Béréchit 18:1 · commentaire 1
באור פני מלך חיים ורצונו כעב מלקוש (משלי טז, טו)
« Dans la lumière du visage du roi est la vie ; sa faveur est comme une nuée de pluie tardive. » (Michlé 16:15)
Béréchit · RABBÉNOU BÉ’HAYÉ
Béréchit 18:1–22:24 · 152 entrées de commentaire
Les difficultés connues restent signalées dans les notes. Les introductions se trouvent au début de leur paracha et font partie de la première montée.
באור פני מלך חיים ורצונו כעב מלקוש (משלי טז, טו)
« Dans la lumière du visage du roi est la vie ; sa faveur est comme une nuée de pluie tardive. » (Michlé 16:15)
שלמה המלך ע"ה באר בכתוב הזה (משלי ט״ז:י״ד) התועלת המגעת לאדם ברצון המלך ובהסברת פניו, והמשיל רצונו לגשם שבעב מלקוש שהוא רצון הכל והכל מתאוין לו, וכן במקום אחר המשילו לטל, הוא שאמר על זה (שם יט) נהם ככפיר זעף מלך וכטל על עשב רצונו.
Le roi Salomon, que la paix soit sur lui, explique dans ce verset (Michlé 16:14) le bienfait que l’homme tire de la faveur du roi et de son visage accueillant. Il compare sa faveur à la pluie de la nuée tardive, désirée de tous ; ailleurs, il la compare à la rosée : « La colère du roi rugit comme le lionceau, et sa faveur est comme la rosée sur l’herbe » (Michlé 19).
ומה שהמשיל רצונו לשני דברים לגשם ולטל, לפי שתועלת הגשם הוא לעתיד, אין תועלתו נראית לשעתו מיד, רק בזמן הקציר ברבוי התבואה תתפרסם התועלת, ותועלת הטל בא מיד, כן רצון המלך יש בו תועלת פעמים מיד ופעמים לעתיד.
Il compare sa faveur à la pluie et à la rosée parce que le bénéfice de la pluie est différé : il ne se voit pas immédiatement, mais se manifeste à la moisson, dans l’abondance des céréales. Celui de la rosée est immédiat. De même, la faveur du roi profite tantôt immédiatement, tantôt plus tard.
וכן למדנו שלמה המלך בקצת פסוקים מספר משלי הנזק המגיע לאדם מכעס המלך אע"פ שאינו נפרע, וגם אינו עתיד להוציא כעסו מן הכח אל הפעל, ואין צריך לומר אם הוא רוצה להפרע מן המכעיסים אותו. ובאר בכלל דבריו שאם הוא כועס ואינו נפרע הנה זה שכעס עליו קראוהו פחד ורעדה, כמי ששומע נהמת שאגת אריה וקול שחל שהוא נרעד ונבהל ואע"פ שאין סופו להרע לו. ועל זה אמר נהם ככפיר זעף מלך וכטל על עשב רצונו.
Salomon nous enseigne aussi, dans certains versets de Michlé, le dommage de la colère du roi, même s’il ne se venge pas et ne doit pas faire passer sa colère de la puissance à l’acte ; à plus forte raison s’il veut se venger de ceux qui l’irritent. Lorsqu’il se met en colère sans se venger, celui qu’il vise est saisi de peur et de tremblement, comme celui qui entend le rugissement du lion et en est terrifié, même si l’animal ne doit pas lui nuire. C’est le sens de « La colère du roi rugit comme le lionceau, et sa faveur est comme la rosée sur l’herbe ».
ואם הוא כועס ורוצה לפרע הנה זה מות, ועל זה אמר (משלי טז) חמת מלך מלאכי מות. וכשם שחמתו מות כן רצונו ואור פניו חיים, וע"ז אמר בכאן באור פני מלך חיים.
S’il se met en colère et veut se venger, c’est la mort : « La fureur du roi est messagère de mort » (Michlé 16). De même que sa fureur est mort, sa faveur et la lumière de son visage sont vie : « Dans la lumière du visage du roi est la vie. »
וכוון שלמה בכל זה לדון ק"ו במלך מלכי המלכים הקב"ה אם במלך בשר ודם החיים דבקים באור פניו, והתועלת נמצאה ברצונו, כתועלת האדמה הנמצאת בגשם שבעב מלקוש, וכענין שכתוב (ישעיהו נ״ה:י׳) כי אם הרוה את הארץ והולידה והצמיחה, עאכ"ו בהקב"ה שהחיים אמתיים תלויים ברצונו ובהסברת פניו, כענין שכתוב (תהילים ל׳:ו׳) כי רגע באפו חיים ברצונו.
Par tout cela, Salomon entend raisonner a fortiori au sujet du Roi des rois, le Saint, béni soit-Il. Si, chez un roi de chair et de sang, la vie est attachée à la lumière de son visage et l’utilité à sa faveur, comme la terre profite de la pluie tardive — « Elle a abreuvé la terre, l’a fait enfanter et pousser » (Yechayahou 55:10) —, à plus forte raison les vies véritables dépendent-elles de la volonté du Saint, béni soit-Il, et de Son visage accueillant : « Un instant dans Sa colère, une vie dans Sa faveur » (Tehilim 30:6).
ועל זה אמר שלמה ע"ה באור פני מלך חיים, ובא ללמדנו כי החיים דבקים בגלוי שכינה. וכן מצינו גלוי שכינה על שלשה חלקים. הא' לדבור ולצוות את הנביא על מצוה ממצות התורה. והשני להגין על עבדיו הצדיקים, כענין שכתוב (במדבר י״ד:י׳) ויאמרו כל העדה לרגום אותם באבנים וכבוד ה' נראה באהל מועד.
C’est pourquoi Salomon dit « Dans la lumière du visage du roi est la vie », pour nous enseigner que la vie est attachée à la manifestation de la Présence divine. Nous trouvons trois formes de cette manifestation : premièrement, parler et commander au prophète un commandement de la Torah ; deuxièmement, protéger Ses serviteurs justes, comme dans « Toute l’assemblée dit de les lapider, et la gloire de l’Éternel apparut dans la Tente de la Rencontre » (Bamidbar 14:10).
והג' דרך רצון והסברת פנים כענין גילוי שכינה שבמשכן, וגילוי שכינה על אברהם גלוי שכינה שבמשכן שנא' (ויקרא ט׳:כ״ג) ויצאו ויברכו את העם וירא כבוד ה' אל כל העם, כי מפני שהשתדלו במצות המשכן זכו לגלוי השכינה, גלוי השכינה של אברהם כי מפני שהשתדל במצות המילה זכה לגלוי שכינה,
Troisièmement, par faveur et accueil, comme au Tabernacle et auprès d’Avraham. Au Tabernacle : « Ils sortirent, bénirent le peuple et la gloire de l’Éternel apparut à tout le peuple » (Vayikra 9:23). Leur zèle pour le commandement du Tabernacle leur valut cette manifestation. Pour Avraham, son zèle pour la circoncision lui valut la manifestation de la Présence divine.
וזהו באור פני מלך חיים, כי מלת חיים כוללת רפואה מלשון (ישעיהו ל״ח:ט׳) ויחי מחליו, וכתוב (שם) ותחלימני והחייני, וכן אברהם הגיעה לו רפואה בגלוי שכינה, שהיה חולה במצות מילה ואז נתרפא כאשר נראה לו הש"י. וזהו שכתוב.
C’est le sens de « Dans la lumière du visage du roi est la vie » : « vie » comprend aussi la guérison, selon « Il revécut de sa maladie » (Yechayahou 38:9) et « Tu me guéris et me fais vivre ». Avraham reçut aussi la guérison dans la manifestation de la Présence divine : il était malade du fait de la circoncision et fut guéri lorsque l’Éternel Se montra à lui. C’est ce qui est écrit :
וירא אליו ה' באלני ממרא והוא יושב פתח האהל כחם היום. הפרשה הזאת דבקה ומחוברת עם הפרשה של מעלה, על כן אמר וירא אליו כלומר לאברהם שהזכיר, שאלולי כן היה ראוי שיאמר וירא ה' אל אברהם, כשם שהזכיר למעלה וירא ה' אל אברם, אבל אמר וירא אליו והכוונה לומר כי בזכות המילה נראה לו השם, וכן דרז"ל לבקר את החולה.
« L’Éternel lui apparut aux chênes de Mamré, tandis qu’il était assis à l’entrée de la tente, dans la chaleur du jour. » Ce passage est lié au précédent ; c’est pourquoi il dit « lui apparut », c’est-à-dire à Avraham, déjà mentionné. Sans cela, il aurait fallu dire « L’Éternel apparut à Avraham », comme plus haut « L’Éternel apparut à Avram ». Mais « lui apparut » veut indiquer que le Nom lui apparut par le mérite de la circoncision. Nos Sages, de mémoire bénie, ont ainsi enseigné : pour visiter le malade.
באלוני ממרא. הודיענו המקום שבו נמול, ושם נתן לו שכר באותו מקום עצמו בגלוי שכינה. ומצינו שהשכינה נגלית לנביאים, באש ברוח במים ובארץ. באש למשה על הסנה, שנא' (שמות ג׳:ב׳) וירא והנה הסנה בוער באש, גם לכל ישראל בסיני הוא שכתוב (דברים ד׳:ל״ו) ודבריו שמעת מתוך האש, וכתיב (שמות כ״ד:י״ז) ומראה כבוד ה' כאש אוכלת.
« Aux chênes de Mamré. » Il nous fait connaître le lieu où il fut circoncis ; dans ce même lieu, Il lui accorda sa récompense par la manifestation de la Présence divine. Nous trouvons que celle-ci se manifeste aux prophètes par le feu, le vent, l’eau et la terre. Par le feu, à Moché au buisson : « Il vit, et voici, le buisson brûlait dans le feu » (Exode 3,2). Aussi à tout Israël au Sinaï : « Tu as entendu Ses paroles du milieu du feu » (Deutéronome 4,36), et « L’aspect de la gloire de l’Éternel était comme un feu dévorant » (Exode 24,17).
ברוח לאליהו, שנא' (מלכים ב ב׳:א׳) ויהי בהעלות ה' את אליהו בסערה השמים וגו' והנה ה' עובר ורוח גדולה וחזק מפרק הרים וגו' (מלכים א י״ט:י״א). וכן באיוב (איוב ל״ח:א׳) ויען ה' את איוב מן הסערה. במים ליחזקאל, שנא' (יחזקאל א׳:א׳) ויהי בשלשים שנה ברביעי בחמשה לחדש ואני בתוך הגולה על נהר כבר, וכתיב (שם) ואשמע את קול כנפיהם כקול מים רבים. בארץ הוא שכתוב (ישעיה ו ג) מלא כל הארץ כבודו, וכתיב (יחזקאל מ״ג:ב׳) והארץ האירה מכבודו.
Par le vent, à Éliyahou : « Lorsque l’Éternel fit monter Éliyahou aux cieux dans la tempête » (II Rois 2,1) ; « Et voici, l’Éternel passait, et un vent grand et fort fendait les montagnes, etc. » (I Rois 19,11). De même chez Job : « L’Éternel répondit à Job du milieu de la tempête » (Job 38,1). Par l’eau, à Ézéchiel : « En la trentième année, au quatrième mois, le cinq du mois, j’étais parmi les exilés au bord du fleuve Kevar » (Ézéchiel 1,1), et « J’entendis le bruit de leurs ailes comme le bruit des grandes eaux ». Par la terre : « Toute la terre est pleine de Sa gloire » (Isaïe 6,3), et « La terre rayonnait de Sa gloire » (Ézéchiel 43,2).
וכאן נגלה לאברהם באילן, והוא שכתוב באלוני ממרא. וממרא הוא אחד מחבריו, שכן כתיב באברהם (בראשית י״ד:י״ג) והוא שוכן באלוני ממרא האמורי אחי אשכול ואחי ענר והם בעלי ברית אברם, והיה יכול לומר בערבות ממרא ואמר באלוני ללמדך שהיו שם אילנות. וממה שאמר והשענו תחת העץ, למדנו שלא היה שם אלא אילן אחד.
Ici, Il Se révéla à Avraham dans un arbre : « Aux chênes de Mamré ». Mamré était l’un de ses compagnons, comme il est écrit : « Il demeurait aux chênes de Mamré l’Amorréen, frère d’Echkol et frère d’Aner ; ils étaient alliés d’Avram » (Genèse 14,13). Il aurait pu dire « dans les plaines de Mamré », mais il dit « aux chênes » pour enseigner qu’il y avait des arbres. Toutefois, « reposez-vous sous l’arbre » nous apprend qu’il n’y avait là qu’un arbre.
ולמה נגלה לאברהם באילן, לפי שבשרו שיוליד אחרי זקנתו כאילן זה שכתוב בו (איוב יד ז ט) כי יש לעץ תקוה אם יכרת ועוד יחליף ויונקתו לא תחדל אם יזקין בארץ שרשו ובעפר ימות גזעו. מריח מים יפריח ועשה קציר כמו נטע, ועוד שהצדיקים נמשלו לעץ, והוא שכתוב (תהילים א׳:ג׳) והיה כעץ שתול על פלגי מים. וכן פירש רבינו חננאל ז"ל.
Pourquoi Se révéla-t-Il à Avraham dans un arbre ? Parce qu’Il lui annonça qu’il engendrerait après sa vieillesse, comme cet arbre dont il est écrit : « Car l’arbre a de l’espérance : s’il est coupé, il repousse encore, et ses rejetons ne cessent pas. Si sa racine vieillit dans la terre et si sa souche meurt dans la poussière, à l’odeur de l’eau il bourgeonne et produit des branches comme un jeune plant » (Job 14,7-9). De plus, les justes sont comparés à l’arbre : « Il sera comme un arbre planté près des cours d’eau » (Psaumes 1,3). Ainsi l’explique aussi Rabbénou ‘Hananel, de mémoire bénie.
והוא יושב פתח האהל כחם היום. ע"ד הפשט לפי שהיה חלוש ממצות המילה היה יושב שם כחום היום, כי השמש מרפא בכנפיה.
« Il était assis à l’entrée de la tente, dans la chaleur du jour. » Selon le sens simple, affaibli par le commandement de la circoncision, il s’asseyait là dans la chaleur du jour, car le soleil porte la guérison dans ses ailes.
וע"ד המדרש כחום היום, ארבע שעות מן היום היה שהוא עת האוכל, והיה ממתין לאורחים שם.
Selon la voie du Midrash : « Dans la chaleur du jour » : c’était la quatrième heure du jour, l’heure du repas, et il attendait là des hôtes.
וע"ד הקבלה והוא יושב פתח האהל, ירמוז לכנסת ישראל שהיה מישב דעתו ורואה בה, כי מפני שהתחיל בה וירא אליו ה' ואנו יודעים כי השם המיוחד לא נראה לאבות כי אם באל שדי, על כן הוצרך לומר והוא יושב פתח האהל, והבן זה.
Selon la voie de la Kabbale : « Il était assis à l’entrée de la tente » fait allusion à l’Assemblée d’Israël, sur laquelle il fixait sa pensée et qu’il contemplait. Puisque le passage commence par « L’Éternel lui apparut », et que nous savons que le Nom particulier ne Se révéla aux patriarches qu’en El Chaddaï, il fallait préciser « il était assis à l’entrée de la tente ». Comprends-le.
וישא עיניו וירא. ראה בחוש העין שלשה אנשים נצבים עליו, והוסיף שנית לשון וירא לבאר כי הוסיף לראות בעין השכל והתבונן בהם והכיר שהם מלאכים, ולכך אמר וירץ לקראתם וישתחו ארצה. והמלאכים האלה היו מיכאל רפאל גבריאל, מיכאל בא לבשר את שרה ולהציל את לוט שהם שתי שליחות חסד ורחמים, רפאל לרפאות את אברהם, גבריאל להפוך את סדום, וזהו שכתוב ויבאו שני המלאכים סדומה בערב, והוא מיכאל וגבריאל, מיכאל להציל את לוט, גבריאל להפוך את סדום, וזהו שכתוב ויהפך את הערים ולא אמר ויהפכו.
« Il leva les yeux et vit. » Il vit de ses yeux sensibles trois hommes debout près de lui. Le texte répète ensuite « il vit » pour expliquer qu’il vit aussi par l’œil de l’intellect : il les considéra et reconnut qu’ils étaient des anges. C’est pourquoi il dit : « Il courut à leur rencontre et se prosterna à terre. » Ces anges étaient Mikhaël, Refaël et Gavriel. Mikhaël venait annoncer la nouvelle à Sara et sauver Lot : deux missions de bonté et de miséricorde. Refaël venait guérir Avraham, et Gavriel renverser Sodome. C’est pourquoi il est écrit : « Les deux anges arrivèrent à Sodome le soir » : Mikhaël pour sauver Lot et Gavriel pour renverser Sodome. C’est pourquoi il dit « il renversa les villes », et non « ils renversèrent ».
ומה שאמרו רבותינו ז"ל אין מלאך אחד עושה שתי שליחות, לא אמרו אלא כשהם זה הפך זה, שהרי המלאך הממונה על הרחמים לא יתכן שיעשה דין שהוא הפכו, והמלאך הממונה על הדין לא יבא על הרחמים, אבל כשהם שתי שליחות של דין או של רחמים עושה ואפי' כמה שליחות, ועל כן תמצא שעשה מיכאל שתי שליחות של חסד בשורת התולדה לשאינה ראויה להוליד, והצלת לוט שלא היה ראוי להצלה.
Lorsque nos maîtres, de mémoire bénie, disent qu’un ange n’accomplit pas deux missions, ils parlent de missions opposées. L’ange chargé de la miséricorde ne saurait accomplir le jugement, qui en est l’opposé ; celui du jugement ne vient pas pour la miséricorde. Mais s’il s’agit de deux missions de jugement ou de miséricorde, il les accomplit, même plusieurs. Mikhaël accomplit ainsi deux missions de bonté : annoncer une naissance à celle qui ne pouvait enfanter et sauver Lot, qui ne méritait pas d’être sauvé.
ואם תאמר שימסר בידו גם השלישית והיא הרפואה כי הכל בכלל חסד הוא, הא לאו דידיה הוא, והיה מסיג בזה גבולו של רפאל, ולכך נמסר לכל אחד ואחד מה שיש בכח פקידתו ומנויו לעשות ושלא להסיג גבול, כי כה משפט העליונים, ממה שכתוב (איוב כ״ה:ב׳), עושה שלום במרומיו. ועוד תמצא אם תשכיל בפרשה כי נגלית לו כאן השכינה עם מחנותיה, שהרי ג' המלאכים האלה מלאכי צבאות הם, ומארבע מחנות שכינה הם.
Si tu demandes pourquoi ne pas lui confier aussi la troisième, la guérison, puisque tout relève de la bonté : cela ne lui appartient pas ; il empiéterait sur le domaine de Refaël. Chacun reçut donc ce que sa charge et sa fonction lui permettent d’accomplir, sans empiéter sur le domaine d’un autre. Tel est l’ordre des êtres supérieurs : « Il fait la paix dans Ses hauteurs » (Job 25,2). En considérant attentivement ce passage, tu trouveras encore que la Présence divine lui apparut ici avec Ses camps : ces trois anges sont des anges des armées, appartenant aux quatre camps de la Présence divine.
ובבראשית רבה בכל מקום שתמצא מיכאל שם כבוד השכינה, ולכך בראותו אותם רץ אחריהם כרץ אחר השכינה. ומה שנגלו שלשה ולא ארבעתם, הכל לפי הצורך, מלאך החסד על שתי שליחות שהיו של חסד, מלאך הרחמים על הרפואה, מלאך הדי על חרבן סדום, והרביעי כבר נגלה לו בין הבתרים. והבן זה.
Dans Beréchit Rabba : partout où tu trouves Mikhaël, là se trouve la gloire de la Présence divine. C’est pourquoi, en les voyant, il courut après eux comme on court après la Présence divine. Trois apparurent, et non les quatre, selon le besoin : l’ange de la bonté pour les deux missions de bonté ; l’ange de la miséricorde pour la guérison ; l’ange du jugement pour la destruction de Sodome. Le quatrième lui était déjà apparu entre les morceaux. Comprends-le.
ויאמר אדני אם נא מצאתי חן בעיניך. על דרך הפשט קרא את כולם אדונים ואמר לגדול שבהם אם נא מצאתי חן בעיניך, וכל הענין. וזה הפירוש לדעת האומר כי הוא חול. אבל מפני שמצאנוהו קמוץ בכל הספרים יש לנו לומר שהוא קדש וקראם בשם רבים.
« Il dit : Mon Seigneur, si donc j’ai trouvé grâce à Tes yeux. » Selon le sens simple, il les appela tous “seigneurs” et dit au plus grand d’entre eux : « Si donc j’ai trouvé grâce à tes yeux », puis toute la suite. C’est l’explication de celui qui considère ce nom comme profane. Mais puisque nous le trouvons vocalisé avec un qamats dans tous les livres, il faut dire qu’il est saint et qu’il les appela par un nom de forme plurielle.
ויתכן לומר כי למיכאל לבדו הוא שקרא בשם רבו מפני שהוא מלאך החסד כמדתו, לכך התחיל לדבר עמו והזכיר בתחלת דבריו מים ובסוף דבריו חמאה וחלב ולא נזכר יין בסעודה, וזה מבואר. וטעם היות השם הזה קמוץ כשהוא קדש ידוע הוא.
Il est possible qu’il ait appelé Mikhaël seul du Nom de son Maître, parce qu’il est l’ange de la bonté, conformément à son propre attribut. Il commença donc à lui parler et mentionna au début l’eau, puis à la fin le beurre et le lait, sans mentionner de vin au repas. Cela est clair. La raison pour laquelle ce Nom est vocalisé avec un qamats lorsqu’il est saint est connue.
ולפי הפשט בחכמת הנקודות הקמ"ץ מעלה גדולה וראשון לשבעה תנועות, שהם קמ"ץ פת"ח צר"י סגו"ל חול"ם שור"ק חיר"ק, כי מתוך שבעתם תבנה ותכונן התורה, והם הנקראים שבע הברות, או שבעה קולות שעליהם אמר דוד במזמור של מתן תורה שבעה קולות, לפי שכל התורה מיוסדת עליהם, וזהו פשט המאמר בשבעה קולות נתנה, ועליהם אמר שלמה (משלי ט׳:א׳) חצבה עמודיה שבעה, כי הם העמודים אשר כל הבית נכון עליהם.
Selon le sens simple de la science des voyelles, le qamats possède un rang élevé et vient en premier parmi les sept mouvements : qamats, pata’h, tséré, ségol, ‘holam, chourouq et ‘hiriq. Par ces sept, la Torah se construit et s’établit. On les appelle les sept syllabes ou les sept voix, auxquelles David fait allusion par les sept voix du psaume du don de la Torah, car toute la Torah repose sur elles. Tel est le sens simple de l’enseignement : elle fut donnée par sept voix. Salomon dit à leur sujet : « Elle a taillé ses sept colonnes » (Proverbes 9,1), car ce sont les colonnes sur lesquelles repose toute la maison.
וההפרש שבין קמ"ץ לפת"ח אינו אלא בנקודה, כי מעלת הקמ"ץ אינו אלא בצורת הנקודה, והנקודה רמז לנקודת המציאות שהוא היכל הקדש מכוון באמצע הנמשל לנקודה. ועל כן הנקודה משמשת לשבעה פנים. כשתשימנה על האות מלמעלה יהיה חול"ם, באמצע האות יהיה שור"ק, ואם בפת"ח ישוב קמ"ץ, ואם בחיר"ק ישוב ציר"י, ואם בציר"י סגו"ל, ואם בשב"א ישוב קבוץ שפתים הרי ז'.
La différence entre qamats et pata’h ne tient qu’à un point : la supériorité du qamats réside dans la forme du point. Ce point fait allusion au point de l’existence, le palais saint orienté au centre, comparé à un point. Le point sert ainsi de sept façons. Placé au-dessus de la lettre, il devient ‘holam ; au milieu de la lettre, chourouq ; ajouté au pata’h, il le transforme en qamats ; au ‘hiriq, en tséré ; au tséré, en ségol ; au cheva, en qibbouts séfatayim. Cela fait sept.
ועוד באותיות עצמן אם תתן הנקודה באות ה"א ישוב חי"ת, ואם בוי"ו ישוב זי"ן, בכ"ף ישוב בי"ת, ואם בנו"ן ישוב גימ"ל, ואם ברי"ש ישוב דל"ת. ולכך המוסיף נקודה או גורעה מחריב את העולם ומקצץ נטיעות התורה ושרשיה.
Dans les lettres elles-mêmes, si tu ajoutes un point au hé, il devient ‘het ; au vav, zayin ; au kaf, beth ; au noun, guimel ; au rech, dalet. C’est pourquoi celui qui ajoute ou retranche un point détruit le monde et coupe les plantations de la Torah et ses racines.
ואע"פ שנראה שהקמ"ץ והפת"ח הכל דבר אחד ותנועה אחת, אין הדבר כן, אלא שיש הפרש ביניהן במבטא, שהרי תנועת הקמ"ץ גבוהה ועליונה, ותנועת הפת"ח למטה ממנה, כי הקמ"ץ בתיבה יורה על מעלה גדולה ועל דבר שהוא עומד בפני עצמו, אינו נסמך לאחר, כענין ארון שהוא קמו"ץ, ומצינו ארון הברית שהוא בפת"ח, וכן (שמות כ״ג:כ׳) הנה אנכי שולח מלאך (במדבר כ׳:ט״ז), וישלח מלאך, שהוא בקמ"ץ, ומלאך הברית הוא בפת"ח, כי הפת"ח נסמך לעולם למה שאחריו, ולא כן הקמ"ץ כי הוא עומד בפני עצמו, ומטעם זה כל אתנחתא וסוף פסוק הוא בקמ"ץ, כי שם עומד לא יסמוך.
Bien qu’il semble que qamats et pata’h soient une seule chose et un seul mouvement, il n’en est pas ainsi : leur prononciation diffère. Le mouvement du qamats est haut et supérieur, celui du pata’h est au-dessous. Dans un mot, le qamats indique un rang élevé et une réalité qui subsiste par elle-même, sans dépendre de ce qui suit : ainsi arone, “arche”, avec qamats, tandis que aron habberit, “arche de l’alliance”, a un pata’h. De même, « Voici, J’envoie un ange » (Exode 23,20) et « Il envoya un ange » (Nombres 20,16) ont qamats, tandis que malakh habberit, “ange de l’alliance”, a pata’h. Le pata’h dépend toujours de ce qui suit ; le qamats, lui, subsiste par lui-même. C’est pourquoi toute pause d’etna’hta ou de fin de verset comporte le qamats : là, le mot s’arrête sans être lié à la suite.
ומטעם זה בנקוד זה השם לא תמצא פת"ח אלא קמ"ץ, כי המעלה העליונה הגדולה המורה עליונות ושהוא בלתי נסמך לאחר כדבר הנברא, ומפני זה נכתב באל"ף דל"ת כשהוא קדש בקמ"ץ, וכשהוא חול בפת"ח. ומה שכתוב בלוט אל נא אדני, בקמ"ץ, והוא חול, לפי שהוא סוף פסוק. וזהו ההפרש הגדול שיש בתורתנו בין קמ"ץ לפת"ח, כהפרש שיש בין אור לחשך ובין קדש לחול.
C’est pourquoi, dans la vocalisation de ce Nom, tu ne trouves pas un pata’h, mais un qamats : il exprime le degré suprême et élevé, la supériorité et l’absence de dépendance envers un autre, à l’inverse d’une chose créée. Ainsi le nom commençant par aleph-dalet est écrit avec qamats lorsqu’il est saint, et avec pata’h lorsqu’il est profane. Dans les paroles de Lot, « Non, je t’en prie, mon seigneur », il a qamats tout en étant profane, parce qu’il est en fin de verset. Telle est la grande différence de notre Torah entre qamats et pata’h, comparable à celle entre lumière et obscurité, saint et profane.
