Béréchit 12:1 · commentaire 1
הולך את חכמים יחכם ורועה כסילים ירוע (משלי יג, כ)
« Celui qui marche avec les sages deviendra sage ; celui qui fréquente les insensés sera brisé. » (Michlé 13:20)
Béréchit · RABBÉNOU BÉ’HAYÉ
Béréchit 12:1–17:27 · 148 entrées de commentaire
Les difficultés connues restent signalées dans les notes. Les introductions se trouvent au début de leur paracha et font partie de la première montée.
הולך את חכמים יחכם ורועה כסילים ירוע (משלי יג, כ)
« Celui qui marche avec les sages deviendra sage ; celui qui fréquente les insensés sera brisé. » (Michlé 13:20)
שלמה המלך ע"ה יזהיר בפסוק הזה (משלי יג) על אדם להשתדל בחברת החכמי' ולהתרחק מחברת הכסילים, ואומר הולך שהולך אחריהם תמיד ומתחבר אליהם ועושה עצמו טפל להם, ונותן אותם עליו אלופים לראש, מי שיש לו מדה זאת אין ספק שיחכם, והמתחבר עם הכסילים שיהיה הוא להם ראש ירוע, כלומר ישבר,
Le roi Salomon, que la paix soit sur lui, avertit dans ce verset (Michlé 13) que l’homme doit rechercher la compagnie des sages et s’éloigner de celle des insensés. « Celui qui marche » les suit constamment, s’attache à eux, se fait leur second et les établit à sa tête comme guides. Celui qui possède cette qualité deviendra sans aucun doute sage ; celui qui s’associe aux insensés pour être leur chef yéroa‘, c’est-à-dire sera brisé.
והנה הפסוק מבאר הנזק המגיע מחברת הכסילים והתועלת המגיע לאדם מחברת החכמים, כי זה ישבר וזה יחכם, וידוע כי המתחבר אל החכם יהנה והחכם אינו חסר כלום, וע"כ נמשלה התורה לנר, כענין שאמר דוד ע"ה (תהילים קי״ט:ק״ה) נר לרגלי דברך ואור לנתיבתי, לפי שהנר הכל מדליקין ממנו ואין אורו חסר כלום,
Le verset expose le dommage de la compagnie des insensés et l’utilité de celle des sages : l’un sera brisé, l’autre deviendra sage. Il est connu que celui qui s’attache au sage en tire profit sans que le sage perde rien. C’est pourquoi la Torah est comparée à une lampe : « Ta parole est une lampe à mon pied et une lumière sur mon sentier » (Tehilim 119:105). Tous allument à partir d’elle, sans que sa lumière diminue.
ומזה אמרו במדרש הולך את חכמים יחכם, משל למה הדבר דומה לאדם שנכנס לחנותו של בשם וקלט ריח הבשמים כשיצא כל בגדיו מבושמים והוא לא קנה מן הבשם, כלומר והבשם לא מכר לו כלום, וזהו שאמר הולך את חכמים יחכם,
Le Midrash compare « Celui qui marche avec les sages deviendra sage » à un homme entré dans la boutique d’un parfumeur : il absorbe l’odeur des aromates et, en sortant, tous ses vêtements sont parfumés, sans qu’il ait rien acheté au parfumeur, lequel ne lui a donc rien vendu. Tel est « celui qui marche avec les sages deviendra sage ».
ורועה כסילים ירוע, יאמר כי המתחבר עם כסילים ישבר, כלומר יגיע הענין לנזק גדול כי המתחבר אליהם מזיק לעצמו, גם להם יגיע נזק וחסרון, והנה הוא בהפך מן המתחבר אל החכמים. והעולה לנו מזה כי יש בחברת הכסילים נזק. מבלי תועלת ויש בחברת החכמים תועלת מבלי נזק.
« Celui qui fréquente les insensés sera brisé » : un grand dommage en résultera. Celui qui s’attache à eux se nuit à lui-même, et eux aussi subissent dommage et perte. C’est le contraire de la compagnie des sages. Nous en tirons ceci : dans la compagnie des insensés, dommage sans utilité ; dans celle des sages, utilité sans dommage.
ולשון כסילים הם בוחרי המדות המגונות והתאוות הגופניות ומבזים עניני השכל, והם הם שאין ראוי להוכיחם מפני שהכת היא מן השלש כתות שצוה שלמה ע"ה שלא להוכיחם, ואלו הם, כסילים לצים רשעים,
Les insensés sont ceux qui choisissent les qualités mauvaises et les désirs corporels et méprisent les choses de l’intellect. Ce sont ceux qu’il ne convient pas de réprimander, car ils appartiennent aux trois catégories que Salomon a commandé de ne pas réprimander : insensés, railleurs et méchants.
כסילים הוא שאמר (משלי כ״ג:ט׳) באזני כסיל אל תדבר כי יבוז לשכל מליך, לצים הוא שנאמר (שם ט) אל תוכח לץ פן ישנאך, רשעים הוא שנאמר (שם) יוסר לץ לוקח לו קלון ומוכיח לרשע מומו,
Pour les insensés : « Ne parle pas aux oreilles de l’insensé, car il méprisera l’intelligence de tes paroles » (Michlé 23:9). Pour les railleurs : « Ne réprimande pas le railleur, de peur qu’il ne te haïsse » (Michlé 9). Pour les méchants : « Celui qui corrige le railleur prend pour lui l’outrage ; celui qui réprimande le méchant, sa souillure. »
וכשם שחברת החכמים סבה גדולה והזמנה רבה בקיום עבודת הש"י וההתמדה עליה, כן חברת הכסילים והרשעים הזמנה גדולה וסבה לבטולה, שכן כתוב (דברים ז׳:ד׳) כי יסיר את בנך מאחרי, וע"כ ראה דוד ע"ה להתחיל ספרו בהרחקת חברת הרשעים והזכיר מיד ענין התורה, הוא שאמר (תהילים א׳:א׳) אשרי האיש אשר לא הלך בעצת רשעים ובדרך חטאים וגו', וסמך מיד כי אם בתורת ה' חפצו,
De même que la compagnie des sages est une grande cause et une forte préparation pour accomplir et poursuivre le service de l’Éternel, celle des insensés et des méchants prépare et cause son abandon : « Car il détournera ton fils de Ma suite » (Devarim 7:4). C’est pourquoi David commence son livre par l’éloignement des méchants et mentionne aussitôt la Torah : « Heureux l’homme qui n’a pas marché dans le conseil des méchants, ni dans le chemin des pécheurs… » (Tehilim 1:1), puis « mais son désir est dans la Torah de l’Éternel ».
והנה שלמה ע"ה אחז הדרך הזה בעצמו שהתחיל בראש דבריו ענין התורה, והוא שאמר (משלי א׳:ח׳) שמע בני מוסר אביך וגו', וסמך מיד הדברי המעכבים אותה והיא חברת הרשעים, הוא שאמר (שם) בני אם יפתוך חטאים אל תבא.
Salomon suit ce même chemin : il commence par la Torah, « Écoute, mon fils, l’instruction de ton père… » (Michlé 1:8), puis mentionne aussitôt ce qui y fait obstacle, la compagnie des méchants : « Mon fils, si des pécheurs te séduisent, n’y consens pas. »
והנה אברהם אבינו ע"ה רצה לקיים ענין התורה והעבודה, וכמו שדרשו רז"ל קיים אברהם אבינו אפילו ערובי תבשילין, והוצרך להזהר מחברת אנשי דורו הרשעים שהיו סבה לבטול הבחירה, וע"כ בא אליו דברי הש"י שיתרחק מהם ואל יתלכלך עמהם, ושילך מארצו וממולדתו אל הארץ אשר יראנו.
Avraham notre père, que la paix soit sur lui, voulut accomplir la Torah et le service. Nos maîtres ont enseigné qu’il accomplit même les ‘érouvé tavchilin. Il devait se garder de la compagnie des méchants de sa génération, qui causaient l’abolition du choix. La parole de l’Éternel lui vint donc : qu’il s’éloigne d’eux, ne se souille pas avec eux et quitte son pays et son lieu de naissance pour le pays qu’Il lui montrerait.
וזהו שכתוב ויאמר ה' אל אברם לך לך מארצך וממולדך ומבית אביך אל הארץ אשר אראך, ודרשו רז"ל היה דומה אברהם לצלוחית של פליטון הנתונה בבית הקברות ולא נודע ריחה מה עשו נטלוה וטלטלוה ממקומה והודיעו ריחה לעולם, כך היה אברהם דר בתוך עובדי ע"ז א"ל הקב"ה לך לך, התרחק מהם ואל תתלכלך עמהם, וזהו שתפש לשון לך לך,
C’est ce qui est écrit : « L’Éternel dit à Avram : Va-t’en de ton pays, de ton lieu de naissance et de la maison de ton père vers le pays que Je te montrerai. » Nos maîtres ont comparé Avraham à un flacon de parfum placé dans un cimetière, dont l’odeur restait inconnue. On le prit et le déplaça, et son parfum fut connu du monde. Ainsi Avraham demeurait parmi des idolâtres ; le Saint, béni soit-Il, lui dit : « Va-t’en », éloigne-toi d’eux et ne te souille pas avec eux. C’est pourquoi Il emploie lekh lekha.
והנה זה מעשרה נסיונות שנתנסה אברהם ועמד בכולן שלם, וזהו הראשון , והאחרון הוא ענין העקדה, ונא' בלשון הזה עצמו ולך לך אל ארץ המוריה כדי להשוות האחרון לראשון, והדבור הזה היה בחרן כי הוא ארצו ומולדתו ועליה אמר אברהם (בראשית כ״ד:ל״ח), אם לא אל בית אבי תלך וגו', ובוודאי זה היה נסיון גדול שילך מארצו וממולדתו שנולד בה ואשר ישב בה מאז ושם כל משפחתו ובית אביו, אל ארץ לא ידעה.
C’est l’une des dix épreuves auxquelles Avraham fut soumis et qu’il traversa toutes dans l’intégrité : celle-ci est la première, et la dernière est la Ligature. Elle est formulée de même : « Et va-t’en vers le pays de Moria », pour rapprocher la dernière de la première. Cette parole eut lieu à ‘Haran, son pays et son lieu de naissance, auquel il se référait : « Mais tu iras à la maison de mon père… » (Béréchit 24:38). C’était assurément une grande épreuve : quitter son pays natal, où il demeurait depuis toujours, où se trouvaient sa famille et la maison de son père, pour un pays inconnu.
ודע כי קודם שיזכיר הכתוב ויאמר ה' אל אברם היה ראוי להודיענו מעלותיו ומדותיו כדי שנכיר מי הוא ואחרי כך יזכיר הדבור כי כן עשה בנח, אבל י"ל כי כבר גלה לנו הכתוב בפרשה של מעלה על מעלתו הגדולה ברמז במלת אור כשדים כמו שנתבאר שם
Sache qu’avant « L’Éternel dit à Avram », il aurait convenu que l’Écriture nous fasse connaître ses qualités et ses vertus, puis mentionne la parole, comme elle le fit pour Noa‘h. Mais on peut répondre qu’elle nous avait déjà révélé sa grande excellence dans la section précédente, par l’allusion des mots « Our Kasdim », comme cela y a été expliqué.
ואעשך לגוי גדול. דרשו רז"ל הדרך גורם ג' דברים, ממעטת פריה ורביה, ממעטת הממון, וממעטת את השם, לכך הבטיחו בשלש ברכות אלו. ואעשך לגוי גדול הרי פריה ורביה, ואברכך הרי ברכת ממון, ואגדלה שמך כנגד ממעט את השם, אשימך אין כתיב כאן אלא ואעשך, הריני עושה לך בריה חדשה כענין שנא' (בראשית א׳:ז׳) ויעש אלהים את הרקיע. לגוי גדול אלו ישראל שכתוב בהם (דברים ד׳:ח׳) ומי גוי גדול.
« Je ferai de toi une grande nation. » Nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné : le voyage entraîne trois effets, il réduit la procréation, les biens et la renommée. C’est pourquoi Il lui promit ces trois bénédictions : « Je ferai de toi une grande nation » concerne la procréation ; « Je te bénirai » concerne la bénédiction des biens ; « Je grandirai ton nom » répond à la diminution de la renommée. Il n’est pas écrit « Je t’établirai », mais « Je te ferai » : Je fais de toi une création nouvelle, comme il est dit : « Dieu fit le firmament » (Genèse 1,7). « Une grande nation », c’est Israël, dont il est écrit : « Et quelle grande nation… » (Deutéronome 4,8).
ואעשך לגוי גדול זה שאומר אלהי אברהם. ואברכך זה שאומר אלהי יצחק. ואגדלה שמך זה שאומר אלהי יעקב. והיה ברכה בך חותמין ולא בכולן. אמר הקב"ה כשבראתי עולמי הייתי זקוק לברך בריותי, ברכתי אדם וחוה שנא' (בראשית א׳:א׳) ויברך אותם אלהים. ברכתי נח ובניו שנא' ויברך אלהים את נח ואת בניו. מכאן ואילך והיה ברכה, הרי הברכות מסורות לך לברך לכל מי שתרצה.
« Je ferai de toi une grande nation » : c’est ce que l’on dit, « Dieu d’Avraham ». « Je te bénirai » : « Dieu d’Its’hak ». « Je grandirai ton nom » : « Dieu de Yaakov ». « Sois une bénédiction » : c’est par toi que l’on conclut, et non par eux tous. Le Saint, béni soit-Il, dit : lorsque J’ai créé Mon monde, Je devais bénir Mes créatures. J’ai béni Adam et ‘Hava, comme il est dit : « Dieu les bénit » (Genèse 1,1). J’ai béni Noa’h et ses fils : « Dieu bénit Noa’h et ses fils. » Désormais, « sois une bénédiction » : les bénédictions te sont remises, pour bénir qui tu voudras.
ואברכה מברכיך ומקללך אאר זה יורה שאנשי אור כשדים היו מבזים אותו ומקללין אותו, ולכך אמר לו שילך אל הארץ אשר יראנו, ושם יברך מברכיו ויקלל מקלליו ואם יחיד יקללנו יואר, כן פי' הרמב"ן. ואמר עוד, כי התורה תקצר בויכוח שהיה בינו ובין הכשדים כאשר קצרה בענין דור אנוש ע"כ.
« Je bénirai ceux qui te bénissent, et celui qui te maudit, Je le maudirai. » Cela indique que les habitants d’Our des Chaldéens le méprisaient et le maudissaient. Il lui dit donc de partir vers le pays qu’Il lui montrerait : là, Il bénirait ceux qui le béniraient et maudirait ceux qui le maudiraient ; même un seul individu qui le maudirait serait maudit. Ainsi l’explique Ramban. Il ajoute que la Torah abrège la controverse qui l’opposa aux Chaldéens, comme elle a abrégé le récit de la génération d’Énosh. Fin de la citation.
ויתכן לפרש ומקללך על נמרוד המלך כי כשיואר המלך יואר העם. ומן הנראה עוד כי אנשי אור כשדים עובדי ע"ז במינים רבים חלוקים, יש שהיו עובדים מין אחד ממיני ע"ז כגון מולך, והיו חכמיהם מפרסמים באומתם שכל הנותן מזרעו למולך יצליח זרעו הנשאר לו ויהיה לגוי גדול, ויש עובדין מין אחר וחושבין שבו יצליחו בממונם, ויש שהיו עובדים מין אחר וחושבין שבו יגדל שמן ויתפרסם בעולם, ויש עובדים מין אחר וחושבין שבו יהיה העובד עצם ברכה להפיק כל רצונו עד שכל המתקרבים אליו יתברכו מברכתו.
On peut expliquer « celui qui te maudit » comme visant le roi Nimrod : lorsque le roi est maudit, le peuple l’est aussi. Il semble encore que les habitants d’Our des Chaldéens pratiquaient de nombreuses formes distinctes d’idolâtrie. Certains adoraient une divinité comme Molekh ; leurs sages proclamaient dans leur nation que quiconque donnait de sa descendance à Molekh verrait prospérer les enfants qui lui resteraient et deviendrait une grande nation. D’autres adoraient une autre divinité, pensant qu’elle ferait prospérer leurs biens. D’autres encore pensaient que leur divinité grandirait leur nom et le rendrait célèbre dans le monde. D’autres pensaient que leur culte ferait de l’adorateur une source même de bénédiction pour obtenir tout ce qu’il voudrait, au point que tous ceux qui l’approcheraient seraient bénis de sa bénédiction.
ולכך הזכיר לו הש"י כנגד כל המינין האלו, ואעשך לגוי גדול ואברכך ואגדלה שמך והיה ברכה, מפני שכל הכחות כולן שהן מיני ע"ז אין בידם להוסיף ולגרוע אלא כפי מה שנמסר להם בפקודתם, וכ"ש שאין להם כח לעשות דבר והפכו, שהרי כוכב מאדים גם כי יעמוד לימין האדם ויהיה בעוזריו אין כח בידו לעזור ולא להועיל כי אם בפורענו' ובדרכי ההיזק לא בדרכי הטובה, וכן זולתם משא כחות המטיבים או מריעים, אין בהם כח להועיל אלא כפי מה שנמסר להם בלבד, יהיה טוב או רע אין להם כח לעשות הפכו,
C’est pourquoi l’Éternel lui mentionna, en regard de toutes ces formes de culte : « Je ferai de toi une grande nation, Je te bénirai, Je grandirai ton nom, et sois une bénédiction. » Toutes les puissances qui font l’objet de ces cultes idolâtres ne peuvent ajouter ni retrancher au-delà de ce qui leur a été confié dans leur charge ; à plus forte raison ne peuvent-elles accomplir une chose et son contraire. Ainsi, même si la planète Mars se tient à la droite d’un homme et compte parmi ses soutiens, elle ne peut l’aider ni lui être utile que par le châtiment et les voies du dommage, non par celles du bien. Il en va de même des autres puissances, bienfaisantes ou malfaisantes : elles ne peuvent agir utilement que dans les limites de ce qui leur a été confié, bien ou mal, sans pouvoir accomplir le contraire.
ולכך הוסיף כאן ואברכה מברכיך ומקללך אאר, כי הוא דבר והפכו, אין כח זה ביד הכחות כולן כי אם ביד הכח הקדמון העליון, חלק יעקב יוצר הכל הוא, ממנו יבא הרע והטוב, כענין שאמר הנביא (ישעיהו מ״ה:ז׳) אני ה' עושה כל אלה.
C’est pourquoi Il ajoute ici : « Je bénirai ceux qui te bénissent, et celui qui te maudit, Je le maudirai. » Il s’agit d’une chose et de son contraire : aucune de toutes ces puissances ne possède ce pouvoir ; il appartient seulement à la Puissance première et supérieure. « La part de Yaakov, c’est Celui qui forme tout » : de Lui viennent le mal et le bien, comme le dit le prophète : « Moi, l’Éternel, Je fais toutes ces choses » (Isaïe 45,7).
ובמדרש ואברכה מברכיך, הכהנים מברכין לישראל שנא' (במדבר ו׳:כ״ז) ושמו את שמי על בני ישראל ואני אברכם. אמר הקב"ה אני מברך לאותו השבט. אמר הקב"ה בעוה"ז שבט לוי מברך אתכם, אבל לעתיד לבא אני בכבודי אברך אתכם, הה"ד (ירמיהו ל״א:כ״ג) יברכך ה' נוה צדק הר הקדש.
Dans le Midrash : « Je bénirai ceux qui te bénissent. » Les prêtres bénissent Israël, comme il est dit : « Ils placeront Mon Nom sur les enfants d’Israël, et Moi Je les bénirai » (Nombres 6,27). Le Saint, béni soit-Il, dit : Je bénis cette tribu. Il dit encore : dans ce monde, la tribu de Lévi vous bénit ; mais dans l’avenir, Moi-même, dans Ma gloire, Je vous bénirai. Tel est le sens de : « Que l’Éternel te bénisse, demeure de justice, montagne sainte » (Jérémie 31,23).
ונברכו בך. ע"ד הפשט כנגד מה שהכל מקללים אותך עכשיו אתה עתיד שיתברכו כל האומות מברכותיך.
« Et ils seront bénis en toi. » Selon le sens simple : en regard de tous ceux qui te maudissent maintenant, toutes les nations seront à l’avenir bénies de tes bénédictions.
וע"ד המדרש ונברכו בך, הגשמים והטללים בזכותך. ונברכו בך, יעקב ברך את פרעה, יוסף גלה לו החלום. דניאל גלה לנבוכדנצר, כשהם נכנסים לצרה הם שואלים אותנו ואנו מגלים להם, הה"ד ונברכו בך, ע"כ בבראשית רבה.
Selon la voie du Midrash : « Et ils seront bénis en toi » : les pluies et les rosées viendront par ton mérite. « Ils seront bénis en toi » : Yaakov bénit Pharaon ; Yossef lui révéla le rêve ; Daniel révéla à Nabuchodonosor. Lorsqu’ils entrent dans la détresse, ils nous interrogent et nous leur révélons. Tel est le sens de « ils seront bénis en toi ». Fin de la citation de Beréchit Rabba.
וע"ד הקבלה ונברכו בך, הברכה מלמעלה מדתו של אברהם תחלת המדות. ולזה רמזו במה שדרשו ונברכו בך, שתהא ברכתם עוברת בך. והענין שהוא תחלה לקבל הברכה וממנו תתפשט הברכה בכל העולם. וזה ענין שכתוב (תהילים קי״ז:א׳-ב׳) שבחוהו כל האומים, כי גבר עלינו חסדו, וזה מבואר.
Selon la voie de la Kabbale : « Ils seront bénis en toi. » La bénédiction vient d’en haut vers l’attribut d’Avraham, le premier des attributs. C’est ce qu’ils ont indiqué en interprétant : « Ils seront bénis en toi » — que leur bénédiction passe par toi. Cela signifie qu’il reçoit d’abord la bénédiction, puis que, de lui, elle se répand dans le monde entier. Tel est le sens de : « Louez-Le, toutes les nations, car Sa bonté a été puissante envers nous » (Psaumes 117,1-2). Cela est clair.
ואת הנפש אשר עשו בחרן. ע"ד הפשט העבדים שהיו לו ונפשות ילידי ביתו שקנו בחרן, מלשון (דברים ח) עשו לי את החיל הזה.
« Et les personnes qu’ils avaient faites à ‘Haran. » Selon le sens simple, il s’agit des serviteurs qu’ils possédaient et des personnes nées dans leur maison, qu’ils avaient acquises à ‘Haran. Le verbe a le sens de : « M’ont fait acquérir cette richesse » (Deutéronome 8).
וע"ד המדרש ואת הנפש אלו הגרים שהכניסן תחת כנפי השכינה, אברהם מגייר האנשים ושרה מגיירת את הנשים, וזהו שאמר אשר עשו ולא אמר אשר עשה. וכן מצינו ביצחק שהיה עושה כן ממה שדרשו (בראשית לז) וישב יעקב בארץ מגורי אביו, מגויירי אביו, ולמדך שהיה יצחק מגייר את האומות. וכן מצינו ביעקב (בראשית לה) ויאמר יעקב אל ביתו ואל כל אשר עמו הסירו את אלהי הנכר אשר בתוככם, הא למדת שכל האבות הלכו בדרך הזה לבטל ע"ז ולפרסם האמונה והיחוד
Selon la voie du Midrash, « les personnes » désigne les convertis qu’ils firent entrer sous les ailes de la Présence divine. Avraham convertissait les hommes et Sara les femmes ; c’est pourquoi il est dit « qu’ils avaient faites », et non « qu’il avait faites ». Nous trouvons qu’Its’hak agissait de même, d’après l’interprétation de : « Yaakov demeura dans le pays des séjours de son père » (Genèse 37) : megouré, « les séjours », est lu comme megouyeré, « les convertis de son père ». Cela t’enseigne qu’Its’hak convertissait les nations. Nous trouvons aussi chez Yaakov : « Yaakov dit à sa maison et à tous ceux qui étaient avec lui : Ôtez les dieux étrangers qui sont parmi vous » (Genèse 35). Tu apprends ainsi que tous les patriarches suivirent cette voie : abolir l’idolâtrie et faire connaître la foi et l’Unité.
עד מקום שכם העברה זו, והעתקתו מן ההר שאמר ויעתק משם ההרה, ומה שנטה את אהלו בין בית אל ובין העי, הכל היו פעולות ודמיונות ממה שעתיד לבא לזרעו, כמו שאז"ל האבות סימן לבנים, ובזה מצינו מנהג הנביאים שעושים מעשה נבואות, והכל לחוזק הענין שהם מתנבאים עליו, וכדי להורות שהוא עתיד לבא לידי מעשה ולהתקיים על כל פנים, ומזה החזיק הש"י לאברהם בארץ ועשה לו דמיונות בכל העתיד לעשות לזרעו.
« Jusqu’au lieu de Chekhem. » Ce passage, son déplacement vers la montagne — « Il transporta de là vers la montagne » — et le fait qu’il dressa sa tente entre Beth-El et Aï étaient tous des actes et des représentations de ce qui devait arriver à sa descendance. Nos Sages, de mémoire bénie, ont ainsi dit : les patriarches sont un signe pour les fils. Nous trouvons de même chez les prophètes l’habitude d’accomplir des actes prophétiques : tout cela affermit l’événement annoncé et indique qu’il doit se réaliser concrètement et s’accomplir assurément. C’est ainsi que l’Éternel établit Avraham dans la terre et lui fit accomplir des représentations de tout ce qu’Il ferait pour sa descendance.
והכנעני אז בארץ. על דרך הפשט הכנעניים אומה חזקה היו יושבי הארץ ההיא, ולפי שהיה אברהם מתפחד מהם הרבה בהיותו עובר בארצם, ע"כ לא היה בונה מזבח עד שבא אל מקום שכם ונראה לו ה' ית' ואמר לו לזרעך אתן את הארץ הזאת, ואז נסתלק פחדו, והוברר לו הענין כי זאת הארץ אשר הבטיחו עליה ובנה מזבח לה' על בשורת הארץ, זהו שאמר ויבן שם מזבח לה' הנראה אליו.
« Le Cananéen était alors dans le pays. » Selon le sens simple, les Cananéens étaient une nation puissante qui habitait ce pays. Parce qu’Avraham les craignait beaucoup lorsqu’il traversait leur terre, il ne bâtit pas d’autel avant d’arriver au lieu de Chekhem. L’Éternel lui apparut et lui dit : « À ta descendance Je donnerai cette terre. » Alors sa crainte disparut ; il sut avec certitude que c’était la terre qui lui avait été promise, et bâtit un autel à l’Éternel pour cette annonce concernant la terre. C’est ce que signifie : « Il bâtit là un autel à l’Éternel qui lui était apparu. »
ואמר אז ולא אמר מאז, כי מימות נח נתנה הארץ ההיא לכנעני העבד המקולל, ורצה להפקידה בידו כדי שלא יחזיק בה אחר. ועוד תכלול מלת אז כי הארץ ההיא אקלים שביעי, וכן הוא רביעי ואמצעי. וזהו שאמר שלמה על המדה הידועה (משלי ל״א:כ״ד) וחגור נתנה לכנעני, כי החגור באמצע הגוף.
