Dévarim 11:26 · commentaire 1
מחרף עצל לא יחרוש ושאל בקציר ואין (משלי כ, ד)
« À cause du froid, le paresseux ne laboure pas ; il mendiera à la moisson, et il n’y aura rien » (Proverbes 20,4).
Dévarim · RABBÉNOU BÉ’HAYÉ
Dévarim 11:26–16:17 · 111 entrées de commentaire
Les difficultés connues restent signalées dans les notes. Les introductions se trouvent au début de leur paracha et font partie de la première montée.
מחרף עצל לא יחרוש ושאל בקציר ואין (משלי כ, ד)
« À cause du froid, le paresseux ne laboure pas ; il mendiera à la moisson, et il n’y aura rien » (Proverbes 20,4).
שלמה המלך ע"ה דרש בספר משלי לבאר כלל כל המדות הטובות כדי שיתרחק האדם מן המדות המגונות ויתקרב אל החמודות ובכללם מדת הזריזות והעצלה, לפי שמדת העצלה היא שורש לנזקים הרבה וסבה לכמה מכשולות, יש עצל בביתו ויש עצל בגופו ויש עצל בנפשו ויש עצל בתורה ובמצות ובמעשים טובים. יש עצל בביתו, כי מי שיצטרך לתקן תקרה בביתו אם יתקננו מיד יוכל לתקנו בהוצאה מועטת ואם יתעצל בדבר ויתרשל בו סוף שיצטרך להוציא כל ממונו עד שיורש וימך, ועל זה אמר שלמה (קהלת י׳:י״ח) בעצלתים ימך המקרה.
Le roi Chelomo, que la paix soit sur lui, a enseigné dans le livre des Proverbes afin d’expliquer l’ensemble de toutes les bonnes qualités, pour que l’homme s’éloigne des qualités répréhensibles et s’approche des qualités désirables, et parmi elles l’attribut de la diligence et de la paresse, car l’attribut de la paresse est la racine de nombreux dommages et cause de beaucoup d’obstacles : il y a le paresseux dans sa maison, il y a le paresseux dans son corps, il y a le paresseux dans son âme et il y a le paresseux dans la Torah, les commandements et les bonnes actions. Il y a le paresseux dans sa maison : celui qui a besoin de réparer le toit de sa maison, s’il le répare aussitôt, peut le réparer à peu de frais ; et s’il est paresseux en cela et négligent, il finira par devoir dépenser tout son argent jusqu’à être appauvri et abaissé ; et à ce sujet Chelomo a dit (Ecclésiaste 10,18) : « Par la paresse des mains le toit s’affaisse ».
יש עצל בגופו, אם ישתדל האדם בעניני גופו וצרכי מזונותיו וישמח בחלקו ויספיק לו הבינוני ולא יבקש המותרות, אז יוכל להשיגם, ואם יתעצל בהן ולא יחשוב בהן כלל ויסמוך על הנס ימות ברעב, ועל זה אמר שלמה ע"ה (משלי י״ג:ד׳) מתאוה ואין נפשו עצל.
Il y a le paresseux dans son corps : si l’homme s’applique aux affaires de son corps et aux besoins de sa nourriture, se réjouit de sa part et se contente du nécessaire, sans excès, sans chercher le superflu, alors il pourra y atteindre ; et s’il est paresseux en cela, n’y pense pas du tout et s’appuie sur le miracle, il mourra de faim ; et à ce sujet Chelomo, que la paix soit sur lui, a dit (Proverbes 13,4) : « Le paresseux désire, mais son âme n’a rien ».
יש עצל בנפשו, כלומר שיתעצל בתקון מדותיה לפי שהנפש במדותיה כדמיון האדמה, כשם שיש אדמה טובה נוחה להעבד ויש שעבודתה קשה ואף ע"פ כן אין העובד צריך להניחה להפסד ושיתרפה בה אלא שיעמול בה כפי כחו, ועל זה אמר שלמה ע"ה (שם יח) גם מתרפה במלאכתו אח הוא לבעל משחית, כן בנפשות יש נפש טובה תקבל המוסר במעט תוכחות ומעט עמל ויש נפש קשה להנהיגה להמשך אחר השכל, ואם הוא משתדל ועמל בתקון מדות נפשו כעמל העובד באדמתו אין ספק שימשיכנה מעט מעט אל המדות הטובות, ועל זה אמר שלמה ע"ה (שם כד) על שדה איש עצל עברתי ועל כרם אדם חסר לב, המשיל התאוה לשדה לפי שהוא מתולדות החומר ואם לא ינהיגנו כראוי ויניח התאוה על דרכה הנה הוא משחית גופו ונפשו, זהו (שם) וגדר אבניו נהרסה.
Il y a le paresseux dans son âme, c’est-à-dire qu’il est paresseux à corriger ses attributs, car l’âme, dans ses attributs, est à l’image de la terre : de même qu’il y a une bonne terre facile à cultiver et une terre dont la culture est difficile, et malgré cela le cultivateur n’a pas à la laisser se perdre et à la négliger, mais il doit y travailler selon sa force ; et à ce sujet Chelomo, que la paix soit sur lui, a dit (ibid. 18,9) : « Celui aussi qui est lâche dans son ouvrage est frère du destructeur ». De même pour les âmes : il y a une bonne âme qui reçoit l’enseignement avec peu de reproches et peu de peine, et il y a une âme dure qu’il est difficile de conduire à se laisser mener par l’intelligence ; et s’il s’applique et travaille à corriger les attributs de son âme comme le travail du cultivateur sur sa terre, il n’y a pas de doute qu’il l’attirera peu à peu vers les bonnes qualités ; et à ce sujet Chelomo, que la paix soit sur lui, a dit (ibid. 24,30) : « J’ai passé près du champ de l’homme paresseux et près de la vigne de l’homme sans cœur » ; il a comparé le désir à un champ, parce qu’il fait partie des engendrements de la matière, et s’il ne le conduit pas comme il convient et laisse le désir à sa manière, il détruit son corps et son âme : c’est (ibid. 24,31) : « et son mur de pierres était démoli ».
יש עצל בתורה ובמצות ובמעשים טובים אם הוא מתעצל בחכמת התורה ואיננו טורח במצות ובמעשים טובים בעולם הזה במה יזכה נפשו לעולם הבא, וזהו שאמר בכאן מחרף עצל לא יחרוש ושאל בקציר ואין, יאמר כי העצל אינו משתדל במה שיצטרך באותו זמן שהוא ראוי להשתדל בו, והמשיל כל עצל באיזה דבר שיהיה לעובד אדמה שהוא יושב בטל בחורף שהוא זמן החרישה ולא יחרוש, והמשיל עוה"ז לחורף שהוא זמן ממשלת הלבנה ועולם הבא שהוא עקר המשילו לקיץ שהוא ממשלת השמש, ודבר ידוע לכל משכיל כי השמש והירח בעליונים דוגמא והשמש עקר.
Il y a le paresseux dans la Torah, les commandements et les bonnes actions : s’il est paresseux dans la sagesse de la Torah et ne se donne pas de peine pour les commandements et les bonnes actions en ce monde, par quoi son âme méritera-t-elle le monde à venir ? Et c’est ce qu’il a dit ici : « À cause du froid le paresseux ne laboure pas, il mendiera à la moisson et il n’y aura rien » ; il dit que le paresseux ne s’applique pas à ce dont il aura besoin au moment où il convient de s’y appliquer ; et il a comparé tout paresseux, en quelque chose que ce soit, à un cultivateur qui reste oisif en hiver, qui est le temps du labour, et ne laboure pas ; et il a comparé ce monde à l’hiver, qui est le temps de la domination de la lune, et le monde à venir, qui est l’essentiel, à l’été, qui est la domination du soleil ; et c’est une chose connue de tout homme intelligent que le soleil et la lune, parmi les êtres d’en haut, sont un modèle, et le soleil est le principal.
וכן מצינו בשיר השירים שהמשיל שלמה ע"ה הגלות לחורף, הוא שאמר (שיר השירים ב׳:י״א) כי הנה הסתו עבר וגו', וכבר דרשו רז"ל העולם הזה דומה לערב שבת והעולם הבא דומה לשבת, מי שטרח בערב שבת יאכל בשבת מי שלא טרח מהיכן אוכל. בארו לנו כי כשם שיום השבת הוא יום מנוחה, לא יום המעשה והטורח, כן העולם הבא עולם המנוחה והגמול לא עולם המעשה, ומזה אמרו אם לא טרח מהיכן אוכל, וזהו ושאל בקציר ואין.
Et de même nous trouvons dans le Cantique des Cantiques que Chelomo, la paix soit sur lui, a comparé l’exil à l’hiver, c’est ce qu’il a dit (Cantique 2,11) : « Car voici que l’hiver est passé, etc. » ; et nos Sages, de mémoire bénie, ont déjà expliqué : ce monde ressemble à la veille du sabbat et le monde à venir au sabbat ; celui qui s’est donné de la peine la veille du sabbat mangera le sabbat ; celui qui ne s’est pas donné de peine, d’où mangera-t-il ? Ils nous ont expliqué que, de même que le jour du sabbat est un jour de repos, non un jour d’œuvre et de peine, de même le monde à venir est le monde du repos et de la rétribution, non le monde de l’action ; et de là ils ont dit : s’il ne s’est pas donné de peine, d’où mangera-t-il ? Et c’est « il mendiera à la moisson et il n’y aura rien ».
ומה שאמר מחורף ולא בחורף כשם שאמר בקציר, ענינו מפני פחד החורף, כי כן דרכו של עצל שיטעון טענה למניעתו על הדבר, כענין שכתוב (משלי כ״ו:י״ג) אמר עצל שחל בדרך, ומה שנמנע מהחרישה מפני עצלותו יתלה אותו לפחד הקור.
Et ce qu’il a dit « à cause du froid » (me-ḥoref) et non « en hiver » (ba-ḥoref) comme il a dit « à la moisson » (ba-qatsir), son sens est : par peur de l’hiver, car telle est la manière du paresseux d’alléguer une excuse pour s’abstenir de la chose, comme il est écrit (ibid. 26,13) : « Le paresseux dit : Il y a un lion sur le chemin » ; et ce dont il s’abstient pour le labour à cause de sa paresse, il le met sur le compte de la peur du froid.
והכונה לשלמה בגנותו תמיד מדת העצלה, כדי להמאיסה בעיני הבריות ושיתרחקו ממנה ושיתקרבו אל מדת הזריזות, והוא שמוכיח ומזהיר בנמלה (שם ו) לך אל נמלה עצל ראה דרכיה וחכם, יאמר אף על פי שהנמלה היא הפחותה שברמשים, ממנה יש לו לאדם ללמוד דבר חכמה בענין הזריזות שבה שהיא מאספת בזמן אחד מה שתאכל בזמן אחר שלא תוכל לאסוף בו, ועוד כי התבואה שירד עליה המטר היא מוציאה אותה אל הרוח כדי שתתנגב ואחר כך תאסוף אותה ותהיה ראויה להשתמר, ואמר (שם) אשר אין לה קצין שוטר ומושל, הכונה בזה שאין לה שכל כלל, שכל מה שהיא עושה אינו מכח השכל אלא מכח הטבע בלבד, ומפני שהשכל יש לו שלשה שמות, והם חכמה תבונה ודעת, ואינן מיוחסין כי אם במין האדם לבדו, ושלשתן מין אחד, לכך חזר שלשה שמות של אדנות שכלן מין אחד.
Et l’intention de Chelomo, en blâmant toujours l’attribut de la paresse, est de la rendre odieuse aux yeux des créatures afin qu’elles s’en éloignent et s’approchent de l’attribut de la diligence ; et c’est pourquoi il réprimande et avertit en prenant la fourmi pour exemple (ibid. 6,6) : « Va vers la fourmi, paresseux, considère ses voies et deviens sage » ; il dit : bien que la fourmi soit la plus humble des petites bêtes qui se meuvent sur le sol, l’homme a de quoi apprendre d’elle une chose de sagesse sur la diligence qui est la sienne, car elle amasse en un temps ce qu’elle mangera en un autre temps où elle ne pourra pas amasser ; et en outre le grain sur lequel la pluie est tombée, elle le sort au vent pour qu’il sèche, puis le rassemble, et il est digne d’être conservé ; et il a dit (ibid. 6,7) : « Elle qui n’a ni chef, ni officier, ni gouverneur » ; l’intention est qu’elle n’a pas d’intelligence du tout, car tout ce qu’elle fait ne vient pas de la force de l’intelligence mais de la seule force de la nature ; et parce que l’intelligence a trois noms, qui sont sagesse, intelligence et connaissance, et qu’ils ne sont attribués qu’à l’espèce humaine seule, et que ces trois sont une seule espèce, c’est pourquoi il a repris trois noms de domination, qui sont tous une seule espèce.
והנה עם מדת הזריזות יוכל האדם לקנות חיי העוה"ז ועם העצלה יכול להפסידם ועם הזריזות יוכל לקנות חיי העוה"ב ועם העצלה יפסידם, עם מדת הזריזות יקיים המצות ויגיע לו מהם החיים והטוב והברכה, ועם העצלה יביא עליו המות והרע והקללה, שהרי הרשות נתונה לו והכל תלוי בבחירתו ורצונו וכל הדברים הם מסורין בידו לעשות טוב או רע, ואז תבא לו ברכה על הטוב והקללה על הרע, וזהו שכתוב.
Et voici qu’avec l’attribut de la diligence l’homme peut acquérir la vie de ce monde, et avec la paresse il peut la perdre ; et avec la diligence il peut acquérir la vie du monde à venir, et avec la paresse il la perd ; avec l’attribut de la diligence il accomplira les commandements et lui viendront d’eux la vie, le bien et la bénédiction, et avec la paresse il fera venir sur lui la mort, le mal et la malédiction, car la liberté lui est donnée, tout dépend de son choix et de sa volonté, et toutes les choses sont entre ses mains pour faire le bien ou le mal, et alors la bénédiction lui viendra pour le bien et la malédiction pour le mal ; et c’est ce qui est écrit :
ראה אנכי נותן לפניכם היום ברכה וקללה. אמר ראה בלשון יחיד ולפניכם בלשון רבים, כי משה ידבר עם הכל עם היחידים ועם ההמון, ולפי שהברכה והקללה נאצלין משתי מדות שבהן נברא העולם והן מדת הדין ומדת רחמים שאין ענינם נגלה רק ליחידים המשכילים, לכך אמר ראה בלשון יחיד, והוא ראיה בעין השכל כענין (קהלת א׳:ט״ז) ולבי ראה הרבה חכמה ודעת, ולפי שהברכה והקללה הם זרוז להמון בקיום המצות והפחדם בעברם עליהן, לכך דבר עם ההמון ואמר לפניכם.
« Vois, je mets devant vous aujourd’hui bénédiction et malédiction. » Il a dit « vois » (re’eh) au singulier et « devant vous » au pluriel, car Moché parle à tous, aux individus et à la foule ; et parce que la bénédiction et la malédiction émanent des deux attributs par lesquels le monde a été créé, qui sont l’attribut de rigueur et l’attribut de miséricorde, dont le sens n’est révélé qu’aux individus intelligents, c’est pourquoi il a dit « vois » au singulier, et c’est la vision par l’œil de l’intelligence, comme (Ecclésiaste 1,16) « et mon cœur a vu beaucoup de sagesse et de connaissance » ; et parce que la bénédiction et la malédiction sont un encouragement pour la foule dans l’accomplissement des commandements et une crainte quand ils les transgressent, c’est pourquoi il a parlé à la foule et a dit « devant vous ».
וכן אמר במקום אחר (דברים ד׳:ה׳) ראה למדתי אתכם חקים ומשפטים, הזכיר ראה בלשון יחיד כנגד החקים שאין טעמן נודע רק ליחידים, והזכיר אתכם בלשון רבים כי התורה בחקותיה ומשפטיה לרבים נתנה.
Et de même il a dit ailleurs (Deutéronome 4,5) : « Vois, je vous ai enseigné statuts et jugements » ; il a mentionné « vois » au singulier en correspondance avec les statuts dont la raison n’est connue que des individus, et il a mentionné « vous » au pluriel, car la Torah, dans ses statuts et ses jugements, a été donnée à la multitude.
הנה נתבאר בפסוק זה שהרשות והבחירה בידו של אדם, רצה להדריך עצמו בדרך ישרה או להתיצב על דרך לא טוב, הכל מסור ברצונו והכל תלוי בבחירתו, ומזה אמר הכתוב (שם ה) מי יתן והיה לבבם זה להם ליראה אותי, למד שאין הקב"ה גוזר על האדם להיות צדיק או רשע עד שיעשה טובה או רעה אלא הכל מסור בידו, כי אילו היה הקב"ה גוזר על האדם להיות צדיק או רשע או יהיה שום דבר מושכו בעקר תולדתו לאחד מהדרכים טוב או רע איך יצוה הקב"ה אותנו על ידי נביאיו לעשות כך, כיון שהוא מתחלת בריאתו כבר נגזר עליו או תולדתו תמשכהו לדבר שאי אפשר לזוז ממנו, ומה מקום היה לכל התורה כלה להפרע מן הרשע או לשלם לצדיק שכר טוב, וזה עקר גדול ועצום והוא יסוד האמונה.
Voici qu’il est expliqué dans ce verset que la liberté et le choix sont entre les mains de l’homme, qu’il veuille se conduire dans une voie droite ou se tenir sur un chemin qui n’est pas bon : tout est remis à sa volonté et tout dépend de son choix ; et de là l’Écriture a dit (ibid. 5,26) : « Qui donnera que ce soit leur cœur ainsi pour Me craindre ? » ; elle enseigne que le Saint, béni soit-Il, ne décrète pas sur l’homme qu’il sera juste ou méchant de sorte qu’il fasse le bien ou le mal, mais tout est remis entre ses mains ; car si le Saint, béni soit-Il, décrétait sur l’homme qu’il soit juste ou méchant, ou si quelque chose l’entraînait dans l’essentiel de sa nature vers l’une des voies, bonne ou mauvaise, comment le Saint, béni soit-Il, nous ordonnerait-Il par Ses prophètes de faire ainsi, puisque dès le début de sa création il est déjà décrété sur lui, ou que sa nature l’entraînerait vers une chose dont il est impossible de s’écarter ? Et quelle place y aurait-il pour toute la Torah entière, pour punir le méchant ou payer au juste une bonne récompense ? Et c’est un principe grand et puissant, et c’est le fondement de la foi.
ומפני זה נזכר העיקר הגדול הזה בפתיחת התורה ובחתימתה, הוא שתמצא באדם הראשון כתוב (בראשית ג׳:כ״ב) הן האדם היה כאחד ממנו לדעת טוב ורע, באורו הן מין האדם היה יחידי בעולם ואין לו מין שני שידמה לו בעליונים ולא בתחתונים, שהרי העליונים שכליים עובדים ומקלסים הש"י בשכל ולא בטבע, והארציים גם כן מקלסין אותו יתברך בטבע ולא בשכל כלל, וכל אחד ואחד הכרחי בקלוס, זה הכרחי בשכל וזה הכרחי בטבע, אין לאחד מהם מונע, אבל האדם הוא משותף מהם ומורכב משניהם, מן השכליים מצד הנפש ומן הארציים מצד הטבע, ואיננו הכרחי כי אם רצוניי, שהרשות נתונה בידו להביא עליו עונש ושכר הברכה והקללה בחתימתה, הוא שתמצא בסוף דברי משה (דברים ל׳:ט״ו) ראה נתתי לפניך היום את החיים ואת הטוב ואת המות ואת הרע, כלומר שהרשות בידכם לעשות טוב או רע, וכן אמר בכאן ראה אנכי נותן לפניכם היום.
Et c’est pourquoi ce grand principe est mentionné à l’ouverture de la Torah et à sa conclusion : c’est ce que tu trouves chez Adam, le premier homme, où il est écrit (Genèse 3,22) : « Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous pour connaître le bien et le mal » ; son explication : voici que l’espèce humaine était seule au monde, et n’a pas de seconde espèce qui lui ressemble ni en haut ni en bas ; car les êtres d’en haut, intellectuels, servent et louent le Nom, béni soit-Il, par l’intelligence et non par la nature ; et les terrestres Le louent aussi par la nature et non par l’intelligence du tout ; et chacun est contraint dans la louange : celui-ci est contraint par l’intelligence et celui-là par la nature, aucun des deux n’a de moyen de s’abstenir ; mais l’homme est associé à eux et composé des deux : des intellectuels du côté de l’âme et des terrestres du côté de la nature, et il n’est pas contraint mais volontaire, car la liberté lui est donnée de faire venir sur lui punition et récompense ; et la bénédiction et la malédiction à sa conclusion : c’est ce que tu trouves à la fin des paroles de Moché (Deutéronome 30,15) : « Vois, j’ai mis devant toi aujourd’hui la vie et le bien, la mort et le mal », c’est-à-dire que vous avez la liberté de faire le bien ou le mal ; et de même il a dit ici : « Vois, je mets devant vous aujourd’hui ».
