et sa mère un mois entier » : c’est l’idolâtrie, comme il est dit (Jérémie 2,27) : « ils disent au bois : tu es mon père, et à la pierre : tu nous as enfantés ». Et dans (le traité) Yevamot, chapitre « Ha-Holets » : « son père et sa mère » : Rabbi Akiba dit : c’est l’idolâtrie, et ainsi dit-il : « ils disent au bois : tu es mon père, et à la pierre, etc. », jusqu’ici. Et il me semble, d’après ce Midrash, que le délai était d’un mois entier parce qu’il comprend tous les cycles : le cycle du jour solaire, le cycle des sept planètes pour les sept jours de la semaine, et le cycle du mois lunaire.
והנה כל זה כלל עבודה זרה שישראל מוזהרין בה מן הכתוב (דברים ד׳:י״ט) ופן תשא עיניך השמימה וראית את השמש ואת הירח ואת הכוכבים, ויהיה אביה רמז אל השמש ואמה אל הירח, ואתין לרבות הכוכבים, ואף אם היו לה אב ואם תצוהו התורה לבכות ולהשלים חקה עם עבודה זרה שלה כשתפרד מהם מעבודתם, כי לא הזהירה תורה על עבודה זרה כי אם לישראל ולא לכנענים.
Et voici que tout cela comprend l’idolâtrie dont Israël est averti par le verset (Deutéronome 4,19) : « de peur que tu ne lèves tes yeux vers le ciel et ne voies le soleil, la lune et les étoiles » ; et son père fait allusion au soleil et sa mère à la lune, et les particules « et » (את) viennent inclure les étoiles ; et même si elle avait père et mère, la Torah lui ordonne de pleurer et d’achever ses obligations envers son culte idolâtre lorsqu’elle se séparera d’eux et de leur service, car la Torah n’a averti sur l’idolâtrie que pour Israël et non pour les Cananéens.
וע"ד השכל יש בפרשה זו התעוררות ורמז על יצר הרע, כי היצר הרע משטין האדם ומחטיאו תמיד ובא אליו בדמיון אשת יפת תאר להטעותו ולהכשילו בכל תאוות העולם, וזהו לשון רז"ל שאמרו לא דברה תורה אלא כנגד יצר הרע, ביארו לנו כי ענין פרשה זו של יפת תואר רמז הוא אל יצר הרע, ומה תקנתו של אדם שינצל מנזקו, שיסיר כחו הקשה מעליו הסרה גמורה, זהו וגלחה את ראשה, ששערותיו של אדם הם כחו, וכענין שכתוב (שופטים ט״ז:י״ז) אם גלחתי וסר ממני כחי, ולכך הזכיר לשון גלוח, כלומר שלא ימשך אחריו כלל אלא שיסירנו לגמרי מעליו.
Et selon la voie de l’intellect, il y a dans cette section un éveil et une allusion au mauvais penchant, car le mauvais penchant accuse toujours l’homme et le fait pécher, et vient à lui sous la ressemblance d’une femme belle de figure pour l’égarer et le faire trébucher dans tous les désirs du monde ; et c’est la formule de nos Sages, de mémoire bénie, qui ont dit : « la Torah n’a parlé que contre le mauvais penchant » ; ils nous ont expliqué que le sujet de cette section de la belle captive est une allusion au mauvais penchant, et quel est le remède de l’homme pour être sauvé de son dommage ? Qu’il écarte de lui sa force dure d’une façon complète, c’est « et elle rasera sa tête », car les cheveux de l’homme sont sa force, et comme il est écrit (Juges 16,17) : « si je suis rasé, ma force se retirera de moi » ; et c’est pourquoi il a mentionné l’expression de rasage, c’est-à-dire qu’il ne soit pas entraîné après lui du tout mais qu’il l’écarte complètement de lui.
ומה יעשה עוד שיחשב במעלתו של אדם הראשון קודם שחטא שהיה מלבושו צפורן, זהו ועשתה את צפרניה, כלומר שתהיה אותה מעלה גדולה בעיניו, ובזה יסיר שמלת שביה שהם בגדים נאים, כלומר יסיר התאוות הגשמיות וימאס בהן ולא יקח מהן אלא מה שהוא מותר, זהו וישבה בביתך, כלומר תעכבם אצלך להשתמש בהם, וכיצד, שתחליש כחותיו תחלה, זהו ובכתה את אביה ואת אמה ירח ימים כל הזמן הזה שהוא כולל כל ההקפים וכל כחות עבודה זרה ויצר הרע, ואחר כן תבא אליה, ואחרי כן תוכל להשתמש בה בכל מה שתצטרך בדרכי התורה.
Et que fera-t-il encore ? Qu’il considère la dignité de l’homme premier avant qu’il n’ait péché, dont le vêtement était l’ongle, c’est « et elle fera ses ongles », c’est-à-dire que cette grande dignité soit grande à ses yeux, et par là il écartera le vêtement de sa captivité, qui sont de beaux habits, c’est-à-dire qu’il écartera les désirs corporels et les prendra en dégoût et n’en prendra que ce qui est permis, c’est « et elle demeurera dans ta maison », c’est-à-dire tu les retiendras auprès de toi pour t’en servir ; et comment ? En affaiblissant d’abord ses forces, c’est « et elle pleurera son père et sa mère un mois entier », tout ce délai qui comprend tous les cycles et toutes les forces de l’idolâtrie et du mauvais penchant ; et ensuite « tu viendras à elle », et ensuite tu pourras t’en servir pour tout ce dont tu auras besoin dans les voies de la Torah.
לא תתעמר בה. פירוש כמו לא תתאמר בה, מלשון אדנות, כענין (דברים כו) את ה' האמרת היום, שהרי אלפי"ן ועייני"ן מתחלפין, וכן בלשון רז"ל עריס כמו אריס. וטעם הכתוב שלא ישתמש בה כשפחה, והנה זה מוסר ודרך ארץ מן התורה.
« Lo tit‘amer bah. » Explication : comme « lo titamer bah », de l’expression de seigneurie, comme (Deutéronome 26) « tu as reconnu aujourd’hui l’Éternel comme ton Maître », car les alef et les ‘ayin s’échangent, et ainsi dans la langue de nos Sages, ‘aris comme aris. Et le sens du verset est qu’il ne s’en serve pas comme d’une servante, et voici que c’est de la morale et de la bienséance (derekh erets) de la Torah.
ונסמכה לפרשה זו של יפת תואר פרשת כי תהיין לאיש שתי נשים האחת אהובה והאחת שנואה, ללמדך שאשת יפת תואר זו לא התירה התורה אלא בקושי גדול, ולא דברה תורה אלא כנגד יצר הרע, שהרי לסוף הוא שונא אותה, ואם יש לו בן ממנה יהיה בן סורר ומורה, לכך סמך לה כי יהיה לאיש בן סורר ומורה, וכן מצינו בדוד שלקח את מעכה בתו של תלמי מלך גשור בצאתו למלחמה יצא ממנו אבשלום שבקש להרגו, ושכב עם נשיו לעיני כל ישראל, ועשה כמה מחלוקת בישראל ונהרגו על ידו אלפים ורבבות מישראל.
Et a été juxtaposée à cette section de la belle captive la section « Si un homme a deux femmes, l’une aimée et l’autre haïe », pour t’enseigner que cette belle captive, la Torah ne l’a permise qu’avec grande difficulté, et la Torah n’a parlé que contre le mauvais penchant, car à la fin il la hait, et s’il a d’elle un fils, ce sera un fils rebelle et révolté ; c’est pourquoi elle a juxtaposé à elle « Si un homme a un fils rebelle et révolté » ; et ainsi nous trouvons chez David, qui prit Maakha, fille de Talmaï roi de Gueshour, à sa sortie en guerre : d’elle sortit Absalom, qui chercha à le tuer, et coucha avec ses femmes aux yeux de tout Israël, et fit beaucoup de division en Israël, et périrent par sa main des milliers et des myriades d’Israël.
ועוד היה בזה מדה כנגד מדה, הוא חטא בבת שבע ונענש באבשלום בנו שהוא בנו של בת אל נכר, הוא שכתוב (שמואל ב יב) הנני מקים עליך רעה מביתך. וסמיך ליה עוד פרשת וכי יהיה באיש חטא משפט מות והומת, ללמדך שאם ינצל מן הפחד ילכד בפח.
Et il y avait encore en cela mesure pour mesure : lui a péché avec Bat-Chéva et a été puni par Absalom son fils, qui était le fils de la fille d’un dieu étranger, c’est ce qui est écrit (2 Samuel 12) : « voici que Je susciterai contre toi le mal de ta maison ». Et a été juxtaposée à elle encore la section « Et si un homme a commis un péché passible de mort, il sera mis à mort », pour t’enseigner que s’il est sauvé de la frayeur, il sera pris au piège.
ולמדנו מתוך סמיכות פרשיות אלו שעברה גוררת עברה, שהרי נשואין הללו אינן ראוין, ואע"פ שנתגיירה אין זה גירות שלמה שלא עשתה כן אלא מיראה ומפחד החרב, שאפילו מי שבא להתגייר מעצמו אמרו רז"ל שבודקין אחריו שמא בשביל ממון הוא מתגייר או בשביל שררה שיזכה בו או בשביל הפחד או בשביל חשק, ואם הוא איש שמא נתן עיניו באשה יהודית ואם היא אשה שמא עיניה נתנה בבחור מבחורי ישראל, זה דרך תורתנו, לא כשאר התורות שמחזרין אחר האומות ורוצים להרחיב אמונתם בהם, זו באה לנצח ולהתגבר בכח החרב לכל מי שימאן להאמין, וזו באה לנצח בכח הדברים ודברי חלקות ופתויין ויחפאו על ה' דברים אשר לא כן, והוא שהתנבא עליהם דניאל (דניאל ז) ופום ממלל רברבן, וכתיב (שם) ומלין לצד עלאה ימלל וגו', (שם) ויסבר להשניה זמנין ודת, כלומר שיחשוב לשנות המועדים והתורה שלנו ולא יעלה בידו, זהו לשון ויסבר, וכתיב עוד (שם יא) ועל אל אלים ידבר נפלאות.
Et nous apprenons de la juxtaposition de ces sections que la transgression entraîne la transgression, car ces mariages ne sont pas convenables, et même si elle s’est convertie, ce n’est pas une conversion complète, car elle n’a fait ainsi que par crainte et frayeur de l’épée ; car même celui qui vient se convertir de lui-même, nos Sages, de mémoire bénie, ont dit qu’on enquête sur lui : peut-être se convertit-il pour de l’argent, ou pour le pouvoir qu’il y obtiendra, ou par crainte, ou par désir ; et si c’est un homme, peut-être a-t-il posé les yeux sur une femme juive, et si c’est une femme, peut-être a-t-elle posé les yeux sur un jeune homme d’Israël ; telle est la voie de notre Torah, non comme les autres lois qui courent après les nations et veulent y élargir leur foi : l’une vient vaincre et dominer par la force de l’épée quiconque refusera de croire, et l’autre vient vaincre par la force des paroles, des paroles flatteuses et de la séduction, « et ils recouvrent l’Éternel de choses qui ne sont pas ainsi » ; et c’est ce que Daniel a prophétisé à leur sujet (Daniel 7) : « et une bouche qui dit de grandes choses » ; et il est écrit (ibid.) : « et des paroles contre le Très-Haut il dira, etc. » ; (ibid.) : « et il pensera changer les temps et la loi », c’est-à-dire qu’il pensera changer les fêtes et notre Torah, et n’y réussira pas, c’est l’expression « vayesaber » ; et il est écrit encore (Daniel 11) : « et contre le Dieu des dieux il dira des choses étonnantes ».
ואחר שבודקין אחריו ואין מוציאין לו עילה, מודיעין אותו עול המצות והטורח שיש בעשייתן כדי שיפרוש. ולפיכך לא קבלו גרים בימי דוד ושלמה, בימי דוד שמא מן הפחד חזרו, בימי שלמה שמא מחמת המלכות והטובה שהיו בה ישראל חזרו, שכל החוזר מן האומות בשביל דבר מהבלי העולם אינו מגרי הצדק, ואעפ"כ היו הגרים בימי דוד ושלמה הרבה, והיו ב"ד הגדול חוששים להם, לא דוחין אותן אחר שטבלו מ"מ, ולא מקבלין אותן עד שתראה אחריתן.
Et après qu’on enquête sur lui et qu’on ne trouve pas de motif intéressé à sa démarche, on lui fait connaître le joug des commandements et la peine qu’il y a à les accomplir, afin qu’il s’en retire. Et c’est pourquoi on n’a pas accepté de convertis aux jours de David et de Salomon : aux jours de David, peut-être sont-ils revenus par crainte ; aux jours de Salomon, peut-être sont-ils revenus à cause de la royauté et du bien que connaissait Israël, car quiconque revient des nations pour une chose des vanités du monde n’est pas du nombre des convertis de justice. Et malgré cela, les convertis étaient nombreux aux jours de David et de Salomon, et le Grand Tribunal avait des craintes à leur sujet : ils ne les repoussaient pas, après qu’ils s’étaient immergés, en tout cas, mais ne les acceptaient pas jusqu’à ce que leur conduite ultérieure soit connue.
ולפי שגייר שלמה נשים ונשאן, וכן שמשון גייר ונשא, והדבר ידוע שלא חזרו אלא בשביל תליית דבר ולא על פי ב"ד גיירום, חשבן הכתוב כאלו הן נכריות ובאיסורן עומדות, ועוד שהוכיח סופן על תחלתן שהן היו עובדות העבודה זרה שלהן ובנו להן במות והעלה (עליהן) [עליו] הכתוב כאלו הוא בנאן, שנאמר (מלכים א יא) אז יבנה שלמה במה.
Et parce que Salomon a converti des femmes et les a épousées, et de même Samson a converti et épousé, et la chose est connue qu’elles ne se sont converties que pour un motif intéressé et que ce n’est pas selon un tribunal qu’on les a converties, l’Écriture les a considérées comme si elles étaient étrangères et demeuraient dans leur interdit ; et de plus leur fin a prouvé leur début, car elles pratiquaient leur idolâtrie et se firent bâtir des hauts-lieux, et l’Écriture lui a compté comme s’il les avait bâtis, comme il est dit (1 Rois 11) : « alors Salomon bâtit un haut-lieu ».
ולכך דרשו רז"ל קשים גרים לישראל כנגע צרעת, שרובן חוזרין בשביל דבר ומטעין את ישראל, וקשה הדבר לפרוש מהן אחר שנתגיירו, ובכל מקום מצינו שהיו הגרים לשראל סבה למכשולות ונזקים, במדבר במעשה העגל ערב רב היו סבה, וכן בשאלת הבשר (במדבר יא) והאספסף אשר בקרבו ,אלו הגרים, הם היו תחלה לכל הרעות וראשית מדון.
Et c’est pourquoi nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné : « les convertis sont pénibles pour Israël comme la plaie de la lèpre », car la plupart reviennent pour une chose et égarent Israël, et il est difficile de se séparer d’eux après qu’ils se sont convertis ; et en tout lieu nous trouvons que les convertis ont été pour Israël cause d’obstacles et de dommages : dans le désert, dans l’affaire du veau, le ‘erev rav fut cause ; et de même dans la demande de viande (Nombres 11) : « et la populace qui était au milieu de lui », ce sont les convertis, ils furent le commencement de tous les maux et le début de la querelle.
וכשם שלמדנו מתוך סמיכות פרשיות אלו שעברה גוררת עברה, כן למדנו מן הפרשה שמצוה גוררת מצוה, שהרי כתוב למטה (דברים כב) כי יקרא קן צפור לפניך, מה כתיב אחריו כי תבנה בית חדש ועשית מעקה, אם קיימת מצות שלוח הקן תזכה לבנות בית חדש ולעשות מעקה, ותזכה עוד לבגדי צמר ופשתן, לכך סמך לו לא תלבש שעטנז, ותזכה למצות ציצית, לכך סמך לו גדילים תעשה לך, ותזכה לאשה, לכך סמך לו כי יקח איש אשה, והא למדת מתוך סמיכות הפרשיות גם כן שמצוה גוררת מצוה.
Et de même que nous avons appris de la juxtaposition de ces sections que la transgression entraîne la transgression, ainsi nous avons appris de la section que le commandement entraîne le commandement, car il est écrit plus bas (Deutéronome 22) : « si un nid d’oiseau se présente devant toi » ; qu’est-il écrit après lui ? « Si tu bâtis une maison neuve, tu feras un parapet » : si tu as accompli le commandement de renvoyer la mère, tu mériteras de bâtir une maison neuve et de faire un parapet, et tu mériteras encore des vêtements de laine et de lin, c’est pourquoi il a juxtaposé à lui « tu ne porteras pas de chaatnez », et tu mériteras le commandement des tsitsit, c’est pourquoi il a juxtaposé à lui « tu te feras des franges », et tu mériteras une épouse, c’est pourquoi il a juxtaposé à lui « si un homme prend une femme » ; et voici que tu as appris par la juxtaposition des sections aussi que le commandement entraîne le commandement.
כי יהיה לאיש בן סורר ומורה. סורר מלשון (הושע ד׳:ט״ז) כפרה סוררה, שאינו מקבל תוכחת, ומורה שהוא ממרה בדבריו ועושה הפך רצון אביו.
« Si un homme a un fils rebelle (sorèr) et révolté (morè). » « Sorèr » vient de l’expression (Osée 4,16) « comme une génisse rebelle », qui n’accepte pas la réprimande, et « morè » est celui qui est rebelle dans ses paroles et fait le contraire de la volonté de son père.
וכתב הרמב"ן ז"ל כי יש עליו שני עונשין האחד שהוא מקלה אביו ואמו והשני זולל וסובא, עבר על מצות כבד ועבר על מה שנצטוינו קדושים תהיו שנהיה פרושים מן התאוות, וכן נצטוינו לדעת הש"י בכל דרכיו, וזולל וסובא לא ידע דרך ה'. ועל הכלל אין בו עתה חטא מות כי לא הומת בגודל חטאו אלא ליסר בו את הרבים, וזה טעם וכל ישראל ישמעו וייראו, וכן תמצא בזקן ממרא, שהרי אין בהוראתו חטא שבו יהיה ראוי למות רק הוא להסיר המחלוקת מן התורה, וכן הזכיר בעדים זוממין שנהרגין ולא הרגו, וכן הזכיר במסית לפי שהוא נהרג בדבורו הרע בלבד אע"פ שלא עבד הנסת ע"ז ולא שמע אליו, אבל מיתתו ליסר הנשארים, עד כאן.
Et le Ramban, de mémoire bénie, a écrit : deux fautes lui sont imputées : l’une, qu’il méprise son père et sa mère, et l’autre, qu’il est glouton et ivrogne : il a transgressé le commandement « honore », et il a transgressé ce que nous avons été commandés « soyez saints », que nous soyons séparés des désirs, et de même nous avons été commandés de connaître le Nom, béni soit-Il, dans toutes Ses voies, et le glouton et l’ivrogne ne connaît pas la voie de l’Éternel. Et en somme, il n’y a pas en lui maintenant de péché de mort, car il n’a pas été mis à mort pour la grandeur de son péché, mais pour en tirer une leçon pour la multitude, et c’est le sens de « et tout Israël entendra et craindra » ; et ainsi tu trouveras pour l’ancien rebelle, car dans son enseignement il n’y a pas de péché pour lequel il serait digne de mort, mais c’est pour ôter la dissension de la Torah ; et de même il l’a mentionné pour les témoins comploteurs, qui sont tués alors qu’ils n’ont pas tué, et de même il l’a mentionné pour l’incitateur, car il est tué pour sa mauvaise parole seulement, même si le séduit n’a pas servi l’idole et ne l’a pas écouté, mais sa mort est pour instruire ceux qui restent. Jusqu’ici.
ויסרו אותו. מלקין אותו אחר שהתרו בו.
« Et ils le corrigeront. » On le flagelle après qu’on l’a averti.
ותפשו בו אביו ואמו. עד שירצו שניהם, אם מחלו לו אביו ואמו קודם שנגמר דינו פטור, היה אחד מהם רוצה והשני אינו רוצה אינו נעשה בן סורר ומורה.
« Et son père et sa mère le saisiront. » Jusqu’à ce que tous deux le veuillent ; si son père et sa mère lui ont pardonné avant que son jugement soit achevé, il est quitte ; si l’un d’eux le veut et que l’autre ne le veut pas, il ne devient pas fils rebelle et révolté.
ואמרו אל זקני עירו בננו זה סורר ומורה. בתחלה מביאין אותו אביו ואמו לבית דין של שלשה, ומביאין שני עדים שגנב משל אביו וקנה בשר ויין ממה שגנב ואכל, וב"ד מלקין אותו אחר ההתראה. חזר וגנב ועשה כן מביאין אותו לב"ד של עשרים ושלשה והעדים עמהם וגומרין דינו ונסקל.
« Et ils diront aux anciens de sa ville : ce fils à nous est rebelle et révolté. » D’abord son père et sa mère l’amènent devant un tribunal de trois, et amènent deux témoins qu’il a volé de son père et acheté de la viande et du vin avec ce qu’il a volé et a mangé, et le tribunal le fait flageller après l’avertissement. S’il a de nouveau volé et fait de même, on l’amène devant un tribunal de vingt-trois, les témoins avec eux, et on achève son jugement et il est lapidé.
ורגמוהו כל אנשי עירו. הרי עונש, אזהרה מנין, שהרי לא ענש הכתוב אלא אם כן הזהיר, אלא מפסוק (ויקרא י״ט:כ״ו) לא תאכלו על הדם, לא תאכלו אכילה המביאה לידי שפיכות דם, זו אכילת בן סורר ומורה שאינו נהרג אלא על ידי אכילה מכוערת שאכל, שנאמר זולל וסובא, שאכל בשר משקל חמשים דינר ברעבתנות ושותה חצי לוג יין בגרגרנות.
« Et tous les hommes de sa ville le lapideront. » Voici la peine ; l’avertissement, d’où vient-il ? Car l’Écriture n’a puni que si elle avait averti ; c’est du verset (Lévitique 19,26) : « vous ne mangerez pas avec le sang » : vous ne mangerez pas une consommation qui amène à l’effusion de sang ; c’est la consommation du fils rebelle et révolté, qui n’est tué que pour la manière répréhensible dont il a mangé, comme il est dit « glouton et ivrogne », car il a mangé de la viande au poids de cinquante dinars avec voracité et a bu un demi-log de vin avec gloutonnerie.
ומפי השמועה למדנו שאינו חייב סקילה עד שיגנוב משל אביו ויקנה בשר ויין גזול ויאכלם חוץ מרשות אביו בחבורה שכולן ריקנין, ויאכל הבשר חי ואינו חי, מבושל ואינו מבושל כדרך שהגנבים אוכלין, וישתה היין מזוג ואינו מזוג כדרך שהגרגרנים שותין. אבל אם גנב משל אחרים או שאכל אכילה זו ברשות אביו, או שאכל הבשר חי ושתה היין חי הרי זה פטור, לפי שאי אפשר לו להמשך בזה ולעמוד על הנהגה זו ולהתמיד בה, ומקרה הוא היה לו.
Et par la tradition orale nous avons appris qu’il n’est passible de lapidation que s’il vole du bien de son père, achète viande et vin volés et les mange hors de l’autorité de son père, dans une compagnie dont tous sont des vauriens ; et il mange la viande crue et non crue, cuite et non cuite, à la manière des voleurs, et boit le vin mêlé et non mêlé, à la manière des gloutons. Mais s’il a volé des autres, ou a mangé ce repas dans le domaine de son père, ou a mangé la viande crue et bu le vin non coupé, il est quitte, car il ne lui est pas possible de se laisser entraîner en cela, de se tenir sur cette conduite et d’y persister, et ce n’était chez lui qu’un comportement occasionnel.
ודין זה של סורר ומורה אינו נמשך אלא שלשה חדשים בלבד, שהרי אמרה תורה כי יהיה לאיש בן, ולא ענשה את הקטן שאינו חייב במצות ולא את הגדול לפי שהוא ברשות עצמו וכבר יצא מרשות אביו, וכן קבלו חכמים ז"ל שאין זה אלא בבן י"ג שנה ויום אחד שהביא שתי שערות עד סוף שלשה חדשים ולא יותר, שהרי משהביא שתי שערות ראוי להוליד ויהיה העובר נכר בשלשה חדשים וכתיב כי יהיה לאיש בן, בן ולא אב, וכן קבלת חכמים ז"ל שאין הבת נידונית בדין זה שנאמר בן, ולא בת, והטעם לפי שאין דרך הבת להמשך באכילה ושתיה.
Et cette loi du fils rebelle et révolté ne dure que trois mois seulement, car la Torah a dit « si un homme a un fils », et elle n’a pas puni le petit, qui n’est pas tenu aux commandements, ni le grand, parce qu’il est sous sa propre autorité et est déjà sorti de l’autorité de son père ; et ainsi ont reçu les Sages, de mémoire bénie, que cela ne concerne qu’un garçon de treize ans et un jour qui a produit deux poils, jusqu’à la fin de trois mois et pas davantage, car dès qu’il a produit deux poils, il est apte à engendrer, et le fœtus sera reconnaissable en trois mois ; et il est écrit « si un homme a un fils » : fils et non père ; et ainsi est la tradition des Sages, de mémoire bénie, que la fille n’est pas jugée dans cette loi, car il est dit « fils » et non « fille », et la raison est que la fille n’a pas coutume de se laisser entraîner dans le manger et le boire.
וכל ישראל ישמעו וייראו. היו מכריזין בכל ישראל, ב"ד פלוני סקלו את פלוני מפני שהיה בן סורר ומורה. אמרו רז"ל כי דין זה של סורר ומורה לא אירע מעולם, והוא שתמצא בפרק בן סורר ומורה, תניא בן סורר ומורה ועיר הנדחת לא היו ולא עתידין להיות, ולמה נכתבו, דרוש וקבל שכר.
« Et tout Israël entendra et craindra. » On proclamait dans tout Israël : tel tribunal a lapidé un tel parce qu’il était fils rebelle et révolté. Nos Sages, de mémoire bénie, ont dit que cette loi du rebelle et révolté n’est jamais arrivée, et c’est ce que tu trouveras au chapitre « Ben sorèr oumorè » : on a enseigné : le fils rebelle et révolté et la ville égarée n’ont pas été et ne seront pas, et pourquoi ont-ils été écrits ? Explique et reçois récompense.
וא"כ יש לשאול מפני מה הוצרכה תורה להודיע ולכתוב מה שלא היה ומה שאין ענינו נוהג בדרך העולם, אבל זה היה מחכמת התורה ללמד דעת את העם בגודל חיוב אהבת הש"י, שהרי אין לך אהבה חזקה בעולם כאהבת האב והאם לבן, וכיון שהבן עובר על מצות השם יתעלה, וזה דרכו כסל לו, חייבין הם שתגבר עליהם אהבת הש"י על אהבת הבן עד שיצטרכו להביא אותו הם בעצמן לב"ד לסקילה.
Et s’il en est ainsi, il y a à demander pourquoi la Torah a eu besoin de faire connaître et d’écrire ce qui n’a pas été et ce dont le sujet n’est pas conforme à la marche du monde ; mais cela faisait partie de la sagesse de la Torah d’enseigner au peuple la grandeur de l’obligation de l’amour du Nom, béni soit-Il, car il n’y a pas dans le monde d’amour plus fort que l’amour du père et de la mère pour le fils, et puisque le fils transgresse le commandement du Nom, élevé soit-Il, et que telle est sa voie, folie pour lui, ils sont tenus de faire prévaloir l’amour du Nom sur l’amour du fils, au point qu’ils aient besoin de l’amener eux-mêmes devant le tribunal pour la lapidation.