Il dit az, « alors », et non méaz, « depuis lors », car depuis les jours de Noa’h cette terre avait été donnée au Cananéen, l’esclave maudit. Il voulut la déposer entre ses mains afin qu’un autre n’en acquière pas la possession. Le mot az inclut encore l’allusion que cette terre est le septième climat ; elle est également le quatrième, au centre. C’est ce que dit Salomon au sujet de l’attribut connu : « Elle donna une ceinture au Cananéen » (Proverbes 31,24), car la ceinture se trouve au milieu du corps.
ועוד יתכן לומר מפני שלא אמר יושב בארץ כשם שהזכיר למטה בסמוך והכנעני והפרזי אז יושב בארץ כי אין הכונה על אומה היושבת, רק על הכח הממונה עליה, ויאמר הכנעני על הכח של מעלה שנקרא כנעני על שם האומה, והוא אלהי האומות שהזכיר יהושע לישראל ואמר (יהושע כ״ד:ט״ו) בחרו לכם היום את מי תעבדון אם את אלהים אשר עבד אבותיכם אשר מעבר הנהר ואם את אלהי האמרי אשר אתם יושבים ארצם ואנכי וביתי נעבוד את ה', כי כן מצינו בשר של מצרים שנקרא מצרים על שם האומה, זהו שכתוב (שמות י״ד:י׳) והנה מצרים נוסע אחריהם ולא אמר נוסעים.
On peut encore dire ceci : le texte ne dit pas « habitait le pays », comme il le fera peu après : « Le Cananéen et le Perizzéen habitaient alors le pays ». L’intention ne porte donc pas sur la nation qui l’habitait, mais sur la puissance préposée à elle. « Le Cananéen » désigne la puissance d’en haut appelée Cananéen du nom de la nation. Ce sont les dieux des nations dont Yehochoua parla à Israël : « Choisissez aujourd’hui qui vous servirez : les dieux que servaient vos pères de l’autre côté du Fleuve, ou les dieux de l’Amorréen dont vous habitez le pays ; moi et ma maison, nous servirons l’Éternel » (Josué 24,15). Nous trouvons de même que le prince de l’Égypte est appelé Égypte du nom de la nation : « Et voici, l’Égypte avançait derrière eux » (Exode 14,10), et non « avançaient ».
וידוע מדרך הקבלה גם חכמי המחקר מסכימים בזה, כי הדבר הדבק נקרא על שם הנדבק בו, גם הנדבק נקרא ע"ש הדבק, וכן מצינו שכחן של ישראל נקרא ישראל וזהו שכתוב (תהילים כ״ד:ו׳) מבקשי פניך יעקב סלה כן דרשו רז"ל (תהילים קי״ח:ב׳) יאמר נא ישראל סבא. מכאן כי הדבק נקרא על שם הדבר הנדבק, והנדבק על שם הדבק. ועם זה יתבררו לך כמה ענינים שבתורה.
Il est connu selon la voie de la Kabbale, et les savants de la recherche philosophique s’accordent aussi sur ce point, que ce qui s’attache est appelé du nom de ce à quoi il s’attache, et que ce à quoi une chose s’attache est appelé du nom de cette chose. Nous trouvons ainsi que la puissance d’Israël est appelée Israël : « Ceux qui recherchent Ta face, Yaakov, pour toujours » (Psaumes 24,6). Nos Sages, de mémoire bénie, ont interprété de même « Qu’Israël dise donc » (Psaumes 118,2) : Israël l’Ancien. Nous apprenons de là cette attribution réciproque des noms entre les réalités unies. Par cela, plusieurs sujets de la Torah s’éclaireront pour toi.
ואין לך לתמוה אם נקרא המלאך או הנביא בשם המיוחד או מקום המקדש ג"כ, והוא מה שדרשו ז"ל שנקרא שמו של משיח ה' שנא' (ירמיהו כ״ג:ו׳-ז׳) וזה שמו אשר יקראו ה' צדקנו. וכן ירושלים שכתוב בה (יחזקאל מ״ח:ל״ה) ושם העיר מיום ה' שמה, אל תקרי שמה אלא שמה. וכן המלאכים שנקראים תמיד בשם המיוחד.
Ne t’étonne donc pas si un ange, un prophète ou le lieu du Sanctuaire est aussi appelé du Nom particulier. Nos Sages, de mémoire bénie, ont ainsi enseigné que le Messie est appelé du Nom de l’Éternel, puisqu’il est dit : « Voici le nom dont on l’appellera : l’Éternel est notre justice » (Jérémie 23,6-7). De même, au sujet de Jérusalem : « Le nom de la ville, dès ce jour : l’Éternel est là » (Ézéchiel 48,35) ; ne lis pas chama, « là », mais chemah, « son nom ». De même, les anges sont constamment appelés du Nom particulier.
ויעתק משם ההרה. נעתק מאותו מקום שבנה המזבח ובא אל הר המוריה ובנה מזבח פעם אחרת, להורות כי שם עתידים ישראל להקריב העולה והשלמים בבית המקדש, והתפלל שם גם כן להורות (ישעיה נו) כי ביתי בית תפלה יקרא לכל העמים, זהו שאמר ויבן שם מזבח לה' ויקרא בשם ה'. ומה שאמר ויעתק היה לו לומר ויעתק בפת"ח התי"ו, או ויעתק בציר"י תחת היו"ד והתי"ו, אבל הפשט באורו ויעתק אהלו משם אל ההר.
« Il transporta de là vers la montagne. » Il quitta le lieu où il avait bâti l’autel et vint au mont Moria, où il bâtit un nouvel autel, pour indiquer qu’Israël devait y offrir les holocaustes et les sacrifices de paix dans le Temple. Il y pria également, pour indiquer : « Car Ma maison sera appelée maison de prière pour tous les peuples » (Isaïe 56). Tel est le sens de : « Il bâtit là un autel à l’Éternel et invoqua le Nom de l’Éternel. » Quant au verbe vayya‘teq, il aurait fallu dire vayya‘taq avec un pata’h sous le tav, ou véyé‘teq avec un tséré sous le yod et sous le tav. Mais, selon le sens simple, il signifie : il transporta sa tente de là vers la montagne.
ועל דרך הקבלה יתכן לפרש ויעתק משם ההרה כי אברם העתיק במחשבות שכלו ההר, כלומר המדה העשירית הנקראת הר אשר הר המוריה מכוון כנגדה, והוא שתמצא במשה (שמות כד) ויעל משה אל ההר, וכבר ידעת שתרגומו לטורא, והוא מה שאמר (שמות יט) ומשה עלה אל האלהים.
Selon la voie de la Kabbale, on peut expliquer « Il transporta de là vers la montagne » comme signifiant qu’Avram transporta, dans les pensées de son intellect, la Montagne, c’est-à-dire le dixième attribut appelé Montagne, auquel correspond le mont Moria. Tu trouves ainsi chez Moché : « Moché monta vers la montagne » (Exode 24). Tu sais que le Targoum traduit : letoura, « vers la montagne ». C’est ce qui est dit : « Moché monta vers Dieu » (Exode 19).
והנה העתקה זו לא להפריד ולקצץ ח"ו רק ליחד ולחבר הכל כאחד. כי העלה אל ההר ההוא והעתיק אותו אל מקום אצילותו ומוצאותיו, כי מוצאותיו מקדם וע"כ סמך לו מקדם
Ce transport ne visait pas à séparer ni à couper, à Dieu ne plaise, mais à unifier et à réunir le tout en un. Il éleva cette Montagne et la transporta vers le lieu de son émanation et de ses origines, car ses origines sont d’antan, miqqédem. C’est pourquoi le texte lui joint miqqédem, « à l’est », puis dit « de Beth-El » : c’est la Sagesse, le beth de Beréchit. C’est à son sujet que Moché fut loué : « Dans toute Ma maison, il est fidèle » (Nombres 12). Le prophète, que la paix soit sur lui, dit : « Allons, montons à la montagne de l’Éternel et à la maison du Dieu de Yaakov » (Michée 4), car la maison du Dieu de Yaakov correspond à la montagne de l’Éternel.
ואח"כ אמר לבית אל, היא החכמה, והיא בי"ת של בראשית, ועליה נשתבח משה (במדבר יב) בכל ביתי נאמן הוא, והוא שאמר הנביא ע"ה (מיכה ד) לכו ונעלה אל הר ה' ואל בית אלהי יעקב, כי בית אלהי יעקב מכוון כנגד הר ה'. ואח"כ אמר ויט אהלה הוא אהל הבינה, ועל כן נחתמה המלה באות ה"א, היא הה"א הראשונה שבשם שמכחה נבראו שמים וארץ, והוא המלך שבנה פלטרין ע"י אדריכל, והאדריכל הוא הה"א של בהבראם, והיא ה"א האחרונה שבשם. ויש להתבונן בתוספת שני ההי"ן שבמלת ההרה גם בלשון ויעתק שהוא לשון יוצא לרמוז על שבארתי, ויתכן עוד שהיה ויעתק מלשון עתיק יומין. והבן זה.
Il dit ensuite : « Il dressa sa tente », oholoh : c’est la tente de la Bina. Le mot se termine donc par un hé : le premier hé du Nom, par la puissance duquel furent créés les cieux et la terre. C’est le roi qui bâtit un palais par un architecte ; l’architecte est le hé de behibbaream, et c’est le dernier hé du Nom. Il faut considérer l’ajout des deux hé dans le mot haharah, ainsi que le verbe vayya‘teq, transitif, pour saisir l’allusion que j’ai expliquée. Il est encore possible que vayya‘teq évoque l’Ancien des jours, ‘Atiq Yomin. Comprends-le.
ויקרא בשם ה'. על דרך הפשט לשון הכרזה ופרסום, כענין שכתוב (משלי כ) יקרא איש חסדו. (תהלים קטז) ובשם ה' אקרא. (בראשית מא) ויקראו לפניו אברך. וענינו שהיה מפרסם אלהותו של הקב"ה, ועוד יכלול לשון תפלה, כענין שכתוב (תהלים ל) אליך ה' אקרא ואל ה' אתחנן, כי התפלה לרחמים והתחנה למדת הדין. וכן תרגם אונקלוס וצלי בשמא דה', והוא השם הגדול.
« Il invoqua le Nom de l’Éternel. » Selon le sens simple, il s’agit d’une proclamation publique, comme dans : « Un homme proclame sa bonté » (Proverbes 20), « J’invoquerai le Nom de l’Éternel » (Psaumes 116), et « On criait devant lui : Avrekh » (Genèse 41). Cela signifie qu’il faisait connaître la divinité du Saint, béni soit-Il. L’expression comprend aussi le sens de prière, comme dans : « Vers Toi, Éternel, j’appelle, et vers le Seigneur je supplie » (Psaumes 30). Car la prière s’adresse à la miséricorde, et la supplication à l’attribut de rigueur. Onkelos traduit donc : « Il pria au Nom de l’Éternel » ; il s’agit du grand Nom.
ועל דרך המדרש הוא מלשון (תהלים קד) המקרה במים עליותיו, כאדם המחזק את התקרה כדי שיהיו בטוחים תחתיה, כן אברהם היה מחזק האמונה בלבות הבריות והיה מבטיחם שיזכו לחיי העוה"ב.
Selon la voie du Midrash, le mot évoque : « Celui qui charpente dans les eaux Ses chambres hautes » (Psaumes 104). De même qu’un homme renforce le plafond pour que ceux qui sont dessous soient en sécurité, Avraham affermissait la foi dans le cœur des créatures et leur donnait l’assurance qu’elles mériteraient la vie du monde à venir.
ויסע אברם הלוך ונסוע הנגבה. תכלית כל מסעותיו כולן שהיה נוסע וחונה פעם בזו ופעם בזו, לא היתה כונתו אלא לחלקו של יהודה שהיא בדרומה של א"י, והוא הר המוריה, זהו פשוטו.
« Avram poursuivit ses étapes, allant et voyageant vers le Midi. » Dans tous ses déplacements, où il voyageait et campait tantôt ici, tantôt là, il ne visait que la part de Yehouda, située au sud de la terre d’Israël : le mont Moria. Tel est le sens simple.
ונכלל בו עוד הלוך ונסוע הנגבה מדרגה אחר מדרגה, מסע אחר מסע, תנועת הנפש השכלית והשקט הגוף, ומזה אמר תחלה ויט אהלה, ואמר עוד בסמוך ויאהל אברם ויבא וישב, וכל מסעות אלו כדי להשיג השגת נבואתו של אל שדי, הוא כנוי של אל"ף דל"ת שהשיג שכולל אותו הנגבה, וע"כ יזכרנו תמיד בדבריו, אדני ה' מה תתן לי, אדני ה' במה אדע.
L’expression « allant et voyageant vers le Midi » comprend encore une progression de degré en degré, d’étape en étape : le mouvement de l’âme intellective et le repos du corps. C’est pourquoi il est d’abord dit : « Il dressa sa tente », et peu après : « Avram dressa ses tentes, vint et s’établit. » Tous ces déplacements visaient à atteindre la connaissance prophétique d’El Chaddaï, appellation du Nom commençant par aleph-dalet qu’il atteignit et que comprend « vers le Midi ». C’est pourquoi il le mentionne constamment dans ses paroles : « Seigneur Éternel, que me donneras-Tu ? » ; « Seigneur Éternel, par quoi saurai-je ? »
ויהי רעב בארץ וירד אברם . דרשו רז"ל האבות סימנים לבנים, והוא הפרשה הזאת במקרה אאע"ה הכל סימן לזרעו בגלות מצרים, כי המצריים לקחו את אשתו והש"י נקם את נקמתו בנגעים גדולים והוציאו משם במקנה בכסף ובזהב, וגם צוה עליו פרעה אנשים לשלחם. וכל זה אירע לבנים,
« Il y eut une famine dans le pays, et Avram descendit. » Nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné : les patriarches sont des signes pour les fils. Tout ce passage relatant ce qui arriva à Avraham notre père annonce ce qui arriverait à sa descendance dans l’exil d’Égypte : les Égyptiens prirent sa femme, l’Éternel le vengea par de grandes plaies, le fit sortir de là avec du bétail, de l’argent et de l’or ; Pharaon donna même des ordres à des hommes pour les renvoyer. Tout cela arriva aux fils.
והוא מה שדרשו רז"ל בבראשית רבה, כל מה שתמצא באברהם תמצא בישראל, באברהם כתיב ויהי רעב בארץ, ובישראל כתיב (בראשית מה ו) כי זה שנתים הרעב. באברהם כתיב ותקח האשה בית פרעה, ובישראל לקחו בנותיהן, שנאמר וכל הבת תחיון. באברהם כתיב (בראשית יב) וינגע ה' את פרעה, ובישראל כתיב (שמות י״א:א׳) עוד נגע אחד אביא על פרעה.
C’est ce que nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné dans Beréchit Rabba : tout ce que tu trouves chez Avraham, tu le trouves chez Israël. D’Avraham il est écrit : « Il y eut une famine dans le pays » ; d’Israël : « Voici deux ans que dure la famine » (Genèse 45,6). D’Avraham : « La femme fut emmenée dans la maison de Pharaon » ; d’Israël, ils prirent leurs filles, puisqu’il est dit : « Vous laisserez vivre toute fille. » D’Avraham : « L’Éternel frappa Pharaon » (Genèse 12) ; d’Israël : « Je ferai venir encore une plaie sur Pharaon » (Exode 11,1).
באברהם כתיב (בראשית יב) ויקרא פרעה לאברם וגו', הנה אשתך קח ולך, ובישראל כתיב (שמות י״ב:ל״א) ויקרא למשה ולאהרן לילה ויאמר קומו צאו מתוך עמי. באברהם כתיב (בראשית יב) ויצו עליו פרעה אנשים וישלחו אותו, ובישראל כתיב (שמות י״ב:ל״ג) למהר לשלחם מן הארץ. באברהם כתיב (בראשית י״ג:ב׳) ואברם כבד מאד במקנה בכסף ובזהב, ובישראל כתיב (שמות י״ב:ל״ה) וישאלו ממצרים כלי כסף וכלי זהב. באברהם כתיב (בראשית י״ג:ג׳) וילך למסעיו, ובישראל כתיב (שמות י״ב:ל״ז) ויסעו בני ישראל מרעמס סכותה.
D’Avraham il est écrit : « Pharaon appela Avram, etc. : Voici ta femme, prends-la et pars » (Genèse 12) ; d’Israël : « Il appela Moché et Aharon de nuit et dit : Levez-vous, sortez du milieu de mon peuple » (Exode 12,31). D’Avraham : « Pharaon donna des ordres à des hommes à son sujet, et ils le renvoyèrent » (Genèse 12) ; d’Israël : « Pour les renvoyer rapidement du pays » (Exode 12,33). D’Avraham : « Avram était très riche en bétail, en argent et en or » (Genèse 13,2) ; d’Israël : « Ils demandèrent aux Égyptiens des objets d’argent et des objets d’or » (Exode 12,35). D’Avraham : « Il reprit ses étapes » (Genèse 13,3) ; d’Israël : « Les enfants d’Israël partirent de Ramsès pour Soukkot » (Exode 12,37).
הנה נא ידעתי כי אשה יפת מראה את. לשון הנה הזמנת הדבר כמו, (בראשית י״ט:כ׳) הנה נא העיר הזאת קרובה, הנה האש והעצים, (בראשית כ״ב:ז׳) ויאמר הנני. ולשון נא הוא לשון פיוסין. ויאמר הכתוב.
« Voici donc, je sais que tu es une femme belle à voir. » Hinné exprime la disposition à une chose, comme dans : « Voici donc, cette ville est proche » (Genèse 19,20), « Voici le feu et le bois », et « Il dit : Me voici » (Genèse 22,7). Na exprime une demande conciliante. Le sens du verset est donc :
ע"ד הפשט הריני מזומן ליפייס ממך, ומה הם הפיוסין ידעתי כי אשה יפת מראה את, והיה כי יראו אותך וגו', אמרי נא אחותי את, והכל נמשך לפסוק אמרי נא.
Selon le sens simple : me voici disposé à solliciter ton consentement. En quoi consiste cette demande ? « Je sais que tu es une femme belle à voir ; lorsqu’ils te verront, etc., dis, je t’en prie, que tu es ma sœur. » Tout se rattache au verset « Dis, je t’en prie ».
ועל דרך המדרש הנה נא ידעתי כי אשה יפת מראה את, אמר לה אברהם יגיעת הדרך ממעט היופי ומסלק זיו הפנים ואת עומדת ביפיך, הנה נא ידעתי כי אשה יפת מראה את. ודעת רז"ל שלא נסתכל בה מעולם עד אותה שעה, כי אברהם לענותנותו הגדולה היה כורת ברית לעיניו, וכענין שאמר איוב (איוב ל״א:א׳) ברית כרתי לעיני,
Selon la voie du Midrash : « Voici donc, je sais que tu es une femme belle à voir. » Avraham lui dit : la fatigue du voyage diminue la beauté et enlève l’éclat du visage, mais toi, tu demeures dans ta beauté ; « voici donc, je sais que tu es une femme belle à voir ». Selon nos Sages, de mémoire bénie, il ne l’avait jamais regardée jusqu’à ce moment : dans sa grande humilité, Avraham avait conclu une alliance avec ses yeux, comme Job dit : « J’ai conclu une alliance avec mes yeux » (Job 31,1).
כי הצדיקים כורתים ברית עם אבריהם שלא יזיקו אותם, כאדם הכורת ברית עם אויביו שלא יזיקוהו, וכד"א (שמות כ״ג:ל״ב) לא תכרות להם ולאלהיהם ברית, שאין לך אויב שיריע לאדם כרוע פעולותיו. ודרשו רז"ל עפרא בפומיה דאיוב שאמר ומה אתבונן על בתולה, באחריני לא מסתכל אבל בדידיה מסתכל אבל אברהם אף בדידיה לא מסתכל, שנא' הנה נא ידעתי כי אשה יפת מראה את.
Les justes concluent une alliance avec leurs membres afin qu’ils ne leur nuisent pas, comme un homme conclut une alliance avec ses ennemis pour qu’ils ne lui nuisent pas ; ainsi : « Tu ne concluras pas d’alliance avec eux ni avec leurs dieux » (Exode 23,32). Aucun ennemi ne fait autant de mal à l’homme que ses mauvaises actions. Nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné : « De la poussière dans la bouche de Job ! Il a dit : “Pourquoi porterais-je mon attention sur une vierge ?” Il ne regardait pas les autres femmes, mais regardait la sienne ; Avraham, lui, ne regardait même pas la sienne », puisqu’il est dit : « Voici donc, je sais que tu es une femme belle à voir. »
אמרי נא אחותי את. הנה זה החטא שחטא אברהם בשוגג הוא שעליו היה גלות מצרים, ובודאי היה חטא גדול שהביא אשתו הצדקת במכשול עון מפני פחדו פן יהרגוהו, והיה לו לבטוח בהש"י שיציל אותו ואת אשתו, ועוד שחטא בצאתו מן הארץ שנצטוה עליה מתחלה ויצא משם על אודות הרעב והיה לו לבטוח בהש"י כי יפדנו ברעב ממות, ועל החטא הזה נגזר על זרעו גלות מצרים, כי במקום החטא שמה העונש. זה לשון הרמב"ן ז"ל.
« Dis, je t’en prie, que tu es ma sœur. » Cette faute qu’Avraham commit involontairement entraîna l’exil d’Égypte. Ce fut assurément une grande faute : par crainte d’être tué, il exposa sa femme juste à un risque de transgression. Il aurait dû se confier en l’Éternel, qui les aurait sauvés, lui et sa femme. Il fauta encore en quittant la terre qui lui avait été ordonnée au commencement, à cause de la famine : il aurait dû se confier en l’Éternel, qui l’aurait délivré de la mort en temps de famine. À cause de cette faute, l’exil d’Égypte fut décrété sur sa descendance, car le châtiment se trouve au lieu de la faute. Telles sont les paroles de Ramban, de mémoire bénie.
ולפי דעת רז"ל היה גלות מצרים בחטא שאמר במה אדע כי אירשנה, שכן אמרו במדרש הוא אמר במה אדע והקב"ה א"ל ידוע תדע. ונראה מזה שחשבוהו לחטא. ומ"מ בין לדעת רז"ל ובין לדעת הרב הכל היה חטא הדבור, ועליו נענשו בגלות מצרים ת"ל שנה,
Selon nos Sages, de mémoire bénie, l’exil d’Égypte résulta de la faute d’avoir dit : « Par quoi saurai-je que j’en hériterai ? » Le Midrash dit : il dit « Par quoi saurai-je ? », et le Saint, béni soit-Il, lui répondit : « Sache assurément. » Il apparaît qu’ils considéraient cela comme une faute. Quoi qu’il en soit, selon nos Sages comme selon le maître, il s’agissait d’une faute de parole ; pour elle, ils furent punis par quatre cent trente ans d’exil en Égypte.
ומפני שהחטא הוא סבת הגלות והפורענות, נחלק לשלשה חלקים, חלקי חטא המחשבה, וחטא הדבור, וחטא המעשה, לכך יש על המשכיל להתעורר על קץ גלותנו זה שראוי להיות ג' חלקים יותר על גלות מצרים, כי מתוך שעמדו במצרים ת"ל שנה על חטא הדבור, ק"ו בבית ראשון שעבדנו ע"ז וחטאנו בג' חלקי החטא, במחשבה בדבור ובמעשה, נגזר עלינו ת"ל שנה כנגד הדבור, ת"ל כנגד המחשבה, ת"ל כנגד המעשה.
Puisque la faute est cause de l’exil et du châtiment, et qu’elle se répartit en trois domaines — pensée, parole et acte —, celui qui possède le discernement doit réfléchir au terme de notre présent exil, qui doit comporter trois parts par rapport à l’exil d’Égypte. S’ils restèrent quatre cent trente ans en Égypte pour une faute de parole, à plus forte raison, à l’époque du premier Temple, où nous avons pratiqué l’idolâtrie et fauté par la pensée, la parole et l’acte, quatre cent trente ans furent décrétés sur nous pour la parole, quatre cent trente pour la pensée et quatre cent trente pour l’acte.
וזה חשבון דניאל (דניאל י״ב:י״ב) אשרי המחכה ויגיע לימים אלף ומאתים ותשעים, שהם ג' פעמים ת"ל, ולכך אמר הנביא (מיכה ז׳:כ׳) תתן אמ"ת ליעקב, התפלל על הקץ הזה ואמר תתקיים אלף ומאתים ותשעים ליעקב, כלומר לזרעו של יעקב, ואם תעשה זה במדת אמת, ואם לאו במדת החסד שלך שהחזיק בה אברהם, זהו חסד לאברהם אשר נשבעת, כלומר שבועה יש בדבר שנשבעת לאבותינו מצד החסד, והשבועה היא מה שכתוב (דברים ל״ב:מ׳) כי אשא אל שמים ידי, ובדניאל כתיב (דניאל י״ב:ז׳) וישבע בחי העולם.
Tel est le calcul de Daniel : « Heureux celui qui attendra et parviendra aux jours de mille deux cent quatre-vingt-dix » (Daniel 12,12), soit trois fois quatre cent trente. C’est pourquoi le prophète dit : « Tu donneras la vérité à Yaakov » (Michée 7,20). Il pria pour ce terme : accomplis les mille deux cent quatre-vingt-dix pour Yaakov, c’est-à-dire sa descendance. Si Tu le fais selon l’attribut de vérité ; sinon, selon Ton attribut de bonté, auquel Avraham s’était attaché. Tel est le sens de « la bonté à Avraham, que Tu as jurée » : il y a un serment dans cette affaire, celui que Tu as prêté à nos pères du côté de la bonté. Ce serment est : « Car Je lève Ma main vers les cieux » (Deutéronome 32,40) ; et Daniel dit : « Il jura par Celui qui vit éternellement » (Daniel 12,7).
ויהי לו צאן ובקר. נשארו לו, כמו ויהי שם עד היום הזה, לא שקנה אותם במצרים והרויח שם, כי לא היה שואל אברהם אלא שיציל את נפשו לבד, לא שישתכר וירויח בדרך ההוא.
« Il eut du petit et du gros bétail. » Ils lui restèrent, comme dans « il y demeura jusqu’à ce jour » ; cela ne signifie pas qu’il les acquit en Égypte et y fit du profit. Avraham ne cherchait qu’à sauver sa vie, et non à gagner et à s’enrichir de cette manière.
וינגע ה' את פרעה. דעת רוב המפרשים שהביא עליו נגעים ממש. וכן באבימלך אירע להם עצירת נקבים, וזה טעם הכתוב (ד"ה א) לא הניח לאיש לעשקם ויוכח עליהם מלכים, והם פרעה ואבימלך שהוכיחם בנגעים.