וכן מצינו שהמחליף פת"ח בקמ"ץ לא ימלט מאחת משתים, או יהרוס הכונה, או יבא לידי כפירה, כי אות ה"א של (בראשית י״ח:כ״ג) האף תספה, אילו קמצתו היית מהפך כוונתו של אברהם והורס מחשבתו, ואות ה"א של (איוב ח׳:ג׳) האל יעות משפט, אילו קמצתו יהיה כפירה.
Celui qui remplace le pata’h par un qamats ne peut éviter l’une de ces deux conséquences : détruire l’intention ou tomber dans la négation de la foi. Si tu vocalisais avec qamats le hé de « Ferais-Tu donc périr ? » (Genèse 18,23), tu renverserais l’intention d’Avraham et détruirais sa pensée. Si tu vocalisais ainsi le hé de « Dieu fausserait-Il le droit ? » (Job 8,3), ce serait une négation de la foi.
מלבד שאמרו עוד חכמי הדקדוק כי הקמ"ץ הוא נאמר על ענין אמתי ולא כן הפת"ח. ומזה אמר הכתוב (שמואל ב א׳:י׳) ואעמד עליו ואמתתהו, וי"ו של ואעמד תמצאנה בקמ"ץ, אבל וי"ו של ואמתתהו בפת"ח כי מה שאמר ואעמד עליו אמת היה ולא כן ואמתתהו, כי שאול הרג את עצמו.
Les grammairiens ont encore dit que le qamats exprime une chose vraie, contrairement au pata’h. Ainsi : « Je me tins au-dessus de lui et le mis à mort » (II Samuel 1,10). Tu trouveras le vav de “je me tins” avec un qamats, mais celui de “je le mis à mort” avec un pata’h : sa déclaration qu’il se tint au-dessus de lui était vraie, mais non celle qu’il le mit à mort, car Chaoul s’était tué lui-même.
והנה כל זה מחכמת תורתנו האלהית ולשוננו הקדושה, ומטעם זה נמשלו האותיות לגוף והנקודה לנשמה, כי הנקודות מניעות האותיות כמו שהנשמה מניעה את הגוף, כמו שדרשו רבותינו ז"ל בספר הבהיר דמיין נקודתא באתוותא דאורייתא דמשה כנשמתא דחיי בגופא דאינש. וכן אמרו במסכת מגלה ושום שכל זה הנקוד.
Tout cela relève de la sagesse de notre Torah divine et de notre langue sainte. C’est pourquoi les lettres sont comparées au corps, et le point-voyelle à l’âme : les voyelles mettent les lettres en mouvement comme l’âme anime le corps. Nos Sages, de mémoire bénie, ont ainsi enseigné dans le Livre du Bahir : les points-voyelles dans les lettres de la Torah de Moché ressemblent à l’âme de vie dans le corps de l’homme. Ils ont dit de même dans le traité Meguila : « Donner l’intelligence », c’est la vocalisation.
וע"ד הקבלה טעם קמצתו מפני שהשם עצמו נקמץ מחובר משני השמות הקדושים, כל אחד בן ארבעה אותיות, האחד מורה קדמות ויחוד, והאחד מורה על האצילות, וע"כ האל"ף בראש והיו"ד בסוף ומדת הדין באמצע.
Selon la voie de la Kabbale, il est vocalisé avec un qamats parce que le Nom lui-même est condensé, composé de deux Noms saints de quatre lettres chacun. L’un indique l’antériorité et l’Unité, l’autre l’émanation. C’est pourquoi l’aleph est au commencement, le yod à la fin, et l’attribut de rigueur au milieu.
ודע כי יש שמות ד' כל אחד בן ד', והשלשה נזכרים בתורה, המקור העליון, והקו האמצעי, והכנוי. ושלשתם רמוזים בפסוק (שמות ל״ה:י״ז) את קלעי החצר את עמודיו ואת אדניה בסדר ויקהל, וכן בפסוק (איוב ל״ח:ו׳) על מה אדניה הטבעו או מי ירה אבן פנתה, כי המשכן דוגמא לבריאת עולם, והרביעי בענין רבקה נרמז, והבן זה.
Sache qu’il existe quatre Noms, chacun de quatre lettres. Trois sont mentionnés dans la Torah : la Source supérieure, la Ligne médiane et l’Appellation. Tous trois sont indiqués dans le verset : « Les tentures du parvis, ses piliers et ses socles » (Exode 35,17), dans la section Vayaqhel ; de même dans : « Sur quoi ses socles ont-ils été enfoncés, ou qui a posé sa pierre angulaire ? » (Job 38,6). Car le Sanctuaire est une représentation de la création du monde. Le quatrième est indiqué dans le récit de Rivqa. Comprends-le.
ואקחה פת לחם. הצדיקים אומרים מעט ועושים הרבה, שאח"כ הביא להם בן בקר רך וטוב.
« Je prendrai un morceau de pain. » Les justes disent peu et font beaucoup : il leur apporta ensuite un veau tendre et bon.
וסעדו לבכם. מכאן יש ללמוד סמך וסעד שהכיר בהם מלאכות אע"פ שבאו אליו בדמות אנשים, וע"כ אמר לבכם ולא אמר לבבכם, כענין שכתוב בבשר ודם (תהילים ק״ד:ט״ו) ולחם לבב אנוש יסעד, לפי שבשר ודם יש לו ב' לבבות יצר טוב ויצר הרע, אבל המלאכים אין להם אלא לב אחד לאביהם שבשמים. הנה חסרון אות הבי"ת למדנו כמה ענינים.
« Restaurez votre cœur. » On peut en tirer un appui à l’idée qu’il avait reconnu en eux la qualité d’anges, bien qu’ils lui fussent apparus sous forme humaine. C’est pourquoi il dit libbekhem, et non levavkhem, comme à propos des êtres de chair et de sang : « Le pain soutient le cœur de l’homme » (Psaumes 104,15). L’homme a deux cœurs, le bon penchant et le mauvais penchant, tandis que les anges n’ont qu’un cœur tourné vers leur Père des cieux. L’absence d’un beth nous enseigne ainsi plusieurs choses.
וכן (שמות ל״א:י״ז) כי ששת ימים עשה ה' את השמים ואת הארץ שע"ד הפשט היה ראוי שיאמר בששת, וחסרון אות הבי"ת מלמדנו כמה ימות העולם כי השי"ת עשה את השמים ואת הארץ ששת ימים, כלומר ששת אלפים, כי יומו של הקב"ה אלף שנים, שנאמר (תהילים צ׳:ד׳) כי אלף שנים בעיניך כיום וגו'. ומזה תוכל להבין שאין אות אחת בתורה לבטלה, אבל הכל בחכמה ובהשגחה גמורה. וכן העיד לנו משה ע"ה בסוף התורה (דברים ל״ב:מ״ו-מ״ז) כי לא דבר רק הוא מכם, ודרשו רז"ל ואם רק הוא מכם הוא רק.
De même : « Car six jours, l’Éternel fit les cieux et la terre » (Exode 31,17). Au sens simple, il aurait fallu dire “en six jours”. L’absence du beth nous enseigne la durée du monde : l’Éternel fit les cieux et la terre pour six jours, c’est-à-dire six mille ans, car un jour du Saint, béni soit-Il, est mille ans : « Mille ans à Tes yeux sont comme un jour, etc. » (Psaumes 90,4). Tu peux comprendre par là qu’aucune lettre de la Torah n’est vaine : tout est disposé avec sagesse et une entière Providence. Moché, que la paix soit sur lui, l’atteste à la fin de la Torah : « Car ce n’est pas une parole vide pour vous » (Deutéronome 32,46-47). Nos Sages, de mémoire bénie, ont interprété : si elle est vide, c’est de vous que vient ce vide.
ומה שכתוב בבשר ודם (תהילים מ״ח:י״ד) שיתו לבכם לחילה, ולא אמר לבבכם הלא הוא מדבר לעתיד שאין שם יצר הרע, ולכך דרשו רז"ל לחולה כתיב, והוא המחול הידוע לצדיקים לע"ל.
Lorsqu’il est dit à propos des humains : « Portez votre cœur vers son rempart » (Psaumes 48,14), libbekhem et non levavkhem, le texte parle de l’avenir, où il n’y a plus de mauvais penchant. C’est pourquoi nos Sages, de mémoire bénie, ont interprété : il est écrit le’holah, “vers sa ronde”, la ronde connue des justes dans l’avenir.
כי על כן עברתם. ע"כ אני אומר פת לחם דבר מועט לפי שפתאום עברתם על עבדכם שאילו הייתי יודע הייתי מכין סעודה גדולה:
« Car c’est pour cela que vous êtes passés. » Je parle donc d’un morceau de pain, de peu de chose, parce que vous êtes passés soudain auprès de votre serviteur. Si je l’avais su, j’aurais préparé un grand repas.
ויאמרו כן תעשה כאשר דברת. דרך מוסר שפת לחם די ואל תטריח עצמך בדברים אחרים. ויתכן לפרש כן תעשה כאשר דברת שתקח אתה פת לחם אבל לא יאכל ממנו, רמז לו לעתיד במה שארע בסוף בעוגות שרה שפרסה נדה כי ע"כ לא הביאם לפניהם עם בן הבקר:
« Ils dirent : Fais ainsi, comme tu l’as dit. » C’est une marque de courtoisie : un morceau de pain suffit ; ne te donne pas de peine pour d’autres choses. On peut aussi expliquer : fais comme tu l’as dit, prends, toi, un morceau de pain, mais on n’en mangera pas. Ils lui indiquèrent ainsi par allusion ce qui devait arriver aux galettes de Sara : ses règles apparurent ; c’est pourquoi il ne les présenta pas avec le veau.
שלש סאים. הם איפה שכן אמרו רבותינו איפה שלש סאים ומאחר שדרך הכתוב לקצר היה ראוי שיאמר מהרי איפה. ומה שאמר שלש סאים יתכן לומר כי נתכוון לכבוד שלשתן ועשה חלקים שוים שלא להטיל קנאה בסעודה והביא סאה לפני כל אחד ואחד להורות כי כבוד שלשתן שוה עליו.
« Trois séa. » Cela fait un éfa, comme nos maîtres l’ont dit : un éfa contient trois séa. Puisque l’Écriture a coutume d’être concise, elle aurait dû dire : “Hâte-toi, un éfa.” Si elle dit “trois séa”, c’est peut-être parce qu’il voulut honorer les trois hôtes par des parts égales, sans susciter de jalousie au repas. Il plaça un séa devant chacun pour montrer qu’il les honorait également.
ועוד לכוונה אחרת כדי להרבות בכנופיא ולהראות שהם טרודים ומשתדלים בכבודים ושידעו זה אנשי המקום וע"כ השתדל וטרח בכבודן לצאת ולבא כמי שמשתדל בכבוד שבת, כמו שאמרו רבותינו ז"ל רב נחמן מכתף ועייל מכתף ונפיק אמר אילו מקלעי לי רבי אמי ורבי אסי לא מכתפינא מקמייהו, וכוונתו לומר שלא היתה מעלת השבת גרועה לו ממעלת שני החכמים ההם המיוחדים בדורו, וכיון שאלו היו נכנסין להתאכסן אצלו היה טורח ומשתדל בכבודם אף כי יש לו לרוח ולהשתדל בכבוד השבת בכניסתו
Il y avait encore une autre intention : multiplier les préparatifs et montrer qu’ils s’affairaient et s’employaient à les honorer, afin que les habitants du lieu le sachent. C’est pourquoi il se donna de la peine pour leur honneur, allant et venant, comme on s’emploie à honorer le Chabbat. Nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : Rav Na’hman portait des charges sur son épaule, entrant et sortant ; il disait : si Rabbi Ami et Rabbi Assi venaient chez moi, ne porterais-je pas des charges devant eux ? Il voulait dire que le Chabbat n’avait pas à ses yeux un rang inférieur à ces deux sages éminents de sa génération. S’ils venaient loger chez lui, il s’affairerait pour les honorer ; à plus forte raison devait-il le faire pour honorer l’entrée du Chabbat.
ועוד למדנו הכתוב במה שאמר שלש סאים שהיתה עינו יפה ואילו אמר איפה היה במשמע איפה מצומצמת, וע"כ האריך וכתב שלש סאים לבאר כי היתה איפה גדולה והיה מביא הסל בעין יפה ובנדיבות גדולה:
Les mots “trois séa” nous enseignent encore sa générosité. S’il avait dit “un éfa”, on aurait pu comprendre un éfa mesuré strictement. Le texte développe donc “trois séa” pour préciser que c’était un grand éfa, et qu’il apportait la corbeille avec largesse et grande générosité.
ואל הבקר רץ אברהם. היה אפשר לו לשלוח אל הבקר אחד מאנשיו שהרי בביתו של שאברהם י"ח וג' מאות איש חניכיו ילידי ביתו ולא רצה אבל הלך הוא בעצמו ובכבודו במרוצה לכבוד האנשים אע"פ שהיה זקן וחלוש במצות המילה, והנה זה עדות זריזותו ומעלתו ונדבת לבו:
« Avraham courut vers le bétail. » Il aurait pu y envoyer l’un de ses hommes, puisqu’il avait dans sa maison trois cent dix-huit hommes formés, nés chez lui. Mais il ne le voulut pas : il alla lui-même, en personne et en courant, pour honorer ces hommes, malgré sa vieillesse et sa faiblesse due à la circoncision. Cela témoigne de son empressement, de sa grandeur et de la générosité de son cœur.
ויקח חמאה וחלב ובן הבקר. ואילו הלחם לא הביא ודרשו רז"ל בזה שרה אמנו פרסה נדה ואברהם אבינו אוכל חולין בטהרה היה ולפיכך לא הביא הלחם.
« Il prit du beurre, du lait et le veau. » Mais il n’apporta pas le pain. Nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué : les règles de Sara notre mère apparurent ; Avraham notre père mangeait même les aliments ordinaires en état de pureté, et c’est pourquoi il n’apporta pas le pain.
ויש לשאול בזה כי אם היה אברהם אוכל חולין בטהרה לא היה זה חובה על שאר בני אדם ואולי כוונת החכמים שלא רצה להאכילם ממה שלא הורגל הוא לאכול ממנו.
Il faut demander : si Avraham mangeait les aliments ordinaires en état de pureté, cela ne constituait pas une obligation pour les autres humains. Peut-être les Sages veulent-ils dire qu’il ne voulait pas leur donner à manger ce qu’il n’avait pas lui-même l’habitude de manger.
והנכון לפרש כי היה זה מפני אסור חמץ ולפי שהיה אברהם אוכל חולין בטהרה סלקה את ידיה מן העיסה, ואברהם חשש לאסור חמץ שהרי זמן הפסח היה וזהו שהזכיר כאן עגות לושי ועשי עגות. ובענין לוט הזכיר מצות כדי להשלים בין שניהם עגות מצות, והנה כל התורה כולה רמזים ומה שחסר כאן גלה כאן, וכן תמצא כיוצא באלו ענינים הרבה במקומות רבים מן התורה:
L’explication correcte est que cela tenait à l’interdiction du levain. Puisqu’Avraham mangeait les aliments ordinaires en état de pureté, elle retira ses mains de la pâte ; Avraham craignit alors l’interdiction du levain, car c’était le temps de Pessa’h. C’est pourquoi le texte mentionne ici les galettes : “Pétris et fais des galettes.” Dans le récit de Lot, il mentionne les pains azymes ; les deux récits se complètent ainsi pour former “galettes azymes”. Toute la Torah est faite d’allusions : ce qui manque ici est révélé là. Tu trouveras beaucoup de sujets semblables en de nombreux endroits de la Torah.
ויאכלו. ע"ד הפשט הראוים לאכילה זה ישמעאל ושאר בני ביתו של אברהם, וכמוהו (ישעיה ח') והיה כנור ונבל תוף וחליל ויין משתיהם. אין התוף והחליל ראוים לשתיה עם היין, אלא התוף והחליל ראוים לנגן והיין לשתות,
« Ils mangèrent. » Selon le sens simple, ceux qui pouvaient manger étaient Yichmaël et les autres membres de la maison d’Avraham. De même : « La lyre, la harpe, le tambourin, la flûte et le vin composent leurs festins » (Isaïe 8). Le tambourin et la flûte ne sont pas destinés à être bus avec le vin : ils servent à jouer de la musique, tandis que le vin se boit.
וע"ד המדרש ויאכלו נראה כמי שאכלו שהיה הבשר ראשון ראשון מסתלק, והוא כענין שכתוב (שופטים ז׳:י״א) וישלח מלאך ה' את קצה המשענת אשר בידו ויגע בבשר ובמצות ותעל האש מן הצור ותאכל, הדבר המסתלק והכלה קרוי אכילה מלשון (דברים ל״ב:מ״ב) וחרבי תאכל בשר, (שם ל') ואכלת את כל העמים:
Selon la voie du Midrash, « ils mangèrent » signifie qu’ils paraissaient manger : les morceaux de viande disparaissaient l’un après l’autre. C’est comme : « L’ange de l’Éternel étendit l’extrémité du bâton qu’il tenait, toucha la viande et les pains azymes ; le feu monta du rocher et les dévora » (Juges 7,11). La disparition et la destruction d’une chose sont appelées « consommation », comme dans : « Mon épée dévorera la chair » (Deutéronome 32,42), et « Tu dévoreras tous les peuples » (Deutéronome 30).
ודע כי כלל הפרשה הזאת יש שסוברים אותה במראה הנבואה וחושבים להכריח הענין בטענה שאין אדם משיג לראות המלאכים בעין הבשר כי אם במראה. ולפי השגתם המשיג הסברא הזאת לא לשה שרה עגות גם אברהם לא עשה בן הבקר אבל היה במראה הנבואה, גם נצטרך לומר בלוט שעלה במדרגת מעלת הנבואה, גם אנשי סדום שהכתוב מעיד שהיו רעים וחטאים, ואיך יתכן שיעלה לוט למעלת הנבואה, והקב"ה מנע הדבור מאברהם כל זמן שהיה לוט עמו, כענין שכתוב ( בראשית י״ג:י״ד) וה' אמר אל אברם אחרי הפרד לוט מעמו.
Sache que certains considèrent tout ce passage comme une vision prophétique. Ils pensent imposer cette interprétation en soutenant que l’homme ne peut voir les anges de ses yeux de chair, mais seulement en vision. Selon cette opinion, Sara ne pétrit pas les galettes et Avraham ne prépara pas le veau : cela se passa en vision prophétique. Il faudrait alors dire aussi que Lot accéda au degré de la prophétie, et même les hommes de Sodome, dont l’Écriture atteste qu’ils étaient mauvais et pécheurs ! Comment Lot aurait-il accédé à la prophétie, alors que le Saint, béni soit-Il, priva Avraham de Sa parole tant que Lot était avec lui : « L’Éternel dit à Avram après que Lot se fut séparé de lui » (Genèse 13,14) ?
אבל עקר הפרשה הזאת בכללה היא כפשוטן של כתובים, וענין שרה ואברהם ולוט ואנשי סדום הכל כפשוטו ממש לא מראה נבואה, ואם לבך חוכך איך יושגו המלאכים לעיני הבשר כי אם במראה, זה אמת ויציב, כי ההרגשים א"א שישיגו המושכלים בחושיהם, והפרשה הזאת א"א ללמדה לשום משכיל אם לא ע"ד הקבלה, והוא שהמלאכים האלה נקראים בשם אנשים הכוונה בהם על כבוד נברא במלאכים, ומשכילי האמת יקראוהו מלבוש, כי הוא מלבוש לג' מעלות עליונות הנקראות אדם שהן מתלבשות במדה זו הנקראת מלבוש, ומשחרב בית המקדש נפלה מדה זו שהיא המלבוש.
En réalité, l’ensemble de ce passage suit le sens simple des versets : les faits concernant Sara, Avraham, Lot et les hommes de Sodome sont tous réels, et non une vision prophétique. Si ton cœur hésite, parce que les anges ne peuvent être perçus par les yeux de chair autrement qu’en vision, cela est vrai et assuré : les sens ne peuvent saisir les réalités intelligibles. Ce passage ne peut donc être enseigné à une personne intelligente que par la voie de la Kabbale. Ces anges sont appelés hommes en référence à une gloire créée dans les anges, que les connaisseurs de la vérité appellent “vêtement”. Elle est le vêtement de trois degrés supérieurs appelés Homme, qui se revêtent de cet attribut nommé Vêtement. Depuis la destruction du Temple, cet attribut, le Vêtement, est tombé.
וכבר ידעת כי הנפש היא נקראה אדם לא הגוף, כי הגוף אינו אלא מלבוש הנפש, וכן הכתוב מעיד (איוב י׳:י״א) עור ובשר תלבישני, באר כי הגוף הוא המלבוש והנפש שהיא האדם מתלבשת בו.
Tu sais déjà que c’est l’âme qui est appelée homme, non le corps : celui-ci n’est que le vêtement de l’âme. L’Écriture l’atteste : « Tu m’as revêtu de peau et de chair » (Job 10,11). Le corps est donc le vêtement, et l’âme, qui est l’homme, s’en revêt.
ומה שנקראו אנשים בפרשה הזאת והוא הדין בשאר המקומות שבכל הכתובים שהמלאכים נקראים בשם אנשים, הכוונה בהם במלבוש הזה, ומה שהכתובים יכנום בשם אנשים מפני שהוא מושג לעיני הגוף לאותם שהם זכי הנפשות, וזהו ענין הפרשה שיקראם פעם אנשים ופעם מלאכים, מלאכים לפי שהיו מלאכים ממש, אנשים לפי שהם המלאכים הנקראים מלבוש, עשה אזנך כאפרכסת והתעורר להבין הענין הזה.
Lorsqu’ils sont appelés hommes dans ce passage, et de même partout dans l’Écriture où les anges sont appelés hommes, l’intention vise ce Vêtement. Les versets les désignent comme hommes parce qu’il est perceptible aux yeux corporels de ceux dont l’âme est pure. Voilà pourquoi ce passage les appelle tantôt hommes, tantôt anges : anges, parce qu’ils étaient réellement des anges ; hommes, parce qu’ils sont les anges appelés Vêtement. Fais de ton oreille un réceptacle et éveille-toi à comprendre cela.
ועוד דע כי יש סוד בענין הפרשה דרך אחרת, והוא שהיו אנשים ממש ומלאכים ממש, והתבונן היטב כי קרא הכתוב המלאכים בשם אנשים בענין אברהם, ובענין לוט קראם מלאכים, ודרשו רז"ל הכא אתמר אנשים והכא אתמר מלאכים, הכא אתמר אנשים כשהיתה שכינה על גביהן, ולהלן אתמר מלאכים כשנסתלקה שכינה לבשו מלאכות, הוא שכתו להלן וילך ה', וכתיב ויבאו שני המלאכים סדומה.
Sache encore qu’une autre voie secrète concerne ce passage : ils étaient réellement des hommes et réellement des anges. Considère attentivement que l’Écriture les appelle hommes dans le récit d’Avraham, et anges dans celui de Lot. Nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné : ici il est dit “hommes”, là “anges”. Ici, “hommes”, lorsque la Présence divine était au-dessus d’eux ; là, “anges”, lorsqu’après Son retrait ils revêtirent leur fonction angélique. Il est écrit : « L’Éternel S’en alla », puis : « Les deux anges arrivèrent à Sodome. »
ויש לך להתבונן כי אילו קראם בענין לוט מלאכים בלבד היה טעם המדרש הזה מספיק, אבל תמצא שקראם הכתוב בענין לוט פעם מלאכים ופעם אנשים, הוא שכתוב ויבאו שני המלאכים סדומה, וכתיב וישלחו האנשים את ידם ויביאו את לוט וגו', וכתיב ויאיצו המלאכים, ואחריו מיד ויחזיקו האנשים, מכל זה יש לך להתבונו כי זה מופת חזק שהיו אנשים ממש ומלאכים ממש ועשו כל מה שעשו מדעת המלאכים.
Il faut considérer ceci : si, dans le récit de Lot, ils étaient seulement appelés anges, cette explication du Midrash suffirait. Mais tu trouveras qu’ils y sont appelés tantôt anges, tantôt hommes : « Les deux anges arrivèrent à Sodome » ; « Les hommes étendirent la main et firent entrer Lot, etc. » ; « Les anges pressèrent », suivi aussitôt de « les hommes saisirent ». Tout cela constitue une preuve forte qu’ils étaient réellement des hommes et réellement des anges, et qu’ils accomplirent tout ce qu’ils firent selon l’intention des anges.
ומעתה יבאו הכתובים אמתיים כפשוטן בשם אנשים ובשם מלאכים, והגלוי והסתום בהם אמת. וזהו ענין הדבור בנחש ובאתון, והמשכיל יבין.
Les versets sont dès lors vrais dans leur sens simple, aussi bien lorsqu’ils disent hommes que lorsqu’ils disent anges ; ce qu’ils révèlent et ce qu’ils cachent est vrai. Il en va de même de la parole du serpent et de l’ânesse ; celui qui possède le discernement comprendra.
והכונה בזה מה שדרז"ל בבבא מציעא פ' השוכר את הפועלים (ב"מ פה), אליהו הוה שכיח במתיבתא דרבי, יומא חד ריש ירחא הוה נגה ליה יומא ולא אתא, אמר ליה מ"ט נגה ליה למר, אמר ליה אדמוקמינא לאברהם ומשינא ידיה ומצלי ומגנינא ליה וכן ליצחק וכן ליעקב. ולוקמינהו בהדי הדדי, סבר תקפנהו ברחמי ומייתו ליה למשיחא בלא זמניה,
L’intention se comprend par ce que nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné dans Bava Metsia, au chapitre Celui qui engage des ouvriers (85) : Éliyahou fréquentait la maison d’étude de Rabbi. Un jour de nouvelle lune, il tarda à venir. Rabbi lui demanda : pourquoi le maître est-il en retard ? Il répondit : le temps de réveiller Avraham, de lui laver les mains, de le faire prier et de le recoucher ; puis de même pour Its’hak et Yaakov. Pourquoi ne pas les réveiller ensemble ? Il craignait qu’ils ne l’emportent par leurs prières et ne fassent venir le Messie avant son temps.
אמר ליה ויש דוגמתן בעה"ז, אמר ליה איכא רבי חייא ובניו. גזר רבי תעניתא אחתינהו לר' חייא ובניו אמר משיב הרוח אתא זיקא, אמר מוריד הגשם אתא מטרא, כי מטא למימר מחיה המתים רגש עלמא, אמרי ברקיע מאן גלי רזיא בעלמא, אליהו, אתיוה לאליהו ומחיוה שתין פולסי דנורא, אזל אדמי כדובא דנורא עאל בינייהו וטרדינהו, ולא אמרי מחיה מתים. והבן זה.
Il lui demanda : existe-t-il leurs semblables dans ce monde ? Il répondit : Rabbi ‘Hiya et ses fils. Rabbi décréta un jeûne et fit descendre Rabbi ‘Hiya et ses fils devant l’assemblée. Il dit “qui fait souffler le vent” : le vent vint ; “qui fait descendre la pluie” : la pluie vint. Lorsqu’il arriva à “qui ressuscite les morts”, le monde fut ébranlé. Dans le ciel on demanda : qui a révélé les secrets dans le monde ? Éliyahou. On amena Éliyahou et on le frappa de soixante coups de feu. Il alla prendre l’apparence d’un ours de feu, entra parmi eux et les troubla ; ils ne dirent pas “qui ressuscite les morts”. Comprends-le.
ויאמרו אליו איה. דרז"ל נקוד על אי"ו ללמדך שאף לשרה שאלו על אברהם איו, והיה ראוי לינקד הלמ"ד ולדרוש הכתב שהוא העקר, אלא שיש זקף קטן באות הלמ"ד והיה מתערב עם הנקודה ולכך נקוד אי"ו ולא אות הלמ"ד.