וכבר בא הענין הזה בחיוב גודל אהבה להש"י מפורש בתורה בענין העקדה, כי אברהם עם היות אהבתו של יצחק עזה וחזקה כבן שבא אליו אחר הזקנה והיאוש, אעפ"כ כשצוהו להקריבו עולה טרח בדבר מיד, והגביר אהבת הש"י על אהבתו של יצחק, ועל שלמות המעלה הזאת קראו (ישעיהו מ״א:ח׳) אברהם אוהבי, ואז נתפרסם לכל העולם גודל חיוב האהבה לשם יתעלה שהיא ראויה לעבור כל מיני אהבה, ומזה אמרו דרוש וקבל שכר. כך שמעתי מפי הרב ר"ש מורי שיחיה.
Et cette chose est déjà venue, concernant l’obligation de la grandeur de l’amour du Nom, explicitement dans la Torah à propos de la Ligature : car Avraham, bien que son amour pour Yits’haq fût vif et fort, comme pour un fils qui lui était venu après la vieillesse et le désespoir, néanmoins, quand Il lui ordonna de l’offrir en holocauste, il s’empressa de la chose aussitôt, et fit prévaloir l’amour du Nom sur son amour pour Yits’haq ; et pour la perfection de ce niveau, l’Écriture l’appela (Isaïe 41,8) « Avraham mon ami » ; et alors fut rendue publique à tout le monde la grandeur de l’obligation de l’amour du Nom, béni soit-Il, qui est digne de dépasser toutes sortes d’amour, et de là ils ont dit « explique et reçois récompense ». Ainsi j’ai entendu de la bouche du Rav R. Sh., mon maître, qu’il vive.
ומה שנמצא שם אמר ר' יוחנן אני ישבתי על קברו של בן סורר ומורה ועל תלה של עיר הנדחת, אפשר לומר דפליג אברייתא, או שמא הא דר' יוחנן לא היה בן סורר ומורה גמור אלא כענין אבשלום, אבל לא היה בן סורר ומורה גמור כדין תורה שנגמר לסקילה.
Et ce qui se trouve là : Rabbi Yo’hanan a dit : moi, j’ai siégé sur la tombe du fils rebelle et révolté et sur le tertre de la ville égarée ; on peut dire qu’il discute la baraïta, ou peut-être que ce cas de Rabbi Yo’hanan ne répondait pas pleinement à la définition du fils rebelle et révolté mais comme le cas d’Absalom, et ne répondait pas pleinement à la définition du fils rebelle et révolté selon la loi de la Torah, dont le jugement a été achevé pour la lapidation.
לא תלין נבלתו על העץ. אזהרה שלא ישהה שם התלוי בלילה. ומכאן דרשו רז"ל אזהרה למלין את המת, וכן אמרו המלין את המת עובר בלא תלין, לפי שנאמר על העץ, מה עץ שהוא נוול אף כל שהוא נוול, הלינו לכבודו מותר. והנה כלל המצוה הזו שהמלין התלוי או המת בארץ ישראל עובר בשנים, בלאו ועשה, משום לא תלין ומשום עשה דקבור תקברנו.
« Son cadavre ne passera pas la nuit sur le bois. » Avertissement de ne pas laisser le pendu là pendant la nuit. Et de là nos Sages, de mémoire bénie, ont tiré un avertissement pour celui qui laisse passer la nuit à un mort, et ainsi ils ont dit : celui qui laisse passer la nuit à un mort transgresse « tu ne laisseras pas passer la nuit », car il est dit « sur le bois » : de même que le bois est une honte, de même tout ce qui est une honte ; l’avoir laissé passer la nuit pour son honneur est permis. Et voici que la règle de ce commandement est que celui qui laisse passer la nuit au pendu ou au mort en Terre d’Israël transgresse deux : un interdit et un commandement positif, à cause de « tu ne laisseras pas passer la nuit » et à cause du commandement positif « tu l’enterreras certainement ».
ונראה לי כי כיון שחטאו של אדם גרם שלא היתה לו לינה בגן עדן הוא שכתוב (תהילים מ״ט:י״ג) ואדם ביקר בל ילין, היה ראוי שהתורה לא תחוש על לינתו אלא ילין ויתבזה, אבל התורה והמצות מיוסדים על אדני החכמה, והטעם מפרש בכתוב קללת אלהים תלוי. על דרך הפשט זלזולו של הקב"ה אם ישהה שם, לפי שלא היה נתלה אלא מגדף ועובד עבודה זרה, ואם ישהנו שם יאמרו הכל מפני מה זה תלוי מפני שברך את השם או מפני שעבד עבודה זרה בכך וכך עבודה, והספור בעניני עבודה זרה הכל זלזול בכבודו של מקום, וא"כ מלת קללת כוללת שתי לשונות קללה וקלות.
Et il me semble que, puisque le péché de l’homme a causé qu’il n’ait pas de nuitée au Jardin d’Éden, c’est ce qui est écrit (Psaumes 49,13) « et l’homme, dans sa gloire, ne passe pas la nuit », il aurait convenu que la Torah ne s’inquiète pas de sa nuitée mais qu’il passe la nuit et soit couvert d’opprobre ; mais la Torah et les commandements sont fondés sur les bases de la sagesse, et la raison est expliquée dans le verset « car le pendu est une malédiction de Dieu ». Selon le sens simple, c’est le mépris du Saint, béni soit-Il, s’il demeure là, car n’était pendu que le blasphémateur et l’idolâtre, et si on le laisse là, tous diront : pourquoi celui-ci est-il pendu ? Parce qu’il a blasphémé le Nom, ou parce qu’il a servi l’idolâtrie de telle et telle façon ; et le récit des affaires d’idolâtrie est tout entier un mépris de l’honneur du Lieu ; et s’il en est ainsi, le mot « qilelat » comprend deux expressions : « qelalah » (malédiction) et « qalout » (légèreté).
וכן פירשו רז"ל בפרק נגמר הדין, בזמן שהאדם מצטער מה לשון אומרת, קלני מראשי קלני מזרועי. כלומר שהעולם קל הוא לו מתוך כאבו, וכן השכינה מצטערת על האדם המצטער והגורם מיתתו, כענין שכתוב (שמות ג׳:ז׳) כי ידעתי את מכאוביו, וכן (ישעיהו ס״ג:ט׳) בכל צרתם לו צר, וכן (ויקרא כ׳:כ״ג) ואקוץ בם, מלשון קוצים, וזהו קללת אלהים. והעלו שם, א"כ נכתוב רחמנא קלת מאי קללת, שמע מינה תרתי.
Et ainsi ont expliqué nos Sages, de mémoire bénie, au chapitre « Nigmar ha-din » : quand l’homme est affligé, que dit la langue ? « Qalani merochi, qalani mizeroï » (je suis léger de ma tête, je suis léger de mon bras), c’est-à-dire que le monde est léger pour lui à cause de sa douleur ; et de même la Chekhina est affligée de l’homme affligé et de celui qui cause sa mort, comme il est écrit (Exode 3,7) « car je connais ses souffrances », et de même (Isaïe 63,9) « dans toute leur détresse, Il est dans la détresse », et de même (Lévitique 20,23) « et Je les ai pris en dégoût » (va-aqouts bam), de l’expression « qotsim » (épines), et c’est « malédiction de Dieu ». Et ils ont conclu là : s’il en est ainsi, que le Miséricordieux écrive « qalat » ; que veut dire « qilelat » ? Tires-en les deux.
והחכם ר"א ז"ל כתב כי קללת אלהים תלוי קללת השם חלה אל מקום קרוב מן התלוי, ויש לו סוד מודבק בנפש, על כן ולא תטמא.
Et le sage Rabbi Avraham, de mémoire bénie, a écrit : « car le pendu est une malédiction de Dieu » : la malédiction du Nom s’abat sur un lieu proche du pendu, et il y a en lui un secret attaché à l’âme, c’est pourquoi « et tu ne souilleras pas ».
וע"ד המדרש כי קללת אלהים תלוי, משל לשני אחים שהיו דומין זה לזה אחד נעשה מלך ואחד נתפש ללסטים ונתלה, הרואה אותו אומר המלך תלוי, עד כאן.
Et selon le Midrash, « car le pendu est une malédiction de Dieu » : parabole de deux frères qui se ressemblaient, l’un devint roi et l’autre fut arrêté pour brigandage et pendu ; celui qui le voit dit : le roi est pendu. Jusqu’ici.
וע"ד הקבלה באור הכתוב והמשל, כי המלך הוא הכבוד הנקרא צלם אלהים, כלומר נבדל ממנו, כלומר עבד אלהים, וכיון שהתלוי בדמות צלם אלהים הנה הוא קללת אלהים אם לא יקבר ביומו וישהה שם בלילה שהוא זמנה של מדת הדין. והמובן מזה כי אין קללת אלהים אם ישהנו שם מהבקר עד הערב ובלבד שלא ילין, וזה מבואר.
Et selon la Kabbale, explication du verset et de la parabole : le roi est la Gloire appelée « image de Dieu » (tselem Elohim), c’est-à-dire séparé de lui, c’est-à-dire serviteur de Dieu ; et puisque le pendu est à la ressemblance de l’image de Dieu, voici qu’il est « malédiction de Dieu » s’il n’est pas enterré le jour même et reste là pendant la nuit, qui est le temps de l’attribut de rigueur. Et ce qu’on comprend de là est qu’il n’y a pas « malédiction de Dieu » s’il reste là du matin jusqu’au soir, pourvu qu’il ne passe pas la nuit, et cela est clair.
השב תשיבם לאחיך. תצוה התורה שנהיה זהירים בהשבת אבדה לבעלים. ומכפל ההשבה דרשו רז"ל אפילו מאה פעמים, וכל זה מדרכי החסד והרחמים, ללמד שכלנו עם אחד ראוים שיהיה לנו אב אחד ושירצה כל אחד בתועלת חברו ושיחמול על ממונו, ובין שתהיה האבדה בעל חי בין שלא תהיה בעל חי חייב הוא להחזירה לרשותו, וזהו שאמר וכן תעשה לחמורו, שהוא בעל חי ובהמה טמאה, וכן תעשה לשמלתו אע"פ שאינו חשוב כבעל חי וכן תעשה לכל אבדת אחיך, אחד משאר כלים אע"פ שאינן חשובין כשמלה, לא תוכל להתעלם, שלא תחזירו לידו.
« Tu les ramèneras certainement à ton frère. » La Torah ordonne que nous soyons attentifs à rendre l’objet perdu à ses propriétaires. Et de la répétition de la restitution, nos Sages, de mémoire bénie, ont tiré : même cent fois ; et tout cela fait partie des voies de la bonté et de la miséricorde, pour enseigner que nous sommes tous un seul peuple, dignes d’avoir un seul père, et que chacun veuille le profit de son prochain et ait compassion de son argent ; et que l’objet perdu soit un être vivant ou non, il est tenu de le restituer à son domaine ; et c’est ce qu’il a dit « et ainsi tu feras pour son âne », qui est un être vivant et une bête impure, « et ainsi tu feras pour son vêtement », bien qu’il ait moins de valeur qu’un être vivant, « et ainsi tu feras pour tout objet perdu de ton frère », qu’il soit l’un des autres ustensiles, bien qu’ils aient moins de valeur qu’un vêtement, « tu ne pourras te dérober » : de ne pas le lui rendre en sa main.
וזה שאמר לא תוכל להתעלם אין להבין אותו בהשבת אבדה בלבד, אלא הוא הדין בשאר כל הפרטים ושאר כל התועלות שביד האדם להביאם לחברו או להסיר ולדחות נזקו ממנו הרי הוא חייב בכלן, וכענין שאמר הכתוב (ויקרא י״ט:י״ח) ואהבת לרעך כמוך. ודרשו רז"ל והתעלמת מהם וכתיב לא תוכל להתעלם, כיצד, זקן ואינו לפי כבודו והתעלמת, הא שאר בני אדם לא תוכל להתעלם.
Et ce qu’il a dit « tu ne pourras te dérober » ne doit pas être compris seulement pour la restitution de l’objet perdu, mais il en va de même pour tous les autres détails et tous les autres profits qu’il est dans la main de l’homme d’apporter à son prochain, ou d’ôter et de repousser son dommage de lui, il y est tenu pour tous, comme le verset l’a dit (Lévitique 19,18) : « et tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Et nos Sages, de mémoire bénie, ont tiré : « et tu te déroberas », et il est écrit « tu ne pourras te dérober » : comment ? Un ancien, et ce n’est pas selon son honneur, « tu te déroberas » ; donc pour les autres hommes, « tu ne pourras te dérober ».
וע"ד המדרש והתעלמת מהם מבני אדם, לא תוכל להתעלם מהקב"ה, שהוא היודע את הכל, וכענין שכתוב (ירמיהו כ״ט:כ״ג) ואנכי היודע ועד נאם ה'.
Et selon le Midrash, « et tu te déroberas d’eux » : des hommes ; « tu ne pourras te dérober » du Saint, béni soit-Il, qui connaît tout, et comme il est écrit (Jérémie 29,23) : « et Moi, Je le sais et suis témoin, dit l’Éternel ».
ואם תשכיל עוד במצות השבת אבדה תמצא כי יש בה רמז והתעוררות לענין תחית המתים, שהקב"ה מחזיר אבדה לבעליו באחרית הימים, שישוב כל אחד לגורלו הראשון ועם מי שיזכה בו ראשון, ואז יהיה האחרון מחזיר אבדה לבעליו אע"פ שיש סוברים כי בעליו הוא האחרון, ושם תשוב לזמן התחיה, וזהו שכתוב (תהילים קל״ט:ט״ז) גלמי ראו עיניך, כלומר הכח המשכיל שלי ראו עיניך, ועל ספרך כל הגלמים יכתבו, והימים שנוצרו בהם ולאותו כח אחד בהם, והוא אחרון שתהיה חוזרת אל אישה הראשון או אל האחרון, או שתתחלק להם כהתחלק הנר, או שיתגבל עפרם אליה. ומפני שהזכיר כאן בענין האבדה לשון נדחים, לכך אמר וכן תעשה לכל אבדת אחיך אשר תאבד ממנו ומצאתה לא תוכל להתעלם, אינך רשאי להתעלם מהקב"ה, לבלתי ידח ממנו נדח.
Et si tu médites encore sur le commandement de la restitution de l’objet perdu, tu trouveras qu’il y a en lui une allusion et un éveil sur la question de la résurrection des morts, car le Saint, béni soit-Il, rend l’objet perdu à son propriétaire à la fin des jours : chacun retournera à son sort premier et avec celui qui l’a mérité en premier ; et alors le dernier rendra l’objet perdu à son propriétaire, bien que certains pensent que son propriétaire est le dernier, et là elle retournera au temps de la résurrection ; et c’est ce qui est écrit (Psaumes 139,16) : « mon embryon, Tes yeux l’ont vu », c’est-à-dire ma force intellectuelle, Tes yeux l’ont vue, « et sur Ton livre tous les embryons seront écrits », et les jours où ils ont été formés, et pour cette force une en eux, et il est le dernier, afin qu’elle retourne à son premier époux ou au dernier, ou qu’elle soit divisée entre eux comme la flamme d’une lampe se partage, ou que leur poussière soit pétrie avec elle. Et parce qu’il a mentionné ici, dans l’affaire de l’objet perdu, l’expression « nidahim » (égarés), c’est pourquoi il a dit « et ainsi tu feras pour tout objet perdu de ton frère, qui se perdra de lui et que tu auras trouvé, tu ne pourras te dérober » : tu n’as pas la permission de te dérober du Saint, béni soit-Il, afin qu’aucun banni ne soit banni de Lui.
לא תראה את חמור אחיך. בפרשת משפטים (שמות כ״ג:ה׳) הזכיר כי תראה חמור שונאך, וכאן חמור אחיך, ללמדך שאם היה שונאך שיחזור אחיך לענין העזר שתקום עמו ושתשכח השנאה ותזכור האהבה.
« Tu ne verras pas l’âne de ton frère. » Dans la section Michpatim (Exode 23,5) il a mentionné « si tu vois l’âne de ton ennemi », et ici « l’âne de ton frère », pour t’enseigner que si c’était ton ennemi, qu’il redevienne ton frère pour la question de l’aide, que tu te lèves avec lui, que tu oublies la haine et te souviennes de l’amour.
לא יהיה כלי גבר על אשה. מנע הכתוב כלי זיין מן האשה כדי שלא תצא למלחמה ויהיה סבה לזנות, וכן האיש אם ילבש שמלת אשה ושיתערב עם הנשים, כל זה תועבת ה'. וכן דרשו רז"ל כי תועבת ה' אלהיך, דבר המביא לידי תועבה.
« Un ustensile d’homme ne sera pas sur une femme. » L’Écriture a interdit à la femme de porter des armes, afin qu’elle ne sorte pas à la guerre et que cela ne soit pas cause de débauche, et de même l’homme, s’il revêt un vêtement de femme et se mêle aux femmes, tout cela est abomination de l’Éternel. Et ainsi nos Sages, de mémoire bénie, ont tiré : « car abomination de l’Éternel ton Dieu » : une chose qui amène à l’abomination.
ומן הכתוב הזה למדנו רז"ל מפי השמועה שאסור לו לאדם להתקשט בקשוט המיוחד להן, כגון לראות במראה וכיוצא בו, והוא אחד מן השלשה דברים שהוצרכו חכמים להתיר לבית רבי, ושמע מינה שאסור הוא לשאר בני אדם שיסתכלו במראה לפי שהוא קשוטי הנשים אלא א"כ היה סופר שהתירו לו להסתכל כדי לחזק כח הראות, או שהוא חולה וחלוש ורוצה להסתכל בתאר פניו, הרי זה מותר, שאין זה בכלל קשוט ואינו דרך תאוה ופתויי יצר הרע. ועוד אמרו רז"ל לקט לבנות מתוך שחורות חייב משום לא ילבש גבר שמלת אשה. ועוד דרשו רבותינו ז"ל כי מה שהרגה יעל לסיסרא ביתד ולא הרגתו בסכין, משום לא יהיה כלי גבר על אשה.
Et de ce verset nos Sages, de mémoire bénie, ont appris par la tradition orale qu’il est interdit à l’homme de s’embellir par un ornement propre aux femmes, par exemple de se regarder dans un miroir et semblables ; et c’est l’une des trois choses que les Sages ont dû permettre à la maison de Rabbi, et tires-en que c’est interdit aux autres hommes de se regarder dans un miroir parce que c’est un ornement des femmes, sauf si c’était un scribe, auquel on a permis de regarder pour fortifier la force de la vue, ou s’il est malade et affaibli et veut regarder l’aspect de son visage, voici que c’est permis, car cela n’entre pas dans l’ornement et n’est pas une voie de désir et de séduction du mauvais penchant. Et nos Sages, de mémoire bénie, ont encore dit : celui qui arrache des cheveux blancs parmi les noirs est tenu à cause de « un homme ne portera pas un vêtement de femme ». Et nos maîtres, de mémoire bénie, ont encore tiré que si Yaël a tué Sisera avec un piquet et non avec un couteau, c’est à cause de « un ustensile d’homme ne sera pas sur une femme ».
שלח תשלח את האם ואת הבנים תקח לך. ע"ד הפשט יצוה הכתוב בקיום המין ושלא לעקרו, שאע"פ שהתירה תורה שחיטת בעלי חיים לתועלת האדם לא תתיר ההשחתה והעקירה בהם, ואלו לקח האם עם הבנים כאחד הוא כאלו הכרית המין ההוא. ואמר למען ייטב לך, שהשם יחמול עליך, והארכת ימים, כאשר לא הכרת כל המין ועזבת האם ולא עקרת המין. וכשאמר והאם רובצת על האפרוחים או על הביצים גלה לנו הכתוב בזה כי הביצים שהזכיר הם הבנים, וקרא את הביצים בנים לפי שמהם יוצאים הבנים. ויעלה בידינו מזה שאינו חייב בשלוח עד שיהיו הביצים שלמים ראוים לבנים, ואם היו שבורים אינו חייב בשלוח. והזכיר אפרוחים וביצים בלשון רבים שכן המנהג, ואף אם האם רובצת על אפרוח אחד או ביצה שלמה אחת חייב בשלוח.
« Tu renverras certainement la mère, et les petits tu les prendras pour toi. » Selon le sens simple, l’Écriture ordonne la conservation de l’espèce et de ne pas l’extirper, car bien que la Torah ait permis l’abattage des animaux pour le profit de l’homme, elle ne permet pas la destruction et l’extirpation en eux, et s’il prenait la mère avec les petits ensemble, c’est comme s’il avait exterminé cette espèce. Et il a dit « afin que tu sois heureux », car le Nom aura pitié de toi, « et que tu prolonges tes jours », puisque tu n’as pas exterminé toute l’espèce et as laissé la mère et n’as pas extirpé l’espèce. Et quand il a dit « et la mère couve les oisillons ou les œufs », l’Écriture nous révèle par là que les œufs mentionnés sont les petits, et il a appelé les œufs « petits » parce que d’eux sortent les petits. Et il en résulte pour nous qu’il n’est tenu au renvoi que si les œufs sont entiers, aptes à devenir des petits, et s’ils étaient brisés, il n’est pas tenu au renvoi. Et il a mentionné oisillons et œufs au pluriel parce que c’est la coutume, et même si la mère couve un seul oisillon ou un seul œuf entier, il est tenu au renvoi.
והרמב"ם ז"ל נתן טעם במצוה בפרק מ"ח מספר המורה, שהוא כדי שלא תצטער האם בראית לקיחת הבנים, שאלו לקח הבנים בפני האם היתה האם מצטערת, כענין מצות אותו ואת בנו שאין לשחוט הבן בפני האם, כי אהבת האם וחמלתה על פרי בטנו אינו נמשך אחר השכל אלא אחר פועל הכח המדמה, ואם בבהמות ועופות חסה התורה כל שכן בבני אדם, ואם כן זה וזה כדי שנתרחק ממדת האכזריות ושנתנהג במדת הרחמנות.
Et le Rambam, de mémoire bénie, a donné une raison du commandement au chapitre 48 du Guide (Moré) : c’est pour que la mère ne souffre pas de voir la prise des petits, car s’il prenait les petits devant la mère, la mère souffrirait, comme dans le commandement « lui et son petit », où l’on ne doit pas égorger le petit devant la mère, car l’amour de la mère et sa compassion pour le fruit de ses entrailles ne suivent pas l’intellect mais l’action de la faculté imaginative ; et si la Torah a eu égard aux bêtes et aux oiseaux, à plus forte raison aux hommes ; et s’il en est ainsi, l’un et l’autre sont pour que nous nous éloignions de l’attribut de cruauté et que nous nous conduisions selon l’attribut de miséricorde.
וע"ד המדרש שלח תשלח את האם, אין לך קלה בכל המצות משלוח הקן, ומה שכרה, למען ייטב לך והארכת ימים. משל למה הדבר דומה, למלך שהכניס פועלים לשדהו לנטוע ולא גלה להן שכר נטיעתן, לערב כל מי שנטע אילן אחד נתן זהוב אחד, התחילו הכל תמהין, ומה זה שלא נטע אלא אילן אחד קל ופחות נותן לו זהוב אחד אנו שנטענו הרבה על אחת כמה וכמה, כך שלוח הקן שאין בו חסרון כיס שכרו כך, שאר מצות שיש בהן חסרון כיס וטורח והצלת נפשות על אחת כמה וכמה, לכך לא פירש הקב"ה לישראל שכר המצות כדי שיהיו עושין אותן כלן.
Et selon le Midrash, « tu renverras certainement la mère » : il n’y a pas de commandement plus léger dans toutes les mitsvot que le renvoi du nid, et quelle est sa récompense ? « Afin que tu sois heureux et que tu prolonges tes jours. » Parabole : à quoi cela ressemble-t-il ? À un roi qui fit entrer des ouvriers dans son champ pour planter et ne leur révéla pas le salaire de leur plantation ; le soir, à quiconque avait planté un arbre il donna une pièce d’or ; tous se mirent à s’étonner : celui-ci, qui n’a planté qu’un arbre léger et de peu de valeur, il lui donne une pièce d’or, nous qui avons planté beaucoup, à plus forte raison ; ainsi le renvoi du nid, où il n’y a pas de perte d’argent, sa récompense est ainsi ; les autres commandements, où il y a perte d’argent, peine et sauvetage de vies, à plus forte raison ; c’est pourquoi le Saint, béni soit-Il, n’a pas précisé à Israël la récompense des commandements, afin qu’ils les accomplissent tous.
שכן מצינו המצות שהן בדמיון אילנות שעושין פירות, יש אילן עושה פרי חשוב יותר מחברו וכן יש מצוה ששכרה גדול, וכבר ידעת שמצות הכנסת אורחים פרי שכרה בנים, והראיה שרה אמנו, גם השונמית (מלכים ב ד) שקבלה לאלישע, וכן יש מצוה ששכרה אריכות ימים כמצות כבוד אב ואם ומצות שלוח הקן, והאמנם עיקר אריכות ימים זה לעוה"ב, הוא שנאמר (ישעיהו ט״ז:ב׳) והיה כעוף נודד קן משולח תהיינה בנות מואב מעברות לארנון, זה שאמר הכתוב (ירמיהו י״ז:י״א) קורא דגר ולא ילד עושה עושר ולא במשפט בחצי ימיו יעזבנו ובאחריתו יהיה נבל,
Car nous trouvons que les commandements sont à la ressemblance d’arbres qui font des fruits : il y a un arbre qui fait un fruit plus précieux que son compagnon, et de même il y a un commandement dont la récompense est grande ; et tu sais déjà que le commandement d’accueillir les hôtes a pour fruit de sa récompense des fils, et la preuve en est Sarah notre mère, et aussi la Chounamite (2 Rois 4), qui accueillit Élisée ; et de même il y a un commandement dont la récompense est la longueur des jours, comme le commandement d’honorer père et mère et le commandement du renvoi du nid ; or l’essentiel de cette longueur des jours est pour le monde à venir, c’est ce qui est dit (Isaïe 16,2) : « et il en sera comme un oiseau errant, un nid chassé, ainsi seront les filles de Moab aux gués de l’Arnon » ; c’est ce que dit l’Écriture (Jérémie 17,11) : « la perdrix couve ce qu’elle n’a pas pondu ; celui qui amasse des richesses non selon le droit, à la moitié de ses jours les laissera, et à sa fin il sera insensé »,
מה כתיב בתריה כסא כבוד מרום מראשון מקום מקדשנו, מה ענין זה לזה, הקורא הזה מביא ביצים משאר עופות ויושב עליהם עד שיוצאין מקליפיהם והן נעשין אפרוחין והן עולין אחריו ומורטים את כנפיו ואוכלין אותן, כשהוא רוצה לפרוח אינו יכול שנמרטו כנפיו, מוצאו חיה או שרץ ואוכלו, מי גרם לו, על שגזל ביצים שאינן שלו, כך יהיו אומות העולם שפשטו ידיהם בכסא כבוד מקום מקדשנו, החריבו ושרפו את היכלנו והגלו את ישראל, ומואבים ועמונים הקב"ה יאבד זכרם כענין שכתוב (צפניה ב׳:ט׳) לכן חי אני נאם ה' צבאות כי מואב כסדום תהיה ובני עמון כעמורה ממשק חרול ומכרה מלח ושממה עד עולם שארית עמי יבזום ויתר גוי ינחלום, עד כאן במדרש.
qu’est-il écrit après lui ? « Trône de gloire, élevé dès le commencement, lieu de notre sanctuaire. » Quel rapport de ceci à cela ? Cette perdrix prend des œufs d’autres oiseaux et s’assied dessus jusqu’à ce qu’ils sortent de leurs coquilles et deviennent des oisillons, et ils montent après elle, lui arrachent les plumes et les mangent ; quand elle veut s’envoler, elle ne le peut pas, car ses plumes ont été arrachées ; une bête ou un reptile la rencontre et la mange ; qui l’a causé ? Parce qu’elle a volé des œufs qui n’étaient pas à elle ; ainsi seront les nations du monde qui ont étendu leurs mains sur le trône de gloire, lieu de notre sanctuaire, ont détruit et brûlé notre Temple et exilé Israël, et Moab et Ammon, le Saint, béni soit-Il, fera périr leur mémoire, comme il est écrit (Sophonie 2,9) : « c’est pourquoi, je suis vivant, dit l’Éternel des armées, Moab sera comme Sodome et les fils d’Ammon comme Gomorrhe, une possession d’orties, une mine de sel et une désolation à jamais ; le reste de mon peuple les pillera, et le reste de ma nation les héritera » ; jusqu’ici dans le Midrash.