וכתב הרמב"ם ז"ל אל תתמה היאך אומר (תהילים קל״ה:ו׳) כל אשר חפץ ה' עשה בשמים ובארץ, בודאי שהכל בחפצו יעשה אע"פ שמעשינו מסורים לנו, כיצד כשם שחפץ השי"ת להיות האש והרוח עולין למעלה והמים והעפר יורדין למטה והגלגל סובב בעגול, וכן שאר בריות העולם להיות כמנהגם שחפץ בו, כך חפץ השם להיות האדם רשותו בידו וכל מעשיו מסורין לו בלא כופה ומושך אלא הוא מעצמו ובדעתו שנתן לו הש"י עושה כל יכלתו, לפיכך דנין את האדם לפי מעשיו, אם עשה טובה מטיבים לו ואם עשה רעה מריעין לו, הוא שאמר הנביא (ישעיהו נ׳:י״א) מידי היתה זאת לכם, (שם סו) גם המה בחרו בדרכיהם וגו'. ועל זה אמר שלמה ע"ה (קהלת י״א:ט׳) שמח בחור בילדותך וגו' ודע כי על כל אלה יביאך האלהים במשפט, עכ"ל ז"ל.
Et le Rambam, de mémoire bénie, a écrit : ne t’étonne pas de comment il est dit (Psaumes 135,6) : « Tout ce que l’Éternel veut, Il le fait, dans les cieux et sur la terre » ; certes tout se fait selon Sa volonté, bien que nos actes nous soient remis. Comment ? De même que le Nom, béni soit-Il, a voulu que le feu et le vent montent en haut et que l’eau et la terre descendent en bas et que la sphère tourne en cercle, et de même pour les autres créatures du monde, qu’elles soient comme Sa volonté le veut, ainsi le Nom a voulu que l’homme ait sa liberté entre ses mains et que tous ses actes lui soient remis, sans contrainte ni entraînement, mais qu’il fasse de lui-même et de sa propre connaissance, que le Nom, béni soit-Il, lui a donnée, tout ce qu’il peut ; c’est pourquoi on juge l’homme selon ses actes : s’il a fait le bien, on lui fait du bien, et s’il a fait le mal, on lui fait du mal ; c’est ce qu’a dit le prophète (Isaïe 50,11) : « C’est de ma main que ceci vous est arrivé », (ibid. 66,3) : « eux aussi ont choisi leurs voies, etc. ». Et à ce sujet Chelomo, que la paix soit sur lui, a dit (Ecclésiaste 11,9) : « Réjouis-toi, jeune homme, dans ta jeunesse, etc., et sache que pour toutes ces choses Dieu te fera venir en jugement ». Fin de ses paroles, de mémoire bénie.
את הברכה אשר תשמעו. לא הזכיר בברכה אם תשמעו כמו שהזכיר בקללה. ואמר והקללה אם לא תשמעו לפי שהוא לשון מסופק ולא רצה להזכירו בענין הטובה אבל בפורענות הזכיר לשון מסופק ולכך כתב בברכה אשר תשמעו שהוא לשון ודאי.
« La bénédiction, que vous écouterez. » Il n’a pas mentionné pour la bénédiction « si vous écoutez », comme il l’a mentionné pour la malédiction. Et il a dit « et la malédiction, si vous n’écoutez pas », parce que c’est une expression dubitative et qu’il n’a pas voulu la mentionner pour le sujet du bien ; mais pour le châtiment il a mentionné une expression dubitative ; et c’est pourquoi il a écrit pour la bénédiction « que vous écouterez » (asher tishme‘ou), qui est une expression de certitude.
אם לא תשמעו אל מצות ה' אלהיכם וסרתם מן הדרך. למדך שכל העובד עבודה זרה הרי הוא סר מכל מצות התורה, ומכאן אמרו המודה בעבודה זרה כאלו כופר בכל התורה כלה.
« Si vous n’écoutez pas les commandements de l’Éternel votre Dieu, et que vous vous écartiez du chemin. » Il t’enseigne que quiconque sert l’idolâtrie s’écarte de tous les commandements de la Torah, et de là ils ont dit : celui qui reconnaît l’idolâtrie, c’est comme s’il reniait toute la Torah entière.
ונתתה את הברכה. נתינה זו בפה הוא, כענין (ויקרא ט״ז:כ״א) ונתן אותם על ראש השעיר.
« Et tu mettras la bénédiction. » Ce « don » se fait par la bouche, comme (Lévitique 16,21) : « et il les mettra sur la tête du bouc ».
על הר גרזים. כלפי הר גרזים היו הופכין פניהם ופותחין בברכה, ברוך האיש אשר לא יעשה פסל ומסכה, וכן כל ארור שבפרשת כי תבא פותחין תחלה בלשון ברוך ואחרי כן הופכין פניהם כלפי הר עיבל ופותחין בקללה.
« Sur le mont Garizim. » Ils tournaient leur visage vers le mont Garizim et commençaient par la bénédiction : « Béni l’homme qui ne fera pas d’image sculptée ni de statue de fonte » ; et de même pour chaque « maudit » de la section Ki Tavo, ils commençaient d’abord par l’expression « béni », puis ils tournaient leur visage vers le mont Ebal et commençaient par la malédiction.
והרמב"ן ז"ל כתב, יתכן שהיה הר גרזים לדרום שהוא הימין, והר עיבל לצפון כי (ירמיהו א׳:י״ד) מצפון תפתח הרעה, עד כאן.
Et le Ramban, de mémoire bénie, a écrit : il est possible que le mont Garizim ait été au sud, qui est la droite, et le mont Ebal au nord, car (Jérémie 1,14) « du nord s’ouvrira le mal ». Fin de la citation.
הלא המה בעבר הירדן אחרי דרך מבוא השמש. נתן להם סימן, שאם ילכו אחריו דרך המערב ימצאום בארץ האמורי היושב בערבה נכח הגלגל אצל אלוני מורה הוא שכם, וכענין שכתוב (בראשית י״ב:ו׳) עד מקום שכם עד אלון מורה.
« Ne sont-ils pas au-delà du Jourdain, derrière le chemin du couchant ? » Il leur a donné un signe : que s’ils vont derrière lui par le chemin de l’occident, ils les trouveront dans le pays de l’Amorréen qui habite dans la Araba, en face de Guilgal, près des chênes de Moré, qui est Sichem, comme il est écrit (Genèse 12,6) : « jusqu’au lieu de Sichem, jusqu’au chêne de Moré ».
אבד תאבדון. כפל האבוד, ומכאן דרשו רז"ל שהעוקר עבודת אלילים צריך לשרש אחריה.
« Vous détruirez certainement (abed te’abbedoun). » Il a doublé la destruction, et de là nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué que celui qui déracine un culte d’idoles doit en déraciner aussi les racines.
לא תעשון כן. להקטיר להש"י על הגבעות ועל ההרים כדרך עובדי אלילים אלא במקום מיוחד.
« Vous ne ferez pas ainsi. » Vous ne devez pas faire d’offrandes en fumée au Nom, béni soit-Il, sur les collines et sur les montagnes à la manière des adorateurs d’idoles, mais seulement dans un lieu désigné.
כי אם אל המקום אשר יבחר ה' אלהיכם מכל שבטיכם. המקום הזה הר המוריה הוא, והיה נודע ומפורסם באומות כי ידעו מעלתו בקבלה, אין צריך לומר ישראל במדבר שהיו יודעין זה מן האבות בהיות שם עקדת יצחק.
« Mais au lieu que l’Éternel votre Dieu choisira parmi toutes vos tribus. » Ce lieu est le mont Moriya ; il était connu et célèbre parmi les nations, car elles connaissaient sa dignité par tradition, et inutile de dire Israël dans le désert, qui le savaient des Patriarches, puisque c’est là que fut le ligotage de Yits’haq.
ומה שסתם הכתוב המקום הזה ולא אמר בפירוש שהוא הר המוריה הנודע והמפורסם לכל, כתב הרמב"ם ז"ל בספר המורה כי העלמת המקום לשלשה ענינים, האחד אילו ידעו האומות כי שם התפלה מקובלת והקרבנות שם לרצון ירצו כל אומה ואומה להחזיק בו ותרבה המריבה וההריגה בין האומות, והשני כי הכנעניים יושבי הארץ אלו היו יודעין כי ישראל עתידין לירש את ארצם ולעבוד הש"י ולהקריב קרבנותיהם באותו מקום היו משחיתים אותו בכל מה שהם יכולין, והשלישי כי היו השבטים מריבים זה עם זה כל אחד ואחד מבקש שיהיה המקום ההוא בנחלתו, ותפול המריבה והמחלוקת ביניהם כמו שנפלה בבקשת הכהונה, ולכך העלים וסתם הכתוב המקום הזה ולא פרסמו, ואין צריך לומר האומות כי אפילו ישראל לא ידעוהו, כי אע"פ שידעו הכל מעלתו של הר המוריה לא היו יודעין כי הוא המקום אשר יבחר ה'.
Et ce que l’Écriture a laissé indéfini « ce lieu » et n’a pas dit explicitement que c’est le mont Moriya, connu et célèbre pour tous, le Rambam, de mémoire bénie, a écrit dans le Guide que la dissimulation du lieu est pour trois raisons : la première, si les nations avaient su que la prière y est reçue et que les sacrifices y sont agréés, chaque nation aurait voulu s’en emparer et il y aurait eu beaucoup de querelles et de meurtres entre les nations ; la deuxième, si les Cananéens, habitants du pays, avaient su qu’Israël était destiné à hériter de leur pays, à servir le Nom, béni soit-Il, et à offrir ses sacrifices en ce lieu, ils l’auraient détruit autant qu’ils le pouvaient ; la troisième, les tribus se seraient querellées entre elles, chacune voulant que ce lieu soit dans son héritage, et la querelle et la discorde seraient tombées entre elles comme elles tombèrent à propos de la prêtrise ; c’est pourquoi l’Écriture l’a dissimulé et laissé indéfini et ne l’a pas fait connaître ; et inutile de parler des nations, car même Israël ne le connaissait pas, car bien que tous aient connu la dignité du mont Moriya, ils ne savaient pas qu’il était « le lieu que l’Éternel choisira ».
לשכנו תדרשו. לכבודו השוכן שם תדרשו. ומכאן אמרו רז"ל שכינה על שם הכבוד, כענין (שמות כד) וישכן כבוד ה' על הר סיני, וכן (תהלים פה) לשכון כבוד בארצנו. ואמר זה על שילה.
« Vous rechercherez Sa demeure (leshikhno). » Vous rechercherez Sa gloire qui y demeure. Et de là nos Sages, de mémoire bénie, ont dit que « Shekhina » (Présence divine) vient du nom de la gloire, comme (Exode 24,16) « et la gloire de l’Éternel demeura (va-yishkon) sur le mont Sinaï », et de même (Psaumes 85,10) « pour que la gloire demeure dans notre pays » ; et il l’a dit à propos de Silo.
לא תעשון ככל אשר אנחנו עושים פה היום. לענין הבמות דבר הכתוב, שמשעברו את הירדן ונתעסקו בכבוש הארץ בין כבוש וחלוק י"ד שנה, והיו מותרין להקריב בבמות שלא הקריבו בהן כל אותו הזמן ככל אשר היו מקריבין במדבר שהמשכן עמהם.
« Vous ne ferez pas selon tout ce que nous faisons ici aujourd’hui. » L’Écriture parle des hauts lieux (bamot) : dès qu’ils eurent passé le Jourdain et se furent occupés de la conquête du pays, entre la conquête et le partage, quatorze ans, et il leur était permis d’offrir sur des hauts lieux, ils n’y offrirent pas durant tout ce temps selon tout ce qu’ils offraient dans le désert, où le Tabernacle était avec eux.
כי לא באתם עד עתה. כי לא באתם עדיין בכל אותן י"ד שנה. אל המנוחה, זו שילה. ואל הנחלה, זו ירושלים.
« Car vous n’êtes pas encore arrivés. » Car vous n’êtes pas encore arrivés, durant ces quatorze ans, « au repos » : c’est Silo ; « et à l’héritage » : c’est Jérusalem.
ויש לשאול למה הזכיר הכתוב בכאן שילה ודי שיזכיר ירושלים שהוא העיקר ויאמר כי לא באתם עד עתה אל הנחלה. אבל הענין כי ישראל במדבר היו מקריבין בבמה, כל אחד ואחד היה מקריב קרבנו על ראש גגו, משהוקם המשכן נאסרו הבמות שנאמר (ויקרא י״ז:ד׳) ואל פתח אהל מועד לא הביאו, כשנכנסו ישראל ובאו אל הגלגל הקימו בגלגל המשכן שבמדבר ואז הותרו הבמות בגלגל, לפי שהכתוב תלה איסור הבמות במחנות המדבר, והוא שכתוב (שם) איש איש אשר ישחט מחוץ למחנה, וכשנכנסו לארץ ופסקו המחנות הותרו הבמות כמו שהיה קודם שהוקם המשכן.
Et il faut demander pourquoi l’Écriture a mentionné ici Silo, alors qu’il suffisait de mentionner Jérusalem, qui est le principal, et de dire : « car vous n’êtes pas encore arrivés à l’héritage ». Mais le sujet est qu’Israël, dans le désert, offrait sur un haut lieu (bamah), chacun offrant son sacrifice sur le sommet de son toit ; dès que le Tabernacle fut dressé, les hauts lieux furent interdits, comme il est dit (Lévitique 17,4) : « et il ne l’a pas amené à l’entrée de la tente d’assignation » ; lorsque Israël entra et vint à Guilgal, ils dressèrent à Guilgal le Tabernacle du désert, et alors les hauts lieux furent permis à Guilgal, parce que l’Écriture a rattaché l’interdit des hauts lieux aux camps du désert, c’est ce qui est écrit (ibid. 17,3) : « tout homme qui égorgera hors du camp » ; et lorsqu’ils entrèrent dans le pays et que les camps cessèrent, les hauts lieux furent permis comme avant que le Tabernacle ne fût dressé.
ויש לך לדעת כי לא היה בגלגל בית בנוי אלא שהקימו שם המשכן שבמדבר, אבל כשבאו לשילה שהיה שם בית בנוי ונקרא בית ה' שנאמר (שמואל א א׳:כ״ד) ותביאהו בית ה' שילה, ונקרא משכן שנאמר (תהילים ע״ח:ס׳) ויטוש משכן שילה, אז נאסרו הבמות, לפי שהזכיר הכתוב בכאן כי לא באתם עד עתה אל המנוחה הודיענו הכתוב בכאן שמשעה שיגיעו לשילה שנקרא מנוחה יאסרו הבמות, אבל לא בגלגל. ולכך הוצרך הכתוב להזכיר שילה ליתן היתר לגלגל שהיו מותרין שם בבמות כל ימי עמדם שם, והוא שבע שכבשו ושבע שחלקו.
Et tu dois savoir qu’il n’y avait pas à Guilgal de maison construite, mais ils y dressèrent le Tabernacle du désert ; mais quand ils vinrent à Silo, où il y avait une maison construite, appelée maison de l’Éternel, comme il est dit (1 Samuel 1,24) : « et elle l’amena à la maison de l’Éternel à Silo », et appelée Tabernacle, comme il est dit (Psaumes 78,60) : « Il abandonna le Tabernacle de Silo », alors les hauts lieux furent interdits ; parce que l’Écriture a mentionné ici : « car vous n’êtes pas encore arrivés au repos », elle nous a fait savoir que dès l’heure où ils arriveraient à Silo, appelée repos, les hauts lieux seraient interdits, mais non à Guilgal. Et c’est pourquoi l’Écriture a dû mentionner Silo, pour donner la permission à Guilgal, où les hauts lieux leur étaient permis tout le temps qu’ils y demeurèrent, qui est « sept ans de conquête et sept ans de partage ».
כשחרב שילה באו לנוב והקימו שם המשכן שבמדבר והותר שם הבמות, כשחרב נוב באו לגבעון ועמדו בנוב וגבעון נ"ז שנה, והיו מותרים להקריב בבמות בנוב וגבעון, וזהו שהזכיר אל הנחלה היא ירושלים שנאסרו שם הבמות, ליתן היתר לנוב וגבעון, ולכך הזכיר הכתוב שילה וירושלים לומר לך שמותר להקריב בבמה ביניהם בין המנוחה והנחלה, וזהו נוב וגבעון, וכן דרשו רז"ל אל המנוחה ואל הנחלה למה חלק הכתוב, ליתן היתר בין זה לזה.
Quand Silo fut détruite, ils vinrent à Nob et y dressèrent le Tabernacle du désert, et les hauts lieux y furent permis ; quand Nob fut détruite, ils vinrent à Gabaon, et ils restèrent à Nob et à Gabaon cinquante-sept ans, et il leur était permis d’offrir sur les hauts lieux à Nob et à Gabaon ; et c’est ce qu’il a mentionné : « à l’héritage » : c’est Jérusalem, où les hauts lieux furent interdits, pour donner la permission à Nob et à Gabaon ; et c’est pourquoi l’Écriture a mentionné Silo et Jérusalem pour te dire qu’il est permis d’offrir sur un haut lieu entre eux, entre le repos et l’héritage, c’est-à-dire Nob et Gabaon ; et de même nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué : « au repos et à l’héritage » : pourquoi l’Écriture a-t-elle séparé ? Pour donner la permission entre l’un et l’autre.
ומה שקרא לשילה מנוחה, מן והניח לכם מכל אויביכם, ולירושלים נחלה ממה שכתוב (שם צד) כי לא יטוש ה' עמו ונחלתו לא יעזוב, שכן הזכיר למעלה (שם קלב) כי בחר ה' בציון אוה למושב לו, כי יעקב בחר לו יה ישראל לסגולתו, יאמר כי הקב"ה בחר ירושלים לשכינתו ובחר בישראל לסגולתו. זה פירוש הרמב"ם ז"ל בפי' המשניות.
Et ce qu’il a appelé Silo « repos », de « et Il vous donnera du repos de tous vos ennemis », et Jérusalem « héritage », de ce qui est écrit (Psaumes 94,14) : « Car l’Éternel n’abandonnera pas son peuple et ne délaissera pas son héritage » ; car ainsi il a mentionné plus haut (ibid. 132,13) : « Car l’Éternel a choisi Sion, Il l’a désirée pour Sa demeure » ; (ibid. 135,4) : « Car Yah s’est choisi Yaaqov, Israël pour Son trésor » ; il dit que le Saint, béni soit-Il, a choisi Jérusalem pour Sa Présence divine et a choisi Israël pour Son trésor. Telle est l’explication du Rambam, de mémoire bénie, dans son commentaire de la Michna.
בכל מקום אשר תראה. הזהיר זה בלאו. אבל אתה מקריב על פי נביא בהוראת שעה כמו שעשה אליהו כדי להכחיש נביאי הבעל.
« En tout lieu que tu verras. » Il a averti cela par un interdit. Mais tu offres sur l’ordre d’un prophète, par disposition passagère, comme fit Éliyahou pour démentir les prophètes de Baal.
כי אם במקום אשר יבחר ה' באחד שבטיך. סתם הכתוב ולא פירש מי מן השבטים, וזה היה בחלקו של בנימין, ולמעלה הזכיר בכל שבטיכם, הא כיצד, כשקנה דוד את הגורן מארונה היבוסי גבה הזהב מכל השבטים, שכן כתוב בדברי הימים (א כא) ויתן דויד לארנן במקום שקלי זהב משקל שש מאות, וכתיב בספר שמואל (ב כד) ויקן דוד את הגרן ואת הבקר בכסף שקלים חמשים, ונראין שני כתובים אלו כסותרין זה את זה, ואינו כן, מפני שהשש מאות היו לי"ב שבטים, חמשים לכל שבט ושבט, וחמשים שבכאן היו בעד שבטו שהיה שבט יהודה, ומכל מקום הגורן הזה בחלקו של בנימין היה.
« Mais au lieu que l’Éternel choisira dans l’une de tes tribus. » L’Écriture a laissé indéfini et n’a pas précisé laquelle des tribus ; et ce fut dans la part de Binyamin ; et plus haut il a mentionné « dans toutes vos tribus » : comment donc ? Quand David acquit l’aire d’Aravna le Yébousite, il fit prélever l’or de toutes les tribus, car il est écrit dans les Chroniques (1 Chroniques 21,25) : « David donna à Ornân pour cet endroit six cents sicles d’or de poids », et il est écrit dans le livre de Samuel (2 Samuel 24,24) : « David acheta l’aire et les bœufs pour cinquante sicles d’argent » ; et ces deux versets paraissent se contredire, et il n’en est pas ainsi, parce que les six cents étaient pour les douze tribus, cinquante pour chaque tribu, et les cinquante d’ici étaient pour sa tribu, qui était la tribu de Yehouda ; de toute façon, cette aire était dans la part de Binyamin.
כל ימיך על אדמתך. דוקא בארץ אבל בחוצה לארץ אינך מוזהר עליו יותר מעניי ישראל.
« Tous tes jours sur ta terre. » Seulement dans le pays ; mais hors du pays, tu n’es pas tenu à son égard à une obligation plus grande qu’envers les pauvres d’Israël.
ואמרת אוכלה בשר. למדה תורה דרך ארץ שלא יאכל אדם בשר אלא מתוך עושר והרחבה, וזהו לשון כי ירחיב.