« Ils lui dirent : Où ? » Nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné que les lettres aleph-yod-vav d’élav portent des points, pour t’apprendre qu’ils demandèrent aussi à Sara, à propos d’Avraham : “Où est-il ?” Il aurait fallu pointer le lamed et interpréter les lettres écrites, qui sont l’essentiel. Mais le lamed porte un zaqef qatan, qui se serait confondu avec le point ; c’est pourquoi les lettres aleph-yod-vav sont pointées, et non le lamed.
ונראה לי עוד בזה כי מלבד שנתנה מלה זו להדרש, עוד יש בה פנימי צריך ומוכרח, כי המלאכים האלה רמזו לאברהם ענין השפע המשתלשל מלמעלה אל המדות, ומן המדות אל השכלים הנפרדים, ומן השכלים הנפרדים אל העולם השפל. כי אחר שנתקדש אברהם ונחתם באות ברית קדש רצו המלאכים להגיד לו תעלומות חכמה בענין השפע,
Il me semble encore que, outre l’interprétation à laquelle se prête ce mot, il contient un sens intérieur nécessaire. Ces anges indiquèrent à Avraham le processus de l’influx descendant d’en haut vers les attributs, des attributs vers les intellects séparés, puis des intellects séparés vers le monde inférieur. Après qu’Avraham eut été sanctifié et scellé du signe de la sainte alliance, les anges voulurent lui révéler les secrets de la sagesse concernant l’influx.
כי הם גם שאר הנפרדים כולם מושכים כח מן העשירית, והעשירית דרך הקו, והקו מן האל"ף, ולכך נקוד על אי"ו לרמוז כי מסרו לו ידיעה בענין השפע איך הוא משתלשל מן האל"ף ליו"ד דרך הקו, ומן היו"ד לשכלים, ומהשכלים לנביא, להודיע העתיד מה פעל אל בעולם השפל, ועל כן מודיעים הדבר ומבשרים אותו עליו.
Eux-mêmes et tous les autres intellects séparés tirent leur puissance du dixième attribut ; le dixième la reçoit par la Ligne, et la Ligne de l’Aleph. Les lettres aleph-yod-vav sont donc pointées pour indiquer qu’ils lui transmirent la connaissance du cheminement de l’influx : de l’Aleph au Yod par la Ligne, puis du Yod aux intellects, et des intellects au prophète, afin de lui faire connaître ce que Dieu accomplira dans le monde inférieur. C’est pourquoi ils lui font connaître l’événement et lui en annoncent la bonne nouvelle.
ויאמר שוב אשוב אליך. זה המלאך שבא לבשר את שרה, ואמר כן ונתקיים דבורו בבשורת הבן לשנה הבאה, אבל לא מצינו שחזר, כמו שאמר לו שתי פעמים שוב אשוב למועד אשוב אליך. ואולי לא היתה כוונת המלאך שישוב אליו הוא בעצמו אלא שיתקיים ויבא דבורו כעת חיה, וכנה הכתוב קיום דבורו של מלאך לשובו, כי מה יעשה לו שובו אם לא יתבשר בבן.
« Il dit : Je reviendrai assurément vers toi. » C’est l’ange venu annoncer la nouvelle à Sara. Il parla ainsi et sa parole s’accomplit par l’annonce d’un fils pour l’année suivante. Pourtant, nous ne trouvons pas qu’il soit revenu, bien qu’il lui ait dit deux fois : “Je reviendrai assurément” et “Au terme fixé, Je reviendrai vers toi”. Peut-être ne voulait-il pas dire qu’il reviendrait lui-même, mais que sa parole s’accomplirait et se réaliserait au temps de la vie. L’Écriture appelle l’accomplissement de la parole de l’ange son retour : à quoi lui servirait son retour, sans l’annonce d’un fils ?
או נאמר שהוא מלשון (ישעיהו ל׳:ט״ו) בשובה ונחת, שענינו הנחת הרוח, כלומר אניח את דעתך וארחם עליך בבן לשנה הבאה, כי מלאך ממונה על הרחמים היה.
Ou bien le mot évoque : « Dans le retour paisible et le repos » (Isaïe 30,15), c’est-à-dire l’apaisement de l’esprit. Le sens serait : j’apaiserai ta pensée et j’aurai pitié de toi en t’accordant un fils l’année prochaine, car c’était un ange chargé de la miséricorde.
כעת חיה . כעת המבורר של יולדה שהוא י"ב חדשים, שאין זמן ט' חדשים מובררים, לפעמים מקדים או מאחר, אבל הזמן שאינו שוהה ומתאחר יותר הוא י"ב חדש והוא המבורר, וכדאמר בעובדא דרבה תוספאה (יבמות פ ב) ולכך נתן לו המלאך עכשיו לפסח זמן מבורר שיהיה לו בן לפסח הבא.
« Au temps de la vie. » Au terme déterminé d’une femme qui enfante, soit douze mois. Neuf mois ne constituent pas un terme certain : la naissance peut survenir plus tôt ou plus tard. Mais le délai qu’elle ne dépasse pas est de douze mois ; c’est donc le terme déterminé, comme dans l’épisode de Rabba Tossefaa (Yevamot 80b). C’est pourquoi l’ange lui fixa maintenant, à Pessa’h, un terme déterminé : il aurait un fils au Pessa’h suivant.
והוא אחריו. יגיד הכתוב כי שרה שהיתה יושבת פנימה באהל כמו שכתוב הנה באהל, עמדה ממקומה לשמוע הדברים אל פתח האהל, והמלאך המבשר היה אחורי פתח האהל.
« Et il était derrière lui. » L’Écriture indique que Sara, qui se tenait à l’intérieur de la tente, comme il est dit « elle est dans la tente », se leva de sa place et vint écouter les paroles à l’entrée de la tente. L’ange annonciateur se trouvait derrière l’entrée de la tente.
ויאמר ה' אל אברהם. השליח נקרא בשם השולח, ועל כן קרא הכתוב את המלאך בשם המיוחד, והוא שאמר היפלא מה', והיה לו לומר ממני אלא שהוא דבר המלאך, וזהו שאמר למועד אשוב, כי התופש את שרה למה זה צחקה הוא עצמו אמר למועד אשוב אליך.
« L’Éternel dit à Avraham. » L’envoyé est appelé du nom de celui qui l’envoie ; c’est pourquoi l’Écriture appelle l’ange du Nom particulier. Il dit : « Une chose serait-elle trop extraordinaire pour l’Éternel ? » Il aurait dû dire « pour Moi », mais ce sont les paroles de l’ange. C’est pourquoi il dit : « Au terme fixé, je reviendrai » : celui qui reprit Sara en demandant « Pourquoi Sara a-t-elle ri ? » est celui qui dit : « Au terme fixé, je reviendrai vers toi. »
היפלא מה' דבר. יאמר המלאך מיכאל היתכסה ויפסק אצילות הה"א בשמך המתקבלת מאת ה' שלא יתן לך ההולדה, והלא כשם שאתה כנגד מדת החסד כן יתן לך בן כנגד מדת הדין, שהרי יש לו להשלים המרכבה מעלה ומטה, למועד אשוב אליך כעת חיה ולשרה בן.
« Une chose serait-elle trop extraordinaire pour l’Éternel ? » L’ange Mikhaël dit : l’émanation du hé de ton nom, reçue de l’Éternel, serait-elle cachée et interrompue au point de ne pas t’accorder la génération ? De même que tu corresponds à l’attribut de bonté, Il te donnera un fils correspondant à l’attribut de rigueur : Il doit compléter le Char en haut et en bas. « Au terme fixé, je reviendrai vers toi, au temps de la vie, et Sara aura un fils. »
ותכחש שרה לאמר לא צחקתי. שרה אמנו שהיתה צדקת היאך אפשר שלא האמינה דברי המלאך והלא נביאה היתה. ודרז"ל אברהם היה טפל לשרה בנבואה, שנא' (בראשית כ״א:י״ב) כל אשר תאמר אליך שרה שמע בקולה, ובודאי אין לך נביא שלא ידע כי המלאכים שלוחיו של הקב"ה וכל דבריהם מפי הש"י. ועוד לא די שלא האמינה אלא היתה מכחשת אחר שאמר לו המלאך למה זה צחקה שרה.
« Sara nia, disant : Je n’ai pas ri. » Comment Sara notre mère, qui était juste, aurait-elle pu ne pas croire aux paroles de l’ange, alors qu’elle était prophétesse ? Nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné qu’Avraham était secondaire par rapport à Sara en matière de prophétie : « Tout ce que Sara te dira, écoute sa voix » (Genèse 21,12). Assurément, aucun prophète n’ignore que les anges sont les envoyés du Saint, béni soit-Il, et que toutes leurs paroles viennent de l’Éternel. Non seulement elle n’aurait pas cru, mais elle aurait encore nié après que l’ange lui eut dit : « Pourquoi Sara a-t-elle ri ? »
והתשובה בזה כי אברהם אבינו ידע שהיו אנשים והכיר בחכמתו בהם שהיו מלאכים, וכמו שרמזתי, אבל ההכרה והידיעה הזאת לא היתה בשרה, והיתה סבורה שהיו אנשים כשאר אנשים ולא האמינה לדבריהם וע"כ צחקה. ומה שהיתה מכחשת שלא צחקה, עשתה כן מפני פחד אברהם, וחשבה כי אברהם היה אומר כן בהכרת פניה, וכאשר נתחזק בדברו באמרו לא כי צחקת אז הוברר לה כי מאת הש"י ידע זה בנבואה ושתקה. כן פירש הרמב"ן.
La réponse est qu’Avraham notre père savait qu’ils étaient des hommes et avait reconnu, par sa sagesse, qu’ils étaient des anges, comme je l’ai indiqué. Mais Sara ne possédait pas cette reconnaissance ni cette connaissance : elle pensait que c’étaient des hommes ordinaires et ne crut pas leurs paroles ; c’est pourquoi elle rit. Si elle nia avoir ri, ce fut par crainte d’Avraham : elle pensait qu’il le disait en lisant sur son visage. Lorsqu’il insista : « Non, car tu as ri », elle comprit clairement qu’il le savait de l’Éternel par prophétie, et se tut. Ainsi l’explique Ramban.
ואברהם הולך עמם לשלחם. וסמיך ליה וה' אמר, ובאורו אמר לאברהם, כי בזכות הלויה בא אליו הדבור. ושיעור מצות לויה דרשו רז"ל, חבר לחבר עד עבורה של עיר, הרב לתלמיד עד תחום שבת, תלמיד לרב עד ג' פרסאות, בעל הבית לאורח מיל, שנאמר (תהילים צ״א:י״א) כי מלאכיו יצוה לך.
« Avraham allait avec eux pour les accompagner. » Le texte poursuit aussitôt : « L’Éternel dit », c’est-à-dire à Avraham : la parole lui parvint par le mérite de l’accompagnement. Nos Sages, de mémoire bénie, ont défini l’étendue de ce commandement : un compagnon accompagne son compagnon jusqu’à la périphérie de la ville ; le maître, son disciple jusqu’à la limite du Chabbat ; le disciple, son maître jusqu’à trois parasanges ; l’hôte, son invité sur un mille, comme il est dit : « Car Il ordonnera pour toi à Ses anges » (Psaumes 91,11).
המכסה אני מאברהם. האריך הקב"ה בשבחיו של אברהם ואברהם לא גבה לבו על זאת אבל השפיל עצמו ואמר ואנכי עפר ואפר. ומכאן ראוי ללמוד שכל מי שמשבחין אותו אין ראוי שיתגאה על כך אלא שישפיל את עצמו יותר ממה שהיה.
« Cacherais-Je à Avraham ? » Le Saint, béni soit-Il, développa les éloges d’Avraham, mais celui-ci n’en conçut aucun orgueil : il s’abaissa et dit : « Je suis poussière et cendre. » On doit en apprendre que celui qui reçoit des éloges ne doit pas s’enorgueillir, mais s’abaisser davantage qu’auparavant.
כי ידעתיו. לשון גדולה ומעלה, מלשון (תהלים קמד) מה אדם ותדעהו, או יהיה לשון השגחה, כי ידיעת הש"י את האדם היא השגחתו בו, וכשאמר כי ידעתיו בא למעט שאר בני אדם שאינם צדיקים שאין ההשגחה בהם כמו בצדיקים.
« Car Je l’ai connu. » L’expression désigne grandeur et rang, comme dans : « Qu’est l’homme pour que Tu le connaisses ? » (Psaumes 144). Elle peut aussi désigner la Providence : la connaissance que l’Éternel a de l’homme est Sa providence à son égard. En disant « Je l’ai connu », Il distingue les autres humains, qui ne sont pas justes et ne bénéficient pas de la même providence que les justes.
וצריך שתשכיל כי ההשגחה בעולם השפל במין האדם היא כללית ופרטית, ופסוק מלא הוא, שמצינו גדול העצה ורב העליליה אשר עיניך פקוחות על כל דרכי בני האדם לתת לאיש כדרכיו וגו', ובשאר בעלי חיים היא כללית לא פרטית רק בכלל כדי לקיים המין.
Il faut comprendre que, dans le monde inférieur, la Providence concernant l’espèce humaine est générale et particulière. Un verset l’énonce explicitement : « Grand en conseil et puissant en action, Toi dont les yeux sont ouverts sur toutes les voies des humains pour donner à chacun selon ses voies, etc. » Pour les autres êtres vivants, elle est générale, non particulière : elle ne concerne que l’ensemble, afin de conserver l’espèce.
וההשגחה הפרטית שבמין האדם נחלקה לשני חלקים, השגחה בו לידע כל פרטי מעשיו ומחשבותיו, והשגחה בו להגין עליו ולהצילו מן המקרים. ההשגחה בו לידע כל פרטי מעשיו היא בכל אדם מישראל או מן האומות, כענין שכתוב (תהלים לג) היוצר יחד לבם המבין אל כל מעשיהם, ההשגחה בו להצילו מן המקרים אין זה בכל אדם, ואפילו בישראל, כי אם בצדיקים שבהם, שהקב"ה מציל את הצדיקים מן המקרים ששאר בני אדם נמסרים בידם, ולא יעזוב את חסידיו ולא יגרע מהם עינו, אלא השגחתו בצדיק תמיד לא תפרד ממנו כלל. וזה לשון כי ידעתיו שההשגחה בו ובשאר הצדיקים להצילם ממקרי בני האדם, וזה דעת הרמב"ן בפסוק זה כשתסתכל בו.
La providence particulière dans l’espèce humaine se divise en deux : celle qui connaît le détail de tous les actes et de toutes les pensées de l’homme, et celle qui le protège et le sauve des accidents. La première concerne tout homme, d’Israël ou des nations, comme il est écrit : « Celui qui forme ensemble leurs cœurs, qui comprend tous leurs actes » (Psaumes 33). La seconde ne concerne pas tout homme, même en Israël, mais seulement les justes : le Saint, béni soit-Il, les sauve des accidents auxquels les autres humains sont livrés. Il n’abandonne pas Ses fidèles et ne détourne pas Son regard d’eux ; Sa providence s’exerce constamment sur le juste, sans jamais le quitter. Tel est le sens de « Je l’ai connu » : la providence sur lui et sur les autres justes les sauve des accidents qui atteignent les humains. C’est l’opinion de Ramban sur ce verset, si tu l’examines.
ולשון כי ידעתיו דברי ה' הנודע לאבות שהוא המשגיח והמטיב לאברהם שיצוה לזרעו אחריו לשמור דרך ה', הוא ה' הנראה להם באל שדי שלא נודע להם. וזה מבואר.
L’expression « Car Je l’ai connu » est la parole de l’Éternel connu des patriarches, Celui qui veille sur Avraham et lui fait du bien, afin qu’il ordonne à sa descendance de garder la voie de l’Éternel. C’est l’Éternel qui leur apparaît en El Chaddaï, sans leur avoir été connu. Cela est clair.
למען אשר יצוה את בניו ואת ביתו. כתב רבינו חננאל ז"ל נעשו דברי האבות בקבלה בלא כתיבה בתורה כמו תורה הכתובה, ומכאן אתה למד כי המשנה שהיא סדורה בהגדת אבות לבנים היא קבלה שחייבים לשמור דבריהם כחיוב דברי תורה הכתובים, שזה וזה שוים,
« Afin qu’il ordonne à ses fils et à sa maison. » Rabbénou ‘Hananel, de mémoire bénie, écrit : les paroles des patriarches reçues par tradition, sans être écrites dans la Torah, ont acquis le statut de Torah écrite. Tu apprends de là que la Michna, ordonnée par la transmission des pères aux fils, est une tradition dont il faut garder les paroles au même titre que celles de la Torah écrite : les unes et les autres sont égales.
שהרי עשרת הדברות נשמעו מפי הגבורה ונכתבו מפי הנביא ע"ה ושאר התורה נכתבה מפי הנביא, וכשם שאין הפרש בין המצות שהן בשמיעה ובין המצות שהן בכתיבה, כך אין הפרש בין המצות שהן בכתיבה ובין המצות שהן בקבלה שהכל שוין, ע"כ.
Les Dix Commandements furent entendus de la bouche de la Puissance divine et écrits par la bouche du prophète, que la paix soit sur lui ; le reste de la Torah fut écrit par la bouche du prophète. De même qu’il n’y a pas de différence entre les commandements entendus et les commandements écrits, il n’y a pas de différence entre les commandements écrits et ceux transmis par tradition : tous sont égaux. Fin de la citation.
ויאמר ה' זעקת סדום ועמורה כי רבה ארדה נא וגו'. הכתובים דבקים זה עם זה, יאמר זעקת סדום ועמורה וחטאתם שגדלה מאד ארדה ואראה, אם כולם חטאו ואם לא אדעה מי החוטאים. החטאת הזאת היתה שהיו בהם כל המדות הרעות, וכמו שדרשו רז"ל ואנשי סדום רעים וחטאים, רעים בממונם שנאמר (דברים ט״ו:ט׳) ורעה עינך באחיך האביון, וחטאים בגופם וכד"א (בראשית ל״ט:ט׳) וחטאתי לאלהים. לה' זו ברכת השם. מאד זו שפיכות דמים, שנאמר (מלכים ב כ״א:ט״ז) וגם דם נקי שפך מנשה הרבה מאד.
« L’Éternel dit : Le cri de Sodome et de Gomorrhe est grand ; Je descendrai donc, etc. » Les versets se suivent : devant le cri de Sodome et de Gomorrhe et leur faute devenue très grande, Je descendrai voir si tous ont fauté ; sinon, Je saurai qui sont les pécheurs. Cette faute consistait dans tous les mauvais traits qui se trouvaient chez eux. Nos Sages, de mémoire bénie, ont ainsi interprété « Les hommes de Sodome étaient mauvais et pécheurs » : mauvais dans leurs biens, comme « Ton œil devient mauvais envers ton frère pauvre » (Deutéronome 15,9) ; pécheurs dans leur corps, comme « Je pécherais envers Dieu » (Genèse 39,9). « Envers l’Éternel » désigne le blasphème ; « extrêmement », l’effusion de sang, comme « Manassé versa aussi énormément de sang innocent » (II Rois 21,16).
אבל נגמר דינם בעון שהיו מואסים את הצדקה ולא היו משגיחים על ענייהם ועל רעיהם שהיו מוטלים ברעב. וזהו ביאר הכתוב על דרך הפשט ואנשי סדום רעים וחטאים לה' מאד שהיה חטאם מגיע לה', כענין שכתוב בענין העניים (דברים ט״ו:ט׳) וקרא עליך אל ה' והיה בך חטא. והנביא העיד כן באמרו (יחזקאל ט״ז:מ״ט) הנה זה היה עון סדום אחותך גאון שבעת לחם ושלות השקט היה לה ולבנותיה ויד עני ואביון לא החזיקה, וכתיב (שם) ותגבהנה ותעשנה תועבה לפני ואסיר אתהן כאשר ראיתי.
Mais leur sentence fut scellée parce qu’ils méprisaient la charité et ne se souciaient pas de leurs pauvres ni de leurs compagnons qui gisaient dans la faim. Selon le sens simple, « Les hommes de Sodome étaient mauvais et pécheurs envers l’Éternel, extrêmement » signifie que leur faute parvenait jusqu’à Lui, comme il est écrit au sujet des pauvres : « Il criera contre toi vers l’Éternel, et il y aura en toi une faute » (Deutéronome 15,9). Le prophète l’atteste : « Voici la faute de Sodome ta sœur : orgueil, satiété de pain et tranquillité paisible étaient son lot et celui de ses filles ; elle ne soutenait pas la main du pauvre et de l’indigent » (Ézéchiel 16,49), puis : « Elles s’enorgueillirent et commirent l’abomination devant Moi ; Je les supprimai lorsque Je le vis. »
ולפי שהיו תדירין בחטא הזה לכך נגמר גזר דינם עליו, שהרי אין לך אומה בעולם שלא יעשו צדקה אלו עם אלו, ואנשי סדום היו מואסים בה והיו אכזרים בתכלית, ואע"פ שלא נתנה תורה עדיין, הנה הצדקה מן המצות המושכלות, ודבר מתועב הוא שיראה אדם את מינו מוטל ברעב והוא עשיר ושבע מכל טוב ואינו מרחם עליו להשיב את נפשו, על אחת כמה וכמה על מי שהוא מאומתו ודר עמו בעיר אחת, ועל כן אבדן הש"י לאנשי סדום שהיו מונעים אותה ולקח נקמת העניים.
Parce qu’ils persistaient dans cette faute, leur sentence fut scellée à cause d’elle. Il n’existe pas de nation au monde où les hommes ne se fassent pas mutuellement la charité ; les gens de Sodome la méprisaient et étaient d’une cruauté extrême. Bien que la Torah n’eût pas encore été donnée, la charité est un commandement accessible à la raison. Il est abominable qu’un homme voie son semblable gisant dans la faim, alors qu’il est riche et comblé, sans avoir pitié de lui pour lui rendre la vie ; à plus forte raison s’il appartient à sa nation et habite la même ville. L’Éternel détruisit donc les gens de Sodome, qui empêchaient la charité, et vengea les pauvres.
ומזה דרשו רז"ל נקמתן של עו"ג ביד ישראל ונקמתם של ישראל ביד ענייהן. נקמתן של עו"ג ביד ישראל שנאמר (יחזקאל כה יד) ונתתי את נקמתי באדום ביד עמי ישראל. ונקמתו של ישראל ביד ענייהן שנאמר (דברים ט״ו:ט׳) וקרא עליך אל ה' והיה בך חטא. באורו שאין העושר נתן לעשיר אלא להבחין בו איך יתנהג.
Nos Sages, de mémoire bénie, ont ainsi enseigné : la vengeance contre les nations idolâtres est confiée à Israël, et celle contre Israël à ses pauvres. Contre les nations : « Je remettrai Ma vengeance contre Édom entre les mains de Mon peuple Israël » (Ézéchiel 25,14). Contre Israël, entre les mains de ses pauvres : « Il criera contre toi vers l’Éternel, et il y aura en toi une faute » (Deutéronome 15,9). Cela signifie que la richesse n’est donnée au riche que pour éprouver sa conduite.
אמר רבי כיון שעני הזה עומד על פתחך הקב"ה עומד על ימינו, אם נתת לו זה שעומד על ימינו מברכך, ואם לאו זה שעומד על ימינו נפרע ממך, שנאמר (תהילים קט לא) כי יעמוד לימין אביון, כתוב אחד אומר (משלי כ״ב:ב׳) עשיר ורש נפגשו עושה כלם ה', וכתוב אחד אומר (שם כט) רש ואיש תככים נפגשו מאיר עיני שניהם ה', הא כיצד כאן כשנתן לו כאן כשלא נתן לו.
Rabbi dit : lorsque ce pauvre se tient à ta porte, le Saint, béni soit-Il, Se tient à sa droite. Si tu lui donnes, Celui qui Se tient à sa droite te bénit ; sinon, Il te demande des comptes : « Car Il Se tient à la droite de l’indigent » (Psaumes 109,31). Un verset dit : « Riche et pauvre se rencontrent ; l’Éternel les a tous faits » (Proverbes 22,2), et un autre : « Le pauvre et l’homme d’intrigues se rencontrent ; l’Éternel éclaire les yeux des deux » (Proverbes 29). Comment les concilier ? Ici, lorsqu’il lui a donné ; là, lorsqu’il ne lui a pas donné.
ובמדרש זעקת סדום ועמורה כי רבה, ההיא רביתא דהות מסקא רפתא לעניי בחצבא, אתגלי מלתא, שפיוה בדובשא ואוקמוה על אגר שורא, אתו זבובי אכלוה, היינו דכתיב זעקת סדום ועמורה כי רבה, על עסקי ריבה.
Dans le Midrash : « Le cri de Sodome et de Gomorrhe est grand. » Une jeune fille portait du pain aux pauvres dans une cruche. La chose fut découverte ; on l’enduisit de miel et on la plaça sur le haut du rempart. Les mouches vinrent et la dévorèrent. C’est ce qui est écrit : « Le cri de Sodome et de Gomorrhe est grand », rabba : à cause d’une jeune fille, riva.
הכצעקתה הבאה אלי. על דרך הפשט באור הכתוב כתרגומו הכצעקתה הבאה אלי עשו חייבים כליה, זהו שאמר כלה, ואם לא יעשו תשובה אענישם, זהו ואם לא תייבין אתפרע, ועשה מלת אדעה מלשון (שופטים ח טז) ויודע בהם את אנשי סכות. (תהילים קל״ח:ו׳) וגבוה ממרחק יידע.
« Ont-ils agi selon son cri qui est venu jusqu’à Moi ? » Selon le sens simple, le verset s’explique comme le Targoum : s’ils ont agi selon le cri parvenu jusqu’à Moi, ils méritent l’anéantissement ; tel est le sens de kala, « entièrement ». Et s’ils ne reviennent pas par le repentir, Je les punirai : « S’ils ne reviennent pas, Je demanderai des comptes. » Il explique eda‘a par le sens de « Il leur fit connaître le châtiment, aux hommes de Soukkot » (Juges 8,16), et « De loin Il connaît le hautain » (Psaumes 138,6).
וע"ד המדרש הכצעקתה, הכצעקתם אין כתיב כאן אלא הכצעקתה ואיזו, זו צעקתה של ריבה בבראשית רבה.
Selon la voie du Midrash, il n’est pas écrit « selon leur cri », mais « selon son cri ». Le cri de qui ? Celui de la jeune fille, dans Beréchit Rabba.
וע"ד הקבלה הכצעקתה הבאה אלי, אנשי סדום כפרו בשם המיוחד כאנשי העיר והמגדל, ולכך כתוב כאן וירד ה', וכאן ארדה נא, כי הראה להם כחו. ויאמר הכתוב ארד ממדת רחמים למדת הדין, ואראה ברחמים, כסוד (שמות ב) וירא אלהים את בני ישראל.
Selon la voie de la Kabbale : « Selon son cri qui est venu jusqu’à Moi. » Les hommes de Sodome renièrent le Nom particulier comme les hommes de la ville et de la tour. C’est pourquoi il y est écrit « L’Éternel descendit », et ici « Je descendrai donc » : Il leur montra Sa puissance. Le verset signifie : Je descendrai de l’attribut de miséricorde à celui de rigueur, et Je verrai avec miséricorde, selon le secret de « Dieu vit les enfants d’Israël » (Exode 2).
הכצעקתה כלומר הכצעקת ה"א הבאה אלי במדת הדין עשו, אכלם במדת הדין, ואם לא אדעה, כלומר אמשיך אל הדעת, כסוד וידע אלהים. ענין הכתוב (שמות ג) הנה צעקת בני ישראל באה אלי, שהיא צועקת לפני המלך ה' מתוך הלחץ הגדול אשר מצרים לוחצים אותם.