ומצינו שלמה המלך שהשוה שתי מצות אלו כאחת, הוא שאמר (משלי ל׳:י״ז) עין תלעג לאב ותבוז ליקהת אם, ואמרו בירושלמי פ"ק דפאה עין תלעג לאב זה כבד אב ואם, ותבוז ליקהת אם זה שלוח הקן, שהתורה פירשה שכרן ובא שלמה ופירש עונשן.
Et nous trouvons que Salomon le roi a égalisé ces deux commandements comme un seul, c’est ce qu’il a dit (Proverbes 30,17) : « l’œil qui se moque d’un père et dédaigne l’obéissance à une mère » ; et ils ont dit dans le Yerouchalmi, au premier chapitre de Péa : « l’œil qui se moque d’un père » : c’est le respect du père et de la mère, et « dédaigne l’obéissance à une mère » : c’est le renvoi du nid ; car la Torah a précisé leur récompense, et Salomon est venu préciser leur châtiment.
וע"ד השכל שלח תשלח את האם, טעם המצוה ללמדנו על מדת הרחמנות, ושנתרחק מן האכזריות שהיא תכונה רעה בנפש, וכענין שאסרה תורה (ויקרא כ״ב:כ״ח) לשחוט אותו ואת בנו ביום אחד, וכענין שנצטוינו בתורה שבעל פה דרך רחמנות לא דרך אכזריות בשחיטה בצואר ולא מן העורף, והוא דעת הרב בספר המורה, וכבר הזכרתיו למעלה.
Et selon la voie de l’intellect, « tu renverras certainement la mère » : la raison du commandement est de nous enseigner l’attribut de miséricorde, et que nous nous éloignions de la cruauté, qui est une mauvaise disposition de l’âme, et comme la Torah a interdit (Lévitique 22,28) d’égorger « lui et son petit » le même jour, et comme nous avons été commandés dans la Torah orale, par voie de miséricorde et non de cruauté, de pratiquer l’abattage au cou et non par la nuque ; et c’est l’avis du Rav dans le livre du Guide, et je l’ai déjà mentionné plus haut.
וע"ד הקבלה שלח תשלח את האם, היא הבינה שממנה יישאבו השבע שפע בכל שמטה ושמטה לחדש פני אדמה, והיא קן העולם, ונקראת אם העולם. וכן תמצא בספר הבהיר, מאי דכתיב שלח תשלח את האם ולא אמר את האב, אלא שלח תשלח את האם בכבוד אותה שנקראת אם העולם, דכתיב (משלי ב׳:ג׳) כי אם לבינה תקרא. ומאי ואת הבנים תקח לך, רבי רחומאי אומר אותם בנים שגדלה, ומאי נינהו, שבעת ימי החג ושבעת ימי השבוע, עד כאן.
Et selon la Kabbale, « tu renverras certainement la mère » : c’est la Bina, de laquelle les sept puisent l’abondance à chaque chemita et chemita pour renouveler la face de la terre, et elle est le nid du monde et est appelée mère du monde. Et ainsi tu trouveras dans le livre Ha-Bahir : qu’est-ce qui est écrit ? « Tu renverras certainement la mère », et il n’a pas dit « le père » ? Mais « tu renverras certainement la mère » par honneur pour celle qui est appelée mère du monde, car il est écrit (Proverbes 2,3) : « car tu appelleras mère la Bina » (ki im la-bina tiqra). Et que veut dire « et les petits tu prendras pour toi » ? Rabbi Rahoumaï dit : ces enfants qu’elle a élevés, et que sont-ils ? Les sept jours de la fête et les sept jours de la semaine. Jusqu’ici.
והשלוח הזה אינו אלא בעוף טהור והיא עבודה וכבוד לאותה שנקראת אם העולם, שאי אפשר ללוקחה ואין שם היום נתפש בה, כי היא למעלה משבעת ימי בראשית שאינה נגמרת במנין, וכענין שכתוב (תהילים קמ״ז:ה׳) ולתבונתו אין מספר, וכן העשירית נקראת אם, כענין שכתוב (שמות כ׳:י״ב) כבד את אביך ואת אמך, ואמרו רז"ל (משלי כ״ח:כ״ד) גוזל אביו ואמו, אין אביו אלא הקב"ה ואין אמו אלא כנסת ישראל.
Et ce renvoi n’est que pour un oiseau pur, et c’est un service et un honneur pour celle qui est appelée mère du monde, car il est impossible de la prendre, et le nom du jour ne s’y attache pas, car elle est au-dessus des sept jours de la Création, et elle n’est pas comprise dans leur dénombrement, et comme il est écrit (Psaumes 147,5) : « et de son intelligence il n’y a pas de nombre » ; et de même la dixième est appelée mère, comme il est écrit (Exode 20,12) : « honore ton père et ta mère », et nos Sages, de mémoire bénie, ont dit (Proverbes 28,24) : « celui qui vole son père et sa mère » : son père n’est autre que le Saint, béni soit-Il, et sa mère n’est autre que l’assemblée d’Israël.
והשכר בשתי מצות הללו הוא אריכות ימים, אלא שבמצות כבוד אב ואם הזכיר על האדמה, וכן (דברים כה) במשקלות, וכאן בשלוח הקן אמר למען ייטב לך והארכת ימים, ולא הזכיר על האדמה. ובאור והארכת ימים תאריך אף מן הימים, שכתוב בו (שמות ל״א:י״ז) כי ששת ימים.
Et la récompense de ces deux commandements est la longueur des jours, sauf que dans le commandement d’honorer père et mère il a mentionné « sur la terre (adama) », et de même (Deutéronome 25) pour les poids, et ici, dans le renvoi du nid, il a dit « afin que tu sois heureux et que tu prolonges tes jours » et n’a pas mentionné « sur la terre ». Et l’explication de « tu prolongeras tes jours » : tu prolongeras ta vie même au-delà des jours dont il est écrit (Exode 31,17) : « car en six jours ».
ויש עוד דעת אחרת, שיש בקיום מצוה זו התעוררות רחמים על כל העולם, והוא כי מתוך שהוא משלח את האם הנה היא מצטערת ודואגת על חרבן קנה ורחוק בניה ומצטערת והולכת ורוצה לאבד את עצמה, ומתוך צערה הגדול השר הממונה על העופות מבקש רחמים מהקב"ה, ואז הקב"ה שכתוב בו (תהילים קמ״ה:ט׳) ורחמיו על כל מעשיו ממשיך שפע הרחמים על כל המצטערים והצריכים רחמים ומרחם עליהם. נמצאת אומר שהמקיים מצוה זו ומשלח הוא סבה לעורר רחמים על כל העולם וטוב לו עמהם, וזהו שאמר למען ייטב לך והארכת ימים, כלומר אותו השלוח יהיה לטוב לך והארכת ימים עליו, כי אריכות ימים בסבת הרחמים.
Et il y a encore un autre avis : qu’il y a dans l’accomplissement de ce commandement un éveil de miséricorde sur tout le monde, et c’est que du fait qu’il renvoie la mère, voici qu’elle souffre et s’inquiète de la destruction de son nid et de l’éloignement de ses petits, et elle souffre de plus en plus et veut se perdre elle-même, et à cause de sa grande souffrance le prince préposé aux oiseaux demande miséricorde au Saint, béni soit-Il, et alors le Saint, béni soit-Il, dont il est écrit (Psaumes 145,9) « et Ses miséricordes sont sur toutes Ses œuvres », fait descendre l’abondance de miséricorde sur tous ceux qui souffrent et qui ont besoin de miséricorde, et a pitié d’eux. Il se trouve que celui qui accomplit ce commandement et renvoie est cause d’éveiller la miséricorde sur tout le monde, et il lui est bon avec eux, et c’est ce qu’il a dit « afin que tu sois heureux et que tu prolonges tes jours », c’est-à-dire que ce renvoi sera pour ton bien et que tu prolongeras tes jours par lui, car la longueur des jours est à cause de la miséricorde.
ומצאתי במדרש באלה הדברים רבה, מצות שלוח הקן שכרה בנים, אמר הקב"ה אם אין לך בנים אני נותן לך בנים, מנין, שנאמר שלח תשלח את האם ואת הבנים תקח לך, שלח תשלח את האם, ומה שכר אתה נוטל, את הבנים תקח לך. והמדרש הזה ירמוז אל הסוד הזה שהזכרתי. ובאר אותו כי המדה ההיא היא מקום הבנים שם עמדה חנה בכונת התפלה כששאלה בנים ממה שאמרה (שמואל א א) ותתפלל על ה', שם הוא העולם שכלו טוב העולם שכלו ארוך שנאמר (תהלים לז) והתענג על ה', לכך חתם מצוה זו בשכרה למען ייטב לך והארכת ימים.
Et j’ai trouvé dans le Midrash Elleh ha-devarim rabba : le commandement du renvoi du nid a pour récompense des fils ; le Saint, béni soit-Il, a dit : si tu n’as pas de fils, Je te donne des fils ; d’où ? Car il est dit « tu renverras certainement la mère et les petits tu prendras pour toi » : « tu renverras certainement la mère », et quelle récompense reçois-tu ? « Les petits tu prendras pour toi. » Et ce Midrash fait allusion à ce secret que j’ai mentionné. Et il l’a expliqué : cet attribut est le lieu des fils, là Hanna se tint avec l’intention de la prière quand elle demanda des fils, selon ce qui est dit (1 Samuel 1) « et elle pria sur l’Éternel », là est le monde qui est tout bien, le monde dont la durée est toute entière prolongée, car il est dit (Psaumes 37) « et fais tes délices en l’Éternel » ; c’est pourquoi il a conclu ce commandement par sa récompense, « afin que tu sois heureux et que tu prolonges tes jours ».
ואמרו במסכת נדה פרק תינוקת, מה יעשה אדם ויחכם, יבקש רחמים ממי שהחכמה שלו, שנאמר (משלי ב׳:ו׳) כי ה' יתן חכמה. מה יעשה אדם ויהיו לו בנים, יבקש רחמים ממי שהבנים שלו, שנאמר (תהילים קכ״ז:ג׳) הנה נחלת ה' בנים. והבן המאמר הזה איך סדרו החכמים צרכים הללו כסדר המדות. ומצוה זו מן המצות המקובלות, והחכמים ז"ל תקנו ברכה בכלן ולא תקנו בזו, לפי שאינה מצוה מחוייבת כמו שאר מצות ואינו חייב לחזר אחריה במכוון אלא כשיזדמן לו, וזהו לשון כי יקרה, ועוד שאינו חייב בשלוח אלא כשהוא רוצה ליקח הבנים.
Et ils ont dit dans le traité Nidda, chapitre « Tinoqet » : que fera l’homme pour devenir sage ? Qu’il demande miséricorde à Celui à qui appartient la sagesse, car il est dit (Proverbes 2,6) « car l’Éternel donne la sagesse ». Que fera l’homme pour avoir des fils ? Qu’il demande miséricorde à Celui à qui appartiennent les fils, car il est dit (Psaumes 127,3) « voici, un héritage de l’Éternel sont les fils ». Et comprends cet enseignement, comment les Sages ont ordonné ces besoins selon l’ordre des attributs. Et ce commandement est parmi les commandements reçus, et les Sages, de mémoire bénie, ont institué une bénédiction pour tous et n’en ont pas institué pour celui-ci, parce qu’il n’est pas un commandement obligatoire comme les autres commandements et qu’on n’est pas tenu de le rechercher avec intention, sauf quand il se présente à lui, et c’est l’expression « si se présente (ki yiqaré) », et en outre, il n’est tenu au renvoi que lorsqu’il veut prendre les petits.
ועשית מעקה לגגך. ע"ד הפשט יזהיר שישתמר האדם מן הסכנה, כענין שכתוב (דברים ד׳:ט׳) השמר לך ושמור נפשך מאד, ולכך יצוה כי כשיבנה ביתו שיעשה מעקה לגגו ולא יניח ברשותו נזק ומכשול להכשל בו בני אדם, ולא ישים דמים בביתו, וכענין זה המגדל כלב רע או המעמיד סולם רעוע בתוך ביתו וכן הזכירו ז"ל. כי יפול הנופל, שמא יפול.
« Et tu feras un parapet à ton toit. » Selon le sens simple, il avertit que l’homme se garde du danger, comme il est écrit (Deutéronome 4,9) : « garde-toi et garde bien ton âme » ; et c’est pourquoi il ordonne que, lorsqu’il bâtit sa maison, il fasse un parapet à son toit et ne laisse pas en sa possession de dommage ni d’obstacle où les gens trébuchent, et qu’il ne mette pas de sang dans sa maison ; et semblablement celui qui élève un chien méchant ou place une échelle branlante dans sa maison, et ainsi l’ont mentionné nos Sages, de mémoire bénie. « Si le tombeur tombe » : peut-être tombera-t-il.
וע"ד המדרש ועשית מעקה לגגך כי יפול הנופל ממנו, ראוי היה ליפול מששת ימי בראשית, אבל אתה לא תגרום שתהא מיתתו על ידך. וענין המדרש הזה, כי כל הנבראים כלן נבראו בחפצם ורצונם והקב"ה הודיעם בראשית הבריאה כל עניניהם כלם וכל המקרים העתידים לבא עליהם, וכן הודיעם ימי חייהם ומיתתם היאך תהיה, וכן ענין מזונותם אם בריוח אם בצער אם ע"י עצמן אם משל אחרים, וכן דרשו רז"ל כל מעשה בראשית לדעתם נבראו לצביונם נבראו שנאמר (בראשית ב׳:א׳-ב׳) וכל צבאם, והכל רצו וקבלו, ועל זה אמרו ראוי היה ליפול מששת ימי בראשית, ואף על פי כן יש עונש גדול למי שמסבב, ולכך ועשית מעקה לגגך.
Et selon le Midrash, « et tu feras un parapet à ton toit, car celui qui en tombera » : il était destiné à tomber depuis les six jours de la Création, mais toi, tu ne causeras pas que sa mort soit par ta main. Et le sujet de ce Midrash est que toutes les créatures ont été créées selon leur désir et leur volonté, et le Saint, béni soit-Il, leur a fait connaître au début de la Création toutes leurs affaires et tous les événements à venir sur elles, et Il leur a fait connaître les jours de leur vie et leur mort, comment elle sera, et de même la question de leur subsistance, si dans l’aisance ou dans la peine, par elles-mêmes ou de ce qui est aux autres ; et ainsi nos Sages, de mémoire bénie, ont tiré : toute l’œuvre de la Création a été créée de leur gré, a été créée selon leur volonté (tsivyonam), car il est dit (Genèse 2,1-2) « et toute leur armée (tseva’am) », et tous ont voulu et accepté ; et sur cela ils ont dit « il était destiné à tomber depuis les six jours de la Création » ; et malgré cela, il y a une grande peine pour celui qui cause ; c’est pourquoi « et tu feras un parapet à ton toit ».
וע"ד הקבלה ועשית מעקה לגגך, אחר שהזכיר בשלוח הקן הבינה שהיא האם לשבעה בנים שגדלה, הוצרך להזכיר במצוה זו היראה והחכמה הדבקים עמה כדי להשלים כל העשר, כי המעקה הוא דבר הסובב והמקיף והוא מקור עליון, קדוש הוא בחכמה ובתבונה ובדעת, והגג הפרוש על הבית הוא החכמה, ולכך צריך הגג מעקה כדי שלא יפריד ויקצץ, כי ראשית חכמה יראת ה', וזהו עשר ולא תשע, שאם לא כן ישים דמים בבית ה' וישם אשם בנפשו להסתכן בעצמו, ובודאי יפול ממעלתו ויכשל בהשגתו, זהו כי יפול הנופל ממנו ולא אמר פן יפול, כי בודאי יפול משם כיון שאין מעקה.
Et selon la Kabbale, « et tu feras un parapet à ton toit » : après avoir mentionné dans le renvoi du nid la Bina, qui est la mère des sept fils qu’elle a élevés, il lui a fallu mentionner dans ce commandement la Crainte et la Sagesse qui lui sont attachées, pour compléter tous les dix, car le parapet (maaqeh) est une chose qui entoure et encercle, et c’est une source supérieure, sainte par la sagesse, l’intelligence et la connaissance, et le toit étendu sur la maison est la Sagesse, et c’est pourquoi le toit a besoin d’un parapet, afin qu’il ne sépare pas et ne coupe pas, car « le commencement de la sagesse est la crainte de l’Éternel » ; et c’est dix et non neuf, car sinon il mettrait du sang dans la maison de l’Éternel et mettrait une culpabilité sur son âme en se mettant lui-même en danger, et assurément il tomberait de son niveau et échouerait dans sa compréhension ; c’est « car celui qui en tombera », et il n’a pas dit « de peur qu’il ne tombe », car assurément il en tombera, puisqu’il n’y a pas de parapet.
או יאמר כי יפול הנופל ממנו, כי יפול כמו הנופל ממנו, וירמוז לאלישע בן אבויה אחר שנפל וקצץ בנטיעות, ואף על פי שהוא לא נפל ממנו מאותו מקום ממש שהיה קצוצו למטה, מ"מ הכל נקרא קצוץ בין למטה בין למעלה.
Ou bien il dira « car celui qui en tombera » : « car il tombera » comme celui qui en tombe, et il fait allusion à Élisha ben Avouya après qu’il fut tombé et eut coupé les plantations ; et bien qu’il ne soit pas tombé de ce lieu même, car la coupure qu’il avait opérée se situait en bas, de toute façon tout est appelé coupé, tant en bas qu’en haut.
לא תזרע כרמך כלאים. קבלו רז"ל שאינו חייב עד שיזרע חטה ושעורה וחרצן במפולת יד, וזהו לשון לא תזרע כרמך כלאים, כרמך הוא החרצן כלאים הם חטה ושעורה. ודקדקו זה רז"ל ממה שכתוב כרמך כלאים ולא אמר כרמך לא תזרע כלאים כמו שאמר (ויקרא י״ט:י״ט) שדך לא תזרע כלאים, שאלו אמר כן הייתי מבין כרמך שהוא זרוע חרצן לא תזרענו כלאים שהן חטה ושעורה, אבל עכשו כשאמר כרמך כלאים יש להבין שהוא זורע זריעת החרצן והכלאים כאחד, אם כן אינו חייב עד שיזרע חטה ושעורה וחרצן במפולת יד כקבלת רז"ל.
« Tu ne sèmeras pas ta vigne de deux espèces (kilayim). » Nos Sages, de mémoire bénie, ont reçu qu’il n’est tenu que s’il sème blé, orge et pépin en un jet de main, et c’est l’expression « tu ne sèmeras pas ta vigne de kilayim » : ta vigne, c’est le pépin ; kilayim, ce sont le blé et l’orge. Et nos Sages, de mémoire bénie, l’ont déduit avec précision de ce qui est écrit « ta vigne kilayim » et qu’il n’a pas dit « ta vigne, tu ne sèmeras pas kilayim », comme il a dit (Lévitique 19,19) « ton champ, tu ne sèmeras pas kilayim » ; car s’il avait dit ainsi, j’aurais compris : ta vigne qui est semée de pépin, ne la sème pas de kilayim, qui sont blé et orge ; mais maintenant qu’il a dit « ta vigne kilayim », on doit comprendre qu’il sème la semence du pépin et les kilayim ensemble ; s’il en est ainsi, il n’est tenu que s’il sème blé, orge et pépin en un jet de main, selon la tradition de nos Sages, de mémoire bénie.
ומי שזרע חטה ושעורה וחרצן בארץ לוקה שתים, אחת משום כלאי זרעים ואחת משום כלאי כרם, כלאי זרעים אינו חייב בהן אלא בארץ אבל כלאי הכרם אפילו בחוצה לארץ בזמן הזה חייב מדרבנן, מתוך שהתורה החמירה בהן איסור הנאה בארץ, שנאמר פן תקדש, ודרשו רבותינו ז"ל פן תוקד אש. וטעם איסור הכלאים סודו הוא ערבוב הכחות העליונים למעלה, וכבר הארכתי בפסוק את חקותי תשמרו (ויקרא י״ט:י״ט) בסדר קדושים תהיו.
Et celui qui a semé blé, orge et pépin dans le pays est flagellé deux fois, une pour kilayim de semences et une pour kilayim de vigne ; pour kilayim de semences il n’est tenu que dans le pays, mais pour kilayim de vigne, même hors du pays, à l’époque actuelle, il est tenu d’ordre rabbinique, car la Torah a rendu sévère sur eux l’interdit de jouissance dans le pays, comme il est dit « de peur que ne soit sanctifié (tiqdash) », et nos maîtres, de mémoire bénie, ont tiré « de peur qu’un feu ne soit allumé (touqad esh) ». Et la raison de l’interdit des kilayim, son secret est le mélange des forces supérieures en haut, et j’ai déjà développé sur le verset « vous garderez mes lois » (Lévitique 19,19) dans la section Qedochim tihyou.
לא תחרוש בשור ובחמור יחדו. דבר הכתוב בהווה שור וחמור בחרישה, והוא הדין לכל עבודה שאסור לזווג שני מינין כאחד למשוך בהן את העגלה.
« Tu ne laboureras pas avec un bœuf et un âne ensemble. » L’Écriture parle du cas habituel, bœuf et âne au labour, et il en va de même de tout travail : il est interdit d’atteler deux espèces ensemble pour tirer le chariot.
וכתב החכם רבי אברהם בטעם מצוה זו כי ה' חמל על כל מעשיו, כי אין כח החמור ככח השור. ולפי דבריו יהיה שור וחמור דוקא ולא בהמות אחרות, ואין זה דעת רז"ל. אבל עקר הטעם במצוה זו משום חשש כלאים כי שמא יבאו להרבעה, ודרך עובד אדמה להביא צמדו אל הרפת ואולי יבאו להרבעה ויעשו ולדות משונים ולהכחיש מעשה בראשית שנאמר בו (בראשית א) למינה, למינהו. ומה שיחזק הטעם הזה מה שהושם באמצע בתוך שני פסוקי הכלאים, פסוק של לפניו לא תזרע כרמך, ושל אחריו לא תלבש שעטנז.
Et le sage Rabbi Avraham a écrit, sur la raison de ce commandement, que l’Éternel a pitié de toutes Ses œuvres, car la force de l’âne n’est pas comme la force du bœuf. Et selon ses paroles, ce serait bœuf et âne précisément et non d’autres bêtes, et ce n’est pas l’avis de nos Sages, de mémoire bénie. Mais l’essentiel de la raison dans ce commandement est le souci des kilayim, car peut-être en viendront-ils à l’accouplement, et la manière du laboureur est d’amener son attelage à l’étable, et peut-être en viendront-ils à l’accouplement et produiront des petits d’une espèce altérée, contredisant ainsi l’œuvre de la Création, dont il est dit (Genèse 1) « selon son espèce », « selon leur espèce ». Et ce qui renforce cette raison, c’est ce qui a été placé au milieu, entre les deux versets des kilayim : le verset précédent « tu ne sèmeras pas ta vigne » et celui d’après « tu ne porteras pas de chaatnez ».
לפי שבאיסור הכלאים נצטוינו בו שלשה דברים, בקרקע ובבהמה ובבגדים, ולכך סדר בכאן שלשה חלקי הכלאים בשלשה פסוקים בזה אחר זה. ובסדר קדושים נתחברו שלשתן בפסוק אחד, הוא שאמר (ויקרא יט) את חקותי תשמרו בהמתך לא תרביע כלאים שדך לא תזרע כלאים ובגד כלאים שעטנז לא יעלה עליך.
Car dans l’interdit des kilayim nous avons été commandés sur trois choses : dans le sol, dans l’animal et dans les vêtements, et c’est pourquoi il a ordonné ici les trois parties des kilayim en trois versets l’un après l’autre. Et dans la section Qedochim, elles se sont rassemblées toutes les trois en un seul verset, c’est ce qu’il a dit (Lévitique 19) : « vous garderez mes lois : ton bétail, tu ne l’accoupleras pas avec une autre espèce ; ton champ, tu ne le sèmeras pas de deux espèces ; et un vêtement de deux espèces, chaatnez, ne montera pas sur toi ».
לא תלבש שעטנז צמר ופשתים יחדו. ארוגים או תפורים זה בזה זהו יחדו, אבל מותר הוא ללבוש בגד של צמר על בגד של פשתים שאין זה יחדו, ועורות של צמר מותר לתופרן בחוטי פשתן לפי שאינן בגד, וסוד המצוה הזאת כבר כתבתיו בסדר קדושים.
« Tu ne porteras pas de chaatnez, laine et lin ensemble. » Tissés ou cousus l’un à l’autre, c’est « ensemble » ; mais il est permis de porter un vêtement de laine sur un vêtement de lin, car ce n’est pas « ensemble », et il est permis de coudre des peaux portant de la laine avec des fils de lin, car elles ne sont pas un vêtement ; et le secret de ce commandement, je l’ai déjà écrit dans la section Qedochim.
גדלים תעשה לך. נקראו הציציות גדלים. וקבלו רז"ל כי מה שנסמכה פרשת ציצית לכלאים להורות שמצות ציצית דוחה אסור כלאים, ודרשינן סמוכין, שאם לא בא להתיר כלאים במצות ציצית למה הוצרך להזכיר כאן אסור כלאים ולהסמיכו למצות ציצית, והלא כבר הוא מוזכר בסדר קדושים. וסוד מצות ציצית כבר הזכרתיו במקומו בפרשת ויאמר. (במדבר טו) ולשון גדילים שהזכיר כאן במלבוש הציצית הוא רמז למה שכתוב (תהלים קד) ה' אלהי גדלת מאד הוד והדר לבשת, והבן זה, כי הלובש ציצית בל"ב חוטין הוא דוגמא, וזה מבואר.
« Tu te feras des franges (gedilim). » Les tsitsit sont appelées « gedilim ». Et nos Sages, de mémoire bénie, ont reçu que si la section des tsitsit a été juxtaposée aux kilayim, c’est pour montrer que le commandement des tsitsit repousse l’interdit des kilayim, et nous déduisons de la juxtaposition : si ce n’était pas pour permettre les kilayim dans le commandement des tsitsit, pourquoi aurait-il eu besoin de mentionner ici l’interdit des kilayim et de le juxtaposer au commandement des tsitsit, alors qu’il est déjà mentionné dans la section Qedochim. Et le secret du commandement des tsitsit, je l’ai déjà mentionné à sa place, dans la section Vayomer (Nombres 15). Et l’expression « gedilim » qu’il a mentionnée ici dans le vêtement des tsitsit est une allusion à ce qui est écrit (Psaumes 104) : « Éternel mon Dieu, Tu es très grand (gadalta meod), de majesté et de splendeur Tu es revêtu » ; et comprends cela, car celui qui porte des tsitsit à trente-deux fils est un modèle, et cela est clair.