« L’Éternel frappa Pharaon. » Selon la plupart des commentateurs, Il lui infligea réellement des plaies. De même, chez Avimélekh, ils subirent l’obstruction des orifices corporels. Tel est le sens de : « Il ne permit à personne de les opprimer, et réprimanda des rois à leur sujet » (I Chroniques) : Pharaon et Avimélekh, qu’Il réprimanda par des plaies.
אבל דעת הגאון רבינו סעדיה ז"ל במלת וינגע יעד להביא, לא שהביא, שא"כ נמצא פרעה עשוק במשפטו, כי השרים הביאוה להיכלו והוא לא נגעה ולא חטא בה כלל, וכיון שלא חטא עונש למה. וכן דעתו באבימלך (בראשית כ׳:י״ח) כי עצור עצר ה', יעד להם עצירת נקבים לא שעשה להם כן.
Mais selon le Gaon Rabbénou Saadia, de mémoire bénie, vaynagga signifie qu’Il menaça de les infliger, non qu’Il les infligea. Sinon, Pharaon aurait été traité injustement : les princes l’avaient amenée dans son palais, mais lui ne l’avait pas touchée et n’avait commis aucune faute avec elle. S’il n’avait pas fauté, pourquoi le punir ? Telle est aussi son opinion concernant Avimélekh : « Car l’Éternel avait entièrement fermé » (Genèse 20,18) signifie qu’Il les menaça d’obstruction, non qu’Il la réalisa.
ומה שאמר וירפא, לא שקדם לו חולי אלא השמירה שלא יבא לידי חולי נקרא רפואה, כלשון (שמות ט״ו:כ״ו) כי אני ה' רופאך, ופסוק ויוכח יתבאר לדעתו ביעוד ודבור לא במעשה. ולא כן דעת רז"ל, אלא ששני המלכים היה לבבם להרע ולקו בנגעים ועצירת נקבים כפשט הכתובים.
Quant à « Il guérit », cela n’implique pas qu’une maladie ait précédé : préserver de la maladie est appelé guérison, comme dans « Car Je suis l’Éternel qui te guérit » (Exode 15,26). Selon lui, « Il réprimanda » désigne donc une menace et une parole, non un acte. Mais nos Sages, de mémoire bénie, ne sont pas de cet avis : les deux rois avaient dans leur cœur l’intention de mal agir et furent frappés de plaies et d’obstruction des orifices, selon le sens simple des versets.
הנה אשתך קח ולך. ולא השיב לו אברהם, אבל מצינו שהשיב לאבימלך, הוא שאמר כי אמרתי פן אמות עליה. ויש לשאול כיון שכ"א וא' משני המלאכים שאלו לו מדוע השיב לזה ולא השיב לזה. ונראה לומר כי פרעה שאמר לו קח ולך הראה עצמו שלא היה רוצה בתשובתו של אברהם אלא שילך מלפניו כי הוא האיש אשר בסבתו הדימהו הקב"ה בנגעים גדולים, לכך פחד אברהם אם יעכב רגע בספור התשובה פן יעבור על מצות המלך, אבל בענין אבימלך שלא צוהו שילך לו הוצרך אברהם להתעכב ולהשיב לו פן יהיה כמבזה בכבוד המלך אם לא ישיב על מה ששאל לו:
« Voici ta femme, prends-la et pars. » Avraham ne lui répondit pas ; nous trouvons pourtant qu’il répondit à Avimélekh : « Car je me suis dit : de peur que je meure à cause d’elle. » Il faut demander : puisque chacun des deux rois l’interrogea, pourquoi répondit-il à l’un et non à l’autre ? Il semble que Pharaon, en disant « prends-la et pars », montra qu’il ne voulait pas de réponse d’Avraham, mais son départ : à cause de cet homme, le Saint, béni soit-Il, l’avait accablé de grandes plaies. Avraham craignit donc qu’en s’attardant un instant à exposer sa réponse, il ne transgresse l’ordre du roi. Avimélekh, en revanche, ne lui ordonna pas de partir ; Avraham devait donc rester et répondre, afin de ne pas sembler mépriser l’honneur royal en ne répondant pas à sa question.
אם השמאל ואימינה. כלומר אם אתה הולך לשמאל ואימינה. אני אלך לדרום כי שם מגמת פניו ללכת כי כן כתוב למעלה הלוך ונסוע הנגבה, ואם הימין כלו’ אם אתה רוצה לילך בדרום ואשמאילה כלומר אשמאיל את עצמי כן פירש"י.
« Si tu prends la gauche, je prendrai la droite. » Cela signifie : si tu pars à gauche, je prendrai la droite ; j’irai au sud, car c’est vers là qu’il se dirigeait, comme il est écrit plus haut : « Allant et voyageant vers le Midi. » « Et si tu prends la droite » : si tu veux aller au sud, « je prendrai la gauche », c’est-à-dire je me placerai moi-même à gauche. Ainsi l’explique Rachi.
ויש לתמוה איך אמר ואשמאילה את עצמי וכונתו של אברהם לילך בדרום, אבל באור ואשמאילה הכונה בו ואשמאילה אותך כלומר ע"כ תצטרך שתלך לצפון, וכן שמעתי כי תרגום אונקלוס בנוסחאות מדוקדקות אם את לצפונא ואנא לדרומא ואם את לדרומא ואצפנך, כלומר בע״כ כי לא אתן לך רשות להתעכב בדרום מפני כובד המקנה אשר לי:
Il y a lieu de s’étonner : comment pourrait-il dire « je me placerai à gauche », alors qu’Avraham entendait aller au sud ? Mais « je prendrai la gauche » signifie : je te placerai à gauche ; autrement dit, tu devras alors nécessairement aller au nord. J’ai ainsi entendu que, dans des exemplaires exacts du Targoum d’Onkelos, il est dit : « Si tu vas au nord, j’irai au sud ; et si tu vas au sud, je te dirigerai vers le nord. » C’est-à-dire malgré toi, car je ne te permettrai pas de demeurer au sud en raison de l’importance de mes troupeaux.
אברם ישב בארץ כנען. בשאר ארץ כנען כולה שלא עמד במקום אחד אבל בכל ארץ כנען יגור, ולוט נתישב במקום אחד ממנו בערי הככר כי ערי הככר מכלל ארץ כנען הם, וטעם בערי הככר פעם בזו ופעם בזו מפני כובד המקנה, וזה טעם ויבחר לו לוט את כל ככר הירדן כי התנה עם אברהם שלא יבא בכל הככר:
« Avram demeura au pays de Canaan. » Il demeura dans tout le reste du pays de Canaan : il ne se fixa pas en un lieu unique, mais séjournait dans tout le pays. Lot, lui, s’établit dans une partie déterminée, dans les villes de la plaine, qui font partie du pays de Canaan. « Dans les villes de la plaine » signifie tantôt dans l’une, tantôt dans l’autre, en raison de l’importance de ses troupeaux. Tel est le sens de « Lot choisit pour lui toute la plaine du Jourdain » : il convint avec Avraham que celui-ci n’entrerait dans aucune partie de cette plaine.
ויאהל עד סדום. למדך הכתוב גנותו של לוט כי בחר חברת הרשעים ונטה אהלו עמהם ולפיכך סמך מיד ואנשי סדום, ולמדך הכתוב זכותו של אברהם שלא נפל גורלו במקום הרשע כי אם בארץ הקדושה:
« Il dressa ses tentes jusqu’à Sodome. » L’Écriture t’apprend ce qui est blâmable chez Lot : il choisit la compagnie des méchants et dressa sa tente avec eux. C’est pourquoi elle poursuit aussitôt : « Les hommes de Sodome… » Elle t’apprend aussi le mérite d’Avraham : son lot ne tomba pas dans un lieu de méchanceté, mais dans la terre sainte.
אחרי הפרד לוט. למדך הכתוב שלא בא אליו דבור השכינה עד שנפרד מחברתו של רשע:
« Après que Lot se fut séparé. » L’Écriture t’enseigne que la parole de la Présence divine ne lui parvint qu’après sa séparation d’avec la compagnie d’un méchant.
קום התהלך בארץ. ע"ד הפשט רצה הקב"ה שיהיה אברהם מחזיק בארץ הקדושה אשר יתן לו ולזרעו מעתה ואמר שיתהלך בה לארכה ולרחבה כאדם הנותן לחברו קרקע במתנה ומראה לו מצריו ואומר לו שיחזיק בה.
« Lève-toi, parcours la terre. » Selon le sens simple, le Saint, béni soit-Il, voulut qu’Avraham prenne dès maintenant possession de la terre sainte qu’Il lui donnerait ainsi qu’à sa descendance. Il lui dit de la parcourir en longueur et en largeur, comme un homme donne un terrain à son compagnon, lui en montre les limites et lui dit d’en prendre possession.
וע"ד השכל מלת התהלכות נזכרת אצל החכמה כענין שכתוב (משלי י’) בהתהלכך תנחה אותך, וכתיב (תהילים ל״ט:ז׳) אך בצלם יתהלך איש, היא צורת הנפש השכלית ולא נזכרה כי אם ביחידי הצדיקים מחפשי החכמה כנח וחנוך ואברהם וכיוצא בהם. ולפי שאברהם העתיק שכלו בחפוש החכמות ממדרגה למדרגה ומסיע נפש השכלית הלוך ונסוע בהשגת הענין הכולל הנגבה, א"ל הש"י קום התהלך בארץ, כלומר נענע צורת שכלך בדרישת הנמצאים שבארץ,
Selon la voie de la raison, le cheminement est mentionné à propos de la sagesse, comme il est écrit : « Lorsque tu marcheras, elle te guidera » (Proverbes 10), et : « Ce n’est qu’en image que l’homme chemine » (Psaumes 39,7). Il s’agit de la forme de l’âme intellective. Cette expression n’est employée que pour les justes d’exception qui recherchent la sagesse, tels Noa’h, ‘Hanokh et Avraham. Puisqu’Avraham transportait son intellect de degré en degré dans la recherche des sciences et faisait voyager l’âme intellective, allant et voyageant dans la compréhension de ce que comprend “vers le Midi”, l’Éternel lui dit : “Lève-toi, parcours la terre” : mets en mouvement la forme de ton intellect pour étudier les êtres qui se trouvent sur la terre.
כי לא מצינו שהלך אברהם את הארץ לארכה ולרחבה כמו שא"ל הש"י אבל מצינו בו שישב ולא הלך הוא שכתוב ויאהל אברם ויבא וישב, ועכ"פ ההלוך הזה הוא תנועת הנפש השכלית והשקט הגוף, וזהו ויאהל מלשון יושב אהלים, כי דרישת החכמות צריך תנועת הנפש השכלית והשקט הגוף, בהפך מצרכי הגוף שהם צריכים נענוע הגוף והשקט הנפש, ואמר כי לך אתננה אתן לך דעה וחכמה לדעת מהות הנמצאים כענין שכתוב (מלכים א ה׳:כ״ו’) וה' נתן חכמה לשלמה:
Nous ne trouvons pas qu’Avraham ait parcouru la terre en longueur et en largeur comme l’Éternel le lui dit ; nous trouvons au contraire qu’il s’établit sans marcher : « Avram dressa ses tentes, vint et s’établit. » Ce cheminement est donc nécessairement le mouvement de l’âme intellective et le repos du corps. C’est le sens de « il dressa ses tentes », comme dans « demeurant dans les tentes » : la recherche des sciences exige le mouvement de l’âme intellective et le repos du corps, à l’inverse des besoins corporels, qui exigent le mouvement du corps et le repos de l’âme. « Car Je te la donnerai » : Je te donnerai la connaissance et la sagesse pour connaître l’essence des êtres, comme il est écrit : « L’Éternel donna de la sagesse à Salomon » (I Rois 5,26).
ויהי בימי אמרפל מלך שנער. אמרפל זה נמרוד שאמר לאברהם לפול לתוך כבשן האש, והוא הי' המלך הראשון מעשרה מלכים שמלכו בכפה עם מלך המשיח לעתיד שהוא העשירי, ותגיד לך הפרשה שהיה אברהם אבינו גבור ואיש מלחמה, כי ארבעה מלכים עשו מלחמה עם החמשה ונצחו הארבעה, ואברהם אבינו נצח את הארבעה והתגבר עליהם.
« Au temps d’Amrafel, roi de Chinar. » Amrafel est Nimrod, qui dit à Avraham de tomber dans la fournaise de feu. Il fut le premier des dix rois qui régnèrent sur le monde entier, en comptant le Roi Messie à venir, qui sera le dixième. Le passage t’apprend qu’Avraham notre père était un héros et un homme de guerre : quatre rois combattirent les cinq et l’emportèrent ; Avraham notre père vainquit les quatre et les domina.
ובמדרש: (ב"ר מב, ז) ארבעה מלכים אלו כנגד ארבעה מלכיות שעתידין להשתעבד בישראל: שנער, זה מלך בבל, שנאמר: (דניאל ב, לח) "אנת הוא רישא די דהבא". אלסר, זו מלכות מדי, כי אלסר הוא עיר במדי או בפרס, ומלך עילם, זה יון, שכן דרשו רז"ל (ע"ז י א) במלכות יון: שש שנים מלכו בעילם ואח"כ נתפשטה מלכותם בכל העולם.
Dans le Midrash (Beréchit Rabba 42,7), ces quatre rois correspondent aux quatre empires qui doivent assujettir Israël. Chinar désigne le roi de Babel, comme il est dit : « Tu es la tête d’or » (Daniel 2,38). Ellassar désigne la royauté de Médie, car Ellassar est une ville de Médie ou de Perse. Le roi d’Élam désigne la Grèce : nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné au sujet de la royauté grecque qu’elle régna six ans en Élam, puis étendit son empire sur le monde entier (Avoda Zara 10a).
מלך גוים, זה מלכות אדום, שהומלך על עמים רבים שונים אשר מנוהו עליהם לראש ולקצין, והוא מלך רומי שהיא עיר מקובצת מעמים רבים, כתים ויתר גוים. והכונה במדרש הזה, כי כשם שהתגבר אברהם על ד' מלכים אלו ונצח אותם ונפלו בידו, כן לעתיד לבא עתידים ד' מלכיות שיפלו ביד זרעו, וזרעו ינצחום.
Le roi des nations désigne la royauté d’Édom, qui fut établie sur de nombreux peuples différents qui le nommèrent chef et dirigeant. Il s’agit du roi de Rome, ville composée de nombreux peuples, les Kittim et d’autres nations. L’intention de ce Midrash est la suivante : de même qu’Avraham domina ces quatre rois, les vainquit et qu’ils tombèrent entre ses mains, de même, dans l’avenir, les quatre empires tomberont entre les mains de sa descendance, qui les vaincra.
ושלש עשרה שנה מרדו. שעורו ובשלש עשרה, כלומר בשנת י"ג מרדו, וכן כי ששת ימים שיעורו בששת.
« Et treize ans, ils se révoltèrent. » Il faut comprendre « et à la treizième », c’est-à-dire qu’ils se révoltèrent dans la treizième année. De même, « car six jours » signifie « en six jours ».
בא כדרלעומר. יגיד הכתוב גבורת המלך הזה עם המלכים אשר אתו שהכו את הגבורים שהיו יושבים בערי החוזק והמבצר, וזהו בעשתרות קרנים, כי חוזק הבהמה הם הקרנים, והכו ג"כ לאותן שהיו עשירי העם עם ההמון שלהם, זהו ואת הזוזים בהם, ולמדך הכתוב שכיון שהכו את הרפאים והם הגבורים בתוך הערים הבצורות, אין צ"ל הגבורים שהיו במישור, זהו ואת האימים אשר בשוה קריתים. האמים הם הגבורים המטילים אימה, בשוה קריתים באורו בערי המישור.
« Kedorlaomer vint. » L’Écriture raconte la puissance de ce roi et des rois qui étaient avec lui : ils frappèrent les héros qui habitaient des villes fortes et fortifiées. C’est le sens de « à Achtérot Qarnaïm », car les cornes sont la force de l’animal. Ils frappèrent aussi les riches du peuple avec leur multitude : « Et les Zouzîm, parmi eux ». Le texte t’apprend que, puisqu’ils frappèrent les Refaïm, héros des villes fortifiées, à plus forte raison frappèrent-ils les héros de la plaine : « Et les Émim à Chavé Qiryataïm ». Les Émim sont les héros qui inspirent la terreur ; Chavé Qiryataïm signifie les villes de la plaine.
ואין צ"ל עובדי האדמה שהיו במקום מבצר בהר שלהם הוא שעיר, זהו ואת החורי בהררם שעיר, וידוע כי בני החורי היו עובדי האדמה וכן דרשו רז"ל למה נקרא שמם חורי על שם שמריחין את העפר כחויא. וטעם עין משפט הוא הסלע שבקדש שבו עתיד משה שיהא נדון בו. וטעם בחצצן תמר בחציון של תמר, הוא ארץ ישראל שהיא באמצעות העולם, שהאמורי יושב בה.
À plus forte raison encore frappèrent-ils les cultivateurs qui se trouvaient dans la place forte de leur montagne, Séïr : « Et les ‘Hori dans leur montagne de Séïr ». On sait que les descendants des ‘Hori cultivaient la terre ; nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné : pourquoi sont-ils appelés ‘Hori ? Parce qu’ils sentent la terre comme un serpent. ‘Ein Michpat désigne le rocher de Qadech, où Moché devait être jugé. ‘Hatsatson Tamar signifie « au milieu de Tamar » : c’est la terre d’Israël, au centre du monde, où habite l’Amorréen.
והאריך הכתוב בספור המלחמה הזאת ובגבורתו הגדולה של כדרלעומר והמלכים אשר אתו שנצחו ה' המלכים עם הגבורים הגדולים היושבים בערי המבצר ועם ההמון הגדול שלהם, כדי שיתפרסם מזה ענינו ש אברהם אבינו בגבורתו הגדולה שנצח את המלכים הנוצחים, וכענין שכתוב אחרי שובו מהכות את כדרלעומר ואת המלכים אשר אתו.
L’Écriture développe le récit de cette guerre et de la grande puissance de Kedorlaomer et des rois qui l’accompagnaient : ils vainquirent les cinq rois avec les grands héros des villes fortifiées et leur immense multitude. Cela fait connaître la grande puissance d’Avraham notre père, qui vainquit les rois vainqueurs, comme il est écrit : « Après son retour de la victoire sur Kedorlaomer et les rois qui étaient avec lui. »
ועמק השדים בארות בארות חמר. דרשו רבותינו כי היו בארות שבהם טיט הרבה שלוקחים מהם אדמה לבנין, ונעשה נס למלך סדום שיצא, כי היו באומות מקצתם שלא היו מאמינים באברהם שנצל מכבשן האש, וכיון שיצא זה מן החמר האמינו באברהם למפרע.
« La vallée de Siddim était pleine de puits de bitume. » Nos maîtres ont enseigné qu’il s’agissait de puits contenant beaucoup de boue, d’où l’on prenait de la terre pour bâtir. Un miracle permit au roi de Sodome d’en sortir. Certains parmi les nations ne croyaient pas qu’Avraham eût été sauvé de la fournaise de feu ; lorsqu’ils virent ce roi sortir de la boue, ils crurent rétrospectivement au miracle d’Avraham.
וכתב הרמב"ן ז"ל ויש לתמוה כי בודאי האומות שלא היו מאמינים בנסו של אברהם בכבשן האש, בראותם נסו של מלך סדום לא יוסיפו אמונה בהקב"ה, אבל נסו של מלך סדום היה מחזק ידי עובדי ע"ז, כי מלך סדום עובד ע"ז היה, ואפילו למאמינים נסו של אברהם אבינו היה נותן בהם ספק.
Ramban, de mémoire bénie, écrit : il y a lieu de s’étonner. Assurément, les nations qui ne croyaient pas au miracle d’Avraham dans la fournaise de feu n’auraient pas accru leur foi dans le Saint, béni soit-Il, en voyant celui du roi de Sodome. Au contraire, ce miracle aurait fortifié les idolâtres, puisque le roi de Sodome pratiquait l’idolâtrie. Il aurait même semé le doute chez ceux qui croyaient au miracle d’Avraham notre père.
אבל באור ענין המדרש הזה כי מלך סדום נצל בזכות אברהם, ונעשה לו נס שיצא לקראת אברהם לכבדו ולברכו, ואברהם בשובו הביט בבור ההוא כי חפץ להציל המלכים ולהשיב להם רכושם. והנה כוונת החכמים כי אם נעשה למלך סדום נס לכבוד אברהם, כ"ש שיש להאמין שיעשה נס לאברהם עצמו ולהצילו מכבשן האש ע"כ.
Mais voici l’explication de ce Midrash : le roi de Sodome fut sauvé par le mérite d’Avraham. Un miracle lui fut accordé afin qu’il sorte à la rencontre d’Avraham pour l’honorer et le bénir. À son retour, Avraham regarda cette fosse, car il désirait sauver les rois et leur rendre leurs biens. L’intention des Sages est donc la suivante : si un miracle fut accompli pour le roi de Sodome en l’honneur d’Avraham, à plus forte raison faut-il croire qu’un miracle serait accompli pour Avraham lui-même, afin de le sauver de la fournaise de feu. Fin de la citation.
ובמדרש ועמק השדים שהיתה מניקה אותם כשדים לתינוק. הוא ים המלח שבעונם נעשה אותו העמק מים מלוחים, וכד"א (תהלים קז) ארץ פרי למלחה מרעת יושבי בה.
Dans le Midrash : « La vallée de Siddim » : elle les nourrissait comme les seins nourrissent le nourrisson. C’est la mer Morte : à cause de leur péché, cette vallée devint une étendue d’eau salée, comme il est dit : « Une terre fertile devient saline à cause de la méchanceté de ses habitants » (Psaumes 107).
ויבא הפליט. זה עוג שפלט מהמבול, ואברהם העלה שמו על שם שכשבא לפניו היתה שרה מתעסקת בעוגות, וע"כ נתירא משה שלא יעמוד זכות זה לעוג בנו שהיה מלך הבשן, וכ"ש אם היה זה עוג ממש, כדעת רז"ל שהיה כל כך גדול, והאריך ימים עד זמנו של משה.
« Le rescapé vint. » C’est Og, qui avait échappé au Déluge. Avraham lui donna ce nom parce que, lorsqu’il se présenta devant lui, Sara s’occupait de galettes, ‘ougot. C’est pourquoi Moché craignit que ce mérite ne soutienne son fils Og, roi du Bachane ; à plus forte raison si c’était Og lui-même, selon l’opinion de nos Sages, de mémoire bénie, qui lui attribuent une si grande stature et une vie prolongée jusqu’au temps de Moché.
ובמדרש פרקי ר"א ויבא הפליט זה מיכאל, והוא הפליט שנאמר ביחזקאל, שכתוב בו (יחזקאל ל״ג:כ״א) בא אלי הפליט מירושלים.
Dans le Midrash Pirqé deRabbi Éliézer : « Le rescapé vint » désigne Mikhaël. Il est le rescapé mentionné dans Ézéchiel, où il est écrit : « Le rescapé de Jérusalem vint auprès de moi » (Ézéchiel 33,21).
והוא שוכן באלוני ממרא האמורי. ידוע כי שלשת רעי אברהם ענר אשכול וממרא היו אמוריים, אבל לא מצינו בכתוב שיזכיר באחד מהם לשון אמורי כי אם בממרא לבדו, וגם לא מצינו שיהיה נזכר במקום אחר זולתי בכאן.
« Il demeurait aux chênes de Mamré l’Amorréen. » On sait que les trois compagnons d’Avraham, Aner, Echkol et Mamré, étaient amorréens. Pourtant, nous ne trouvons dans l’Écriture la qualification d’Amorréen pour aucun d’eux, hormis Mamré seul, et nous ne trouvons pas non plus cette qualification à son sujet ailleurs qu’ici.
והענין מפני שהזכיר ברית, וכדי שלא תבין כשתאמר והם בעלי ברית אברם ששלשתן נתנו לאברהם עצת המילה, כי לא נתן לו העצה כי אם ממרא לבדו, שכך הזכירו ז"ל, וע"כ הזכיר האמורי מלשון אמירה, שהוא אמר לו ומה אם הקב"ה מבקש את נפשך לא היית מוסרה לו, אבר אחד על אחת כמה וכמה, ועוד מי הצילך מן המלכים ומן הרעב, ומי הצילך מאור כשדים כ"ש שיציל אותך עכשיו, וזהו לשון ממר"א נוטריקון מ"לכים מ"ילה ר"עבון א"ש. ומצינו לשון אמירה במצות מילה (תהילים קי״ט:קס״ב) שש אנכי על אמרתך.
La raison en est que le texte mentionne une alliance. Pour que les mots « ils étaient les alliés d’Avram » ne te fassent pas comprendre que tous trois lui avaient conseillé la circoncision, il précise que seul Mamré lui donna ce conseil, comme nos Sages, de mémoire bénie, l’ont indiqué. C’est pourquoi il l’appelle haémori, évoquant amira, « parole ». Il lui dit : si le Saint, béni soit-Il, te demandait ta vie, ne la Lui livrerais-tu pas ? À plus forte raison un seul membre ! En outre, qui t’a sauvé des rois et de la famine, et qui t’a sauvé d’Our des Chaldéens ? À plus forte raison te sauvera-t-Il maintenant. Mamré forme ainsi l’acrostiche de melakhim, « rois », mila, « circoncision », réavon, « famine », et ech, « feu ». Nous trouvons aussi le terme de parole à propos du commandement de la circoncision : « Je me réjouis de Ta parole » (Psaumes 119,162).
וישמע אברם כי נשבה אחיו. התלבש גבורה כששמע הענין, ומיד וירק את חניכיו ילידי ביתו. ולמדך הכתוב כי אנשיו בני ביתו הסמוכים על שלחנו היו שמנה עשר ושלש מאות.
« Avram apprit que son frère avait été capturé. » Il se revêtit de vaillance en apprenant l’événement, et aussitôt : « Il arma ses hommes formés, nés dans sa maison. » L’Écriture t’apprend que ses hommes, membres de sa maison nourris à sa table, étaient trois cent dix-huit.
ובמדרש י"ח ושלש מאות זה אליעזר שעולה בגימטריא שי"ח. ויש לשאול כי לפי המדרש הזה שמנה עשר ושלש מאות אינו כפשוטו אלא חידה על אליעזר לבדו, ואין לנו להוציא המקרא מידי פשוטו, שהרי הכתוב מעיד על ילידי ביתו שהם שי"ח.
Dans le Midrash : « Trois cent dix-huit », c’est Éliézer, dont la valeur numérique est trois cent dix-huit. Il faut demander : selon ce Midrash, les trois cent dix-huit ne seraient pas à prendre au sens simple, mais constitueraient une énigme désignant Éliézer seul. Or nous ne devons pas retirer au verset son sens simple, puisque l’Écriture atteste que ceux qui étaient nés dans sa maison étaient trois cent dix-huit.