« Selon son cri » : selon le cri du hé, venu jusqu’à Moi dans l’attribut de rigueur. S’ils ont ainsi agi, Je les consumerai par l’attribut de rigueur ; sinon, « Je saurai », c’est-à-dire J’attirerai vers la Connaissance, selon le secret de « Dieu connut ». C’est le sens de : « Voici, le cri des enfants d’Israël est venu jusqu’à Moi » (Exode 3) : elle crie devant le Roi, l’Éternel, sous la grande oppression que les Égyptiens leur font subir.
ויגש אברהם ויאמר האף תספה. אם תשכיל בפרשה זו תמצא כי מחשבתו של אברהם היתה כי הקב"ה חפץ להפסיד ולהשמיד הכל במדת הדין, ומזה אמר האף תספה צדיק עם רשע האף תספה ולא תשא למקום, ומלת תספה אינו לנוכח כי אם לנקבה נסתרת, כלשון (הושע י״ד:ג׳) כל תשא עון וקח טוב.
« Avraham s’approcha et dit : La colère ferait-elle périr ? » En examinant ce passage, tu trouveras qu’Avraham pensait que le Saint, béni soit-Il, voulait tout détruire par l’attribut de rigueur. C’est pourquoi il dit : « La colère ferait-elle périr le juste avec le méchant ? Ferait-elle périr sans pardonner au lieu ? » Tispé n’est pas ici une deuxième personne, mais une troisième personne féminine, comme dans « Toute faute, qu’elle la porte ; et reçois le bien » (Osée 14,3).
ועל כן היו כל תפלותיו של אברהם בפרשה הזאת למדת הדין, הוא שאמר הנה נא הואלתי לדבר אל אדני, ואמר אל נא יחר לאדני, ואמר עוד אל נא יחר לאדני ואדברה אך הפעם. ולפי שזאת היתה מחשבתו של אברהם, התחיל מתוכח עם הקב"ה חלילה לך מעשות כדבר הזה, והזכיר חלילה לך שני פעמים כנגד שני המדות מדת רחמים ומדת הדין,
Toutes les prières d’Avraham dans ce passage s’adressaient donc à l’attribut de rigueur : « Voici donc, j’ai entrepris de parler à mon Seigneur » ; « Que mon Seigneur ne S’irrite pas » ; et encore « Que mon Seigneur ne S’irrite pas, et je parlerai cette fois seulement ». Dans cette pensée, Avraham commença à argumenter avec le Saint, béni soit-Il : « Loin de Toi d’agir ainsi ! » Il répéta deux fois « loin de Toi », en regard des deux attributs, miséricorde et rigueur.
ואמר חלילה לך אפילו במדת הדין להמית צדיק עם רשע, שאם כן יהיה כצדיק כרשע ותבטל הבחירה והעבודה, ותרבה הכפירה בעולם, חלילה לך במדת הרחמים מקל וחומר לפי שאתה שופט כל הארץ, השופט כל הארץ לא יעשה משפט, כענין שאנו אומרים בראש השנה ויגבה ה' צבאות במשפט, והמלך המשפט. והודיעו הקב"ה כי לא מחשבתו מחשבות אברהם אבל יתנהג עמהם במדת רחמים, והוא שהקב"ה מדבר עמו בכל הפרשה בלשון רחמים, ויאמר ה' זעקת סדום ועמורה, ויאמר ה' אם אמצא בסדום.
Il dit : loin de Toi, même selon l’attribut de rigueur, de faire mourir le juste avec le méchant ! Sinon, juste et méchant seraient traités pareillement, le choix et le service seraient annulés, et la négation de la foi se multiplierait dans le monde. À plus forte raison, loin de Toi selon l’attribut de miséricorde, puisque Tu juges toute la terre : « Le Juge de toute la terre ne ferait-Il pas justice ? » Comme nous disons à Roch Hachana : « L’Éternel des armées sera élevé par le jugement », et « le Roi du jugement ». Le Saint, béni soit-Il, lui fit savoir que Ses pensées n’étaient pas celles d’Avraham, mais qu’Il agirait envers eux par miséricorde. Dans tout ce passage, Il lui parle dans le langage de la miséricorde : « L’Éternel dit : Le cri de Sodome et de Gomorrhe », et « L’Éternel dit : Si Je trouve à Sodome ».
אולי יש חמשים צדיקים בתוך העיר. כתב רש"י חמשה כרכים היו, י' לכל כרך וכרך. התשחית בחמשה ט' לכל כרך ואתה צדיקו של עולם הצטרף עמהם. כן אולי ימצאון שם מ' וימלטו ד', וכן שלשים יצילו ג', וכן כ' שנים, וי' אחד. ועל פחות מעשרה לא בקש לפי שאין הדור מתקיים בפחות מעשרה צדיקים, ולפיכך נאבדו דור המבול לפי שלא היו שם עשרה, שהרי באי התיבה לא היו רק ח', נח ואשתו, שלשת בניו ושלשת נשי בניו.
« Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville. » Rachi écrit : il y avait cinq cités, dix justes pour chacune. « Détruirais-Tu pour cinq ? » : neuf pour chaque cité, et Toi, Juste du monde, joins-Toi à eux. De même, quarante sauveraient quatre cités, trente en sauveraient trois, vingt deux, et dix une. Il ne demanda pas moins de dix, car une génération ne subsiste pas avec moins de dix justes. La génération du Déluge périt donc : il n’y en avait pas dix, puisque les entrants dans l’arche n’étaient que huit, Noa’h et sa femme, ses trois fils et leurs trois femmes.
ועוד שחשב אברהם שהיו בסדום י', והם לוט ואשתו, ד' בנותיו וד' חתניו. וכשלא היו שם י' נאבדו כשם שנאבדו דור המבול כשלא היו שם עשרה להגין על הדור. זהו שכתוב וילך ה', תכף שהזכיר העשרה, כי לפי שידע הקב"ה שלא היו שם עשרה וא"א לו לאברהם להסיר מהן לכך נסתלקה שכינה.
Avraham pensait encore qu’il y avait dix personnes à Sodome : Lot, sa femme, ses quatre filles et ses quatre gendres. Comme il n’y en avait pas dix, ils périrent, de même que la génération du Déluge avait péri faute de dix personnes pour la protéger. C’est pourquoi il est écrit « L’Éternel S’en alla » aussitôt après la mention de dix : le Saint, béni soit-Il, savait qu’il n’y en avait pas dix et qu’Avraham ne pouvait abaisser ce nombre ; la Présence divine Se retira donc.
ורבוי התפלה לאברהם בכל פעם ופעם אחר שהודה לו הקב"ה שישא לכל המקום אם ימצא שם מ"ה ומ' יצילו ד' כרכים, דבר ידוע היה כי השלשים יצילו ג', והעשרים שנים והעשרה כרך אחד, הכל לפי החשבון ההוא, ולמה יטרח אברהם בדבריו להרבות בתפלה על חנם. אבל חשב אברהם כי חפץ הש"י לרחם על המרובין יותר מן המעוטין, לפי שאין למועטין זכות כל כך, כמו שאמרו רז"ל אינו דומה מועטין העושין את התורה למרובין העושין את התורה, והנה הקב"ה הודה לו בכל פעם ופעם שירחם אפילו במועטים, וזהו שהזכיר מדת רחמים בתחלת הענין.
Pourquoi Avraham multiplia-t-il ses prières à chaque fois ? Après que le Saint, béni soit-Il, eut admis qu’Il pardonnerait à tout le lieu pour quarante-cinq, et que quarante sauveraient quatre cités, il était évident, selon ce calcul, que trente en sauveraient trois, vingt deux, et dix une. Pourquoi donc s’attarder à répéter inutilement sa prière ? Avraham pensait que l’Éternel voulait faire davantage miséricorde au grand nombre qu’au petit, dont le mérite est moindre. Nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : un petit nombre qui accomplit la Torah n’est pas comparable à un grand nombre qui l’accomplit. Le Saint, béni soit-Il, lui accorda donc à chaque fois de faire miséricorde même au petit nombre. C’est pourquoi l’attribut de miséricorde est mentionné au début.
וטעם שנוי הלשון, פעם לא אשחית פעם לא אעשה. תחלה אמר לא אשחית פעם שנית לא אעשה, תחלה אמר לא אשחית אם אמצא שם מ"ה, כלומר ראוים הם להשחת כיון שאין עשרה לכל כרך, אבל אני לא אשחית אלא אלקה אותם ביסורין. אח"כ אמר לא אעשה בעבור מ', כלומר לא אעשה לא השחתה ולא יסורין, כיון שהם עשרה לכל כרך. וכן אמר בשלשים לא אעשה, לפי ששלשה כרכים הם הרוב, אבל בעשרים וכן בעשרה אמר לא אשחית, כלומר אבל ילקו ביסורין, כיון שהג' שהם הרוב הם הרשעים, וכיון שלא היו שם עשרה נשחת הכל. ומתוך פרשה זאת יש התעוררות גדול לחשבון עשרה שהוא קיום העולם, ממה שנתבאר כאן הפסד העולם בעבור חסרון העשרה.
Voici pourquoi le langage varie entre « Je ne détruirai pas » et « Je ne ferai pas ». D’abord : « Je ne détruirai pas si J’en trouve quarante-cinq » : ils méritent la destruction, puisqu’il n’y a pas dix justes par cité, mais Je ne détruirai pas ; Je les frapperai seulement de souffrances. Puis : « Je ne ferai pas à cause des quarante » : ni destruction ni souffrances, puisqu’il y a dix justes par cité. Pour trente aussi, Il dit « Je ne ferai pas », car trois cités constituent la majorité. Mais pour vingt et pour dix, Il dit « Je ne détruirai pas » : ils subiront cependant des souffrances, puisque les trois cités, la majorité, sont méchantes. Comme il n’y avait pas dix justes, tout fut détruit. Ce passage appelle fortement à considérer le nombre dix, qui maintient le monde : il montre la perte du monde par l’absence de dix.
ואנכי עפר ואפר. ע"ד הפשט ואנכי עפר הייתי, ואפר אשוב, וזהו ודוי הצדיקים. וכן דוד ע"ה אמר (תהלים קג) כי הוא ידע יצרנו זכור כי עפר אנחנו. וכן אמר איוב (איוב מב) על כן אמאס ונחמתי על עפר ואפר.
« Je suis poussière et cendre. » Selon le sens simple : j’étais poussière et je retournerai à la cendre. Telle est la confession des justes. David, que la paix soit sur lui, dit : « Car Il connaît notre formation ; Il Se souvient que nous sommes poussière » (Psaumes 103). Job dit aussi : « C’est pourquoi je me rétracte et me repens sur la poussière et la cendre » (Job 42).
וע"ד המדרש בזכות שאמר אברהם ואנכי עפר ואפר זכו בניו לשתי מצות עפר סוטה ואפר פרה. וכן מצינו כל ישראל שנקראו בשם אפרים, שנאמר (ירמיה לא) הבן יקיר לי אפרים, הוא כאלו אמר אפרים שני אפרים, אפרו של אברהם ואפרו של יצחק.
Selon la voie du Midrash, parce qu’Avraham dit « Je suis poussière et cendre », ses fils méritèrent deux commandements : la poussière de la sota et la cendre de la vache rousse. Nous trouvons aussi qu’Israël tout entier est appelé Éphraïm : « Éphraïm est-il pour Moi un fils précieux ? » (Jérémie 31). C’est comme s’il disait deux cendres : celle d’Avraham et celle d’Its’hak.
ואברהם שב למקומו. ע"ד הפשט הוא אלוני ממרא, כי משם נפרד תחלה.
« Avraham retourna à son lieu. » Selon le sens simple, il s’agit des chênes de Mamré, car c’est de là qu’il était d’abord parti.
ויתכן לפרש למקומו למדתו שהיא הכנסת האורחים, כי מאחר שיצא ידי חובתו באלה באכילה ובשתיה ולויה היה חוזר עוד לבקש אורחים יותר, וזהו שב למקומו, כי נפשו של אברהם אצולה ממדת החסד והמדה ההיא מקומו.
On peut expliquer « à son lieu » comme son attribut, l’hospitalité : après avoir accompli envers ces hôtes son devoir de nourriture, de boisson et d’accompagnement, il retournait chercher d’autres invités. C’est le sens de « retourna à son lieu » : l’âme d’Avraham émane de l’attribut de bonté, et cet attribut est son lieu.
ואפשר לפרש עוד למקומו לגבול הרגשותיו ומדת גופו, כי בעוד שהשכינה היתה אצלו היה כולו שכלי מופשט מכל עניני החומר והרגשותיו בטלים, לא נשאר לפני ה' בלתי אם צורה והנפש והוא השכל הזך והטהור, כיון שנסתלקה שכינה חזר להרגשותיו ולגבולי המדות הגופניות, וזהו ואברהם שב למקומו, כלומר לגבול מדות גופו, כי מקומו של אדם הוא המקיף אותו והמגבילו.
On peut encore expliquer « à son lieu » comme les limites de ses sensations et de sa condition corporelle. Lorsque la Présence divine était auprès de lui, il était tout entier intellectuel, détaché de toute réalité matérielle ; ses sensations étaient suspendues. Devant l’Éternel ne demeuraient que la forme et l’âme, l’intellect pur et limpide. Lorsque la Présence divine Se retira, il revint à ses sensations et aux limites des dispositions corporelles. « Avraham retourna à son lieu » signifie donc aux limites de son corps : le lieu de l’homme est ce qui l’entoure et le délimite.
ועל דרך הקבלה ואברהם שב למקומו, חזרה מדת החסד למקומה כשלא מצאה זכות, ואז פועלת מדת הדין, זהו שאמר אחריו ויבאו המלאכים סדומה, וכתיב ויהי בשחת אלהים, ואין למדת הדין פעולה עד שתמסרם מדת החסד בדין, ואז מדת הדין פועלת בנדונים.
Selon la voie de la Kabbale : « Avraham retourna à son lieu. » L’attribut de bonté revint à son lieu lorsqu’il ne trouva pas de mérite ; alors l’attribut de rigueur agit. C’est pourquoi le texte poursuit : « Les anges arrivèrent à Sodome », et : « Lorsque Dieu détruisit ». L’attribut de rigueur ne peut agir avant que celui de bonté ne livre les êtres au jugement ; alors il agit sur ceux qui sont jugés.
וזהו סוד הכתוב (בראשית כ״ב:ו׳) ויקח בידו את האש ואת המאכלת. כלומר שמדת החסד לוקטת כחותיו של יצחק ומוסרת בדין, וזהו וילכו שניהם יחדו, ויצחק הולך אחר אברהם ברשותו ובהסכמתו. והנה מדת הדין עקודה לפני מדת החסד שאלמלא כן תחרב העולם וזהו סוד (שם) ויעקד את יצחק בנו. וזהו באור לשון ורב חסד שהחסד מתרבה על הדין וזה מבואר.
Tel est le secret de : « Il prit dans sa main le feu et le couteau » (Genèse 22,6) : l’attribut de bonté rassemble les puissances d’Its’hak et les livre au jugement. « Ils allèrent tous deux ensemble » : Its’hak va à la suite d’Avraham, avec sa permission et son consentement. L’attribut de rigueur est ainsi lié devant celui de bonté ; sans cela, il détruirait le monde. Tel est le secret de : « Il lia Its’hak son fils. » Et tel est le sens de « abondant en bonté » : la bonté l’emporte sur la rigueur. Cela est clair.
ויבאו שני המלאכים סדומה קראם עתה מלאכים, ויתכן לפרש על דרך הפשט מה שקראם פעם אנשים ופעם מלאכים כי כאשר משתלחים לבני אדם והם משתדלים בעניניהם יזכירם בלשון אנשים ואחר שעשו שליחותם יזכירם בלשון מלאכים כי חזרו למעלה הראשונה. ודרך האמת כבר בארתיו למעלה.
« Les deux anges arrivèrent à Sodome. » Il les appelle maintenant anges. Selon le sens simple, on peut expliquer l’alternance entre hommes et anges : lorsqu’ils sont envoyés aux humains et s’occupent de leurs affaires, le texte les appelle hommes ; après l’accomplissement de leur mission, il les appelle anges, car ils sont revenus à leur degré premier. J’ai déjà expliqué plus haut la voie de la vérité.
וירא לוט ויקם לקראתם. אברהם ראה אותם מרחוק כי בבקר היה כחם היום ולפיכך אמר וירץ לקראתם. אבל לוט לא ראה אותם עד שהיו קרובים אליו כי בערב באו, שנאמר סדומה בערב, ולפיכך אמר ויקם.
« Lot les vit et se leva à leur rencontre. » Avraham les avait vus de loin, car c’était le matin, dans la chaleur du jour ; le texte dit donc : « Il courut à leur rencontre. » Lot, en revanche, ne les vit que lorsqu’ils furent proches, car ils arrivèrent le soir : « À Sodome, le soir ». C’est pourquoi il dit : « Il se leva. »
ומצות אפה ויאכלו. מפני שלא הביאו הלחם בסעודת אברהם באר כאן ומצות אפה ויאכלו, כי בכאן אכלו לחם ושם היה הבשר מסתלק ראשון כקרבן הקרב על גבי המזבח.
« Il fit cuire des pains azymes, et ils mangèrent. » Parce qu’ils n’avaient pas apporté le pain au repas d’Avraham, le texte précise ici : « Il fit cuire des pains azymes, et ils mangèrent. » Ici, ils mangèrent du pain ; là, la viande disparaissait morceau après morceau, comme un sacrifice offert sur l’autel.
ואנשי העיר אנשי סדום. בא לרמוז כי אנשי סדום היו אנשי העיר והמגדל רשעים גמורים, הם דור הפלגה שאמרו נבנה לנו עיר ומגדל. ויהיה אנשי העיר באור לאנשי סדום.
« Les hommes de la ville, les hommes de Sodome. » Le texte indique que les hommes de Sodome étaient les hommes de la ville et de la tour, des méchants accomplis : la génération de la Dispersion, qui avait dit « Bâtissons-nous une ville et une tour ». « Les hommes de la ville » explique donc « les hommes de Sodome ».
הנה נא לי שתי בנות וגו'. רק לאנשים האל וגו'. היה טורח על אכסניא שלו להציל אותם מפני שבאו בצל קורתו, אבל שיפייס אנשי העיר בהפקר בנותיו אין זה כי אם רוע לב, שלא היה ענין הזמה בנשים מרוחק מעיניו ולא היה עושה חמס גדול לבנותיו כפי דעתו. ולכך דרז"ל בנוהג שבעולם אדם מוסר עצמו על בנותיו ועל אשתו והורג או נהרג, וזה מוסר בנותיו להתעולל בהן, א"ל הקב"ה לעצמך אתה משמרן.
« Voici donc, j’ai deux filles, etc. ; seulement, à ces hommes, etc. » Il s’efforçait de sauver ses hôtes parce qu’ils étaient venus à l’ombre de son toit. Mais vouloir apaiser les gens de la ville en leur abandonnant ses filles ne relève que de la méchanceté du cœur : la débauche avec les femmes ne lui paraissait pas si répugnante, et il ne pensait pas faire une grande violence à ses filles. Nos Sages, de mémoire bénie, ont donc enseigné : ordinairement, l’homme risque sa vie pour ses filles et sa femme, tue ou se fait tuer ; celui-ci livre ses filles pour qu’on abuse d’elles ! Le Saint, béni soit-Il, lui dit : c’est pour toi-même que tu les gardes.
ודע כי הענין הזה דומה לפלגש בגבעה, ועוד הוא קשה ממנו, שהרי בפילגש בגבעה אע"פ שבאו בשביל האורח שתקו בפילגשו, ובכאן לא היו שותקים במסירת בנותיו, ועוד כי שם לא הסכימו כל אנשי העיר, וכאן מנער ועד זקן כל העם מקצה, כך פירש הרמב"ן ז"ל. ובבראשית רבה רק לאנשים האל, אלוהות הן אלו ע"כ.
Sache que cette affaire ressemble à celle de la concubine de Guiv‘a, et qu’elle est même plus grave. Dans l’affaire de la concubine, bien qu’ils fussent venus pour l’hôte, ils se contentèrent de sa concubine ; ici, livrer les filles ne les aurait pas apaisés. De plus, là-bas, tous les habitants n’étaient pas d’accord, tandis qu’ici ils étaient présents “du jeune homme au vieillard, tout le peuple, de toutes parts”. Ainsi l’explique Ramban, de mémoire bénie. Dans Beréchit Rabba : « Seulement, à ces hommes-là » : ce sont des êtres divins. Fin de la citation.
כי משחיתים אנחנו. היה להם לומר כי משחית ה', אבל תלו הפעולה בעצמם ולא זזו משם עד שהודו על כרחם כי אין הדבר תלוי בהם אבל הם שלוחים מאת הש"י, זהו שהוצרכו לומר וישלחנו ה' לשחתה. וזהו שאמר הכתוב (איוב ד׳:י״ח) הן בעבדיו לא יאמין ובמלאכיו ישים תהלה. וכתיב (שם טו)
« Car nous allons détruire. » Ils auraient dû dire : « Car l’Éternel va détruire. » Mais ils s’attribuèrent l’action et ne quittèrent pas ce lieu avant de reconnaître malgré eux qu’elle ne dépendait pas d’eux : ils étaient les envoyés de l’Éternel. Ils durent donc dire : « L’Éternel nous a envoyés pour la détruire. » C’est ce que dit l’Écriture : « Voici, Il ne Se fie pas à Ses serviteurs et trouve du défaut dans Ses anges » (Job 4,18), et « Voici, Il ne Se fie pas à Ses saints ; les cieux ne sont pas purs à Ses yeux » (Job 15).
הן בקדושיו לא יאמין ושמים לא זכו בעיניו. הן בקדושיו לא יאמין אלו החסידים והנביאים והקדושים שנאמר עליהם (תהילים ט״ז:ג׳) לקדושים אשר בארץ המה. וכן מצינו במשה רבינו ע"ה שאמר (דברים א׳:י״ז) והדבר אשר יקשה מכם וגו', ונסתפק לו בעונש הזה דין בנות צלפחד. וכן שמואל הנביא ע"ה שאמר לשאול (שמואל א ט׳:י״ט) אנכי הרואה, וכשבא למשוח את דוד וראה את אליאב אמר (שם טז) אך נגד ה' משיחו, אמר לו הש"י אל תביט אל מראהו וגו' כי האדם יראה לעינים וה' יראה ללבב.
« Il ne Se fie pas à Ses saints » désigne les pieux, les prophètes et les saints dont il est dit : « Les saints qui sont sur la terre » (Psaumes 16,3). Nous trouvons ainsi chez Moché notre maître, que la paix soit sur lui : « L’affaire qui sera trop difficile pour vous, etc. » (Deutéronome 1,17) ; en punition, le jugement des filles de Tselof’had lui échappa. De même, le prophète Chemouël dit à Chaoul : « C’est moi le voyant » (I Samuel 9,19). Lorsqu’il vint oindre David et vit Éliav, il dit : « Assurément, devant l’Éternel se trouve Son oint » (I Samuel 16). L’Éternel lui répondit : « Ne regarde pas son apparence, etc., car l’homme voit selon les yeux et l’Éternel voit selon le cœur. »
וכן דוד שאמר (תהילים מ׳:ט׳) ותורתך בתוך מעי, טעה בדבר שאפילו תינוקות של בית רבן יודעין אותו. וכן דבורה ששבחה את עצמה ואמרה (שופטים ה ז) עד שקמתי דבורה שקמתי אם בישראל, נסתלק ממנה רוח הקודש והוצרכה לומר (שם) עורי עורי דבורה עורי עורי דברי שיר.
De même, David dit : « Ta Torah est au-dedans de mes entrailles » (Psaumes 40,9), puis se trompa sur une chose que connaissent même les enfants à l’école. De même, Devora fit son propre éloge : « Jusqu’à ce que je me lève, moi Devora, que je me lève, mère en Israël » (Juges 5,7). L’esprit saint la quitta, et elle dut dire : « Éveille-toi, éveille-toi, Devora ; éveille-toi, éveille-toi, prononce un chant. »
ובמלאכיו ישים תהלה אלו המלאכים שנשתלחו לסדום שאמרו משחיתים אנחנו, על שנתגאו ותלו הדבר בעצמם נדחו ממחיצתם קל"ח שנה. באור זה שלא נשתלחו בשליחותו של הקב"ה עד יעקב שחזרו אליו בשליחותו, שנאמר (בראשית כ״ח:י״ב) והנה מלאכי אלהים וגו'. וממהפכת סדום שהיה אברהם אבינו באותה שעה בן צ"ט שנה עד שבאו מלאכי אלהים הללו ליעקב תמצא קל"ח שנה.
« Il trouve du défaut dans Ses anges » désigne les anges envoyés à Sodome, qui dirent : « Nous allons détruire. » Parce qu’ils s’enorgueillirent et s’attribuèrent l’action, ils furent écartés de leur enceinte pendant cent trente-huit ans. Cela signifie qu’ils ne furent plus envoyés en mission par le Saint, béni soit-Il, jusqu’au temps de Yaakov, où ils revinrent dans Sa mission : « Et voici, les anges de Dieu, etc. » (Genèse 28,12). De la destruction de Sodome, lorsqu’Avraham avait quatre-vingt-dix-neuf ans, jusqu’à leur venue auprès de Yaakov, tu trouveras cent trente-huit ans.
וזה שכתוב שם עולים ויורדים בו, כלומר אותם שעלו במהפכת סדום עכשיו יורדים בו, וכל זמן הזה נענשו ולא הלכו בשליחות של מקום כלל. ומכאן יש עונש גדול למי שהוא תולה כבודו של הקב"ה בעצמו, כי כל העולם כולו ומלואו לא נבראו אלא לכבודו ית', ואין ראוי לתת כבודו לאחר.
C’est ce qui est écrit là : « Ils montaient et descendaient sur lui. » Ceux qui étaient montés lors de la destruction de Sodome descendaient maintenant sur lui. Durant tout ce temps, ils furent punis et n’accomplirent aucune mission du Lieu. Il y a là un grand châtiment pour celui qui s’attribue l’honneur du Saint, béni soit-Il : le monde entier et tout ce qu’il contient n’ont été créés que pour Son honneur, et il ne convient pas de le donner à un autre.
אל תביט אחריך. פי' רש"י ז"ל אתה הרשעת עמהם ובזכות אברהם אתה נצול, אינך רשאי לראות בפורענותם.
« Ne regarde pas derrière toi. » Rachi, de mémoire bénie, explique : tu as agi méchamment avec eux et tu es sauvé par le mérite d’Avraham ; tu n’as pas le droit de voir leur châtiment.
והרמב"ן ז"ל נתן בה טעם כי מנעו מהביט, מפני שהראיה באויר במקום שהדבר שם תזיק מאד ותדביק אותו. וכן בכל שאר החלאים הנדבקין שהראיה תזיק מאד ותדביק אותם, וכן המחשבה בהם כידוע מנשוכי חיות, כי נשוך הכלב השוטה יראה בשתן שלו דמות גורים קטנים, ואם תעביר המים ההם במסננת לא יראו שם כלל תמתין לסוף שעה יראו שם כבתחלה.
Ramban, de mémoire bénie, donne cette raison : il lui interdit de regarder, parce que la vue de l’air dans un lieu où sévit la peste nuit beaucoup et transmet le mal. De même, pour toutes les autres maladies contagieuses, la vue nuit beaucoup et les transmet ; il en va aussi de la pensée de ces maladies, comme on le sait pour les personnes mordues par des animaux. Celui qu’a mordu un chien enragé voit dans son urine des formes de petits chiens. Si tu passes cette urine dans un filtre, on n’y verra plus rien ; attends une heure, et elles réapparaîtront comme auparavant.