על ארבע כנפות כסותך. ממה שכתוב בפרשת ציצית (שם) על כנפי בגדיהם, היה האדם מבין לחייב בציצית כל מה שנקרא בגד, כענין שכתוב (שמות כח) ואלה הבגדים אשר יעשו חשן ואפוד ומעיל, ואפילו אין לו אלא שתי כנפים או שלש בלבד, שהרי הוא אומר כנפי בגדיהם, אבל הכתוב הזה יגלה עתה שאין חיוב הציצית בכל בגד אלא אם כן יש לו ארבע כנפים, כענין הטליתות והסדינין וכיוצא בהן, וטלית בת שתים ושלש כנפים פטור מן הציצית שהרי כתוב ארבע, אבל בעלת חמש חייבת בציצית, שהרי יש בכלל מאתים מנה ויש בכלל חמש ארבע.
« Sur les quatre coins de ton vêtement. » De ce qui est écrit dans la section des tsitsit (ibid.) « sur les coins de leurs vêtements », l’homme aurait compris qu’il faut des tsitsit pour tout ce qui est appelé vêtement, comme il est écrit (Exode 28) « et voici les vêtements qu’ils feront : pectoral, éphod et robe », même s’il n’a que deux coins ou trois seulement, puisqu’il dit « les coins de leurs vêtements » ; mais ce verset révèle maintenant que l’obligation des tsitsit n’est pas dans tout vêtement, sauf s’il a quatre coins, comme les talits, les draps et semblables, et un talit à deux ou trois coins est exempt des tsitsit puisqu’il est écrit « quatre », mais celui à cinq est tenu aux tsitsit, car il y a, compris dans deux cents, une mina (cent), et compris dans cinq, quatre.
וכן אמרו רז"ל על ארבע כנפות כסותך, ארבע ולא שלש, אתה אומר ארבע ולא שלש או אינו אלא ארבע ולא חמש, כשהוא אומר אשר תכסה בה הרי בעלת חמש אמור, הא מה אני מקיים ארבע, ארבע ולא שלש, ומה ראית לרבות בעלת חמש ולהוציא בעלת שלש, מרבה אני בעלת חמש שבכלל חמש ארבע ומוציא אני בעלת שלש שאין בכלל שלש ארבע.
Et ainsi ont dit nos Sages, de mémoire bénie : « sur les quatre coins de ton vêtement » : quatre et non trois ; tu dis quatre et non trois, ou bien est-ce quatre et non cinq ? Lorsqu’il dit « dont tu te couvres », voici que celui à cinq est dit ; alors comment maintiens-je « quatre » ? Quatre et non trois. Et qu’as-tu vu pour inclure celui à cinq et exclure celui à trois ? J’inclus celui à cinq car dans cinq est compris quatre, et j’exclus celui à trois car dans trois n’est pas compris quatre.
ולקח אבי הנערה ואמה. אם הם בחיים, או ממונה בית דין.
« Et le père de la jeune fille et sa mère prendront. » S’ils sont en vie, ou bien celui qui est nommé par le tribunal.
ופרשו השמלה. אין זו שמלה ממש אלא שנושאין ונותנין בענין זה עד שיתחורו הדברים כשמלה, כן פירש רש"י.
« Et ils étendront le vêtement (simlah). » Ce n’est pas un vêtement réel, mais ils débattent et discutent de cette affaire jusqu’à ce que les choses deviennent claires comme un vêtement ; ainsi a expliqué Rachi, de mémoire bénie.
אבל הרמב"ן פירש שהוא שמלה ממש, שאם לא כן מה טיבה של אֵם לבא לב"ד ודי באביה שיתבע תביעתו ויאמר את בתי נתתי לאיש הזה, והֵאם לאו בעלת דברים דידיה היא, אבל מפני שהוא שמלה ממש ודרך הנשים להתעסק בזה ולהיותן בקיאות בדמים לכך נזכרה הֵאם בפרשה, וזהו לשון הכתוב שהזכיר תחלה ולקח אבי הנערה ואמה והוציאו וגו', בשניהם ידבר, ואחר כך יחזור לאב לבדו ואמר אבי הנערה, וחזר ואמר ופרשו השמלה, בשניהם, כי אחר שסדר האב טענותיו בבית דין יתפוש בשמלה שהביאה אשתו תחת כנפי כסותה ויפרשו אותה שניהם לפני הב"ד, עד כאן.
Mais le Ramban a expliqué que c’est un vêtement réel, car sinon, quel est le rôle de la mère à venir au tribunal, alors qu’il suffit que son père plaide sa plainte et dise « j’ai donné ma fille à cet homme », or la mère n’est pas partie à ce litige. Mais parce que c’est un vêtement réel et que la manière des femmes est de s’en occuper et d’être expertes en sang, c’est pourquoi la mère est mentionnée dans la section, et c’est l’expression du verset qui a mentionné d’abord « et le père de la jeune fille et sa mère prendront et feront sortir, etc. » : il parle des deux, et ensuite il revient au père seul et dit « le père de la jeune fille », et il revient et dit « et ils étendront le vêtement » : des deux, car après que le père a ordonné ses plaidoiries au tribunal, il saisira le vêtement que sa femme a apporté sous les pans de son vêtement et ils l’étendront tous deux devant le tribunal. Jusqu’ici.
וטעם וענשו אותו מאה כסף, כתב הרב ז"ל בספר המורה לפי שמהר האשה הנזכר בתורה הוא חמשים כסף, והאיש הזה המוציא שם רע רצה להפסיד ממנה כתובתה ולפוטרה בלא כלום, לכך חייבתו תורה לשלם הכפל כענין (שמות כב) אשר ירשיעון אלהים ישלם שנים לרעהו, וכענין שמצינו בעדים זוממין שהם נענשים כפי מחשבתם, כן מוציא שם רע זה הוא רצה לבא עליה דרך זנות, לכך ויסרו אותו, הוא רצה להפסיד ממנה חמשים לכך וענשו אותו מאה, הוא רצה לבגוד בה ולשלחה לכך לא יוכל לשלחה.
Et la raison de « et ils le condamneront à cent d’argent » : le Rav, de mémoire bénie, a écrit dans le Guide (Moré) : parce que le mohar de la femme mentionné dans la Torah est de cinquante d’argent, et cet homme qui diffame voulait lui faire perdre sa ketouba et la renvoyer sans rien, c’est pourquoi la Torah l’a obligé à payer le double, comme (Exode 22) « celui que Dieu condamnera paiera le double à son prochain », et comme nous trouvons pour les témoins comploteurs, qui sont punis selon leur pensée, ainsi ce diffamateur voulait venir à elle par voie de débauche, c’est pourquoi « et ils le corrigeront » ; il voulait lui faire perdre cinquante, c’est pourquoi « et ils le condamneront à cent » ; il voulait la trahir et la renvoyer, c’est pourquoi « il ne pourra pas la renvoyer ».
ומתו גם שניהם, האיש השוכב עם אשה בעולת בעל והאשה. אף על פי ששניהם חייבין הנה פשע האיש גדול מפשע האשה, וזהו שהוצרך לחזור האיש השוכב עם האשה והאשה, תלה הפשע באיש השוכב ולא אמר והאשה הנשכבת, כן פירש הרמב"ן ז"ל. ודרשו ז"ל בפ"ק דקדושין, ומתו גם שניהם כששניהם שוין, כלומר בחיוב מיתה, לאפוקי גדול הבא על הקטנה דלאו בת עונשין היא. ועוד דרשו, גם שניהם לרבות את הולד, וכדאמרינן בערכין האשה היוצאת ליהרג אין ממתינין לה עד שתלד, ישבה לה על משבר ממתינין לה עד שתלד, דאמר רבי אבהו אמר רבי יוחנן גם שניהם לרבות את הולד.
« Et ils mourront, eux deux aussi : l’homme qui couche avec la femme, épouse d’un mari, et la femme. » Bien que les deux soient coupables, voici que la faute de l’homme est plus grande que la faute de la femme, et c’est pourquoi il a fallu répéter « l’homme qui couche avec la femme et la femme » : il a imputé la faute à l’homme qui couche et n’a pas dit « et la femme couchée » ; ainsi a expliqué le Ramban, de mémoire bénie. Et ils ont tiré, de mémoire bénie, au premier chapitre de Qiddouchin : « eux deux aussi » : lorsque les deux sont égaux, c’est-à-dire quant à l’obligation de mort, à l’exclusion d’un adulte qui vient sur une petite, car elle n’est pas passible de peines. Et ils ont encore tiré : « eux deux aussi » pour inclure le fœtus, et comme nous disons dans Arakhin : une femme qui sort pour être mise à mort, on ne l’attend pas jusqu’à ce qu’elle accouche ; si elle s’est assise sur le siège d’accouchement, on l’attend jusqu’à ce qu’elle accouche, car Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Yo’hanan : « eux deux aussi » pour inclure le fœtus.
על דבר אשר ענה. היה לו לומר אשר שכב, כי אם הוצרך לענותה הרי אנוסה היא ופטורה ואם כן איך יחייבנה הכתוב סקילה, אלא בודאי לרצונה היה, ומה שהזכיר לשון ענה כלומר שנחשוב אותו כמענה לדונו בסקילה, ונחשוב את האשה כמתרצה לחייב אותה מיתה מאחר שהיה בעיר והיתה יכולה לצעוק ולא צעקה, ונחשוב את האיש כמענה ואונס אותה כשלא פתה אותה קודם לכן ונחייבהו מיתה. ומה שהזכירה תורה עיר ושדה אינו דוקא, שאם זנתה בעיר לרצונה שנסקלת, ואם נאנסה בשדה שהיא פטורה, שהרי הכתוב לא דבר אלא בהוה שהאונס מצוי בשדה ולא בעיר, ובודאי אם נאנסה אפילו בעיר פטורה ואם זנתה לרצונה בשדה חייבת, והכל תלוי בעדות העדים.
« Parce qu’il l’a violentée (‘ana). » Il aurait dû dire « qu’il a couché », car s’il a fallu l’affliger, voici qu’elle est contrainte et exempte, et s’il en est ainsi, comment l’Écriture l’obligerait-elle à la lapidation ? Mais certainement c’était de son gré, et ce qu’il a mentionné l’expression « ‘ana » signifie que nous le considérions comme celui qui violente pour le juger à la lapidation, et que nous considérions la femme comme consentante pour l’obliger à la mort, puisqu’il était en ville et qu’elle pouvait crier et n’a pas crié, et que nous considérions l’homme comme celui qui afflige et la force, alors qu’il ne l’a pas séduite auparavant, et que nous l’obligions à la mort. Et ce que la Torah a mentionné ville et champ ne doit pas être pris comme une distinction absolue : si elle a fauté en ville de son gré, elle est lapidée, et si elle a été contrainte au champ, elle est exempte, car l’Écriture ne parle que du cas habituel, où la contrainte arrive au champ et non en ville ; et assurément, si elle a été contrainte même en ville, elle est exempte, et si elle a fauté de son gré au champ, elle est coupable, et tout dépend du témoignage des témoins.
כי כאשר יקום איש על רעהו. בארו לנו רז"ל טעם האריכות הזה במשל הרוצח, והיה מספיק שיתן טעם על אונס שלה שאמר צעקה הנערה המאורסה, ועל כן דרשו בו הרי זה בא ללמד ונמצא למד, כלומר שרוצח בא ללמד על נערה מאורסה ונמצא אף למד ממנה, מקיש נערה מאורסה לרוצח, מה רוצח יהרג ואל יעבור, כלומר שאם יצוה עליו אנס להרוג את חברו או יהרגוהו יש עליו למסור עצמו להריגה ולא יהרוג, משום דסברא הוא וכדאמר רבא מאי חזית דדמא דידך סומק טפי דלמא דמא דההוא גברא סומק טפי, ועל כן אין דוחין נפש מפני נפש, אף נערה המאורסה אם אומר לו לאדם שיבא עליה או יהרגוהו, יהרג ואל יעבור.
« Car, comme un homme se lève contre son prochain. » Nos Sages, de mémoire bénie, nous ont expliqué la raison de cette longueur dans la parabole du meurtrier : il suffisait de donner la raison de sa contrainte, en disant « la jeune fille fiancée a crié » ; et c’est pourquoi ils ont tiré : voici que ceci vient enseigner et se trouve recevoir un enseignement, c’est-à-dire que le meurtrier vient enseigner au sujet de la jeune fille fiancée et se trouve qu’il apprend aussi d’elle ; il compare la jeune fille fiancée au meurtrier : de même que le meurtrier, qu’on le tue plutôt qu’il transgresse, c’est-à-dire que si un contraignant lui ordonne de tuer son prochain, ou qu’on le tuera, il est tenu de se livrer à la mort et de ne pas tuer, parce que c’est une logique, et comme l’a dit Rava : qu’as-tu vu que ton sang est plus rouge ? Peut-être le sang de cet homme est plus rouge ; et c’est pourquoi on ne repousse pas une vie pour une vie ; de même la jeune fille fiancée, si on dit à un homme de venir sur elle ou qu’on le tuera, qu’il soit tué et ne transgresse pas.
ואפילו על אשה פנויה אמרו רז"ל בההוא גברא שהעלה בלבו טינא עליה ונטה למות לרוב חשקו בה, ואמרו הרופאים שאין לו תקנה עד שתבעל לו או תעמוד לפניו ערומה, שאלו לחכמים ז"ל ואמרו ימות ולא תבעל לו, ימות ואל תעמוד לפניו ערומה, ימות ואל תספר עמו מאחורי הגדר משום גדרן של עריות ופגם משפחה. ומה נערה המאורסה נתן להצילו בנפשו של אונס, שנאמר ואין מושיע לה, הא יש מושיע לה חייב להושיע בכל דבר שיכול להושיע, אף רוצח נתן להצילו בנפשו, כלומר כי מי שרואה אדם רודף אחרי חברו להרגו חייב להצילו לנרדף בנפשו של רודף.
Et même pour une femme non mariée, nos Sages, de mémoire bénie, ont parlé de cet homme qui avait conçu en son cœur une passion pour elle et qui penchait vers la mort à cause de son grand désir d’elle, et les médecins dirent qu’il n’y avait pas de remède pour lui jusqu’à ce qu’elle ait relation avec lui ou se tienne nue devant lui ; ils posèrent la question aux Sages, de mémoire bénie, et ceux-ci dirent : qu’il meure et qu’elle n’ait pas relation avec lui, qu’il meure et qu’elle ne se tienne pas nue devant lui, qu’il meure et qu’elle ne parle pas avec lui derrière la clôture, à cause de la clôture des interdits de mœurs et de l’atteinte à la famille. Et de même que la jeune fille fiancée, il est permis de la sauver au prix de la vie du contraignant, comme il est dit « et il n’y a personne pour la sauver », donc s’il y a quelqu’un pour la sauver, il est tenu de sauver par tout moyen qu’il peut, ainsi, face au meurtrier, il est permis de sauver la victime au prix de la vie de son agresseur, c’est-à-dire que celui qui voit un homme poursuivre son prochain pour le tuer est tenu de sauver le poursuivi au prix de la vie du poursuivant.
ומטעם זה התירו רז"ל באשה המקשה לילד ומסוכנת הרבה שמותר להמית את העובר כדי להציל את האם, וזה מדין רודף, שהרי עובר זה הוא מצר לאמו ורוצה הוא להמיתה, וכיון שכן רודף הוא ומותר להרגו, ומצילין את הנרדף שהיא אמו בנפשו של רודף שהוא העובר, ולפיכך מותר להשקותה משקה או לעשן אותה כדי שימות הולד ויצא, ואימתי כשלא הוציא העובר ראשו ורובו, אבל הוציא ראשו ורובו הרי זה כאלו נולד כבר ואסור ליגע בו לפי שאין דוחין נפש מפני נפש, וכן שנינו באהלות האשה המקשה לילד מחתכין העובר שבמעיה ומוציאים אותו אברים אברים מפני שחייה קודמין לחייו, יצא רובו אין נוגעין בו שאין דוחין נפש מפני נפש.
Et pour cette raison nos Sages, de mémoire bénie, ont permis, dans le cas d’une femme qui a un accouchement difficile et est en grand danger, de tuer le fœtus pour sauver la mère, et cela d’après la loi du poursuivant, car ce fœtus est une détresse pour sa mère et veut la faire mourir, et puisqu’il en est ainsi, il est un poursuivant et il est permis de le tuer, et on sauve le poursuivi, qui est sa mère, au prix de la vie du poursuivant, qui est le fœtus ; et c’est pourquoi il est permis de lui faire boire une potion ou de la fumiger afin que l’enfant meure et sorte ; et quand ? Tant que le fœtus n’a pas sorti sa tête et sa majeure partie ; mais s’il a sorti sa tête et sa majeure partie, c’est comme s’il était déjà né et il est interdit de le toucher, car on ne repousse pas une vie pour une vie ; et ainsi nous avons enseigné dans Ohalot : une femme qui a un accouchement difficile, on découpe le fœtus qui est dans ses entrailles et on le fait sortir membre par membre, car la vie de la mère passe avant celle du fœtus ; si la majeure partie est sortie, on ne le touche pas, car on ne repousse pas une vie pour une vie.
ובסנהדרין פרק בן סורר מקשינן, אמאי אין דוחין והא אמרת קטן רודף נתן להצילו בנפשו, והאי רודף הוא. ומשני האי קטן לאו רודף הוא, דקטן בעי למיפק ומן שמיא הוא דרדפי עליה. וטעם צעקה כלומר באפשר הוא שצעקה. או יאמר אם צעקה אין מושיע לה, כי אפילו שמעו שלא צעקה פטורה, כיון שאין מושיע לה.
Et dans (le traité) Sanhédrin, chapitre « Ben sorèr », nous demandons : pourquoi ne repousse-t-on pas ? N’as-tu pas dit : si le poursuivant est mineur, il est permis de sauver sa victime au prix de sa vie, et celui-ci est un poursuivant ? Et la réponse : ce petit n’est pas un poursuivant, car le petit veut sortir, et c’est du Ciel qu’on la poursuit. Et la raison de « elle a crié » : c’est-à-dire qu’il est possible qu’elle ait crié. Ou bien il dira : si elle a crié, personne n’est là pour la sauver, car même s’ils ont entendu qu’elle n’a pas crié, elle est exempte, puisqu’il n’y a personne pour la sauver.
לא יקח איש את אשת אביו. באנוסת אביו הכתוב מדבר, ולכך סמך פסוק זה לאנוסה.
« Un homme ne prendra pas la femme de son père. » L’Écriture parle de la femme que son père a violée, et c’est pourquoi elle a juxtaposé ce verset à la femme violée.
ולא יגלה כנף אביו. בשומרת יבם של אביו הכתוב מדבר.
« Et il ne découvrira pas le pan de son père. » L’Écriture parle de la veuve qui attend que son père accomplisse envers elle le lévirat (shomèret yavam).
פצוע דכה. זה שנתבקעו ביציו או אחת מהן. וכרות שפכה. מי שנכרת לו האבר שהוא כלי שממנו ישפוך המים והזרע.
« Patsoua dakha » : celui dont les testicules, ou l’un d’eux, ont été fendus. « Karout shofkha » : celui à qui a été coupé l’organe qui est l’instrument par lequel il verse l’urine et la semence.
בקהל ה'. שלא יחשב כאחד מקהל ה' שיקח בת ישראל. והטעם לפי שעקר הנשואין לפריה ורביה (ישעיהו מ״ה:י״ח) כי לא תהו בראה לשבת יצרה, וכיון שאין אלו ראוין להוליד הרי נשואין הללו לבטלה.
« Dans l’assemblée de l’Éternel. » Qu’il ne soit pas compté comme l’un de l’assemblée de l’Éternel au point de prendre une fille d’Israël. Et la raison : car l’essentiel du mariage est pour croître et se multiplier (Isaïe 45,18) : « il ne l’a pas créée pour le chaos, Il l’a formée pour qu’on l’habite », et puisque ceux-ci ne sont pas aptes à engendrer, voici que ces mariages sont en vain.
וממה שאמר בקהל ה' נראה שהוא מותר באשה שאינה מקהל ה' כגון גיורת ומשוחררת, כי לא אמר הכתוב פצוע דכא וכרות שפכה לא ישא אשה, שאם אמר כן היה מובן מזה שהתשמיש שלא לקיום המין היה אסור, אבל עתה מתוך מה שאסר בקהל ה' והתיר לו שלא בקהל ה' יורה שהתשמיש מותר אפילו שלא לקיום המין.
Et de ce qu’il a dit « dans l’assemblée de l’Éternel », il paraît qu’il lui est permis avec une femme qui n’est pas de l’assemblée de l’Éternel, comme une convertie ou une affranchie, car l’Écriture n’a pas dit « celui dont les testicules sont écrasés et dont l’organe est coupé ne prendra pas de femme », car si elle avait dit ainsi, on aurait compris que les rapports non pour la conservation de l’espèce étaient interdits ; mais maintenant, par ce qu’elle a interdit « dans l’assemblée de l’Éternel » et lui a permis hors de l’assemblée de l’Éternel, cela indique que les rapports sont permis même non pour la conservation de l’espèce.
לא יבא ממזר בקהל ה'. אינו מותר ליקח בת ישראל, אבל מותר הוא בגיורת שהתורה אמרה בקהל ה' וקהל גרים אינן נקראים קהל ה'. ולשון ממזר הוא מי שנולד מן העריות שיש בהן כרת או מיתת ב"ד. ובירושלמי דקדושין אמר רבי אבהו מאי ממזר, מום זר.
« Un mamzer n’entrera pas dans l’assemblée de l’Éternel. » Il n’est pas permis qu’il prenne une fille d’Israël, mais il lui est permis avec une convertie, car la Torah a dit « dans l’assemblée de l’Éternel », et l’assemblée des convertis n’est pas appelée assemblée de l’Éternel. Et le mot mamzer désigne celui qui est né des unions interdites passibles de retranchement ou de mort par le tribunal. Et dans le Yerouchalmi de Qiddouchin, Rabbi Abahou a dit : que signifie mamzer ? Mom zar (une tare étrangère).
על דבר אשר לא קדמו אתכם בלחם ובמים. דרך ארץ הוא לקדם את הבאים בדרך במאכל ובמשתה, לא שהיו ישראל חסרים במדבר, שהרי המן יורד להם והבאר הולך עמהם.
« À cause de ce qu’ils ne sont pas venus à votre rencontre avec du pain et de l’eau. » C’est la bienséance (derekh erets) d’accueillir ceux qui viennent en chemin avec nourriture et boisson ; non que les Israélites aient manqué dans le désert, car la manne descendait pour eux et le puits allait avec eux.
וכתב הרמב"ן ז"ל, הרחיק הכתוב שני האחים האלה שהיו גמולי חסד אברהם שהציל אביהם ואמם מן החרב והשבי, ובזכותו שלחם הש"י מתוך ההפכה, והם חייבין לעשות טובה עם ישראל ועשו עמהם רעה, האחד ששכר עליו בלעם בן בעור והם המואבים, והאחר שלא קדם אותם בלחם ובמים.
Et le Ramban, de mémoire bénie, a écrit : l’Écriture a éloigné ces deux frères, qui étaient redevables de la bonté d’Avraham, qui sauva leur père et leur mère de l’épée et de la captivité, et par son mérite le Nom, béni soit-Il, les fit sortir de la destruction, et ils avaient le devoir de faire du bien à Israël et ils leur ont fait du mal : l’un parce qu’il engagea contre Israël Bilam fils de Beor, et ce sont les Moabites, et l’autre parce qu’il ne les a pas accueillis avec du pain et de l’eau.
והנה עמון הרשיע בזה יותר, כי המואבים ובני עשו כאשר ידעו שהוזהרו ישראל שלא יתגרו בם הוציאו להם לחם ומים, ועמון לא אבה לעשות כן, וזה טעם אשר לא קדמו שלא יצאו לקראתם בלחם ובמים כאשר עשו האחרים, ולכך הקדים הכתוב עמון, והקדים להזכיר פשעו על דבר אשר לא קדמו, ואחר כך הזכיר מואב וחטאתו, זהו ואשר שכר עליך, עד כאן, ודרשו רז"ל, עמוני ולא עמונית, מואבי ולא מואבית, מפני שהאיש דרכו לקדם ואין דרכה של אשה לקדם, כלומר שתוציא מזון חוץ לגבול הארץ וזהו היתר רות המואביה שיצא ממנה דוד.
Et voici qu’Ammon a été plus méchant en cela, car les Moabites et les fils d’Ésaü, quand ils surent qu’Israël avait été averti de ne pas les provoquer, leur sortirent du pain et de l’eau, mais Ammon n’a pas voulu faire ainsi, et c’est la raison de « qu’ils ne sont pas venus à votre rencontre » : qu’ils ne sont pas sortis à leur rencontre avec du pain et de l’eau comme ont fait les autres ; et c’est pourquoi l’Écriture a placé Ammon d’abord, et a mentionné d’abord sa faute « à cause de ce qu’ils ne sont pas venus à votre rencontre », et ensuite a mentionné Moab et son péché, c’est « et parce qu’il a loué contre toi ». Jusqu’ici ; et nos Sages, de mémoire bénie, ont tiré : un Ammonite et non une Ammonite, un Moabite et non une Moabite, parce que l’homme a coutume d’aller à la rencontre et que la femme n’a pas coutume d’aller à la rencontre, c’est-à-dire de sortir de la nourriture hors de la frontière du pays ; et c’est la permission de Ruth la Moabite, de qui est sorti David.
לא תתעב אדומי. אעפ"י שראוי לך לתעבו מפני שיצא בחרב לקראתך, והמצרים גם כן אע"פ שהשליכו זכוריכם ליאור, לא תתעב אותם, מפני שהיו לכם אכסניא בשעת הדחק ונמלטתם עמהם בימי הרעב בכבוד גדול. ואמר עוד לא תתעב אדומי, שיש להם זכות אבות שהיו מזרע הקדש, והרחיקן שלשה דורות לפי שיצאו בחרב לקראתנו. ואמר בשניהם לא תתעב, אדום שקדמם בחרב, ומצרים שהטביעם במים, אבל עמון ומואב שהחטיאום נתעבו, והזכיר הכתוב בהן לא תדרוש שלומם וטובתם, ומכאן דרשו רז"ל שכל המחטיא חברו קשה לו מן ההורגו, ההורגו טורדו מן העולם הזה והמחטיאו טורדו מן העוה"ז ומן העולם הבא.
« Tu n’auras pas en abomination l’Édomite. » Bien qu’il convienne que tu l’aies en abomination parce qu’il est sorti avec l’épée à ta rencontre, et les Égyptiens aussi, bien qu’ils aient jeté vos mâles dans le fleuve, tu ne les auras pas en abomination, parce qu’ils ont été pour vous un lieu d’hospitalité à l’heure de la détresse et que vous avez été sauvés avec eux aux jours de famine avec grand honneur. Et il a dit encore « tu n’auras pas en abomination l’Édomite », car ils ont le mérite des pères qui étaient de la semence de sainteté, et il les a éloignés de trois générations parce qu’ils sont sortis avec l’épée à notre rencontre. Et il a dit pour tous deux « tu n’auras pas en abomination » : Édom qui les devança par l’épée, et l’Égypte qui les noya dans l’eau, mais Ammon et Moab, qui les ont fait pécher, ont été abominés, et l’Écriture a mentionné à leur sujet « tu ne rechercheras ni leur paix ni leur bien », et de là nos Sages, de mémoire bénie, ont tiré que quiconque fait pécher son prochain, c’est plus dur pour lui que celui qui le tue : celui qui le tue le chasse de ce monde, et celui qui le fait pécher le chasse de ce monde et du monde à venir.