אבל הענין היה כי כל המספר הזה היו ילידי ביתו של אברהם אוכלי שלחנו, ואחר שנזדרז לצאת למלחמה מיעט אותן וריקנן, לפי שהזכות הוא המנצח לא רבוי עם, ולכך צוה שיחזרו כל החוטאים כדין תורה ביוצאי מלחמה שאמר הכתוב (דברים כח) מי האיש הירא וגו'. וזהו לשון וירק שכולל לשון זיין ולשון מיעוט מלשון רק.
Mais voici ce qui se passa : tout ce nombre correspondait aux hommes nés dans la maison d’Avraham et nourris à sa table. Après s’être empressé de partir à la guerre, il réduisit leur nombre et en vida les rangs, car c’est le mérite qui donne la victoire, et non la multitude. Il ordonna donc à tous ceux qui avaient fauté de repartir, selon la loi de la Torah pour ceux qui partent au combat : « Quel est l’homme qui a peur, etc. » (Deutéronome 28). Tel est le sens de vayareq, qui comprend l’idée d’armer et celle de réduire, du mot req, « vide ».
וכיון שנתמעטו מצא אברהם את עצמו עם אליעזר לבדו, ואע"פ שכתוב חניכיו ביו"ד יש בכלל מאתים מנה ויש בכלל חניכיו חניכו, ולומר כי כל חניכיו עמדו עם חניכו, הוא אליעזר לבדו. ומה שאמר אחיו והיה בן הרן אחיו, הודיענו בזה יופי מדתו ומעלתו של אברהם, כי קנא אל הדבר ופנה אל האחוה ולא פנה אל המריבה שהיה ביניהם, אבל נזדרז בדבר כאלו היה אחיו ממש.
Une fois leur nombre réduit, Avraham se trouva avec Éliézer seul. Bien que le mot « ses hommes formés » soit écrit avec un yod, le plus contient le moins : deux cents comprennent cent, et « ses hommes formés » comprend « son homme formé ». Cela signifie que tous ses hommes formés se ramenaient à son seul homme formé, Éliézer. Le texte dit « son frère », alors qu’il était le fils de son frère Haran, pour nous faire connaître la beauté de la conduite et la grandeur d’Avraham : il réagit avec zèle à l’événement et considéra le lien fraternel, sans considérer la querelle qui les avait opposés. Il s’empressa d’agir comme s’il s’agissait réellement de son frère.
וירדוף עד דן. עד שחלה עליהן מדת הדין. וכן אמר ישעיה (ישעיה מא) ירדפם יעבור שלום וגו'.
« Il poursuivit jusqu’à Dan » : jusqu’à ce que l’attribut de rigueur s’abatte sur eux. Isaïe dit de même : « Il les poursuit, passe en paix, etc. » (Isaïe 41).
ובמדרש וירדף עד דן, שם תשש כחו לפי שעתידים בניו להעמיד שם ע"ז, הוא שכתוב (מלכים א יב) וישם את האחד בבית אל ואת האחד נתן בדן.
Dans le Midrash : « Il poursuivit jusqu’à Dan. » Là, sa force s’affaiblit, parce que ses descendants devaient y établir une idole. C’est ce qui est écrit : « Il plaça l’un à Beth-El et mit l’autre à Dan » (I Rois 12).
ויחלק עליהם לילה. כלומר שהחשיך ואעפ"כ לא נמנע מלרדפם עד חצי הלילה.
« Il partagea contre eux la nuit. » Autrement dit, l’obscurité était venue ; malgré cela, il ne cessa de les poursuivre jusqu’au milieu de la nuit.
ובמדרש אמר לו הקב"ה לאברהם אתה הרגת בשונאי מחצות הלילה עד הבקר, חייך אני אהרוג בשונאי בניך מחצות הלילה עד הבקר, שנאמר (שמות יא) כחצות הלילה אני יוצא בתוך מצרים . המדרש הזה יורה כי מלחמתו היתה מחצות הלילה עד הבקר.
Dans le Midrash, le Saint, béni soit-Il, dit à Avraham : « Tu as tué Mes ennemis depuis le milieu de la nuit jusqu’au matin ; par ta vie, Je tuerai les ennemis de tes fils depuis le milieu de la nuit jusqu’au matin », comme il est dit : « Vers le milieu de la nuit, Je sortirai au milieu de l’Égypte » (Exode 11). Ce Midrash indique que son combat se déroula du milieu de la nuit jusqu’au matin.
ולפי פשוטו של מקרא נ"ל כי כל הלילה לא שכב לבו ולא ראה שינה, אך התעסק להלחם כנגדם כל הלילה, חצי הלילה רדף וחציו הכה, וזהו ויחלק עליהם לילה הוא ועבדיו ויכם וירדפם, כלומר שהכם בחציו האחרון אחר שרדפם בחציו ראשון.
Selon le sens simple du verset, il me semble que, de toute la nuit, son cœur ne se coucha pas et qu’il ne connut pas le sommeil : il s’employa à combattre contre eux toute la nuit. Durant une moitié de la nuit il poursuivit, et durant l’autre il frappa. Tel est le sens de : « Il partagea contre eux la nuit, lui et ses serviteurs, les frappa et les poursuivit » : il les frappa dans la seconde moitié, après les avoir poursuivis dans la première.
עד חובה עד שהודו בחיובם שקרה להם מן השמאל ונתברר להם שהיו חייבים במקום במדת הדין, כענין שכתוב (בראשית מד) האלהים מצא את עון עבדיך, ולכך היו נופלים בשמאלו של אליעזר המכה בהם, זהו משמאל לדמשק, כי מלת משמאל נמשכת למעלה ולמטה, ויתפרש כן עד חובה אשר משמאל וכן משמאל לדמשק, ותמצא כמוהו (תהלים נ) מציון מכלל יופי, שהיא משמשת למעלה ולמטה.
« Jusqu’à ‘Hova » : jusqu’à ce qu’ils reconnaissent leur culpabilité, à la suite de ce qui leur était arrivé du côté gauche, et comprennent qu’ils étaient coupables devant le Lieu, selon l’attribut de rigueur. Comme il est écrit : « Dieu a trouvé la faute de tes serviteurs » (Genèse 44). C’est pourquoi ils tombaient sous la gauche d’Éliézer qui les frappait. Tel est le sens de « à gauche de Damas » : le mot « à gauche » se rattache à la fois à ce qui précède et à ce qui suit. Il faut comprendre : « Jusqu’à ‘Hova qui est à gauche », et aussi « à gauche de Damas ». Tu trouves un emploi semblable dans : « De Sion, perfection de beauté » (Psaumes 50), où l’expression sert à la fois ce qui précède et ce qui suit.
ומלכי צדק מלך שלם, זה שם בן נח. והוא כהן לאל עליון. ע"ד הפשט כהן משרת ומפני שיש בכל האומות כהנים משרתים למלאכים הנקראים אלהים, כמ"ש (שמות ו') מי כמוכה באלים ה' ע"כ יקרא הקב"ה אל עליון כי עליון על כל אלהים וגבוה על כל גבוהים הוא, ועל דעת רז"ל כהן ממש היה ולכך נתן לו אברהם מעשר שנאמר ויתן לו מעשר מכל:
« Malki-Tsédeq, roi de Chalem » : c’est Chem, fils de Noa’h. « Il était prêtre du Dieu Très-Haut. » Selon le sens simple, kohen signifie serviteur. Puisque toutes les nations possèdent des prêtres servant les anges appelés dieux, comme dans : « Qui est comme Toi parmi les dieux, Éternel ? » (Exode 6), le Saint, béni soit-Il, est appelé Dieu Très-Haut : Il est supérieur à tous les dieux et plus élevé que tous les êtres élevés. Selon nos Sages, de mémoire bénie, il était réellement prêtre ; c’est pourquoi Avraham lui donna la dîme, comme il est dit : « Il lui donna la dîme de tout. »
קונה שמים וארץ. אין להבין קונה ממוכר, אבל פירוש קונה זוכה מלשון רז"ל בהרבה מקומות קנה חברו כלומר זכה לעצמו, כלשון המגביה מציאה לחברו קנה חברו אין הכוונה בו שקנה מאחר:
« Acquéreur des cieux et de la terre. » Il ne faut pas comprendre qu’Il les aurait acquis d’un vendeur. Qoné signifie ici qu’Il en possède le droit, comme lorsque nos Sages, de mémoire bénie, disent en de nombreux endroits : « Son compagnon a acquis », c’est-à-dire qu’il a obtenu pour lui-même. Ainsi : « Celui qui soulève un objet trouvé pour son compagnon : son compagnon l’a acquis. » Cela ne signifie pas qu’il l’a acheté à quelqu’un d’autre.
ודע כי כל יש קנין כי האין אינו קנין ולפי שהוא יתברך הוציא העולם יש מאין מזכיר הכתוב לשון קנין קונה שמים וארץ, וא"כ באור מלת קונה ששם אותן לישראל:
Sache que toute existence est une possession, car le néant n’est pas une possession. Puisque Lui, béni soit-Il, a fait sortir le monde du néant à l’existence, l’Écriture emploie le langage de l’acquisition : « Acquéreur des cieux et de la terre. » Ainsi, le sens du mot qoné est qu’Il les a établis pour Israël.
אבל בב"ר נראה שהבינו החכמים מלת קונה כפשוטו שקנאן מאחר והוא החומר הראשון שממנו ברא הכל והוא שדרשו קונה שמים וארץ ממי קנאן כהדין דאמר פלניא עינוהי יאי שערוהי לא יאי בתמיה,
Cependant, dans Beréchit Rabba, il semble que les Sages aient compris qoné dans son sens ordinaire : Il les aurait acquis à partir d’autre chose, à savoir la matière première dont Il créa tout. Ils ont ainsi interprété : « Acquéreur des cieux et de la terre » : de qui les a-t-Il acquis ? C’est comme quelqu’un qui dit : « Untel a de beaux yeux ; ses cheveux ne seraient-ils donc pas beaux ? », sous forme de question.
ובאור זה כי ממה ששבח את העינים לא תבין מזה שאין שערו נאה כי כולו נאה אבל לא בא ספור השבח אלא במה שהיה מדבר, וכן בבריאת העולם כשהוא אמר קונה שקנאן מהחומר לא תבין שאותו חומר קדמון היה אצלו מתחלה כי גם החומר מחדש בראו וחדשו מאין:
Voici l’explication : parce qu’il a loué les yeux, tu ne dois pas en déduire que les cheveux ne sont pas beaux ; tout en lui est beau, mais l’éloge ne portait que sur ce dont il était question. De même, pour la création du monde, lorsque le texte dit « Acquéreur », comme s’Il les avait acquis de la matière, ne comprends pas que cette matière aurait été éternelle et présente auprès de Lui dès l’origine : la matière aussi est créée ; Il l’a créée et fait surgir du néant.
ויברכהו ויאמר ברוך אברם וכו' וברוך אל עליון. הקדים מלכי צדק ברכת אברהם לברכת אל עליון וחטא בזה כי היה לו להקדים ברכת הש"י כענין שמצינו בדוד ע"ה (שמואל א כ״ה:ל״ב-ל״ג) ברוך ה' אלהי ישראל אשר שלחך היום הזה לקראתי וברוך טעמך וברוכה את וגו' והיה ענשו שנטלה ממנו כהונתו ונתנה לאברהם
« Il le bénit et dit : Béni soit Avram, etc., et béni soit le Dieu Très-Haut. » Malki-Tsédeq fit passer la bénédiction d’Avraham avant celle du Dieu Très-Haut, et fauta en cela : il aurait dû faire passer la bénédiction de l’Éternel en premier. Nous trouvons ainsi chez David, que la paix soit sur lui : « Béni soit l’Éternel, Dieu d’Israël, qui t’a envoyée aujourd’hui à ma rencontre ; béni soit ton discernement, et bénie sois-tu, etc. » (I Samuel 25,32-33). Sa punition fut que son sacerdoce lui fut retiré et donné à Avraham.
הוא שאמר דוד במזמור (תהילים ק״י:א׳) נאם ה' לאדני שב לימיני, שהוא מיוסד על אברהם שקראו דוד אדני מפני שהיה זקנו, אמר נשבע ה' ולא ינחם אתה כהן לעולם על דברתי מלכי צדק, כלו' בסבת אותו הדבור שהיה שלא כהוגן שהקדים בו"ד לברכת השם יתברך, ומה שדן יהודה לתמר בשרפה שהיתה בתו של שם לא היה יודע שנטל ממנו כהונתו:
C’est ce que David dit dans le psaume : « Parole de l’Éternel à mon seigneur : Siège à Ma droite » (Psaumes 110,1). Ce psaume concerne Avraham, que David appelle « mon seigneur » parce qu’il était son ancêtre. Il dit : « L’Éternel a juré et ne Se rétractera pas : tu es prêtre pour toujours, à cause de la parole de Malki-Tsédeq. » Autrement dit, à cause de cette parole inconvenante qui fit passer un être de chair et de sang avant la bénédiction de l’Éternel. Lorsque Yehouda condamna Tamar à être brûlée parce qu’elle était fille de Chem, il ne savait pas que le sacerdoce avait été retiré à celui-ci.
וכפי דעת המדרש קונה שמים וארץ יחזור לאברהם שכן אמרו במדרש משלי (משלי י״ז:א׳) בפסוק טוב פת חרבה ושלוה בה, זכה אברהם לקנות שמים וארץ שנאמר ברוך אברם לאל עליון קונה שמים וארץ, שזכו בניו לנחול את התורה שנתנה מן השמים, וארץ שזכו בניו לפרות ולרבות כעפר הארץ:
Selon l’interprétation du Midrash, « acquéreur des cieux et de la terre » se rapporte à Avraham. Le Midrash des Proverbes dit en effet sur le verset « Mieux vaut un morceau de pain sec avec la tranquillité » (Proverbes 17,1) : Avraham mérita d’acquérir les cieux et la terre, comme il est dit : « Béni soit Avram du Dieu Très-Haut, acquéreur des cieux et de la terre. » Les cieux : ses fils méritèrent d’hériter de la Torah donnée des cieux ; la terre : ses fils méritèrent de fructifier et de se multiplier comme la poussière de la terre.
אם מחוט ועד שרוך נעל. הראה בזה אברהם כח נדיבתו שלא רצה ליהנות משלל המלכים ואפילו הדברים שאין להם דמים ונשבע בזה ואמר הרימותי ידי והוא לשון שבועה כלשון (במדבר י״ד:ל׳) נשאתי את ידי, ואמר הרימותי ידי אל ה' להיות הקדש הכל לפניו ואם אקח מכל אשר לך, ומפני זה אמר הרימותי ידי ולא אמר נשאתי, לפי שההקדש נקרא תרומת יד כענין שכתוב (שמות ל"ד) תרומת כסף ונחשת:
« Pas même un fil ni une lanière de sandale. » Avraham manifesta ainsi sa grande générosité : il ne voulut pas profiter du butin des rois, même des objets sans valeur. Il prêta serment en disant : « J’ai levé ma main », expression de serment semblable à « J’ai levé Ma main » (Nombres 14,30). Il dit : « J’ai élevé ma main vers l’Éternel », pour que tout soit consacré devant Lui, et : « Si je prends quoi que ce soit de ce qui est à toi… » C’est pourquoi il emploie harimoti, « j’ai élevé », et non nassati, « j’ai levé » : ce qui est consacré est appelé offrande élevée de la main, comme il est écrit : « Une offrande d’argent et de cuivre » (Exode 34).
והגאון רבי סעדיה כתב אם מחוט ועד שרוך נעל הזכיר הכתוב הצומח והחי והדומם שהם הקנינים כולם שהם ברשות המדבר אם מחוט זה הצומח וכולל התבואה והפירות, ועד שרוך נעל זה החי וכולל הבהמות והעופות, ואם אקח זה הדומם וכולל הכסף והזהב ואבנים טובות ומרגליות, ולכך הוסיף ואמר ואם אקח מכל אשר לך וגו':
Le Gaon Rabbi Saadia écrit : « Pas même un fil ni une lanière de sandale. » L’Écriture mentionne le végétal, l’animal et le minéral, qui constituent tous les biens à la disposition de l’être doué de parole. « Pas même un fil » : le végétal, qui comprend les céréales et les fruits. « Ni une lanière de sandale » : l’animal, qui comprend les bêtes et les oiseaux. « Et si je prends » : le minéral, qui comprend l’argent, l’or, les pierres précieuses et les perles. C’est pourquoi il ajoute : « Et si je prends quoi que ce soit de ce qui est à toi, etc. »
ובמדרש אם מחוט ועד שרוך נעל, אמר לו הקב"ה לאברהם
Dans le Midrash : « Pas même un fil ni une lanière de sandale. » Le Saint, béni soit-Il, dit à Avraham : tu as dit « pas même un fil » ; par ta vie, Je donnerai à tes fils le commandement des tsitsit, appelé fil, comme il est dit : « Ils mettront sur la frange du coin un cordon d’azur » (Nombres 8), que nous traduisons par « un fil d’azur ». Je purifierai aussi tes fils par l’autel, entouré du fil rouge.
אתה אמרת אם מחוט חייך שאני נותן לבניך מצות ציצית שנקרא חוט שנאמר (במדבר ח') ונתנו על ציצית הכנף פתיל תכלת ומתרגמינן חוטא דתכלתא, וטהר את בניך במזבח שהיה מוקף בחוט הסקרא, אתה אמרת ועד שרוך נעל חייך שאני נותן לבניך מצות רצועה של תפילין ומצות אכילת הפסח שכתוב בו (שמות י"ב) ונעליכם ומצות יבמה שכתוב בה (דברים כ״ה:ט׳) וחלצה נעלו, וכן בלשון נעל אני עתיד ליפרע מעשו שנאמר (תהילים ס׳:י׳) על אדום אשליך נעלי וכן בלשון נעל אני משבח את בניך שנאמר (שיר השירים ז׳:ב׳) מה יפו פעמיך בנעלים בת נדיב:
Tu as dit « ni une lanière de sandale » ; par ta vie, Je donnerai à tes fils le commandement de la lanière des tefillin et celui de manger le sacrifice pascal, au sujet duquel il est écrit : « Vos sandales » (Exode 12), ainsi que le commandement concernant la veuve soumise au lévirat : « Elle ôtera sa sandale » (Deutéronome 25,9). C’est encore par le terme de sandale que Je punirai Éssav : « Sur Édom Je jetterai Ma sandale » (Psaumes 60,10). Et par ce même terme, Je louerai tes fils : « Que tes pas sont beaux dans les sandales, fille de noble ! » (Cantique des cantiques 7,2).
אל תירא אברם אנכי מגן לך. יתכן לפרש כי הבטיחו בכתוב הזה על ג' דברים, האחד שהבטיחו מפחד המלכים שהרג, ואין אומרים אל תירא אלא למתירא, כי מתירא היה מבני המלכים פן יקחו ממנו נקמת אביהם, ועל כן אמר אנכי מגן לך, כלומר מפחד המלכים.
« Ne crains pas, Avram ; Je suis pour toi un bouclier. » On peut expliquer qu’Il lui promit dans ce verset trois choses. Premièrement, Il le rassura sur sa crainte des rois qu’il avait tués : on ne dit « ne crains pas » qu’à celui qui a peur. Il craignait que les fils des rois ne vengent leurs pères sur lui. C’est pourquoi Il dit : « Je suis pour toi un bouclier », contre la crainte des rois.
והשני שהבטיחו בבשורת הבן, והוא שאמר שכרך הרבה, והיה ראוי לומר שכרך רב, והוסיף שתי ההי"ן כי מבין שתיהן נולד יצחק ה"א בשרה וה"א באברהם, וזו היא הבטחת העוה"ז. והשלישי הבטחת העוה"ב ממה שהוסיף מאד שהוא רמז לעה"ב, כענין שכתוב (איוב ל״ה:ט״ו) ולא ידע בפש מאד, כי אליהוא תפשו לאיוב בהיותו כופר בהשגחה והיה אומר לו כי הוא מונה תמיד כל היום יסוריו ומכאוביו, ולא היה יודע המנוחה הרבה המעותדת לצדיקים לעוה"ב.
Deuxièmement, Il lui promit la naissance d’un fils, en disant : « Ta récompense sera grande », harebé. Il aurait fallu dire rav ; Il ajouta les deux hé, car Its’hak naquit entre ces deux lettres : le hé de Sara et celui d’Avraham. C’est la promesse concernant ce monde. Troisièmement, Il promit le monde à venir en ajoutant méod, « très », allusion au monde à venir, comme dans : « Il n’a pas connu la grande abondance » (Job 35,15). Élihou reprochait à Job de nier la Providence : il lui disait qu’il ne cessait de compter ses souffrances et ses douleurs tout au long du jour, sans connaître l’immense repos réservé aux justes dans le monde à venir.
ובעבור שג' הבטחות הללו האחת מפורשה והשתים ברמיזה, ואברהם הלך אחר הנגלה, ולא הבין הרמז הנכלל בדבריו של הקב"ה, על כן הוצרך לשאול מה תתן לי, כלומר מה יהיה שכרי אחר שאין לי בנים ואנכי הולך ערירי, יחידי בלא בנים מלשון (ירמיהו י״ז:ו׳) כערער בערבה, ואין יוצא ואין בא בביתי זולתי אליעזר איש נכרי שלקחתי מדמשק לא מבית אבי ולא מארצי,
De ces trois promesses, l’une était explicite et les deux autres allusives. Avraham s’en tint au sens manifeste, sans comprendre l’allusion contenue dans les paroles du Saint, béni soit-Il. Il dut donc demander : « Que me donneras-Tu ? » Autrement dit : quelle sera ma récompense, puisque je n’ai pas d’enfants et que « je m’en vais sans descendance », seul, sans enfants, comme « un arbuste dans la steppe » (Jérémie 17,6) ? Personne ne sort ni n’entre dans ma maison, hormis Éliézer, étranger que j’ai pris à Damas, qui n’est ni de la maison de mon père ni de mon pays.
ואז פירש לו הקב"ה השתים שרמז, הבטחת העולם הזה הוא שאמר לא יירשך זה כי אם אשר יצא ממעיך, הבטחת העוה"ב ממה שאמר הוא יירשך, כי הוא שמו של הקב"ה שאתה תהיה ירושתו, כענין (שמות לד) ונחלתנו, וזה מבואר.
Le Saint, béni soit-Il, lui explicita alors les deux promesses allusives. Celle de ce monde : « Celui-ci ne sera pas ton héritier, mais celui qui sortira de tes entrailles. » Celle du monde à venir : « Lui sera ton héritier. » Car Hou, « Lui », est un Nom du Saint, béni soit-Il : tu seras Son héritage, comme dans « Prends-nous pour héritage » (Exode 34). Cela est clair.
וכתב הרמב"ן כי מה שאמר והנה דבר השם אליו לאמר, שלא הספיק לגמור והנה בן ביתי עד שבא אליו דבר השם פתאום לא יירשך זה.
Ramban écrit à propos de : « Et voici, la parole de l’Éternel lui parvint, disant » : il n’avait pas fini de dire « Et voici, un homme de ma maison… » que la parole de l’Éternel lui parvint soudain : « Celui-ci ne sera pas ton héritier. »
ויוצא אותו החוצה. אין דרך העולם לראות הכוכבים מתוך הבית עד צאתם חוץ לבית, והזכיר הלשון הזה באברהם לפי שהתנבא עד עתה מתוך המדרגה הנקרא בית אל וקראה דוד ע"ה (תהלים מה) כבודה בת מלך פנימה, לכך הוצרך להזכיר עתה לשון ויוצא.
« Il le fit sortir au-dehors. » D’ordinaire, on ne voit pas les étoiles de l’intérieur d’une maison, avant d’en sortir. Cette expression est employée pour Avraham parce que, jusque-là, il prophétisait depuis le degré appelé Beth-El, que David, que la paix soit sur lui, nomma : « Toute la gloire de la fille du roi est à l’intérieur » (Psaumes 45). C’est pourquoi le texte doit maintenant mentionner qu’Il le fit sortir.
ודעת רז"ל שהוציאו חוץ מן המערכה, וכן דרשו ויוצא אותו החוצה, אמר לו צא מאצטגנינות שלך. הבט נא השמימה, אין לשון הבטה אלא מלמעלה למטה, וכענין שכתוב (שם פ) הבט משמים וראה, וכתיב (שם קב) ה' משמים אל ארץ הביט, ודרשו רז"ל שהגביהו למעלה מן הכוכבים והמזלות והיו הכוכבים ומזלות מדרס לרגלו.
Selon nos Sages, de mémoire bénie, Il le fit sortir de l’ordre astral. Ils ont ainsi interprété : « Il le fit sortir au-dehors » : Il lui dit, sors de ton astrologie. « Regarde donc vers les cieux » : le terme habbata désigne un regard de haut en bas, comme dans « Regarde des cieux et vois » (Psaumes 80), et « L’Éternel regarda des cieux vers la terre » (Psaumes 102). Nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné qu’Il l’éleva au-dessus des étoiles et des constellations, qui devinrent un marchepied sous ses pieds.
ולפי דעתי זהו באור (ישעיהו מ״א:ב׳) צדק יקראהו לרגלו, על כוכב צדק, ומכאן הוכיחו ז"ל אין מזל לישראל כי הם למעלה מהם. וכן אמרו במדרש (שיר השירים ח׳:י״ד) ברח דודי ודמה לך לצבי, זה אברהם שנקרא אוהבי. על הרי בשמים, אל תקרי בשמים אלא בשמים.
À mon avis, tel est le sens de : « Tsédeq l’appelle à son pied » (Isaïe 41,2), à propos de la planète Jupiter, Tsédeq. De là, nos Sages ont déduit qu’Israël n’est pas soumis à un astre, puisqu’il est au-dessus des astres. Le Midrash dit de même : « Fuis, mon bien-aimé, et sois semblable à une gazelle » (Cantique des cantiques 8,14) : c’est Avraham, appelé « celui qui M’aime ». « Sur les montagnes des aromates » : ne lis pas vessamim, « aromates », mais bachamayim, « dans les cieux ».
ואמרו אין מזל לישראל, באור הדבר בכלל ישראל, אבל בפרטם יש מזל לכל אחד ואחד, שהרי חכמת המזלות חכמה גדולה ומפוארה היא, אין רז"ל מכחישין אותה כלל.
Lorsqu’ils ont dit qu’Israël n’est pas soumis à un astre, cela concerne Israël dans son ensemble. Mais individuellement, chacun a son astre : la science des astres est une science grande et glorieuse, que nos Sages, de mémoire bénie, ne contestent nullement.
וספור הכוכבים אם תוכל לספור אותם. כלומר וספור הכוכבים אם אתה יכול לספור אותם, כה יהיה זרעך ברבוי עצום ככוכבים הללו אשר לא יספרו מרוב.
« Compte les étoiles, si tu peux les compter. » Autrement dit : compte les étoiles, si tu en es capable ; ainsi sera ta descendance, en une immense multitude, comme ces étoiles trop nombreuses pour être comptées.