וידוע כי מי שיש לו החולי הזה אינו שותה שום משקה כלל, ואם אולי יראה שום משקה יצטער מאד ויראה לו דמות הכלב השוטה שנשכו.
On sait que celui qui souffre de cette maladie ne boit aucun liquide. S’il voit quelque boisson, il éprouve une grande souffrance et il lui semble voir la forme du chien enragé qui l’a mordu.
ובמדרש אל תביט אחריך, אמר להם אל תביטו אחריכם שהרי ירדה שכינתו של הקב"ה להמטיר על סדום ועל עמורה גפרית ואש. עירית אשת לוט נכמרו רחמיה על בנותיה הנשואות בסדום והביטה לאחריה לראות אם הולכות אחריהם וראתה השכינה אחריה ונעשית נציב מלח.
Dans le Midrash : « Ne regarde pas derrière toi. » Il leur dit de ne pas regarder derrière eux, car la Présence du Saint, béni soit-Il, était descendue pour faire pleuvoir sur Sodome et Gomorrhe du soufre et du feu. Irit, femme de Lot, fut émue de compassion pour ses filles mariées à Sodome et regarda derrière elle pour voir si elles les suivaient. Elle vit la Présence divine derrière elle et devint une colonne de sel.
וה' המטיר. הזכירו רז"ל בכתוב הזה ג' דעות, וכך דרשו רבי יהודה בר סימון אמר וה' המטיר זה גבריאל. מאת ה' זה הקב"ה. א"ר אליעזר בכל מקום שנאמר וה' הוא ובית דינו. א"ר יצחק בתורה בנביאים ובכתובים מצינו שהדיוט מזכיר שמו שני פעמים, בתורה ויאמר למך לנשיו נשי למך עד כאן במדרש.
« Et l’Éternel fit pleuvoir. » Nos Sages, de mémoire bénie, ont mentionné trois opinions sur ce verset. Rabbi Yehouda bar Simone dit : « Et l’Éternel fit pleuvoir », c’est Gavriel ; « de la part de l’Éternel », c’est le Saint, béni soit-Il. Rabbi Éliézer dit : partout où il est écrit « et l’Éternel », cela signifie Lui et Son tribunal. Rabbi Its’hak dit : dans la Torah, les Prophètes et les Écrits, nous trouvons qu’un simple particulier mentionne deux fois son propre nom. Dans la Torah : « Lémekh dit à ses femmes : Femmes de Lémekh. » Fin de la citation du Midrash.
הרי לך ג' דעות בבאור הכתוב, כי רבי יהודה ייחס השם הראשון לגבריאל שהוא השליח לשחת ויקרא השליח בשם השולח. ור' אליעזר אומר כי הוא ובית דינו הסכימ במשפט ומאתו בא. ור' יצחק אומר שהוא דרך הלשון.
Tu as donc trois explications du verset. Rabbi Yehouda attribue le premier Nom à Gavriel, l’envoyé chargé de détruire : l’envoyé porte le Nom de Celui qui l’envoie. Rabbi Éliézer dit que Lui et Son tribunal ont consenti au jugement, et que celui-ci vient de Lui. Rabbi Its’hak dit qu’il s’agit d’une manière de parler.
וע"ד הקבלה דעת ר' אליעזר הוא הנכון. וכלל גדול אמרו כל מקום שנאמר וה' הוא ובית דינו.
Selon la voie de la Kabbale, l’opinion de Rabbi Éliézer est la bonne. Ils ont énoncé un grand principe : partout où il est écrit « et l’Éternel », il s’agit de Lui et de Son tribunal.
ויש לך להתבונן כי בית דינו הוא שנאמר עליו (בראשית ל״א:י״ג) אנכי האל בית אל, והוא שתרגם יונתן בן עוזיאל עילאה בית שכנתיה, הזכיר לשון בית ולשון שכינה ועליו נאמר במשה רבינו ע"ה (במדבר י״ב:ז׳) בכל ביתי נאמן הוא. והוא הבת הנאצלת מיסוד עולם, כמו שהזכיר הרמב"ן ז"ל בפירושיו בפסוק בכל,
Il faut comprendre que Son tribunal est celui dont il est dit : « Je suis le Dieu de Beth-El » (Genèse 31,13). Yonatan ben Ouziel traduit : « Le Très-Haut, maison de Sa Présence », mentionnant la maison et la Présence divine. C’est à son sujet qu’il est dit de Moché notre maître, que la paix soit sur lui : « Dans toute Ma maison, il est fidèle » (Nombres 12,7). C’est la Fille émanée du Fondement du monde, comme Ramban, de mémoire bénie, le mentionne dans son commentaire du verset contenant bakol, « en tout ».
והוא שנאמר (שמות י״ג:כ״א) וה' הולך לפניהם יומם, וסמיך ליה ויסע מלאך האלהים, ואינו סמוך רק באור. וכן הזכיר למעלה וה' אמר המכסה אני מאברהם. ואמר ושמרו דרך ה', ולא אמר דרכי. ולמען הביא ה', ולא אמר אביא. וכן בכל מקום שתמצא שם המיוחד בתוספת וא"ו הכוונה בתוספת בית דינו, ואב לכולן וה' המטיר. וכבר ידעת שהוא לשון מטרת.
C’est ce qui est dit : « Et l’Éternel allait devant eux le jour » (Exode 13,21), suivi de « L’ange de Dieu se déplaça ». Ce n’est pas une relation d’état construit, mais une explication. De même, plus haut : « Et l’Éternel dit : Cacherais-Je à Avraham ? » Il dit « ils garderont la voie de l’Éternel », non « Ma voie », puis « afin que l’Éternel fasse venir », non « que Je fasse venir ». Partout où tu trouves le Nom particulier précédé d’un vav, l’intention inclut Son tribunal ; le modèle de tous ces emplois est « Et l’Éternel fit pleuvoir ». Tu sais déjà que ce mot évoque mattarat, la garde.
מאת ה' מן השמים. הוא השם הגדול, כמו שאמר ואתה תשמע השמים, כי מאתו בא העונש, על כן נזכר בו לשון ארדה נא ואראה, כענין דור הפלגה שכתוב שם (שם יא) וירד ה', והבן זה.
« De la part de l’Éternel, des cieux. » C’est le grand Nom, comme dans « Et Toi, Tu entendras les cieux ». Le châtiment vient de Lui ; c’est pourquoi l’expression « Je descendrai donc et Je verrai » est employée à Son sujet, comme pour la génération de la Dispersion : « L’Éternel descendit » (Genèse 11). Comprends-le.
ויהפך את הערים האל. ראוי לומר את הערים ההם ואמר האל מפני שהזכיר למעלה סדום ועמרה, ורמז לך הכתוב כי היו חמש ערים במנין ה', כי לכך בקש אברהם חמשים צדיקים, עשרה לכל כרך וכרך, ומזה ויהפך את הערים האל, והיו סדום ועמורה אדמה וצבוים וארץ הככר.
« Il renversa ces villes. » Il aurait convenu de dire héhem, « celles-là », mais il dit hael parce qu’il a mentionné plus haut Sodome et Gomorrhe. L’Écriture t’indique qu’il y avait cinq villes, selon le nombre du hé. C’est pourquoi Avraham demanda cinquante justes, dix pour chaque cité. D’où « Il renversa les villes hael ». C’étaient Sodome, Gomorrhe, Adma, Tsevoyim et la terre de la plaine.
ותבט אשתו מאחריו ותהי נציב מלח. יתכן לפרש מאחרי המלאך ההופך, שכתוב בו למעלה ויהפך כי הוא ההופך הממטיר גפרית ואש מאת ה' מן השמים, ועל כן לקתה בנציב מלח שהוא מכח האש. ומה שהזכיר משה (דברים כט) אשר הפך ה' על כן הוא אומר באפו ובחמתו, והוא המלאך שקראו אף וחמה.
« Sa femme regarda derrière lui et devint une colonne de sel. » On peut expliquer : derrière l’ange qui renversait les villes, dont il est dit plus haut « il renversa ». C’est lui qui renverse et fait pleuvoir du soufre et du feu de la part de l’Éternel, des cieux. C’est pourquoi elle fut frappée en devenant une colonne de sel, qui relève de la puissance du feu. Lorsque Moché dit « que l’Éternel renversa » (Deutéronome 29), il précise donc « dans Sa colère et Son courroux » : c’est l’ange qu’il appelle Colère et Courroux.
ותהי נציב מלח. כתב החכם ר' אברהם ן' עזרא ותהי הארץ. ועל דרך רז"ל ותהי, אשתו. וכן במדרש בא עני על פתחה לשאול ממנה מלח ולא רצתה ליתן לו, ובשביל כן נענשה מדה כנגד מדה, היא חטאה במלח ולקתה בנציב מלח.
« Elle devint une colonne de sel. » Le sage Rabbi Avraham ibn Ezra écrit : c’est la terre qui le devint. Selon nos Sages, de mémoire bénie, il s’agit de sa femme. Le Midrash dit ainsi qu’un pauvre vint à sa porte lui demander du sel et qu’elle ne voulut pas lui en donner. Elle fut donc punie mesure pour mesure : elle fauta par le sel et fut frappée en devenant une colonne de sel.
ויהי בשחת אלהים. זה המלאך. ויזכור אלהים את אברהם. זה הקב"ה. וישלח את לוט. בזכרון אברהם הציל הדבקים בו. וטעם הדבר שאלמלא אברהם עדיין היה לוט בחרן שהוא ארצו ומולדתו, אבל לכבוד אברהם יצא עמו, כמו שאמר הפסוק (בראשית י״ב:ד׳) וילך אברם כאשר דבר אליו ה' וילך אתו לוט. ולכך הזכיר הכתוב כי מתוך זכרון אברהם נצל לוט עמו,
« Lorsque Dieu détruisit » : c’est l’ange. « Dieu Se souvint d’Avraham » : c’est le Saint, béni soit-Il. « Il fit sortir Lot » : en Se souvenant d’Avraham, Il sauva ceux qui lui étaient attachés. Sans Avraham, Lot serait resté à ‘Haran, son pays et son lieu natal ; il était parti avec lui pour l’honorer : « Avram partit comme l’Éternel le lui avait dit, et Lot partit avec lui » (Genèse 12,4). L’Écriture précise donc que Lot fut sauvé par le souvenir d’Avraham.
וזהו שדרשו רז"ל מצילין תיק הספר עם הספר ותיק התפילין עם התפילין, ואפילו היו בתוך התיק מעות מצילין אותו לכבוד הספר או לכבוד התפילין. ללמדך אשרי הצדיקים ואשרי דבוקיהן. וכן מצינו בנח הצדיק ויזכר אלהים את נח ואת כל החיה ואת כל הבהמה אשר אתו בתבה.
Nos Sages, de mémoire bénie, ont ainsi enseigné : on sauve l’étui du livre avec le livre, et l’étui des tefillin avec les tefillin ; même si l’étui contient de l’argent, on le sauve en l’honneur du livre ou des tefillin. Cela t’enseigne : heureux les justes et heureux ceux qui leur sont attachés ! Nous trouvons de même chez Noa’h le juste : « Dieu Se souvint de Noa’h et de toutes les bêtes sauvages et domestiques qui étaient avec lui dans l’arche. »
בהפוך את הערים אשר ישב בהן לוט. יש לשאול ההפיכה הזאת והמשפט הגדול הזה בסדום למה, כי בודאי אומות היו בעולם שהם רעים וחטאים כמותם ולא היה בהם העונש כל כך, ועוד אברהם שהיה שורש האמונה היה אפשר לו להחזירם בתשובה, והתשובה עולה כל הכל. אבל מפני שהיתה עיר סדום מארץ ישראל על כן היה המשפט הזה גדול כל כך למעלת הארץ הקדושה שאינה סובלת עוברי עברה, והיתה מקיאה אנשי התועבות ההם, ועל כן הקדימה עתה וקאה הגוי הזה משם.
« Lorsqu’Il renversa les villes où Lot avait habité. » Pourquoi ce renversement et ce jugement si grand contre Sodome ? Il existait assurément dans le monde des nations aussi mauvaises et pécheresses, sans un tel châtiment. De plus, Avraham, racine de la foi, aurait pu les ramener au repentir, qui surpasse tout. Mais Sodome était une ville de la terre d’Israël : ce jugement fut donc si grand en raison de la grandeur de la terre sainte, qui ne supporte pas les transgresseurs. Elle vomissait ces hommes d’abomination ; elle commença donc dès maintenant à rejeter cette nation.
והנה הענין הזה של מהפכת סדום היה אות וסימן לישראל העתידים ליורשה, שאם לא יזהרו בירושת הארץ בשמירת התורה והמצות תקיא אותם ממנה כאשר הקדימה וקאה אנשי סדום, וכאשר קאה אנשי הכנענים אחריהם. וכן הזכיר משה רבינו ע"ה בסוף ימיו, והזכיר להם החרבן של סדום ואמר שתחר הארץ אם יעזבו ישראל את התורה, והוא אמרו (דברים כ״ט:כ״ב) גפרית ומלח שרפה כל ארצה וגו' כמהפכת סדום ועמורה וגו', על מה עשה ה' ככה וגו', על אשר עזבו וגו'.
Le renversement de Sodome fut un signe pour Israël, qui devait hériter de la terre : s’ils ne veillaient pas, dans cet héritage, à garder la Torah et les commandements, elle les rejetterait comme elle avait rejeté les hommes de Sodome, puis les Cananéens. Moché notre maître, que la paix soit sur lui, le rappela à la fin de sa vie : il évoqua la destruction de Sodome et dit que la terre serait brûlée si Israël abandonnait la Torah : « Soufre et sel, toute sa terre est brûlée, etc., comme le renversement de Sodome et de Gomorrhe, etc. Pourquoi l’Éternel a-t-Il agi ainsi ? […] Parce qu’ils ont abandonné, etc. » (Deutéronome 29,22).
וישב בהר ושתי בנותיו עמו. מעשה בנות לוט ענין מחודש היה והן היו צנועות ומתביישות לתבוע את אביהן, שהרי בן נח מותר בבתו.
« Il demeura dans la montagne, ses deux filles avec lui. » L’acte des filles de Lot était une chose inédite. Elles étaient pudiques et avaient honte de solliciter leur père, car un descendant de Noa’h est autorisé à s’unir à sa fille.
ורז"ל אמרו שנתכוונו לשם שמים כדי לישב העולם, כי היו רואות החרבן הגדול בדור ההוא והיו מתפחדות לאבד מין האדם, ולפי שכבר נאבדה אמן בלקות נציב מלח ואביהן היה יחיד בלא בת זוגו, על כן הוצרכו לעשות המעשה הזה בו כדי לחיות הזרע ממנו ושלא יכלה המין. ומזה אמרו בטענתם ואיש אין בארץ וגו'.
Nos Sages, de mémoire bénie, ont dit qu’elles visaient le Ciel, afin de peupler le monde. Voyant la grande destruction de cette génération, elles craignaient la disparition de l’espèce humaine. Leur mère avait péri en devenant une colonne de sel, et leur père était seul, sans compagne. Elles jugèrent donc nécessaire d’accomplir cet acte avec lui pour conserver une descendance et empêcher l’extinction de l’espèce. C’est leur argument : « Il n’y a pas d’homme sur la terre, etc. »
ומפני זה לא תמצא שהזכיר בהן הכתוב לשון זנות בכל הפרשה, לפי שכוונתם היתה לשם שמים, ועל כן זכתה הבכירה שיצאת ממנה רות המואביה שקבלה עליה תר"ו מצות שישראל יתרים על בני נח. וזכתה הצעירה שיצאת ממנה נעמה העמונית, שיצא ממנה רחבעם בן שלמה, ונמצא ששתיהן זכו למלכות בית דוד. וזהו שאמרו רז"ל בענין עמון ומואב אל תצורם ואל תתגר בם, בשביל שתי פרידות טובות שאני עתיד להוציא מהם זו רות המואביה ונעמה העמונית.
C’est pourquoi, dans tout ce passage, l’Écriture ne parle pas à leur sujet de débauche : leur intention visait le Ciel. L’aînée mérita donc d’avoir pour descendante Ruth la Moabite, qui accepta les six cent six commandements qu’Israël possède en plus des descendants de Noa’h. La cadette mérita d’avoir pour descendante Naama l’Ammonite, mère de Re’havam fils de Salomon. Toutes deux méritèrent ainsi la royauté de la maison de David. Nos Sages, de mémoire bénie, ont dit au sujet d’Ammon et de Moab : « Ne les assiège pas et ne les provoque pas », à cause des deux bonnes colombes que Je ferai sortir d’eux : Ruth la Moabite et Naama l’Ammonite.
והפרשה הזאת מפרשיות התורה שנקראין ומתרגמין, והוא מאמרם בשלהי מסכת מגלה, מעשה לוט ושתי בנותיו נקראין ומתרגמין, פשיטא, מהו דתימא ניחוש משום יקריה דאברהם קמ"ל.
Ce passage fait partie des sections de la Torah que l’on lit et traduit. À la fin du traité Meguila, ils disent : l’épisode de Lot et de ses deux filles est lu et traduit. C’est évident ! On aurait pu penser qu’il faut s’en abstenir pour l’honneur d’Avraham ; cet enseignement nous apprend qu’il n’en est rien.
לכה נשקה. היה לו לומר לכי ואמר לכה בלשון זכר, כי הבכירה הזהירה את הצעירה לעשות מעשה זכר, כי דרך הזכר לכבוש את הנקבה ולתבוע בפה, מה שאין ראוי כן לנקבה, כמו שדרשו רז"ל (בראשית א) וכבשוה, וכבשה כתיב, איש דרכו לכבוש ואין אשה דרכה לכבוש.
« Viens, faisons boire. » Il aurait fallu dire lekhi, au féminin ; le texte dit lekha, au masculin, parce que l’aînée invita la cadette à agir comme un homme. L’homme a coutume de conquérir la femme et de la solliciter verbalement, ce qui ne convient pas à la femme. Nos Sages, de mémoire bénie, ont ainsi interprété « soumettez-la » (Genèse 1) : il est écrit sous une forme singulière ; l’homme a coutume de conquérir, non la femme.
וממה שאמרו ואיש אין בארץ לבא עלינו, התבאר כוונתם כי בחסרון הזכרים מן הדור צותה על אחותה לנהוג בעצמה מנהג לכבוש ולתבוע, ומפני ששנתה מנהג העולם וענין דרך ארץ כך שנה בה הכתוב במלת לכה שהוא לשון זכר כשם שהיא שנתה מנהג הנקבה בשל זכר.
Leurs paroles « Il n’y a pas d’homme sur la terre pour venir vers nous » éclairent leur intention : faute d’hommes dans cette génération, elle ordonna à sa sœur de se conduire en conquérante et de solliciter. Puisqu’elle changea l’usage du monde et les usages des rapports humains, l’Écriture changea pour elle le mot lekha, au masculin, comme elle avait substitué la conduite masculine à la conduite féminine.
והנכון לפי דעתי תוספת ה"א במלת לכה מפני שאות ה"א רמז למדת הדין, כלשון הכתוב שנאמר למשה רבינו ע"ה (שמות ג׳:י׳) ועתה לכה ואשלחך אל פרעה, שעליה אמר הכתוב (שם) וזה לך האות זה אות ה"א, שבמלת לכה, והיין רמז למדת הדין, ע"כ אמרו חכמי האמת אין מברכין על היין אלא א"כ נתן לתוכו מים.
À mon avis, l’explication correcte du hé supplémentaire de lekha est qu’il fait allusion à l’attribut de rigueur. De même, il est dit à Moché notre maître : « Maintenant, viens, Je t’enverrai vers Pharaon » (Exode 3,10) ; et à ce sujet : « Ceci sera pour toi le signe » — le signe du hé du mot lekha. Le vin fait allusion à l’attribut de rigueur ; les maîtres de la vérité ont donc dit qu’on ne bénit le vin qu’après y avoir ajouté de l’eau.
והנה הבנות תופשות פלך אמם אשר החטיאה את האדם, וזה דעת האומר במדרש ענבים סחטה והביאה לו, וכנגד החטא הזה נענשה בדם נדה כי המראה אחד, ופירש ממנה באותו מראה. וזה סוד הלשון שקרא הכתוב מין היין בלשון דם, הוא שכתוב (דברים ל״ב:י״ד) ודם ענב תשתה חמר. וכתיב (בראשית מ״ט:י״א) כבס ביין לבושו ובדם ענבים סותה, ותוספת ההי"ן לא לחנם, וזה שאמרו רז"ל איש מזריע לובן ואשה מזרעת אודם.
Les filles suivent ici la voie de leur mère, qui fit fauter l’homme. C’est l’opinion du Midrash selon laquelle elle pressa des raisins et les lui apporta. Pour cette faute, elle fut punie par le sang menstruel, de même couleur ; il se sépara d’elle à cause de cette couleur. Tel est le secret de l’expression par laquelle l’Écriture désigne le vin comme du sang : « Tu boiras le sang du raisin, vin pur » (Deutéronome 32,14) ; « Il lava son vêtement dans le vin et sa tunique dans le sang des raisins » (Genèse 49,11). Les hé supplémentaires ne sont pas vains. C’est ce que nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : l’homme émet du blanc et la femme émet du rouge.
והנה חטא האם וחטא הבנות במעשה הזה שוה ע"י היין שהוא הגורם רעות העולם, ואולי רבוי את אבינו, את אבינו הראשון, שגם הוא שתה ע"י אשה, והבן.
La faute de la mère et celle des filles sont donc semblables dans cet acte, par le vin qui cause les maux du monde. Peut-être la particule eth dans « notre père » inclut-elle notre premier père, qui lui aussi but par l’intermédiaire d’une femme. Comprends-le.
ותשקין את אביהן יין בלילה הוא. היה ראוי שיאמר בלילה ההוא, אבל מלת הוא שמו של הקב"ה, וזהו שדרשו רז"ל הקב"ה סייע באותו מעשה ונזדמן להן יין במערה.
« Elles firent boire du vin à leur père cette nuit-là. » Il aurait fallu dire ballayla hahou, avec le hé démonstratif ; mais Hou est un Nom du Saint, béni soit-Il. Nos Sages, de mémoire bénie, ont ainsi enseigné qu’Il apporta Son concours à cet acte et que du vin leur fut procuré dans la grotte.
ותלד הבכירה בן ותקרא שמו מואב. דרשו רז"ל אל תקרי מואב אלא מאב, לא היתה צנועה ופירשה הדבר שנולד מאביה, אבל הצעירה קראתו לשון נקיה בן עמי.
« L’aînée enfanta un fils et l’appela Moab. » Nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné : ne lis pas Moab, mais méav, « du père ». Elle ne fut pas pudique et précisa qu’il était né de son père ; la cadette, en revanche, l’appela avec une expression décente, Ben-Ammi.
ודרשו רז"ל בהוריות (דף י' ע"ב) אין הקב"ה מקפח שכר שיחה נאה, דאלו בכירה דקראתו מואב א"ל רחמנא למשה (דברים ב׳:ט׳) אל תצר את מואב ואל תתגר בם מלחמה, מלחמה הוא דלא הא צעורי צערינהו, ואלו צעירה דקראתו בן עמי א"ל רחמנא למשה אל תצורם ואל תתגר בם, כלל, ואפי' צער.
Dans Horayot (10b), nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné : le Saint, béni soit-Il, ne prive pas une parole convenable de sa récompense. Pour l’aînée, qui l’appela Moab, le Miséricordieux dit à Moché : « Ne tourmente pas Moab et ne le provoque pas à la guerre » (Deutéronome 2,9) : la guerre est interdite, mais on peut lui causer de la peine. Pour la cadette, qui l’appela Ben-Ammi, Il dit : « Ne les tourmente pas et ne les provoque pas » — en rien, pas même pour leur causer de la peine.
וישלח אבימלך מלך גרר ויקח את שרה אחר שנלקחה שרה במצרים אצל פרעה ונעשה לו נס גדול שהוצרך לו להחזירה לו בעל כרחו ע"י נגעים גדולים, מה היה חוזר עתה בגרר ואומר לכל אחותי היא, וכי היה סומך על הנס בכל פעם ופעם, ושמא אין עושין לו נס.
« Avimélekh, roi de Guérar, envoya prendre Sara. » Après que Sara eut été prise en Égypte chez Pharaon, et qu’un grand miracle l’eut contraint à la rendre malgré lui par de grandes plaies, pourquoi Avraham recommençait-il à Guérar à dire à tous : « Elle est ma sœur » ? Comptait-il sur un miracle chaque fois ? Peut-être ne lui en serait-il pas accordé.
וכתב רבינו חננאל ז"ל כי עכשיו כשבא בגרר גרשה, לפי שהיה ירא שמא יהרגוהו אם היה אומר שהיא אשתו, ואעפ"כ לא הניחו ה' ית' שיפרד ממנה ולא הניח את הצדיקת אצל הרשע, כי לא ינוח שבט הרשע על גורל הצדיקים, וגרושין הללו היה מפני הפחד, וזה שאמר הש"י והיא בעולת בעל, שלא גרשה רק מפני הפחד כי אנוס הוא, ונמצא שאין הגרושין גרושין גמורין,
Rabbénou ‘Hananel, de mémoire bénie, écrit qu’en arrivant à Guérar il divorça d’elle, craignant d’être tué s’il disait qu’elle était sa femme. Malgré cela, l’Éternel ne le laissa pas se séparer d’elle et ne laissa pas la juste auprès du méchant, car le sceptre de la méchanceté ne reposera pas sur le lot des justes. Ce divorce était motivé par la peur ; c’est pourquoi l’Éternel dit : « Elle est mariée à un époux. » Il n’avait divorcé que par peur, sous la contrainte : le divorce n’était donc pas pleinement valide.
וזהו שאמר אבימלך הגוי גם צדיק תהרוג. כלומר הגוי שאין לו זה הדין אלא אפי' אנוס גרושיו גרושין, ועוד שהוא צדיק שלא קרב אליה תהרוג, ולא עוד אלא שהוא אמר לי אחותי היא והיא גם היא אמרה פעם אחר פעם אחי הוא, בתם לבבי לקחתיה ובנקין כפי שעדיין לא קרבתי אליה.
C’est ce que dit Avimélekh : « Ferais-Tu périr même une nation juste ? » Autrement dit : un homme des nations, pour lequel cette règle ne s’applique pas et dont le divorce est valide même sous la contrainte, et qui est en outre juste puisqu’il ne l’a pas approchée, le ferais-Tu périr ? De plus, lui m’a dit « elle est ma sœur », et elle aussi a répété « il est mon frère ». Je l’ai prise dans l’intégrité de mon cœur et l’innocence de mes mains, puisque je ne l’ai pas encore approchée.
הגוי גם צדיק תהרוג. יתכן לפרש כי היה אבימלך אומר על עצמו אם אתה הורג גוי זה תהיה סבה שיהרג גם הצדיק, ואמר זה על אברהם כי אם יהרג המלך על המעשה הזה הלא עבדי המלך יהרגו לאברהם.
« Ferais-Tu périr même une nation juste ? » On peut expliquer qu’Avimélekh disait à son propre sujet : si Tu tues cet homme des nations, Tu causeras aussi la mort du juste. Il parlait d’Avraham : si le roi mourait à cause de cette affaire, ses serviteurs tueraient Avraham.
וגם אמנה. אמונה בפי, אחותי בת אבי היא, ולא היתה בת אביו אלא בת הרן היתה שהיה בנו של תרח שנאמר (בראשית י״א:כ״ט-ל׳) בת הרן אבי מלכה ואבי יסכה, ויסכה זו שרי, ובני בנים הרי הן כבנים, ומזה אמר בת אבי כלומר בת בן אבי.