« Et tu diras : Je mangerai de la viande. » La Torah t’enseigne les règles de bonne conduite : que l’homme ne mange de la viande que dans l’aisance et l’abondance ; et c’est l’expression « quand Il élargira » (ki yarḥiv).
בכל אות נפשך תאכל בשר. התיר להם בשר חולין כשיכנסו לארץ, לפי שבמדבר כל הבשר שהיו אוכלין הכל היה שלמים.
« Selon tout le désir de ton âme tu mangeras de la viande. » Il leur permit la viande profane lorsqu’ils entreraient dans le pays, car dans le désert, toute la viande qu’ils mangeaient était entièrement des sacrifices de paix.
וזבחת וגו' כאשר צויתיך. ע"ד הפשט, כאשר צויתיך בקרבנות, שהרי לא מצינו בכל התורה צווי שחיטה כי אם בקרבנות שכתוב שם (ויקרא א׳:ה׳) ושחט את בן הבקר.
« Tu égorgeras, etc., comme je te l’ai ordonné. » Selon le sens simple : comme je te l’ai ordonné pour les sacrifices ; car nous ne trouvons dans toute la Torah aucun ordre d’égorger sinon pour les sacrifices, où il est écrit (Lévitique 1,5) : « et il égorgera le jeune bovin ».
וע"ד מדרש רז"ל, כאשר צויתיך בסיני על פה מהלכה למשה מסיני, הוא שאמרו מלמד שנצטוה משה על הושט ועל הקנה ועל רוב אחד בעוף ועל רוב שנים בבהמה.
Et selon le Midrash de nos Sages, de mémoire bénie : « comme je te l’ai ordonné » au Sinaï oralement, loi donnée à Moché au Sinaï ; c’est ce qu’ils ont dit : cela enseigne que Moché a reçu l’ordre pour l’œsophage et la trachée, et pour la majorité d’un des deux chez l’oiseau, et la majorité des deux chez la bête.
רק חזק לבלתי אכול הדם. לפי שהיו ישראל שטופין באכילת הדם בעבודת השדים לכך הוצרכה התורה להזהיר לא תאכלו על הדם, וגם בכאן הצורך לומר חזק ותתחזק ביצרך שתכנע ולא תאכלנו, ומטעם זה הוצרכה תורה להזכיר איסורו כמה פעמים לפי שהיו רגילין בו הרבה והיו קשים לפרוש, וכל שכן כשהיה מביא האדם לידי עבודת אלילים. ומצינו שאיסור הדם נזכר בתורה שבעה פעמים, וכן דרך התורה בדברים החמורים להזכירן פעמים רבות, כענין שבת שהיא שקולה כנגד כל המצות כלן והוא נזכר בתורה י"ב פעמים, וכן ענין יציאת מצרים נזכר בתורה חמשים פעמים.
« Seulement, sois ferme pour ne pas manger le sang. » Parce qu’Israël était adonné à manger le sang dans le culte des démons, la Torah dut avertir « vous ne mangerez pas sur le sang » ; et ici aussi il est nécessaire de dire « sois ferme » : fortifie-toi face à ton penchant, pour te soumettre à l’interdit et ne pas en manger ; et pour cette raison la Torah dut mentionner son interdit plusieurs fois, parce qu’ils y étaient très habitués et avaient du mal à s’en séparer, et à plus forte raison lorsqu’il amenait l’homme à l’idolâtrie. Et nous trouvons que l’interdit du sang est mentionné sept fois dans la Torah, et telle est la manière de la Torah pour les choses graves, de les mentionner de nombreuses fois, comme le sabbat, qui équivaut à tous les commandements ensemble et est mentionné douze fois dans la Torah, et de même la sortie d’Égypte est mentionnée cinquante fois dans la Torah.
או יאמר רק חזק, לפי שהדם מחזק גוף האוכל הוצרך לומר כנגד זה שהוא יתן לו חוזק אם לא יאכלנו. ובא לשון רק למעט הכבד שכלו דם, וכן אך כאשר יאכל את הצבי, בא למעט את החלב, שלא תאמר כיון שהקישו לצבי ואיל מה חלב צבי ואיל מותר אף כאן מותר, אלא שבאותו ענין שהוא אוכל הצבי והאיל שאינו מוזהר לאכלו בטהרה, אלא כצבי ואיל הפסולין למזבח וטמא וטהור אוכלין בקערה אחת, כן יאכלנו בכאן, שאילו בא להתיר החלב היה אומר כל אשר יאכל בצבי ואיל יאכל בו.
Ou bien il dira « seulement, sois ferme » (raq ḥazaq) : parce que le sang fortifie le corps de celui qui le mange, il fallait dire en face de cela qu’Il lui donnera de la fermeté s’il ne le mange pas. Et l’expression « raq » est venue pour exclure le foie, qui est tout entier du sang ; et de même « seulement comme on mange la gazelle » (Deutéronome 12,22) est venu pour exclure la graisse, afin que tu ne dises pas : puisqu’on l’a comparé à la gazelle et au cerf, de même que la graisse de la gazelle et du cerf est permise, ici aussi elle est permise ; mais de la manière dont il mange la gazelle et le cerf, qu’il n’est pas averti de manger en pureté, mais comme la gazelle et le cerf impropres à l’autel, et que l’impur et le pur mangent dans un même plat, ainsi il le mangera ici ; car s’il avait voulu permettre la graisse, il aurait dit « tout ce qu’il mange de la gazelle et du cerf, il en mangera ».
כי הדם הוא הנפש. בא לתת טעם לאיסור הדם, וכבר הארכתי בזה בסדר אחרי מות.
« Car le sang est l’âme. » Il vient donner la raison de l’interdit du sang, et je me suis déjà longuement étendu là-dessus dans la section Aharé Mot.
ולא תאכל הנפש עם הבשר. שעורו ולא תאכל הבשר שנחתך מהבהמה בעוד שנפשו בו, ואפילו לאחר שימות החי, וזו אזהרת אבר מן החי שנאמר לבני נח בפסוק (בראשית ט׳:ד׳) אך בשר בנפשו דמו לא תאכלו, והטעם לפי שהוא ענין אכזריות ומוליד תכונה רעה בנפש למי שרגיל בכך. ואמר לא תאכלנו, והוא אזהרה לדם האברים.
« Et tu ne mangeras pas l’âme avec la chair. » Son sens : tu ne mangeras pas la chair coupée de la bête pendant que son âme est en elle, et même après que le vivant est mort ; et c’est l’avertissement sur le membre prélevé sur le vivant, qui fut dit aux fils de Noé dans le verset (Genèse 9,4) : « Seulement la chair avec son âme, son sang, vous ne mangerez pas » ; et la raison est que c’est une chose de cruauté et qu’elle engendre une mauvaise disposition dans l’âme de celui qui s’y habitue. Et il a dit « tu ne le mangeras pas » : c’est l’avertissement sur le sang des membres.
למען ייטב לך ולבניך אחריך. דרשו רז"ל מכאן למתן שכרן של מצות, אם דם שנפשו של אדם קצה בו הפורש ממנו זוכה לו ולבניו, גזל ועריות שנפשו של אדם מתאוה להן ומחמדתן לא כן שכן, לפי שאסורי תורה על ג' חלקים , האחד שהטבע יחמדנו, כגון גזל ועריות, והשני שהטבע ימאסנו, כגון אכילת הדם והשרצים, והשלישי שאין הטבע לא חומד ולא מואס, כגון זריעת כלאים ולבישת שעטנז וכיוצא בהם, על כן יצטרך האדם המוזהר משלשתן שירחיק ויתעב בטבעו החלק החמוד כשם שמרחיק ויתעב החלק המאוס, ומפני אזהרת המצוה יתעלה, שאם בחלק המאוס הוקבע שכר ק"ו בחלק החמוד. ולכך אמרו רז"ל במדרש אל יאמר אדם אי אפשי לאכול בשר חזיר, אלא אפשי ומה אעשה ואבי שבשמים גזר עלי.
« Afin que cela aille bien pour toi et pour tes fils après toi. » Nos Sages, de mémoire bénie, ont tiré de là la rétribution des commandements : si pour le sang, dont l’âme de l’homme a du dégoût, celui qui s’en sépare mérite cela pour lui et pour ses fils, a fortiori pour le vol et les unions interdites, dont l’âme de l’homme a envie et qu’elle désire ; car les interdits de la Torah sont de trois sortes : l’un, ce que la nature désire, comme le vol et les unions interdites ; le deuxième, ce que la nature trouve répugnant, comme manger le sang et les reptiles ; et le troisième, ce que la nature ne désire ni ne trouve répugnant, comme semer des espèces mélangées et porter du chaatnez et leurs semblables ; c’est pourquoi l’homme averti de ces trois doit éloigner et prendre en horreur par sa nature la partie désirable, comme il éloigne et prend en horreur la partie répugnante, en raison de l’interdiction énoncée par Celui qui commande, exalté soit-Il ; car si une récompense a été fixée pour la partie répugnante, a fortiori pour la partie désirable. Et c’est pourquoi nos Sages, de mémoire bénie, ont dit dans le Midrash : que l’homme ne dise pas « je n’ai pas envie de manger de la viande de porc », mais « j’en ai envie, et que faire ? Mon Père qui est aux cieux l’a décrété sur moi ».
כי יכרית ה' אלהיך את הגוים. פרשה זו תזהיר האדם שלא לעבוד להקב"ה בעבודת האלילים, ונתן טעם בזה כי כל תועבת ה' אשר שנא עשו לאלהיהם, ואמר ופן תדרוש לאלהיהם לאמר איכה יעבדו הגוים האלה את אלהיהם ואעשה כן גם אני להקב"ה מה שהם עושין לעכו"ם ותחשוב שהיא דרך טובה והקב"ה רוצה בכך, לא תעשה כן, למה, כי כל תועבת ה' אשר שנא עשו לאלהיהם, יאמר הנה הם מחזרים אחר הדברים שהקב"ה שונאן ועושין אותן, וכענין שכתוב ברשעים הכופרים (תהילים ל״ו:ג׳) כי החליק אליו בעיניו למצוא עונו לשנוא, כלומר רומזים בעיניהם ומסתכלין שיוכלו למצוא עון שהקב"ה שונאו ועושין אותו, וכן יאמר בכאן על הגוים האלה כי לא מצאו מכל תועבה קשה לפני הקב"ה כמו שרפת הבנים והנה הם עושין כן, וזהו שאמר כי גם את בניהם ואת בנותיהם ישרפו באש לאלהיהם, כלומר אפילו האדם שהוא מבחר המין שלא ברא הקב"ה עולמו אלא בשבילו הנה הם שורפים אותם באש לאלהיהם. ואמר את כל הדבר אשר אנכי מצוה אתכם, הוא ענין הקרבנות ועבודת המקדש, ובא ולמד שהוא שונא את זה ובוחר בזה.
« Quand l’Éternel ton Dieu retranchera les nations. » Cette section avertit l’homme de ne pas servir le Saint, béni soit-Il, par le culte des idoles, et il en a donné la raison : « car toute abomination que l’Éternel hait, ils l’ont faite pour leurs dieux » ; et il a dit : « de peur que tu ne t’enquières de leurs dieux, en disant : Comment ces nations servaient-elles leurs dieux ? Je ferai de même, moi aussi » pour le Saint, béni soit-Il, ce qu’ils font pour l’idole, et tu penseras que c’est une bonne voie et que le Saint, béni soit-Il, le veut : tu ne feras pas ainsi. Pourquoi ? Car « toute abomination que l’Éternel hait, ils l’ont faite pour leurs dieux ». Il dit : voici qu’ils recherchent les choses que le Saint, béni soit-Il, hait et les font, comme il est écrit des méchants renégats (Psaumes 36,3) : « Car il se flatte à ses propres yeux pour trouver son iniquité et la haïr » ; c’est-à-dire qu’ils clignent des yeux et observent pour trouver une faute que le Saint, béni soit-Il, hait, et ils la commettent ; et de même il dira ici de ces nations qu’elles n’ont pas trouvé, de toutes les abominations, une chose plus dure devant le Saint, béni soit-Il, que de brûler les fils, et voici qu’elles font ainsi ; c’est ce qu’il a dit : « car même leurs fils et leurs filles ils brûlent au feu pour leurs dieux », c’est-à-dire : même l’homme, qui est l’élite de l’espèce, pour qui le Saint, béni soit-Il, n’a créé Son monde que pour lui, voici qu’ils les brûlent au feu pour leurs dieux. Et il a dit : « toute la chose que je vous ordonne » : c’est le sujet des sacrifices et du service du Temple ; et il vient enseigner qu’Il hait ceci et choisit cela.
ובמדרש כי יכרית ה' אלהיך את הגוים, משל למה הדבר דומה, למלך שנטע כרם בתוך שדהו והיו בתוכו ארזים גדולים וקוצים, הלך המלך וקצץ את הארזים והניח הקוצים, אמרו לו עבדיו, אדונינו המלך הקוצים שהיו נאחזין בבגדינו וקורעין אותם הנחת וקצצת את הארזים, אמר להן אילו קצצתי את הקוצים והנחתי את הארזים במה הייתי גודר כרמי, ולא יפה עשיתי, אלא יעמוד הכרם על עמדו ואני מצית בהן את האור.
Et dans le Midrash : « Quand l’Éternel ton Dieu retranchera les nations » : à quoi cela ressemble-t-il ? À un roi qui planta une vigne au milieu de son champ, et il y avait au milieu de grands cèdres et des épines ; le roi alla couper les cèdres et laissa les épines ; ses serviteurs lui dirent : notre seigneur le roi, les épines qui s’accrochent à nos vêtements et les déchirent, tu les as laissées, et tu as coupé les cèdres ! Il leur dit : si j’avais coupé les épines et laissé les cèdres, avec quoi aurais-je clôturé ma vigne ? Je n’ai donc pas mal fait : que la vigne reste sur son pied, et j’y mettrai le feu.
כך ישראל כרמו של הקב"ה שנאמר (ישעיהו ה׳:ז׳) כי כרם ה' צבאות בית ישראל, הכניס ישראל לארץ וקצץ הארזים שבה שנאמר (עמוס ב׳:ט׳) ואנכי השמדתי את האמורי מפניכם אשר כגובה ארזים גבהו וחסון הוא כאלונים, והניח את בניהם ובני בניהם שם כדי שישמרו את הכרם שנאמר (שופטים ג׳:א׳) ואלה הגוים אשר הניח ה' לנסות בם את ישראל, וכתיב (שם ב) למען נסות בם את ישראל השומרים הם את דרך ה' ללכת בם, וכשיעמוד הכרם על עמדו במשמרת התורה (ישעיהו ל״ג:י״ב) והיו עמים משרפות סיד קוצים כסוחים באש יצתו.
Ainsi Israël est la vigne du Saint, béni soit-Il, comme il est dit (Isaïe 5,7) : « Car la vigne de l’Éternel des armées est la maison d’Israël » ; Il fit entrer Israël dans le pays et coupa les cèdres qui s’y trouvaient, comme il est dit (Amos 2,9) : « Et moi, J’ai détruit l’Amorréen devant vous, dont la hauteur était comme la hauteur des cèdres et qui était fort comme les chênes » ; et Il y laissa leurs fils et leurs petits-fils pour qu’ils gardent la vigne, comme il est dit (Juges 3,1) : « Voici les nations que l’Éternel laissa pour éprouver par elles Israël » ; et il est écrit (ibid. 2,22) : « pour éprouver par elles Israël, s’ils garderont la voie de l’Éternel pour y marcher » ; et quand la vigne se tiendra sur son pied dans la garde de la Torah : (Isaïe 33,12) « Les peuples seront comme des fournaises à chaux, des épines coupées qui brûlent au feu ».
כי יקום בקרבך נביא. שיאמר שהוא נביא ושהקב"ה דבר אליו בהקיץ או בחלום. ונתן אליך אות, בשמים, כענין שכתוב בגדעון (שופטים ו) ועשית לי אות שאתה מדבר עמי. או מופת, בארץ, אעפ"כ לא תשמע לו, כן פירש רש"י. ואם תאמר למה נתן לו הקב"ה ממשלה לעשות אות, כי מנסה ה' אלהיכם.
« Si un prophète s’élève au milieu de toi. » Qui dira qu’il est prophète et que le Saint, béni soit-Il, lui a parlé éveillé ou en rêve. « Et te donne un signe » : au ciel, comme il est écrit pour Guidéon (Juges 6,17) : « fais-moi un signe que c’est toi qui me parles » ; « ou un prodige » : sur la terre ; malgré cela, « tu ne l’écouteras pas » : ainsi a expliqué Rachi. Et si tu dis : pourquoi le Saint, béni soit-Il, lui a-t-Il donné pouvoir de faire un signe ? « Car l’Éternel votre Dieu vous éprouve. »
והרמב"ן ז"ל פירש אות או מופת, אות סימן על דבר שיהיה אחרי כן בדמיונו, כענין שכתוב (במדבר ב׳:ב׳) איש על דגלו באותות, כי כשיאמר הנביא דבר פלוני עתיד להיות לדמיון שיהיה אחריו כך יקרא אות כמו שנאמר (ישעיהו ז׳:י״ד) לכן יתן ה' הוא לכם אות, והמלה נגזרת מן אתה, ומופת יאמר על דבר מחודש שיעשה לפנינו בשנוי טבעו של עולם, כענין שנאמר (דברי הימים ב ל״ב:ל״א) לדרוש המופת אשר היה בארץ, (יואל ג׳:ג׳) ונתתי מופתים בשמים ובארץ וגו', והיא מלה מוקצרת, מופת מופלאת, והיו במצרים אותות ומופתים, הוא שכתוב (דברים ד׳:ל״ד) במסות באותות ובמופתים, אותות הם שיקדים משה להודיעם טרם היותם, מופתים הם הנעשים לשעתם בדרך הפלא ושנוי הטבע, כענין המטה שקראו אות שהודיעו בתחלה וקראו מופת כשנעשה נחש לפני פרעה ולפני עבדיו, עד כאן.
Et le Ramban, de mémoire bénie, a expliqué « signe ou prodige » : « signe » (ot) est une indication d’une chose qui sera ensuite à son image, comme il est écrit (Nombres 2,2) : « chacun près de son étendard, avec des signes » ; car lorsque le prophète dit « telle chose sera » à l’image de ce qui viendra après, cela s’appelle signe, comme il est dit (Isaïe 7,14) : « C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe » ; et le mot dérive de « atah » (venir) ; tandis que « prodige » (mofet) se dit d’une chose nouvelle faite devant nous par un changement de la nature du monde, comme il est dit (2 Chroniques 32,31) : « pour s’enquérir du prodige qui avait eu lieu dans le pays », (Joël 3,3) : « Je ferai des prodiges dans les cieux et sur la terre, etc. », et c’est un mot abrégé : mofet est une forme abrégée de moufla’at (« extraordinaire ») ; et il y eut en Égypte des signes et des prodiges, c’est ce qui est écrit (Deutéronome 4,34) : « par des épreuves, par des signes et par des prodiges » ; les signes sont ce que Moché leur annonçait avant qu’ils aient lieu, les prodiges sont ceux qui se font sur le moment de manière extraordinaire et par un changement de la nature, comme le bâton, qu’ils ont appelé signe quand il le leur fit savoir au début, et qu’ils ont appelé prodige quand il devint serpent devant Pharaon et devant ses serviteurs. Fin de la citation.
ודבר ידוע שאין מחזיקין את האיש בנביא עד שיתן אות ובא האות כדבריו, וצריך שיתקיימו כל דבריו לא יחסר מהם, שאם יחסר מהם אפילו נקודה אין זה נביא. וכאשר הוחזק בנביא אצל בני האדם מצד האותות שנתן להם בעתיד ונתקיימו כלן, אם הוא מתנבא על הרעה ולא תבא אין מחזיקין אותו בשקרן, שאין הנביא נבחן בנבואתו אם אמת הוא אם לא אלא בענין הטובה שהתנבא עליה בין ליחיד בין לרבים ולא יפול מכל דברו הטוב אשר ידבר, וכן אמר ירמיה לחנניה בן עזור הנביא (ירמיהו כ״ח:ט׳) אשר ינבא לשלום בבא דבר הנביא יודע הנביא אשר שלחו ה' באמת, אבל בענין הרעה אם לא נתקיימו דבריו אין מהרהרין אחריו כי אולי עשו תשובה, והקב"ה חוזר ומתנחם על הרעה ואינו חוזר ומתנחם על הטובה.
Et c’est une chose connue qu’on ne tient un homme pour prophète que lorsqu’il donne un signe et que le signe vient selon ses paroles, et il faut que toutes ses paroles s’accomplissent, qu’il n’en manque aucune, car s’il en manque ne serait-ce qu’un point, ce n’est pas un prophète. Et lorsqu’il a été tenu pour prophète auprès des hommes à cause des signes qu’il leur a donnés pour l’avenir et qui se sont tous accomplis, s’il prophétise le malheur et qu’il ne vient pas, on ne le tient pas pour menteur, car le prophète n’est éprouvé dans sa prophétie, pour savoir s’il dit vrai ou non, que dans le domaine du bien dont il a prophétisé, que ce soit pour un individu ou pour la collectivité, et rien de toute sa parole de bien qu’il dit ne tombera ; et ainsi Jérémie dit à Hananya fils d’Azzour le prophète (Jérémie 28,9) : « Le prophète qui prophétise la paix, quand la parole du prophète s’accomplira, on saura que le prophète est celui que l’Éternel a véritablement envoyé » ; mais dans le domaine du mal, si ses paroles ne se sont pas accomplies, on ne le soupçonne pas, car peut-être ont-ils fait téchouva, et le Saint, béni soit-Il, revient sur le malheur annoncé et y renonce, mais ne revient pas sur le bien annoncé et n’y renonce pas.