ויכלול עוד כה יהיה זרעך במדרגות החכמה, כי כשם שיש בכוכבים מי שאורו מזהיר ומבהיק יותר מחבירו, ומדרגותיהם חלוקות זו למעלה מזו באורה ובהשגה, כך עתידין חכמים שבישראל שיהיו מדרגות חלוקות, אור תורתו של זה למעלה מאור תורתו של זה, והשגתו של זה. למעלה מהשגתו של זה.
« Ainsi sera ta descendance » comprend encore les degrés de la sagesse. De même que certaines étoiles ont une lumière plus éclatante et plus brillante que d’autres, et que leurs degrés diffèrent, l’une au-dessus de l’autre en lumière et en connaissance, de même les sages d’Israël auront des degrés différents : la lumière de la Torah de l’un dépassera celle de l’autre, et la connaissance de l’un dépassera celle de l’autre.
ויכלול עוד כה יהיה זרעך במדרגות השכר והתענוג הנצחי לעולם הבא, כי יש שכר לנשמות הזוכות מדרגות חלוקות זו למעלה מזו, וחופה למעלה מחופה, ואורה למעלה מאורה, וכן דרשו רז"ל בספרי לשבע שמחות פניהם של צדיקים דומות לע"ל, לחמה ללבנה לרקיע לכוכבים לברקים לשושנים למנורת בהמ"ק.
« Ainsi sera ta descendance » comprend encore les degrés de récompense et de délice éternel dans le monde à venir. Pour les âmes qui le méritent, la récompense comporte des degrés différents, l’un au-dessus de l’autre : un dais au-dessus d’un autre, une lumière au-dessus d’une autre. Nos Sages, de mémoire bénie, ont ainsi enseigné dans le Sifré : dans l’avenir, les visages des justes ressembleront à sept joies : au soleil, à la lune, au firmament, aux étoiles, aux éclairs, aux lis et au candélabre du Temple.
והאמין בה'. האמין ענין הבשורה כי נכון הדבר לפני האלהים.
« Il eut foi en l’Éternel. » Il crut à l’annonce, car la chose était fermement arrêtée devant Dieu.
ויחשבה לו צדקה. ויחשבה אברהם להקב"ה לצדקה כי השי"ת יעשה זאת בצדקתו לא בזכות אברהם כן פירש הרמב"ן ז"ל.
« Il la lui compta comme justice. » Avraham la compta au Saint, béni soit-Il, comme un acte de justice : l’Éternel accomplirait cela par Sa justice, non par le mérite d’Avraham. Ainsi l’explique Ramban, de mémoire bénie.
ואפשר לפרש ויחשבה לו הקב"ה לאברהם האמונה במחשבה כאלו עשה צדקה במעשה:
On peut aussi expliquer : le Saint, béni soit-Il, compta à Avraham la foi de sa pensée comme s’il avait accompli en acte une œuvre de justice.
אני ה' אשר הוצאתיך מאור כשדים וגו'. פי' הרמב"ן ז"ל מעת אשר הוצאתיך מאור כשדים ועשיתי לך נס היה הרצון לפני לתת לך הארץ הזאת, והנה עתה לא גזר שיתננה לו אבל אמר שהוציאו מאור כשדים על דעת שיתננה לו,
« Je suis l’Éternel qui t’ai fait sortir d’Our des Chaldéens, etc. » Ramban, de mémoire bénie, explique : dès le moment où Je t’ai fait sortir d’Our des Chaldéens et où J’ai accompli un miracle pour toi, Ma volonté était de te donner cette terre. Or, ici, Il ne décréta pas qu’Il la lui donnerait ; Il dit qu’Il l’avait fait sortir d’Our des Chaldéens dans l’intention de la lui donner. Avraham craignit donc que l’héritage de la terre ne dépende des actes, bien qu’Il eût dit deux fois : « À ta descendance Je donnerai cette terre. » Maintenant, Il ne prononçait pas un décret de don comme Il l’avait fait pour la descendance.
ולכן חשש אברהם פן יהיה בירושת הארץ תנאי המעשים אע"פ שאמר פעמים לזרעך אתן את הארץ הזאת, כי עתה לא יגזור המתנה כאשר גזר לו הזרע ולכן אמר במה אדע כי אירשנה, ואינו שואל האות וגם הקב"ה לא עשה עמו כשאר האותות להראות לו אות או מופת בדבר נפלא, אבל בקש אברהם שידע ידיעה אמתית שיירשנה ולא יגרום חטאו או חטא זרעו למונעה מהם או שמא יעשו הכנענים תשובה, והש"י כרת עמו הברית הזה שיירשנה עכ"פ:
C’est pourquoi il dit : « Par quoi saurai-je que j’en hériterai ? » Il ne demandait pas un signe ; le Saint, béni soit-Il, n’agit d’ailleurs pas avec lui comme pour les autres signes, en lui montrant un prodige extraordinaire. Avraham demandait à savoir avec certitude qu’il en hériterait, sans que sa faute ou celle de sa descendance ne les en prive, ou que les Cananéens ne reviennent par le repentir. L’Éternel conclut donc avec lui cette alliance, selon laquelle il en hériterait en tout état de cause.
ובמדרש אני ה' אשר הוצאתיך מאור כשדים בשעה שנולד אאע"ה עמד כוכב אחד ממזרח ובלע ד' כוכבים לארבע רוחות השמים. אמרו חכמיו לנמרוד בן נולד לתרח בשעה זו שעתיד לצאת ממנו אומה שתירש העוה"ז והעוה"ב אם רצונך ינתן לאביו מלא ביתו כסף וזהב ונהרגהו,
Dans le Midrash : « Je suis l’Éternel qui t’ai fait sortir d’Our des Chaldéens. » Lorsque naquit Avraham notre père, une étoile se leva à l’est et engloutit quatre étoiles aux quatre directions des cieux. Les sages de Nimrod lui dirent : « Un fils est né à Téra’h en cette heure ; de lui doit sortir une nation qui héritera de ce monde et du monde à venir. Si tu le veux, donnons à son père une maison pleine d’argent et d’or, et tuons-le. »
מיד שגר נמרוד אצל אביו אמר לו בן נולד לך אמש עכשיו תנהו לי ונהרגהו ואתן לך מלא ביתך כסף וזהב, אמר לו תרח אמשול לך משל למה הדבר דומה לסוס אחד שאמרו לו נחתוך את ראשך ונתן לך בית מלא שעורים, אמר הסוס להם שוטים אם תחתכו את ראשי מי יאכל השעורים, ואתם אם תהרגו את בני מי יירש הכסף והזהב, השיב לו המלך מדבריך אני מכיר שבן נולד לך, אמר לו תרח בן נולד לי ומת א"ל על חי אני אומר לך ולא על מת,
Nimrod envoya aussitôt chercher son père et lui dit : « Un fils t’est né hier soir ; donne-le-moi maintenant, nous le tuerons, et je te donnerai ta maison pleine d’argent et d’or. » Téra’h lui répondit : « Je vais te donner une comparaison. À quoi cela ressemble-t-il ? À un cheval auquel on dit : nous allons te couper la tête et te donner une maison pleine d’orge. Le cheval leur répond : insensés ! Si vous me coupez la tête, qui mangera l’orge ? De même, si vous tuez mon fils, qui héritera de l’argent et de l’or ? » Le roi répondit : « À tes paroles je reconnais qu’un fils t’est né. » Téra’h lui dit : « Un fils m’est né, mais il est mort. » Il lui répondit : « Je te parle d’un vivant, non d’un mort. »
מה עשה תרח החביא את בנו במערה שלש שנים זמן לו הקב"ה שתי חלונות מן האחד יוצא שמן ומן השני סלת, כשהיה בן שלש שנים יצא מן המערה הרהר בלבו מי ברא שמים וארץ ואותי התפלל כל היום כולו לשמש ולערב שקע השמש במערב וזרחה הלבנה במזרח, כשראה הירח והכוכבים סביב הירח אמר זהו שברא השמים והארץ ואותי והכוכבים הללו שריו ועבדיו, עמד כל הלילה בתפלה לירח, לבקר שקע הירח במערב וזרח השמש במזרח אמר אין ביד אלו כח, אדון יש עליהם אליו אתפלל ואליו אשתחוה,
Que fit Téra’h ? Il cacha son fils dans une grotte pendant trois ans. Le Saint, béni soit-Il, lui procura deux ouvertures : de l’une sortait de l’huile, et de l’autre de la fleur de farine. À trois ans, il sortit de la grotte et se demanda en son cœur : qui a créé les cieux, la terre et moi-même ? Il pria le soleil toute la journée. Le soir, le soleil se coucha à l’ouest et la lune se leva à l’est. Voyant la lune et les étoiles autour d’elle, il dit : c’est elle qui a créé les cieux, la terre et moi-même ; ces étoiles sont ses princes et ses serviteurs. Il passa toute la nuit à prier la lune. Au matin, la lune se coucha à l’ouest et le soleil se leva à l’est. Il dit : ceux-ci n’ont pas de puissance propre ; il existe un Maître au-dessus d’eux. C’est Lui que je prierai, devant Lui que je me prosternerai.
הלך אצל אביו אמר לו אבי מי ברא שמים וארץ ואותי, א"ל אביו אלהי ברא שמים וארץ וכל אלה, א"ל אברהם הראני אלהיך שמא יש בהם כח לברוא את כל אלה, מיד הביא ע"ז שלו והראהו אלהיו, חזר אברהם לאמו וא"ל אמי עשי לי תבשילין נאים וטובים ואביאם לאלהי אבי אולי יקבלו ממני קרבני, מיד עשתה לו אמו תבשילין נאים וטובים והביא לאלהי אביו ונתן לפני הגדול שבהם ואין קול ואין עונה, חזר לאמו א"ל עשי לי תבשילין נאים וטובים מן הראשונים עשתה לו והביאם לפני ע"ז של אביו ואין קול ואין עונה,
Il alla chez son père et lui dit : « Mon père, qui a créé les cieux, la terre et moi-même ? » Son père répondit : « Mon dieu a créé les cieux, la terre et tout cela. » Avraham lui dit : « Montre-moi tes dieux ; peut-être ont-ils le pouvoir de créer tout cela. » Il apporta aussitôt ses idoles et les lui montra. Avraham retourna auprès de sa mère et lui dit : « Ma mère, prépare-moi de beaux et bons plats ; je les apporterai aux dieux de mon père. Peut-être accepteront-ils mon offrande. » Sa mère lui prépara aussitôt de beaux et bons plats. Il les apporta aux dieux de son père et les plaça devant le plus grand d’entre eux ; mais aucune voix, aucune réponse. Il retourna auprès de sa mère : « Prépare-moi des plats plus beaux et meilleurs que les premiers. » Elle les prépara, et il les apporta devant les idoles de son père ; aucune voix, aucune réponse.
מיד שרתה עליו שכינה וקרא עליהם פה להם ולא ידברו עינים להם ולא יראו מיד נטל אש ושרפם והוציא הגדול שבהם לחוץ ונתן האש בידו, כשבא אביו לביתו ומצא אלהיו שרופים אמר לאברהם בני למה שרפת את אלהי אמר לא שרפתי אלא הגדול שבהם קצף עליהם ושרפם, א"ל בני שוטה וכי יש בהם כח או יש בהם רוח חיים שהם יכולין לעשות כל אלה והלא אני עשיתים מעץ, א"ל ישמעו אזניך מה שפיך מדבר, ואם אין בהם כח למה אמרת לי אלהי ברא שמים וארץ,
Aussitôt, la Présence divine reposa sur lui et il proclama à leur sujet : « Elles ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas. » Il prit aussitôt du feu et les brûla ; il sortit la plus grande et lui mit le feu dans la main. Son père rentra chez lui, trouva ses dieux brûlés et dit à Avraham : « Mon fils, pourquoi as-tu brûlé mes dieux ? » Il répondit : « Ce n’est pas moi qui les ai brûlés ; le plus grand s’est irrité contre eux et les a brûlés. » Son père lui dit : « Fils insensé ! Ont-ils donc une puissance ou un souffle de vie leur permettant de faire tout cela ? C’est moi qui les ai faits en bois ! » Il lui répondit : « Que tes oreilles entendent ce que dit ta bouche ! S’ils n’ont aucune puissance, pourquoi m’as-tu dit que ton dieu avait créé les cieux et la terre ? »
מה עשה תרח הלך אצל נמרוד וא"ל בני שרף את אלהי ואלהיך באש, שלח נמרוד בשביל אברהם וא"ל למה עשית כן, א"ל אני לא עשיתי כן אלא הגדול, א"ל נמרוד וכי יש בהם רוח חיים שיכולין לעשות כן א"ל ישמעו אזניך מה שאתה מדבר בפיך ואם אין בהם כח למה תניחו למי שברא שמים וארץ ותשתחוו לעץ,
Que fit Téra’h ? Il alla chez Nimrod et lui dit : « Mon fils a brûlé mes dieux et tes dieux par le feu. » Nimrod fit chercher Avraham et lui demanda : « Pourquoi as-tu fait cela ? » Il répondit : « Ce n’est pas moi, mais le plus grand. » Nimrod dit : « Ont-ils donc un souffle de vie qui leur permette de faire cela ? » Il lui répondit : « Que tes oreilles entendent ce que prononce ta bouche ! S’ils n’ont aucune puissance, pourquoi abandonnez-vous Celui qui a créé les cieux et la terre pour vous prosterner devant du bois ? »
א"ל אני בראתי שמים וארץ בכחי, א"ל אברהם אתה יכול לבראות כשיצאתי מן המערה ראיתי השמש יוצא במזרח ושוקע במערב עשה אתה שיצא במערה וישקע במזרח ואשתחוה לך ואם לאו מי שהגביר את ידי לשרוף את האלילים הוא יגבירני ואהרוג אותך, אמר נמרוד לחכמיו מה יהא דינו של זה א"ל זהו שאמרנו עליו עתידה אומה לצאת ממנו שתירש העוה"ז והעוה"ב ועתה כמשפט הזה שעשה כן יעשה לו מיד השליכוהו לתוך כבשן האש, באותה שעה נתמלא עליו הקב"ה רחמים והצילו שנאמר אני ה' אשר הוצאתיך מאור כשדים:
Il lui dit : « C’est moi qui ai créé les cieux et la terre par ma puissance. » Avraham lui répondit : « Tu peux créer ? Lorsque je suis sorti de la grotte, j’ai vu le soleil se lever à l’est et se coucher à l’ouest. Fais donc qu’il se lève à l’ouest et se couche à l’est, et je me prosternerai devant toi. Sinon, Celui qui a fortifié ma main pour brûler les idoles me rendra fort, et je te tuerai. » Nimrod demanda à ses sages : « Quel sera le jugement de celui-ci ? » Ils répondirent : « C’est celui dont nous avions dit qu’une nation sortirait de lui, qui hériterait de ce monde et du monde à venir. Maintenant, qu’il lui soit fait selon ce même jugement qu’il a exécuté. » Ils le jetèrent aussitôt dans la fournaise de feu. À cet instant, le Saint, béni soit-Il, Se remplit de miséricorde pour lui et le sauva, comme il est dit : « Je suis l’Éternel qui t’ai fait sortir d’Our des Chaldéens. »
במה אדע כי אירשנה, באיזה זכות. אמר לו בזכות הקרבנות, זהו שאמר קחה לי. ושמות אלו אל"ף דל"ת, יו"ד ה"א אחריו, והכוונה אדון אשר בך הרחמים, כי אברהם לא התנבא במדת רחמים כמשה אלא באל"ף דל"ת, הוא אל שדי,
« Par quoi saurai-je que j’en hériterai ? » Par quel mérite ? Il lui répondit : par le mérite des sacrifices. C’est pourquoi Il dit : « Prends pour Moi. » Ces Noms sont celui qui commence par aleph-dalet, suivi de celui qui commence par yod-hé. L’intention est : Seigneur en qui est la miséricorde. Car Avraham ne prophétisait pas par l’attribut de miséricorde comme Moché, mais par le Nom commençant par aleph-dalet, qui est El Chaddaï.
ומה שנקוד יו"ד ה"א אחריו בנקוד אלהים, כבר ידעת שהשם הנכתב אין, רשאין להזכירו אלא בכנוי אל"ף דל"ת או בכנוי אלהים, כשהוא לבדו נזכירנו בכנוי אל"ף דל"ת, והסימן בזה (חבקוק ב) וה' בהיכל קדשו הס מפניו כל הארץ, שלא להזכירו אלא בהיכלו, וכשהוא עם אל"ף דל"ת נזכירו בכנוי אלהים, והכוונה בזה אל הרחמים.
Quant à la vocalisation du Nom commençant par yod-hé qui le suit, avec les voyelles d’Elohim, tu sais déjà que le Nom écrit ne peut être prononcé que par l’appellation commençant par aleph-dalet, ou par celle d’Elohim. Lorsqu’il est seul, nous le prononçons par l’appellation commençant par aleph-dalet. Le signe en est : « L’Éternel est dans Son palais saint ; que toute la terre fasse silence devant Lui » (Habacuc 2) : ne Le prononcer que dans Son palais. Lorsqu’il accompagne le Nom commençant par aleph-dalet, nous le prononçons par l’appellation Elohim. L’intention vise alors la miséricorde.
קחה לי. היה ראוי לומר קח לי עגלה משולשת, או קח לך, כמו קח לך מכל מאכל, כי הלקיחה הזאת לתועלת אברהם ולהבטיחו על מתנת הארץ. אבל יתכן לפרש קחה לי לשמי, כלומר לשם המיוחד.
« Prends pour Moi. » Il aurait convenu de dire qa’h li, « prends pour Moi une génisse de trois ans », ou « prends pour toi », comme dans « prends pour toi de toute nourriture », puisque cette prise est destinée au bien d’Avraham et à lui garantir le don de la terre. Mais on peut expliquer qe’ha li : pour Mon Nom, c’est-à-dire pour le Nom particulier.
וכבר ידוע מאמר רז"ל בכל הקרבנות לא נאמר לא אל ולא אלהים ולא אלהיך, אלא השם המיוחד, שלא ליתן פתחון פה לבעל הדין לחלוק. וכן נאמר בקרבנות (במדבר כ״ח:ב׳) תשמרו להקריב לי במועדו. ותוספת ה"א של קחה כתוספת ה"א המזבחה.
On connaît l’enseignement de nos Sages, de mémoire bénie : à propos de tous les sacrifices, il n’est dit ni El, ni Elohim, ni « ton Dieu », mais le Nom particulier, afin de ne pas donner à un contradicteur une ouverture pour contester. De même, à propos des sacrifices, il est dit : « Vous veillerez à Me les offrir en leur temps » (Nombres 28,2). Le hé supplémentaire de qe’ha est semblable au hé supplémentaire de hammizbe’ha, « vers l’autel ».
וכבר ידעת כי הוא המקבל תחלה והוא הנקרא צדק, ואמר הכתוב (דברים ל״ג:י״ט) שם יזבחו זבחי צדק, וכלל הענין הה"א תחלה, ומשם ומעלה מעלוי לעלוי עד הסבה העליונה, וזהו באור קחה לי, ואמר ויקח לו להורות כי עשה כאשר נצטווה והקריב לשמו יתברך.
Tu sais déjà qu’il reçoit en premier et qu’il est appelé Tsédeq, « Justice ». L’Écriture dit : « Là ils offriront des sacrifices de justice » (Deutéronome 33,19). Le principe est le suivant : le hé d’abord, puis de là vers le haut, d’élévation en élévation, jusqu’à la Cause supérieure. Tel est le sens de « prends pour Moi ». Le texte dit : « Il prit pour Lui », pour indiquer qu’il fit ce qui lui avait été ordonné et offrit à Son Nom, béni soit-Il.
ואת הצפור לא בתר. מה שבתר הבהמות ולא העופות. לפי שהבהמות רמז לעובדי אלילים שנמשלו לבהמות שנאמר (תהילים כ״ב:י״ג) סבבוני פרים, וכתיב (דניאל ח׳:כ׳) האיל אשר ראית, וכתיב (שם) והצפור השעיר, והם עתידים להיות כלים, אבל ישראל נמשלו ליונה, שנאמר (שיר השירים ה׳:ב׳) יונתי תמתי, וכתיב (שם ב) יונתי בחגוי הסלע, וישראל יהיו קיימים לעולם, ועל כן לא בתר העופות.
« Mais l’oiseau, il ne le partagea pas. » Il partagea les bêtes, mais non les oiseaux, parce que les bêtes font allusion aux idolâtres, comparés à des bêtes : « Des taureaux m’entourent » (Psaumes 22,13), « Le bélier que tu as vu » (Daniel 8,20), et « Le bouc velu » (Daniel 8). Ils sont destinés à disparaître. Israël, en revanche, est comparé à la colombe : « Ma colombe, mon intègre » (Cantique des cantiques 5,2), et « Ma colombe, dans les fentes du rocher » (Cantique 2). Israël subsistera pour toujours ; c’est pourquoi il ne partagea pas les oiseaux.
וירד העיט על הפגרים. זה היה רמז שיבואו האומות לבטל הקרבנות, וזרעו של אברהם יבריחום, זהו שאמר וישב אותם אברם.
« L’oiseau de proie descendit sur les cadavres. » C’était une allusion aux nations qui viendraient abolir les sacrifices, et que la descendance d’Avraham chasserait. Tel est le sens de : « Avram les chassa. »
והנה אימה חשכה גדולה נופלת עליו. נרמז לו בכאן שעבוד ארבע מלכיות, שכן דרשו רז"ל, אימה זו בבל, חשכה זו מדי שהחשיכו עיניהם של ישראל בצום ותענית, גדולה זו יון, נופלת עליו זו אדום.
« Et voici, une terreur, une obscurité immense tombait sur lui. » L’asservissement aux quatre empires lui fut ici indiqué par allusion. Nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné : la terreur, c’est Babel ; l’obscurité, c’est la Médie, qui obscurcit les yeux d’Israël par le jeûne et l’abstinence ; l’immensité, c’est la Grèce ; « tombait sur lui », c’est Édom.
וכתב הרמב"ן ז"ל, מצא הנביא בנפשו אימה ואח"כ בא בחשכה, ואח"כ גדלה החשכה, ואחר כך הרגיש כאלו היא נופלת עליו. והיה הענין הזה לאברהם כי כשהקב"ה כרת עמו ברית לתת הארץ לזרעו אחזת עולם, אמר לו כמשייר במתנתו, כי ארבע מלכיות ישתעבדו בבניו וימשלו בארצם, וזה בע"מ אם יחטאו לפניו. ואחרי כן הודיעו בבאור גלות אחרת שיגלו תחלה, זהו גלות מצרים שכבר נענש בו, עד כאן.
Ramban, de mémoire bénie, écrit : « Le prophète éprouva une terreur en son âme ; il entra ensuite dans l’obscurité, puis l’obscurité grandit ; enfin, il sentit comme si elle tombait sur lui. Cela arriva à Avraham parce que, lorsque le Saint, béni soit-Il, conclut avec lui une alliance pour donner la terre à sa descendance comme possession perpétuelle, Il lui dit, comme en introduisant une réserve dans Son don, que quatre empires asserviraient ses fils et domineraient leur pays. Cela à condition qu’ils fautent devant Lui. Ensuite, Il lui fit explicitement connaître un autre exil, qu’ils subiraient d’abord : l’exil d’Égypte, auquel il avait déjà été condamné. » Fin de la citation.
ידוע תדע כי גר יהיה זרעך וגו'. ע"ד הפשט באורו כי גר יהיה זרעך בארץ לא להם ארבע מאות שנה ועבדום וענו אותם, ולא פירש כמה יהיו ימי העבדות והענוי.
« Sache assurément que ta descendance sera étrangère, etc. » Selon le sens simple, il faut comprendre : ta descendance sera étrangère pendant quatre cents ans dans une terre qui ne lui appartient pas ; ils les asserviront et les opprimeront. Mais Il n’a pas précisé la durée de l’asservissement et de l’oppression.
והחכם רבי אברהם אמר ידוע תדע כי גר יהיה זרעך בארץ לא להם, בעבדות וענוי, עד קץ ארבע מאות שנה מן היום הזה. ולפי זה הודיעו קץ הגאולה, והודיעו כמה ימי הגלות.
Le sage Rabbi Avraham explique : « Sache assurément que ta descendance sera étrangère dans une terre qui ne lui appartient pas », dans l’asservissement et l’oppression, jusqu’au terme de quatre cents ans à compter de ce jour. Selon cette explication, Il lui fit connaître le terme de la délivrance et la durée de l’exil.
ארבע מאות שנה. טעם המספר הזה בגלות מצרים לא נודע ואחד ממפרשי התורה אין מגיד ואין משמיע בזה דבר.
« Quatre cents ans. » La raison de ce nombre pour l’exil d’Égypte n’est pas connue ; aucun des commentateurs de la Torah n’en rapporte ni n’en expose une explication.
אמנם אם תדקדק תמצא כי המספר הזה נזכר ברוב המקומות אצל עין הרע, כי עין רע מספרו ארבע מאות ואות תי"ו תכלית כל האותיות וכן עין הרע מכלה הכל, ולפי שנתוסף באברהם אות ה"א שהיא מדה"ד לכך שלטה בו עין הרע שהוא מכח הדין שנגזר על זרעו להשתעבד ארבע מאות שנה כמספר עי"ן הר"ע לפי ששלטה בו עינו של שטן,
Cependant, si tu examines attentivement, tu trouveras que ce nombre est mentionné le plus souvent à propos du mauvais œil. Car ‘ayin ra, « mauvais œil », a pour valeur numérique quatre cents ; la lettre tav est le terme de toutes les lettres, et de même le mauvais œil consume tout. Puisqu’un hé fut ajouté à Avraham, hé qui relève de l’attribut de rigueur, le mauvais œil, issu de la force du jugement, eut prise sur lui : il fut décrété que sa descendance serait asservie quatre cents ans, selon la valeur du mauvais œil, car l’œil de Satan eut prise sur lui.
וזהו שאמר ידוע תדע כי גר יהיה זרעך כלו' זרעך הנולד מבין שני ההי"ן שהם מדה"ד ושלטה בו עין הרע שהוא מכח הדין לכך ועבדום וענו אותם ארבע מאות שנה. וכן תמצא בעפרון החתי שהיה לו עין הרע וכן עפרו"ן בגמטריא עי"ן ר"ע כמו שהזכיר ארבע מאות. וכן תמצא בעשו המתפרנס ממדתו של יצחק שהוא מדה"ד שהיה לו עין רע, ודרשו רז"ל (בראשית ל״ב:י״ז) ורוח תשימו בין עדר ובין עדר למה אמר יעקב כן כדי להשביע עינו של אותו רשע וכתוב בו וארבע מאות איש עמו.