« Et aussi, en vérité. » La vérité est dans ma bouche : « Elle est ma sœur, fille de mon père. » Elle n’était pas la fille de son père, mais de Haran, fils de Téra’h : « Fille de Haran, père de Milka et père de Yiska » (Genèse 11,29-30). Yiska est Saraï, et les petits-enfants sont comme les enfants. « Fille de mon père » signifie donc fille du fils de mon père.
ויהי כאשר התעו אותי אלהים מבית אבי. רמז שהיו בית אביו עובדי ע"ז ועל שהיו מתעין אותו מבית אביו לעבוד אלהים אחרים הוצרך לצאת משם וללכת אל ארץ אחרת ולאמר לאשתו זה חסדך אשר תעשי וגו'.
« Lorsque les dieux m’égarèrent loin de la maison de mon père. » Il indique que la maison de son père pratiquait l’idolâtrie. Parce qu’ils cherchaient à l’égarer depuis la maison de son père pour servir d’autres dieux, il dut quitter ce lieu, aller dans un autre pays et dire à sa femme : « Voici la bonté que tu me feras, etc. »
הנה נתתי אלף כסף לאחיך. אמר זה על מה שהזכיר למעלה צאן ובקר ועבדים ושפחות שהיו שוים אלף כסף, לאחיך אותו שאמרת שהוא אחיך, והכסף הזה הוא לך כסות עינים שיכסו עיני המביטים בך כשנתתי אותו לאחיך ולא לך,
« Voici, j’ai donné mille pièces d’argent à ton frère. » Il parlait du petit et du gros bétail, des serviteurs et des servantes mentionnés plus haut, qui valaient mille pièces d’argent. « À ton frère » : à celui que tu as présenté comme ton frère. Cet argent est pour toi un voile sur les yeux : il couvrira les yeux de ceux qui te regardent, puisque je l’ai donné à ton frère, non à toi.
שאלו נתתי לך היו הכל מרננין ואומרין ראו מה נתן לה באתננה אבל עכשיו שנתתי לאחיך יאמרו המלך הוצרך לפדות עצמו ונתן ממון על כרחו והלא הוא שונא לאברהם וחפץ בו שימות, והענין הזה יהיה לך פ"פ לכל האנשים אשר אתך ועם כל באי עולם תוכלי להתוכח ולהצדיק את עצמך.
Si je te l’avais donné, tous auraient murmuré : voyez ce qu’il lui a donné comme salaire de débauche. Maintenant que je l’ai donné à ton frère, ils diront : le roi a dû se racheter et donner de l’argent malgré lui, puisqu’il déteste Avraham et souhaite sa mort. Tu auras ainsi une réponse à tous ceux qui sont avec toi ; devant tous les habitants du monde, tu pourras argumenter et te justifier.
ויש שפירשו ואת כל ונוכחת ועכ"ז היתה שרה מתוכחת עמו ולא רצתה למחול לו עלבון התפיסה וכ"ז מתוך הענוה הגדולה אשר לה, או יהיה ואת כל דבק למעלה לכל אשר אתך ואת כל, ויהיה ונוכחת כלומר ראוי לך שתהיי נוכחת מזה עתה, ודעת רז"ל כסות עינים שהוא קללה שנתקיים בזרעה, ומכאן דרז"ל אל תהי קללת הדיוט קלה בעיניך.
Certains expliquent « et malgré tout, tu discutais » : Sara continuait à discuter avec lui et ne voulait pas lui pardonner l’affront de sa capture, tout cela en raison de sa grande humilité. Ou bien « et à tous » se rattache à ce qui précède : « à tous ceux qui sont avec toi, et à tous » ; « tu seras reprise » signifie alors : il convient que tu en tires maintenant une leçon. Selon nos Sages, de mémoire bénie, « un voile sur les yeux » était une malédiction qui s’accomplit dans sa descendance. Ils en ont déduit : ne tiens pas pour légère la malédiction d’un simple particulier.
ויש שפירשו עוד כי הנה הוא שתאמרי אחיך כסות עינים ודרך מוסר ולמי לכל אשר אתך כלומר עם בני ביתך, אבל עם כל העולם ונוכחת תהיי נוכחת שלא תאמרי כן כי אפשר שתבואו לידי מכשול.
D’autres expliquent encore : appeler cet homme “ton frère” est un voile sur les yeux et une conduite convenable. Pour qui ? Pour tous ceux qui sont avec toi, c’est-à-dire les membres de ta maison. Mais devant le monde entier, « tu seras reprise » : tu dois apprendre à ne pas parler ainsi, car vous pourriez en venir à une faute.
ובמדרש כסות עינים עשו לה כסות שיהיו הכל מביטים ביפיה ולא בנויה. ד"א כסות עינים שהיא עשויה עינים עינים:
Dans le Midrash : « Un voile sur les yeux. » Faites-lui un vêtement, afin que tous regardent la beauté du vêtement et non la sienne. Autre explication : un vêtement fait de motifs en forme d’yeux.
ויתפלל אברהם אל האלהים. ע"ד הקבלה אל האלהים היא המדה העשירית ועליה הזכיר מיד וירפא אלהים לפי שנהפכה מדה"ד למדה"ר, כי עצור עצר ה' מד"ר שנהפכה עליו לדין,
« Avraham pria vers Dieu. » Selon la voie de la Kabbale, « vers Dieu » désigne le dixième attribut. Il est aussitôt dit à son sujet : « Dieu guérit », parce que l’attribut de rigueur se transforma en miséricorde. « Car l’Éternel avait entièrement fermé » : l’attribut de miséricorde s’était transformé pour lui en rigueur.
ואם תשכיל בכתובים של מעלה תראה שהזכיר תחלה ויבא אלהים אל אבימלך בחלום הלילה כי נגלית אליו שכינה לכבוד אברהם, וע"כ התפלל בשם אל"ף דל"ת ואמר אדני הגוי גם צדיק תהרוג, והתנצל בכל הענין כשנגלית אליו השכינה בחלום ז"ש ויאמר אליו האלהים בחלום הזכירו בה"א הידיעה ודבר עמו וא"ל גם אנכי ידעתי כי בתם לבבך, כלו' אתה אומר בתם לבבי ובנקיון כפי עשיתי זאת ואתה היודע גם אני ידעתי כי אנכי היודע ועד,
Si tu examines les versets précédents, tu verras qu’il est d’abord dit : « Dieu vint à Avimélekh dans un rêve nocturne » : la Présence divine lui apparut en l’honneur d’Avraham. Il pria donc par le Nom commençant par aleph-dalet : « Seigneur, ferais-Tu périr même une nation juste ? » Il se justifia sur toute l’affaire lorsque la Présence divine lui apparut en rêve. C’est le sens de « Le Dieu lui dit en rêve », avec l’article défini. Il lui dit : « Moi aussi, Je sais que c’est dans l’intégrité de ton cœur. » Autrement dit : tu dis avoir agi dans l’intégrité de ton cœur et l’innocence de tes mains, et tu le sais ; Moi aussi, Je le sais, car Je suis Celui qui sait et témoigne.
ואחשוך גם אנכי אותך, ביאור הכתוב ואחשוך גם אנכי אותך כי גם מאת הסבה העליונה שהוא האחד הנסתר באה לו מניעת החטא. וז"ש אנכי ולא אמר אני ממה שידעת מדרך הקבלה כי אנכי פנימי יותר מאני לתוספת הכ"ף, ואולי מטעם זה נסתרה האל"ף ממלת מחטוא לי, ובאר לך הכתוב כי החוטא אל האלהים חוטא אל האחד הנסתר וכל הממר בו ממר בשם המיוחד שבקרבו:
« Moi aussi, Je t’ai retenu. » Cela signifie que l’empêchement de la faute lui vint aussi de la Cause supérieure, l’Un caché. C’est pourquoi Il dit anokhi, et non ani : tu sais, selon la voie de la Kabbale, qu’anokhi est plus intérieur qu’ani, par l’ajout du kaf. Peut-être est-ce pour cette raison que l’aleph est caché dans le mot mé’hato, “de pécher contre Moi”. Le verset t’explique que celui qui faute envers Elohim faute envers l’Un caché, et que quiconque se rebelle contre lui se rebelle contre le Nom particulier qui est en lui.
כי עצור עצר ה'. זה עצירת נקבים גדולים וקטנים וע"כ ככפל הלשון, בעד כל רחם זו עצירת לידה וזה כולל כל הנקבות באדם ובבהמות וכל ב"ח, וכן דרז"ל אפי' תרנגולת של בית אבימלך לא הטילה ביצתה.
« Car l’Éternel avait entièrement fermé. » Cela désigne l’obstruction des orifices pour les grandes et petites nécessités, d’où le redoublement du verbe. « Toute matrice » désigne l’empêchement de l’enfantement : cela inclut toutes les femelles, humaines, domestiques et de tous les êtres vivants. Nos Sages, de mémoire bénie, ont dit que même une poule de la maison d’Avimélekh ne pondit pas son œuf.
ובכתוב הזה נתפרש חולי המלך וכל ביתו כי עד עתה לא הזכירתו הפרשה ולא ידענו במה לקה, ולא הזכיר הלקות בשם אבימלך כשם שהזכיר הרפואה בשמו וירפא אלהים את אבימלך, אבל הענין הזה כדי לחלוק כבוד למלכות ודרך מוסר וכבוד לשרה, לא הזכירה תורה כן:
Ce verset précise la maladie du roi et de toute sa maison : jusque-là, le passage ne l’avait pas mentionnée, et nous ignorions de quoi il avait été frappé. Le texte ne nomme pas Avimélekh à propos du mal, comme il le fait pour la guérison : « Dieu guérit Avimélekh. » Il s’en abstient pour honorer la royauté, par convenance et par respect pour Sara.
וה' פקד את שרה כאשר אמר. בהריון. ויעש ה' לשרה כאשר דבר בלידה. וז"ש מיד ותהר ותלד, ונסמכה פרשה זו לפרשת כי עצור עצר ה' להודיע כי השי"ת הוא העוצר והוא הפוקד ואין זולתו.
« L’Éternel visita Sara comme Il l’avait dit » : par la grossesse. « L’Éternel fit pour Sara comme Il l’avait annoncé » : par l’enfantement. C’est pourquoi il est aussitôt dit : « Elle conçut et enfanta. » Ce passage est joint à « Car l’Éternel avait entièrement fermé » pour faire savoir que l’Éternel est Celui qui empêche et Celui qui visite ; il n’en est pas d’autre.
ובמדרש
Dans le Midrash : « L’Éternel visita Sara. » C’est ce que dit l’Écriture : « Tous les arbres des champs sauront que Moi, l’Éternel, J’ai abaissé l’arbre élevé, élevé l’arbre bas, desséché l’arbre vert et fait fleurir l’arbre sec ; Moi, l’Éternel, J’ai parlé et accompli » (Ézéchiel 5). « J’ai abaissé l’arbre élevé » : Sennachérib, dont il est dit : « Voici, Achour était un cèdre au Liban, de belle stature. » « Élevé l’arbre bas » : Israël, qui s’abaisse, comme il est dit : « Moi aussi, Je vous ai rendus méprisés et abaissés » (Malachie 2,9). « Desséché l’arbre vert » : Avimélekh, comme il est dit : « Car l’Éternel avait entièrement fermé. » « Fait fleurir l’arbre sec » : Sara. « Moi, l’Éternel, J’ai parlé et accompli. »
וה' פקד את שרה זשאה"כ (יחזקאל ה') וידעו כל עצי השדה כי אני ה' השפלתי עץ גבוה הגבהתי עץ שפל הובשתי עץ לח והפרחתי עץ יבש אני ה' דברתי ועשיתי, השפלתי עץ גבוה זה סנחריב שנאמר הנה אשור ארז בלבנון יפה קומה. הגבהתי עץ שפל אלו ישראל שמשפילין עצמן שנאמר (מלאכי ב׳:ט׳) וגם אני נתתי אתכם נבזים ושפלים. הובשתי עץ לח אבימלך שנא' כי עצור עצר ה', הפרחתי עץ יבש זו שרה. אני ה' דברתי ועשיתי. וה' פקד את שרה מהו פקד אמר רבי יצחק כתיב (במדבר ה׳:כ״ח) ואם לא נטמאה האשה וטהורה היא וגו' וזו נכנסה לביתו של פרעה ויצאה טהורה לביתו של אבימלך ויצאה טהורה, אינו בדין שתפקד, הוי אומר וה' פקד את שרה, ע"כ בב"ר.
« L’Éternel visita Sara » : que signifie “visita” ? Rabbi Its’hak dit : il est écrit « Si la femme ne s’est pas rendue impure et qu’elle est pure, etc. » (Nombres 5,28). Celle-ci entra chez Pharaon et en sortit pure, puis chez Avimélekh et en sortit pure : n’est-il pas juste qu’elle soit visitée ? C’est pourquoi il est dit : « L’Éternel visita Sara. » Fin de la citation de Beréchit Rabba.
למועד אשר דבר אותו אלהים. זה הקב"ה, ויזכיר זה על מה שכתוב למעלה למועד הזה בשנה האחרת שתחלת הפרשה ויאמר אלהים לאברהם שרי אשתך וגו'.
« Au terme dont Dieu lui avait parlé. » Il s’agit du Saint, béni soit-Il. Cela renvoie à ce qui est écrit plus haut : « À ce terme, l’année prochaine », dans le passage commençant par « Dieu dit à Avraham : Saraï ta femme, etc. »
ויעש אברהם משתה גדול. אין ספק שהיו גדולי הארץ באותו משתה כי היה הפלא גדול ביצחק, גם העושר בבית אברהם רב, ואפשר שהיו שם מלכים ויועצי ארץ, שכבר מצינו שהיו מלכי הארץ דורשים שלומו ורוצים לכרות ברית עמו, אבל מפני שהיה ענין משתה ושמחה לא נתפרשו שמותם.
« Avraham fit un grand festin. » Sans aucun doute, les grands du pays étaient à ce festin : le prodige concernant Its’hak était grand, et la maison d’Avraham possédait de grandes richesses. Des rois et des conseillers du pays y étaient peut-être présents, puisque nous trouvons que les rois recherchaient sa paix et voulaient conclure alliance avec lui. Mais, comme il s’agissait d’un festin et de réjouissance, leurs noms ne furent pas précisés.
והנה מצינו בבית האבל שהכתוב מפרש שמות הבאים שם, אלו חביריו של איוב שכתוב בהם (איוב ב׳:י״א) ויבאו איש ממקומו אליפז התימני ובלדד השוחי וצופר הנעמתי. ומזה אמר שלמה ע"ה (קהלת ז׳:ב׳) טוב ללכת אל בית אבל מלכת אל בית משתה. באר לנו הכתוב כי כל שמחת העוה"ז הבל וריק.
En revanche, dans une maison de deuil, l’Écriture nomme ceux qui viennent : les compagnons de Job, dont il est écrit « Ils vinrent chacun de son lieu : Élifaz de Téman, Bildad de Choua’h et Tsofar de Naama » (Job 2,11). C’est pourquoi Salomon, que la paix soit sur lui, dit : « Mieux vaut aller à la maison de deuil qu’à la maison de festin » (Ecclésiaste 7,2). L’Écriture nous enseigne que toute joie de ce monde est vanité et vide.
ביום הגמל את יצחק. מנהג העולם שיעשה אדם סעודה ביום שנולד לו בן או ביום המילה לכבוד המצוה. ומה שאחר אברהם לעשות משתה יצחק עד יום הגמל אותו, יתכן לפרש שמיום גמלו הניחו לת"ת, ואין לתמוה, שהרי בן ג' שנים הכיר אברהם את בוראו.
« Le jour où Its’hak fut sevré. » L’usage est de faire un repas à la naissance d’un fils ou au jour de la circoncision, en l’honneur du commandement. Pourquoi Avraham attendit-il le sevrage d’Its’hak ? On peut expliquer que, dès son sevrage, il le consacra à l’étude de la Torah. Cela ne doit pas étonner : Avraham reconnut son Créateur à trois ans.
ע"כ לא רצה לעשות הסעודה לא ביום הלידה ולא ביום המילה והניח הדבר עד יום הגמל אותו כדי שישמח בבנו בשמחת התורה שכתוב בה (תהילים י״ט:ט׳) פקודי ה' ישרים משמחי לב. וכענין שכתוב (ישעיהו כ״ח:ט׳) את מי יורה דעה ואת מי יבין שמועה גמולי מחלב. כי תכף שנגמל נתקדש להיות פרוש ונבדל לעבודת ה' ומזומן להיות עולה תמימה.
C’est pourquoi il ne voulut faire le repas ni le jour de la naissance ni celui de la circoncision ; il attendit le sevrage pour se réjouir de son fils par la joie de la Torah, dont il est écrit : « Les préceptes de l’Éternel sont droits, ils réjouissent le cœur » (Psaumes 19,9). De même : « À qui enseignera-t-il la connaissance, à qui fera-t-il comprendre l’enseignement ? À ceux qui sont sevrés du lait » (Isaïe 28,9). Dès son sevrage, il fut sanctifié, séparé et réservé au service de l’Éternel, prêt à être un holocauste parfait.
וידוע עוד כי אין אהבת האב לבן לא ביום הלידה ולא ביום המילה אלא ביום שנגמל, ואז תתחזק אהבתו יותר ויותר.
On sait encore que l’amour du père pour son fils ne se fixe ni au jour de la naissance ni à celui de la circoncision, mais au jour du sevrage ; alors, cet amour se renforce de plus en plus.
ובמדרש ביום הגמל את יצחק, ביום ה"ג מל את יצחק, ומכאן יש סמך למנהגנו שאנו עושים סעודה ביום המילה, שהרי לפי המדרש הזה עשה אברהם משתה גדול ביום ח' למילת יצחק, ומנהג כשר הוא, ועליו אמר דוד (תהילים נ׳:ה׳) אספו לי חסידי כורתי בריתי עלי זבח.
Dans le Midrash : « Le jour où Its’hak fut sevré », higgamèl, se lit : le jour hé-guimel, soit huit, il circoncit Its’hak. Cela appuie notre coutume de faire un repas le jour de la circoncision : selon ce Midrash, Avraham fit un grand festin au huitième jour, pour la circoncision d’Its’hak. C’est une bonne coutume, à propos de laquelle David dit : « Rassemblez-Moi Mes fidèles, ceux qui concluent Mon alliance par le sacrifice » (Psaumes 50,5).
מצחק. לשון ע"ז לשון רציחה לשון גלוי עריות, כי היו ישמעאל ויצחק מריבים על הירושה והיה אומר ישמעאל ליצחק אני בכור ואני נוטל פי שנים והיה יוצא לשדה וזורק בו חצים הה"ד (משלי כ״ו:י״ח-י״ט) כמתלהלה היורה זיקים חצים ומות כן איש רמה את רעהו ואמר הלא מצחק אני. ולמדנו זה מתשובת שרה כי לא יירש בן האמה, כך פירש רש"י ז"ל.
« Qui jouait. » Le mot évoque l’idolâtrie, le meurtre et les unions interdites. Yichmaël et Its’hak se disputaient l’héritage ; Yichmaël disait à Its’hak : je suis l’aîné et je prends une double part. Il sortait dans le champ et lui lançait des flèches. C’est ce qui est écrit : « Comme un insensé qui lance des traits enflammés, des flèches et la mort, ainsi l’homme qui trompe son prochain et dit : N’était-ce pas pour jouer ? » (Proverbes 26,18-19). Nous l’apprenons de la réponse de Sara : « Le fils de cette servante n’héritera pas. » Ainsi l’explique Rachi, de mémoire bénie.
והחכם ר"א פי' מצחק משתעשע כדרך כל נער, ושרה אמנו קנאה בו שהיה גדול מבנה.
Le sage Rabbi Avraham explique “qui jouait” comme un amusement ordinaire d’enfant. Sara notre mère éprouva de la jalousie envers lui parce qu’il était plus grand que son fils.
אבל הרמב"ן ז"ל פי' מצחק מלעיג ומפני זה אמר את בן הגר המצרית כלומר בן שפחה כי היה יכול לומר ותרא את ישמעאל מצחק, וע"כ אמרה לו שרה גרש האמה וגו'. כי העבד המלעיג על אדוניו חייב מיתה אבל איני רוצה שתמיתהו אלא שתגרש אותו ואת אמו,
Mais Ramban, de mémoire bénie, explique “qui jouait” comme “qui se moquait”. C’est pourquoi le texte dit « le fils de Hagar l’Égyptienne », c’est-à-dire le fils d’une servante, alors qu’il aurait pu dire « Elle vit Yichmaël qui jouait ». Sara lui dit donc : « Chasse cette servante, etc. » L’esclave qui se moque de ses maîtres mérite la mort ; mais je ne veux pas que tu le fasses mourir, seulement que tu le chasses avec sa mère.
והוקשה הדבר בעיני אברהם כמו שמעיד הכתוב וירע הדבר מאד בעיני אברהם, ואמר על אודות בנו גלה בזה מעלתו של אברהם שלא הוקשה לו על חשק הפילגש רק על אודות בנו כי אילו אמרה לגרש הפילגש לבדה לא היה קשה בעיניו.
Cela fut pénible à Avraham, comme l’atteste le verset : « La chose déplut beaucoup aux yeux d’Avraham. » Les mots « à cause de son fils » révèlent sa grandeur : ce qui lui pesait n’était pas l’attachement à la concubine, mais le sort de son fils. Si elle avait demandé de chasser la concubine seule, cela ne lui aurait pas été pénible.
וישכם אברהם בבקר ויקח לחם וחמת מים. היה לו לתת לה כסף וזהב וגמלים נושאים אותם לפי שפע הממון שהיה בבית אברהם, כי בנו היה שהתפלל עליו לו ישמעאל יחיה לפניך. אבל מפני שאמרה לו שרה שיגרש אותו ואת אמו וה' אמר לאברהם כל אשר תאמר אליך שרה שמע בקולה ע"כ שמע לקול שרה וגרש אותו ואת אמו בלחם וחמת מים כך פירש הרמב"ן ז"ל.
« Avraham se leva tôt le matin et prit du pain et une outre d’eau. » Il aurait dû lui donner de l’argent, de l’or et des chameaux pour les porter, vu l’abondance des biens dans sa maison. C’était son fils, pour lequel il avait prié : « Puisse Yichmaël vivre devant Toi ! » Mais Sara lui avait dit de le chasser avec sa mère, et l’Éternel avait dit à Avraham : « Tout ce que Sara te dira, écoute sa voix. » Il l’écouta donc et les chassa avec du pain et une outre d’eau. Ainsi l’explique Ramban, de mémoire bénie.
ויתכן לומר כי מה שגרש אותו בלחם ומים שיכלול ענין אחר, והוא שאברהם ראה במראה הנבואה שעתידים בניו להשתעבד תחת ידי ישמעאל, וכי ישנאו אותם שנאה גדולה שאין אומה בעולם שיהיו שונאים לישראל כבני ישמעאל, וע"כ התנהג אברהם עמו כמו שראוי להתנהג עם השונא ונתן לו לחם ומים, הוא שכתוב (משלי כ״ה:כ״א) אם רעב שונאך האכילהו לחם ואם צמא השקהו מים.
On peut dire que ce renvoi avec du pain et de l’eau contient un autre sens : Avraham vit par prophétie que ses descendants seraient asservis sous la domination de Yichmaël et subiraient de leur part une grande haine, aucune nation ne haïssant Israël autant que les descendants de Yichmaël. Il se conduisit donc envers lui comme il convient de se conduire envers l’ennemi et lui donna du pain et de l’eau : « Si ton ennemi a faim, donne-lui du pain ; s’il a soif, donne-lui de l’eau » (Proverbes 25,21).
כי שמע אלהים אל קול הנער באשר הוא שם. כלומר באותו המקום שהוא שם אתן לו מים וישתה טרם שיפרד מן המקום. ודרשו רז"ל אין דנין את האדם אלא לפי מעשיו שבאותה שעה, שנאמר אל קול הנער באשר הוא שם.
« Car Dieu a entendu la voix du garçon, là où il est. » Autrement dit : dans le lieu même où il se trouve, Je lui donnerai de l’eau et il boira avant de le quitter. Nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné que l’homme n’est jugé que selon ses actes à cet instant : « La voix du garçon, là où il est. »
קומי שאי את הנער. אחר שישתה, והחזיקי את ידך בו.
« Lève-toi, soulève le garçon. » Après qu’il aura bu, et affermis ta main sur lui.
ודע כי לפי סדור הפרשיות כבר היה ישמעאל בעת הזאת בן י"ו שנה, שהרי כשנולד היו לו לאברהם פ"ו שנים שנאמר ואברם בן שמונים שנה ושש שנים בלדת הגר את ישמעאל וגו', ובן מאה שנה הוליד אברהם ליצחק שנאמר ואברהם בן מאה שנה בהולד לו את יצחק בנו, וב' שנים אחר שגמלתו ליצחק, הרי לו י"ו שנה לישמעאל במעשה הזה.
Sache que, selon l’ordre des passages, Yichmaël avait alors seize ans. Avraham avait quatre-vingt-six ans à sa naissance : « Avram avait quatre-vingt-six ans lorsque Hagar enfanta Yichmaël. » Il avait cent ans à la naissance d’Its’hak : « Avraham avait cent ans lorsque lui naquit Its’hak son fils. » En ajoutant les deux années jusqu’au sevrage d’Its’hak, Yichmaël avait seize ans lors de cet événement.
אע"פ שיקשה לזה מה שהזכיר הכתוב ויתן אל הגר שם על שכמה ואת הילד, היאך ישים על שכמה בן י"ו שנה, ואם תאמר שאין ואת הילד חוזר למה שאמר על שכמה, הרי מצינו ותשלך את הילד ונראה שהיתה מביאתו בחיקה ועתה בצער הצמא השליכתו מחיקה. ועוד שקראהו ילד כשם שקרא הכתוב את יצחק תכף שנגמל והוא בן שתי שנים, שנאמר ויגדל הילד ויגמל. ועוד שאמר לה מלאך ה' קומי שאי את הנער והיה ראוי שיאמר לכי עם הנער, ועוד שכתוב אחרי כן ויהי אלהים את הנער ויגדל. והמובן מזה כי קטן היה במעשה הזה. ואם אין הפרשיות כסדרן נצטרך לומר אין מוקדם ומאוחר בתורה.
Cela soulève toutefois une difficulté : « Il donna à Hagar, plaça sur son épaule, et l’enfant. » Comment placer sur son épaule un garçon de seize ans ? Si tu dis que “l’enfant” ne se rapporte pas à “sur son épaule”, nous trouvons pourtant « Elle jeta l’enfant » : elle semble l’avoir porté dans son sein, puis l’avoir jeté dans la souffrance de la soif. De plus, il l’appelle “enfant”, comme Its’hak juste après son sevrage, à deux ans : « L’enfant grandit et fut sevré. » L’ange lui dit « Lève-toi, soulève le garçon », alors qu’il aurait dû dire “va avec le garçon”. Enfin, il est écrit ensuite : « Dieu fut avec le garçon et il grandit. » Tout cela suggère qu’il était petit lors de cet événement. Si les passages ne suivent pas l’ordre chronologique, il faudra dire que la Torah ne suit pas nécessairement cet ordre.
אם תשקור לי ולניני ולנכדי. ביקש אבימלך שתי בריתות. האחד שלא יגרש אברהם את בניו מארצם, והשנית שלא ישחיתו להם פירות הארץ, זהו שאמר ועם הארץ אשר גרתה בה. ואברהם הודה בדבר ואמר אנכי אשבע.
« Que tu ne tromperas ni moi, ni mon fils, ni mon petit-fils. » Avimélekh demanda deux engagements : qu’Avraham ne chasse pas ses descendants de leur pays, et qu’ils ne détruisent pas les fruits de leur terre. C’est le sens de « et envers le pays où tu as séjourné ». Avraham accepta : « Moi, je jurerai. »
והבן היטב כי זאת השבועה היא הראשונה הנזכרת בתורה, ומפני שלשון שבועה נגזר מן שבעה כידוע בקבלה, לכך הציב אברהם שבע כבשות הצאן, וקרא המקום על שם השבועה באר שבע, וכן ביצחק מצינו שקרא הבאר על שם השבועה.