ואעידה לי עדים נאמנים, יונה וישעיה, שהרי יונה בן אמתי כשהתנבא ואמר (יונה ג׳:ד׳) עוד ארבעים יום ונינוה נהפכת, מתוך שעשו תשובה נחם הקב"ה על הרעה ורחם עליהם, וכן ישעיה כשאמר לחזקיה (מלכים ב כ) מות תמות, ואין ספק שנגזרה עליו מיתה מאת השי"ת, מתוך שעשה תשובה האריך לו ט"ו שנה, והרי דברי הנביאים שהיו מאת הקב"ה בטלים בענין הרעה לפי שהוא יתעלה ברא התשובה קודם שברא העולם, והיא עולה על הכל.
Et j’appellerai à témoin pour moi des témoins fidèles, Yona et Isaïe : car lorsque Yona fils d’Amittaï prophétisa et dit (Jonas 3,4) : « Encore quarante jours et Ninive sera renversée », du fait qu’ils firent téchouva le Saint, béni soit-Il renonça au malheur annoncé et eut pitié d’eux ; et de même Isaïe, lorsqu’il dit à Ézéchias (2 Rois 20,1) : « Tu mourras certainement », sans doute possible la mort avait été décrétée contre lui de la part du Nom, béni soit-Il, mais du fait qu’il fit téchouva, Il prolongea sa vie de quinze ans ; et voici que les paroles des prophètes, qui venaient du Saint, béni soit-Il, ont été annulées dans le domaine du mal, parce qu’Il, élevé soit-Il, a créé la téchouva avant de créer le monde, et elle s’élève au-dessus de tout.
אחרי ה' אלהיכם תלכו. אחר מדותיו, כענין שכתוב (דברים כח) והלכת בדרכיו, ואותו תיראו, מלחקור ענינו מצד עצמותו אלא מצד פעולותיו.
« Après l’Éternel votre Dieu vous marcherez. » Après Ses attributs, comme il est écrit (Deutéronome 28,9) : « et tu marcheras dans Ses voies » ; « et Lui vous craindrez » : gardez-vous de chercher à Le connaître par Son essence ; cherchez à Le connaître par Ses actes.
ואת מצותיו תשמרו. זו תורה שבכתב שהיא תרי"ג מצות.
« Et Ses commandements vous garderez. » C’est la Torah écrite, qui comprend les six cent treize commandements.
ובקולו תשמעו. הם הנביאים, וגם זה כולל תורה שבע"פ שהיא קבלה מן הנביאים, וכענין ששנינו משה קבל תורה מסיני ומסרה ליהושע ויהושע לזקנים וזקנים לנביאים ונביאים מסרוה לאנשי כנסת הגדולה.
« Et Sa voix vous écouterez. » Ce sont les Prophètes ; et cela comprend aussi la Torah orale, qui est une tradition reçue des Prophètes, comme nous l’avons enseigné : Moché reçut la Torah du Sinaï et la transmit à Yehochoua, Yehochoua aux Anciens, les Anciens aux Prophètes, et les Prophètes la transmirent aux hommes de la Grande Assemblée.
ואותו תעבודו, זו תפלה. ובו תדבקון. שאפילו בשעה שאתם עסוקים בדבר הרשות תדביקו בו מחשבתכם ולא תפרדו ממנו אפילו שעה אחת.
« Et Lui vous servirez » : c’est la prière. « Et à Lui vous vous attacherez » : même à l’heure où vous êtes occupés à une chose facultative, attachez à Lui votre pensée et ne vous en séparez pas même une heure.
או יאמר ובו תדבקון שלא תרצו לצאת מעבודתו לעולם, כי בנוהג שבעולם כשהעבד תחת יד האדון אפילו היה האדון טוב ורחמן עליו הרי הוא מתאוה שיפרד ממנו שיצא מרשותו בן חורין לעצמו, ולכך אמר בכאן ובו תדבקון שתהיו דבקים בעבודתו לא תתאוו אל הפרידה ואל החירות ממנו, כי עבודתו הוא החירות האמתי.
Ou bien il dira « et à Lui vous vous attacherez » : que vous ne désiriez jamais sortir de Son service ; car selon l’usage du monde, lorsque le serviteur est sous la main du maître, même si le maître est bon et miséricordieux envers lui, il désire se séparer de lui, sortir de son autorité, libre pour lui-même ; c’est pourquoi il a dit ici « et à Lui vous vous attacherez » : que vous soyez attachés à Son service, sans désirer la séparation ni l’affranchissement de Son autorité, car Son service est la vraie liberté.
או אפשר לומר עוד ובו תדבקון שהיא ההבטחה אל שכר העוה"ב, ובא ללמד שאם אנו מקיימין האזהרות שהזכיר, והוא שנלך אחר מדותיו שנירא אותו ושנשמור תורה שבכתב ושבע"פ ושנעבוד אותו בתפלה, יבטיח אותנו שנהיה דבקים בו בסוף, והדבקות בו הוא שנדבק בהאל הקדוש שהוא שכר העוה"ב.
Ou bien il est possible de dire encore « et à Lui vous vous attacherez » : c’est la promesse de la récompense du monde à venir ; et il vient enseigner que si nous accomplissons les avertissements qu’il a mentionnés, qui sont que nous marchions après Ses attributs, que nous Le craignions, que nous gardions la Torah écrite et la Torah orale et que nous Le servions par la prière, Il nous assure que nous serons attachés à Lui à la fin, et l’attachement à Lui est que nous nous attachions au Dieu saint, qui est la récompense du monde à venir.
כי דבר סרה על ה' אלהיכם המוציא אתכם מארץ מצרים. כלומר מורד במלכות שמים הוא. ואפילו עשה כמה אותות ומופתים והעמיד חמה באמצע הרקיע ואמר שהקב"ה צוהו שנעבוד היום כוכב או מזל או אחד משאר הכחות עליונים, הרי זה חייב מיתת חנק, לפי שבא להכחיש נבואתו של משה רבינו ע"ה המפורסמת והמבוררת לכל ישראל, וכן בא להכחיש דבור (שמות כ) לא יהיה לך שכל ישראל שמעו באזניהם והם יודעים ועדים בדבר זה, ולכך אמרה תורה יומת, וכל מה שעשה הכל בדרך חכמה וכשוף.
« Car il a dit une parole de révolte contre l’Éternel votre Dieu qui vous a fait sortir du pays d’Égypte. » C’est-à-dire qu’il est rebelle à la royauté du Ciel. Et même s’il a fait de nombreux signes et prodiges et arrêté le soleil au milieu du firmament, et qu’il dit que le Saint, béni soit-Il, lui a ordonné que nous servions aujourd’hui une étoile, une constellation ou l’une des autres forces supérieures, celui-ci est passible de la mort par strangulation, parce qu’il vient démentir la prophétie de Moché notre maître, la paix soit sur lui, publique et claire pour tout Israël ; et de même il vient démentir la parole (Exode 20,3) « Tu n’auras pas », que tout Israël a entendue de ses oreilles et dont ils sont connaisseurs et témoins ; c’est pourquoi la Torah a dit « il mourra » ; et tout ce qu’il a fait, c’est par voie de sagesse et de sorcellerie.
והנה זה בענין עבודת אלילים בלבד שאין אנו מאמינים אותו כל עיקר ואין אנו משגיחין בו בשום אות ומופת שיעשה, אבל בשאר מצות אם יאמר לנו שנעבור היום על מצוה פלונית שהקב"ה צוהו בכך, כיון שהוא קודם לכן מוחזק אלינו בנביא והוא מהלך בדרכי הנבואה והפרישות, יש לנו להאמין אותו, כיון שאינו מצוה לעבור על אותה מצוה לדורות ולעקור אותה לגמרי אלא הוראת שעה אומר כן, מצוה עלינו לשמוע לו, זהו שכתוב (דברים יח) אליו תשמעון.
Et voici que cela concerne seulement le culte des idoles : nous ne croyons alors nullement cet homme et ne tenons aucun compte des signes et prodiges qu’il accomplit ; mais pour les autres commandements, s’il nous dit de transgresser aujourd’hui tel commandement parce que le Saint, béni soit-Il, le lui a ordonné, puisqu’il nous est auparavant établi comme prophète et qu’il marche dans les voies de la prophétie et de l’ascèse, nous devons le croire, puisqu’il n’ordonne pas de transgresser ce commandement pour les générations ni de le déraciner entièrement, mais dit cela comme disposition passagère ; nous avons l’obligation de l’écouter, c’est ce qui est écrit (Deutéronome 18,15) : « c’est à lui que vous obéirez ».
ומה שאנו סומכין על אות שלו, ובאפשר הוא שיעשה או בדרך חכמה וכשוף והוא אינו נביא, מפני שאנו הולכין אחר חזקתו הטובה, וכיון שהוחזק אצלנו קודם לכן בנביא יש לנו להעמידו על חזקתו, כמו שאנו סומכין על שני עדים שהם כשרים אצלנו ובאפשר הוא שיהיו עדי שקר, אלא אנו מעמידין העדים בחזקתן, וכן בכאן בנביא זה יש להעמידו על חזקתו, ועל זה אמרה תורה (שם כט) הנסתרות לה' אלהינו והנגלות לנו ולבנינו. וכן דרשו רז"ל, בכל אם יאמר לך נביא עבור על דברי תורה כאליהו בהר הכרמל שמע לו, חוץ מעבודה זרה.
Et si nous nous appuyons sur son signe, alors qu’il est possible qu’il l’accomplisse par voie de sagesse et de sorcellerie et qu’il ne soit pas prophète, c’est parce que nous suivons sa bonne présomption (ḥazaqa) ; et puisqu’il nous est auparavant établi comme prophète, nous devons le maintenir dans sa présomption, comme nous nous appuyons sur deux témoins qui sont aptes à nos yeux, bien qu’il soit possible qu’ils soient de faux témoins, mais nous maintenons les témoins dans leur présomption ; ainsi ici pour ce prophète, il faut le maintenir dans sa présomption, et à ce sujet la Torah a dit (ibid. 29,28) : « Les choses cachées appartiennent à l’Éternel notre Dieu, et les révélées à nous et à nos fils ». Et de même nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué : en tout, si un prophète te dit « transgresse les paroles de la Torah », comme Éliyahou sur le mont Carmel, écoute-le, sauf pour l’idolâtrie.
וענין אליהו הוראת שעה היתה, שהקריב עולה בחוץ כדי להכחיש נביאי הבעל, ולא נתכוון לעקור המצוה, שאלו נתכוון אסור לשמוע אליו, שכל המצות נצחיות הן ולדורי דורות נתנו, שנאמר (שם ) לנו ולבנינו עד עולם לעשות את כל דברי התורה הזאת. ומה שהזכירו החכמים ז"ל אליהו, הוא הדין לכל שאר הנביאים שצוו מפי הקב"ה שנעבור על המצות לפי שעה, כמו שעשה יהושע שנצטוה בכבוש יריחו בשבת, ועשה זה לפי שעה, לא שנצטוה לעקור מצות שבת ח"ו.
Et l’affaire d’Éliyahou était une disposition passagère : il offrit un holocauste à l’extérieur afin de démentir les prophètes de Baal, et il n’avait pas l’intention de déraciner le commandement ; car s’il en avait eu l’intention, il est interdit de l’écouter, puisque tous les commandements sont éternels et ont été donnés pour les générations des générations, comme il est dit (ibid.) : « à nous et à nos fils pour toujours, afin de pratiquer toutes les paroles de cette Torah ». Et ce que nos Sages, de mémoire bénie, ont mentionné d’Éliyahou vaut de même pour tous les autres prophètes qui ont reçu l’ordre de la bouche du Saint, béni soit-Il de transgresser les commandements pour l’heure, comme fit Yehochoua, qui reçut l’ordre de conquérir Jéricho le sabbat, et il le fit pour l’heure, non qu’il ait reçu l’ordre de déraciner le commandement du sabbat, à Dieu ne plaise.
וכן מצינו באלישע שצוה (מלכים ב ג) וכל מעין מים יסתמו וכל עץ טוב יפילו, והתורה אמרה (דברים כ) לא תשחית את עצה, אלא לפי שעה צוה כן, לא לעקור המצוה, שאם נתכוון לכך אין שומעין לו ואין צריך לומר לעקור המצוה לגמרי אלא אפילו להוסיף עליה או לגרוע ממנו אין ראוי לנו להאמין בזה בנבואת שום נביא, וזה באור מה שאמרו רז"ל אם יבא אליהו ויאמר חולצין במנעל שומעין לו, בסנדל אין שומעין לו. ועוד במסכת ברכות, אילו אמרה לי יהושע בן נון מפומיה לא צייתינא ליה ולא שמענא מינה.
Et de même nous trouvons chez Élisée qui ordonna (2 Rois 3,19) : « et vous boucherez toutes les sources d’eau et vous abattrez tous les bons arbres », alors que la Torah a dit (Deutéronome 20,19) : « tu ne détruiras pas son arbre » ; mais il l’a ordonné pour l’heure, non pour déraciner le commandement ; car s’il l’avait voulu, on ne l’écoute pas, et inutile de dire déraciner entièrement le commandement : même y ajouter ou en retrancher, il ne nous convient pas de le croire sur la prophétie d’aucun prophète ; et c’est l’explication de ce que nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : si Éliyahou venait et disait qu’on fait la ḥalitsa avec la chaussure, on l’écoute ; avec la sandale, on ne l’écoute pas. Et encore dans le traité Berakhot : si Yehochoua fils de Noun me le disait de sa bouche, je ne lui obéirais pas et je ne l’écouterais pas.
ואפילו שמענו בת קול מן השמים כנגד המצות אין אנו שומעין הבת קול לעקור המצוה, לפי שהמצוה ע"י נבואה באה לנו שהיא למעלה מבת קול, ולכך לא היינו משגיחין בבת קול, ועל זה אמרו בבבא מציעא, עמד ר' יהושע על רגליו ואמר כתבת עלינו בתורתך (שמות כג) אחרי רבים להטות.
Et même si nous entendions une voix céleste (bat qol) contre les commandements, nous n’écoutons pas la voix céleste pour déraciner le commandement, car le commandement nous est venu par la prophétie, qui est au-dessus de la voix céleste, et c’est pourquoi nous n’y prêtons pas attention ; et à ce sujet ils ont dit dans Bava Metsia : Rabbi Yehoshoua se leva sur ses pieds et dit : Tu as écrit pour nous dans Ta Torah (Exode 23,2) : « suivre la majorité ».
כי יסיתך אחיך בן אמך. על דרך הפשט אפילו אחיך בן אמך שהיית עמו בבטן אחד.
« Si ton frère, fils de ta mère, t’incite. » Selon le sens simple : même ton frère, fils de ta mère, avec qui tu étais dans un seul ventre.
וע"ד מדרש רז"ל אפילו בן אמו שאינו נוטל חלק עמו בירושה ואינו שונאו לא ישמע לו בזה, אין צריך לומר בן אב שנוטל חלק עמו ואולי הוא שונא אותו ונותן לו עצה רעה.
Et selon le Midrash de nos Sages, de mémoire bénie : même le fils de sa mère, qui ne prend pas part avec lui à l’héritage et ne le hait pas, il ne l’écoutera pas en cela ; inutile de parler du fils de son père, qui prend une part avec lui, et peut-être le hait et lui donne un mauvais conseil.
אשר לא ידעת אתה ואבותיך. פירש רש"י ז"ל ראה כמה מגונה עצתו, שאומר לך להניח מה שמסרו לך אבותיך.
« Que ni toi ni tes pères n’avez connus. » Rachi, de mémoire bénie, a expliqué : vois combien son conseil est odieux, qui te dit de laisser ce que tes pères t’ont transmis.
ויתכן לפרש שירמוז בכאן על שני חלקי האמונה, שני חלקים, האחד מצד הקבלה והשני מצד הידיעה והחכמה. המאמין מצד הקבלה שקבל מאבותיו כן, אמונה טובה היא מאחר שהקבלה אמתית אבל אין לה שלמות לפי שאין בה חכמה, והנה דמיונו כעור ההולך בחברת עורים וכל אחד ואחד סומך ידו על חברו ויש פקח אחד בראש כלן שהוא מנהיג אותן, בודאי כלן הולכין בדרך סלולה וישרה מאחר שהם אוחזים דרך הפקח, כן אמונתנו מצד הקבלה בלא חכמה דרך סלולה היא הסומכין ונשענים זה על זה עד משה רבינו ע"ה ואנחנו אוחזין דרכו כי באזנינו שמענו ואבותינו ספרו לנו, אבל אין שלמות לאמונה הזאת, כי המאמין מצד הקבלה אם ישמע דברי התועים והכופרים עובדי אלילים אינו בטוח בעצמו שלא יטה לבו לאחד מהם כיון שאין לו חכמה,
Et il est possible d’expliquer qu’il fait allusion ici aux deux parties de la foi, deux parties : l’une du côté de la tradition (qabbala) et l’autre du côté de la connaissance et de la sagesse. Celui qui croit du côté de la tradition, qu’il a reçue de ses pères ainsi, c’est une bonne foi, puisque la tradition est vraie, mais elle n’a pas de perfection parce qu’il n’y a pas de sagesse en elle ; et voici son image : un aveugle qui marche en compagnie d’aveugles, chacun appuyant sa main sur son compagnon, et un homme qui voit, à la tête de tous qui les conduit : certes tous marchent sur un chemin aplani et droit puisqu’ils suivent le chemin de celui qui voit ; ainsi notre foi du côté de la tradition sans sagesse est un chemin aplani, ceux qui s’appuient et se soutiennent les uns sur les autres jusqu’à Moché notre maître, la paix soit sur lui, et nous suivons sa voie, car « nos oreilles l’ont entendu et nos pères nous l’ont raconté » ; mais cette foi n’a pas de perfection, car celui qui croit du côté de la tradition, s’il entend les paroles des égarés et des mécréants adorateurs d’idoles, n’est pas sûr de lui qu’il n’inclinera pas son cœur vers l’un d’eux, puisqu’il n’a pas de sagesse,
אבל בודאי אפשר שיטה לבו, או יאמין או יסתפק כמו העור שאינו בטוח בעצמו שלא יכשל, אבל הפקח הוא בטוח שלא יכשל כי כח הראות חזק עמו ואין צריך לאחר, כן המאמין הזה שלם בעצמו, בטוח שלא יטה לבו אחרי המבהילים, ומתוך חכמתו וידיעתו יסתור דעתם וישאר לבו חזק באמונתו, לכך יצטרך האדם שלא יספיק לו ענין אמונתו מצד הקבלה בלבד אלא שילמוד ויחכם עד שתשלם אמונתו ותהיה לו אמונה מצד הקבלה ומצד הידיעה, ועל זה אמרו רז"ל הוי שקוד ללמוד תורה ודע מה שתשיב לאפיקורוס. וזהו שהזכיר בכאן שני חלקי האמונה ואמר אשר לא ידעת זהו אמונה מצד הידיעה, אתה ואבותיך היא האמונה מצד קבלת האבות.
mais il est certainement possible que son cœur s’incline, soit qu’il croie, soit qu’il doute, comme l’aveugle qui n’est pas sûr de lui qu’il ne trébuchera pas ; tandis que celui qui voit est sûr de ne pas trébucher, car la force de la vue est forte chez lui et il n’a pas besoin d’autre ; ainsi ce croyant est parfait en lui-même, sûr que son cœur ne se laissera pas incliner par les semeurs de trouble, et par sa sagesse et sa connaissance il réfutera leur opinion et son cœur restera fort dans sa foi ; c’est pourquoi l’homme a besoin que ne lui suffise pas la matière de sa foi du côté de la tradition seule, mais qu’il étudie et devienne sage jusqu’à ce que sa foi soit parfaite et qu’il ait une foi du côté de la tradition et du côté de la connaissance ; et à ce sujet nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : sois assidu à étudier la Torah et sache ce que tu répondras au négateur (apikoros). Et c’est ce qu’il a mentionné ici deux parties de la foi : il a dit « que tu n’as pas connus » : c’est la foi du côté de la connaissance ; « ni toi ni tes pères » : c’est la foi du côté de la tradition des pères.
הקרובים אליך או הרחוקים ממך. השוה רחוקים לקרובים, כשם שאי אתה רואה ממש בקרובים כך אין ממש ברחוקים. מקצה הארץ ועד קצה הארץ. אלו חמה ולבנה שהם מהלכים מסוף העולם ועד סופו.
« Proches de toi ou éloignés de toi. » Il a égalé les éloignés aux proches : de même que tu ne vois rien de réel chez les proches, ainsi il n’y a rien de réel chez les éloignés. « D’un bout de la terre à l’autre bout de la terre » : ce sont le soleil et la lune, qui marchent d’un bout du monde à l’autre.