Tel est le sens de : « Sache assurément que ta descendance sera étrangère » : ta descendance née entre les deux hé, qui relèvent de l’attribut de rigueur. Le mauvais œil, issu de la force du jugement, eut prise sur elle ; c’est pourquoi « ils les asserviront et les opprimeront quatre cents ans ». Tu trouves de même chez Éfron le Hittite qu’il avait le mauvais œil ; Éfron a la même valeur numérique que ‘ayin ra, « mauvais œil », et le texte mentionne quatre cents. De même, Éssav, qui tire sa subsistance de l’attribut d’Its’hak, l’attribut de rigueur, avait le mauvais œil. Nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné à propos de « Mettez un espace entre chaque troupeau » (Genèse 32,17) : pourquoi Yaakov dit-il cela ? Pour rassasier l’œil de ce méchant. Or il est écrit à son sujet : « Et quatre cents hommes avec lui. »
ומצאתי בבראשית רבה (דניאל ז׳:ח׳) ואלו עיינין כעיני אנשא בקרבא דא. זו מלכות ארם שהיא מכנסת עין הרע בממונו של אדם:
J’ai trouvé dans Beréchit Rabba, sur « Et voici, des yeux semblables à des yeux humains étaient dans cette corne » (Daniel 7,8) : c’est la royauté d’Aram, qui introduit le mauvais œil dans les biens de l’homme.
וגם את הגוי אשר יעבודו. כתב הרמב"ן ז"ל בפירושו וגם אע"פ שאני גזרתי על זרעך להיות גרים בארץ לא להם ועבדום וענו אותם אעפ"כ אשפוט את הגוי אשר יעבדו על אשר יעשו להם ולא יפטרו בעבור שעשו גזרתי,
« Et aussi la nation qu’ils serviront. » Ramban, de mémoire bénie, écrit dans son commentaire : « Et aussi » signifie : bien que J’aie décrété que ta descendance soit étrangère dans une terre qui ne lui appartient pas, qu’ils les asservissent et les oppriment, Je jugerai néanmoins la nation qu’ils serviront pour ce qu’elle leur fera. Ils ne seront pas exemptés parce qu’ils auront exécuté Mon décret.
והטעם כענין שכתוב (זכריה א׳:י״ד-ט״ו) קנאתי לירושלים ולציון קנאה גדולה וקצף גדול אני קוצף על כל הגוים אשר אני קצפתי מעט והם עזרו לרעה, ואמר (ישעיה מ"ז) קצפתי על עמי חללתי נחלתי ואתנם בידך, וכן אירע במצרים שהשליכו בניהם ליאור וימררו את חייהם וכ"ז תוספת על הנגזר ואין זה בכלל ועבדום וענו אותם אבל היה עקירתם לגמרי וע"כ נענשו ונתבקש מידה מה שהוסיפו על הנגזר,
La raison est semblable à ce qui est écrit : « J’éprouve une grande jalousie pour Jérusalem et pour Sion ; et Je suis dans une grande colère contre toutes les nations : Moi, Je M’étais peu irrité, mais elles ont contribué au mal » (Zacharie 1,14-15). Il dit aussi : « Je M’étais irrité contre Mon peuple, J’avais profané Mon héritage et Je les avais livrés entre tes mains » (Isaïe 47). C’est ce qui arriva en Égypte : ils jetèrent leurs fils dans le Nil et rendirent leur vie amère. Tout cela dépassait le décret ; ce n’était pas compris dans « ils les asserviront et les opprimeront », mais visait à les déraciner entièrement. C’est pourquoi ils furent punis et durent rendre compte de ce qu’ils avaient ajouté au décret.
וז"ש דן אנכי כלומר אביאם במשפט אם עשו כנגזר עליהם או הוסיפור על הנגזר, זהו שאמר יתרו (שמות י"ח) כי בדבר אשר זדו עליהם כי הזדון אשר עשו במים הביא עליהם העונש במים.
Tel est le sens de « Je jugerai » : Je les traduirai en jugement pour déterminer s’ils ont agi selon le décret ou l’ont dépassé. C’est ce que dit Yitro : « Car dans la chose même où ils agirent avec arrogance contre eux » (Exode 18) : leur acte présomptueux commis par l’eau leur attira le châtiment par l’eau.
ותדע כי אם נגזר על ראובן שיהרג ונכתב ונחתם עליו בראש השנה כן לא ינקה ההורג אותו אע"פ שעשה הנגזר כי הוא רשע בעונו ימות ודמו מיד ההורג יבוקש, אבל כששמע הגזרה מפי נביא וקם והרגו לעשות רצון הקב"ה ומצותו כמו שגזר עליו אין בזה חטא אבל יש לו זכות בדבר, כענין שמצינו ביהוא (מלכים ב') יען אשר הטיבות לעשות הישר בעיני בכל אשר בלבבי עשית לבית אחאב בני רבעים ישבו לך על כסא ישראל,
Sache que, si la mort de Réouven a été décrétée et inscrite puis scellée à Roch Hachana, celui qui le tue n’est pas pour autant innocent, même s’il a accompli ce qui avait été décrété. Le méchant mourra dans sa faute, mais son sang sera réclamé à son meurtrier. En revanche, si celui-ci a entendu le décret de la bouche d’un prophète et se lève pour le tuer afin d’accomplir la volonté et le commandement du Saint, béni soit-Il, conformément au décret, il n’y a pas là de faute ; il en retire même un mérite. Nous trouvons ainsi chez Yéhou : « Parce que tu as bien agi en faisant ce qui est droit à Mes yeux, et que tu as accompli contre la maison d’A’hav tout ce qui était dans Mon cœur, tes fils jusqu’à la quatrième génération siégeront sur le trône d’Israël » (II Rois).
אבל אם לא שמע הגזרה והרגו דרך שנאה או כדי לשלול אותו יש עליו עונש כי בודאי לחטא ולעברה נתכוון, ופסוק מלא הוא (ישעיהו י׳:ה׳-ו׳) הוי אשור שבט אפי ומטה הוא בידם זעמי (שם) בגוי חנף אשלחנו וגו', (שם) והוא לא כן ידמה ולבבו לא כן יחשוב וגו', למדך הכתוב שהקב"ה גזר בישראל השבט והמטה ההוא כדי להצר אותם ואעפ"כ הענישו לבסוף דכתיב (שם) אפקוד על פרי גדל לבב וגו', שאע"פ שהיה מעשה זה נגזר לא היתה כוונתו לקיים מצות השי"ת וגזרתו כי אם דרך שנאה וכדי להגדיל מעלתו ולהרחיב מלכותו,
Mais s’il n’a pas entendu le décret et le tue par haine ou pour le dépouiller, il est passible d’un châtiment : il a assurément visé la faute et la transgression. Un verset l’énonce explicitement : « Malheur à Achour, bâton de Ma colère, et verge qui porte en leurs mains Mon indignation ! Je l’enverrai contre une nation impie, etc. » (Isaïe 10,5-6), puis : « Mais lui ne l’entend pas ainsi, et son cœur ne pense pas ainsi, etc. » L’Écriture t’apprend que le Saint, béni soit-Il, avait décrété contre Israël ce bâton et cette verge pour les accabler, et néanmoins le punit ensuite : « Je châtierai le fruit de l’orgueil de son cœur, etc. » Bien que cet acte fût décrété, son intention n’était pas d’accomplir le commandement et le décret de l’Éternel, mais d’agir par haine, d’accroître son rang et d’étendre son royaume.
וכן היה הענין בעצמו בנבוכדנצר שכל הנביאים פה אחד יקראוהו להחריב את ירושלים והוא וכל עמו נצטוו על כך מפי הנביא דכתיב (ירמיה ל"ב) הנני נותן את העיר הזאת ביד הכשדים וביד נבוכדנצר מלך בבל והציתו את העיר הזאת באש, ומצינו שנענש בענשו של סנחריב שלכך השוה אותם הכתוב שנאמר (שם כ') לכן כה אמר ה' הנני פוקד על מלך בל ועל ארצו כאשר פקדתי על מלך אשור, ע"כ כוונת הרב ז"ל עם קצת לשונו.
Il en fut exactement de même de Nabuchodonosor. Tous les prophètes l’appelaient d’une seule voix à détruire Jérusalem ; lui et tout son peuple en reçurent l’ordre par la bouche du prophète : « Voici, Je livre cette ville aux Chaldéens et à Nabuchodonosor, roi de Babel, et ils incendieront cette ville » (Jérémie 32). Nous trouvons qu’il fut puni du même châtiment que Sennachérib ; l’Écriture les rapproche ainsi : « C’est pourquoi, ainsi parle l’Éternel : voici, Je châtierai le roi de Babel et son pays comme J’ai châtié le roi d’Achour » (Jérémie 20). Telle est l’intention du maître, de mémoire bénie, avec une partie de ses propres termes.
ויש לך לדעת כי כשנכרת לאברהם הברית הזה של בין הבתרים היה אברהם בן שבעים שנה, ואע"פ שכתוב בתחלת הפרשה ואברהם בן חמש שנים ושבעים שנה בצאתו מחרן, שתי פעמים יצא מחרן, אחד כשהיה בן שבעים, ואחד כשהיה בן ע"ה שנה, ואין מוקדם ומאוחר בתורה, וכשהיה בן שבעים נאמר לו הברית הזאת, ומן הברית הזאת עד שנולד יצחק היה שלשים שנה, וכתיב ואברהם בן מאת שנה, וגזרת הגלות ארבע מאות שנה משנולד יצחק, הרי שלשים וארבע מאות שנה, וזהו שכתוב (שמות י"ב) ומושב בני ישראל אשר ישבו במצרים שלשים שנה וארבע מאות שנה.
Il te faut savoir que, lorsque cette alliance entre les morceaux fut conclue avec Avraham, il avait soixante-dix ans. Bien qu’il soit écrit au début du passage : « Avraham avait soixante-quinze ans lorsqu’il quitta ‘Haran », il quitta ‘Haran deux fois : une fois à soixante-dix ans, et une fois à soixante-quinze ans. La Torah ne suit pas nécessairement l’ordre chronologique. Cette alliance lui fut annoncée à soixante-dix ans ; de l’alliance à la naissance d’Its’hak, trente ans s’écoulèrent, puisqu’il est écrit : « Avraham avait cent ans. » Le décret des quatre cents années d’exil commence à la naissance d’Its’hak. Cela fait quatre cent trente ans, comme il est écrit : « Le séjour des enfants d’Israël qui avaient demeuré en Égypte fut de quatre cent trente ans » (Exode 12).
וע"ד המדרש ידוע תדע, ידוע שאני מפזרן תדע שאני מכניסן, ידוע שאני ממשכנן, תדע שאני גואלן ומפרקן. וגם את הגוי אשר יעבודו, לרבות ארבע מלכיות שרמז למעלה שאף הם כלים על ששעבדו בישראל. דן אנכי, ממכת הדם עד עוד נגע אחד תמצא עשר מכות שבהם נדונו.
Selon la voie du Midrash : « Sache assurément » : sache que Je les disperserai, et tu sauras que Je les rassemblerai ; sache que Je les prendrai en gage, et tu sauras que Je les rachèterai et les délivrerai. « Et aussi la nation qu’ils serviront » inclut les quatre empires évoqués plus haut : eux aussi disparaîtront pour avoir asservi Israël. « Je jugerai » : depuis la plaie du sang jusqu’à « encore une plaie », tu trouveras dix plaies par lesquelles ils furent jugés.
ודור רביעי ישובו הנה. פי' רש"י ז"ל כי מעת שהחל גלות מצרים עד שירשו ישראל את הארץ היו ארבעה דורות, ואלו הם יהודה פרץ חצרון כלב, שהרי כלב בן חצרון מבאי הארץ היה.
« Et la quatrième génération reviendra ici. » Rachi, de mémoire bénie, explique que, du commencement de l’exil d’Égypte jusqu’à la prise de possession du pays par Israël, il y eut quatre générations : Yehouda, Pérets, ‘Hetsron et Kalev. En effet, Kalev fils de ‘Hetsron était de ceux qui entrèrent dans le pays.
והרמב"ן ז"ל כתב כי דור רביעי לאמורי המשלים עונו, כי מיום הגזרה האריך לו כי הוא פוקד עון על שלשים ועל רבעים, כי אם ישובו לא יחרימם אבל יהיו למס עובד, או יפנו להם ע"כ. ומה שאמר עון האמורי, כאלו אמר הכנעניים, אבל הזכיר האמורי לפי שהוא התקיף שבהם, אשר כגובה ארזים גבהו וחסון הוא כאלונים.
Ramban, de mémoire bénie, écrit qu’il s’agit de la quatrième génération de l’Amorréen, qui achève de combler sa faute. Depuis le jour du décret, Il lui accorda un délai, car Il poursuit la faute jusqu’à la troisième et à la quatrième génération. S’ils reviennent par le repentir, Il ne les vouera pas à la destruction : ils seront soumis à une corvée tributaire ou leur céderont la place. Fin de la citation. « La faute de l’Amorréen » revient à dire celle des Cananéens ; mais le texte mentionne l’Amorréen parce qu’il était le plus puissant d’entre eux, haut comme les cèdres et robuste comme les chênes.
עד הנה. עד שתתמלא סאתו, והיה הכתוב ראוי לומר יבאו הנה, אבל אמר ישובו מפני שכבר נתישבו שם יצחק ויעקב ובניו שהם זרעם, שהרי יצחק לא יצא מן הארץ לעולם, יעקב ג"כ כתוב בו (בראשית לז) וישב יעקב בארץ מגורי אביו, ועל כן יאמר עתה ודור רביעי ישובו הנה, כי מאחר שהאבות שהם הכלל היו משם, יכול הכתוב לומר על כלל ישראל היוצאים מהם ישובו הנה.
« Jusqu’à présent » : jusqu’à ce que sa mesure soit pleine. L’Écriture aurait dû dire « ils viendront ici », mais elle dit « ils reviendront », parce qu’Its’hak, Yaakov et ses fils, leur lignée, s’y étaient déjà établis. Its’hak ne quitta jamais le pays ; de Yaakov aussi il est écrit : « Yaakov demeura dans le pays des séjours de son père » (Genèse 37). C’est pourquoi elle dit maintenant : « La quatrième génération reviendra ici. » Puisque les pères, qui constituent l’ensemble en principe, venaient de là, l’Écriture peut dire de l’ensemble d’Israël qui en est issu : « Ils reviendront ici. »
או נוכ לומר עוד כי רומז על מעלת הארץ הקדושה ששם שער השמים, בית המקדש של מעלה מכוון כנגד בהמ"ק של מטה, ומשם הנשמות נכנסות ויוצאות, ועל כן אמר ישובו הנה, כלומר מכאן יצאו וכאן ישובו, ומפני זה הצדיקים והחסידים נכספים להאסף שם כדי שתמצא הנשמה מסלול ודרך לעלות ולשוב לשרשה אל האלהים אשר נתנה.
Nous pouvons encore dire que cela fait allusion à la grandeur de la terre sainte, où se trouve la porte des cieux : le Temple d’en haut correspond au Temple d’en bas, et c’est par là que les âmes entrent et sortent. C’est pourquoi il est dit : « Ils reviendront ici », c’est-à-dire : ils sont sortis d’ici et y reviendront. Pour cette raison, les justes et les pieux désirent y être recueillis, afin que l’âme trouve une voie et un chemin pour monter et retourner à sa racine, vers Dieu qui l’a donnée.
ובמדרש כי לא שלם עון האמורי עון האמירה שאמר במה אדע כי אירשנה.
Dans le Midrash : « Car la faute de l’Amorréen n’est pas complète » désigne la faute de la parole qu’il prononça : « Par quoi saurai-je que j’en hériterai ? »
והנה תנור עשן. לפי הנראה היה לו לומר והנה עשן תנור, כשם שנאמר במעמד הר סיני ויעל עשנו כעשן הכבשן.
« Et voici, un four fumant. » À première vue, il aurait fallu dire « une fumée de four », comme il est dit lors de la révélation au mont Sinaï : « Sa fumée montait comme la fumée d’une fournaise. »
אבל יתכן על דרך הקבלה כי בא הכתוב להודיענו הכח הזה שעבר וקבל קרבנותיו של אברהם, וכי יש בו כח זכרות וכח נקבות, יש בו כח זכרות לפעול הפעולות, וכח נקבות שהוא מקבל מזולתו כנקבה זו שמקבלת מן הזכר, וכל הפעולות מתגדלות בה מכחו, ועל כן נקרא הכח הזה שכינה בלשון נקבה, ותרגם אונקלוס (שמות ל״ג:י״ד) פני ילכו שכינתי תהך, ולא יהך, ושם הכח הזה ידוע.
Mais, selon la voie de la Kabbale, on peut dire que l’Écriture vient nous faire connaître cette puissance qui passa et reçut les sacrifices d’Avraham : elle possède une puissance masculine et une puissance féminine. La puissance masculine accomplit les actions ; la puissance féminine reçoit d’une autre, comme la femelle reçoit du mâle, et toutes les actions se développent en elle par sa puissance. C’est pourquoi cette puissance est appelée Chekhina, au féminin. Onkelos traduit « Ma face ira » (Exode 33,14) par « Ma Présence ira », avec le verbe féminin téhakh, et non le masculin yéhakh. Le nom de cette puissance est connu.
ויש בזה התעוררות ורמז במלת תנור בחלוף תי"ו בטי"ת (באלפ"א ביתא של א"ח ב"ז), ועל כן הזכיר בכאן תנור עשן שהוא הכלי המקבל האש, וזהו רמז לכח הנקבות, ולפיד אש הוא הזכרות, וזהו שכתוב אשר עבר ולא אמר אשר עברו, וזהו לשון כרת ה' את אברם ברית, כי השכינה שהוא הברית העביר בין הבתרים.
Il y a là un appel à l’attention et une allusion dans le mot tannour, en remplaçant le tav par un tet selon l’alphabet de substitution a’ḥ-baz. C’est pourquoi il mentionne ici « un four fumant », réceptacle qui reçoit le feu : cela fait allusion à la puissance féminine, tandis que la torche de feu est la puissance masculine. C’est pourquoi il est écrit « qui passa », au singulier, et non « qui passèrent ». Tel est le sens de « L’Éternel conclut une alliance avec Avram » : Il fit passer entre les morceaux la Présence divine, qui est l’alliance.
ודע כי על כח הזה הזכיר למעלה בראש הפרשה ויבן שם מזבח לה' הנראה אליו, והמשכיל יבין.
Sache que c’est au sujet de cette puissance que le texte a dit plus haut, au début du passage : « Il bâtit là un autel à l’Éternel qui lui était apparu. » Celui qui possède le discernement comprendra.
ביום ההוא כרת ה' את אברם ברית לאמר לזרעך נתתי. אחר שהזכיר למעלה מתנת הארץ שני פעמים, לזרעך אתן, לזרעך אתננה, בלשון עתיד, אמר עתה נתתי בלשון עבר, כי הזכיר לו המתנה שנתן לו כבר, ומלת נתתי כמו נשבעתי, כי מתנת השם באמירה לבד הרי היא כשבועה, ומזה יאמר בכל מקום אשר נשבע ה' לאבותיכם. וכבר בארתי מזה בפסוק (בראשית ט) את קשתי.
« Ce jour-là, l’Éternel conclut une alliance avec Avram, disant : À ta descendance J’ai donné. » Après avoir mentionné deux fois plus haut le don de la terre, « Je donnerai à ta descendance » et « Je la donnerai à ta descendance », au futur, Il dit maintenant « J’ai donné », au passé : Il lui rappelle le don déjà accordé. « J’ai donné » signifie « J’ai juré », car le don de Dieu, par Sa seule parole, équivaut à un serment. C’est pourquoi il est dit partout : « Que l’Éternel a juré à vos pères. » J’ai déjà expliqué cela sur le verset « Mon arc » (Genèse 9).
ואחר המתנה הזאת שהיא השבועה היה הברית של בין הבתרים כי כך דרך כורתי ברית שישבעו תחלה ואחר כך יכרתו ברית, והברית הוא שעוברין בין בתרי הבהמה וכענין שכתוב (ירמיה לד) העגל אשר כרתו לשנים ויעברו בין בתריו, והברית הזאת היתה כעין חרם והוא קיום השבועה שנשבעו כבר, וכמו שאמר יהי מבותר כבהמה זו מי שיעבור על השבועה, ועל כן תרגם אונקלוס ברית קיימא, שהוא קיום השבועה שנשבעו תחלה. וזהו שאמר אבימלך ליצחק תהי נא אלה בינותינו בינינו וביניך ונכרתה ברית עמך. הזכיר השבועה תחלה ואח"כ הברית,
Après ce don, qui est le serment, eut lieu l’alliance entre les morceaux. Ceux qui concluent une alliance ont ainsi coutume de jurer d’abord, puis de conclure l’alliance, en passant entre les morceaux d’un animal, comme il est écrit : « Le veau qu’ils ont coupé en deux, et entre les morceaux duquel ils ont passé » (Jérémie 34). Cette alliance était comme une imprécation qui confirmait le serment déjà prononcé : que celui qui transgresse le serment soit démembré comme cette bête. C’est pourquoi Onkelos traduit berit par qéyama, confirmation du serment prêté auparavant. Ainsi Avimélekh dit à Its’hak : « Qu’il y ait donc un serment entre nous, entre nous et toi, et concluons une alliance avec toi. » Il mentionne le serment d’abord, puis l’alliance.
וברית שהוא כזה אינו נופל בשכינה ח"ו, אבל הכוונה בברית הזאת כאשר תהיה אצל הש"י, כי כשם שאי אפשר שיהיו בתרים חוזרים לכמות שהיו כך אי אפשר שתתבטל מתנתו יתברך.
Une alliance de cette sorte ne saurait s’appliquer à la Présence divine, à Dieu ne plaise. Lorsque cette alliance concerne l’Éternel, son sens est le suivant : de même que les morceaux ne peuvent redevenir ce qu’ils étaient, de même Son don, béni soit-Il, ne peut être annulé.
מנהר מצרים עד הנהר הגדול. יזכיר הכתוב בפרשה זו שלש פעמים מתנת הארץ, תחלה כשהתחיל אברהם ליכנס בארץ אמר לו לזרעך אתן את הארץ הזאת, ולא באר המתנה, כי מה טעם שאמר לזרעך אתן את הארץ הזאת והוא לא הלך אלא עד מקום שכם עד אלון מורה בלבד. ופעם שנית אמר לו שא נא עיניך וראה מן המקום אשר אתה שם צפונה ונגבה, וידוע כי ראות האדם אינה למרחוק, אבל כיון לומר שיתן לו על מראה עיניו הרוחות, ואמר כי את כל הארץ אשר אתה רואה לך אתננה, והוסיף לומר ולזרעך עד עולם, והבטיחו גם כן שירבה זרעו כעפר הארץ.
« Du fleuve d’Égypte au grand fleuve. » Dans ce passage, l’Écriture mentionne trois fois le don de la terre. D’abord, lorsqu’Avraham commença à entrer dans le pays, Il lui dit : « À ta descendance Je donnerai cette terre », sans préciser le don. Quel sens aurait cette parole, alors qu’il n’était allé que jusqu’au lieu de Chekhem, au chêne de Moré ? La deuxième fois, Il lui dit : « Lève donc les yeux et regarde, du lieu où tu es, vers le nord et vers le sud. » On sait que la vue humaine ne porte pas très loin ; l’intention était de lui donner les directions vers lesquelles ses yeux regardaient. Il dit : « Toute la terre que tu vois, Je te la donnerai », ajouta « et à ta descendance pour toujours », et lui promit aussi de rendre sa descendance aussi nombreuse que la poussière de la terre.
ובפעם השלישי באר לו תחומי הארץ, זהו מנהר מצרים עד הנהר הגדול נהר פרת. ואמר לזרעך נתתי בלשון עבר, כי עד עתה הזכיר לזרעך אתננה בלשון עתיד, והכוונה לומר שיכרות לו ברית על המתנה שכבר נתן לו, כך פי' הרמב"ן ז"ל.
La troisième fois, Il lui précisa les frontières du pays : « Du fleuve d’Égypte au grand fleuve, le fleuve Euphrate. » Il dit « À ta descendance J’ai donné », au passé, alors que jusque-là Il disait « Je la donnerai à ta descendance », au futur. L’intention est de conclure avec lui une alliance sur le don qu’Il lui avait déjà accordé. Ainsi l’explique Ramban, de mémoire bénie.
ומה שקרא לנהר פרת הנהר הגדול והכתוב מונהו רביעי בנהרות גן עדן, מפני שהוא דבק לארץ ישראל, וכן המשל אומר עבד מל מלך הדבק לשחוור וישתחוו לך. ולפי שהארץ הקדושה היא מבחר הישוב, ובית המקדש ששם נקרא הבית הגדול, והעובד שם נקרא הכהן הגדול, והשם השוכן בקרבה נקרא האל הגדול, וכן הזכיר שלמה המלך ע"ה בדברי הימים (דה"ב ב) והבית אשר אני בונה גדול כי גדול אלהינו מכל האלהים, לכך קרא הכתוב אף הנהר הסובב אותה הנהר הגדול.
L’Euphrate est appelé « le grand fleuve », bien que l’Écriture le compte comme le quatrième des fleuves du jardin d’Éden, parce qu’il est contigu à la terre d’Israël. Un proverbe dit de même : « Serviteur d’un roi, roi ! Attache-toi au dignitaire, et l’on se prosternera devant toi. » Puisque la terre sainte est la partie choisie du monde habité, que le Temple qui s’y trouve est appelé « la grande Maison », que celui qui y officie est appelé « le grand prêtre », et que le Nom qui y réside est appelé « le grand Dieu », l’Écriture appelle aussi le fleuve qui l’entoure « le grand fleuve ». Salomon le roi, que la paix soit sur lui, dit ainsi dans les Chroniques : « La Maison que je bâtis est grande, car notre Dieu est plus grand que tous les dieux » (II Chroniques 2).
ומה שהזכיר לזרעך נתתי בעשרה עממין הללו, ולא נולדו עדיין לא ישמעאל ולא יצחק, אין להבין מזה הבטחה לישמעאל בן השפחה, שהרי אינו עקר זרעו אבל הוא הבטחה ליצחק בן הגבירה שהוא עקר זרעו, וכענין שהבטיחו הש"י כי ביצחק יקרא לך זרע (בראשית כא).
La promesse « À ta descendance J’ai donné », concernant ces dix peuples, est énoncée alors que ni Yichmaël ni Its’hak ne sont encore nés. Il ne faut pas y voir une promesse faite à Yichmaël, fils de la servante, car il n’est pas sa descendance principale. C’est une promesse à Its’hak, fils de la maîtresse, qui constitue sa descendance principale, comme l’Éternel le lui promit : « Car c’est par Its’hak qu’une descendance portera ton nom » (Genèse 21).
ולה שפחה מצרית. ולא לו, דרשו רבותינו ז"ל נכסי מלוג היתה ולא היה רשאי למכרה.
« Elle avait une servante égyptienne. » Elle, et non lui. Nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné qu’elle relevait des biens propres de l’épouse dont le mari perçoit les fruits : il n’avait pas le droit de la vendre.
ושמה הגר. מבית פרעה נתנה לה ולכך נקראה הגר - הא אגריך, כלומר הגר שכר על צניעותיך.