Comprends bien que c’est le premier serment mentionné dans la Torah. Puisque le terme de serment dérive de sept, comme on le sait par la Kabbale, Avraham mit à part sept brebis et appela le lieu Beer Chéva du nom du serment. Nous trouvons de même qu’Its’hak nomma le puits d’après le serment.
והענין כי הנשבע נכלל בשבעת הנקראים צרור החיים, ומאמין בתורה ובחיי העוה"ב, והעובר על השבועה הוא כופר בעיקר ומוציא עצמו מכלל השבועה, ואין לו חלק לעוה"ב.
Celui qui prête serment s’inclut dans les Sept, appelés Faisceau de la vie, et croit à la Torah et à la vie du monde à venir. Celui qui transgresse le serment renie le principe fondamental et s’exclut de l’ensemble du serment ; il n’a pas de part au monde à venir.
וכבר ידעת כי ששה קצוות עליונים הם שמו, וששה קצוות התחתונים חתומים בשמו, וע"כ בא המאמר לחכמי האמת בדבור לא תשא, שכל העולם כלו נזדעזע, מה שלא אמרו כן בשאר הדברות.
Tu sais déjà que les six extrémités supérieures constituent Son Nom et que les six extrémités inférieures sont scellées de Son Nom. C’est pourquoi les maîtres de la vérité ont enseigné, à propos de « Tu ne prononceras pas en vain », que le monde entier trembla, ce qu’ils n’ont pas dit des autres commandements du Décalogue.
והבן סוד הלשון שלא תמצא ממנו פעל קל שיאמר שבעו או שבע אלא נשבעו ונשבע כי פירוש נשבע הכניס עצמו בכלל השבעה אם הוא מקיים שבועתו. ואם הוא עובר על שבועתו יהיה פי' נשבע הוציא עצמו מכלל השבעה, והנה היא מלה כוללת דבר והפכו וכן ודשנו את המזבח. והבן זה
Comprends le secret du langage : tu ne trouves pas à ce sujet de verbe à la forme simple, tel chave‘ou ou chava‘, mais nichbe‘ou et nichba‘. Nichba‘, “il a juré”, signifie qu’il s’est inclus dans les Sept, s’il tient son serment. S’il le transgresse, nichba‘ signifie qu’il s’est exclu des Sept. Ce mot comprend donc une chose et son contraire, comme “ils débarrasseront l’autel de ses cendres”. Comprends-le.
ויטע אשל. שם אילן. ועל כן אמר ויטע כי כיון שהיה לו שם באר רצה לטעת שם אילנות ופרדסים להשקות ממי הבאר שחפר שם כדי שיהנה מן הפירות הוא והאורחים הבאים אל ביתו ומפני שהשתדלות הצדיק בנטיעות אינו אלא הכנה לפעולות שכליות לכך סמך מיד ויקרא שם בשם ה'.
« Il planta un échel. » C’est le nom d’un arbre ; c’est pourquoi il dit “planta”. Ayant là un puits, il voulut y planter des arbres et des vergers, les arroser de l’eau du puits qu’il avait creusé là et jouir des fruits avec les hôtes de sa maison. Puisque les plantations du juste ne sont qu’une préparation aux activités intellectuelles, le texte poursuit aussitôt : « Il y invoqua le Nom de l’Éternel. »
ובמדרש ויטע אשל א' אכילה שי"ן שכיבה ל' לויה. והן הן אותיות של שא"ל. כי אברהם היה אומר לכל עובר ושב שאל מה אתן לך ונותן לו כל מה ששואל
Dans le Midrash : échel est composé d’aleph, nourriture ; chin, coucher ; lamed, accompagnement. Ce sont aussi les lettres de cheal, “demande” : Avraham disait à chaque passant “demande ce que je te donnerai”, et lui donnait tout ce qu’il demandait.
ודע כי מצות לויה היא גמר המצוה באכסניא ותכלית השכר. וכן כתוב (בראשית יח) ואברהם הולך עמם לשלחם ומתרגמינן לאלואיהון וסמך לו מיד וה' אמר לבאר כי בזכות הלויה בא אליו הדבור לגלות לו ענין סדום. וכן כתוב (תהלים קלה) כי יעקב בחר לו יה קרי בחר לויה. וכן נרמז באליעזר באמרו אל תאחרו אותי וה' הצליח וגו', ושיעור לויה כתבתי בפסוק ואברהם הולך עמם לשלחם, ובמסורת תרי ויטע בספרא ריש פסוק האחד, (בראשית ב) ויטע גן בעדן מקדם. השני באברהם. וזה ללמדך שכל המחזיק במצות אכסניא יורש גן עדן.
Sache que le commandement d’accompagner achève l’hospitalité et porte sa récompense à son terme. Il est écrit : « Avraham allait avec eux pour les accompagner » (Genèse 18), traduit par lealvayehon, puis aussitôt « L’Éternel dit » : par le mérite de l’accompagnement, la parole lui parvint pour lui révéler l’affaire de Sodome. De même, « Car Yaakov, Yah l’a choisi pour Lui » (Psaumes 135) se lit : Il a choisi l’accompagnement. Cela est aussi indiqué chez Éliézer : « Ne me retardez pas, puisque l’Éternel a fait réussir, etc. » J’ai donné la mesure de l’accompagnement au verset “Avraham allait avec eux pour les accompagner”. Selon la Massore, deux versets de la Torah commencent par “Il planta” : “Il planta un jardin en Éden, à l’orient” (Genèse 2), et celui d’Avraham. Cela enseigne que quiconque maintient le commandement de l’hospitalité hérite du jardin d’Éden.
ויקרא שם בשם ה'. לשון קריאה והכרזה. וכן יקרא איש חסדו כי שם ה' אקרא וכוונת הכתוב כי אברהם מכריז ומודיע לבריות שהעולם מחודש ויש לו מנהיג יחיד וקדמון. ועל כן יאמר כי ההכרזה הזאת היתה בשם ה' היחיד אל עולם הקדמון אשר הויתו ואלהותו קודם העולם והוא שאמר אל עולם כלומר שקדם לעולם. או יהיה ויקרא כמו ויתפלל, כדעת אונקלוס ע"ה, והוא מלשון (תהלים ל) אליך ה' אקרא.
« Il y invoqua le Nom de l’Éternel. » Il s’agit d’un appel et d’une proclamation, comme “un homme proclame sa bonté” et “je proclamerai le Nom de l’Éternel”. Avraham proclamait aux créatures que le monde a été créé et qu’il a un unique Gouverneur, antérieur à tout. Cette proclamation se faisait au Nom de l’Éternel unique, El Olam, antérieur au monde, dont l’existence et la divinité précèdent le monde. El Olam signifie donc Celui qui précède le monde. Ou vayyikra signifie “il pria”, selon Onkelos, comme dans : « Vers Toi, Éternel, j’appelle » (Psaumes 30).
והאלהים נסה את אברהם. זו היא פרשת העקדה אשר ישראל בטוחים להיות זכות העקדה מגין עליהם בכל דור ודור. ואין הנסיון ח"ו אצל ה' יתברך אלא אצל הבריות להודיע גודל מעלת הצדיק או הנביא. וכן אמר הכתוב (תהילים י״א:ה׳) ה' צדיק יבחן. ומה שנסמכה עקדה לפרשת אבימלך אומר במדרש נסה לשון זעף כדמתרגמינן זעפים נסיסים. וזה כנגד מה שהכעיס להקב"ה בשבע כבשות שנתן לאבימלך שכנגדן נענשו בניו שישב ארון הברית בשדה פלשתים שבעה חדשים.
« Dieu mit Avraham à l’épreuve. » C’est le passage de la ligature, dont Israël espère que le mérite le protégera à chaque génération. L’épreuve ne concerne pas, à Dieu ne plaise, la connaissance de l’Éternel, mais les créatures : elle leur fait connaître la grandeur du juste ou du prophète. Ainsi : « L’Éternel éprouve le juste » (Psaumes 11,5). Pourquoi la ligature suit-elle l’affaire d’Avimélekh ? Le Midrash explique nissa par l’irritation, comme le Targoum traduit “irrités” par nessissim. Cela répond à la colère qu’il suscita chez le Saint, béni soit-Il, par les sept brebis données à Avimélekh : en contrepartie, ses fils furent punis par les sept mois du séjour de l’arche dans le territoire des Philistins.
ודע כי נסיון העקדה היה לפרסם בעמים גודל חיוב היראה והאהבה בש"י. כי האהבה על ג' חלקים. האחד מי שאוהב את המלך ומתוך אהבתו יספר בשבחיו ויפרסם מעלותיו תמיד כל היום ויודיע לכל את גבורותיו. אבל לא היה חוסר מממונו כלום בשביל אהבתו. השני מי שאוהב אותו יותר מן הראשון יספר בשבחיו ויתן כל ממונו בשבילו אבל לא ימסור עצמו למיתה בשבילו. השלישי מי שאוהב אותו יותר משניהם יספר בשבחיו ויתן כל ממונו בשבילו וימסור עצמו למיתה.
Sache que l’épreuve de la ligature visait à faire connaître aux peuples la grandeur de l’obligation de craindre et d’aimer l’Éternel. L’amour comporte trois degrés. Le premier aime le roi et, par amour, raconte ses louanges, proclame sans cesse ses qualités et fait connaître sa puissance, mais ne se dépouille d’aucun bien pour cet amour. Le deuxième l’aime davantage : il raconte ses louanges et donne tous ses biens pour lui, mais ne livre pas sa vie. Le troisième l’aime plus que les deux autres : il raconte ses louanges, donne tous ses biens et livre sa vie pour lui.
והנה אברהם היה שלם בג' חלקים אלה. האחד ספר בשבחיו של מלכי המלכים הקב"ה ופרסם אלהותו ויחודו בעולם כענין שכתוב ויקרא שם בשם ה' אל עולם. לפי שאנשי דורו היו נותנים הנהגת העולם אל הכוכבים והמזלות והוא היה מדריכם בדרך האמת ומודיעם המנהיג היחיד שהוא אל עולם וכמאמר אליפז (איוב ה׳:ח׳) ואל אלהים אשים דברתי. יאמר כי הנהגת העולם אל ישימנה לכחות הגלגלים ולצבא השמים רק לש"י.
Avraham était accompli dans ces trois degrés. Premièrement, il racontait les louanges du Roi des rois, le Saint, béni soit-Il, et faisait connaître Sa divinité et Son Unité : « Il y invoqua le Nom de l’Éternel, El Olam. » Ses contemporains attribuaient le gouvernement du monde aux étoiles et aux constellations ; lui les guidait dans la vérité et leur faisait connaître l’unique Gouverneur, El Olam. Comme Élifaz dit : « C’est à Dieu que j’exposerai ma cause » (Job 5,8) : il ne faut pas attribuer la conduite du monde aux puissances des sphères et à l’armée des cieux, mais à l’Éternel.
השני פזר נתן לאביונים בשביל אהבת ה' יתברך הוא. שהיה בעל אכסניא ופתחו פתוח לכל עובר ושב. וכן אמרו במדרש ד' פתחים היו לו לביתו של אברהם והיו לד' רוחות העולם וכל מי שנכנס בפתח זה יוצא בפתח אחר כדי שלא יתבייש מפני עוברי דרכים. וכן נרמז בכתוב ויטע אש"ל בבאר שבע. ודרשו רז"ל אכילה שכיבה לויה. ולא עוד אלא שהיה מחזר אחריהם ורץ לקראתם שנאמר וירץ לקראתם. ועליו אמר הכתוב (משלי י״א:כ״ד) יש מפזר ונוסף עוד. ואין ספק כי היה נותן את כל הון ביתו באהבת ה' יתברך.
Deuxièmement, il distribuait aux pauvres par amour de l’Éternel. Hospitalier, sa porte était ouverte à tous les passants. Le Midrash dit que sa maison avait quatre portes, aux quatre directions du monde : celui qui entrait par une porte sortait par une autre pour ne pas avoir honte devant les voyageurs. C’est aussi l’allusion de l’échel planté à Beer Chéva : nourriture, coucher, accompagnement. De plus, il les recherchait et courait à leur rencontre : « Il courut à leur rencontre. » À son sujet : « Tel distribue et s’enrichit encore » (Proverbes 11,24). Sans aucun doute, il aurait donné tous les biens de sa maison par amour de l’Éternel.
הג' מסר עצמו למיתה בשביל אהבת ה' כשהושלך לכבשן האש על קדושת ה' יתברך. ולפי שהשיג מדריגת האהבה ועבר על ג' החלקים קראו הש"י אברהם אוהבי. אבל בענין זה של העקדה הראה אברהם תוקף אהבתו בשם יתברך שהיתה חזקה ועזה אין להעריך אותה עם שלשה חלקים הנזכרים ואין לדמותה למי שמוסר עצמו למיתה בשביל אוהבו או בשביל אדונו. כי ראוי היה אברהם אילו היו לו מאה גופין למסור את כולם למיתה על יצחק.
Troisièmement, il livra sa vie par amour de l’Éternel lorsqu’il fut jeté dans la fournaise pour la sanctification du Nom. Ayant atteint le degré de l’amour et traversé ces trois degrés, il fut appelé par l’Éternel “Avraham qui M’aime”. Mais dans la ligature, il manifesta une force d’amour si puissante qu’on ne peut la mesurer à ces trois degrés, ni la comparer au fait de livrer sa vie pour son ami ou son maître. S’il avait eu cent corps, Avraham aurait dû les livrer tous à la mort pour Its’hak.
אבל פעולה זו לא היתה כשאר הפעולות והנסיון הזה לא היה כשאר הנסיונות אין הטבע יכול לסובלו ואין הכח המדמה יכול לחשבו שיהיה אדם עקר וזקן בן מאה שנה ולו עושר ונכסים וכבוד והיה מתאוה לבן בתכלית התאוה והיה לו בן אחר היאוש היה ראוי לחשב תוקף האהבה החזקה לבן ההוא ותכפל האהבה יותר ויותר לסוף שנה ממה שהיה בן שמונה ימים ותכפל לחמש ועשר שנים יותר ממה שהיה בהיותו בן שנה שכבר הוא מגודל ומבחין בין טוב לרע ותכפל האהבה בהיותו קרוב לארבעים שנה הוא הוא הזמן ששכלו של אדם עומד על השלמות. וזהו יצחק שהיה בן ל"ז שנה בזמן העקדה ותכפל יותר ויותר כשיצוה לשחוט הבן הזה הוא בעצמו בידיו והאהבה הזאת אין דבר בעולם ראוי לעברה.
Cet acte n’était pas comme les autres actes, ni cette épreuve comme les autres épreuves. La nature ne peut le supporter, l’imagination ne peut le concevoir : un homme stérile, vieux de cent ans, riche, possédant biens et honneur, désirant un fils avec une ardeur extrême, reçoit ce fils après avoir perdu espoir. Considère la force de son amour pour ce fils : elle grandit encore au bout d’un an par rapport au huitième jour, puis à cinq et dix ans par rapport à un an, lorsque l’enfant grandit et distingue le bien du mal ; elle grandit encore à l’approche de quarante ans, lorsque l’intellect humain atteint sa plénitude. Its’hak avait trente-sept ans lors de la ligature. Elle grandit davantage encore lorsqu’il reçoit l’ordre d’égorger lui-même ce fils de ses propres mains. Rien au monde ne devrait surpasser cet amour.
ואברהם מתוך שהיה שלם באמונה עם היות הפלגת אהבתו אל יצחק הכיר כי ראוי שתתגבר אהבת ה' יתברך על אהבת יצחק. ולחוזק כח הפלגת האהבה החזקה הזאת שהיתה לו לאברהם בשם יתברך היתה נקלה בעיניו אהבת יצחק ובקש לשחטו אחר שלשה ימים שנאמר לו הדבור. כי אילו יעשה כן בפתע פתאום במקומו היתה פעולתו במהירות ובהלה. אבל כשהיה אחר מהלך שלשה ימים כבר נעשה בישוב דעת ועצה. והוא שאמרו בבראשית רבה למה ביום שלישי ולא ביום ראשון ולא ביום שני שלא יהו אומות העולם אומרים הממו ערבבו והלך לשחוט את בנו
Pourtant, Avraham, parfait dans la foi malgré son immense amour pour Its’hak, reconnut que l’amour de l’Éternel devait l’emporter. La puissance extrême de cet amour pour l’Éternel rendit léger à ses yeux celui d’Its’hak, et il entreprit de l’égorger trois jours après l’ordre. S’il l’avait fait soudainement sur place, son acte aurait été précipité et troublé. Après trois jours de marche, il agissait avec réflexion et résolution. Beréchit Rabba dit : pourquoi le troisième jour, non le premier ni le deuxième ? Afin que les nations ne disent pas : Il l’a frappé de stupeur, l’a troublé, et il est allé égorger son fils.
על כן עשה הפעולה ההיא ממש בידים. ועמה נבחן במדת היראה ובמדת האהבה יראה לא ליראת עונש ואהבה לא לתוחלת גמול כלומר על מנת לקבל פרס כי זאת לא תהיה אהבה גמורה שהרי יש שותה המשקה המר מדעתו שיועיל לו באחרית. וזהו שאמר עתה ידעתי כי ירא אלהים אתה.
Il accomplit donc effectivement cet acte de ses mains ; par lui furent éprouvés sa crainte et son amour : une crainte qui ne vise pas le châtiment, un amour qui n’attend pas de récompense. Car aimer pour recevoir un salaire ne serait pas un amour entier : certains boivent volontairement un breuvage amer pour le bien qu’ils en attendent à la fin. Tel est le sens de : « Maintenant Je sais que tu crains Dieu. »
וידוע כי הידיעה בשם יתב' בכל זמן. אבל פי' הדבר ידוע מעתה כי יצא מן הכח אל הפעל. וראה גם ראה זריזותו של אברהם וחריצותו במצוה זו כי היה יכול להוליך עמו חבורת אנשים מאנשי ביתו ולא הוליך עמו כי אם שנים הוא שכתוב שני נעריו עמו ישמעאל ואליעזר ואפילו אותן שני נערים לא היו עמו בשעת העקדה אבל אמר להם שבו לכם פה עם החמור. והענין כדי שלא יבטלו ממנו המעשה הזה ושלא ימחו בידו.
On sait que la connaissance de l’Éternel existe de tout temps ; le sens est que la chose est désormais connue, étant passée de la puissance à l’acte. Considère l’empressement d’Avraham dans ce commandement : il aurait pu emmener une troupe de gens de sa maison, mais n’emmena que deux jeunes gens, Yichmaël et Éliézer. Même ces deux-là n’étaient pas avec lui lors de la ligature : « Restez ici avec l’âne. » C’était pour qu’ils n’empêchent pas cet acte et ne s’opposent pas à lui.
קח נא את בנך את יחידך אשר אהבת את יצחק. האריך הכתוב בלשון הצוואה כדי להגדיל המצוה. וזהו שדרז"ל קח נא את בנך איזה בן? א"ל את יחידך. זה יחיד לאמו וזה יחיד לאמו. א"ל אשר אהבת. שניהם אני אוהב, אמר לו את יצחק.
« Prends donc ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Its’hak. » L’Écriture développe la formulation de l’ordre pour grandir le commandement. Nos Sages, de mémoire bénie, ont ainsi enseigné : “Prends ton fils” — lequel ? “Ton unique” — chacun est unique pour sa mère. “Celui que tu aimes” — je les aime tous deux. Il lui dit : “Its’hak”.
ולך לך. עשרה נסיונות נתנסה אברהם ונמצא שלם בכולם והראשון לך לך מארצך וענין העקדה היה נסיון אחרון.
« Et va-t’en. » Avraham subit dix épreuves et fut trouvé accompli dans toutes. La première fut « Va-t’en de ton pays » ; la ligature fut la dernière.
אל ארץ המוריה. הר המוריה הוא ירושלים, וקרא הקב"ה לכל הארץ מוריה על שם הר המוריה שבתוכו. ומה שנקראת ירושלים הר לפי שהוא מלשון אלך לי אל הר המור והקנמון והבשם הטוב היה גדל שם. וכן דרז"ל קנמון היה גדל בארץ ישראל והעזים וצבאים אוכלים ממנו. ואונקלוס תרגם ארע פולחנא. עשאו מן מורא כי שם עתידין לירא מלפני הש"י ולעבוד לפניו.
« Vers le pays de Moria. » Le mont Moria est Jérusalem. Le Saint, béni soit-Il, appela tout le pays Moria du nom du mont qui s’y trouve. Si Jérusalem est appelée montagne, cela évoque « Je m’en irai à la montagne de la myrrhe » : la cannelle et les bons aromates y poussaient. Nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné que la cannelle poussait en terre d’Israël et que les chèvres et les gazelles en mangeaient. Onkelos traduit “terre du service”, rapprochant le mot de mora, “crainte”, car on devait y craindre l’Éternel et Le servir.
ובמדרש הר המוריה שמשם יצאה הוראה לעולם.
Dans le Midrash : le mont Moria, parce que de là sortit l’enseignement pour le monde.
והעלהו שם לעולה. היה ראוי שיאמר והעלהו שם עולה. אבל על דרך הפשט הלמ"ד הזאת באורה במקום כלומר שתעלה אותו שם במקום עולה. וכמוהו (בראשית ו) הלבנה לאבן במקום אבן. שאם תפרש לעולה עולה ממש איך יצוה הקב"ה ואח"כ יחזור מצוויו. ואברהם מתוך תוקף האהבה הבין עולה ממש והקב"ה שבא לנסות לא כוון אלא במקום עולה. וזהו אשר לא צויתי ולא דברתי ולא עלתה על לבי.
« Fais-le monter là pour un holocauste. » Il aurait fallu dire “fais-le monter là en holocauste”, sans lamed. Selon le sens simple, ce lamed signifie “à la place de” : fais-le monter là à la place d’un holocauste. De même, “la brique pour pierre” (Genèse 6) signifie à la place de la pierre. Si tu comprends un holocauste réel, comment le Saint, béni soit-Il, pourrait-Il ordonner puis revenir sur Son ordre ? Dans la force de son amour, Avraham comprit un holocauste réel ; mais le Saint, béni soit-Il, venu l’éprouver, ne visait que “à la place d’un holocauste”. C’est le sens de : « Ce que Je n’ai pas ordonné, dont Je n’ai pas parlé et qui ne M’est pas monté au cœur. »
גם יתכן שירמוז על סוד הקרבן. וע"כ אמר לעולה שיעלהו שם למדה העשירית המתעלה. וכן הנסיון הזה עשירי וכן באיל אשר הוקרב תחתיו בא הלשון הזה בעצמו כי לא אמר ויקח את האיל ויעלהו עולה אבל אמר ויעלהו לעולה. ומפני זה הוסיף לומר תחת בנו שעליו נאמר והעלהו שם לעולה. וכן אמר יצחק ואיה השה לעולה וכן השיבו אביו אלהים יראה לו השה לעולה בני. והנה מלת לעולה היה המזבח שיזכיר בסמוך בה"א הידיעה, והמשכיל יבין.
Il peut aussi y avoir une allusion au secret du sacrifice : “pour un holocauste” signifie qu’il le fasse monter vers le dixième attribut qui s’élève. Cette épreuve aussi est la dixième. Le bélier offert à sa place reçoit exactement la même expression : le texte ne dit pas “il prit le bélier et le fit monter en holocauste”, mais “pour un holocauste”. Il ajoute donc “à la place de son fils”, à propos duquel il avait été dit “fais-le monter là pour un holocauste”. Its’hak dit aussi : “Où est l’agneau pour l’holocauste ?”, et son père répond : “Dieu verra pour Lui l’agneau pour l’holocauste, mon fils.” Le mot la‘ola désigne l’autel mentionné ensuite avec l’article défini. Celui qui possède le discernement comprendra.
ויבקע עצי עולה. מזריזותו במצוה כי אולי לא ימצא במקום ההוא עצים והוליכם ג' ימים. או שהיה אברהם פוסל עץ שנמצא בו תולעת כדין התורה ולקח מביתו עצים טובים ראוים לעולה ועל זה אמר ויבקע עצי עולה. א"ר ברכיה בשכר שבקע אברהם עצי עולה זכה שבקע הקב"ה הים לבניו שנא' (שמות י״ד:כ״א) ויבקעו המים. א"ל ר' לוי דייך ברכיה אלא אברהם לפי כחו והקב"ה לפי כחו, עד כאן בב"ר
« Il fendit le bois de l’holocauste. » C’était son empressement pour le commandement : peut-être ne trouverait-il pas de bois là-bas ; il le transporta donc trois jours. Ou bien Avraham écartait le bois contenant un ver, selon la loi de la Torah, et prit chez lui du bon bois convenant à l’holocauste. D’où “il fendit le bois de l’holocauste”. Rabbi Berakhia dit : en récompense du bois fendu par Avraham, le Saint, béni soit-Il, fendit la mer pour ses fils : « Les eaux se fendirent » (Exode 14,21). Rabbi Lévi lui dit : cela suffit, Berakhia ! Avraham agit selon sa puissance, et le Saint, béni soit-Il, selon la Sienne. Fin de la citation de Beréchit Rabba.
וירא את המקום מרחוק. אמרו במדרש אמר לו אברהם ליצחק רואה אתה מה שאני רואה אמר לו רואה אני הר נאה ומשובח וענן קשור עליו אמר לנערים רואים אתם כלום אמרו לו אין אנו רואים כלום אלא מדברות והרים. אמר להם שבו לכם פה עם החמור עם הדומה לחמור מה החמור אינו רואה אף אתם אינכם רואים, שבו לכם פה ואני והנער נלכה עד כה. מה יהיה בסוף שהקב"ה אמר לי כה יהיה זרעך. בן ל"ז שנה היה והכתוב קורהו נער. אבל דרך הכתובים בכך וכן מצינו ביהושע כתוב (שמות ל״ג:י״א) ומשרתו יהושע בן נון נער לא ימיש והוא היה בן נ"ו שנה.
« Il vit le lieu de loin. » Le Midrash rapporte : Avraham demanda à Its’hak “Vois-tu ce que je vois ?” Il répondit : “Je vois une belle et remarquable montagne, avec une nuée attachée à elle.” Il demanda aux jeunes gens s’ils voyaient quelque chose ; ils répondirent : “Nous ne voyons que déserts et montagnes.” Il leur dit : “Restez ici avec l’âne” — un peuple semblable à l’âne : comme lui, vous ne voyez pas. “Restez ici ; moi et le garçon, nous irons jusque-là”, ad ko : qu’adviendra-t-il à la fin de ce que le Saint, béni soit-Il, m’a dit, “ainsi sera ta descendance”, ko ? Il avait trente-sept ans et le texte l’appelle garçon. C’est l’usage de l’Écriture : elle dit de Yehochoua “son serviteur Yehochoua fils de Noun, un jeune homme, ne quittait pas…” (Exode 33,11), alors qu’il avait cinquante-six ans.
ונשובה אליכם. היה בדעתו של אברהם להשיב עצמותיו עמו ולכך אמר ונשובה אליכם בלשון רבים.
« Nous reviendrons vers vous. » Avraham pensait rapporter avec lui ses ossements ; c’est pourquoi il dit “nous reviendrons”, au pluriel.