כי הרג תהרגנו. דברי התורה כלה רחמים מבעל הרחמים יתעלה, וכאשר תצוה עלינו להרוג המחויב לא כוונה שנעשה כן דרך נקמה שננקום ממנו כיון שנתחייב בה, כי זה היה סבה להרגיל טבענו במדת האכזריות, אך הכוונה בנקמתו דרך רחמנות לרחם על השאר, ומזה הזכיר לפניו ולא תחוס עינך עליו, ואחריו וכל ישראל ישמעו וייראון ולא יוסיפו לעשות כן עוד, ובערת הרע מקרבך וכל ישראל ישמעו וייראו.
« Car tu le tueras certainement (harog tahargenou). » Les paroles de la Torah sont toutes miséricorde de la part du Maître de la miséricorde, élevé soit-Il ; et lorsqu’elle nous ordonne de tuer le coupable, l’intention n’est pas que nous le fassions par voie de vengeance, que nous nous vengions de lui puisqu’il est coupable, car cela serait cause d’habituer notre nature à l’attribut de cruauté ; mais l’intention de son châtiment est par voie de miséricorde, pour avoir pitié du reste ; et de là il a mentionné avant : « et ton œil n’aura pas pitié de lui », et après : « et tout Israël l’entendra et craindra et ne recommencera plus à faire ainsi », « et tu extirperas le mal du milieu de toi, et tout Israël l’entendra et craindra ».
יצאו אנשים בני בליעל. לשון בליעל שלא יעלה במחיצתו של הקב"ה, או בלי עול, כלומר שאינו מקבל עול תורה אלא שפורק ממנו עול מלכות שמים. אנשים, דרשו רבותינו ז"ל ולא נשים, וידיחו את יושבי עירם ולא יושבי עיר אחרת, מכאן אמרו אינה נעשית עיר הנדחת עד שידחוה אנשים ועד שיהיו מדיחיה מתוכה.
« Des hommes, fils de Bélial, sont sortis. » L’expression Bélial : qui ne montera pas dans la compagnie du Saint, béni soit-Il ; ou « beli ol » (sans joug), c’est-à-dire qui n’accepte pas le joug de la Torah mais secoue de lui le joug de la royauté du Ciel. « Des hommes » : nos maîtres, de mémoire bénie, ont expliqué : et non des femmes ; « et ils ont égaré les habitants de leur ville » : et non les habitants d’une autre ville ; de là ils ont dit : une ville n’est pas une ville égarée avant que des hommes l’aient égarée et que ceux qui l’égarent soient de son sein.
ודרשת וחקרת. היו בודקין את העדים בדיני נפשות בשבע חקירות, באיזה שמיטה באיזו שנה באיזה חדש בכמה בחדש באיזה יום בכמה שעות מן היום באיזה מקום. ועוד היו בודקין אותן בשבע בדיקות, והבדיקות הן הדברים שאינן עיקר בעדות ואין העדות תלויה בהן, והוא ששואלין להם מה היה לבוש הנהרג או ההורג, בגדים לבנים או שחורים, עפר האדמה שנהרג עליה היה לבן או אדום. מעשה היה שאמרו עדים במקום פלוני תחת התאנה הרג פלוני את הנפש, ובדקו חכמים את העדים ואמרו להם תאנים שלה שחורות או לבנות, עוקצין שלהן ארוכות או קצרות. וסוד שבע חקירות כנגד שבע קצוות והשביעי היכל הקדש מכוון באמצע והוא האמת המכריע, כן יודע האמת מתוך שבע חקירות.
« Et tu t’enquerras et tu chercheras (ve-darashta ve-ḥaqarta). » On examinait les témoins, dans les procès capitaux, par sept interrogatoires (ḥaqirot) : dans quel cycle sabbatique, dans quelle année, dans quel mois, quel jour du mois, quel jour de la semaine, à quelle heure du jour, en quel lieu. Et on les examinait encore par sept vérifications (bedikot), et les vérifications sont les choses qui ne sont pas l’essentiel du témoignage et dont le témoignage ne dépend pas, et ce sont les questions qu’on leur pose : de quoi était vêtu le tué ou le tueur, de vêtements blancs ou noirs, la terre sur laquelle il fut tué était-elle blanche ou rouge. Il y eut une affaire où des témoins dirent : à tel endroit, sous le figuier, un tel a tué une personne ; les Sages examinèrent les témoins et leur dirent : ses figues sont-elles noires ou blanches, leurs queues longues ou courtes ? Et le secret des sept interrogatoires correspond aux sept extrémités, et le septième est le Palais de sainteté placé au milieu, qui est la vérité qui tranche ; ainsi la vérité est connue par sept interrogatoires.
הכה תכה. אם אינך יכול להמיתם במיתה האמורה, תכם במיתה אחרת, וזהו הכפל הכה תכה.
« Tu frapperas certainement (hakkeh takkeh). » Si tu ne peux pas les faire mourir par la mort énoncée, frappe-les d’une autre mort ; et c’est le doublement « hakkeh takkeh ».
ואת כל שללה תקבוץ. דרשו רז"ל ולא שלל שמים, ובא ללמדך ששלל שמים פלט, מכאן אמרו הקדשות שבתוכה יפדו, כלומר אינן נשרפין אבל הן כשאר הקדש שצריך פדיון משום דשלל שמים הוא. וכן בכלל זה מעשר שני שבתוכה שאינו נשרף, אע"פ שהוא נאכל לישראל משום דהקדש אקרי והם בכלל הקדש, וכן כתבי הקדש שבתוכה דלא אמרינן ישרפו אלא בין מעשר שני בין כתבי הקדש וכל מידי דהוי קדש אינם בשרפה אבל טעונין גניזה.
« Et tout son butin tu le rassembleras. » Nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué : « et non le butin du Ciel » ; et il vient t’enseigner que le butin du Ciel est excepté ; de là ils ont dit : les objets consacrés qui s’y trouvent seront rachetés, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas brûlés mais sont comme le reste des objets sacrés qui requièrent le rachat, parce que c’est le butin du Ciel. Et de même est compris dans cela la seconde dîme qui s’y trouve, qui n’est pas brûlée, bien qu’elle soit mangée par Israël, parce qu’elle est appelée « sacrée », et elle est comprise dans les objets sacrés ; et de même les écrits sacrés qui s’y trouvent, dont nous ne disons pas qu’ils seront brûlés ; mais la seconde dîme, les écrits sacrés et tout ce qui est sacré ne sont pas soumis à l’incinération mais requièrent la mise en réserve (guenizah).
כליל לה' אלהיך. כולה של הקב"ה, אין לך רשות ליהנות ממנה אלא שתשרפוה לכבודו יתעלה. ודרשו רז"ל א"ר שמעון, אמר הקב"ה אם אתה עושה דין בעיר הנדחת מעלה אני עליך כאלו הקרבת לפני עולה שהיא כליל לה', שנאמר (שמות ל״ב:כ״ט) מלאו ידכם היום לה' כי איש בבנו ובאחיו.
« Entièrement (kalil) pour l’Éternel ton Dieu. » Tout appartient au Saint, béni soit-Il ; tu n’as pas la permission d’en tirer profit, mais seulement de la brûler en Son honneur, élevé soit-Il. Et nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué : Rabbi Shimon dit : le Saint, béni soit-Il, dit : si tu fais justice dans la ville égarée, Je te compte comme si tu M’avais offert un holocauste, qui est « entièrement pour l’Éternel », comme il est dit (Exode 32,29) : « Consacrez-vous aujourd’hui à l’Éternel, chacun dans son fils et dans son frère ».
למען ישוב ה' מחרון אפו. הוא אלהי ישראל, וסוד הענין בעיר הנדחת כי היו אנשיה מאותן שאמרה התקועית (שמואל ב י״ד:י״ד) וחשב מחשבות לבלתי ידח וגו', והנה הם נדחים ממחיצתו של הקב"ה ונעקרים ממקום שרשם ומטעתם, ולפיכך חייבן הכתוב שרפה כענין קרח שנדון בשרפה, וגם כל שללה אסור בהנאה, והעיר ההיא תל עולם, לא יבנו הנפשות עוד לתחית המתים אך תכלינה כליון חרוץ.
« Afin que l’Éternel revienne de l’ardeur de Sa colère. » C’est le Dieu d’Israël ; et le secret de l’affaire dans la ville égarée est que ses habitants étaient de ceux dont la femme de Teqoa a dit (2 Samuel 14,14) : « et Il médite des pensées pour que celui qui est banni ne soit pas banni loin de Lui, etc. » ; et voici qu’ils sont bannis de la compagnie du Saint, béni soit-Il, et arrachés du lieu de leur racine et de leur plantation ; c’est pourquoi l’Écriture les a condamnés à l’incinération, comme Qorah qui fut jugé par l’incinération, et même tout son butin est interdit de profit ; et cette ville sera un monceau éternel, les âmes ne seront plus rebâties pour la résurrection des morts, mais seront anéanties d’un anéantissement décrété.
ונתן לך רחמים, מדת רחמים, וזה כענין שכתוב (בראשית מ״ג:י״ד) ואל שדי יתן לכם רחמים, והבן זה. ואמר כי תשמע, באורו כי תשמע בקול שהוא ה' אלהיך לשמור את כל מצותיו, אז תעשה הישר בעיני ה', שהוא שם המיוחד, וזה מבואר.
« Et Il te donnera de la miséricorde » : l’attribut de miséricorde, comme il est écrit (Genèse 43,14) : « et que El Shadday vous donne de la miséricorde » ; comprends cela. Et il a dit « si tu écoutes » : son explication est : « si tu écoutes » la voix qui est l’Éternel ton Dieu, pour garder tous Ses commandements, alors tu feras ce qui est droit aux yeux de l’Éternel, qui est le Nom unique ; et cela est clair.
בנים אתם לה' אלהיכם. נסמכה פרשה זו לעיר הנדחת להורות שאסור להתאבל על מתי עיר הנדחת איש על בנו ועל אחיו, ואסר על המתים גדידה בבשר, זהו שאמר לא תתגודדו.
« Vous êtes les fils de l’Éternel votre Dieu. » Cette section est juxtaposée à la ville égarée pour enseigner qu’il est interdit de mener le deuil sur les morts de la ville égarée, chacun sur son fils et son frère ; et il a interdit de se faire des entailles dans la chair en signe de deuil pour les morts : c’est ce qu’il a dit « vous ne vous ferez pas d’incisions ».
ומנהג האמוריים היה לפי שהיו עושין מן העולם הזה עיקר וכאשר ימות להם מת ויאבד מביניהם הנה הוא אבודו לעולם, אבל אתם אינכם כן כי בנים אתם לה' אלהיכם ודרך האב להוריש לבנו מנה יפה שיש לו, ולפיכך העוה"ב שבראתי הוא מעותד לכם, ועל כן אי אתם רשאין להתגודד על המת ולא למרט שער הראש כי בטוחים אתם שאם יאבד הגוף בעוה"ז שתירשו חיי העוה"ב שהוא העיקר, וזהו שאמר כי עם קדוש אתה לה' אלהיך, וענין "קדוש" נבדל, יאמר לפי שאתם בדלים משאר בני נח, כענין (ויקרא כ׳:כ״ו) ואבדיל אתכם מן העמים להיות לי.
Et c’était la coutume des Amorréens, parce qu’ils faisaient de ce monde le principal, et que lorsque l’un des leurs mourait et disparaissait du milieu d’eux, voici qu’il était perdu pour toujours ; mais vous, il n’en est pas ainsi, car « vous êtes les fils de l’Éternel votre Dieu », et la manière du père est de léguer à son fils la belle part qu’il a ; c’est pourquoi le monde à venir que J’ai créé vous est destiné, et c’est pourquoi vous n’avez pas la permission de vous faire des entailles pour un mort ni de vous arracher les cheveux de la tête, car vous êtes sûrs que si le corps périt en ce monde, vous hériterez de la vie du monde à venir, qui est l’essentiel ; et c’est ce qu’il a dit : « car tu es un peuple saint pour l’Éternel ton Dieu » ; et le sens de « saint » est séparé ; il dit : parce que vous êtes séparés du reste des fils de Noé, comme (Lévitique 20,26) : « et Je vous ai séparés des peuples pour être à Moi ».
ויכלול עוד באמרו כי עם קדוש אתה לה' אלהיך, ענין שכר העוה"ב, יאמר לפי שאתם עם דבק באל הקדוש ואתם מעותדים למעלה זאת היא מעלת העוה"ב אין ראוי לכם לעשות מה שהם עושים.
Et il comprend encore, par ce qu’il a dit « car tu es un peuple saint pour l’Éternel ton Dieu », l’idée de la récompense du monde à venir ; il dit : parce que vous êtes un peuple attaché au Dieu saint et que vous êtes destinés à ce degré, celui du monde à venir ; il ne vous convient pas de faire ce qu’ils font.
לא תאכל כל תועבה. יזהיר על איסור המאכלות כי הוא מגדר הקדושה שהזכיר כי עם קדוש, כי הוא קדוש בפה ובמעשה. ודרשו רז"ל לא תאכל כל תועבה, כל שתעבתי לך הרי בבל תאכל, כגון בשל בשר בחלב, הרי זה דבר שתעבתי לך והרי הוא בבל תאכל.
« Tu ne mangeras aucune abomination. » Il avertit sur l’interdit des aliments, car il relève de la sainteté qu’il a mentionnée, « car peuple saint » : car il est saint de bouche et d’acte. Et nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué : « tu ne mangeras aucune abomination » : tout ce que J’ai en abomination pour toi tombe sous « tu ne mangeras pas », comme la cuisson de viande dans du lait : c’est une chose que J’ai en abomination pour toi, et elle tombe sous « tu ne mangeras pas ».
שור שה כשבים ושה עזים. שלשה הן ממין הצאן, איל וצבי ויחמור ואקו ודישון ותאו וזמר הן שבעה, והרי לך עשר בהמות שנתנה לנו תורה למאכלנו, ולמאכלו של מזבח לא הוכשרו אלא השלשה שהם ממין הצאן, וכל חיה פסולה לגבי מזבח. ושבע חיות טהורות אלו לשונם יוכיח, איל וצבי (שיר ב) בצבאות או באילות השדה, ויחמור (חבקוק ג) חמר מים רבים, ואקו (ישעיה ח) וקויתי לו, ודישון (ויקרא כו) והשיג לכם דיש, ותאו (במדבר לד) והתאויתם לכם, וזמר (תהלים סו) זמרו כבוד שמו, ואקו הוא יעל כמו (איוב לט) יעלי סלע, וכן תרגומו יעלא, ותאו שור היער ותרגום תורבלא, ובלא הוא יער בלשון תלמוד.
« Le bœuf, l’agneau et la chèvre. » Il y en a trois de l’espèce du petit bétail ; le cerf, la gazelle, le daim, l’akko, le dishon, le téo et le zamer font sept ; et voici dix bêtes que la Torah nous a données pour notre nourriture ; et pour la nourriture de l’autel, seuls les trois de l’espèce du petit bétail ont été admis, et toute bête sauvage est impropre à l’autel. Et ces sept bêtes pures, leur nom le montre : ayyal (cerf) et tsvi (gazelle) : (Cantique 2,7) « par les gazelles (tsevaot) ou par les biches (ayyalot) des champs » ; yahmour (daim) : (Habaquq 3,15) « un amas (homer) de grandes eaux » ; akko : (Isaïe 8,17) « et j’espérerai (we-qiviti) en Lui » ; dishon : (Lévitique 26,5) « et le foulage (dayish) vous atteindra » ; téo : (Nombres 34,7) « vous vous désignerez (te’avvou) » ; zamer : (Psaumes 66,2) « chantez (zammeru) la gloire de Son nom » ; et akko est le yaal, comme (Job 39,1) « les bouquetins (ya‘alei) du rocher », et ainsi sa traduction est « ya‘ala » ; et téo est le bœuf de la forêt, et sa traduction est « tourbala », et « bala » est forêt dans la langue du Talmud.
השסועה. דרשו רז"ל במסכת חולין, בריה היא ויש לה שני גבין ושתי שדראות, והיא מעלת גרה. ולמה נשנו הבהמות כאן שהרי כבר אמורות בתורת כהנים בסדר ויהי ביום השמיני, לא נשנו אלא בשביל השסועה, וכן העופות לא נשנו אלא בשביל הראה, שבתורת כהנים לא הזכיר לא השסועה ולא הראה, ושם הזכיר (ויקרא יא) דאה, וראה ודאה הכל אחד, ולמה נקראה שמה ראה שהיא רואה ביותר, עומדת כאן ורואה נבלה בארץ ישראל, וכן איה ודיה אחת היא, ומפני שיש לה שני שמות כתב את הכל שלא יהיו מקצתן אוכלין זו ששמה איה ומקצתן אוכלין זו ששמה דיה.
« La fendue (ha-shesu‘ah). » Nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué dans le traité Houlin : c’est une créature qui a deux dos et deux colonnes vertébrales, et qui rumine. Et pourquoi les bêtes sont-elles répétées ici, alors qu’elles ont déjà été énoncées dans le Lévitique dans la section Vayehi bayom hashemini ? Elles ne sont répétées qu’à cause de la fendue ; et de même les oiseaux ne sont répétés qu’à cause du ra’ah, car dans le Lévitique il n’a mentionné ni la fendue ni le ra’ah, et là il a mentionné (Lévitique 11,14) le da’ah ; et ra’ah et da’ah sont un ; et pourquoi son nom est-il ra’ah ? Parce qu’elle voit très bien : elle se tient ici et voit une charogne en terre d’Israël ; et de même ayya et dayya sont une seule ; et parce qu’elle a deux noms, il a tout écrit, afin que certains ne mangent pas celle qui se nomme ayya et d’autres celle qui se nomme dayya.
ומה שפרט בעופות הטמאים, לפי שגלוי וידוע לפניו שהעופות טהורים מרובים מן הטמאים, לכך כתב את הטמאין ופרט את המועט, מכאן אמרו לעולם ילמד אדם לתלמידו דרך קצרה. ונקרא שלך על שם ששולה דגים מן הים, ודוכיפת הודו כפות, על שם שכרבלתו כפולה, והוא תרנגול הבר.
Et ce qu’il a détaillé parmi les oiseaux impurs, c’est parce qu’il était manifeste et connu devant Lui que les oiseaux purs sont plus nombreux que les impurs ; c’est pourquoi il a écrit les impurs et détaillé le petit nombre ; de là ils ont dit : que l’homme enseigne toujours à son élève la voie brève. Et le shalakh est ainsi appelé parce qu’il pêche (shoulé) les poissons de la mer ; et la douchifat est appelée « hodo kafout » (« son ornement est replié »), parce que sa crête est repliée, et c’est le coq sauvage.
לא תבשל גדי בחלב אמו. כבר בארתי בסוף סדר כי תשא באור הפסוק הזה ואיני צריך להחזיר כאן. ונאמר בתורה שלש פעמים, אחד לאיסור אכילה ואחד לאיסור הנאה ואחד לאיסור בשול, ובמסכת חולין, גדי ולא חיה, גדי ולא עוף, גדי ולא בהמה טמאה, בא ללמדנו שאין בהן משום איסור בשר בחלב מן התורה.
« Tu ne feras pas cuire le chevreau dans le lait de sa mère. » J’ai déjà expliqué ce verset à la fin de la section Ki Tissa, et je n’ai pas besoin d’y revenir ici. Et il est dit trois fois dans la Torah : l’une pour l’interdit de manger, l’une pour l’interdit de tirer profit, l’une pour l’interdit de faire cuire ce mélange ; et dans le traité Houlin : « chevreau » et non bête sauvage, « chevreau » et non oiseau, « chevreau » et non bête impure ; il vient nous enseigner qu’il n’y a pas pour eux l’interdit de viande et lait au titre de la Torah.
עשר תעשר. ע"ד הפשט, אחר שהוצאת מעשר ראשון ללוי תעשר מעשר שני לעצמך ותעלה ותאכלנו בירושלים.
« Tu dîmeras certainement (aser te‘asser). » Selon le sens simple : après avoir prélevé la première dîme pour le Lévite, tu prélèveras la seconde dîme pour toi-même, et tu monteras la manger à Jérusalem.
למען תלמד ליראה. כי תמצא שם הכהנים והלוים מורי התורה וילמדו אותך העבודה והיראה. ואמרו במסכת תענית עשר תעשר, א"ר יוחנן עשר בשביל שתתעשר. והנה אין בלשון הכתוב לשון עושר כי שני השיני"ן סבולת הן, אבל ר' יוחנן היה מפרש כן עשר בשביל שתעשר ממנו שנים רבות, וזהו העושר, כן כתב הראב"ד ז"ל שם בפירושיו. והנה זה בודאי נסיון, והתורה אמרה (דברים ו) לא תנסו, אלא כבר דרשו רז"ל חוץ מזו, שנאמר (מלאכי ג׳:י׳) הביאו את כל המעשר אל בית האוצר ויהי טרף בביתי ובחנוני נא בזאת וגו'.