ונשמרת מכל דבר רע. אזהרה זו מפני קדושת הארון, וכן מצינו במלחמת מדין שהלך הארון עמהם.
« Et tu te garderas de toute chose mauvaise. » Cet avertissement est à cause de la sainteté de l’Arche, et ainsi nous trouvons dans la guerre de Madian que l’Arche alla avec eux.
וע"ד הפשט מכל דבר רע שאסרה תורה, לפי שמחנות הכנענים בצאתם למלחמה היו משולחים לעשות כל תועבה וכל נבלה ונוהגין בעצמן הפקר בכל הדברים כלן, לכך יזהיר הכתוב מחנה ישראל שישתמרו מכל הדברים הרעים ששאר הכנעניים נוהגים בהן ואינן חוששים עליהם בשעת מלחמה. ודרשו רז"ל, מכל דבר רע אלו עריות ולשון הרע. עריות, ממה שכתוב ולא יראה בך ערות דבר, וזהו שאמר מכל דבר רע. לשון הרע הוא שאמר מכל דבר רע כלומר דבור רע, וזהו לשון הרע. ורצה הכתוב להזהיר על שתים אלה לפי שהן עבירות חמורות והשכינה מסתלקת בשבילן.
Et selon le sens simple, « de toute chose mauvaise » que la Torah a interdite, car les camps des Cananéens, lorsqu’ils sortaient en guerre, étaient livrés sans frein à faire toute abomination et toute infamie et se conduisaient eux-mêmes comme sans maître dans toutes ces choses, c’est pourquoi l’Écriture avertit le camp d’Israël de se garder de toutes les mauvaises choses que les autres Cananéens pratiquent et dont ils ne se soucient pas en temps de guerre. Et nos Sages, de mémoire bénie, ont tiré : « de toute chose mauvaise » : ce sont les unions interdites et la médisance (lashon hara). Les unions interdites, de ce qui est écrit « et qu’il ne voie en toi rien d’indécent », et c’est ce qu’il a dit « de toute chose mauvaise ». La médisance, c’est ce qu’il a dit « de toute chose mauvaise », c’est-à-dire parole mauvaise, et c’est la médisance. Et l’Écriture a voulu avertir sur ces deux-là parce que ce sont des transgressions graves et que la Chekhina se retire à cause d’elles.
ועוד דרשו רז"ל במסכת עבודה זרה, ונשמרת מכל דבר רע שלא יהרהר אדם ביום ויבא לידי טומאה בלילה. וזהו שסמך לו כי יהיה בך איש אשר לא יהיה טהור מקרה לילה, מכאן אמר רבי פנחס בן יאיר זהירות מביאה לידי זריזות, זריזות מביאה לידי נקיות, נקיות מביאה לידי פרישות, פרישות מביאה לידי טהרה, טהרה מביאה לידי קדושה, קדושה מביאה לידי יראת חטא, יראת חטא מביאה לידי ענוה, ענוה מביאה לידי חסידות, חסידות מביאה לידי רוח הקודש. הזכיר החכם ז"ל בכאן עשר מדות, חמש גופניות וחמש שכליות, וכלן מביאות אל העשירית שהיא רוח הקודש.
Et ils ont encore tiré, dans le traité Avoda Zara : « et tu te garderas de toute chose mauvaise » : que l’homme ne nourrisse pas de pensées érotiques le jour, pour ne pas en venir à l’impureté la nuit. Et c’est ce qu’il a juxtaposé : « s’il y a parmi toi un homme qui n’est pas pur par un accident de nuit ». De là Rabbi Pin’has ben Yaïr a dit : la vigilance amène à l’empressement, l’empressement amène à la propreté, la propreté amène à la séparation, la séparation amène à la pureté, la pureté amène à la sainteté, la sainteté amène à la crainte du péché, la crainte du péché amène à l’humilité, l’humilité amène à la piété, la piété amène à l’esprit saint. Le sage, de mémoire bénie, a mentionné ici dix qualités, cinq corporelles et cinq intellectuelles, et toutes amènent à la dixième, qui est l’esprit saint.
ויתד תהיה לך על אזנך. האל"ף נוספת, ובאורו על כלי זין שלך. ומצוה זו היתה מעלה גדולה וכבוד לישראל בהיות השכינה מתהלכת בקרב מחניהם, והיה לאחר שסרחו, כי עד שלא סרחו לא היו צריכין לה כי המן היה נבלע באברים ומפיג גם טעם שאר המזונות, אבל לאחר שסרחו הוצרכו לה, וכבר הזכרתי מזה בסדר בהעלותך. ודרשו רז"ל ביומא ריש פרק יום הכפורים, תנא כשהן נפנין לא היו נפנין לצדיהם ולא לפניהם אלא לאחוריהם, והענין כי היו ענני כבוד מתפשטין לכל צד לפניהם ולצדיהם, אבל לא היו עוברין מאחורי ישראל.
« Et tu auras un piquet (yated) avec ton équipement (‘azeneka). » Le alef est en plus, et son explication est : sur ton arme. Et ce commandement était une grande élévation et un honneur pour Israël, du fait que la Chekhina marche au milieu de leurs camps, et cela eut lieu après qu’ils eurent fauté, car tant qu’ils n’avaient pas fauté, ils n’en avaient pas besoin, car la manne était absorbée dans les membres et dissipait aussi le goût des autres aliments, mais après qu’ils eurent fauté, ils en eurent besoin, et j’en ai déjà mentionné dans la section Behaalotekha. Et nos Sages, de mémoire bénie, ont tiré dans Yoma, au début du chapitre « Yom ha-Kippourim » : on a enseigné : lorsqu’ils faisaient leurs besoins, ils ne les faisaient ni de leurs côtés ni devant eux, mais derrière eux ; et l’affaire est que les nuées de gloire s’étendaient de tous les côtés, devant eux et sur leurs côtés, mais ne passaient pas derrière Israël.
לא תסגיר עבד אל אדוניו. האדון הזה איננו ישראל, ועבד זה ברח מחוצה לארץ לארץ, ואסור להסגירו לידי אדוניו שבחוצה לארץ, וזה משום חבת הארץ, וכופין את רבו לכתוב לו גט שחרור ולהתירו בישראל ויכתוב לו העבד שטר על דמיו.
« Tu ne livreras pas un esclave à son maître. » Ce maître n’est pas un Israélite, et cet esclave s’est enfui de l’étranger vers le pays, et il est interdit de le livrer entre les mains de son maître qui est à l’étranger, et cela à cause de l’affection pour le pays, et l’on contraint son maître à lui écrire un acte d’affranchissement et à lui permettre d’épouser une Israélite, et l’esclave lui écrit une reconnaissance de dette correspondant à sa valeur.
לא תהיה קדשה. לאו זה אזהרה באשה הנשכבת, וכן לא יהיה קדש, אזהרה לב"ד.
« Il n’y aura pas de qedecha. » Cette interdiction est un avertissement pour la femme qui se couche, et de même « il n’y aura pas de qadech » est un avertissement pour le tribunal.
לא תשיך לאחיך. אזהרה ללוה. (ויקרא כ״ה:ל״ז) את כספך לא תתן, לו אזהרה למלוה. ונקרא הרבית נשך מלשון (קהלת י׳:י״א) אם ישוך הנחש, להורות כי כשם שארס הנחש נכנס מן הנושך אל הנשוך באבריו וגידיו, כן עונש האסור נכנס בממונו של מלוה ברבית. נשך כל דבר, אפילו דבור אסור, כך דרשו מנין לנושה בחברו מנה ואין הלוה רגיל להקדים לו שלום שאסור להקדים לו שלום, שנאמר נשך כל דבר אפילו דבור אסור. וזה כלל לכל שאר התועלות וההנאות שאסור לו ללוה לעשותן אלא אם כן היה רגיל להם קודם ההלואה.
« Tu ne feras pas payer d’intérêt à ton frère. » Avertissement pour l’emprunteur. (Lévitique 25,37) « Ton argent, tu ne le lui donneras pas » : avertissement pour le prêteur. Et l’intérêt est appelé nechekh, de l’expression (Ecclésiaste 10,11) « si le serpent mord (yashokh) », pour indiquer que, de même que le venin du serpent entre du mordeur dans le mordu, dans ses membres et ses nerfs, ainsi la peine de l’interdit entre dans l’argent du prêteur à intérêt. « Nechekh de toute chose » : même une parole est interdite ; ainsi ont-ils tiré : d’où savons-nous que celui qui a une créance d’une mina sur son prochain, et que l’emprunteur n’a pas l’habitude de le saluer le premier, il est interdit de le saluer le premier ? Car il est dit « nechekh de toute chose » : même une parole est interdite. Et c’est une règle pour tous les autres avantages et jouissances qu’il est interdit à l’emprunteur de faire, sauf s’il y était habitué avant le prêt.
לנכרי תשיך. אסר הרבית מישראל גם בעשה. ודעת הרמב"ם ז"ל שזו מצות עשה, וחשבה מכלל רמ"ח מצות עשה. ויש שפירש לנכרי תשיך שאינה מצוה אלא רשות, כמו (שמות כ׳:ט׳) ששת ימים תעבוד, וכונתם שהתורה לא קבעה מצוה בזה על כל פנים להלוות לעכו"ם ברבית אלא שהרשות בידו אם ירצה אם לא, כי לא אסרה אותו.
« À l’étranger tu pourras prêter à intérêt. » L’Écriture a interdit l’intérêt à Israël aussi par un commandement positif. Et l’avis du Rambam, de mémoire bénie, est que c’est un commandement positif, et il l’a compté parmi les deux cent quarante-huit commandements positifs. Et certains ont expliqué que « à l’étranger tu pourras prêter à intérêt » n’est pas un commandement mais une permission, comme (Exode 20,9) « six jours tu travailleras », et leur intention est que la Torah n’a pas fixé de commandement à ce sujet, de toute façon, de prêter à intérêt aux idolâtres, mais que la permission est en sa main, s’il le veut ou non, car elle ne l’a pas interdit.
ומה שאמרו במסכת מכות (תהילים ט״ו:ה׳) כספו לא נתן בנשך, אפילו רבית דעכו"ם, אין להבין מזה אסור אלא דרך גדר וחומרא הוא במי שנוהג באותן המדות והוא גודר עצמו בגדרים וסייגים שיזכה לאותן המעלות הנזכרות באותו מזמור, וכבר התירו רז"ל בפירוש רבית העכו"ם בכדי חייו, והוא שאמרו בבבא מציעא אסור להלוות ברבית לגוי ביותר מכדי חייו אא"כ הוא תלמיד חכם, גזרה שמא ילמד ממעשיו.
Et ce qu’ils ont dit dans le traité Makkot (Psaumes 15,5) « son argent, il ne l’a pas donné à intérêt » : même l’intérêt de l’idolâtre, il ne faut pas comprendre de là un interdit, mais c’est par voie de clôture et de rigueur pour celui qui pratique ces qualités et se clôture de clôtures et de barrières pour mériter ces niveaux mentionnés dans ce psaume, et nos Sages, de mémoire bénie, ont déjà permis expressément l’intérêt de l’idolâtre dans la mesure de sa subsistance, et c’est ce qu’ils ont dit dans Bava Metsia : il est interdit de prêter à intérêt à un non-Juif au-delà de sa subsistance, sauf s’il est disciple de sages, par précaution qu’il n’apprenne de ses actes.
ומה שאמרו בספרי לנכרי תשיך זו מצוה עשה, לא לענין שהתורה קבעה בזה מצות עשה, אלא כנגד המלוה ברבית לישראל חברו אמרו כן, שהמלוה לישראל ברבית עובר על מצות עשה דלנכרי תשיך, שכן משמע לנכרי תשיך ולא לישראל, ולאו הבא מכלל עשה עשה. וכיוצא בעשה זו דרשו בספרי בענין דגים (ויקרא יד) את זה תאכלו, זו מצוה עשה. וכל אשר אין לו, זו מצות לא תעשה.
Et ce qu’ils ont dit dans le Sifré « à l’étranger tu pourras prêter à intérêt » : c’est un commandement positif, ce n’est pas au sens que la Torah ait fixé là un commandement positif, mais ils l’ont dit à l’encontre de celui qui prête à intérêt à un Israélite, son prochain, car celui qui prête à intérêt à un Israélite transgresse le commandement positif « à l’étranger tu pourras prêter », car cela signifie « à l’étranger, et non à un Israélite », et un interdit qui découle d’un commandement positif est un commandement positif. Et semblablement à ce commandement positif, ils ont tiré dans le Sifré sur les poissons (Lévitique 14) « ceci vous mangerez » : c’est un commandement positif ; et « tout ce qui n’a pas » : c’est un commandement négatif.
וכי חייב הוא לאכול דגים טהורים, אלא הכונה היא שאם אכל דגים טמאים עבר על עשה דאת זה תאכלו ועל לא תעשה של וכל אשר אין לו, וכן בכאן ברבית בא ללמד על המלוה לישראל ברבית שעובר בעשה ולא תעשה דלנכרי תשיך, כלומר ולא לאחיך, ולאו הבא מכלל עשה עשה, ולא תעשה דולאחיך לא תשיך.
Est-il donc tenu de manger des poissons purs ? Mais l’intention est que s’il a mangé des poissons impurs, il a transgressé le commandement positif « ceci vous mangerez » et le commandement négatif « et tout ce qui n’a pas », et de même ici pour l’intérêt, il vient enseigner sur celui qui prête à intérêt à un Israélite qu’il transgresse un commandement positif et un commandement négatif de « à l’étranger tu pourras prêter », c’est-à-dire « et non à ton frère », et un interdit qui découle d’un commandement positif est un commandement positif, et le commandement négatif de « et à ton frère tu ne prêteras pas à intérêt ».
ודרשו רז"ל, ולאחיך לא תשיך שעושה מעשה אחיך, וזה לרבות את הגרים שאסור לך להלוותן ברבית, ולהוציא זרעו של עשו שאעפ"י שכתוב בו (במדבר כ׳:י״ד) כה אמר אחיך ישראל, אחרי כן הותר, שכן הזכיר הנביא (עובדיה יא) ביום עמדך מנגד ביום שבות זרים חילו ונכרים באו שעריו ועל ירושלים ידו גורל גם אתה כאחד מהם, למדך שכבר נתבטלה האחוה ויצאה מכללה והרי הוא כשאר האומות הזרים, שהרי הרבית לא נאסר לישראל אלא מטעם שנצטוינו להחיותו ולעשות עמו גמילות חסדים, ממה שכתוב (ויקרא כ״ה:ל״ו) וחי אחיך עמך.
Et nos Sages, de mémoire bénie, ont tiré : « et à ton frère tu ne prêteras pas à intérêt » : qui fait l’action de ton frère, et cela pour inclure les convertis, à qui il t’est interdit de prêter à intérêt, et pour exclure la descendance d’Ésaü : bien qu’il soit écrit à son sujet (Nombres 20,14) « ainsi dit ton frère Israël », il a ensuite été permis, car le prophète a mentionné (Abdias 11) : « le jour où tu te tenais à l’écart, le jour où des étrangers emmenaient son armée captive, et que des étrangers entraient dans ses portes et jetaient le sort sur Jérusalem, toi aussi tu étais comme l’un d’eux » ; cela t’enseigne que la fraternité a déjà été annulée et est sortie de son champ, et voici qu’il est comme les autres nations étrangères, car l’intérêt n’a été interdit à Israël que pour la raison que nous avons été commandés de le faire vivre et de lui faire des actes de bonté, d’après ce qui est écrit (Lévitique 25,36) : « et que ton frère vive avec toi ».
וכי תחדל לנדור. אין צריך לומר כי תחדל מלנדור אין בו חטא, אבל הוא דבק למעלה אל כי תדור כלומר ואם חדלת מתחלה לנדור לא יהיה בך חטא, שהנדר גורם חטא, והוא חטא האחור, ויהיה שעור הכתוב בלא תאחר לשלמו והיה בך חטא אם תאחר, וכי תחדל לנדור לא יהיה בך חטא האחור, וכן הנודר גורם חטאים רבים מלבד חטא האחור, או שלא יוכל לשלם או שלא תהיה כונתו בעת הנדר לשם שמים לגמרי.
« Et si tu t’abstiens de faire un vœu. » Il n’est pas nécessaire de dire que « si tu t’abstiens de faire un vœu », il n’y a pas de péché en lui, mais il est attaché plus haut à « si tu fais un vœu », c’est-à-dire : si tu as cessé dès le début de faire un vœu, il n’y aura pas de péché en toi, car le vœu cause un péché, et c’est le péché du retard ; et la lecture du verset sera : « tu ne tarderas pas à l’accomplir et il y aurait en toi un péché si tu tardes », « et si tu t’abstiens de faire un vœu, il n’y aura pas en toi le péché du retard » ; et de même celui qui fait un vœu cause de nombreux péchés en dehors du péché du retard : soit qu’il ne puisse pas payer, soit que son intention au moment du vœu n’ait pas été entièrement pour le Ciel.
וכן אמרו רז"ל בריש פ"ק דחולין, וטוב משניהם מי שאינו נודר כל עקר אלא מביא כבשה לעזרה ושוחטה, ועוד אמרו כל הנודר אע"פ שמקיים נקרא חוטא, מאי קראה וכי תחדל לנדור לא יהיה בך חטא, הא לא חדל איכא חטא.
Et ainsi ont dit nos Sages, de mémoire bénie, au début du premier chapitre de Houlin : mieux que l’un et l’autre est celui qui ne fait aucun vœu du tout mais apporte un agneau au Parvis et l’égorge ; et ils ont encore dit : quiconque fait un vœu, bien qu’il l’accomplisse, est appelé pécheur ; quel est le verset ? « Et si tu t’abstiens de faire un vœu, il n’y aura pas en toi de péché » ; donc s’il ne s’abstient pas, il y a péché.
מוצא שפתיך תשמור ועשית. על דרך הפשט יחזור לנדר, שהרי הזהיר בלא תאחר ולא הזכיר בו עשה, ומן הראוי שיאמר כי תדור נדר ועשית כאשר נדרת ולא תאחר לשלמו, ולכך יאמר מוצא שפתיך שהוא הנדר תשמור ועשית אותו כמו שנדרת לה' אלהיך בנדבת לבך וכאשר דברת בפיך, כלומר אל יפול דבר ארצה מכל מה שהסכים בלבו והוציא בפיו.
« Ce qui sort de tes lèvres, tu le garderas et tu le feras. » Selon le sens simple, cela revient au vœu, car il a averti « tu ne tarderas pas » et n’a pas mentionné pour lui de commandement positif, et il convenait de dire : « si tu fais un vœu, fais comme tu as voué et ne tarde pas à l’accomplir » ; et c’est pourquoi il dit « ce qui sort de tes lèvres », qui est le vœu, « tu le garderas et tu le feras » comme tu as voué à l’Éternel ton Dieu, par l’offrande volontaire de ton cœur et comme tu as parlé de ta bouche, c’est-à-dire qu’aucune parole ne tombe à terre de tout ce qu’il a décidé en son cœur et sorti de sa bouche.
ואמר כל זה לחומר הנדר כי לכך החמיר בעונשו, ואמר והיה בך חטא כלומר שיהיה החטא קבוע בנפשך, כענין שנאמר (במדבר טו) הנפש ההיא עונה בה, וכן בענין העני כתיב (דברים טו) וקרא עליך אל ה' והיה בך חטא, כי לעכוב שכירותו שהוא נפשו יהיה החטא קבוע בנפשו נפש תחת נפש, וה"ה בעונש זה שהנפש הוא חיי הגוף והוא מדה כנגד מדה, לפי שהוא מאחר הנדר שהוא חיי המלך, ולכך הזכיר בו כי דרוש ידרשנו ה' אלהיך, הוא המלך עצמו שהוא משגיח בפרטים והוא דורש דמים, הוא ידרשנו מעמו בעוה"ז ובעוה"ב וזהו כפל הדרישה.
Et il a dit tout cela à cause de la gravité du vœu, car c’est pourquoi il a rendu sévère sa peine, et il a dit « et il y aurait en toi un péché », c’est-à-dire que le péché sera fixé dans ton âme, comme il est dit (Nombres 15) « cette âme portera sa faute », et de même pour le pauvre il est écrit (Deutéronome 15) « et il criera contre toi à l’Éternel, et il y aura en toi un péché » : car pour la rétention de son salaire, qui est son âme, le péché sera fixé dans son âme, âme pour âme, et il en va de même dans cette peine : l’âme est la vie du corps, et c’est mesure pour mesure, parce qu’il retarde le vœu, qui est la vie du roi ; et c’est pourquoi il a mentionné à son sujet « car l’Éternel ton Dieu le réclamera certainement », c’est le Roi Lui-même, qui veille sur les détails et qui réclame le sang ; Il le réclamera de lui dans ce monde et dans le monde à venir, et c’est le doublement de « la réclamation ».
וע"ד המדרש מוצא שפתיך תשמור ועשית, מוצא שפתיך זו מצות עשה, תשמור זו מצות לא תעשה, ועשית אזהרה לב"ד שיעשוך. כלומר ועשית בעל כרחך, אם הם נדרי מזבח כגון קרבנות, כופין אותו עד שיאמר רוצה אני, שנאמר (ויקרא א) יקריב אותו לרצונו, ואם בענין הצדקה כל שכן שכופין וממשכנין. וכן דרשו רז"ל ממשכנין על הצדקה ואפילו בערב שבת. כאשר נדרת זה נדר, לה' אלהיך אלו חטאות ואשמות עולות ושלמים שכתוב בהן (דברים יב) ה' אלהיך, נדבה כמשמעה, אשר דברת אלו קדשי בדק הבית, בפיך זו צדקה על שם שנאמר (ישעיה מה) יצא מפי צדקה דבר ולא ישוב, כך דרשו רז"ל בתחלת ראש השנה.
Et selon le Midrash : « ce qui sort de tes lèvres, tu le garderas et tu le feras » : « ce qui sort de tes lèvres » : c’est un commandement positif ; « tu le garderas » : c’est un commandement négatif ; « et tu le feras » : avertissement pour le tribunal, qu’il te le fasse faire. C’est-à-dire « et tu le feras » malgré toi : si ce sont des vœux d’autel, comme les sacrifices, on le contraint jusqu’à ce qu’il dise « je veux », car il est dit (Lévitique 1) « il l’offrira de son plein gré », et s’il s’agit de la tsedaka, à plus forte raison on contraint et on saisit des gages. Et ainsi ont tiré nos Sages, de mémoire bénie : on saisit des gages pour la tsedaka, même la veille du sabbat. « Comme tu as voué » : c’est le vœu ; « à l’Éternel ton Dieu » : ce sont les sacrifices d’expiation, de culpabilité, les holocaustes et les sacrifices de paix, dont il est écrit (Deutéronome 12) « l’Éternel ton Dieu » ; « offrande volontaire », comme son sens ; « ce que tu as dit » : ce sont les consécrations pour l’entretien du Temple ; « de ta bouche » : c’est la tsedaka, d’après ce qui est dit (Isaïe 45) « de Ma bouche est sortie une parole de justice qui ne reviendra pas » ; ainsi ont tiré nos Sages, de mémoire bénie, au début de Roch Hachana.
וע"ד הקבלה מוצא שפתיך כנגד פי ה', וזהו החיוב המוטל על האדם לקיים ככל היוצא מפיו, אפילו שלא בשבועה כלל. ואמרו רז"ל לאו לאו תרי זמני שבועה היא, שהרי הקב"ה אמרו במבול בפסוק (בראשית ח) וירח ה' את ריח הניחח, וכתיב (ישעיה נד) אשר נשבעתי מעבור מי נח עוד על הארץ, אבל פעם אחת אינו שבועה אבל הוא חיוב לקיים דברו, ומזה אמרו על כל מי שחוזר בדבורו שמקבל עליו מי שפרע.
Et selon la Kabbale, « ce qui sort de tes lèvres » correspond à la bouche de l’Éternel, et c’est l’obligation qui incombe à l’homme d’accomplir tout ce qui sort de sa bouche, même sans serment du tout. Et nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : « non, non » deux fois est un serment, car le Saint, béni soit-Il, l’a dit à propos du Déluge, dans le verset (Genèse 8) « et l’Éternel sentit l’odeur apaisante », et il est écrit (Isaïe 54) « comme j’ai juré qu’il n’y aurait plus les eaux de Noé sur la terre », mais une seule fois n’est pas un serment, mais c’est l’obligation d’accomplir sa parole, et de là ils ont dit de quiconque revient sur sa parole qu’il reçoit sur lui « mi shepara ».
ועוד שאנחנו בנים למקום ונתקדשנו בברית הפה המכוון באמצע בין עשר אצבעות ידים, ובברית מילה בין עשר אצבעות רגלים, והנה הפה שביעי בנקבי הראש שהם שבעה, שני אזנים שני עינים שני נחירים והפה הוא השביעי, והקב"ה בחר בשביעי, ברא שבעה רקיעים ובחר בשביעי שהוא ערבות, ברא שבעה ימים ובחר בשבת, וכן בחר בפה להללו ולשבחו כי הוא הכלי לשבח בו שם קדשו וזהו (ויקרא כב) ולא תחללו את שם קדשי, אזהרה שלא לחלל ברית הפה העשוי להלל בו שם קדשו. וכן אין ראוי לנו לחלל שפתינו ולא לשקר באחד מן הבריתות, כענין שאמר הכתוב (תהלים מד) ולא שקרנו בבריתך.
Et en outre, nous sommes fils du Lieu et nous avons été sanctifiés par l’alliance de la bouche, située au milieu entre les dix doigts des mains, et par l’alliance de la circoncision entre les dix doigts des pieds ; et voici que la bouche est le septième des orifices de la tête, qui sont sept : deux oreilles, deux yeux, deux narines, et la bouche est la septième, et le Saint, béni soit-Il, a choisi la septième : Il a créé sept firmaments et a choisi le septième, qui est ‘Aravot, Il a créé sept jours et a choisi le sabbat, et de même Il a choisi la bouche pour le louer et le célébrer, car elle est l’instrument pour célébrer par elle Son Nom saint, et c’est (Lévitique 22) « et vous ne profanerez pas Mon saint Nom » : avertissement de ne pas profaner l’alliance de la bouche, faite pour louer par elle Son Nom saint. Et de même il ne convient pas que nous profanions nos lèvres ni que nous mentions dans l’une des alliances, d’après ce que dit l’Écriture (Psaumes 44) : « et nous n’avons pas menti à Ton alliance ».
והנה ישראל כשהיו עוברים על היוצא מפיהם אמר להם משה (במדבר י״ד:מ״א) למה זה אתם עוברים את פי ה', ולכך אמר מוצא שפתיך תשמור, כלומר חייב אתה לקיים מוצא שפתיך שהוא כנגד שמור זהו מוצא שפתיך תשמור, ואין צריך לומר המצות זהו תשמור ועשית, תשמור זו מצות לא תעשה, ועשית זו מצות עשה, ואין צריך לומר הנדר שהוא למעלה מן המצות וזהו כאשר נדרת לה' אלהיך. נדבה, שהנדבה נאצלת משם והיא סוף הבנין והיא התרומה כענין שכתוב (שמות ל״ה:ה׳) כל נדיב לבו יביאה את תרומת ה', של מטה, והוא ששמענו הדברות מפיו, זהו אשר דברת בפיך, והוא קול ורוח ודבור, וזהו רוח הקודש, ועל זה דרשו אשר דברת אלו קדשי בדק הבית.