ויאמר יצחק אל אברהם אביו ויאמר אבי ויאמר הנני בני. יש בפסוק הזה ד' מאמרות ולא ידעתי למה. ואמרו בב"ר ויאמר יצחק אל אברהם בא סמאל אצל אברהם א"ל מאי האי אבא בן שנתן לך למאה שנה אתה הולך לשחטו אמר לו על מנת כן. הלך אצל יצחק אמר לו אי ברא דעלובתא הולך הוא לשחטך אמר לו על מנת כן. הה"ד ויאמר יצחק אל אברהם אביו ויאמר אבי למה אבי ב' פעמים כדי שיתמלא עליו רחמים כאדם שמצר על עצמו ואומר ווי ווי. ע"כ
« Its’hak dit à Avraham son père ; il dit : Mon père ; il dit : Me voici, mon fils. » Ce verset contient quatre paroles, et je ne sais pourquoi. Beréchit Rabba dit : Samaël vint auprès d’Avraham et lui dit : “Qu’est-ce donc, père ? Ce fils qui t’a été donné à cent ans, tu vas l’égorger ?” Il répondit : “C’est à cette condition.” Il alla auprès d’Its’hak : “Ô fils de l’infortunée, il va t’égorger !” Il répondit : “C’est à cette condition.” C’est ce qui est écrit : “Its’hak dit à Avraham son père, et dit : Mon père.” Pourquoi deux fois “père” ? Pour éveiller sa compassion, comme celui qui souffre pour lui-même et dit “Hélas, hélas !” Fin de la citation.
ויאמר הנה האש והעצים ואיה השה לעולה. והשיב לו אברהם אלהים יראה לו השה לעולה בני. ואז הבין יצחק כי הוא העולה ואעפ"כ וילכו שניהם יחדו. ומפני זה הזכיר שנית וילכו שניהם יחדו. כי בראשון לא ידע יצחק הוא כי העולה ועתה שידע למדך הכתוב שנתרצה בדבר והלכו שניהם יחדו בכוונה אחת זה לשחוט וזה לישחט.
« Il dit : Voici le feu et le bois, mais où est l’agneau pour l’holocauste ? » Avraham répondit : « Dieu verra pour Lui l’agneau pour l’holocauste, mon fils. » Its’hak comprit alors qu’il était l’holocauste ; malgré cela, “ils allèrent tous deux ensemble”. Le texte répète cette expression parce que, la première fois, Its’hak ne savait pas qu’il était l’holocauste. Maintenant qu’il le savait, il nous enseigne son consentement : ils marchaient ensemble avec une même intention, l’un pour égorger, l’autre pour être égorgé.
ורבים ישאלו איזה מהם גדול כחו ומי משניהם הגדיל לעשות, אם אברהם הבא לשחוט את בנו הוא בעצמו בידיו. או יצחק המפקיר עצמו להשחט. יש שאמרו גדול כחו של אברהם יותר מיצחק לפי שהמפקיר עצמו ליהרג נקל הוא מאד מן האב שבא לשחוט את בנו בידיו, אם לא תאמר כן למה צוה הקב"ה לאברהם לשחוט את בנו בידיו יצוהו להרוג את עצמו או שתבא המצוה ליצחק. אלא בודאי זה ראיה כי גדול כחו של אברהם יותר מיצחק.
Beaucoup demandent lequel des deux manifesta le plus de force et accomplit le plus grand acte : Avraham, venu égorger son fils de ses propres mains, ou Its’hak, qui s’offrait à l’égorgement. Certains disent qu’Avraham manifesta davantage de force : s’offrir à la mort est bien plus facile que, pour un père, égorger son fils de ses mains. Sinon, pourquoi le Saint, béni soit-Il, ordonna-t-Il à Avraham d’égorger son fils ? Il aurait pu lui ordonner de se tuer lui-même, ou adresser l’ordre à Its’hak. Cela prouve donc qu’Avraham manifesta davantage de force.
ויש שאמר גדול כחו של יצחק לפי שאברהם נצטוה בזה מפי השם וזה נצטוה מפי אביו, ולכך גדול כח אמונתו של יצחק. ונראה כדעת האומר גדול כחו של אברהם, שהרי יצחק אע"פ שלא נצטווה מפי השם יתברך יודע היה באביו שהוא נביא ונתחייב לשמוע ממנו כמפי הש"י שהרי דבר הנביא דבר השם הוא, וכתיב (דברים י״ח:י״ט) והיה האיש אשר לא ישמע אל דברי אנכי אדרוש מעמו. ומטעם זה בזאת המצוה צוה הקב"ה לאברהם ולא ליצחק לבאר כי גדול כחו של אברהם.
D’autres disent qu’Its’hak manifesta davantage de force : Avraham reçut l’ordre de Dieu, mais lui de son père ; sa foi fut donc plus forte. L’opinion qui donne la supériorité à Avraham paraît cependant correcte. Bien qu’Its’hak n’ait pas reçu directement l’ordre de l’Éternel, il savait son père prophète et devait l’écouter comme l’Éternel Lui-même : la parole du prophète est celle de Dieu. Il est écrit : « L’homme qui n’écoutera pas Mes paroles, Je lui en demanderai compte » (Deutéronome 18,19). C’est pourquoi, pour ce commandement, le Saint, béni soit-Il, s’adressa à Avraham, non à Its’hak : pour montrer la plus grande force d’Avraham.
ויבן שם אברהם את המזבח. בה"א הידיעה. על דרך הפשט המזבח הידוע במצות התורה שלא יהיו אבניו גזית. וכן מקומו הידוע בהר המוריה.
« Avraham y bâtit l’autel. » Le mot porte l’article défini. Selon le sens simple, c’est l’autel conforme au commandement connu de la Torah : ses pierres ne doivent pas être taillées. C’est aussi son emplacement connu, sur le mont Moria.
וע"ד המדרש המזבח מזבח אין כתיב כאן אלא המזבח הוא המזבח שהקריב בו אדם הראשון. הוא המזבח שהקריבו בו קין והבל. הוא המזבח שהקריב בו נח ובניו. הוא המזבח שהקריבו בו הראשונים.
Selon la voie du Midrash, il n’est pas écrit “un autel”, mais “l’autel” : celui sur lequel Adam le premier homme offrit ; celui sur lequel Caïn et Hével offrirent ; celui sur lequel Noa’h et ses fils offrirent ; celui sur lequel les premiers hommes offrirent.
ועל דרך הקבלה באור המדרש הזה ידוע מי הוא הנקרא מזבח הוא המקבל תחלה והוא סוף הבנין. וזהו שאמר ויבן ובודאי הוא המזבח שהקריבו בו למעלה ולמטה.ובפרשת ויקרא ארמוז זה בעה"י
Selon la voie de la Kabbale, l’explication de ce Midrash est connue : celui qui est appelé Autel reçoit en premier et constitue l’achèvement de l’Édifice. C’est pourquoi il dit “il bâtit”. C’est assurément l’Autel sur lequel on offrit en haut et en bas. J’y ferai allusion dans la section Vayiqra, avec l’aide de l’Éternel.
ויערוך את העצים. הידועים אותן שבקע בביתו, שעליהן הזכיר למעלה ויבקע עצי עולה. או קראם בשם הידיעה לפי שאין כל העצים כשרים לקרבן.
« Il disposa le bois. » Le bois déterminé qu’il avait fendu chez lui : « Il fendit le bois de l’holocauste. » Ou l’article défini est employé parce que tous les bois ne conviennent pas au sacrifice.
ויעקוד את יצחק בנו וישם אותו על המזבח. אמרו במדרש כשבא לשחוט אמר יצחק, אבי אסור את ידי ורגלי שלא אראה את המאכלת ואזדעזע ויפסל הקרבן, בבקשה ממך אל תעש בי מום.
« Il lia Its’hak son fils et le plaça sur l’autel. » Le Midrash dit : lorsqu’il vint l’égorger, Its’hak dit : mon père, lie mes mains et mes pieds, de peur qu’en voyant le couteau je ne tremble et que le sacrifice ne soit invalidé. Je t’en prie, ne provoque pas en moi de défaut.
ממעל לעצים. א"ר חנינא מלמד שעשה אברהם את המזבח מכוון כנגד כסא הכבוד, כתיב הכא ממעל לעצים, וכתיב התם (ישעיה ו ב) שרפים עומדים ממעל לו.
« Au-dessus du bois. » Rabbi ‘Hanina dit : cela enseigne qu’Avraham disposa l’autel en correspondance avec le Trône de gloire. Il est écrit ici “au-dessus du bois”, et ailleurs : « Des séraphins se tenaient au-dessus de Lui » (Isaïe 6,2).
ויקח את המאכלת. אמר, אבי אל תודיע לאמי כשהיא עומדת על הגג או כשהיא עומדת על הבור שמא תפיל עצמה ותמות. כשרצה לשחטו, ויקרא אליו מלאך ה' מן השמים ויאמר אברהם אברהם, שני פעמים מפני שהיה ממהר לשחטו. ויאמר אל תשלח ידך, א"ל מי אתה, א"ל מלאך אני, א"ל כשנאמר לי קח את בנך הוא בעצמו אמר לי, ועכשיו אם הוא מבקש הוא יאמר לי, מיד ויקרא מלאך ה' שנית מן השמים, א"ל בי נשבעתי נאם ה' וגו'.
« Il prit le couteau. » Il dit : mon père, n’annonce pas la chose à ma mère lorsqu’elle se tient sur le toit ou près du puits, de peur qu’elle ne se jette et ne meure. Lorsqu’il voulut l’égorger, “l’ange de l’Éternel l’appela des cieux et dit : Avraham, Avraham” : deux fois, parce qu’il se hâtait de l’égorger. Il dit : “N’étends pas ta main.” Avraham demanda : qui es-tu ? Il répondit : je suis un ange. Avraham dit : lorsque l’ordre “prends ton fils” me fut donné, c’est Lui-même qui me parla. Maintenant, s’Il le demande, qu’Il me le dise ! Aussitôt, “l’ange de l’Éternel appela une seconde fois des cieux” et dit : “J’ai juré par Moi-même, parole de l’Éternel, etc.”
א"ל רבש"ע אתה נשבעת, ואני נשבעתי שלא ארד מן המזבח עד שאומר לך מה שאני צריך, לא אמרת לי כה יהיה זרעך, ממי. א"ל מיצחק. א"ל רבש"ע כשם שהיה בלבבי להשיבך, אתמול אמרת לי כי ביצחק יקרא לך זרע עכשיו תאמר לי והעלהו לעולה, וכבשתי את יצרי ולא השיבותי, כך כשיהיו בני חוטאין נכנסין לצרה תהא זוכר להם עקדה זו, ותחשב לפניך כאלו אפרו צבור על גבי המזבח וכאלו דמו זרוק לפניך על המזבח, ותסלח לכל עונותם.
Il dit : Maître du monde, Tu as juré, et moi aussi j’ai juré de ne pas descendre de l’autel avant de T’avoir dit ce dont j’ai besoin. Ne m’as-Tu pas dit “Ainsi sera ta descendance” ? De qui ? Il répondit : d’Its’hak. Avraham dit : Maître du monde, j’avais dans le cœur de Te répondre : hier Tu m’as dit “C’est par Its’hak qu’une descendance portera ton nom”, et maintenant Tu me dis “Fais-le monter en holocauste”. J’ai maîtrisé mon penchant et ne T’ai pas répondu. De même, lorsque mes fils pécheront et entreront dans la détresse, souviens-Toi pour eux de cette ligature. Qu’elle soit comptée devant Toi comme si ses cendres étaient amassées sur l’autel et son sang répandu devant Toi sur l’autel ; pardonne toutes leurs fautes.
וירא והנה איל. כבש זה מעשרה דברים שנבראו בין השמשות, לכך נקרא איל ולא כבש כלשון הקרבנות כבשים בני שנה, שכובשין עונותיהם של ישראל, לפי שהכבש הגדול בשנים יקרא איל, וכשהוא בן יומו יקרא כבש, שנאמר (ויקרא כב) שור או כבש וגו'.
« Il vit, et voici, un bélier. » Cet animal est l’une des dix choses créées au crépuscule. C’est pourquoi il est appelé ayil, “bélier”, non kéves, “agneau”, comme dans les sacrifices “des agneaux d’un an”, qui soumettent les fautes d’Israël. L’animal âgé est appelé bélier, et celui d’un jour agneau : « Un bœuf ou un agneau, etc. » (Lévitique 22).
ועוד שהאיל הזה הוקרב עולה, ויש בו רמז לכנסת ישראל שנקראת אילת השחר, שהיא אילותן של ישראל המקבלת מן השחר מגינה עליהם בכל דור ודור בזכות העקדה והיא המקבלת תחלה.
De plus, ce bélier fut offert en holocauste ; il contient une allusion à l’Assemblée d’Israël, appelée “biche de l’aurore”. Elle est la force d’Israël, reçoit de l’Aurore et les protège à chaque génération par le mérite de la ligature ; c’est elle qui reçoit en premier.
אחר נאחז בסבך בקרניו. ע"ד הפשט אחר שא"ל המלאך אל תשלח ידך אל הנער ראה את הכבש נאחז בסבך בקרניו. ומלת בסבך תורה שהיה המקום ההוא יער ושם אילנות והוא המקום הנקרא בית יער הלבנון והוא שאמר דוד על השכינה (תהלים קלב) מצאנוה בשדי יער, והנה הוא בחלקו של בנימין שכתוב בו (בראשית מט) בנימין זאב יטרף.
« Après, retenu dans le fourré par ses cornes. » Selon le sens simple : après que l’ange lui eut dit “N’étends pas ta main vers le garçon”, il vit l’animal retenu dans le fourré par ses cornes. “Dans le fourré” indique que le lieu était une forêt avec des arbres. C’est le lieu appelé Maison de la forêt du Liban. David dit de la Présence divine : « Nous l’avons trouvée dans les champs de la forêt » (Psaumes 132). Il se trouve dans la part de Binyamin, dont il est écrit : « Binyamin est un loup qui déchire » (Genèse 49).
ועל דרך המדרש אחר נאחז בסבך בקרניו, אחר שישראל נאחזין בעבירות כל ימות השנה ומסתבכין בצרות נוטלין בראש השנה השופר של איל, אחר שישראל נאחזין בעבירות ומסתבכין במלכיות, מבבל למדי וממדי ליון ומיון לאדום, סופן להגאל בקרנו של איל, שנאמר (זכריה ט) וה' בשופר יתקע.
Selon la voie du Midrash : « Après, retenu dans le fourré par ses cornes. » Après qu’Israël s’est laissé prendre aux fautes durant l’année et s’est empêtré dans les détresses, ils prennent à Roch Hachana le chofar du bélier. Après qu’Israël s’est laissé prendre aux fautes et s’est empêtré dans les empires, de Babel à la Médie, de la Médie à la Grèce, de la Grèce à Édom, ils seront finalement délivrés par la corne du bélier : « L’Éternel sonnera du chofar » (Zacharie 9).
ודעת רז"ל כי שופר של מתן תורה שכתוב בו וקול שופר חזק מאד, שופר אילו של יצחק היה. ובראש השנה שהוא יום הדין נצטוינו לתקוע בשופר, ואע"פ ששנינו כל השופרות כשרין, מצוה מן המובחר בשל איל.
Selon nos Sages, de mémoire bénie, le chofar du don de la Torah, dont il est écrit « la voix du chofar était très forte », était celui du bélier d’Its’hak. À Roch Hachana, jour du jugement, nous avons reçu l’ordre de sonner du chofar. Bien que la Michna enseigne que tous les chofars conviennent, le commandement s’accomplit de préférence avec celui d’un bélier.
וידוע כי מאמרם זה שופר אילו של יצחק היה כונתו על מדתו של יצחק, לא על גופו ועצמותיו ממש, שהרי האיל הזה כולו היה עולה כליל עם קרניו וטלפיו, אבל החכמים ירמזו לנו על מדת הגבורה ששמענו מפיו אנכי ולא יהיה לך, והוא פחד יצחק אשר אנו מבקשים בעת צרה ואומרים עננו פחד יצחק, הוא הקול הנשמע במתן תורה, ואליו אנו רומזים בקול השופר שאנו תוקעין בראש השנה שהוא היום שנברא בו העולם. והתבונן כי יום מתן תורה תחלת קבלת מלכותו, וכן יום שנברא בו העולם תחלת מלכותו, לפי שאין מלך בלא צבא.
On sait que leur parole “c’était le chofar du bélier d’Its’hak” vise l’attribut d’Its’hak, non son corps et ses os au sens matériel : ce bélier fut entièrement offert, cornes et sabots compris. Les Sages indiquent l’attribut de Puissance, de la bouche duquel nous entendîmes “Je suis” et “Tu n’auras pas”. C’est la Crainte d’Its’hak, que nous invoquons dans la détresse : “Réponds-nous, Crainte d’Its’hak.” C’est la voix entendue au don de la Torah, que nous évoquons par le chofar de Roch Hachana, jour où le monde fut créé. Considère que le don de la Torah marque le commencement de l’acceptation de Sa royauté, et la création du monde le commencement de Sa royauté : il n’y a pas de roi sans armée.
וצריך אתה לדעת כי מה שתמצא בפרשה זו כי המנסה הוא האלהים, ומלאך השם יתברך מונע, הענין על דרך הקבלה יתפקחו עיני הלב, כי אין המלאך הזה מן הנפרדים, רק מן הנטיעות אשר אין להפריד ולקצץ בהם, שאילו היה מן הנפרדים לא היה אברהם שומע לקולו בבטול מה שצוהו האלהים, גם המלאך לא היה רשאי לומר ולא חשכת ממני, אלא ממנו.
Il te faut comprendre pourquoi, dans ce passage, Elohim éprouve et l’ange de l’Éternel empêche. Par la voie de la Kabbale, les yeux du cœur s’ouvriront : cet ange n’appartient pas aux êtres séparés, mais aux Plantations, qu’il ne faut ni séparer ni couper. S’il était un être séparé, Avraham ne l’aurait pas écouté pour annuler l’ordre d’Elohim ; l’ange n’aurait pas non plus pu dire “tu n’as pas épargné pour Moi”, mais “pour Lui”.
אבל המלאך היה הוא מהנטיעות, זהו המלאך הגדול, והוא שעליו נאמר (שמות יד) ויסע מלאך האלהים, ואינו סמוך רק באור, ומה שהזכירו בכאן מלאך, כלומר מלאך שבקרבו השם, והוא שנאמר עליו כי שמי בקרבו. ומזה הזכירו בפסוק (בראשית מח) המלאך הגואל וגו' בקרב הארץ, והוא האדון אשר בו הרחמים, ומפני שהוא האדון אמר לשון ממני, ומפני שהוא הרחמים אמר אחרי הקרבן בי נשבעתי נאם ה'. וכן תמצא שהזכיר קודם הקרבן אלהים יראה לו השה, ואחרי הקרבן הזכיר השם יראה, והבטיחו במדת רחמים שיברך את זרעו ברבוי עצום. והשגחתי בלשון ברכה ומצאתי כפולה.
Cet ange appartient aux Plantations : c’est le grand Ange, dont il est dit « L’ange de Dieu se déplaça » (Exode 14). Ce n’est pas un état construit, mais une explication. Il est ici appelé ange, c’est-à-dire l’ange en qui est le Nom : « Car Mon Nom est en lui. » C’est pourquoi, dans le verset « L’ange qui me délivre, etc. » (Genèse 48), il est aussi mentionné “au sein de la terre”. C’est le Seigneur en qui est la miséricorde. Parce qu’il est le Seigneur, il dit “pour Moi” ; parce qu’il est la miséricorde, il dit après le sacrifice : “J’ai juré par Moi-même, parole de l’Éternel”. Avant le sacrifice : “Dieu verra pour Lui l’agneau” ; après : “L’Éternel verra”. Il lui promit par l’attribut de miséricorde de bénir sa descendance d’une immense multiplication. J’ai examiné la formulation de la bénédiction et l’ai trouvée redoublée.
וידוע כי הוא רמז לכח לפנים מכח, כלשון שירה והלל, והוא שאמר כי ברך אברכך והרבה ארבה. ואמר ככוכבי השמים וכחול אשר על שפת, הים ואומר ויירש זרעך, והתברכו בזרעך. והזכיר בסוף עקב אשר שמעת בקולי, וקולי הוא האלהים המצוה.
On sait que cela indique une puissance à l’intérieur d’une puissance, comme les expressions de chant et de louange : « Je te bénirai assurément et Je multiplierai assurément. » Il dit : « Comme les étoiles des cieux et le sable du rivage de la mer », puis « ta descendance héritera » et « seront bénies en ta descendance ». À la fin : « Parce que tu as écouté Ma voix » ; Ma voix est Elohim qui commande.
ויעלהו לעולה תחת בנו. פירש"י ז"ל מהו תחת בנו, אלא על כל עבודה ועבודה שהיה עושה ממנו היה אומר יהי רצון שתהא עבודה זו כאלו עשיתיה בבני, כאלו בני שחוט, כאלו דמו זרוק, כאלו בני מופשט, כאלו הוא שרוף ועשוי דשן.
« Il le fit monter en holocauste à la place de son fils. » Rachi, de mémoire bénie, explique : que signifie “à la place de son fils” ? Pour chaque acte du service, il disait : puisse cet acte être comme si je l’accomplissais sur mon fils ; comme si mon fils était égorgé, son sang répandu, mon fils dépouillé, comme s’il était brûlé et réduit en cendres.
ה' יראה קרא שם המקום כן, כלומר ה' יראה לדורות, שתעמוד לישראל זכות העקדה הזאת בכל דור ודור. אשר יאמר היום. וגם היום שאני בהר ה' יראה פעלי לפניו ויגמלני כצדקי. והנה אברהם התפלל לשעה ולדורות, כן פי' הרמב"ן ז"ל.
« L’Éternel verra. » Il nomma ainsi le lieu : que l’Éternel voie pour les générations, afin que le mérite de cette ligature subsiste pour Israël à chaque génération. « Ce qui se dit aujourd’hui » : aujourd’hui aussi, alors que je suis sur la montagne de l’Éternel, qu’Il voie mon acte et me rétribue selon ma justice. Avraham pria donc pour le présent et pour les générations. Ainsi l’explique Ramban, de mémoire bénie.
ונראה לי לפרש לישב לשון ה' יראה, לשעה, אשר יאמר היום כלומר מה שעתיד להאמר היום בהר ה' יראה לדורות, כלומר יתקיים, וירמוז למדרש רז"ל שכתבתי למעלה שהתפלל בהר ואמר, רבש"ע אתה נשבעת, ואני נשבעתי, שלא ארד מן המזבח עד שאומר לך דבר כו' כשיהיו בני נכנסים לצרה תזכור להם זה. ולכך נראה כי האמירה שבכאן היא התפלה, ומפני שהמקום הזה נקרא על יד אברהם יראה ועל ידי שם בן נח נקרא שלם, לכך קראו הקב"ה ירושלם, הוא שם מחובר משני צדיקי עולם.
Il me semble que l’on peut comprendre “L’Éternel verra” pour le présent, puis “ce qui se dira aujourd’hui, sur la montagne de l’Éternel sera vu” pour les générations, c’est-à-dire sera maintenu. Cela renvoie au Midrash cité plus haut : il pria sur la montagne, “Maître du monde, Tu as juré, et moi aussi j’ai juré de ne pas descendre de l’autel avant de Te dire une chose… Lorsque mes fils seront dans la détresse, souviens-Toi de cela pour eux”. La parole mentionnée ici paraît donc être la prière. Ce lieu fut appelé Yiré par Avraham, et Chalem par Chem fils de Noa’h ; le Saint, béni soit-Il, l’appela donc Yerouchalayim, nom composé à partir de deux justes du monde.
ואמרו במדרש כי יצחק ראה דמות אריה על גבי המזבח. וענין האריה הוא פחד יצחק, ואולי הוא אריא דבי עלאה שהזכירו רז"ל במסכת חולין. והנה הוא נרמז בכתוב הזה, שנאמר בהר ה' יראה, כי נראה לו דמות אריה בהר ה'.
Le Midrash dit qu’Its’hak vit une forme de lion sur l’autel. Ce lion désigne la Crainte d’Its’hak ; peut-être est-ce le lion de la maison supérieure mentionné par nos Sages, de mémoire bénie, dans ‘Houllin. Cela est indiqué dans « Sur la montagne de l’Éternel, il sera vu » : une forme de lion lui apparut sur la montagne de l’Éternel.
ובב"ר ה' יראה, הראה לו בהמ"ק בנוי וחרב ובנוי. בנוי שנאמר ה' יראה, וכתיב (דברים ט״ז:ט״ז) יראה כל זכורך. חרב, אשר יאמר היום בהר ה', כד"א (איכה ה׳:י״ח) על הר ציון ששמם. יראה והרי בנוי, כדאמר (תהלים ק) כי בנה ה' ציון נראה בכבודו, עד כאן.
Dans Beréchit Rabba : « L’Éternel verra » — Il lui montra le Temple bâti, détruit, puis rebâti. Bâti : “L’Éternel verra”, et “Tous tes mâles paraîtront” (Deutéronome 16,16). Détruit : “Ce qui se dit aujourd’hui sur la montagne de l’Éternel”, comme “Sur le mont Sion dévasté” (Lamentations 5,18). “Il sera vu” : le voici rebâti, comme “Car l’Éternel a bâti Sion, Il est apparu dans Sa gloire” (Psaumes 100). Fin de la citation.
ויגד לאברהם לאמר הנה ילדה מלכה גם היא. פי' הרמב"ן ז"ל בשורה זו שנתבשר אברהם באחיו הגדול שנפקד בבנים רבים, לבאר כי נחור ומלכה היו זקנים לא נפקדו בבחרותם, ועתה בזקנותם נעשה להם נס וילדה בדרך הנס בעבור שרה אחותה, וזה טעם מלכה גם היא ע"כ.
« On annonça à Avraham : Voici, Milka a enfanté, elle aussi. » Ramban, de mémoire bénie, explique que cette annonce concernant son frère aîné, gratifié de nombreux enfants, enseigne que Na’hor et Milka étaient âgés et n’avaient pas eu d’enfants dans leur jeunesse. Maintenant, dans leur vieillesse, un miracle leur fut accordé : elle enfanta miraculeusement à cause de Sara sa sœur. Tel est le sens de “Milka, elle aussi”. Fin de la citation.
ומה יאמר הרב בפלגשו, ואם נעשה נס במלכה אשתו של נחור לכבוד אברהם, מה צורך בפלגשו שהזכיר בה הכתוב ותלד גם היא. והגיד הכתוב כי היו ח', כנגד בני יעקב שהיו ח' בני גבירות, וד' בנים לפלגשו ראומה כנגד בני יעקב שהיו ד' בני השפחות, והשוה הכתוב משפחת נחור למשפחת אברהם.
Mais que dira le maître de sa concubine ? Si Milka, femme de Na’hor, reçut un miracle en l’honneur d’Avraham, quel besoin y avait-il d’un miracle pour la concubine, dont il est écrit “elle aussi enfanta” ? Le texte indique huit enfants, en correspondance avec les huit fils de Yaakov nés des épouses principales, et quatre enfants de sa concubine Réouma, en correspondance avec les quatre fils des servantes de Yaakov. Il met ainsi en parallèle les familles de Na’hor et d’Avraham.
וזכרון כל היחוסין אלו והספור בפרשה כדי שיזכיר את רבקה, ולהודיע כי רבקה אשר יצא ממנה יעקב היתה מבית אביו של אברהם ומשפחתו, וכל זה לבאר כי בני נחור ראוים הם להדבק בזרעו של אברהם הדבקים בהקב"ה, כענין שכתוב (דברים ד) ואתם הדבקים בה' אלהיכם חיים כלכם היום.
Toutes ces généalogies et ce récit servent à mentionner Rivqa et à faire savoir que Rivqa, dont naquit Yaakov, appartenait à la maison paternelle et à la famille d’Avraham. Cela montre que les descendants de Na’hor sont dignes de s’unir à la descendance d’Avraham, attachée au Saint, béni soit-Il : « Vous qui vous attachez à l’Éternel votre Dieu, vous êtes tous vivants aujourd’hui » (Deutéronome 4).