« Afin que tu apprennes à craindre. » Car tu trouveras là les cohanim et les Lévites, maîtres de la Torah, et ils t’enseigneront le service et la crainte. Et ils ont dit dans le traité Taanit : « Tu dîmeras certainement (aser te‘asser) » ; Rabbi Yo’hanan a dit : prélève la dîme (aser) afin de t’enrichir (shetit‘asher). Or il n’y a pas dans la langue du verset d’expression de richesse (osher), car les deux lettres ש se prononcent sin (comme dans sibbolet) ; mais Rabbi Yo’hanan l’expliquait ainsi : prélève la dîme afin de pouvoir en prélever pendant de nombreuses années, et telle est la richesse ; ainsi a écrit le Raavad, de mémoire bénie, là, dans ses commentaires. Et voici que c’est certainement une mise à l’épreuve, alors que la Torah a dit (Deutéronome 6) : « Vous ne mettrez pas à l’épreuve » ; mais nos Sages, de mémoire bénie, ont déjà enseigné une exception à cela, car il est dit (Malachie 3,10) : « Apportez toute la dîme à la maison du trésor, afin qu’il y ait de la nourriture dans ma maison, et mettez-moi donc à l’épreuve en cela, etc. »
וע"ד המדרש עשר תעשר עשר שלא תתחסר, רמז למפרשי ימים להוציא אחד מעשרה לעמלי תורה. עשר תעשר, בנוהג שבעולם אדם יש לו שדה נותנה למחצה לשליש ולרביע, אבל הקב"ה אינו כן, משיב רוחות מעלה עננים מוריד גשמים מפריח טללים מדשן פירות, ואינו מבקש אלא אחד מעשרה, לפיכך הזהיר משה לישראל עשר תעשר.
Et selon le Midrash : « Tu dîmeras certainement (aser te‘asser) » : prélève la dîme afin de ne pas manquer ; allusion à ceux qui parcourent les mers : prélever un sur dix pour ceux qui peinent dans la Torah. « Tu dîmeras certainement » : selon l’usage du monde, un homme qui a un champ le donne à cultiver moyennant la moitié, le tiers ou le quart de la récolte ; mais le Saint, béni soit-Il, n’est pas ainsi : Il fait souffler les vents, monter les nuages, descendre les pluies, voler les rosées, engraisser les fruits, et Il ne demande qu’un sur dix ; c’est pourquoi Moché avertit Israël : « Tu dîmeras certainement ».
מעשה באחד שהיה מוציא מעשרותיו כראוי, היתה לו שדה והיתה עושה אלף מדות ומוציא ממנה מאה מדות למעשר ומן המותר היה מתפרנס הוא ובני ביתו כל ימיו, כשמת אמר לבנו תן דעתך על שדה זו, כך וכך אני מוציא למעשר וממנה הייתי מתפרנס כל ימי, שנה ראשונה זרעה הבן עשתה אלף מדות, הוציא ממנה מאה מדות מעשר, שנה שניה זרעה עשתה אלף מדות נכנס בו עין הרע ופחת עשר שלא נתן מאה מדות אלא תשעים, שלישית זרעה, פחתה מאה, פחת הוא עשרה, רביעית פחתה השדה מאתים, פחת הוא עשרה, וכן חמישית וששית עד שעמדה השדה על מעשרותיה, כשראו קרוביו כך לבשו לבנים ונתעטפו לבנים ונכנסו אצלו, אמר להם למה באתם לשמוח על אותו האיש שנדוהו, אמרו ח"ו לא באנו אלא לשמוח לשעבר היית בעל הבית והקב"ה כהן ועכשיו נעשית כהן והקב"ה בעל הבית, ולפיכך משה מזהיר לישראל עשר תעשר את כל תבואת זרעך.
Il y eut un homme qui prélevait ses dîmes comme il se doit ; il avait un champ qui produisait mille mesures et il en prélevait cent mesures pour la dîme, et du reste il vivait, lui et les gens de sa maison, tous ses jours. Quand il mourut, il dit à son fils : fais attention à ce champ : j’en prélève tant et tant pour la dîme, et c’est de lui que j’ai vécu tous mes jours. La première année, le fils l’ensemença ; il produisit mille mesures ; il en prélevait cent mesures de dîme. La deuxième année, il l’ensemença ; il produisit mille mesures ; il devint avare et il retrancha dix : il ne donna pas cent mesures mais quatre-vingt-dix. La troisième année, il l’ensemença ; il diminua de cent ; il retrancha dix. La quatrième année, le champ diminua de deux cents ; il retrancha dix. Et de même la cinquième et la sixième, jusqu’à ce que le champ ne produisît plus que l’équivalent de sa dîme initiale. Quand ses proches virent cela, ils se vêtirent de blanc, s’enveloppèrent de blanc et entrèrent chez lui. Il leur dit : pourquoi êtes-vous venus vous réjouir de cet homme qu’on a excommunié ? Ils dirent : à Dieu ne plaise ! Nous ne sommes venus que pour nous réjouir : autrefois tu étais le maître de maison et le Saint, béni soit-Il, le cohen ; et maintenant tu es devenu le cohen et le Saint, béni soit-Il, le maître de maison. C’est pourquoi Moché avertit Israël : « Tu dîmeras certainement tout le produit de ta semence ».
היוצא השדה. אמרו במדרש אם זכיתם סוף שיוצאין לזרוע השדה, ואם לאו היוצא השדה מתגרה בכם, היוצא השדה זה עשו, שנאמר (בראשית כ״ה:כ״ט) ויבא עשו מן השדה.
« Ce qui sort du champ (ha-yotse ha-sadeh). » Ils ont dit dans le Midrash : si vous avez le mérite, à la fin ils sortent pour ensemencer le champ ; sinon, « ce qui sort du champ » vous provoque ; « ce qui sort du champ », c’est Ésav, comme il est dit (Genèse 25,29) : « et Ésav vint du champ ».
תבואת זרעך. אם זכית סופך נפיק לחקלך וחמי עלמא צריך מטרא ותתפלל עליו והוא יוצא, זהו היוצא השדה, ואם לאו סוף ששונאי ישראל יוצאים לקבור בניהם בשדה.
« Le produit de ta semence. » Si tu as le mérite, tu finiras par sortir vers ton champ et de voir que le monde a besoin de pluie, et tu prieras à ce sujet et la pluie viendra : c’est « ce qui sort du champ » ; sinon, à la fin les ennemis d’Israël sortent pour enterrer leurs fils dans le champ.
מעשר דגנך תירושך. אם אתה מעשר דגנך, אם לאו דגני, אם אתה מעשר תירושך, ואם לאו תירושי, שנאמר (הושע ב׳:י״א) לכן אשוב ולקחתי דגני בעתו ותירושי במועדו. שנה שנה, למדך הכתוב שאינן מעשרין משנה לחברתה, מן החדש על הישן, כך דרשו רז"ל.
« La dîme de ton blé, de ton moût. » Si tu prélèves la dîme de ton blé, sinon mon blé ; si tu prélèves la dîme de ton moût, sinon mon moût, comme il est dit (Osée 2,11) : « C’est pourquoi je reprendrai mon blé en son temps et mon moût en sa saison ». « Année par année (shanah shanah) » : l’Écriture t’enseigne qu’on ne prélève pas la dîme d’une année pour l’autre, du nouveau pour l’ancien ; ainsi ont expliqué nos Sages, de mémoire bénie.
ובכורות בקרך. לא שיאכלם ישראל שהרי הבכור נאכל לכהנים.
« Et les premiers-nés de ton gros bétail. » Non pas qu’Israël les mange, car le premier-né est mangé par les cohanim.
ודע כי הבכור יש בו קדושה לעולם, ואפילו בזמן הזה בחוצה לארץ קדושה יש בו, ואינו נגזז ולא נעבד ואסור לאכלו אלא במומו. וזה שלא כדעת הרמב"ם ז"ל שכתב בכור בהמה טהורה אין מצותו נוהגת אלא בארץ ישראל. וכבר תפש עליו הראב"ד ז"ל בהשגותיו ואמר דאפילו רבי עקיבא שהיה סובר כן לא אמר אלא לענין שאינו קרב, אבל בודאי קדושת בכור יש לו אפילו בזמן הזה בחוצה לארץ ואין להתיר לאכלו אלא א"כ יש בו מום. והראיה ממה שאמרו בסנהדרין, אמר ליה ר' חייא לרב בר אחתיה נחית לבבל יורה יורה, יתיר בכורות אל יתיר, והנה בבל חוצה לארץ היא.
Et sache que le premier-né comporte une sainteté pour toujours, et même à notre époque, hors du pays, il comporte une sainteté : il n’est pas tondu, il n’est pas utilisé pour le travail, et il est interdit de le manger sauf avec sa tare. Et cela n’est pas selon l’avis du Rambam, de mémoire bénie, qui a écrit : le commandement du premier-né d’une bête pure ne s’applique qu’en terre d’Israël. Le Raavad, de mémoire bénie, l’a déjà repris dans ses Hassagot et a dit que même Rabbi Akiba, qui pensait ainsi, ne l’a dit qu’en ce qui concerne le fait qu’il n’est pas offert ; mais certainement la sainteté du premier-né existe pour lui même à notre époque hors du pays, et il n’est pas permis de le manger à moins qu’il n’ait une tare. Et la preuve est ce qu’ils ont dit dans Sanhédrin : Rabbi Ḥiyya dit à Rav, fils de sa sœur : il est descendu en Babylonie : qu’il enseigne, qu’il enseigne ; qu’il permette les premiers-nés, qu’il ne permette pas. Or Babylone est hors du pays.
ועוד בפרק פסולי המוקדשין, ההוא שרוע דאתא לקמיה דרב אשי, אמר למאי ניחוש ליה אי כהן הוא אי ישראל הוא הרי בכור ומומו עמו. וידוע כי רב אשי בבבל הוה, וזה ראיה שהבכור הוא נוהג בחוצה לארץ להאכל במומו. ועוד במסכת ביצה פרק אין צדין בענין ההוא גברא דאייתי בוכרא קמיה דרבא והוה חייף רישיה, דלי עיניה וחזייה למומיה א"ל זיל האידנא ותא למחר, אמר ליה היכי הוה עובדא, א"ל הוה שדין שערי בהך גיסא בהדי דקא עייל רישא בזעיה הוצא לשפותיה.
Et encore, dans le chapitre Pesoulei hamouqdashin : ce sharoua qui vint devant Rav Achi ; il dit : pourquoi nous en soucier ? Qu’il soit cohen ou Israël, voici un premier-né et sa tare est avec lui. Et l’on sait que Rav Achi était en Babylonie, et c’est une preuve que le premier-né s’applique hors du pays pour être mangé avec sa tare. Et encore dans le traité Beitsa, chapitre Ein tsadin, à propos de cet homme qui apporta un premier-né devant Rava. Rava était assis et se frottait la tête ; il leva les yeux et vit sa tare. Il lui dit : va maintenant et viens demain. Il lui dit : comment fut l’affaire ? Il lui dit : on jetait de l’orge de ce côté ; pendant qu’il passait la tête, une épine de palmier lui fendit la lèvre.
וזה ראיה שרבותינו שבבבל היו מדקדקין הרבה בענין הבכור בקדושתו ובמום עובר, ולא היו עושין כן אלא מתוך שיש בו קדושה ואפילו בחוצה לארץ.
Et c’est une preuve que nos maîtres de Babylonie étaient très scrupuleux au sujet du premier-né, de sa sainteté et de la tare passagère, et ils ne le faisaient que parce qu’il comporte une sainteté, même hors du pays.
מקצה שלש שנים. אם לא הפריש מעשרות של שנה ראשונה ושניה לשמטה, יחייבנו הכתוב שיבערם מן הבית בשנה השלישית, וצריך הוא שיוליך לירושלים מעשר של שנה ראשונה שבידו, ומתודה בערתי הקדש מן הבית, ובא הלוי ונוטל מעשר ראשון, והגר והיתום והאלמנה יטלו מעשר עני, ולא תאכלנו בירושלים כדרך שעשית במעשר שני של שתי שנים.
« Au bout de trois ans. » S’il n’a pas prélevé les dîmes de la première et de la deuxième année du cycle sabbatique, l’Écriture l’obligera à les ôter de la maison la troisième année ; et il faut qu’il apporte à Jérusalem la dîme de la première année qui est entre ses mains, et il fait la confession : « J’ai ôté de la maison ce qui est consacré » ; le Lévite vient et prend la première dîme, et l’étranger, l’orphelin et la veuve prennent la dîme du pauvre ; et tu ne la mangeras pas à Jérusalem, comme tu as fait pour la seconde dîme des deux années.
מקץ שבע שנים תעשה שמטה. אמרו המפרשים כי לשון מקץ מתחלת שבע שנים, לפי שכל דבר יש לו שתי קצוות, כענין שכתוב (שמות כ״ו:כ״ח) מן הקצה אל הקצה, והתחלה והסוף כל אחד יקרא קצה. ואין זה דעת רז"ל, אלא מקץ שבע שנים, בסוף שבע שנים כי לא אמר הכתוב מקץ השנה השביעית שאלו אמר כן היה ענינו התחלה אבל עתה שאמר מקץ שבע שנים ענינו הקצה האחרון, והוא סוף שבע שנים. וכן אמרו רז"ל שביעית אינה משמטת כספים אלא בסופה, וכן תרגם אונקלוס בסוף.
« Au bout de sept ans (miqets sheva shanim) tu feras une shemita. » Les commentateurs ont dit que l’expression « miqets » signifie dès le début de sept ans, parce que toute chose a deux extrémités (qetsavot), comme il est écrit (Exode 26,28) : « d’une extrémité à l’autre », et le début et la fin sont chacun appelés « qatseh ». Mais ce n’est pas l’avis de nos Sages, de mémoire bénie ; c’est : « au bout de sept ans », à la fin de sept ans, car l’Écriture n’a pas dit « au bout de la septième année » ; si elle l’avait dit, son sens eût été le début ; mais maintenant qu’elle dit « au bout de sept ans », son sens est l’extrémité dernière, qui est la fin de sept ans. Et ainsi ont dit nos Sages, de mémoire bénie : la septième année n’annule les dettes pécuniaires qu’à sa fin ; et ainsi Onkelos a traduit : « à la fin ».
וקבלו רז"ל שהבית חרב במוצאי שביעית שכן דרשו בערכין מגלגלין זכות ליום זכאי וחובה ליום חייב, כשחרב הבית בראשונה מוצאי שבת היה ומוצאי שביעית היה וערב תשעה באב היה. וכן בשניה אמרו קע"ב שנה אחר חורבן הבית נשלמו ד' אלפים, שבשנת תכ"א חרב הבית לדברי רבינו תם ז"ל שהם עיקר, ואע"פ שרוב השנה יצא בבנין כיון שבאותה שנה חרב הבית משנות חרבן אנו מונין אותה.
Et nos Sages, de mémoire bénie, ont reçu en tradition que le Temple fut détruit à la sortie d’une septième année, car ils ont enseigné dans Arakhin : on fait survenir un événement favorable un jour favorable, et un événement funeste un jour funeste. Quand le Temple fut détruit la première fois, c’était à la sortie du sabbat, c’était à la sortie de la septième année, et c’était la veille du neuf Av. Et de même pour le second, ils ont dit : cent soixante-douze ans après la destruction du Temple, quatre mille furent achevés, car c’est en l’année 421 que le Temple fut détruit, selon Rabbénou Tam, de mémoire bénie, dont les paroles sont la base ; et bien que la majeure partie de l’année se soit passée avec le Temple construit, puisque c’est durant cette année que le Temple fut détruit, nous la comptons parmi les années de la destruction.
ויש לנו היום נ"א שנה לפרט היצירה, צרף קע"ב עם נ"א והם רכ"ג, שקול מכל מאה תרתי וכדאמרינן בגמרא דעבודה זרה, לפי שכל השאר הם שמטות, יבאו מן האלף ומאתים כ"ד, ושנת נ' עולה הוא לכאן ולכאן למנין יובל ולמנין שמטה, צרף כ"ד אלו עם כ"ג הנשארים ויהיו מ"ז, עשה מהם שמטות, נשארו ה', נמצאת אומר לשתי שנים תהיה שמטה, וזה היה בשנה נ"ג, וכן בשנת ס', ואחריו ס"ז, ואחריו ע"ד. ולדעת רש"י ז"ל שבשנת ת"ך חרב הבית, תהיה השמטה שנת נ"ב ואחריה נ"ט ואחריה ס"ו ואחריה ע"ג.
Et nous avons aujourd’hui cinquante et un ans à la supputation (lifrat) de la création. Ajoute cent soixante-douze à cinquante et un, cela fait deux cent vingt-trois. Prélève de chaque cent deux, comme on le dit dans la Guemara de Avoda Zara, parce que tout le reste sont des shemitot : viendront de mille deux cents : vingt-quatre. Et l’année cinquante compte des deux côtés, pour le compte du jubilé et pour le compte de la shemita. Ajoute ces vingt-quatre aux vingt-trois qui restent, et ce seront quarante-sept. Fais-en des shemitot : il en reste cinq. Tu trouves donc à dire : dans deux ans il y aura shemita, et ce fut en l’année cinquante-trois, et ainsi en l’année soixante, et après elle soixante-sept, et après elle soixante-quatorze. Et selon Rachi, de mémoire bénie, pour qui le Temple fut détruit en l’année 420, la shemita sera l’année cinquante-deux, et après elle cinquante-neuf, et après elle soixante-six, et après elle soixante-treize.
ולשון תעשה שמטה כלשון לעשות את יום השבת, והכונה שתשבות כאן וכאן, ביום השבת ממלאכה ובשנת השמטה מעבודת קרקע, והענין אחד בקדושת השביעיות, זה בימים וזה בשנים, והיובל בשמטות, וכבר נתבאר זה בסדר בהר סיני.
Et l’expression « tu feras une shemita » est comme l’expression « pour faire le jour du sabbat » ; et le sens est que tu chômes ici et là : le jour du sabbat, du travail, et en l’année de la shemita, du travail de la terre ; et le sujet est un dans la sainteté des septièmes, celui-ci dans les jours, celui-là dans les années, et le jubilé dans les shemitot ; et cela a déjà été expliqué dans la section Behar Sinaï.
וזה דבר השמטה. אמרו רז"ל, אומר לו המלוה ללוה משמט אני, לכשיביא מעותיו שעברה עליהם שמטה אם אמר לו הלוה אני רוצה לפרעך, יקבל המלוה ממנו, שלא הזכיר הכתוב ללוה שלא יפרע את חובו כמו שעשה ברבית שמנע לשניהם כענין שכתוב (דברים כ״ג:כ׳) לא תשיך לאחיך, שהיא אזהרה ללוה, אבל בשמטה לא הזהיר אלא למלוה שלא יגוש את הלוה לפרעו ולא ינהוג אדנות בעצמו להכריחו על פרעונו, לפי שהיובל הוא קובל לאדון הכל יתעלה, וזהו כי קרא שמטה לה', אבל אם הביא לו הלוה מדעתו מותר לו למלוה לקבל מידו.
« Et voici la teneur de la shemita. » Nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : le prêteur dit à l’emprunteur : j’annule ; quand il apporte son argent sur lequel la shemita est passée, si l’emprunteur dit : je veux te rembourser, le prêteur le reçoit de lui, car l’Écriture n’a pas dit à l’emprunteur qu’il ne paie pas sa dette, comme elle l’a fait pour l’intérêt, où elle a interdit aux deux, selon ce qui est écrit (Deutéronome 23,20) : « Tu ne feras pas payer un intérêt à ton frère », qui est un avertissement à l’emprunteur ; mais pour la shemita elle n’a averti que le prêteur de ne pas presser l’emprunteur de payer et de ne pas se conduire en seigneur de lui-même pour le contraindre à son remboursement, parce que le jubilé est « qovel » auprès du Maître de tout, élevé soit-Il ; et c’est « car on a proclamé une shemita pour l’Éternel » ; mais si l’emprunteur le lui apporte de son plein gré, il est permis au prêteur de le recevoir de sa main.
ואמרו רז"ל שהמחזיר למלוה חוב שעברה עליו שביעית רוח חכמים נוחה הימנו. ואם אינו מחזיר אפשר המלוה לביישו ולומר לו תראה שתאכל מעותי חנם. וכן הלוה יכול למחול הפקעת מצות שביעית בשעת הלואה ולומר ע"מ שלא ישמיטנו בשביעית לויתי ממון זה, שכל תנאי שבממון קיים. אבל לא יאמר שלא ישמיטנו שביעית, דמשמע שלא יהא דין שמטה בהלואתו וזה לאו כל כמיניה. ורשאי המלוה לתבוע חובו כל שנת השמטה לפי שאינה משמטת אלא בסופה, שנאמר מקץ.
Et nos Sages, de mémoire bénie, ont dit que celui qui rend au prêteur une dette sur laquelle la septième année est passée, l’esprit des Sages est satisfait de lui. Et s’il ne rend pas, le prêteur peut lui faire honte et lui dire : tu verras si tu mangeras mon argent pour rien. De même l’emprunteur peut renoncer au bénéfice de la remise prescrite pour la septième année au moment du prêt, et dire : à condition qu’il ne l’annule pas en septième année, j’ai emprunté cet argent, car toute condition en matière d’argent est valide. Mais il ne dira pas : que la septième année ne l’annule pas, car cela signifierait qu’il n’y aurait pas la loi de la shemita pour son prêt, et cela n’est pas en son pouvoir. Et le prêteur a le droit de réclamer sa dette durant toute l’année de la shemita, parce qu’elle n’annule qu’à sa fin, comme il est dit : « au bout ».