Et voici que, quand Israël transgressait ce qui sortait de leur bouche, Moché leur dit (Nombres 14,41) « pourquoi transgressez-vous l’ordre de l’Éternel ? », et c’est pourquoi il a dit « ce qui sort de tes lèvres, tu le garderas », c’est-à-dire tu es tenu d’accomplir ce qui sort de tes lèvres, qui correspond à « garde » ; c’est « ce qui sort de tes lèvres, tu le garderas » ; et il n’est pas besoin de dire les commandements, c’est « tu le garderas et tu le feras » : « tu le garderas » : c’est le commandement négatif, et « tu le feras » : le commandement positif, et il n’est pas besoin de dire le vœu qui est au-dessus des commandements, et c’est « comme tu as voué à l’Éternel ton Dieu ». « Offrande volontaire » : car l’offrande volontaire est émanée de là, elle est la fin de la construction, et elle est la contribution (teroumah), d’après ce qui est écrit (Exode 35,5) « que tout généreux de cœur l’apporte, la contribution de l’Éternel », d’en bas ; et c’est que nous avons entendu les Paroles de Sa bouche, c’est « ce que tu as dit de ta bouche », et c’est voix, souffle et parole, et c’est l’esprit saint, et sur cela ils ont tiré « ce que tu as dit » : ce sont les consécrations pour l’entretien du Temple.
כי תבא בכרם רעך. בפועל הכתוב מדבר שהשכירו בעה"ב לבצור כרמו, וכן דרשו רז"ל נאמר כי תבא ונאמר להלן ולא תבא עליו השמש, מה להלן בפועל הכתוב מדבר אף כאן בפועל הכתוב מדבר, וזהו שתרגם אונקלוס ארי תתגר. שאם אתה אומר בביאת כל אדם לא שבקת חיי לכל בריה.
« Si tu entres dans la vigne de ton prochain. » L’Écriture parle d’un ouvrier, que le maître de maison a engagé pour vendanger sa vigne, et ainsi ont tiré nos Sages, de mémoire bénie : il est dit « si tu entres » et il est dit plus loin « et le soleil ne se couchera pas sur lui » ; de même que plus loin l’Écriture parle d’un ouvrier, de même ici l’Écriture parle d’un ouvrier ; et c’est ce qu’Onkelos a traduit « ari titgar » (si tu t’engages). Car si tu dis que c’est pour l’entrée de tout homme, tu ne laisserais la vie à aucune créature.
ואל כליך לא תתן. זה יהיה גזל, והתורה לא התירה אלא כנגד הנפש המתאוה, כי כיון שהוא מתעסק וטורח בפירותיו אם לא היה לו אפשר לאכול בהיתר יאכל באסור, ולכך התיר כנפשך שבעך כענין שכתוב (משלי י״ג:כ״ה) צדיק אוכל לשובע נפשו, והוא הדין בקמה, שיקטוף בידו מלילות אבל חרמש לא יניף.
« Et dans ton récipient tu n’en mettras pas. » Ce serait un vol, et la Torah n’a permis que pour l’âme qui désire, car puisqu’il s’occupe et peine à ses fruits, s’il lui était impossible de manger dans le permis, il mangerait dans l’interdit ; et c’est pourquoi elle a permis « selon ton âme, jusqu’à ta satiété », comme il est écrit (Proverbes 13,25) « le juste mange jusqu’à la satiété de son âme » ; et il en va de même dans les blés, qu’il cueille des épis avec sa main mais ne lève pas la faucille.
כי יקח איש אשה ובעלה. או בעלה. ושני דברים הם כסף וביאה, קדושי כסף אין קיחה אלא בכסף, שנאמר (בראשית כ״ג:י״ג) נתתי כסף השדה קח ממני. ועוד יש קניה אחרת בשטר ממה שכתוב בפרשה זו ויצאה מביתו והלכה והיתה לאיש אחר, ודרשו רז"ל מקיש הויה ליציאה מה יציאה בשטר אף הויה בשטר. והרי שלשה דברים שהן שלש קניות שהאשה נקנית בהן, וכן שנינו האשה נקנית בשלש דרכים בכסף בשטר ובביאה. והנה גזרה שוה זו דקיחה קיחה אנו דנין עליה דיני נפשות, שהרי נערה אם זנתה פטורה, ואם היא מאורסה בכסף בלבד הרי היא בסקילה, ולפי שהגזרה שוה היא מדה משלש עשרה מדות שהתורה נדרשת בהן והיא מגופי תורה, אנו סומכין עליה לדון דיני נפשות, והכל בעדים, בין קדושי כסף בין קדושי ביאה.
« Si un homme prend une femme et la possède (u-be’alah). » Ou bien : « ou la possède ». Et ce sont deux choses : argent et relation. Quant aux qiddouchin par argent, « prendre » ne se fait que par argent, comme il est dit (Genèse 23,13) : « j’ai donné l’argent du champ, prends-le de moi ». Et il y a encore une autre acquisition par acte, d’après ce qui est écrit dans cette section « et elle sortira de sa maison et ira et sera à un autre homme », et nos Sages, de mémoire bénie, ont tiré : il compare « être » à « sortir » : de même que la sortie est par acte, de même l’« être » par acte. Et voici trois choses, qui sont trois acquisitions par lesquelles la femme est acquise, et ainsi nous avons enseigné : la femme est acquise de trois manières : par argent, par acte et par relation. Et cette analogie verbale (guezera chava) « prendre, prendre », nous en jugeons des jugements capitaux, car la jeune fille, si elle a fauté, est exempte, et si elle est fiancée par argent seulement, elle est à la lapidation ; et puisque la guezera chava est l’une des treize règles par lesquelles la Torah est interprétée et fait partie des fondements de la Torah, nous nous appuyons sur elle pour juger des jugements capitaux, et tout se fait par témoins, tant pour les qiddouchin par argent que pour les qiddouchin par relation.
ספר כריתות. ע"ד הפשט הספר הזה כורת בינו לבינה שלא תהא אגודה עמו בשום דבר כל ימי חייה, שאם אמר לה הרי זה גיטך על מנת שלא תשתי יין לעולם או כל ימי חייכי, אין זה כריתות, ואם אמר כל ימי חיי הרי זה כריתות, הואיל ואפשר שימות הוא תחלה ותהיה פטורה מתנאו, והוא הדין לכל התנאים, ובלבד שלא יהא שום תנאי כתוב בגט אלא שיאמר על פה או בשטר אחר.
« Un acte de répudiation (sefer keritout). » Selon le sens simple, cet acte coupe entre lui et elle, de sorte qu’elle ne soit attachée à lui en rien tous les jours de sa vie, car s’il lui dit : voici ton guet à condition que tu ne boives jamais de vin ou tous les jours de ta vie, ce n’est pas une rupture ; et s’il dit tous les jours de ma vie, c’est une rupture, puisqu’il est possible qu’il meure le premier et qu’elle soit quitte de sa condition ; et il en va de même de toutes les conditions, pourvu qu’aucune condition ne soit écrite dans le guet mais qu’elle soit dite oralement ou dans un autre acte.
וע"ד המדרש ספר כריתות, צריך שיהא בו י"ב שיטין כעין ספר תורה שבו צריך אדם לשייר בסוף בראשית ד' שטין ובסוף אלה שמות ד' שטין ובסוף ויקרא ד' שטין, ובסוף במדבר סיני אינו מן המנין שהוא חשוב ספר אחרון, לפי שאלה הדברים ענין חוזר הוא, ואם כן הרי י"ב שיטין בספר תורה, ותרגם אנקלוס ספר כריתות, גט פטורין. ומפני שהגט דינו כספר לכך נקרא ספר וצריך י"ב שיטין כמנין ג"ט.
Et selon le Midrash, « sefer keritout » : il doit avoir douze lignes à l’instar d’un rouleau de Torah, dans lequel l’homme doit laisser à la fin de Béréchit quatre lignes, à la fin de Chemot quatre lignes, à la fin de Vayiqra quatre lignes, et la fin de Bamidbar Sinaï n’est pas dans le compte, car il est considéré comme un livre dernier, parce que « Elleh ha-devarim » est un sujet qui revient ; et s’il en est ainsi, voici douze lignes dans un rouleau de Torah ; et Onkelos a traduit « sefer keritout » : « guet pitourin ». Et parce que le guet a le statut d’un livre, il est appelé livre et il lui faut douze lignes selon la valeur numérique de « guimel-tet » (guet).
ואם תשכיל בענין הגט הנקרא ספר תמצא כי חייבה חכמת התורה לגרש האיש את אשתו בספר, לפי שהקב"ה ברא עולמו בכ"ב אותיות מעלה ומטה וזווג האותיות ושקלן והמירן וצרפן וצר בהן את כל העולם ואת כל היצור ואת כל הדבור, ואין שקול אלא על ידי זווג, ועל ידי שקול האותיות שקל הקב"ה את הנבראים כלם, זה ראוי להיותו בן זוגו של זה, וכיצד יהיו הנמצאין כלן זה לעומת זה בין בעליונים בין בתחתונים בין בנפשות בין בגופות, וכמו שדרשו רז"ל בת פלוני לפלוני, ואפילו מעבר לים. וכיון שהיה חבור הנבראים וזווגן ע"י אותיות, לכך צותה תורה שיהיה הפרידה באותיות להודיע ולפרסם שעקר הזווג והחבור מימי קדם בבריאת העולם באותיות היה.
Et si tu médites sur la question du guet appelé sefer, tu trouveras que la sagesse de la Torah a obligé l’homme à répudier sa femme par un livre, parce que le Saint, béni soit-Il, a créé Son monde par vingt-deux lettres, en haut et en bas, et a apparié les lettres, les a pesées, les a permutées et les a combinées, et en a formé tout le monde, toute la créature et toute la parole, et il n’y a de pesée que par appariement, et c’est par la pesée des lettres que le Saint, béni soit-Il, a pesé toutes les créatures : celui-ci est digne d’être le conjoint de celui-là, et comment tous ceux qui existent seront l’un en face de l’autre, tant dans les supérieurs que dans les inférieurs, tant dans les âmes que dans les corps, et comme l’ont tiré nos Sages, de mémoire bénie : la fille d’un tel pour un tel, même d’outre-mer. Et puisque l’union des créatures et leur appariement se fit par les lettres, c’est pourquoi la Torah a ordonné que la séparation soit par des lettres, pour faire connaître et publier que l’essentiel de l’appariement et de l’union dès les temps anciens, dans la création du monde, fut par les lettres.
אחרי אשר הוטמאה. בבעל שני, ויקראנה טמאה לראשון לפי שידעה השני.
« Après qu’elle a été rendue impure. » Par le second mari, et il l’appelle impure pour le premier parce que le second l’a connue.
ועל דעת רז"ל אחרי אשר הוטמאה, באורו ולא אשר הוטמאה, ושני דינין הן, וכן אמרו רז"ל אחרי אשר הוטמאה לרבות סוטה הנסתרת, לומר שהאשה שזנתה תחת בעלה או שנסתרה עם אחר מעת שקנא לה בעלה, הרי זו אסורה לשוב אל בעלה, וזהו שאמר לא יוכל בעלה הראשון אשר שלחה לשוב לקחתה, ולא משהוטמאה תחתיו, כיון שיש רגלים לדבר במה שנסתרה אחר הקנוי.
Et selon l’avis de nos Sages, de mémoire bénie, « après qu’elle a été rendue impure » : son explication est « et non après qu’elle a été rendue impure », et ce sont deux lois, et ainsi ont dit nos Sages, de mémoire bénie : « après qu’elle a été rendue impure » : pour inclure la sota isolée, c’est-à-dire que la femme qui a fauté sous son mari ou s’est isolée avec un autre depuis que son mari l’a avertie, voici qu’elle est interdite de retourner à son mari, et c’est ce qu’il a dit « son premier mari, qui l’a renvoyée, ne pourra pas la reprendre », et non depuis qu’elle a été rendue impure sous lui, puisqu’il y a des indices en la chose du fait qu’elle s’est isolée après l’avertissement.
נקי יהיה לביתו שנה אחת. כאן נרמז השם המיוחד, וכבר העירותיך על זה בסוף סדר שופטים בענין הבית וכרם והאשה. וכן מצינו בהקב"ה שהיה בסיני עם ישראל דוגמת חתן וכלה שעמדה שכינה בהר שנה אחת, שהרי לא נסעו עד שני באייר בשנה השניה.
« Il sera libre pour sa maison un an. » Ici est suggéré le Nom unique, et je t’ai déjà averti à ce sujet à la fin de la section Choftim, à propos de la maison, de la vigne et de la femme. Et de même nous trouvons du Saint, béni soit-Il, qu’Il était au Sinaï avec Israël à l’image d’un époux et d’une épouse, car la Chekhina demeura sur la montagne un an, puisqu’ils ne partirent que le deux Iyar la deuxième année.
לא יחבול רחים ורכב. טעמו לא יחבול החובל, לפי שהם כלי המזון וחיי הנפשות. והזכירה תורה אלו והוא הדין לשאר הכלים שיש בהם אוכל נפש. ובאור לא יחבול שלא יכנס לביתו של לוה למשכנו, שאפילו בכלים שאין עושים בהן אוכל נפש אינו רשאי, שהרי אמר הכתוב לא תבא אל ביתו לעבוט עבוטו, שאי אפשר לו למלוה בשום פנים ליכנס לביתו של לוה כלל למשכנו, ואפילו שליח ב"ד, שנאמר בחוץ תעמוד והאיש וגו', וא"כ למה הוצרך לומר לא יחבול לעבור עליו בשני לאוין.
« On ne prendra pas en gage meule inférieure ni meule supérieure (rakhev). » Sa raison : le preneur de gage ne prendra pas en gage, car ce sont les instruments de nourriture et la vie des âmes. Et la Torah a mentionné ceux-ci, et il en va de même des autres ustensiles dans lesquels il y a de la nourriture de l’âme. Et l’explication de « il ne prendra pas en gage » : qu’il n’entre pas dans la maison de l’emprunteur pour le gager, car même pour des ustensiles qui ne servent pas à préparer la nourriture, il n’en a pas la permission, puisque l’Écriture a dit « tu n’entreras pas dans sa maison pour prendre son gage », car il est impossible au prêteur, en aucune façon, d’entrer dans la maison de l’emprunteur du tout pour le gager, et même l’envoyé du tribunal, car il est dit « dehors tu te tiendras, et l’homme, etc. » ; et s’il en est ainsi, pourquoi a-t-il fallu dire « il ne prendra pas en gage », pour qu’il transgresse deux interdits ?
השמר בנגע הצרעת. יזהיר שלא יקצץ אדם סימני בהרת, אבל מילה בצרעת אם היתה צרעת בערלה מלין אותו ואין חוששים, וכן אמרו ז"ל אתי עשה דמילה ודחי לאו דצרעת.
« Garde-toi de la plaie de la lèpre. » Il avertit que l’homme ne coupe pas les signes de la tache blanche (baheret), mais la circoncision dans la lèpre : si la lèpre était sur le prépuce, on le circoncit et on ne s’en soucie pas, et ainsi ont dit nos Sages, de mémoire bénie : le commandement positif de la circoncision vient et repousse l’interdit de la lèpre.
זכור את אשר עשה ה' אלהיך למרים. זו מצות עשה על ענין לשון הרע, יאמר שנזכור לשון הרע של מרים והעונש שאירע לה על שדברה במשה וחל עליה עונש הצרעת, ולכך נסמך פסוק זה לפסוק שלמעלה שאמר השמר בנגע הצרעת, ואם כן הכתוב אזהרה על לשון הרע והוא לאו הבא מכלל עשה.
« Souviens-toi de ce que l’Éternel ton Dieu a fait à Miriam. » C’est un commandement positif concernant la médisance : il dit que nous nous souvenions de la médisance de Miriam et de la peine qui lui est arrivée pour avoir parlé de Moché, et la peine de la lèpre s’abattit sur elle, et c’est pourquoi ce verset a été juxtaposé au verset d’en haut qui dit « garde-toi de la plaie de la lèpre » ; et s’il en est ainsi, l’Écriture est un avertissement sur la médisance, et c’est un interdit qui découle d’un commandement positif.
ויש לנו ללמד בזה ק"ו לגודל העונש שיש למספרי לשון הרע, אם מרים הצדקת הנביאה שלא דברה אלא באחיה, והיתה גדולה ממנו וגדלה אותו ומסרה נפשה עליו בענין היאור ודברה שלא בפניו, נעשה עונש גדול על דבור כזה ולא הועילו לה כל זכיותיה מן העונש, וגם הדבור שדברה לא היה לשון הרע ממש אלא שעשאתו שוה לשאר הנביאים, ק"ו לשאר בני אדם שמספרין לשון הרע ממש על הגדולים מהם ובפניהם שיתביישו, שענשם כפל ומכופל.
Et nous devons apprendre de là un raisonnement a fortiori sur la grandeur de la peine qu’ont les colporteurs de médisance : si Miriam la juste, la prophétesse, qui n’a parlé que de son frère, et qui était son aînée et l’avait élevé et avait donné sa vie pour lui dans l’affaire du fleuve, et a parlé en son absence, une grande peine lui est arrivée pour une telle parole et tous ses mérites ne lui ont pas servi contre la peine, et même la parole qu’elle a dite n’était pas une médisance réelle mais elle l’a rendu égal aux autres prophètes, a fortiori les autres hommes qui colportent une médisance réelle sur ceux qui sont plus grands qu’eux et devant eux pour qu’ils soient couverts de honte, leur peine est double et redoublée.
ומפני זה אסרה תורה חברת הכסילים ויושבי קרנות שהם מדברים דברים בטלים, כענין שכתוב (קהלת ה) וקול כסיל ברוב דברים, ומתוך אותן דברים בטלים יבאו לספר לשון הרע מהמון עם, ומתוך שמספרים מן ההמון יבאו לספר מן הצדיקים כענין שכתוב (תהלים לא) תאלמנה שפתי שקר הדוברות על צדיק עתק, ומתוך כך יבא לספר מן הנביאים שנאמר (דברי הימים ב לו) ויהיו מלעיבים במלאכי האלהים ובוזים דבריו ומתעתעים בנביאיו, ומתוך כך ידברו בהקב"ה שנאמר (תהלים עג) שתו בשמים פיהם וגו', מי גרם להם ששתו בשמים פיהם, לשונם שתהלך בארץ.
Et pour cette raison la Torah a interdit la compagnie des sots et des habitués des coins de rue, qui disent des choses vaines, comme il est écrit (Ecclésiaste 5) « et la voix du sot dans la multitude de paroles », et de ces paroles vaines ils en viennent à raconter de la médisance de la foule, et de ce qu’ils racontent de la foule ils en viennent à raconter des justes, comme il est écrit (Psaumes 31) « que les lèvres du mensonge soient muettes, celles qui parlent avec arrogance contre le juste », et de là il en vient à raconter des prophètes, car il est dit (2 Chroniques 36) « ils se moquaient des messagers de Dieu, méprisaient ses paroles et se riaient de ses prophètes », et de là ils parleront du Saint, béni soit-Il, car il est dit (Psaumes 73) « ils ont placé leur bouche dans les cieux, etc. » ; qui leur a fait placer leur bouche dans les cieux ? Leur langue qui marche sur la terre.
לא תבא אל ביתו לעבוט עבוטו. ליקח משכונו, לא המלוה ולא שליח ב"ד. והנה זו מדת רחמנות, שהתורה חסה על בשתו של לוה כשאחרים מחפשין כלי ביתו, ועוד מטעם שלא יבאו לידי מריבה ורציחה, אבל ערב מותר לבא לביתו למשכנו, הוא שאמר שלמה ע"ה (משלי כ׳:ט״ז) לקח בגדו כי ערב זר. והיה ראוי יותר למשכן את הלוה שאכל ושתה ובזבז המעות יותר מן הערב שלא באו המעות לידו, אבל הטעם בזה מפני שהלוה לא לוה אלא מתוך הדוחק, והערב נכנס ערב מתוך השפע, לכך התירה התורה למשכן את הערב ולא הלוה.
« Tu n’entreras pas dans sa maison pour prendre son gage. » Pour prendre son gage, ni le prêteur ni l’envoyé du tribunal. Et voici que c’est l’attribut de miséricorde, car la Torah a égard à la honte de l’emprunteur quand d’autres fouillent les ustensiles de sa maison, et aussi pour qu’ils n’en viennent pas à la querelle et au meurtre ; mais le garant, il est permis d’entrer dans sa maison pour le gager, c’est ce que Salomon, que la paix soit sur lui, a dit (Proverbes 20,16) : « prends son vêtement, car il s’est porté garant d’un étranger ». Et il aurait été plus convenable de gager l’emprunteur, qui a mangé, bu et dilapidé l’argent, plutôt que le garant, dans la main de qui l’argent n’est pas venu, mais la raison en est que l’emprunteur n’a emprunté que par détresse, et le garant s’est porté garant dans l’abondance ; c’est pourquoi la Torah a permis de gager le garant et non l’emprunteur.
יוציא אליך את העבוט החוצה. דרשו רז"ל אין דרכו של לוה להוציא אלא הפחות שבכלים, ומכאן לבעל חוב בזבורית, אבל תקנו חכמים ז"ל לגבות מן הבינונית כדי שלא תנעול דלת בפני לווין. ואם לא רצה להוציא העבוט כופין אותו לקיים מצות עשה כמו שכופין על שאר המצות, וכן ב"ד יורדין למכור קרקעותיו ולפרוע למלוה.
« Il fera sortir vers toi le gage dehors. » Nos Sages, de mémoire bénie, ont tiré : l’emprunteur ne présente habituellement que le moins bon de ses objets, et de là que le créancier [recouvre] sur les terres de moindre qualité (zibourit) ; mais les Sages, de mémoire bénie, ont institué de recouvrer sur la qualité moyenne (beinonit) afin de ne pas fermer la porte devant les emprunteurs. Et s’il ne veut pas faire sortir le gage, on le contraint à accomplir le commandement positif comme on contraint pour les autres commandements, et de même le tribunal descend vendre ses terres et payer le prêteur.
השב תשיב לו את העבוט. אפילו עמד אצלו כמה שנים חייב הוא להחזיר, לעולם מחזיר ונוטל ומחזיר עד שיחליטוהו לו ב"ד, וזהו השב תשיב לו את העבוט, כל זמן שהוא עבוטו, וכן אמרו לא תשכב בעבוטו, לא תשכב ועבוטו אצלך. והנה עבוטו זה הוא כסות יום או כסות לילה או כלים של אוכל נפש הא שאר כלים אינו חייב להחזיר אע"פ שצריך להם, ואפילו בשעה שהוא צריך להם.
« Tu lui rendras certainement le gage. » Même s’il est resté chez lui plusieurs années, il est tenu de le rendre, il le rend toujours, le reprend et le rend, jusqu’à ce que le tribunal le lui adjuge, et c’est « tu lui rendras certainement le gage » : tant que c’est son gage ; et ainsi ont-ils dit « tu ne te coucheras pas avec son gage » : tu ne te coucheras pas avec son gage chez toi. Et voici que ce gage est un vêtement de jour ou un vêtement de nuit ou des ustensiles servant à préparer la nourriture ; les autres ustensiles, il n’est pas tenu de les rendre, bien qu’il en ait besoin, et même à l’heure où il en a besoin.
ויש לך להשכיל בכאן בסוד המצוה במה שאמר כבא השמש כלומר שאם לא תשיב ויעבור הלילה זמן שמושה של מדת הדין הוא ותפגע בך. ושכב בשלמתו וברכך. מדת רחמים. ולך תהיה צדקה. כלומר זכות לפני ה' אלהיך.
Et tu as à comprendre ici le secret du commandement par ce qu’il a dit « comme le soleil se couche », c’est-à-dire que si tu ne rends pas et que la nuit passe, c’est le temps où agit l’attribut de rigueur et il te frappera. « Et il se couchera dans son vêtement et te bénira » : l’attribut de miséricorde. « Et pour toi ce sera une tsedaka » : c’est-à-dire un mérite devant l’Éternel ton Dieu.
ביומו תתן שכרו. לתועלתו. ולא תבא עליו השמש. לתועלתך. ביומו תתן שכרו דבק עם ולא יקרא, ושעור הכתוב כן ביומו תתן שכרו כי עני הוא והמעכב שכירותו אצלו כמעכב נפשו וכיון שמעכב נפשו מת הוא, ומכאן אמרו שהעני חשוב כמת, זהו שאמר כי עני הוא ואליו הוא נושא את נפשו, ולא תבא עליו השמש כדי שלא יקרא עליך אל ה', שאם תבא עליו השמש והוא יקרא והיה בך חטא בלילה שמדת הדין נוהגת ותמתח כנגדך.
« Le jour même tu lui donneras son salaire. » Pour son profit. « Et le soleil ne se couchera pas sur lui » : pour ton profit. « Le jour même tu lui donneras son salaire » est lié à « et il ne criera pas », et la lecture du verset est ainsi : « le jour même tu lui donneras son salaire » car il est pauvre, et celui qui retient son salaire auprès de lui retient son âme, et puisqu’il retient son âme, il est comme mort, et de là ils ont dit que le pauvre est considéré comme mort ; c’est ce qu’il a dit « car il est pauvre et il y élève son âme » ; « et le soleil ne se couchera pas sur lui » afin qu’il ne crie pas contre toi à l’Éternel, car si le soleil se couche sur lui et qu’il crie, « et il y aura en toi un péché », la nuit où l’attribut de rigueur est à l’œuvre et se tendra contre toi.
לא יומתו אבות על בנים. בעדות בנים, וכן בנים בעדות אבות. והזכיר האבות ובנים והוא הדין לכל הקרובים שהם נפסלים לעדות, וגזרת הכתוב הוא שהן פסולין לכל דבר אפילו לחובתם אין צריך לומר לזכותם ולהנאתם.
« Les pères ne seront pas mis à mort pour les fils. » Sur témoignage des fils, et de même les fils sur témoignage des pères. Et il a mentionné pères et fils, et il en va de même de tous les proches qui sont invalidés pour le témoignage, et c’est un décret de l’Écriture qu’ils sont invalides pour toute chose, même à leur charge, sans parler à leur décharge et à leur avantage.
ולא תחבול בגד אלמנה. כבר הזהיר הכתוב למלוה שלא ליכנס לביתו של לוה למשכנו, הוא שאמר לא תבא אל ביתו וגו', אין צריך לומר אם היא אלמנה, אלא לעבור עליה בשני לאוין, לפי שדמעתה מצויה ונפשה שפלה והתורה הזהירה עליה בכמה מקומות, ודרשו רז"ל אפילו אלמנתו של מלך.
« Et tu ne prendras pas en gage le vêtement de la veuve. » L’Écriture a déjà averti le prêteur de ne pas entrer dans la maison de l’emprunteur pour le gager, c’est ce qu’il a dit « tu n’entreras pas dans sa maison, etc. » ; il n’est pas besoin de dire pour une veuve, mais pour qu’il transgresse deux interdits, parce que elle est prompte aux larmes et son âme est abattue, et la Torah a prescrit en plusieurs endroits de veiller à son égard, et nos Sages, de mémoire bénie, ont tiré : même la veuve d’un roi.
לא תשוב לקחתו וגו' למען יברכך ה' אלהיך. קבע ברכה במתנת המחשבה. ודרשו רז"ל למען יברכך אף על פי שבאה לידו שלא במתכוין, ק"ו לעושה במתכוין, אמור מעתה נפלה סלע מידו ומצאה עני ונתפרנס בה הוא מתברך עליה.