« Son nom était Hagar. » Elle lui avait été donnée de la maison de Pharaon. C’est pourquoi elle fut appelée Hagar : ha agrikh, « voici ta récompense » ; autrement dit, Hagar était la récompense de ta pudeur.
ישפוט ה' ביני וביניך. דרשו רבותינו ז"ל כל מי שהרתיע אחר מדת הדין לא יצא שפוי מתחת ידה. ראויה היתה שרה להגיע לשנותיו של אברהם, ועל ידי שאמרה ישפוט ה' נמנע מחייה מ"ח שנים.
« Que l’Éternel juge entre moi et toi. » Nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné : quiconque fait appel à l’attribut de rigueur ne sort pas indemne de sa main. Sara aurait mérité d’atteindre le nombre d’années d’Avraham, mais, pour avoir dit « Que l’Éternel juge », quarante-huit années furent retranchées de sa vie.
אמר ר' הושעיא ביני ובנך כתיב, כבר כתוב ויבא אל הגר ותהר, וכבר היה העובר במעיה, ומה ת"ל הנך הרה וילדת בן, אלא מלמד שהכניסה בה עין הרע והפילה עוברה. אמר רבי חנינא אילו אלישע הנביא אמרה כן ברוח הקדש דיי, ע"כ בב"ר.
Rabbi Hochaya dit : il est écrit « entre moi et ton fils ». Le texte avait déjà dit : « Il vint vers Hagar et elle conçut » ; l’enfant était donc déjà dans son sein. Pourquoi dire ensuite : « Voici, tu es enceinte et tu enfanteras un fils » ? Cela enseigne qu’elle porta sur elle le mauvais œil et lui fit perdre l’enfant qu’elle portait. Rabbi ‘Hanina dit : si le prophète Élicha avait prononcé de telles paroles par l’esprit saint, cela aurait suffi. Fin de la citation de Beréchit Rabba.
אבל לפי שמצינו וביניך מלא ויש בו שני יודי"ן, יש לדרוש שהפכה פניה כלפי הגר, ולה אמרה ישפוט ה' ביני וביניך, כלומר העובר שביך, וזה טעם שהכניסה בה עין הרע.
Mais puisque nous trouvons ouvéneikha écrit pleinement, avec deux yod, on peut interpréter qu’elle tourna son visage vers Hagar et lui dit : « Que l’Éternel juge entre moi et toi », c’est-à-dire l’enfant qui est en toi. Cela explique qu’elle porta sur elle le mauvais œil.
הגר שפחת שרי. כבר היינו יודעים כי שפחת שרי היתה שכבר הזכיר למעלה ולה שפחה מצרית ושמה הגר.
« Hagar, servante de Saraï. » Nous savions déjà qu’elle était la servante de Saraï, puisque le texte avait dit plus haut : « Elle avait une servante égyptienne, nommée Hagar. »
אבל יתכן לפרש כי המלאך הזכיר שפחת שרי לשני ענינים, הא' להורות שאין דבור המלאך בא אל המצרית הזאת כי אם לכבוד שהיתה שפחת שרי. והשני לקיים השפחות והעבדות שתהיה משועבדת לשרי כל ימיה, וכמו שאמר לה שובי אל גברתך וגו', וגם זרעה עתידין שיהיו משועבדין לזרעה של שרה באחרית הימים.
On peut expliquer que l’ange mentionne « servante de Saraï » pour deux raisons. Premièrement, pour enseigner que la parole de l’ange ne parvient à cette Égyptienne qu’en l’honneur de sa qualité de servante de Saraï. Deuxièmement, pour confirmer sa condition de servante et son assujettissement à Saraï toute sa vie, comme il lui dit : « Retourne auprès de ta maîtresse, etc. » Sa descendance aussi sera soumise à celle de Sara à la fin des jours.
אתה אל ראי. פירש החכם רבי אברהם אתה אל ומראה, כי מלת ראי שם דבר.
« Tu es le Dieu de ma vision. » Le sage Rabbi Avraham explique : Tu es Dieu et vision, car roï est un substantif.
הגם הלום ראיתי פירוש הגם פה ראיתי מלאך השי"ת אחר שראה הש"י בעניי.
« Ai-je donc vu ici aussi ? » Cela signifie : ici aussi, j’ai vu un ange de l’Éternel, après que l’Éternel eut vu ma détresse.
על כן קרא לבאר באר לחי ראי. מלשון (שמואל א כ״ה:ו׳) כה לחי, כלומר באר של שנה האחרת כשיהיה חי יהיה רואה אותי, והטעם כי בכל שנה היו הישמעאלים חוגגים אל הבאר הזה גם היום יקרא באר זמזם, ע"כ.
« C’est pourquoi on appela le puits Beer La’haï Roï. » Cela évoque « ainsi pour le vivant » (I Samuel 25,6) : le puits de l’année suivante, lorsque, vivant, il me verra. La raison en est que les Ismaélites venaient chaque année célébrer une fête à ce puits. Aujourd’hui encore, il est appelé le puits de Zamzam. Fin de la citation.
אני אל שדי. שדי באלהותו לכל בריה, לשון רש"י ז"ל.
« Je suis El Chaddaï. » Celui dont la divinité suffit à toute créature. Telles sont les paroles de Rachi, de mémoire bénie.
וכתב רבינו חננאל ז"ל כי נתנה מצות מילה בשם הזה לפי שכח גבורתו של אדם תשש במילה, וכמו שדרשו רז"ל (משלי ב׳:ז׳) יצפון לישרים תושיה, זו מילה שהצפינה הקב"ה לעשרים דור, שהרי מאדם ועד אברהם עשרים דור, והשם הזה הוא נזכר בגבורה, כענין שכתוב (יחזקאל א׳:כ״ד) כקול מים רבים כקול שדי. ומפני שלא תאמר החותך בשרו כחו תשש ושונאיו קמים עליו, לכך אמר לו אני אל שדי, אני מספיק לך כח וגבורה שתתגבר על שונאיך, אתה וכל זרעך הנמולים.
Rabbénou ‘Hananel, de mémoire bénie, écrit que le commandement de la circoncision fut donné sous ce Nom parce que la vigueur de l’homme s’affaiblit par la circoncision. Nos Sages, de mémoire bénie, ont ainsi interprété : « Il réserve aux hommes droits la sagesse ferme » (Proverbes 2,7) : c’est la circoncision, que le Saint, béni soit-Il, tint en réserve pendant vingt générations, car d’Adam à Avraham il y a vingt générations. Or ce Nom est mentionné à propos de la puissance : « Comme la voix des grandes eaux, comme la voix de Chaddaï » (Ézéchiel 1,24). Pour que tu ne dises pas : celui qui coupe sa chair voit sa force faiblir et ses ennemis se dresser contre lui, Il lui dit : « Je suis El Chaddaï » ; Je te fournirai force et vaillance pour dominer tes ennemis, toi et toute ta descendance circoncise.
והרמב"ם ז"ל פירש שאינו צריך במציאות מה שנמצא ולא בקיום מציאות לזולתו, אבל מציאותו תספיק בעצמו.
Rambam, de mémoire bénie, explique qu’Il n’a besoin, pour Son existence, d’aucune chose existante, ni d’un autre pour maintenir Son existence : Son existence Se suffit à Elle-même.
והפירוש הנכון בשם הזה הוא מה שפירש בשם הנגיד ז"ל שהוא מגזרת שודד, כלומר משדד ומנצח מערכות הכוכבים. ונראה לי כי מפני זה יחס הכתוב השוד בשם הזה, הוא שהזכיר ישעיה (יג) כשוד משדי יבא.
L’explication correcte de ce Nom est celle qui a été donnée au nom du Naguid, de mémoire bénie : il dérive de choded, « qui dévaste », c’est-à-dire Celui qui bouleverse et domine les systèmes des étoiles. Il me semble que c’est pourquoi l’Écriture rattache la dévastation à ce Nom, comme Isaïe le mentionne : « Elle viendra comme une dévastation de Chaddaï » (Isaïe 13).
והגאון רבינו סעדיה פירש שענינו מלשון די מחסורו, כלומר שהוא מספיק חסרון כל הנמצאים כולם. ועוד פירשו בו שהוא מלשו (ישעיהו ס״ו:כ״ג) מדי חדש בחדשו, (שמואל א א׳:ז׳) מדי עלותו בבית ה', שהוא לשון נאמר על הדבר כשהוא הוה, ויהיה ענינו בהקב"ה נצחות, כשם ההויה שהוא לשון נצחות.
Le Gaon Rabbénou Saadia explique que ce Nom évoque dé ma’hsoro, « de quoi combler son manque » : Il comble le manque de tous les êtres existants. On l’a encore expliqué à partir de : « À chaque nouvelle lune » (Isaïe 66,23) et « Chaque fois qu’il montait à la maison de l’Éternel » (I Samuel 1,7). C’est une expression employée pour une chose qui se produit ; appliquée au Saint, béni soit-Il, elle signifierait la permanence éternelle, comme le Nom de l’Être exprime la permanence éternelle.
והרמב"ן פירש בזה כי הוא מדת הגבורה מנהגת העולם שיאמרו בה החכמים, מדת הדין של מטה. וטעם שהזכיר זה השם במילה כי הודיעו שהוא אל שדי כלומר תקיף משדד ומנצח מזלו ויוליד וידוע כי בשם הזה יעשו הנסים הנסתרים, ואברהם שהיה בטבעו ובמזלו שלא יוליד, והשם הזה בטל כח המזל שיוליד,
Ramban explique qu’il s’agit de l’attribut de Puissance qui gouverne le monde, appelé par les Sages « l’attribut de rigueur d’en bas ». Ce Nom est mentionné pour la circoncision afin de lui faire savoir qu’Il est El Chaddaï : puissant, bouleversant et dominant son destin astral, de sorte qu’il engendrera. On sait que les miracles cachés se réalisent par ce Nom. Avraham, dont la nature et le destin astral étaient de ne pas engendrer, vit la force de ce destin annulée par ce Nom afin qu’il engendre.
הנה זה נסתר אינו מפורסם לעיני הרואים, כי יאמרו הנה טבע בני אדם להוליד, ויש הרבה שהם מולידים למאה שנה, ואין בזה שנוי מנהגו של עולם, כמו הנסים הנעשים בשם המיוחד על ידי מרע"ה שהם נסים מפורסמים, משנים טבעו של עולם ומנהגו כקריעת ים סוף וירידת המן וזולתם עד כאן.
C’est un miracle caché, non manifeste aux yeux des témoins : ils diront qu’il est dans la nature humaine d’engendrer et que beaucoup engendrent à cent ans. Il n’y a pas là de changement du cours du monde comparable aux miracles accomplis par le Nom particulier à travers Moché notre maître, que la paix soit sur lui. Ceux-ci sont des miracles manifestes qui changent la nature et le cours du monde, tels la séparation de la mer des Joncs, la descente de la manne et d’autres encore. Fin de la citation.
ויש לפרש בטעם שהזכיר במצוה זו השם הזה לפי שהוא חותם ביו"ד, ומצוייר בתבנית הגוף לנמול החתום באות ברית קדש, ועם האות הזה מתפרסמת מעלתם של ישראל והיותם נבדלים משאר העו"ג ערלי לב וערלי בשר שהם מצד השדים, וישראל שהם מצד אל שדי, ועם האות הזה נקרא האדם תמים זהו שאמר והיה תמים, וכיון שהוא תמים בו ראוי לו שישתמר מעון המיוחד, הוא עון העריות, וזהו שכתוב (שמואל ב כ״ב:כ״ד) ואהיה תמים עמו ואשתמרה מעוני, ולקדושת הבריתות נקשר ונרשם באדם שם יו"ד ה"א וי"ו ממטה למעלה, וכן בפסוק זה, והבן זה.
On peut encore expliquer que ce Nom est mentionné pour ce commandement parce qu’il se termine par un yod et se trouve figuré dans la forme du corps de celui qui est circoncis, scellé du signe de la sainte alliance. Par ce signe se manifeste le rang d’Israël et sa distinction d’avec les autres nations idolâtres, incirconcises de cœur et de chair, qui relèvent du côté des démons, tandis qu’Israël relève du côté d’El Chaddaï. Avec ce signe, l’homme est appelé intègre : tel est le sens de « sois intègre ». Puisqu’il est intègre par lui, il convient qu’il se garde de la faute particulière, celle des unions interdites. C’est ce qui est écrit : « Je fus intègre envers Lui et me gardai de ma faute » (II Samuel 22,24). Par la sainteté des alliances, le Nom yod-hé-vav est lié et inscrit dans l’homme, de bas en haut ; il en va de même dans ce verset. Comprends-le.
ובמדרש אני אל שדי אמר לו אם אתה תקבל המילה הרי טוב, ואם לאו אומר לעולם די, אם לא תקבל את המילה דיו לעולמי ע"כ, דיה לערלה, ע"כ בב"ר
Dans le Midrash : « Je suis El Chaddaï. » Il lui dit : si tu acceptes la circoncision, c’est bien ; sinon, Je dirai au monde : assez ! Si tu n’acceptes pas la circoncision, que Mon monde s’arrête ici, et que le prépuce s’arrête ici. Ainsi dans Beréchit Rabba.
ובאור המדרש הזה כי כחם של ישראל בני ברית הוא הלב, ושבעים שרים הם הקליפות החיצונות, ל"ה מימינים לזכות ול"ה משמאילים לחובה, וזהו לשון ערלה, ואין אדם רשאי להאחז בלב עד שיסורו הקליפות, ואיל לא קבל אברהם את המילה הייתי אומר דיו לעולמי עד, כאן דיה לערלה ע"כ, כלומר שלא יפעלו פעולה לא השכינה ולא השרים מכאן ואילך יבטל העולם.
Voici l’explication de ce Midrash : la puissance d’Israël, les fils de l’alliance, est le cœur ; les soixante-dix princes sont les enveloppes extérieures, trente-cinq à droite pour le mérite et trente-cinq à gauche pour la culpabilité. Tel est le sens du prépuce. L’homme ne peut s’attacher au cœur avant que les enveloppes ne soient retirées. Si Avraham n’avait pas accepté la circoncision, J’aurais dit : assez pour Mon monde, jusqu’ici ; assez pour le prépuce, jusqu’ici. Autrement dit, ni la Présence divine ni les princes n’exerceraient plus aucune action ; dès lors, le monde cesserait d’exister.
התהלך לפני. תהיה נמשך לעבודתי, והיה תמים שלם בלי תוספת ומגרעת, כלשון תורת ה' תמימה, וכתיב (דברים י״ג:א׳) לא תוסף עליו ולא תגרע ממנו.
« Marche devant Moi. » Attache-toi à Mon service. « Et sois intègre » : entier, sans ajout ni retranchement, comme dans « La Torah de l’Éternel est parfaite », et : « Tu n’y ajouteras rien et tu n’en retrancheras rien » (Deutéronome 13,1).
ודע כי נקרא תמים מי שתוכו כברו, ופיו ולבו שוים, ומפני שאברהם אבינו ע"ה היה שרש האמונה וראש כל המיחדים, וענין היחוד צריך שתהיה עדות הלב והפה שוים, על כן הזכירו הש"י והיה תמים, הוא הדין בכל שאר עבודות הש"י יצטרך האדם שיהיו פיו ולבו שוים, שיצדיק כל אחד לחברו ויעיד עליו ולא יחלוק עליו בשום ענין,
Sache qu’est appelé intègre celui dont l’intérieur correspond à l’extérieur, dont la bouche et le cœur s’accordent. Puisqu’Avraham notre père, que la paix soit sur lui, était la racine de la foi et le premier de tous ceux qui proclament l’Unité, et que cette proclamation exige l’accord du témoignage du cœur et de la bouche, l’Éternel lui dit : « Sois intègre. » Il en va de même de tous les autres services de l’Éternel : l’homme doit accorder sa bouche et son cœur, chacun confirmant l’autre et témoignant pour lui, sans jamais le contredire.
כי כל מי שהוא אחד בפה ואחד בלב והנה הוא חולק קצתו על קצתו ומכזב קצתו את קצתו, הוא מן הכת שנאמר עליו (תהילים ע״ח:ל״ו-ל״ז) ויפתוהו בפיהם ובלשונם יכזבו לו ולבם לא נכון עמו ולא נאמנו בבריתו, ועל כן באה מצות עשה שבתורה שנאמר (דברים י״ח:י״ג) תמים תהיה עם ה' אלהיך,
Celui qui dit une chose de sa bouche et en porte une autre dans son cœur oppose une partie de lui-même à l’autre et fait mentir une partie par l’autre. Il appartient au groupe dont il est dit : « Ils Le séduisaient de leur bouche et Lui mentaient de leur langue ; leur cœur n’était pas ferme envers Lui, et ils n’étaient pas fidèles à Son alliance » (Psaumes 78,36-37). C’est pourquoi la Torah donne le commandement positif : « Tu seras intègre avec l’Éternel ton Dieu » (Deutéronome 18,13).
והוא השבח הגדול האמור בכל הצדיקים איש צדיק תמים. וכתיב (בראשית כ״ה:כ״ז) ויעקב איש תם. וכן יצחק נקרא עולה תמימה, וכתיב (תהילים ט״ו:ב׳) הולך תמים ופועל צדק. וכתיב (שם קא) אשכילך בדרך תמים. וכתיב (שם קיט) אשרי תמימי דרך. וכבר הודיענו דוד ע"ה כי בעל מדה זו הוא לפני השם יתברך קיים נצחי לעולם, הוא שאמר (שם מא) ואני בתומי תמכת בי ותציבני לפניך לעולם. ואמר שלמה (משלי י ט) הולך בתום ילך בטח. ואמר עוד (שם יא) ורצונו תמימי דרך.
C’est le grand éloge prononcé au sujet de tous les justes : « Un homme juste, intègre » ; « Yaakov était un homme intègre » (Genèse 25,27). Its’hak aussi est appelé holocauste parfait. Il est écrit : « Celui qui marche avec intégrité et pratique la justice » (Psaumes 15,2), « Je m’appliquerai à la voie intègre » (Psaumes 101), et « Heureux ceux dont la voie est intègre » (Psaumes 119). David, que la paix soit sur lui, nous a déjà appris que celui qui possède cette qualité demeure éternellement devant l’Éternel : « Quant à moi, Tu m’as soutenu dans mon intégrité et m’as établi devant Toi pour toujours » (Psaumes 41). Salomon dit : « Celui qui marche dans l’intégrité marche en sécurité » (Proverbes 10,9), et encore : « Ceux dont la voie est intègre sont Son plaisir » (Proverbes 11).
אני הנה בריתי אתך. כתב הרמב"ן ז"ל על דרך האמת טעם הנה בריתי אתך כטעם והנה אנכי עמך, (שמות ג יב) ויאמר כי אהיה עמך, (מלכים א ח׳:נ״ז) יהי ה' אלהינו עמנו. יאמר כי הברית יהיה עמו, ולכן יפרה וירבה, ואחרי כן צוה שישמור אברהם הברית הזאת, ותהיה המילה לאות ברית, והנה האות הזה הוא אות השבת ולכן ידחה אותו, והבן זה, עכ"ל ז"ל.
« Moi, voici Mon alliance avec toi. » Ramban, de mémoire bénie, écrit : « Selon la voie de la vérité, “voici Mon alliance avec toi” a le même sens que “et voici, Je suis avec toi”, “Il dit : car Je serai avec toi” (Exode 3,12), et “Que l’Éternel notre Dieu soit avec nous” (I Rois 8,57). Il dit que l’alliance sera avec lui, et que, pour cette raison, il fructifiera et se multipliera. Il ordonne ensuite à Avraham de garder cette alliance ; la circoncision sera le signe de l’alliance. Or ce signe est le signe du Chabbat ; c’est pourquoi il le repousse. Comprends-le. » Fin de ses paroles, de mémoire bénie.
והיה שמך אברהם. הה"א הזאת שנתוספה בו היא אחרונה שבשם, ועמה היה לו כח התולדה ומשתלשלת ממנו, וכן מצינו באברהם שנקרא משרה והיא תשלום בנינו, כי כן הוא למעלה תשלום המרכבה העליונה.
« Ton nom sera Avraham. » Le hé qui lui fut ajouté est le dernier hé du Nom. Par lui, il reçut la puissance d’engendrer, qui en découle. Nous trouvons de même chez Avraham qu’il est appelé à partir de Sara, et qu’elle est l’achèvement de son édification ; car tel est aussi, en haut, l’achèvement du Char supérieur.
כי אב המון גוים נתתיך היה אברהם אבינו ע"ה אב העולם כאדם הראשון שהיה אב המון גוים שכל התולדות משתלשלות וכן מצינו באברהם שנקרא אדם, ממה שדרשו רז"ל (יהושע י״ד:ט״ו) האדם הגדול בענקים, זה אברהם, וכבר רמזתי זה בסדר בראשית.
« Car Je t’ai établi père d’une multitude de nations. » Avraham notre père, que la paix soit sur lui, fut le père du monde, comme Adam le premier homme, père d’une multitude de nations dont toutes les générations descendent. Nous trouvons ainsi qu’Avraham est appelé Adam, d’après l’enseignement de nos Sages, de mémoire bénie : « Le grand homme parmi les géants » (Josué 14,15), c’est Avraham. J’y ai déjà fait allusion dans la section Beréchit.
ובפרשה הזאת נתנה לו מצות מילה ונכרתו עליה י"ג בריתות, והנה הם רמוזים שם.
Dans ce passage, le commandement de la circoncision lui fut donné, et treize alliances furent conclues à son sujet. Elles y sont indiquées.
והיתה בריתי בבשרכם לברית עולם. ע"ד הפשט טעם המילה להיותה אות קבוע בבשר על אמונת הש"י ויחודו, לא ישתנה ולא יסור ממנו בין מחיים בין לאחר מיתה, והנה הוא נכנס באמונת היחוד, כענין שכתוב להיות לך לאלהים ולזרעך אחריך.
« Mon alliance sera dans votre chair comme une alliance perpétuelle. » Selon le sens simple, la circoncision doit être un signe fixé dans la chair de la foi en l’Éternel et en Son Unité. Il ne changera pas et ne disparaîtra pas, ni durant la vie ni après la mort. L’homme entre ainsi dans la foi en l’Unité, comme il est écrit : « Pour être ton Dieu et Celui de ta descendance après toi. »
וע"ד המדרש מצות מילה היא כענין קרבן, וכשם שדם הקרבן לכפרה על המזבח כך דם המילה מכפר, ועל כן מצותה ביום השמיני, כי הקרבן לא יכשר עד יום ח', שנאמר (ויקרא כ״ב:כ״ז) ומיום השמיני והלאה ירצה, וכשם שכתוב בקרבן (שמות כ״ט:ל״ג) ואכלו אותם אשר כפר בהם, שאכילת הקרבן לכפרה כך ישראל עושין סעודה ביום המילה.
Selon la voie du Midrash, le commandement de la circoncision est semblable à un sacrifice. De même que le sang du sacrifice sert à l’expiation sur l’autel, le sang de la circoncision expie. C’est pourquoi elle est prescrite au huitième jour : un sacrifice n’est recevable qu’à partir du huitième jour, comme il est dit : « À partir du huitième jour, il sera agréé » (Lévitique 22,27). De même qu’il est écrit du sacrifice : « Ils mangeront les choses par lesquelles l’expiation a été accomplie » (Exode 29,33), parce que le repas sacrificiel sert à l’expiation, Israël fait un repas le jour de la circoncision.
ועוד גדול כחה יותר מן הקרבן, שהקרבן בממונו והמילה בגופו, באבר שכל גידי האברים נקשרים בו, אשר מטעם זה נקרא ראש הגויה, כלומר ראש כל הגוף, ועל כן חשוב לו לעקדה וזבח כאלו עקד את עצמו וכתיב (תהילים נ׳:ה׳) כורתי בריתי עלי זבח.
Sa puissance dépasse même celle du sacrifice : le sacrifice concerne les biens de l’homme, tandis que la circoncision concerne son corps, le membre auquel sont liés tous les nerfs des membres. C’est pourquoi il est appelé “tête du corps”, c’est-à-dire tête de tout le corps. Cela lui est donc compté comme une ligature et un sacrifice, comme s’il avait lié sa propre personne. Il est écrit : « Ceux qui concluent Mon alliance par le sacrifice » (Psaumes 50,5).
ובבראשית רבה (בראשית ג׳:כ״ד), ואת להט החרב המתהפכת, רב הונא ורבנן, רב הונא בשם רבי אבא אמר החרב זו מילה שנאמר (יהושע ה׳:ב׳) עשה לך חרבות צורים. רבנן אמרי החרב זו תורה, שנאמר (תהילים קמ״ט:ו׳) וחרב פיפיות בידם.
Dans Beréchit Rabba, sur « Et la flamme de l’épée tournoyante » (Genèse 3,24), Rav Houna et les maîtres discutent. Rav Houna, au nom de Rabbi Abba, dit : l’épée, c’est la circoncision, comme il est dit : « Fais-toi des épées de silex » (Josué 5,2). Les maîtres disent : l’épée, c’est la Torah, comme il est dit : « Une épée à deux tranchants dans leur main » (Psaumes 149,6).
רבי אבדימי אמר ואת להט החרב, להט זו גיהנם שמלהטת האדם מראשו ועד רגליו, החרב זו המילה, אמר הקב"ה מי מציל את בני מאש לוהט הוי אומר זו המילה. (משלי ל״א:כ״א) לא תירא לביתה משלג כי כל ביתה לבוש שנים, משלג זו גיהנם, שנאמר (תהילים ס״ח:ט״ו-ט״ז) תשלג בצלמון, בזכות מילה, כי כל ביתה לבוש שנים, זה דם מילה.
Rabbi Avdimi dit : « Et la flamme de l’épée » : la flamme est le Guéhinam, qui embrase l’homme de la tête aux pieds ; l’épée est la circoncision. Le Saint, béni soit-Il, dit : qui sauve Mes fils du feu ardent ? C’est la circoncision. « Elle ne craint pas la neige pour sa maison, car toute sa maison est vêtue d’écarlate » (Proverbes 31,21) : la neige, c’est le Guéhinam, comme il est dit : « Il neige sur Tsalmone » (Psaumes 68,15-16). Par le mérite de la circoncision : « Toute sa maison est vêtue d’écarlate », c’est le sang de la circoncision.
ובפרקי ר' אליעזר פרק כ"ט, אברהם מל את עצמו ביום הכפורים, שכן כתיב ביוה"כ (ויקרא כ״ג:כ״ח) וכל מלאכה לא תעשו בעצם היום הזה, וכן הוא אומר (בראשית י״ז:כ״ו) בעצם היום הזה נמול אברהם, הוי אומר ביוה"כ נמול אברהם אבינו, ובכל שנה ושנה רואה הקב"ה דם הברית של אברהם אבינו ומכפר על כל עונותיהם של ישראל, שנאמר (ויקרא ט״ז:ל׳) כי ביום הזה יכפר עליכם לטהר אתכם מכל חטאתיכם לפני ה' תטהרו.