והמוסר שטר חובו לב"ד קודם לכן שוב אינה נשמטת, שכבר הוא נגוש ועומד ואין בו משום לא יגוש, אבל מששקעה החמה של ראש השנה של מוצאי שביעית אינו רשאי לתבעו אלא אם כן התנה עליו מתחלה. ויתומים אינן צריכין לתנאי זה, שהב"ד שבכל דור ודור אביהן של יתומים והרי הם כאלו באו שטריהם לידם והעמידם על נכסי הלוה. ואפילו מלוה שיש בו שבועה משמטת, כדתנן בפרק כל הנשבעין והשביעית משמטת את השבועה משום שנאמר וזה דבר השמטה ואמרו רז"ל מלמד שאפילו דבור משמט.
Et celui qui remet son titre de créance au tribunal avant cela, elle ne s’annule plus, car le recouvrement est déjà engagé, et il n’y a pas là « il ne pressera pas » ; mais à partir du coucher du soleil de Roch Hachana, à la sortie de la septième année, il n’a pas le droit de le réclamer, à moins d’avoir posé condition auparavant. Et les orphelins n’ont pas besoin de cette condition, car le tribunal de chaque génération est le père des orphelins, et c’est comme si leurs titres étaient venus entre leurs mains et que le tribunal les avait établis sur les biens de l’emprunteur. Et même un prêt qui comporte un serment est annulé, comme nous l’avons enseigné dans le chapitre Kol hanishba‘in : la septième année annule le serment, parce qu’il est dit « et voici la teneur de la shemita », et nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : cela enseigne que la remise s’étend même à une obligation verbale.
ושמטת כספים נוהגת היא בכל מקום ובכל זמן מדרבנן כדי שלא תשתכח תורת שמטה מישראל, אלא שהכתוב תלה שמטת כספים בשמטת קרקעות, אע"פ שזו חובת הגוף וראויה שתנהוג בכל מקום שנאמר (שמות כ״ג:י״א) תשמטנה ונטשתה, ודרשו רז"ל בשתי שמטות הכתוב מדבר אחת שמטת קרקע ואחת שמטת כספים בזמן שאתה משמט קרקע בארץ אתה משמט כספים בחוצה לארץ. ומכל מקום תקנת חכמים היא, וכן אנו רואין חכמי התלמוד שהיו עושין פרוזבול בבבל כדי להנצל מהפקעת שביעית. והמלוה לחברו לעשר שנים אין שביעית ראשונה משמטת הואיל ולא הגיע זמנו ליפרע, אלא שביעית שניה.
Et l’annulation des dettes pécuniaires s’applique en tout lieu et en tout temps par ordre rabbinique, afin que la Torah de la shemita ne soit pas oubliée d’Israël, sauf que l’Écriture a lié l’annulation des dettes pécuniaires au repos des terres, bien que celle-ci soit une obligation personnelle, et qu’il soit convenable qu’elle s’applique en tout lieu, comme il est dit (Exode 23,11) : « tu l’annuleras et tu la laisseras ». Et nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué : le verset parle de deux shemitot, l’une le repos de la terre et l’une l’annulation des dettes pécuniaires : au temps où tu laisses la terre au repos dans le pays, tu annules les dettes hors du pays. Mais en tout cas c’est une institution des Sages, et ainsi nous voyons les sages du Talmud faire un prozbol en Babylonie afin d’échapper à l’annulation de la septième année. Et celui qui prête à son prochain pour dix ans, la première septième année ne l’annule pas, puisque son terme de remboursement n’est pas arrivé, mais la deuxième septième année.
ואשר יהיה לך את אחיך תשמט ידך. דרשו רז"ל ולא של אחיך בידך, שהמלוה על המשכון אין שביעית משמטתו.
« Et ce que tu auras chez ton frère, ta main l’annulera. » Nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué : « et non ce qui est à ton frère entre tes mains » ; car le prêteur sur gage, la septième année ne l’annule pas.
אפס כי לא יהיה בך אביון. מה שצויתיך שלא תגוש את אחיך, לא תצטרך לזה אם ישראל זכאין, כי כלם יהיו עשירים לא יצטרך אחד מהם להלות את חברו.
« Toutefois, il n’y aura pas d’indigent chez toi. » Ce que Je t’ai ordonné, de ne pas presser ton frère, tu n’en auras pas besoin si Israël est méritant, car tous seront riches, aucun d’eux n’aura besoin de prêter à son prochain.
והעבטת גוים רבים. כלומר תקחו עבוטו ממנו, כלומר תמשכנו אותם. ואמר כי לא יחדל אביון, אם אינן זכאין.
« Et tu prêteras sur gage à de nombreuses nations. » C’est-à-dire : vous recevrez d’elles un gage, c’est-à-dire que vous exigerez d’elles des garanties. Et il a dit « car l’indigent ne cessera pas » : s’ils ne sont pas méritants.
כי ברך יברכך ה' בארץ אשר ה' אלהיך נותן לך. סוד הכתוב מבואר, והוא כענין שהזכיר למעלה (דברים יד) כי עם קדוש אתה לה' אלהיך ובך בחר ה' להיות לו לעם סגולה, כי השם הגדול הוא המברך והבוחר, והבן זה.
« Car l’Éternel te bénira certainement dans le pays que l’Éternel ton Dieu te donne. » Le secret du verset est clair, et c’est comme ce qu’il a mentionné plus haut (Deutéronome 14) : « car tu es un peuple saint pour l’Éternel ton Dieu, et c’est toi que l’Éternel a choisi pour être pour Lui un peuple trésor (segoula) », car le Nom grand est Celui qui bénit et qui choisit ; et comprends cela.
לא תאמץ את לבבך. מלדבר על לבו דברי תנחומין כדי לפייסו, ואמרו רז"ל המפייסו בדברים גדול מכלם.
« Tu n’endurciras pas ton cœur. » Ne te refuse pas à lui parler au cœur par des paroles de consolation afin de l’apaiser ; et nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : celui qui l’apaise par des paroles est plus grand que tous.
ולא תקפוץ את ידך. לא תסגור ידך, כי הוא אחיך והוא אביון התאב לכל דבר.
« Et tu ne fermeras pas ta main. » Tu ne fermeras pas ta main, car il est ton frère et il est indigent, désireux de toute chose.
כי פתוח תפתח את ידך. אפילו מאה פעמים. והעבט תעביטנו. אם לא רצה במתנה תן לו לשם הלואה.די מחסורו. ואי אתה מצווה לעשרו. אשר יחסר לו. אפילו סוס לרכוב עליו ועבד לרוץ לפניו. לו. אפילו להשיאו אשה, ממה שכתוב (בראשית ב׳:י״ח) אעשה לו עזר כנגדו.
« Car tu ouvriras certainement ta main » : même cent fois. « Et tu lui prêteras certainement sur gage (ve-haavet taavitenu) » : s’il ne veut pas de don, donne-lui sous forme de prêt. « Suffisant pour son besoin. » Et tu n’es pas commandé de l’enrichir. « Ce qui lui manque » : même un cheval pour le monter et un serviteur pour courir devant lui. « Pour lui » : même pour le marier à une femme, d’après ce qui est écrit (Genèse 2,18) : « Je lui ferai une aide qui lui corresponde ».
נתון תתן לו. ענין הכפל לומר אם תתן יוסיף הקב"ה על ממונך ותחזור ותתן. ודרשו רז"ל נתון תתן, ואפילו מאה פעמים. והענין שלא יספיק לו אם נתן לו פעם אחת בלבד אלא עד כמה פעמים הוא חייב ליתן לו, ועל זה אמר שלמה ע"ה (משלי כא) וצדיק יתן ולא יחשוך, כלומר ולא יחשוך מלתת. ועוד יכלול נתון תתן לו בנחת ודרך תמימות, לא דרך גערה וגסות הרוח, כי בזה יתקיים עשרו, ועל זה אמר שלמה ע"ה (שם יג) כפר נפש איש עשרו ורש לא שמע גערה, אימתי נתקיים עשרו של אדם ויהיה לו כפר וכפרה כשהרש לא ישמע גערה מהעשיר אלא שנותן לו בלב טוב בסבר פנים יפות. וזהו שאמרו רז"ל, ר' ינאי חזיה לההוא גברא דקא יהיב לעניא בפרהסיא, א"ל מוטב דלא יהבת ליה מדיהבת ליה וכספתיה.
« Tu lui donneras certainement (natoun titen lo). » Le sens du doublement est de dire : si tu donnes, le Saint, béni soit-Il, ajoutera à ton argent et tu donneras encore. Et nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué : « natoun titen » : même cent fois. Et le sens est qu’il ne lui suffit pas de lui avoir donné une seule fois, mais il est tenu de lui donner à maintes reprises ; et à ce sujet Salomon, que la paix soit sur lui, a dit (Proverbes 21) : « et le juste donne et ne retient pas », c’est-à-dire ne s’abstient pas de donner. Et encore, « natoun titen lo » comprend : avec douceur et simplicité, non par réprimande ni orgueil, car par là sa richesse subsistera ; et à ce sujet Salomon, que la paix soit sur lui, a dit (Proverbes 13) : « La rançon de la vie d’un homme est sa richesse, mais le pauvre n’entend pas de réprimande ». Quand la richesse de l’homme subsiste-t-elle et lui sera-t-elle rançon et expiation ? Quand le pauvre n’entend pas de réprimande de la part du riche, mais que celui-ci lui donne d’un bon cœur, avec un visage aimable. Et c’est ce qu’ont dit nos Sages, de mémoire bénie : Rabbi Yannaï vit un homme qui donnait à un pauvre en public ; il lui dit : mieux vaut que tu ne lui aies pas donné que de lui avoir donné et de l’avoir couvert de honte.
כי בגלל הדבר הזה. דרשו רז"ל, לא אמר בעבור ולא אמר למען אלא בגלל, לשון גלגל הוא, כלומר גלגל הוא שחוזר בעולם, אם לא תתן לו אני מהפך את הגלגל ואעשה אותך עני והוא עשיר, שנאמר (תהלים עה) כי אלהים שופט זה ישפיל וזה ירים. ודרשו רז"ל לעולם יבקש אדם רחמים על מדה זו, שאם לא בא הוא בא בנו, ואם לא בא בנו בא בן בנו.
« Car à cause de cette chose (biglal). » Nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué : Il n’a pas dit « bi-avour » ni « lema‘an », mais « biglal », expression de « galgal » (roue), c’est-à-dire : c’est une roue qui tourne dans le monde ; si tu ne lui donnes pas, Je retourne la roue et Je fais de toi un pauvre et de lui un riche, comme il est dit (Psaumes 75) : « Car Dieu est juge : Il abaisse celui-ci et Il élève celui-là ». Et nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué : que l’homme demande toujours miséricorde au sujet de cet attribut, car si lui-même ne connaît pas cette condition, son fils la connaîtra ; et si son fils ne la connaît pas, son petit-fils la connaîtra.
יברכך ה' אלהיך. קבע ברכה על מצות הצדקה, והוא שאמר שלמה (משלי יא) יש מפזר ונוסף עוד. והנה אעוררך בעיקר גודל המצוה הזו הנכבדת אשר ירשנוה מאבינו אברהם ולהעמיד אותך על יסודה וסודה.
« L’Éternel ton Dieu te bénira. » Il a fixé une bénédiction sur le commandement de la tsedaka, et c’est ce que Salomon a dit (Proverbes 11) : « Tel répand et il lui est encore ajouté ». Et voici que je t’éveillerai à l’essentiel de la grandeur de ce commandement honorable que nous avons hérité de notre père Avraham, afin de te faire comprendre son fondement et son secret.
דע כי העני מחלק מדת הדין שהרי מדת הדין מתוחה כנגדו, זהו (תהלים קב) תפלה לעני, כי תפלה מלשון דין ופלול, ולכך בא המאמר לחכמי האמת עני חשוב כמת, והעשיר אשר אתו ברכה הוא מחלק מדת רחמים, והוא בדמיון השמש המאיר ללבנה והלבנה מקבלת אורה מן השמש, כן הנותן צדקה מאיר עיניו של עני ומקבל ברכתו ממנו, ולכך תזהיר התורה שכל דרכיה דרכי נועם וכל נתיבותיה שלום שירגיל האדם עצמו במדת הרחמנות שיתן מברכתו צדקה לעני, ובעשותו זה ישתף מדת רחמים עם מדת הדין, שהשתוף ההוא הוא קיום העולם ואי אפשר להתקיים מבלעדי שניהם,
Sache que le pauvre relève de la part de l’attribut de rigueur, puisque l’attribut de rigueur est tendu contre lui ; c’est (Psaumes 102) « prière d’un pauvre », car « tefila » se rattache au jugement et à l’arbitrage (din et pilloul) ; et c’est pourquoi est venue la parole des sages de la vérité : le pauvre est considéré comme mort ; et le riche chez qui est la bénédiction relève de la part de l’attribut de miséricorde, et c’est à l’image du soleil qui éclaire la lune, la lune recevant sa lumière du soleil : ainsi celui qui donne la tsedaka éclaire les yeux du pauvre, qui reçoit de lui sa bénédiction ; et c’est pourquoi la Torah avertit — elle dont toutes les voies sont des voies de douceur et tous les sentiers paix — que l’homme s’habitue à l’attribut de compassion, en donnant de sa bénédiction une tsedaka au pauvre ; et en faisant cela il associe l’attribut de miséricorde à l’attribut de rigueur, car cette association est la subsistance du monde, et il est impossible de subsister sans les deux,
וכבר ידעת שהצדקה נמשכת לצדק ושם מריקה השפע, והנה ירושלים נקראת (ישעיה א) עיר הצדק, וכתיב (שם) צדק ילין בה, ואמר להם הנביא (שם נד) בצדקה תכונני, כי הצדק היא כנסת ישראל בת זוגו של שבת, וא"כ הזהיר במצות הצדקה והנותן צדקה לעני למטה הנה הוא ממשיך למעלה צדקה לצדק, ועל זה אמרו חכמי האמת בפניני דבריהם גדולה צדקה לשמה, כוונו לומר כי משם הברכה שופעת בשפלים, וז"ש דוד המלך ע"ה (תהלים קיט) ואשא כפי אל מצותיך אשר אהבתי.
et tu sais déjà que la tsedaka est attirée vers le « tsedeq », et là l’abondance est déversée. Et voici que Jérusalem est appelée (Isaïe 1) « ville de justice », et il est écrit (ibid.) « la justice y logeait », et le prophète leur dit (ibid. 54) « par la justice tu seras établie », car le Tsedeq est l’Assemblée d’Israël, compagne du sabbat ; et s’il en est ainsi, il a averti pour le commandement de la tsedaka : celui qui donne la tsedaka au pauvre en bas attire en haut la tsedaka vers le Tsedeq. Et à ce sujet les sages de la vérité ont dit dans les perles de leurs paroles : grande est la tsedaka pour son nom (lishmah) ; ils ont voulu dire que de là la bénédiction se déverse sur les êtres d’en bas ; et c’est ce que dit le roi David, que la paix soit sur lui (Psaumes 119) : « et je lèverai mes paumes vers tes commandements que j’ai aimés ».
ועוד תמצא במדרש תהלים והוא רמז לזה, ראה מה כחה של צדקה, שבפרוטה שהאדם נותן לעני זוכה ומקבל פני שכינה, בנוהג שבעולם מטרוניתא מבקשת להקביל פני המלך עושה עטרה לפי כבודה, וע"י העטרה שנכנסת לעטר את המלך היא רואה את פני המלך, כך ע"י הצדקה אדם מקבל פני שכינה שנאמר (שם יז) אני בצדק אחזה פניך אשבעה בהקיץ תמונתך.
Et tu trouveras encore dans le Midrash des Psaumes une allusion à cela : vois quelle est la force de la tsedaka, puisque par une pérouta que l’homme donne au pauvre il mérite et reçoit la face de la Présence divine. Selon l’usage du monde, une matrone qui demande à recevoir la face du roi fabrique une couronne digne de son rang ; grâce à cette couronne, qu’elle entre offrir pour en parer le roi, elle voit la face du roi ; ainsi, par la tsedaka, l’homme reçoit la face de la Présence divine, comme il est dit (ibid. 17) : « Moi, par la justice, je contemplerai ta face ; je serai rassasié, au réveil, de ton image ».
ומה שהתחילה הפרשה באחד שעריך בארצך וסיימה ג"כ בארצך, יורה שעיקר הצדקה אינה אלא בארץ אע"פ שהיא חובת הגוף בכל מקום, והוא הדין לכל שאר המצות שעיקר חיובן בארץ, כי כן הזכיר בתחלת הפרשה אלה החקים והמשפטים אשר תשמרון לעשות בארץ, לפי שהמצות כלן הן משפט אלהי הארץ, שכבר הזכירו רז"ל כי בעשותנו אותן בחו"ל הוא כדי שלא נשכחם כשנחזור לארץ, והוא שאמרו רז"ל (דברים יא) ושמתם את דברי אלה על לבבכם, אף לאחר שתגלו היו מצויינין במצות, הניחו תפילין עשו מזוזה, כדי שלא יהיו עליכם חדשים כשתחזרו לארץ, וכן הוא אומר (ירמיה לא) הציבי לך ציונים. או יהיה באור מלת בארצך, אפילו בארצך וזה מחייב על מצות הצדקה בחוצה לארץ כי חובת הגוף היא בכל מקום, ומצוה מושכלת היא.
Et ce que la section a commencé par « dans l’une de tes portes, dans ton pays » et a terminé aussi par « dans ton pays » indique que l’essentiel de la tsedaka n’est que dans le pays, bien qu’elle soit une obligation personnelle en tout lieu ; et il en est de même pour tous les autres commandements dont l’obligation principale est dans le pays, car ainsi il a mentionné au début de la section : « Voici les lois et les jugements que vous garderez pour les faire dans le pays », parce que les commandements sont tous le jugement du Dieu du pays, car nos Sages, de mémoire bénie, ont déjà mentionné que lorsque nous les accomplissons hors du pays, c’est pour que nous ne les oubliions pas quand nous reviendrons au pays ; et c’est ce que nos Sages, de mémoire bénie, ont dit (Deutéronome 11) : « et vous placerez ces paroles-ci sur votre cœur » : même après que vous aurez été exilés, soyez marqués par les commandements : mettez les tefilin, faites la mezouza, afin qu’ils ne soient pas nouveaux pour vous quand vous reviendrez au pays ; et ainsi il dit (Jérémie 31) : « Dresse-toi des signes ». Ou bien l’explication du mot « dans ton pays » sera : même dans ton pays ; et cela oblige au commandement de la tsedaka hors du pays, car c’est une obligation personnelle en tout lieu, et c’est un commandement rationnel.
וטעם הפרשה, השמר לך שלא תאמר קרבה שנת השבע שנת השמטה ואם אני צריך להשמיט מעותי או קרקעותי בארץ איך אתן שם צדקה, נמצא שאני מפסיד מכל צד, ועל כן אמר ולא ירע לבבך בתתך לו כי בגלל הדבר הזה וגו', על כן אנכי מצוך לאמר שתפתח ידך לעניך ולאביונך אפילו בארצך שאתה משמט שם את שלך בין שמטת קרקעות בין שמטת כספים שם אני מזהירך על הצדקה, כי השי"ת יברכך על זה ויוסיף על שלך, וכל שכן שאתה צריך לתת צדקה בחו"ל שאין שם שמטת קרקעות. ולמדנו מזה כי כשהזכיר בארצך לא בא למעט חוצה לארץ שאם היתה הכונה בארץ דוקא היה מזכיר הכתוב כי תבאו אל הארץ או בבאכם אל הארץ, כענין שמצינו במצות התלויות בארץ.
Et le sens de la section : garde-toi de dire : « est proche l’année de sept, l’année de la shemita », et si je dois remettre mes créances ou laisser mes terres au repos dans le pays, comment donnerai-je là la tsedaka ? Il se trouve que je perds de tout côté ; c’est pourquoi il a dit : « et ton cœur ne sera pas peiné quand tu lui donneras, car à cause de cette chose, etc. », c’est pourquoi Moi je te commande, en disant : tu ouvriras ta main à ton pauvre et à ton indigent, même dans ton pays où tu annules ton bien, tant par le repos des terres que par la remise des dettes ; là Je t’avertis pour la tsedaka, car le Saint, béni soit-Il, te bénira pour cela et ajoutera à ton bien ; et a fortiori tu dois donner la tsedaka hors du pays, où il n’y a pas de repos sabbatique des terres. Et nous avons appris de là que lorsqu’il a mentionné « dans ton pays », il n’est pas venu pour exclure l’extérieur du pays ; car si l’intention avait été le pays exactement, l’Écriture aurait mentionné « quand vous viendrez dans le pays » ou « à votre arrivée dans le pays », comme nous trouvons dans les commandements qui dépendent du pays.
כי ימכר לך אחיך העברי או העבריה. כבר נזכר דין עבד עברי, אבל חזר ושנאו כאן מפני דין אמה העבריה לחדש ולומר שדינה כדין עבד עברי לצאת בשש, ועוד מפני מצות הענקה שחדש בשניהם כאן.