« Tu ne reviendras pas le prendre, etc., afin que l’Éternel ton Dieu te bénisse. » Il a fixé une bénédiction dans le don de la pensée. Et nos Sages, de mémoire bénie, ont tiré « afin qu’Il te bénisse » : même si cela est venu en sa main sans intention, a fortiori pour celui qui agit avec intention ; dis donc : qu’une pièce d’un séla lui tombe de la main et qu’un pauvre la trouve et en vive, il en est béni.
לא תפאר אחריך. ע"ד הפשט לא תחפש הפארות והם הענפים, כמו שנאמר (יחזקאל יז) ותשלח פארות.
« Lo tefa’er aharekha. » Selon le sens simple : tu ne fouilleras pas les pe’arot, qui sont les branches, comme il est dit (Ézéchiel 17) « et elle a émis des pe’arot ».
וע"ד המדרש לא תפאר אחריך, אל תתפאר על העניים אם אתה מיטיב להן ומניח זיתים תחת האילן. והענין לפי שראוי לאדם שיעשה חסד ושלא יפרסמנו, וכענין שכתוב (משלי כ) רב אדם יקרא איש חסדו ואיש אמונים מי ימצא, באור הכתוב רוב בני אדם כל אחד מהם יכריז החסד והטובה שעושה ולא יכסה אותה, אבל איש אמונים שיעשה חסד ולא יפרסמנו אלא שיכסנו מי ימצא, וקראו איש אמונים על שם (שם יא) ונאמן רוח מכסה דבר. ועוד דרשו, לא תפאר אחריך לא תטול תפארתו ממנו, מכאן שמניחים פאה באילן.
Et selon le Midrash, « lo tefa’er aharekha » : ne te glorifie pas (tit-pa’er) aux dépens des pauvres si tu leur fais du bien et laisses des olives sous l’arbre. Et le sujet est qu’il convient à l’homme de faire le bien sans le publier, comme il est écrit (Proverbes 20) « la plupart des hommes proclament chacun sa bonté, mais un homme de fidélité, qui le trouvera ? » ; explication du verset : la plupart des hommes, chacun d’eux proclame la bonté et le bien qu’il fait et ne le couvre pas, mais l’homme de fidélité qui fait le bien et ne le publie pas mais le couvre, qui le trouvera ? Et il l’a appelé « homme de fidélité » d’après (ibid. 11) « et celui qui a l’esprit fidèle couvre la chose ». Et ils ont encore tiré : « lo tefa’er aharekha » : tu ne prendras pas de lui sa gloire (tif’arto), de là qu’on laisse la pe’ah dans l’arbre.
הוציאו החכמים המלת תפאר מלשון תפארת ר"ל כי הפרי תפארת האילן אבל הכתוב ייחד לשון תפארת בפרי הזית מה שאין כן בשאר הפירות, וכן במקום אחר ייחד בו הוד, הוא דבר הנביא (הושע יד) ויהי כזית הודו, הנה זה מסוד הלשון, ולפי שהשמן אור נקרא יצהר על שם האור והתפארת וההוד, שמות המאורות העליונים, לכך נתיחד בשמותם לכבוד המנורה הכלולה מכלן.
Les Sages ont fait sortir le mot « tefa’er » de l’expression « tiferet » (gloire), c’est-à-dire que le fruit est la gloire de l’arbre ; mais l’Écriture a réservé l’expression « tiferet » au fruit de l’olivier, ce qui n’est pas le cas des autres fruits, et de même ailleurs elle lui a réservé la majesté (hod), c’est la parole du prophète (Osée 14) « et sa majesté sera comme l’olivier » ; voici que cela vient du secret de la langue ; et parce que l’huile est lumière, elle est appelée yitshar, du nom de la lumière, de la gloire et de la majesté, noms des luminaires supérieurs, c’est pourquoi il lui a été réservé leurs noms, en l’honneur de la Ménora qui comprend tous.
כדי רשעתו במספר. אות הבי"ת נקודה בשבא וסמך לו ארבעים כלומר במספר ארבעים, ולא ארבעים ממש אלא מספר הסמוך לארבעים והן ל"ט, וא"כ כשאמר במספר ארבעים כאלו אמר ל"ט. וטעם המספר הזה של ל"ט למלקות לפי שהמת צריך תחיה, וזה שחטא ועבר על מצות אדוניו נתחייב מיתה וחל על נפשו עונש כרת, כי בזה יחיה וישוב לו טל של תחיה כאותם החיים שהנפש מעותדת להן, וזהו שאמרו במסכת מגילה כל חייבי כריתות שלקו נפטרין מידי כריתתן. בארו לנו בזה כי ל"ט של מלקות הוא כפרת כרת, וישוב לו טל של תחיה כי תזכה נפשו ותשוב לשרשה.
« Selon sa culpabilité, en nombre. » La lettre bet est vocalisée d’un sheva, et il a juxtaposé « quarante », c’est-à-dire « en nombre de quarante », et non quarante exactement mais le nombre adjacent à quarante, qui est trente-neuf, et s’il en est ainsi, quand il dit « en nombre de quarante », c’est comme s’il disait trente-neuf. Et la raison de ce nombre de trente-neuf pour la flagellation est que le mort a besoin de résurrection, et celui-ci, qui a péché et transgressé le commandement de son Maître, est passible de mort et la peine du retranchement (karet) s’abat sur son âme, car par ceci il vivra et la rosée de résurrection lui reviendra comme pour ces vivants auxquels l’âme est destinée, et c’est ce qu’ils ont dit dans le traité Meguila : tous les passibles de retranchement qui ont été flagellés sont quittes de leur retranchement. Ils nous ont expliqué par là que les trente-neuf de la flagellation sont l’expiation du retranchement, et la rosée de résurrection lui revient, car son âme sera méritante et reviendra à sa racine.
ועוד טעם אחר, כי חיוב המלקות בב"ד של מטה אינו אלא מבן י"ג שנה ולמעלה, והמכות הן משולשות, ושלשה פעמים י"ג הם ט"ל, וכן המלקות בב"ד של מעלה אינו אלא מבן עשרים ולמעלה, על כן הוא ששים, שלשה פעמים עשרים הרי ששים, וזהו אתיוהו לאליהו ומחיוהו שתין פולסי דנורא. ומה שמזכירין רז"ל בכל מקום מלקות ארבעים ואינן אלא ט"ל, ולא אמרו לוקה ארבעים חסר אחת כמו שאמרו בענין שבת אבות מלאכות ארבעים חסר אחת, הלכו אחר לשון הכתוב שאמר ארבעים יכנו, אף על פי שמלת במספר הסמוכה לארבעים תורה שאין כונת הכתוב ארבעים ממש. וטעם כדי רשעתו, שנותנין לו המכות גדולות או קטנות כפי רשעו וכלן במספר ארבעים.
Et il y a une autre raison, car l’obligation de flagellation dans le tribunal d’en bas ne vaut qu’à partir de treize ans et au-delà, et les coups sont triplés, et trois fois treize font trente-neuf, et de même la flagellation dans le tribunal d’en haut ne vaut qu’à partir de vingt ans et au-delà, c’est pourquoi elle est de soixante, trois fois vingt font soixante, et c’est « atyouhou le-Eliyahou oumeḥayouhou shitin poulsé di-nura » (on amena Éliyahou et on le frappa de soixante fouets de feu). Et ce que nos Sages mentionnent partout la flagellation de quarante alors qu’elle n’est que de trente-neuf, et ils n’ont pas dit « il reçoit quarante moins un », comme ils ont dit à propos du sabbat « les travaux principaux : quarante moins un », ils ont suivi l’expression du verset, qui dit « quarante, il le frappera », bien que le mot « en nombre », adjacent à quarante, enseigne que l’intention du verset n’est pas quarante exactement. Et la raison de « selon sa culpabilité » : on lui donne les coups, grands ou petits, selon sa culpabilité, et tous en nombre de quarante.
ארבעים יכנו לא יוסיף. המלקות הזה משפט בפני עצמו ודין שמים הוא, יש על השופט לחייבו ועל החוטא לסבלו, ואין לו להוסיף על המשפט פן יתבזה חברו. ודרשו רז"ל בפרק ואלו הן הלוקין, כיצד מלקין אותו, כופת שתי ידיו על העמוד אילך ואילך ואוחז בבגדיו עד שמגלה את לבו והאבן נתונה לו מאחוריו וחזן הכנסת עומד עליה ורצועה של עגל בידו, ולכך סמך לפרשה זו לא תחסום שור. ורצועה זו כפולה לשתים ושתים לארבע, ושתי רצועות של חמור עולות ויורדות בה, ידה טפח ורחבה טפח, ומלקה אותו שליש מלפניו ושתי ידות מאחוריו, עד כאן.
« Quarante, il le frappera, il n’ajoutera pas. » Cette flagellation est un jugement à part et une loi du Ciel ; il incombe au juge de l’en rendre passible et au pécheur de la supporter, et il n’a pas à ajouter à la sentence de peur que son prochain ne soit couvert de honte. Et nos Sages, de mémoire bénie, ont tiré au chapitre « Elleh hen ha-loqin » : comment le flagelle-t-on ? Il lui attache les deux mains à la colonne de part et d’autre et saisit ses vêtements jusqu’à ce qu’il découvre son cœur, et la pierre est placée derrière lui, et le ḥazan ha-knesset se tient dessus, une lanière de veau à la main, et c’est pourquoi il a juxtaposé à cette section « tu ne museleras pas le bœuf ». Et cette lanière est doublée en deux et deux en quatre, et deux lanières d’âne montent et descendent dedans, sa poignée est d’un palme et sa largeur d’un palme, et il le flagelle d’un tiers par devant et de deux parts par derrière. Jusqu’ici.
וטעם שהיה רחבה טפח והיתה כפולה ומכופלת, לפי שיש בטפח ארבע אצבעות וכשהיא כפולה הרי טפחיים ושמונה אצבעות, וכשהיא מקופלת הרי שש עשר אצבעות, וע"כ היה משפט רצועה של מלקות להיות בה שש עשרה אצבעות, לפי שאין לך מצוה ומצוה הכתובה בתורה שלא נכרתו עליה שש עשרה בריתות, והחוטא הזה הנענש במלקות עבר על מצוה שנכרתו בה שש עשרה בריתות, ולכך לוקה ברצועה שיש בה שש עשרה אצבעות. וטעם שתי רצועות עולות ויורדות בה, כנגד נעשה ונשמע.
Et la raison pour laquelle sa largeur était d’un palme et qu’elle était doublée et redoublée : c’est qu’il y a dans un palme quatre doigts, et quand elle est doublée, cela fait deux palmes et huit doigts, et quand elle est repliée, cela fait seize doigts, et c’est pourquoi la règle de la lanière de flagellation est qu’elle comprenne seize doigts, parce qu’il n’y a aucun commandement écrit dans la Torah sur lequel n’aient été conclues seize alliances, et ce pécheur puni de flagellation a transgressé un commandement sur lequel seize alliances ont été conclues, et c’est pourquoi il est flagellé avec une lanière qui comprend seize doigts. Et la raison de deux lanières qui montent et descendent dedans correspond à « nous ferons et nous entendrons ».
וטעם שהן של חמור כדי להצטרף יחדו שור וחמור, על שם שכתוב (ישעיהו א׳:ג׳) ידע שור קונהו וחמור אבוס בעליו ישראל לא ידע, כי מי שעבר על המצוה והתנכר בחסדי ה' ולא הכירם ראוי הוא שיענש ושילקה ברצועה של שור וחמור המכירים את בעליהם.
Et la raison qu’elles soient d’âne : pour que bœuf et âne se joignent ensemble, d’après ce qui est écrit (Isaïe 1,3) « le bœuf connaît son acquéreur et l’âne la mangeoire de son maître, Israël ne connaît pas », car celui qui a transgressé le commandement et a renié les bontés de l’Éternel et ne les a pas reconnues, il est digne d’être puni et flagellé avec la lanière du bœuf et de l’âne, qui reconnaissent leur maître.
ומצינו בירושלמי מנין לרצועה שהיא מכופלת שנאמר והפילו השופט, אל תקרא והפילו אלא והכפילו. ומה שמלקה אותו שליש מלפניו, מן הכתוב שאמר והכהו לפניו כדי רשעתו, ודרשו רז"ל כדי רשעה אחת מלפניו, ושתי ידות מאחריו, כנגד יכנו להכותו שהן שתי הכאות, והיה ראוי לומר והכהו לפניו ארבעים לא יוסיף פן יוסיף על אלה, אבל הזכיר הכתוב שלש הכאות, והכהו יכנו להכותו, ללמדך הכאה אחת מלפניו כמו שאמר והכהו לפניו, ושתים מאחוריו כמו שהן כתובות בפסוק של אחריו.
Et nous trouvons dans le Yerouchalmi : d’où que la lanière soit doublée ? Car il est dit « et le juge le fera tomber (hifilo) » ; ne lis pas « hifilo » mais « hikhpilo » (il la doublera). Et ce qu’il le flagelle d’un tiers par devant, du verset qui a dit « et il le frappera devant lui selon sa culpabilité », et nos Sages, de mémoire bénie, ont tiré : selon une culpabilité, par devant, et deux parts par derrière, correspondant à « yakkenou lehakkoto », qui sont deux coups ; et il aurait convenu de dire « et il le frappera devant lui quarante, il n’ajoutera pas de peur qu’il n’ajoute à ceux-ci », mais l’Écriture a mentionné trois coups : « et il le frappera », « yakkenou », « lehakkoto », pour t’enseigner un coup par devant comme il a dit « et il le frappera devant lui », et deux par derrière comme ils sont écrits dans le verset d’après.
ובמדרש ארבעים יכנו, למה ארבעים, האדם הזה נוצר לארבעים יום ועבר התורה שנתנה לארבעים יום ילקה ארבעים ויצא ידי עונשו. וכן אתה מוצא באדם הראשון, כשנצטוה ועבר עליו לקה העולם בארבעים, עונשי האדם עשר, חוה עשר, הנחש עשר, האדמה עשר, לפיכך כשיעבור האדם על מצוה ילקה ארבעים. וכן אתה מוצא בעונש מרגלים שלקו ישראל ארבעים שנה במדבר, כך דרשו רז"ל במדרש תנחומא בסדר במדבר סיני (ד) בפסוק אל תכריתו.
Et dans le Midrash : « quarante, il le frappera » : pourquoi quarante ? Cet homme a été formé en quarante jours, et a transgressé la Torah qui a été donnée en quarante jours ; qu’il soit flagellé de quarante et s’acquitte de sa peine. Et ainsi tu trouves pour Adam le premier : quand il fut commandé et transgressa, le monde fut frappé de quarante : les peines de l’homme dix, d’Ève dix, du serpent dix, de la terre dix ; c’est pourquoi, quand l’homme transgresse un commandement, il sera flagellé de quarante. Et ainsi tu trouves dans la peine des explorateurs qu’Israël fut frappé quarante ans dans le désert ; ainsi ont tiré nos Sages, de mémoire bénie, dans le Midrash Tan’houma, dans la section Bamidbar Sinaï (4), sur le verset « ne retranchez pas ».
פן יוסיף. ממה שחזר ואמר פן יוסיף הוכיח מכאן הרב הקדוש רבי יונה ז"ל שמכה חברו או אשתו עובר בשני לאוין, האחד לא יוסיף והשני פן יוסיף שהוא ג"כ לאו, שכל מקום שנאמר השמר פן ואל אינו אלא לא תעשה.
« De peur qu’il n’ajoute. » De ce qu’il a de nouveau dit « de peur qu’il n’ajoute », le saint Rav Rabbi Yonah, de mémoire bénie, a prouvé que celui qui frappe son prochain ou sa femme transgresse deux interdits : l’un « il n’ajoutera pas » et l’autre « de peur qu’il n’ajoute », qui est aussi un interdit, car les expressions « garde-toi » (hichamer), « de peur que » (pen) et « ne… pas » (al) indiquent toujours un commandement négatif.
מכה רבה. אם יוסיף לו אפילו אחת יקראנו מכה רבה. ויש בכאן רמז במלת רבה שהרי מצות לא תעשה הן שס"ה ויש בהן כמה לאוין שאין שם חיוב מלקות, וכן אמרו לאו שאין בו מעשה אין לוקין עליו, ואותן שבהן חיוב מלקות הן ר"ז לאוין כמנין רבה, וזהו מכה רבה.
« Une grande plaie (makkah rabbah). » S’il lui ajoute même un seul coup, il l’appellera « une grande plaie ». Et il y a ici une allusion dans le mot « rabbah », car les commandements négatifs sont 365, et parmi eux plusieurs interdits n’ont pas d’obligation de flagellation, et ainsi ont-ils dit : un interdit sans action, on ne le flagelle pas ; et ceux où il y a obligation de flagellation sont 207 interdits, comme la valeur de « rabbah » (207), et c’est « makkah rabbah ».
ואם תשכיל בסוד הענין תמצא בו עוד בלשון מכה רבה רמז למלקות הגדול שהוא אשה של גיהנם המושכת כח ממדת הדין הנקראת כה, כי לכך באו המכות לפרעה במלת כה, והיא ג"כ מקבלת ממדת הדין הקשה הגדולה והחזקה, והמלקות הקל והחלוש של העוה"ז הנה הוא כפרתו של חוטא להציל נפשו מיד להבה, הוא המלקות הגדול הנקרא מכה רבה, וזה מכלל חסדי ה' בצוותו אותנו לקחת זה תמורת זה. ויזהיר הכתוב המלקה שלא יוסיף, שאם יוסיף אפילו אחת הרי הוא נכנס תחתיו בעונש מכה רבה, זהו פן יוסיף להכותו על אלה מכה רבה, ארבעים אלה פדיון וכפרה למלקות הגדול הנקרא רבה ואם יוסיף ונשא עונו בה.
Et si tu médites sur le secret de la chose, tu trouveras encore dans l’expression « makkah rabbah » une allusion à la grande flagellation, qui est le feu de la Géhenne, qui tire sa force de l’attribut de rigueur appelé « koh », car c’est pourquoi les plaies sont venues à Pharaon par le mot « koh », et elle reçoit aussi de l’attribut de rigueur dure, grande et forte, et la flagellation légère et faible de ce monde est l’expiation du pécheur pour sauver son âme de la flamme, c’est la grande flagellation appelée « makkah rabbah », et cela fait partie des bontés de l’Éternel de nous avoir commandés de prendre l’une pour l’autre. Et l’Écriture avertit celui qui flagelle de ne pas ajouter, car s’il ajoute même un seul coup, voici qu’il entre à sa place dans la peine de la « makkah rabbah », c’est « de peur qu’il n’ajoute à le frapper en plus de ceux-ci une grande plaie » : ces quarante sont la rançon et l’expiation de la grande flagellation appelée « rabbah », et s’il ajoute, « il portera sa faute en elle ».
ונקלה אחיך לעיניך. עד עתה קראו רשע, והרשיעו את הרשע והיה אם בן הכות הרשע כדי רשעתו, אבל מאחר שקבל דינו קוראו אחיך, וכן דרשו רז"ל ונקלה אחיך, כיון שלקה הרי הוא אחיך. ומן הכתוב הזה הוכיחו ז"ל במסכת מגלה כל חייבי כריתות שלקו נפטרו מידי כריתתן, שנאמר ונקלה אחיך כיון שלקה הרי הוא אחיך.
« Et ton frère sera déshonoré (venikla) à tes yeux. » Jusqu’à maintenant il l’appelait méchant : « et ils condamneront le méchant. Et si le méchant mérite des coups, selon sa culpabilité » ; mais depuis qu’il a reçu son jugement, il l’appelle « ton frère » ; et ainsi ont tiré nos Sages, de mémoire bénie, « et ton frère sera déshonoré » : dès qu’il a été flagellé, voici qu’il est ton frère. Et de ce verset ils ont prouvé, de mémoire bénie, dans le traité Meguila, que tous les passibles de retranchement qui ont été flagellés sont quittes de leur retranchement, car il est dit « et ton frère sera déshonoré » : dès qu’il a été flagellé, voici qu’il est ton frère.
ואין הפטור הזה על המלקות שלנו, כי מלקות שלנו אינו אלא כדי שיתבייש האדם, והבושת הוא אחד ממיני כפרה, הוא שאמר הנביא ע"ה (יחזקאל ט״ז:ס״ג) למען תזכרי ובשת, בכפרי לך לכל אשר עשית, אבל הוא אמור על המלקות שהיו נוהגין בזמן התלמוד שהיו מקרין אותו והיו כופתין את ידיו על העמוד, וכמו שהזכרתי למעלה. ותראה מלת אחי"ך בגימטריא ארבעים חסר אחת, ורמז לך הכתוב כי כיון שקבל מלקות כמנין אחיך הרי הוא אחיך, וכן מלת אלה ארבעים חסר אחת עם ג' האותיות.
Et cette exemption ne concerne pas notre flagellation, car notre flagellation n’est que pour que l’homme ait honte, et la honte est l’une des sortes d’expiation, c’est ce qu’a dit le prophète, que la paix soit sur lui (Ézéchiel 16,63) : « afin que tu te souviennes et que tu aies honte, quand Je t’aurai expié pour tout ce que tu as fait » ; mais cela est dit de la flagellation qui était pratiquée à l’époque du Talmud, où on lui faisait la lecture et on lui attachait les mains à la colonne, comme je l’ai mentionné plus haut. Et vois que le mot « ahikha » a la valeur de trente-neuf, et l’Écriture te fait allusion que, puisqu’il a reçu une flagellation selon le nombre de « ahikha », voici qu’il est ton frère ; et de même le mot « elleh » est de quarante moins un avec les trois lettres.
לא תחסם שור בדישו. כמו (ויקרא י׳:ט׳) בבאכם אל אהל מועד, שאין הכוונה בכניסתו ממש, אלא שלא ישתה קודם בואו כדי שלא תהא שכרות בשעת עבודה, וכן בכאן בדישו קודם דישו, שלא תהא חסימה בשעת דישה, ואפילו חסמה מבחוץ חייב, וכן הזכירו רז"ל שם בבבא מציעא.
« Tu ne museleras pas le bœuf pendant qu’il foule. » Comme (Lévitique 10,9) « quand vous entrez dans la Tente d’assignation », où l’intention n’est pas son entrée réelle, mais qu’il ne boive pas avant sa venue afin qu’il n’y ait pas d’ivresse au moment du service, et de même ici « bedishou » : avant son foulage, qu’il n’y ait pas de muselière au moment du foulage, et même s’il l’a muselé avant de l’amener sur l’aire de foulage, il est tenu, et ainsi l’ont mentionné nos Sages, de mémoire bénie, dans Bava Metsia.
והיה הבכור אשר תלד יקום על שם אחיו המת. ע"ד הפשט בכתוב הזה הוא דרך הקבלה, כי הבכור אשר תלד אשת המת יקום על שם אחיו המת, ואין זה שם ממש שיהיה שמו כשמו, אלא יקום על שם אחיו המת בנפש ידבר הכתוב, זהו שאמר ולא ימחה שמו מישראל, שאם לא יקום ימחה שמו מישראל סבא, וזה מבואר. ומה שפירשו בו רז"ל, והיה הבכור אשר תלד, אמו של מת, הוא יקום בנכסים על שם אחיו המת ויזכר שם המת בנחלתו, אין זה פשוטו של מקרא, אבל הוא מדרש לרז"ל ומשם הוכיחו שמצוה בגדול ליבם, וזהו שהזכיר לשון בכור.
« Et le premier-né qu’elle enfantera se lèvera au nom de son frère mort. » Selon le sens simple, ce verset est dans la voie de la Kabbale, car le premier-né qu’enfantera la femme du mort se lèvera au nom de son frère mort, et ce n’est pas un nom réel, que son nom soit comme le sien, mais « il se lèvera au nom de son frère mort » : l’Écriture parle de l’âme, c’est ce qu’il a dit « et son nom ne sera pas effacé d’Israël » : s’il ne se lève pas, son nom sera effacé d’Israël Saba, et cela est clair. Et ce que nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué : « et le premier-né qu’elle enfantera » : la mère du mort ; lui, il se lèvera dans les biens au nom de son frère mort et le nom du mort sera mentionné dans son héritage ; ce n’est pas le sens simple du verset, mais c’est un midrash de nos Sages, de mémoire bénie, et de là ils ont prouvé que c’est un commandement pour l’aîné de faire le lévirat, et c’est pourquoi il a mentionné l’expression « premier-né ».
וחלצה נעלו מעל רגלו וירקה בפניו. יצריכנה הכתוב חליצת הנעל והרקיקה בפניו, כלומר שתרוק בפניו בקרקע, ואמרו רז"ל רוק הנראה לעיני הדיינין.
« Et elle déchaussera sa sandale de son pied et crachera devant lui. » L’Écriture exige d’elle le déchaussement de la sandale et le crachat devant lui, c’est-à-dire qu’elle crache devant lui, à terre, et nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : un crachat visible aux yeux des juges.
וע"ד הפשט בטעם מצות היבום כדי שישאר בבית המת ולא ימשול זר על אשתו ועל נכסיו, כענין שכתוב לא תהיה אשת המת החוצה לאיש זר, כי בזה אומדין דעתו של מת כי הוא רוצה שימשול אחיו על נכסיו ועל אשתו יותר מאחר כיון שאין לו זרע שיירשנו, זה טעם היבום. וטעם החליצה, כי כל זמן שהיבם רוצה ליבם הנה הוא מקיים זרע לאחיו ונראה כאילו אחיו חי, וכשאינו מיבם ואינו מקיים זרע לאחיו נראה שאחיו מת וצריך הוא שיתאבל עליו, ולכך היבמה תחלוץ המנעל שהוא סימן אבלות כאילו מתאבל על אחיו המת.
Et selon le sens simple, la raison du commandement du lévirat est pour qu’il reste dans la maison du mort et qu’un étranger ne domine pas sur sa femme et sur ses biens, comme il est écrit « la femme du mort ne sera pas dehors pour un homme étranger », car par là on estime l’avis du mort, qu’il veut que son frère domine sur ses biens et sur sa femme plus qu’un autre, puisqu’il n’a pas de descendance qui l’héritera ; telle est la raison du lévirat. Et la raison de la ḥalitsa : tant que le beau-frère veut faire le lévirat, il fait subsister une descendance pour son frère et il paraît comme si son frère était vivant, et quand il ne fait pas le lévirat et ne fait pas subsister de descendance pour son frère, il paraît que son frère est mort et il lui faut le porter en deuil, et c’est pourquoi la belle-sœur déchausse la chaussure, qui est un signe de deuil, comme si lui-même portait le deuil de son frère mort.
וע"ד המדרש מצות היבום הוא מכלל החקים, והוא שדרשו רז"ל רוק היבמה מכלל החקים, שכן כתוב (ויקרא ט) את חקותי תשמרו, דברים שיצר הרע ואומות העולם משיבים עליהם, ואלו הן, שעטנז ובשר חזיר ורוק היבמה והרבעת כלאים ושור הנסקל ועגלה ערופה וצפרי מצורע ופטר חמור ובשר בחלב ושעיר המשתלח ופרה, כן דרשו במדרש תנחומא בסדר ואלה המשפטים.
Et selon le Midrash, le commandement du lévirat fait partie des lois (houqim), et c’est ce que nos Sages, de mémoire bénie, ont tiré : le crachat de la belle-sœur fait partie des houqim, car il est écrit (Lévitique 9) « vous garderez Mes lois » : des prescriptions que le mauvais penchant et les nations du monde contestent, et les voici : le chaatnez, la chair de porc, le crachat de la belle-sœur, l’accouplement de kilayim, le bœuf lapidé, la génisse à la nuque brisée, les oiseaux du lépreux, le premier-né de l’ânesse, la viande avec le lait, le bouc envoyé et la vache ; ainsi ont tiré nos Sages dans le Midrash Tan’houma, dans la section Elleh ha-michpatim.