Dans les Pirqé deRabbi Éliézer, chapitre 29 : Avraham se circoncit le jour de Yom Kippour. À propos de Yom Kippour il est écrit : « Vous ne ferez aucun travail en ce jour même » (Lévitique 23,28), et il est dit aussi : « En ce jour même, Avraham fut circoncis » (Genèse 17,26). Il faut donc dire qu’Avraham notre père fut circoncis à Yom Kippour. Chaque année, le Saint, béni soit-Il, voit le sang de l’alliance d’Avraham notre père et expie toutes les fautes d’Israël, comme il est dit : « Car en ce jour Il fera expiation pour vous afin de vous purifier ; de toutes vos fautes, devant l’Éternel, vous serez purifiés » (Lévitique 16,30).
וע"ד השכל דבר ידוע כי חתוך האבר מחליש כחו של אבר, ואין אבר מכל אברי הגוף שנחתך מתחלת תולדתו שלא יהיה בטבע חסר מכחו, וע"כ באה מצות המילה שהיא סבה להחליש כח התאוה וגורע הנאת התשמיש, וכמו שאחז"ל הנבעלת לערל קשה לפרוש, ובשביל המילה אין קיום הזרע מתבטל בכך, כי הענין הטבעי ישאר על טבעו והוא נשמר מן המותר.
Selon la voie de la raison, on sait que couper un membre en affaiblit la puissance. Aucun membre du corps coupé dès le début de son développement ne conserve naturellement toute sa puissance. C’est pourquoi le commandement de la circoncision fut donné : il affaiblit la force du désir et diminue le plaisir des rapports. Nos Sages, de mémoire bénie, ont ainsi dit : une femme qui a eu des rapports avec un incirconcis se sépare difficilement de lui. Toutefois, la circoncision n’abolit pas la perpétuation de la descendance : la fonction naturelle conserve sa nature, tout en étant préservée de l’excès.
ומה שבאה המצוה לשמונה ימים לפי שקודם לכן הוא חלוש מאד והוא בתכלית לחותו וכאלו הוא עדיין בבטן, ואם יונח עד שיגדל יבא הדבר לידי בטול, כך פירש הרמב"ם ז"ל.
Le commandement est fixé à huit jours parce qu’auparavant l’enfant est très faible, à l’extrême de son humidité, comme s’il était encore dans le ventre. Si on attendait qu’il grandisse, cela pourrait conduire à l’abandon du commandement. Ainsi l’explique Rambam, de mémoire bénie.
וע"ד הקבלה והיתה בריתי בבשרכם לברית עולם, יאמר בריתי בבשרכם תהיה דוגמא לברית עולם, הוא הנקרא צדיק יסוד עולם, ועליו יאמר ברית מלח עולם, כי הוא קיום העולם, כי הכתוב היה ראוי לומר והיתה בריתי בבשרכם לעולם, אבל אמר לברית עולם וברית עולם זה הוא בין הרגלים הנקראים נצח והוד,
Selon la voie de la Kabbale : « Mon alliance sera dans votre chair comme une alliance perpétuelle. » Il dit que Mon alliance dans votre chair sera à l’image de l’Alliance du monde, appelée « Juste, fondement du monde ». C’est à son sujet qu’il est dit « alliance de sel perpétuelle », car elle assure la permanence du monde. L’Écriture aurait pu dire : « Mon alliance sera dans votre chair pour toujours » ; mais elle dit « pour une alliance du monde ». Cette Alliance du monde se trouve entre les jambes, appelées Nétsa’h et Hod.
ועל זה בא המאמר המאיר עיני הלב לרז"ל חכמי האמת אמרו (איכה ב׳:א׳) ולא זכר הדום רגליו ביום אפו, הדום שבין רגליו. ולפי שסמוך לו מלכות שכנגדן הפריעה, על כן אמרו מל ולא פרע כאלו לא מל, לפי שהוא כמפריד ומקצץ, והרי שלמות המצוה בשניהם הוא היחוד, וזה מבואר.
C’est à ce propos que nos Sages, de mémoire bénie, maîtres de la vérité, ont prononcé cet enseignement qui éclaire les yeux du cœur : « Il ne Se souvint pas de l’escabeau de Ses pieds au jour de Sa colère » (Lamentations 2,1) — l’escabeau entre Ses pieds. Puisque Malkhout lui est contiguë, et que la péri‘a leur correspond, ils ont dit : celui qui a pratiqué la coupe sans pratiquer la péri‘a est comme s’il n’avait pas circoncis. Car il ressemble à celui qui sépare et coupe les plantations. L’accomplissement du commandement par les deux actes constitue l’unification. Cela est clair.
וברכתי אותה. בנערות ועדון בשר, על שם שכתוב (בראשית י״ח:י״ב) אחרי בלותי היתה לי עדנה, וברכה ה' ברבוי חלב להניק, על שם שכתוב (בראשית כ״א:ז׳) היניקה בנים שרה. מלכי עמים זה יעקב ועשו.
« Je la bénirai. » Par la jeunesse et la fraîcheur de la chair, comme il est écrit : « Après mon dépérissement, j’aurais une nouvelle fraîcheur » (Genèse 18,12). L’Éternel la bénit aussi par l’abondance de lait pour allaiter, comme il est écrit : « Sara a allaité des fils » (Genèse 21,7). « Des rois de peuples » : ce sont Yaakov et Éssav.
ויפול אברהם על פניו. כבר הזכיר זה למעלה ויפול אברם על פניו, אבל אותו היה לכוון דעתו לנבואה, וזה היה להתפלל על ישמעאל.
« Avraham tomba sur son visage. » Le texte l’a déjà mentionné plus haut : « Avram tomba sur son visage. » Mais là, c’était pour disposer sa pensée à la prophétie ; ici, c’était pour prier en faveur de Yichmaël.
ומה שהזכיר בו הכתוב לשון נפילה בכל פעם ופעם, ללמדך שקודם המילה לא היה מתנבא אלא נופל, לפי שהערלה מאוסה אצל הש"י, וכן מצינו בבלעם שכתוב בו (במדבר כ״ד:ד׳) נופל וגלוי עינים, אבל אחר שנמול היה מתנבא מעומד, והוא שכתוב (בראשית י״ח:כ״ב) ואברהם עודנו עומד לפני ה'.
Si l’Écriture mentionne à chaque fois qu’il tombe, c’est pour t’enseigner qu’avant la circoncision il ne prophétisait qu’en tombant, car le prépuce est répugnant devant l’Éternel. Nous trouvons de même chez Bil‘am : « Tombant, les yeux dévoilés » (Nombres 24,4). Mais après sa circoncision, il prophétisait debout, comme il est écrit : « Avraham se tenait encore devant l’Éternel » (Genèse 18,22).
הלבן מאה שנה יולד. ח"ו שירחיק אברהם היות הענין גדול ע"ד הנס והפלא.
« Un homme de cent ans engendrerait-il ? » À Dieu ne plaise qu’Avraham ait jugé impossible cette grande chose lorsqu’elle relève du miracle et du prodige.
אבל על דרך הטבע דבר ואמר הלבן מאה שלא הוליד בבחרותו מן האשה הזאת יוליד עתה, ואם שרה הבת תשעים תלד אחרי שנפסק האורח ממנה, זה א"א בשום פנים ע"ד הטבע, אבל ע"ד הנס והפלא ידע והאמין שאפשר ביכולת הבורא יתברך כמו שהעיד עליו הכתוב למעלה והאמין בה'.
Il parlait selon la nature : un homme de cent ans, qui n’avait pas engendré dans sa jeunesse de cette femme, engendrerait-il maintenant ? Et Sara, âgée de quatre-vingt-dix ans, enfanterait-elle après la cessation de ses règles ? Selon la nature, cela est absolument impossible. Mais selon la voie du miracle et du prodige, il savait et croyait que cela était possible par la puissance du Créateur, béni soit-Il, comme l’Écriture l’a attesté plus haut : « Il eut foi en l’Éternel. »
ומה שיזכיר בו הכתוב ויצחק, אין זה צחוק ולעג ח"ו, רק לשון שמחה, כלשון (תהילים קכ״ו:ב׳) אז ימלא שחוק פינו, ועל כן תרגם אונקלוס תרגום ישמח שהוא וחדי ולא תרגם וחייך. והראיה כי לשון ויצחק הוא מלשון שמחה מה שנצטוה מפי הש"י לקרותו יצחק, שנאמר וקראת את שמו יצחק, ואלו לעג אברהם על הענין לא יצוהו הש"י שיקרא לו שם על שם הלעג, אבל ודאי כיון שצוה עליו כן אין בכונתו של אברהם רק טוב.
Le mot « il rit » employé par l’Écriture ne désigne pas le rire moqueur, à Dieu ne plaise, mais la joie, comme dans « Alors notre bouche se remplira de rire » (Psaumes 126,2). C’est pourquoi Onkelos traduit par va’hadi, « il se réjouit », et non va’hayekh, « il rit ». La preuve qu’il s’agit de joie est l’ordre de l’Éternel de l’appeler Its’hak : « Tu l’appelleras du nom d’Its’hak. » Si Avraham s’était moqué de l’annonce, l’Éternel ne lui aurait pas ordonné de lui donner un nom tiré de cette moquerie. Puisqu’Il le lui ordonna, l’intention d’Avraham était assurément toute bonne.
וקראת את שמו יצחק. השם הזה הושם לו ע"י הקב"ה ומפני זה לא נשתנה שמו לעולם לקרותו בשם אחר כשם שמצינו באברהם שנשתנה שמו מאברם לאברהם, וכן יעקב מצינו שנשתנה שמו מיעקב לישראל לפי שהושם השם בכל אחד מהם ע"י אביהם, אבל יצחק שהושם ע"י הקב"ה הוקבע לו לעולם השם ההוא ולא נשתנה, וכן מצאתי בירושלמי דברכות מפני מה נשתנה שמו של אברהם ושמו של יעקב ושמו על יצחק לא נשתנה, אלא אלו אבותם קראו אותם יצחק הקב"ה קראו שנאמר וקראת את שמו יצחק ע"כ,
« Tu l’appelleras du nom d’Its’hak. » Ce nom lui fut donné par le Saint, béni soit-Il ; c’est pourquoi il ne fut jamais changé pour un autre. Nous trouvons qu’Avram devint Avraham et Yaakov, Israël, car leurs noms leur avaient été donnés par leurs pères. Mais Its’hak, nommé par le Saint, béni soit-Il, garda à jamais ce nom sans changement. J’ai ainsi trouvé dans le Talmud de Jérusalem, Berakhot : pourquoi les noms d’Avraham et de Yaakov furent-ils changés, et non celui d’Its’hak ? Leurs pères leur avaient donné leurs noms, tandis que le Saint, béni soit-Il, donna le sien à Its’hak, comme il est dit : « Tu l’appelleras du nom d’Its’hak. » Fin de la citation.
ומה שתמצא שמו של יצחק בשי"ן והוא שכתוב (תהילים ק״ה:ט׳) ושבועתו לישחק אין זה שנוי אבל רצה הנביא לרמוז על מדתו שהיא האש הגדולה, וידעת זה ממה שאמרו בספר יצירה שלש אמות אמ"ש אויר מים אש מ"ם דוממת די"ץ שורקת,
Si tu trouves le nom d’Its’hak écrit avec un sin : « Et Son serment à Yis’hak » (Psaumes 105,9), il ne s’agit pas d’un changement. Le prophète a voulu faire allusion à son attribut, le grand feu. Tu le comprendras par l’enseignement du Livre de la Formation : « Trois mères, aleph-mem-chin : air, eau, feu ; le mem est silencieux, le dalet-yod-tsadé siffle. »
ועוד טעם אחר כי אברם הוצרך הכתוב לשנותו אברהם על שם כי אב המון גוים נתתיך, ויעקב ישראל ע"ש כי שרית עם אלהים, וע"י הענינים והמאורעים שאירעו בשניהם הוצרכו לשנות שמם, אבל יצחק לא הוצרך לכך כי לא אירעו לו מאורעות כמותם ולא ראה עצמו לחוץ המקרים כאברהם ויעקב אבל מיום שנולד נתקדש באות ברית קדש ונתיישב בארה"ק לא יצא ממנה לעולם:
Il existe une autre raison : l’Écriture dut changer Avram en Avraham à cause de « Je t’ai établi père d’une multitude de nations », et Yaakov en Israël à cause de « Tu as lutté avec Dieu ». Les événements qui leur arrivèrent imposèrent ces changements de noms. Mais Its’hak n’en eut pas besoin : il ne connut pas des événements semblables et ne se vit pas pressé par les circonstances comme Avraham et Yaakov. Dès sa naissance, il fut sanctifié par le signe de la sainte alliance ; il s’établit dans la terre sainte et n’en sortit jamais.
ולישמעאל שמעתיך וגו'. כלומר ולישמעאל אברך מצד התפלה שאתה מתפלל עליו אך לא מצד הברית של יצחק:
« Quant à Yichmaël, Je t’ai entendu, etc. » Autrement dit : Je bénirai Yichmaël en raison de la prière que tu fais pour lui, mais non en vertu de l’alliance d’Its’hak.
שנים עשר נשיאים יוליד, היו לישמעאל י"ב בנים והם מפורשים בשמותם בסוף סדר ויהיו חיי שרה שכתוב שם בכור ישמעאל נביות וקדר ואדבאל ומבשם ומשמע ודומה ומשא חדד ותימא יטור נפיש וקדמה הרי י"ב, ומה שאמר י"ב נשיאים ולא אמר י"ב גוים יוליד זה להורות על התנשאותם ומעלתם הגדולה שתחול עליהם ברכת הרבוי יותר משאר העמים כמו שהבטיחו הש"י הנה ברכתי אותו והפריתי אותו והרביתי אותו במאד מאד,
« Il engendrera douze princes. » Yichmaël eut douze fils, dont les noms sont explicités à la fin de la section ‘Hayé Sara : « Le premier-né de Yichmaël, Nevayot, Qédar, Adbeél, Mivsam, Michma, Douma, Massa, ‘Hadad, Téma, Yetour, Nafich et Qédma » ; cela fait douze. Il dit « douze princes », et non « il engendrera douze nations », pour indiquer leur élévation et leur grand rang : la bénédiction de la multiplication reposera sur eux davantage que sur les autres peuples, comme l’Éternel le lui promit : « Voici, Je l’ai béni, Je le rendrai fécond et Je le multiplierai extrêmement. »
ועוד תכלול מלת נשיאים שיאבדו מן העולם אחר המעלה הגדולה שהיא מלשון (משלי כ״ה:י״ד) נשיאים ורוח, ובא לרמוז שהם כלים ואובדים מן העולם כלשון (איוב ז׳:ט׳) כלה ענן וילך, זהו שתמצא נשיאם חסר יו"ד האחרונה, ולמדך הכתוב על מלכות ישמעאל שתחלתו חזק וסופו תשש וכן אמר המלאך להגר והוא יהיה פרא אדם כלו' שיהיה בין בני אדם כפרא שינצח הכל ואח"כ יד כל בו:
Le mot nessiïm, « princes », comprend encore l’allusion à leur disparition du monde après cette grande élévation, car il évoque « des nuages et du vent » (Proverbes 25,14). Il indique qu’ils s’épuisent et disparaissent, comme dans « Le nuage se dissipe et s’en va » (Job 7,9). C’est pourquoi tu trouves nessiïm écrit sans le dernier yod. L’Écriture t’enseigne que la royauté de Yichmaël commence dans la force et finit dans la faiblesse. L’ange dit ainsi à Hagar : « Il sera un onagre d’homme » : parmi les humains, il sera comme un onagre qui les domine tous ; ensuite, « la main de tous sera contre lui ».
ונתתיו לגוי גדול. כתב רבינו חננאל ז"ל ראינו שנתאחרה הבטחה זו להם אלפים של"ג שנה ולא היה איחורם תלוי בעונם והיו מצפים לה כל השנים הללו וסוף סוף באה ונתקיימה ואח"כ נתחזקה המלכות בידם, אנו שנטלה ממנו בעונינו ושם זמנו אלף ג' מאות ושלשים שנה עאכו"כ שנהיה מצפים להבטחתו ולא נתיאש, ע"כ:
« Je ferai de lui une grande nation. » Rabbénou ‘Hananel, de mémoire bénie, écrit : nous avons vu que cette promesse se réalisa pour eux après un délai de deux mille trois cent trente-trois ans. Ce retard ne dépendait pas de leur faute ; ils l’attendirent durant toutes ces années, et finalement elle advint et s’accomplit, puis la royauté s’affermit entre leurs mains. Nous, à qui elle fut retirée à cause de nos fautes, et pour qui Il fixa un temps de mille trois cent trente ans, à plus forte raison devons-nous attendre Sa promesse sans désespérer. Fin de la citation.
ויעל אלהים מעל אברהם. האבות חשובים ככרובים של מעלה ע"כ הזכיר הכתוב מעל אברהם כלשון שכתוב (יחזקאל ט, ג) וכבוד ישראל נעלה מעל הכרובים ומפורש ארז"ל האבות הן הן המרכבה:
« Dieu S’éleva d’au-dessus d’Avraham. » Les patriarches sont considérés comme les chérubins d’en haut. C’est pourquoi l’Écriture dit « d’au-dessus d’Avraham », comme il est écrit : « La gloire d’Israël s’éleva d’au-dessus des chérubins » (Ézéchiel 9,3). Nos Sages, de mémoire bénie, l’ont dit explicitement : les patriarches sont eux-mêmes le Char.
וימל את בשר ערלתם. השתדל תחלה במילתם ובאחרונה מל את עצמו, וכן כתוב אח"כ בעצם היום הזה נמול אברהם, שאלו הקדים מילתו למילתם היה חולה ומסוכן ולא היה אפשר להתעסק בהם:
« Il circoncit la chair de leur prépuce. » Il s’occupa d’abord de leur circoncision, puis se circoncit lui-même en dernier. C’est pourquoi il est écrit ensuite : « En ce jour même, Avraham fut circoncis. » S’il avait fait passer sa circoncision avant la leur, il aurait été malade et en danger, et n’aurait pu s’occuper d’eux.
בהמולו בשר ערלתו. כמו שנצטווה למעלה ונמלתם את בשר ערלתכם והיה לאות ברית, ובאר לנו כי המצוה היא אות קבוע בבשר והיה הבשר לאות ברית, וע״כ נקראת המצוה הזאת אות, ושלש מצות בתורה הן שנקראו אות ואלו הן מילה שבת תפילין ושלשתן עדות ואות על היחוד והאמונה,
« Lorsqu’il fut circoncis dans la chair de son prépuce. » Selon l’ordre donné plus haut : « Vous circoncirez la chair de votre prépuce, et ce sera un signe d’alliance. » Il nous précise que le commandement constitue un signe fixé dans la chair : la chair devient signe d’alliance. Ce commandement est donc appelé signe. Trois commandements de la Torah sont appelés signes : la circoncision, le Chabbat et les tefillin. Tous trois sont un témoignage et un signe de l’Unité et de la foi.
ואין ראוי לכל אחד מישראל לעמוד זולת השתים מהן כי קיום כל דבר ע״פ שנים עדים ועל זה יצטרך שילכו ב׳ עדים עמו, ולפיכך חייב אדם להזהר במצות תפילין ואז יהיו ב׳ עדיו לא יסורו ממנו. וכאותו שנשתבח בהן אותו חכם, מימי לא הלכתי ד' אמות בלא תורה ובלא תפילין, וביום שבת שהוא פטור מתפילין, מילה ושבת נמצאת בו, מלמד שכל הזהיר במצות תפילין אין שני עדיו זזין ממנו לעולם לא בחול ולא בשבת.
Il ne convient à aucun membre d’Israël de demeurer sans deux d’entre eux, car toute chose est établie par deux témoins ; il faut donc que deux témoins l’accompagnent. C’est pourquoi l’homme doit veiller au commandement des tefillin : ses deux témoins ne le quitteront pas. Ainsi ce sage qui s’en louait : « De ma vie, je n’ai marché quatre coudées sans Torah ni tefillin. » Le jour du Chabbat, où il est dispensé des tefillin, la circoncision et le Chabbat sont présents en lui. Cela enseigne que, pour quiconque veille au commandement des tefillin, ses deux témoins ne le quittent jamais, ni les jours profanes ni le Chabbat.
ובמדרש בהמולו בשר ערלתו גדולה מילה שכל מי שהוא מהול אינו יורד לגיהנם, כתיב הכא ביום ההוא כרת ה' את אברם ברית, וכתיב התם (ויקרא י״ב:ג׳) וביום השמיני ימול, ומי יורד לגיהנם, מי שכתוב אחריו את הקיני ואת הקנזי ואת הקדמוני, שכולם ערלי לב,
Dans le Midrash : « Lorsqu’il fut circoncis dans la chair de son prépuce. » Grande est la circoncision : quiconque est circoncis ne descend pas au Guéhinam. Il est écrit ici : « Ce jour-là, l’Éternel conclut une alliance avec Avram », et ailleurs : « Au huitième jour, il sera circoncis » (Lévitique 12,3). Qui descend au Guéhinam ? Ceux dont il est écrit ensuite : « Le Kéni, le Kenizzi et le Kadmoni », tous incirconcis de cœur.
וכל הרשעים יורדים לגיהנם, שכן מצינו ביחזקאל (יחזקאל ל״ב:י״ח) בן אדם נהה על המון מצרים והורידהו, שם אשור וכל קהלה, שם משך תובל וכל המונה כולם ערלים מחללי חרב, שמה נסיכי צפון, וכן אמר ישעיה (ישעיהו ה׳:י״ד) לכן הרחיבה שאול נפשה ופערה פיה לבלי חק, למי פערה פיה למי שאין להם חק, שנאמר (תהילים ק״ה:י׳) ויעמידה ליעקב לחק.
Tous les méchants descendent au Guéhinam, comme nous le trouvons dans Ézéchiel : « Fils d’homme, entonne une lamentation sur la multitude de l’Égypte et fais-la descendre » (Ézéchiel 32,18) ; « Là sont Achour et toute son assemblée » ; « Là sont Méchekh, Touval et toute sa multitude, tous incirconcis, transpercés par l’épée » ; « Là sont les princes du Nord ». Isaïe dit de même : « C’est pourquoi le séjour des morts a élargi son appétit et ouvert sa bouche sans mesure » (Isaïe 5,14). Pour qui a-t-il ouvert sa bouche ? Pour ceux qui n’ont pas de ‘hoq, de règle, comme il est dit : « Il l’établit pour Yaakov comme règle » (Psaumes 105,10).
ואמר עוד הפסוק (זכריה ט׳:י״א) גם את בדם בריתך שלחתי אסיריך מבור אין מים בו, וכתיב (משלי ל״א:כ״א) לא תירא לביתה משלג כי כל ביתה לבוש שנים ע"כ. וע"כ נהגו כל ישראל לנער המת שלא הגיעו ימיו למצות מילה שמוהלין אותו בקבר.
Le verset dit encore : « Toi aussi, par le sang de ton alliance, J’ai délivré tes prisonniers d’une fosse sans eau » (Zacharie 9,11), et : « Elle ne craint pas la neige pour sa maison, car toute sa maison est vêtue d’écarlate » (Proverbes 31,21). Fin de la citation. C’est pourquoi tout Israël a coutume de circoncire dans sa tombe l’enfant mort qui n’avait pas atteint l’âge prescrit pour la circoncision.
זכו ישראל במצוה זאת שהיא מוחזקת בידם ובה הובטחו על שלש מתנות, על
Israël a mérité ce commandement, qu’il conserve fermement ; par lui, trois dons lui furent promis : la royauté de la maison de David, qui ne cessera pas ; le don de la terre comme possession perpétuelle ; et la résidence de la Présence divine en Israël. Tous trois sont indiqués dans ce passage.
מלכות בית דוד שלא תפסק, ועל
La royauté de la maison de David : « Je ferai de toi des nations, et des rois sortiront de toi. » Ce verset figure dans l’alliance ; nous trouvons aussi une alliance pour la royauté de la maison de David : « J’ai conclu une alliance avec Mon élu, J’ai juré à David Mon serviteur : J’établirai ta descendance pour toujours et bâtirai ton trône de génération en génération, à jamais » (Psaumes 89).
מתנת הארץ שתהיה להם לאחוזת עולם, ועל
Le don de la terre : « Je te donnerai, à toi et à ta descendance après toi, le pays de tes séjours, tout le pays de Canaan, comme possession perpétuelle. » Il précise que la terre sera pour Israël une possession perpétuelle : eux seuls en hériteront et l’habiteront. S’ils en sont exilés, ils y reviendront, car elle est leur possession perpétuelle, non celle des nations idolâtres. C’est un grand signe pour Israël : depuis leur exil, aucune nation ne s’y est établie ; elle demeure dévastée et désolée jusqu’au retour de ses oisillons.
השכינה שתהיה שורה בישראל, ושלשתן רמוזות בפרשה זו, מלכות בית דוד, שאמר ונתתיך לגוים ומלכים ממך יצאו, והכתוב הזה בברית, ומצינו במלכות בית דוד ברית, הוא שכתוב (תהלים פט) כרתי ברית לבחירי נשבעתי לדוד עבדי, עד עולם אכין זרעך ובניתי לדור ודור כסאך סלה. מתנת הארץ, הוא שאמר ונתתי לך ולזרעך אחריך את ארץ מגוריך את כל ארץ כנען לאחוזת עולם, באר שתהיה הארץ לישראל אחזת עולם שלא יירשוה ושלא יושיבוה רק הם, ואם אולי יגלו ממנה ישובו אליה כי אחזת עולם היא להם, לא לעו"ג, וזה הוא סימן גדול לישראל שמיום שגלו ממנה לא נתישבה שם אומה כלל אבל היא חרבה ושממה עד שישובו אפרוחיה לתוכה. השכינה שתשרה בישראל, הוא שאמר והייתי להם לאלהים, כלומר להם לבדם ולא לעו"ג. ואשרי העם שהובטח בשלש מתנות כאלה, מלכות בית דוד שלא תפסק לעולם, ושתהיה הארץ הקדושה להם לבדם מתנה לאחוזת עולם, ושתהיה השכינה שורה ביניהם, מה שלא זכו שום אומה מעו"ג לאחד מכל אלו, וזה שאמר דוד (תהילים קמ״ד:ט״ו) אשרי העם שככה לו אשרי העם שה' אלהיו.
La résidence de la Présence divine en Israël : « Je serai leur Dieu », c’est-à-dire leur Dieu à eux seuls, non celui des nations idolâtres. Heureux le peuple auquel de tels dons ont été promis : la royauté de la maison de David ne cessera jamais ; la terre sainte sera donnée à eux seuls comme possession perpétuelle ; et la Présence divine résidera parmi eux. Aucune nation idolâtre n’a mérité un seul de ces dons. C’est ce que dit David : « Heureux le peuple qui possède un tel lot ! Heureux le peuple dont l’Éternel est le Dieu ! » (Psaumes 144,15).