וע"ד הקבלה מצות היבום תועלת גדולה לנפש המת, וידוע כי תגדל הנאת הנפש כשהיא מתגלגלת במי שהוא קרוב מן המשפחה יותר לפי שיש לו שייכות גדול עמו, ומזה אמרו רז"ל כי ישבו אחים יחדו פרט לאח שלא היה בעולמו שלא היה להם ישיבה אחת בעולם, ואין זה חייב ליבם, והטעם לפי שלא הכירו מעולם ולא היה לו שום שייכות עמו.
Et selon la Kabbale, le commandement du lévirat est un grand profit pour l’âme du mort, et il est connu que le plaisir de l’âme est grand lorsqu’elle se réincarne chez quelqu’un de plus proche de la famille, parce qu’il y a un grand rapport avec lui, et de là nos Sages, de mémoire bénie, ont dit « si des frères demeurent ensemble » : à l’exclusion d’un frère qui n’était pas dans son monde, parce qu’ils n’ont pas eu de demeure commune dans le monde, et celui-ci n’est pas tenu au lévirat, et la raison en est qu’ils ne se sont jamais connus et qu’il n’avait aucun rapport avec lui.
וטעם החליצה שאמר וחלצה נעלו, כי כשאין היבם רוצה ליבם הלא נחשב לו לאכזריות שהרי אינו רוצה בתועלת נפש אחיו, והדין הראוי בזה שתחלוץ לו היבמה נעלו מעל רגלו לסימן ורמז שהוא מסתלק ונשמט מן האחוה, וזהו לשון וחלצה, מלשון (הושע ה׳:ו׳) חלץ מהם, ולשון נעלו כי הוא נועל דלת בפני נפש אחיו המת. אמר מעל רגלו לפי שהרגל הוא סבת ההליכה, וכן זה סבה שתלך נפש אחיו למשפחה אחרת.
Et la raison de la ḥalitsa, comme il a dit « et elle déchaussera sa sandale » : quand le beau-frère ne veut pas faire le lévirat, cela n’est-il pas compté pour lui comme cruauté, puisqu’il ne veut pas le profit de l’âme de son frère ? Et la loi qui convient en cela est que la belle-sœur déchausse sa sandale de son pied en signe et allusion qu’il se retire et se dérobe de la fraternité, et c’est l’expression « et elle déchaussera » (ve-halatsah), de l’expression (Osée 5,6) « il s’est retiré (ḥalats) d’eux », et l’expression « sa sandale (na’alo) » parce qu’il ferme à clé (no’el) la porte devant l’âme de son frère mort. Il a dit « de son pied » parce que le pied est la cause de la marche, et de même celui-ci est cause que l’âme de son frère aille vers une autre famille.
וענין וירקה, כי הרקיקה הנמאסת תרמוז לדבר הנמאס המתגלגל מן הגוף דרך חוט השדרה שהנפש מתלבשת ומתעטפת בו, ולכך הצריכו חכמי האמת ז"ל להיות הרוק תפל קודם שתאכל היבמה כדי שלא יהיה מצד האכילה אלא מן הלחות שבגופה, כעין אותו דבר הנמאס הבא מלחות הגוף, והיה היבם אכזרי ונמאס בעיני הבריות כאשר לא יחפוץ ליבם, ועל כן ראוי הוא שיקרא בישראל בשם הזה בית חלוץ הנעל.
Et le sens de « elle crachera » : le crachat, qui est répugnant, fait allusion à la substance répugnante qui chemine depuis le corps par la colonne vertébrale, dans laquelle l’âme se revêt et s’enveloppe ; et c’est pourquoi les sages de la vérité, de mémoire bénie, ont exigé que le crachat soit insipide, avant que la belle-sœur n’ait mangé, afin qu’il ne soit pas du côté de la nourriture mais de l’humeur qui est dans son corps, semblable à cette chose répugnante qui vient de l’humeur du corps ; et le beau-frère était cruel et répugnant aux yeux des gens quand il ne veut pas faire le lévirat, et c’est pourquoi il est digne d’être appelé en Israël de ce nom : « maison de celui dont la sandale a été déchaussée ».
וצריך אתה לדעת כי הענין הזה חסד המקום על ישראל כדי שיזכו כל הנפשות לאור באור העליון, וכמו שאמרו רז"ל כל ישראל יש להם חלק לעוה"ב. והענין הזה תמצאנו במליצת אליהוא מפורש שאמר (איוב ל״ג:כ״ט-ל׳) הן כל אלה יפעל אל פעמים שלש עם גבר, להשיב נפשו מני שחת לאור באור החיים, יאמר הכתוב פעמים שלש היא מאירה מאור החיים אשר על פני האדמה כדי להשיבה מני שחת, ומפורש ג"כ מפי הקב"ה בעצמו שאמר לאיוב לקיים דברי אליהוא (שם לח) לאחוז בכנפות הארץ וינערו רשעים ממנה, תתהפך כחומר חותם ויתיצבו כמו לבוש, יאמר המימיך צוית כמוני לאחוז בכנפות הארץ ולנער הרשעים ממנה ולהעמיד אחרים תחתיהם, ותתהפך הארץ מהם כחומר חותם שהוא מתהפך ומשתנה לצורות משתנות ויתיצבו כל אחד ואחד מהרשעים באדם שהוא לבוש בגדים חדשים.
Et il te faut savoir que cette chose est une bonté du Lieu pour Israël afin que toutes les âmes méritent la lumière dans la lumière supérieure, et comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie : tout Israël a une part au monde à venir. Et cette chose, tu la trouves dans le discours d’Élihou, explicitement, où il a dit (Job 33,29-30) : « voici, tout cela Dieu l’accomplit deux fois, trois fois avec l’homme, pour ramener son âme de la fosse, pour qu’elle soit éclairée de la lumière des vivants » ; l’Écriture dit : trois fois elle est éclairée de la lumière de la vie qui est sur la face de la terre afin de la ramener de la fosse ; et c’est aussi explicite de la bouche du Saint, béni soit-Il, Lui-même, qui a dit à Job, pour confirmer les paroles d’Élihou (ibid. 38) : « pour saisir les extrémités de la terre et en secouer les méchants, elle se transforme comme l’argile d’un sceau et ils se tiennent comme un vêtement » ; il dit : toi, depuis tes jours as-tu ordonné comme Moi de saisir les extrémités de la terre et d’en secouer les méchants et de placer d’autres à leur place ; et la terre se retourne d’eux comme l’argile d’un sceau, qui se retourne et se change en formes changeantes, et ils se tiennent, chacun des méchants, en un homme qui est vêtu de vêtements neufs.
ואחרי כל הבאורים האלה יוכל האדם להעיד שהמצוה הזאת שהיא מצות היבום מיוסדת על הענין הזה ואי אפשר לשום חולק לחלוק בזה מדרך הסברא, לפי שהענין קבלה מפי החכמים והחכמים מפי הנביאים עד משה מסיני.
Et après toutes ces explications, l’homme peut attester que ce commandement, qui est le commandement du lévirat, est fondé sur cette chose, et il est impossible à quiconque de contester là-dessus par voie de raison, parce que la chose est une tradition de la bouche des Sages, et les Sages de la bouche des prophètes jusqu’à Moché du Sinaï.
ובספר הבהיר תמצא מפורש, מפני מה צדיק ורע לו, מפני שהצדיק כבר היה רשע לשעבר ועתה נענש. וכי מענישין על ימי הנערות, והאמר רבי סימון שאין מענישין אלא מבן עשרים שנה ולמעלה אנא לא בחיי אמרי אנא במותא אמרי, שכבר היה לשעבר, אמרו לו חבריו עד מתי תסתום דבריך, אמר להן צאו וראו משל לאדם שנטע כרם בגנו ויקו לעשות ענבים ויעש באושים, ראה שלא הצליח, נטעו גדרו ופרצו ונקה הגפנים מן הבאושים ונטעו עוד שנית, ראה שלא הצליח, גדרו ונטעו אחר שנקהו, ראה שלא הצליח גדרו ונטעו, עד כמה, אמר לו לאלף דור, והיינו דאמרינן תשע מאות ושבעים וארבעה דורות חסרו ועמד הקב"ה ושתלן בכל דור ודור, עד כאן.
Et dans le livre Ha-Bahir tu trouves explicitement : pourquoi un juste a-t-il le mal ? Parce que le juste fut méchant auparavant et est maintenant puni. Mais punit-on pour les jours de la jeunesse ? Et Rabbi Simon n’a-t-il pas dit qu’on ne punit qu’à partir de vingt ans et au-delà ? « Je ne parle pas de la vie présente ; je parle d’une existence antérieure à sa mort », car c’était déjà auparavant ; ses compagnons lui dirent : jusqu’à quand laisseras-tu tes paroles obscures ? Il leur dit : sortez et voyez : parabole d’un homme qui planta une vigne dans son jardin et attendit qu’elle fasse des raisins, et elle fit des raisins aigres ; il vit qu’elle ne réussissait pas, il la planta, la clôtura, la perça et nettoya les vignes des raisins aigres et la planta encore une seconde fois ; il vit qu’elle ne réussissait pas, il la clôtura et la planta après l’avoir nettoyée ; il vit qu’elle ne réussissait pas, il la clôtura et la planta ; jusqu’à combien ? Il lui dit : jusqu’à mille générations ; et c’est ce que nous disons : neuf cent soixante-quatorze générations manquèrent et le Saint, béni soit-Il, se leva et les planta dans chaque génération. Jusqu’ici.
אשר לא יבנה. מכאן רמז שמצות היבום חסד הוא מאת הש"י, וזה לשון יבנה כלשון (תהלים פט) עולם חסד יבנה, וזהו שאמר קהלת (קהלת ח׳:י׳) ובכן ראיתי רשעים קבורים ובאו, והנה זה חסד לבלתי ידח ממנו נדח, וכן מלת בכ"ן בגימטריא חס"ד.
« Qui ne bâtira pas (lo yibaneh). » De là une allusion que le commandement du lévirat est une bonté de la part du Nom, béni soit-Il, et c’est l’expression « yibaneh », comme l’expression (Psaumes 89) « un monde de bonté sera bâti » ; et c’est ce que dit l’Ecclésiaste (Ecclésiaste 8,10) : « et ainsi j’ai vu des méchants ensevelis et venus » ; et voici que c’est une bonté afin qu’aucun banni ne soit banni de Lui, et de même le mot « bekhen » a la valeur de « ḥessed ».
והחזיקה במבושיו. באבר הבושה, והם הביצים. ותרגם אונקלוס בבית בהתתיה, כענין את אודיתא ולא בהתתא. והכתוב מענישה וקצותה את כפה, כלומר דמי כפה, ולא כפה ממש, כי כן קבלת רז"ל שאין הענין אלא דמים, והוא כמו (שמות כ״א:כ״ד) עין תחת עין, שאינו עין ממש אלא דמי עין, כי אינה ראויה לקציצת ידה כיון שלא עשתה כן אלא להציל את אישה מיד מכהו, ומ"מ ראויה היא לשלם דמי ידה כיון שהעיזה פניה ושלחה ידה להחזיק במקום הערוה.
« Et elle saisira ses parties honteuses (mevoushav). » L’organe de la honte, qui sont les testicules. Et Onkelos a traduit « be-veit behatatayhi », comme « at odayta ve-lo behatta ». Et l’Écriture la punit : « et tu lui couperas la main (kapah) », c’est-à-dire la valeur de sa main (dmei kapah), et non sa main réelle, car ainsi est la tradition de nos Sages, de mémoire bénie, qu’il ne s’agit que d’argent, et c’est comme (Exode 21,24) « œil pour œil », qui n’est pas un œil réel mais la valeur d’un œil, car elle n’est pas digne que sa main soit coupée puisqu’elle n’a fait cela que pour sauver son mari de la main de celui qui le frappe ; mais de toute façon elle est digne de payer la valeur de sa main puisqu’elle a eu l’impudence et a tendu sa main pour saisir le lieu de la nudité.
גדולה וקטנה. גדולה שמכחשת הקטנה, שלא יהא נוטל בגדולה ומחזיר בקטנה. אם נשתמש כן בגדולה וקטנה, לא יהיה לך, כלומר לא יהיה לך כלום.
« Grande et petite. » Grande qui dément la petite, de sorte qu’il ne prenne pas avec la grande et ne rende pas avec la petite. Si l’on use ainsi de la grande et de la petite, « il n’y en aura pas pour toi » : c’est-à-dire il n’y aura rien pour toi.
אבן שלמה וצדק יהיה לך. אם עשית אבן שלמה הצדקת את עסקך יהיה לך הרבה.
« Tu auras un poids entier et juste. » Si tu as fait un poids entier et rendu ton commerce juste, tu en auras beaucoup.
כל עושה אלה. יחזור למעלה, לאבן ואבן איפה ואיפה. כל עושה עול, בשאר דברים.
« Quiconque fait cela. » Cela revient plus haut : à pierre et pierre, épha et épha. « Quiconque fait l’injustice » : dans les autres choses.
זכור את אשר עשה לך עמלק. נסמכה פרשת עמלק ללמדך שאם שקרתם במדות הוי דואג מגרוי האויב, שנאמר (משלי י״א:א׳) מאזני מרמה תועבת ה' וכתיב בתריה בא זדון ויבא קלון. ונראה לי כי מפני זה נתאחר פסוק כי תועבת ה', שלא הזכיר מיד אחר אבן ואבן איפה ואיפה כמו שהיה ראוי, שאילו עשה כן היתה הפרשה מסיימת באריכות ימים, ולכך רצתה התורה לסיים כל עושה עול כדי להסמיכו אל עמלק, שנדרוש ממנו סמוכין שהקב"ה משליט האויב על כל מי שעושה עול במדות. ועוד ללמדך כי עמלק עשה עמנו עול ובא כנגדנו מארץ מרחקים ולא זכר ברית אלהים. ולשון אשר קרך מלשון מקרה, זהו פשוטו, ומדרשו הוא צנן את היורה.
« Souviens-toi de ce qu’Amaleq t’a fait. » La section d’Amaleq a été juxtaposée pour t’enseigner que si vous mentez dans les mesures, redoute les attaques de l’ennemi, car il est dit (Proverbes 11,1) « des balances trompeuses sont l’abomination de l’Éternel », et il est écrit après : « vient l’insolence, vient la honte ». Et il me semble que c’est pour cela que le verset « car l’abomination de l’Éternel » a été retardé, qu’il n’a pas été mentionné aussitôt après « pierre et pierre, épha et épha », comme il aurait convenu, car s’il avait fait ainsi, la section aurait fini par la longueur des jours, et c’est pourquoi la Torah a voulu conclure par « quiconque fait l’injustice » afin de la juxtaposer à Amaleq, pour que nous en tirions par la juxtaposition que le Saint, béni soit-Il, donne pouvoir à l’ennemi sur quiconque commet l’injustice dans les mesures. Et aussi pour t’enseigner qu’Amaleq nous a fait une injustice et est venu contre nous d’un pays lointain et ne s’est pas souvenu de l’alliance de Dieu. Et l’expression « asher qarkha » vient de « miqré » (hasard), c’est son sens simple, et son midrash est : il a refroidi le chaudron.
ויזנב בך. כלומר כרת זנבך, והם הנחשלים אחריך, החלושים שלא היה בהן כח ללכת. וכן מנהג המחנות הנרדפות מן האויבים ואין כח באויבים לבקע המחנה הם מזנבים ומכים באחרונים שבמחנה שהם חלושים מכלן, זהו פשוטו.
« Et il a frappé ta queue (vayezanev). » C’est-à-dire il a coupé ta queue, et ce sont ceux qui traînent derrière toi, les faibles qui n’avaient pas la force de marcher. Et telle est la coutume des camps poursuivis par des ennemis : quand les ennemis n’ont pas la force de percer le camp, ils attaquent par la queue et frappent les derniers du camp, qui sont les plus faibles de tous ; c’est son sens simple.
ומדרשו ויזנב בך, מכת זנב, חותך מילה וזורק כלפי מעלה ואומר טול מה שבחרת. והיה עושה זה מאותן חסרי כח הזנבות והחלושים שבהן מחמת עונות שהיה הענן פולטן. ובמדרש זכור את אשר עשה לך עמלק, זה שאמר הכתוב (איוב י״ג:י״ב) זכרוניכם משלי אפר לגבי חמר גביכם, אמר הקב"ה לישראל אותן שתי זכירות שכתבתי לכם בתורה הוו זהירין בהן, אחת כאן ואחת (שמות י״ז:י״ד) כי מחה אמחה את זכר עמלק.
Et son midrash : « vayezanev bekha » : plaie de la queue, il coupe la milah et la jette vers le haut et dit : prends ce que tu as choisi. Et il faisait cela à ceux qui étaient sans force, les derniers et les faibles parmi eux, que la nuée rejetait à cause de leurs fautes. Et dans le Midrash « souviens-toi de ce qu’Amaleq t’a fait » : c’est ce que dit l’Écriture (Job 13,12) : « vos souvenirs sont des proverbes de cendre, vos dos (gabbekhem) des dos d’argile » ; le Saint, béni soit-Il, dit à Israël : ces deux souvenirs que J’ai écrits pour vous dans la Torah, soyez-y attentifs, l’un ici et l’autre (Exode 17,14) « car J’effacerai certainement la mémoire d’Amaleq ».
אם עשיתם כך תהיו בניו של אברהם שהמשיל עצמו כאפר, שנאמר (בראשית י״ח:כ״ז) ואנכי עפר ואפר, ואם לאו, לגבי חמר גביכם, התקינו עצמכם לשעבודה של מצרים, דכתיב (שמות א׳:י״ד) בחמר ובלבנים, (תהילים ע״ט:י״ב) והשב לשכנינו שבעתים אל חיקם חרפתם אשר חרפוך ה', מה היו בית עמלק עושין, היו מחתכין מילותיהן וזורקין כלפי מעלה ואומרים הא לך מה שבחרת, שכן כתוב למעלה מן הענין והחזיקה במבושיו, בא שמואל ע"ה ופרע להם, שנאמר (שמואל א ט״ו:ל״ג) ושסף שמואל את אגג לפני ה', היה מחתך בשרו כזיתים ומאכיל לנעמיות.
Si vous avez fait ainsi, vous serez les fils d’Avraham, qui s’est comparé à de la cendre, car il est dit (Genèse 18,27) « et moi, je suis poussière et cendre » ; et sinon, « vos dos sont des dos d’argile », préparez-vous à l’asservissement d’Égypte, car il est écrit (Exode 1,14) « par l’argile et par les briques » ; (Psaumes 79,12) « et rends à nos voisins sept fois dans leur sein l’opprobre dont ils T’ont couvert d’opprobre, Éternel ». Que faisait la maison d’Amaleq ? Ils coupaient leurs milot et les jetaient vers le haut en disant : prends ce que tu as choisi, car il est écrit plus haut dans le sujet « et elle saisira ses parties honteuses » ; Samuel, que la paix soit sur lui, est venu et leur a fait payer, car il est dit (1 Samuel 15,33) « et Samuel mit Agag en pièces devant l’Éternel » ; il lui coupait la chair comme des olives et la donnait à manger aux autruches (na’amiot).
מהו עמלק, עם שבא ללקק דמן של ישראל ככלב. רבי לוי בשם רבי שמעון בן חלפתא אומר למה היה עמלק דומה, לזבוב שהוא להוט אחר המכה, כך היה עמלק להוט אחר ישראל. בדרך בצאתכם ממצרים, משל למלך שהיה לו כרם והקיפו גדר והושיב בו כלב נשכן, אמר המלך כל מי שיבא ויפרוץ הגדר ישכנו הכלב, לימים בא בנו של מלך ופרץ את הגדר ובא הכלב ונשכו, כל זמן שהיה המלך רוצה להזכיר חטא בנו שפרץ את הגדר אמר לו זכור אתה שנשכך הכלב.
Qu’est-ce qu’Amaleq ? Un peuple qui est venu lécher le sang d’Israël comme un chien. Rabbi Lévi au nom de Rabbi Shimon ben Halafta dit : à quoi Amaleq ressemblait-il ? À une mouche qui est avide de la plaie ; ainsi Amaleq était avide d’Israël. « En chemin, à votre sortie d’Égypte » : parabole d’un roi qui avait une vigne et l’entoura d’une clôture et y plaça un chien mordeur ; le roi dit : quiconque viendra et percera la clôture, le chien le mordra ; quelque temps après, le fils du roi vint et perça la clôture, et le chien vint et le mordit ; chaque fois que le roi voulait rappeler la faute de son fils qui avait percé la clôture, il lui disait : souviens-toi que le chien t’a mordu.
כך כל זמן שהקב"ה מבקש להזכיר חטאן של ישראל בדברים שאמרו (שמות י״ז:ז׳) היש ה' בקרבנו אם אין, אמר להם זכור את אשר עשה לך עמלק.
Ainsi, chaque fois que le Saint, béni soit-Il, veut rappeler la faute d’Israël dans les paroles qu’ils ont dites (Exode 17,7) « l’Éternel est-Il au milieu de nous ou non ? », Il leur a dit : souviens-toi de ce qu’Amaleq t’a fait.
ולא ירא אלהים. יחזור לעמלק, כי בעוד שהיה ישראל עיף ברפידים וצמא למים בא עמלק לכלותם.
« Et il n’a pas craint Dieu. » Cela revient à Amaleq, car tandis qu’Israël était las à Refidim et assoiffé d’eau, Amaleq vint pour les anéantir.
ובמדרש ולא ירא אלהים, מסורת אגדה היא שעתיד עשו ליפול ביד בניה של רחל, שנאמר (ירמיהו מ״ט:כ׳) אם לא יסחבום צעירי הצאן, אלו קטניהם של שבטים. זה כתוב בו נער וזה כתוב בו קטן, זה כתוב בו נער שנאמר (בראשית לז) והוא נער, וזה כתוב בו קטן שנאמר(עובדיה) הנה קטן נתתיך וגו', זה גדל בין שני צדיקים ולא למד ממעשיהם, וזה גדל בין שני רשעים ולא למד ממעשיהם, יבא זה ויפול ביד זה. זה כתוב בו (בראשית מ״ב:י״ח) את האלהים אני ירא, וזה כתוב בו ולא ירא אלהים, יבא זה ויפול ביד זה.
Et dans le Midrash « et il n’a pas craint Dieu » : c’est une tradition de l’Aggada qu’Ésaü est destiné à tomber entre les mains des fils de Rachel, car il est dit (Jérémie 49,20) « si les petits du troupeau ne les traînent pas », ce sont les petits des tribus. Celui-ci est écrit « jeune » et celui-là est écrit « petit » ; celui-ci est écrit « jeune », car il est dit (Genèse 37) « et il était un jeune », et celui-là est écrit « petit », car il est dit (Abdias) « voici, Je t’ai rendu petit, etc. » ; celui-ci a grandi entre deux justes et n’a pas appris de leurs actes, et celui-là a grandi entre deux méchants et n’a pas appris de leurs actes ; que celui-ci vienne et tombe entre les mains de celui-là. Celui-ci est écrit (Genèse 42,18) « je crains Dieu », et celui-là est écrit « et il n’a pas craint Dieu » ; que celui-ci vienne et tombe entre les mains de celui-là.
והיה בהניח ה' אלהיך לך. אחר שתירשו את הארץ תמחה את זכר עמלק, כענין שכתוב (שמואל א ט״ו:ג׳) והמתה מאיש ועד אשה מעולל ועד יונק משור ועד שה, כדי שלא יאמרו שור זה משל עמלק היה. ועוד ממה שדרשו רז"ל שהיו עושים עצמם בהמות בחכמת הכשפים וחוזרים לאיזה מין שירצו, ולכך הוצרך לומר משור ועד שה מגמל ועד חמור, ולכך גברה עליהם חכמת התורה שלא תועיל להם חכמתן.
« Et quand l’Éternel ton Dieu t’aura donné du repos. » Après que vous aurez hérité du pays, tu effaceras la mémoire d’Amaleq, comme il est écrit (1 Samuel 15,3) « et tu les feras mourir, depuis l’homme jusqu’à la femme, depuis l’enfant jusqu’au nourrisson, depuis le bœuf jusqu’au mouton », afin qu’on ne dise pas : ce bœuf appartenait à Amaleq. Et aussi de ce que nos Sages, de mémoire bénie, ont tiré, qu’ils se faisaient eux-mêmes bêtes par la sagesse de la sorcellerie et revenaient à n’importe quelle espèce qu’ils voulaient, et c’est pourquoi il a fallu dire « depuis le bœuf jusqu’au mouton, depuis le chameau jusqu’à l’âne », et c’est pourquoi la sagesse de la Torah a prévalu sur eux, de sorte que leur sagesse ne leur serve à rien.
מתחת השמים. כלומר הקב"ה ימחה כחו בשמים. וכן התנבא עליו בלעם (במדבר כ״ד:כ׳) ואחריתו עדי אובד, עד שיבא האובד זה הקב"ה שכתוב (שמות י״ז:י״ד) כי מחה אמחה, בתחלה אמחה למעלה ולבסוף תמחה למטה. לא תשכח, כלומר שלא תמחה.
« De dessous les cieux. » C’est-à-dire le Saint, béni soit-Il, effacera sa force dans les cieux. Et ainsi Bilam a prophétisé sur lui (Nombres 24,20) « et sa fin sera pour la perdition (adei oved) », jusqu’à ce que vienne Celui qui fait périr, c’est le Saint, béni soit-Il, dont il est écrit (Exode 17,14) « car J’effacerai certainement » : d’abord J’effacerai en haut et à la fin tu effaceras en bas. « Tu n’oublieras pas » : c’est-à-dire que tu n’effaceras pas.
והפרשה הזו התחילה בזכרון וסיימה בשכחה, להורות שעתיד זכרם להשתכח מן העולם, וזה בזמן המשיח. ואע"פ שפשוטו של מקרא לפי התיבות שלא ישכח, בא הרמז בו לפי הטעמים שיבא זמן שישכח, ועל כן תמצא טרחא במלת לא ומלת תשכח היא בפני עצמה ויש דגש באות התי"ו, כלומר הנה ימים באים שתשכח כשיאבד זכרם מן העולם, הוא שאמר דוד ע"ה (תהילים ט׳:ז׳-ח׳) האויב תמו חרבות לנצח וערים נתשת אבד זכרם המה, ואז יהיה השם שלם והכסא שלם, וזהו שכתוב אחריו (שם) וה' לעולם ישב כונן למשפט כסאו.
Et cette section a commencé par le souvenir et a fini par l’oubli, pour indiquer que leur souvenir est destiné à être oublié du monde, et cela au temps du Messie. Et bien que le sens simple du verset, d’après les mots, soit « ne l’oublie pas », l’allusion est venue en lui d’après les accents qu’un temps viendra où il sera oublié, et c’est pourquoi tu trouves une tarha sous le mot « lo » et le mot « tishkah » est seul et il y a un daguesh dans la lettre tav, c’est-à-dire : voici que des jours viennent où tu oublieras, quand leur souvenir sera perdu du monde, c’est ce qu’a dit David, que la paix soit sur lui (Psaumes 9,7-8) : « l’ennemi, ses ruines sont finies pour toujours ; et les villes que Tu as déracinées, leur mémoire est perdue, eux ! », et alors le Nom sera entier et le Trône entier, et c’est ce qui est écrit après (ibid.) : « et l’Éternel siège pour toujours, Il a établi Son trône pour le jugement ».