« Si ton frère hébreu ou hébreue t’est vendu. » La loi de l’esclave hébreu a déjà été mentionnée, mais il l’a répétée ici à cause de la loi de la servante hébreue, pour innover et dire que sa loi est comme la loi de l’esclave hébreu : être libérée au terme de six ans ; et aussi à cause du commandement de la dotation (haanaqa) qu’il innove ici pour les deux.
העניק תעניק לו. לשון תפארת, כלומר עשה לו כבוד ותפארת מממונך, מלשון (משלי א) וענקים לגרגרותיך. ואפשר לפרשו מלשון ענקים שהם גדולי הקומה, כלומר תן לו מתנות גדולות.
« Tu le doteras certainement (haaneq taaniq lo). » Expression de gloire, c’est-à-dire : fais-lui honneur et gloire de ton argent, de l’expression (Proverbes 1) « et des colliers (anaqim) pour ton cou ». Et il est possible de l’expliquer de l’expression « anaqim », qui sont de grande stature, c’est-à-dire : donne-lui de grands présents.
וזכרת כי עבד היית. והענקתיך בזת מצרים ובזת הים.
« Et tu te souviendras que tu as été esclave. » Et Je t’ai doté du butin de l’Égypte et du butin de la mer.
ואף לאמתך תעשה כן. אינו חוזר לרציעה, שאין רציעה באשה, אבל הוא חוזר להענקה. וכמוהו (שמות כ״א:י״א) ואם שלש אלה, שאינו חוזר לשאר כסות ועונה הסמוך לו, אלא אל אשר יעדה והפדה. וכן עוד (שם כב) אם זרחה השמש עליו וגו', שהוא חוזר אל חמשה בקר ישלם.
« Et même à ta servante tu feras de même. » Cela ne revient pas au percement de l’oreille, car il n’y a pas de percement chez la femme, mais cela revient à la dotation. Et de même (Exode 21,11) « et si ces trois-là » : cela ne revient pas à « nourriture, vêtement et droit conjugal », qui sont adjacents, mais à « qu’il l’ait destinée et la rachète ». Et de même encore (ibid. 22) « si le soleil s’est levé sur lui, etc. », cela revient à « cinq bœufs il paiera ».
כי משנה שכר שכיר עבדך שש שנים. זמן השכירות שאין מנהג בבני אדם להשכיר עצמן לזמן גדול ממנו הוא שלש שנים, וכענין שכתוב (ישעיהו ט״ז:י״ד) שלש שנים כשני שכיר. ודרשו רז"ל מכאן שעבד עברי עובד לרבו ביום ובלילה, שרבו מוסר לו שפחה כנענית לולדות, וזהו משנה שכר שכיר, שהרי אין עבודתו של שכיר אלא ביום.
« Car le double du salaire d’un salarié, il t’a servi six ans. » Le temps de la location, au-delà duquel il n’est pas d’usage parmi les hommes de se louer, est de trois ans, comme il est écrit (Isaïe 16,14) : « trois ans, comme les années d’un salarié ». Et nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué de là que l’esclave hébreu sert son maître jour et nuit, car son maître lui remet une servante cananéenne pour avoir des enfants, et c’est « le double du salaire d’un salarié », puisque le service du salarié n’est que de jour.
כל הבכור אשר יולד בבקרך ובצאנך הזכר תקדיש לה' אלהיך. אע"פ שהבכור הוא קדוש מעצמו שהרי בפטר רחם תלה רחמנא, אמר תקדיש בפה, ומצוה להקדישו בקריאת שם. והכתוב שאמר (ויקרא כ״ז:כ״ו) אך בכור אשר יבכר לה' וגו' לא יקדיש איש אותו, טעמו שלא יקדישנו לקרבן אחר.
« Tout premier-né qui naîtra dans ton gros bétail et dans ton petit bétail, le mâle, tu le sanctifieras à l’Éternel ton Dieu. » Bien que le premier-né soit saint de lui-même, puisque le Miséricordieux l’a lié au fait d’ouvrir la matrice (peter rèhem), Il a dit « tu sanctifieras » de bouche, et c’est un commandement de le sanctifier en le désignant verbalement comme consacré. Et le verset qui a dit (Lévitique 27,26) : « Seulement un premier-né qui est premier-né pour l’Éternel, etc., nul homme ne le sanctifiera », son sens est qu’on ne le sanctifie pas pour un autre sacrifice.
(בשעריך) תאכלנו. מי שראוי לאכלו. שנה בשנה, לא שיהיה אסור לאכלו אחר שנתו, שהרי הוקש למעשר שני שנאמר (דברים יד) ואכלת לפני ה' אלהיך מעשר דגנך וגו' ובכורות בקרך, והוא אינו נפסל משנה לחברתה, אלא שמצוה לאכלו תוך שנתו. אתה וביתך, בית הכהן.
« (Dans tes portes) tu le mangeras. » Celui qui est apte à le manger. « Année par année » : non qu’il soit interdit de le manger après son année, car il a été comparé à la seconde dîme, comme il est dit (Deutéronome 14) : « et tu mangeras devant l’Éternel ton Dieu la dîme de ton blé, etc., et les premiers-nés de ton gros bétail » ; et celui-ci n’est pas invalidé d’une année à l’autre, mais c’est un commandement de le manger durant son année. « Toi et ta maison » : la maison du cohen.
בשעריך תאכלנו, הכהן חוץ למקדש. הטמא והטהור, לשון קריאה הוא, ויחזור אל תאכלנו, כלומר אתה הכהן בין טמא בין טהור. ואינו בבשר קדש, שאם אכלו טמא הרי הוא בכרת.
« Dans tes portes tu le mangeras » : le cohen, hors du Temple. « L’impur et le pur » : expression d’appel, et cela revient à « tu le mangeras », c’est-à-dire : toi, le cohen, que tu sois impur ou pur. Et il ne s’agit pas de la chair sacrée, car s’il la mangeait impur, il serait passible du retranchement (karet).
רק את דמו לא תאכל. שלא תאמר הואיל וכולו היתר הבא מכלל איסור הוא, שהרי קדש ונשחט בחוץ בלא פדיון ונאכל, יהא אף הדם מותר.
« Seulement son sang tu ne le mangeras pas. » Afin que tu ne dises pas : puisque cet animal, auparavant interdit, est désormais entièrement permis, car il a été sanctifié et abattu à l’extérieur sans rachat et mangé, que le sang aussi soit permis.
שמור את חדש האביב. הוא חדש ניסן שהיה בו אביב כשיצאו ממצרים. ודרשו רז"ל שמרהו לפני בואו שיהא ראוי לאביב לקרב בו את העומר, ואם לאו עבר את השנה.
« Garde le mois d’Abib. » C’est le mois de Nissan, durant lequel les épis étaient au stade de l’aviv quand ils sortirent d’Égypte. Et nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué : garde-le avant sa venue, pour qu’il corresponde à la maturation printanière permettant d’y offrir l’omer ; sinon, ajoute un mois à l’année.
ממצרים לילה. ההוצאה ביום היתה שנאמר (במדבר לג) ממחרת הפסח יצאו בני ישראל וגו', וכתיב (שמות יב) בעצם היום הזה יצאו. אבל משעה שהורשו לצאת בלילה תקרא הוצאה. ולכך לא אמר הכתוב בלילה אלא לילה לרמוז על שעה שהורשו שנאמר (שם) ויקרא למשה ולאהרן לילה ויאמר קומו צאו, ולכך תרגם אונקלוס ועבד לך נסין בליליא, כדי שלא תבין כי ההוצאה היתה בלילה.
« D’Égypte, de nuit (laïla). » La sortie eut lieu de jour, car il est dit (Nombres 33) : « le lendemain de la Pâque, les fils d’Israël sortirent, etc. », et il est écrit (Exode 12) : « en ce jour même ils sortirent ». Mais à partir de l’heure où il leur fut permis de sortir de nuit, cela s’appelle sortie. Et c’est pourquoi l’Écriture n’a pas dit « balaïla » (dans la nuit) mais « laïla », pour faire allusion à l’heure où il leur fut permis, comme il est dit (ibid.) : « et il appela Moché et Aharon de nuit et dit : Levez-vous, sortez » ; et c’est pourquoi Onkelos a traduit « et Il fit pour toi des miracles de nuit », afin que tu ne comprennes pas que la sortie eut lieu de nuit.
וזבחת פסח לה' אלהיך צאן ובקר. צאן לחיוב הפסח, ובקר לשלמי חגיגה, כדי שיהא הפסח נאכל על השובע.
« Et tu sacrifieras la Pâque à l’Éternel ton Dieu, du petit et du gros bétail. » Le petit bétail pour l’obligation de la Pâque, et le gros bétail pour les sacrifices de paix de la ‘haguiga, afin que la Pâque soit mangée lorsque l’on est déjà rassasié.
לא תאכל עליו חמץ. על שחיטת הפסח, שלא ימצא ברשותו חמץ בשעת שחיטה.
« Tu ne mangeras pas avec lui de ‘hamets. » Sur l’abattage de la Pâque : qu’il ne se trouve pas de ‘hamets en sa possession au moment de l’abattage.
בערב כבוא השמש מועד שלש זמנים הם, בערב תשחטנו משש שעות ולמעלה, וכבא השמש תאכלנו, ומועד צאתך תשרפנו.
« Le soir, au coucher du soleil, au moment (moed). » Ce sont trois temps : « le soir tu l’abattras », à partir de la sixième heure du jour ; « au coucher du soleil tu le mangeras » ; « et au moment de ta sortie tu le brûleras ».
ובשלת ואכלת. בשול זה צלי אש הוא, מלשון (בראשית מ׳:י׳) הבשילו אשכלותיה, וכן (דברי הימים ב ל״ה:י״ב-י״ג) ויבשלו הפסח.
« Tu feras cuire et tu mangeras. » Cette cuisson est un rôtissage au feu, de l’expression (Genèse 40,10) « ses grappes mûrirent (hivshilu) », et de même (2 Chroniques 35,12-13) « et ils firent cuire (va-yevashelu) la Pâque ».
ופנית בבקר. לבקרו של יום שני שהוא חול, שאי אפשר לו לנסוע משם בי"ט שהוא קדש. או יאמר ופנית בבקר והלכת לאהליך סביב, ירושלים, ומשם ילך לו אל ארצו. ודרשו רז"ל ופנית בבקר, מכאן שטעון לינה בליל מוצאי י"ט בעיר לכבוד המצוה, וכך דרשו ופנית בבקר, כל פנות שאתה פונה מן המקדש כשתבא אליו לא יהו אלא בבקר. ובאור לאהליך אפילו היה האחרון שבארץ ישראל כדי שיוכל להגיע לביתו ולחזור פעם שניה לראית חג השבועות.
« Et tu te tourneras au matin. » Au matin du deuxième jour, qui est profane, car il lui est impossible de partir de là le jour de fête, qui est saint. Ou bien il dira « et tu te tourneras au matin et tu iras à tes tentes », alentour, Jérusalem, et de là il ira vers son pays. Et nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué : « et tu te tourneras au matin » : de là que la nuit de la sortie de la fête requiert la nuitée dans la ville en l’honneur du commandement ; et ainsi ils ont expliqué « et tu te tourneras au matin » : tous tes départs du Temple, après y être venu, ne doivent avoir lieu qu’au matin. Et l’explication de « à tes tentes » : même s’il était le dernier de la terre d’Israël, afin qu’il puisse arriver chez lui et revenir une deuxième fois pour se présenter au Temple à la fête de Chavouot.
ומזה הוצרך פסוק זה להכתב בחג הפסח יותר מבשאר החגים, לפי שאין פנאי ללכת לביהמ"ק שני פעמים מפסח ועד עצרת אא"כ הוא נוסע משם לבקרו של חג המצות אחר שאכל שם פסחו ועמד י"ט ראשון יש לו ללון שם ולבקר שהוא חול ילך לאהליו, ועם זה יספיק לו זמן להגיע לביתו ולחזור לחג השבועות.
Et à cause de cela il a fallu que ce verset soit écrit à la fête de Pâque davantage qu’aux autres fêtes, parce qu’il n’y a pas le loisir d’aller deux fois au Temple de Pâque à Atséret, à moins qu’il ne parte de là au matin de la fête des Matsot, après y avoir mangé sa Pâque et être resté le premier jour de fête ; il lui faut y passer la nuit, et au matin, qui est profane, il ira à ses tentes, et avec cela il lui suffira de temps pour arriver chez lui et revenir pour la fête de Chavouot.
כיצד, הרי שאמרו רז"ל ארץ ישראל ארבע מאות פרסה על ארבע מאות פרסה, כלומר אורך הארץ ארבע מאות פרסה ורחבה כמו כן, והיה בהמ"ק באמצע הארץ, וא"כ מאתים פרסה היה המהלך ליותר רחוק ואחרון שבא"י, ובעשרים יום יהיה אדם מהלך מאתים פרסאות לחשבון עשר פרסאות בכל יום, וידוע כי מפסח ועד עצרת מ"ט יום, חסר מהם שמונה, ימי השבת ויום אחרון של יו"ט נשארו ארבעים יום, ועל זה אמר ופנית בבקר והלכת לאהליך, כלומר בזמן עשרים יום, ובעשרים הנשארים היה צריך לחזור שנית למקדש לראית שבועות.
Comment ? Voici que nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : la terre d’Israël est de quatre cents parasanges sur quatre cents parasanges, c’est-à-dire que la longueur du pays est de quatre cents parasanges et sa largeur de même, et le Temple était au milieu du pays, et donc le trajet pour le plus éloigné et le dernier en terre d’Israël était de deux cents parasanges ; et en vingt jours un homme parcourt deux cents parasanges, au compte de dix parasanges par jour ; et l’on sait que de Pâque à Atséret il y a quarante-neuf jours ; retranches-en huit, les jours de sabbat et le dernier jour de fête : il reste quarante jours ; et à ce sujet il a dit « et tu te tourneras au matin et tu iras à tes tentes », c’est-à-dire dans l’espace de vingt jours, et dans les vingt qui restent il devait revenir une deuxième fois au Temple pour se présenter au Temple à Chavouot.
ששת ימים תאכל מצות. והלא הזכיר למעלה שבעת ימים תאכל עליו מצות, דרשו רז"ל למה יצא שביעי מן הכלל, ללמד על הכלל כלו יצא, שזו אחת מי"ג מדות שהתורה נדרשת בהן, לומר מה שביעי רשות אף ששת ימים רשות, רצה אוכל מצה או פירות, מה שאין כן בליל ראשון שנאמר (שמות י״ב:י״ח) בערב תאכלו מצות, הכתוב קבעו חובה.
« Six jours tu mangeras des matsot. » Or il a déjà mentionné plus haut « sept jours tu mangeras avec lui des matsot » ; nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué : pourquoi le septième est-il sorti de la règle générale ? Pour enseigner sur la règle générale tout entière qu’il est sorti — c’est l’une des treize règles par lesquelles la Torah est expliquée — pour dire : de même que le septième est facultatif, de même les six jours sont facultatifs : s’il veut, il mange de la matsa ou des fruits ; ce qui n’est pas le cas pour la première nuit, car il est dit (Exode 12,18) : « au soir vous mangerez des matsot » ; l’Écriture l’a fixé comme obligation.
וביום השביעי עצרת. נקרא בלשון עצרת על שם שישראל נעצרין ונאספים בימים טובים לבתי כנסיות ולבתי מדרשות, ותרגומו כנישין. ויש לך להשכיל כי יום שביעי של פסח הוא יסוד, וקראו הכתוב עצרת כשם שנקרא לשמיני של חג שהיא השמינית הסמוכה לו, וכבר נתבאר זה בסוף סדר פנחס (במדבר כ״ט:ל״ה) בפסוק ביום השמיני עצרת.
« Et le septième jour, assemblée (atseret). » Elle est appelée du nom d’« atseret » parce qu’Israël est retenu (ne‘etsarim) et rassemblé durant les jours de fête dans les synagogues et dans les maisons d’étude, et sa traduction est « kenishin ». Et tu dois comprendre que le septième jour de Pâque correspond au Fondement (Yessod), et l’Écriture l’a appelé atseret comme est appelé le huitième de la fête, qui est le huitième adjacent à lui ; et cela a déjà été expliqué à la fin de la section Pin’has (Nombres 29,35), au verset « le huitième jour, assemblée (atseret) ».
לא תעשה מלאכה. במצות השבת נאמר (שמות כ׳:י׳) לא תעשה כל מלאכה, אבל ביו"ט אמר מלאכה, וא"א לומר בו כל מלאכה שהרי אוכל נפש מותר.
« Tu ne feras pas de travail (melakha). » Pour le commandement du sabbat il est dit (Exode 20,10) : « tu ne feras aucun travail (kol melakha) », mais pour la fête il a dit « melakha », et il est impossible de dire pour elle « kol melakha », puisque le travail nécessaire à la préparation de la nourriture (okhel nefesh) est permis.
שבעה שבועות תספר לך. הזכירה הפרשה שלש רגלים כסדרן שהם פסח שבועות סכות שכל ישראל מתקבצין בהם, ולא הזכיר ראש השנה ולא יום הכיפורים שאין מתקבצין שם בבהמ"ק, ומזה אין אנו אומרים בתפלת מוסף ר"ה ויוה"כ ואין אנו יכולים לעלות ולראות כמו שאנו אומרים בתפלות שלש רגלים אלא ואין אנו יכולים לעשות חובותינו.
« Sept semaines tu compteras pour toi. » La section a mentionné les trois fêtes de pèlerinage dans leur ordre, qui sont Pâque, Chavouot, Souccot, où tout Israël se rassemble ; et elle n’a mentionné ni Roch Hachana ni Yom Kippour, car on ne s’y rassemble pas au Temple ; et de là nous ne disons pas dans la prière de Moussaf de Roch Hachana et de Yom Kippour « et nous ne pouvons pas monter et voir », comme nous le disons dans les prières des trois fêtes de pèlerinage, mais « et nous ne pouvons pas accomplir nos obligations ».
ומה שאמר תספר לך בלשון יחיד ובמקום אחר (ויקרא כ״ג:ט״ז) תספרו חמשים יום בלשון רבים, דרך הכתובים להזכיר המצות פעם בלשון יחיד ופעם בלשון רבים, ואחר שהזכיר המצות בלשון רבים יחזור ויזכירם בלשון יחיד, כדי שלא יחשוב היחיד להפטר ממנה בכלל הרבים ולהנצל מענשה לכך יחזור וידבר עם כל יחיד ויחיד, כענין מצות ציצית שהיא אמורה בלשון רבים (במדבר ט״ו:ל״ח) ועשו להם ציצית על כנפי בגדיהם לדורותם ונתנו על ציצית הכנף פתיל תכלת, וחזר והזכירה בלשון יחיד (דברים כ״ב:י״ב) גדילים תעשה לך על ארבע כנפות כסותך.
Et ce qu’il a dit « tu compteras pour toi » au singulier, et à un autre endroit (Lévitique 23,16) « vous compterez cinquante jours » au pluriel : c’est la manière des Écritures de mentionner les commandements une fois au singulier et une fois au pluriel ; et après avoir mentionné les commandements au pluriel, il les mentionne de nouveau au singulier, afin que l’individu ne pense pas en être dispensé en se fondant dans la collectivité et échapper à sa punition ; c’est pourquoi il revient et parle à chaque individu, comme pour le commandement des tsitsit, qui est dit au pluriel (Nombres 15,38) : « et ils se feront des tsitsit aux coins de leurs vêtements, pour leurs générations, et ils mettront sur la tsitsit du coin un fil d’azur », et il est revenu et l’a mentionné au singulier (Deutéronome 22,12) : « tu te feras des franges sur les quatre coins de ton vêtement ».
ואין צריך לומר במצוה אחת בפסוקים רבים, שאפילו בפסוק אחד מצאנו לשון רבים ויחיד, הוא שכתוב (ויקרא י״ט:ט׳) ובקצרכם את קציר ארצכם לא תכלה פאת שדך, ורבים כן. ועוד טעם אחר, שאלו נכתבה המצוה בלשון רבים ולא בלשון יחיד הייתי אומר שהמצוה אינה אמורה אלא לב"ד ואין כל אחד ואחד מישראל חייבין בה, לכך הוצרך הכתוב לחזור ולהזכירה בלשון יחיד.
Et inutile de dire pour un commandement en plusieurs versets : même dans un seul verset nous avons trouvé le pluriel et le singulier, c’est ce qui est écrit (Lévitique 19,9) : « et quand vous moissonnerez la moisson de votre pays, tu n’achèveras pas le coin de ton champ », et il y en a d’autres de même. Et une autre raison encore : si le commandement avait été écrit au pluriel et non au singulier, j’aurais dit que le commandement n’est dit que pour le tribunal et que chacun d’Israël n’y est pas obligé ; c’est pourquoi l’Écriture a dû revenir et le mentionner au singulier.
וכן במצות לולב הזכירה בלשון רבים (שם כג) ולקחתם לכם ביום הראשון, ולא נזכר בשום מקום לשון יחידי, הרי הזכיר שם ושמחתם לפני ה' אלהיכם, ואי אפשר להבין שתהא המצוה אמורה לב"ד ולא לכל ישראל שהרי כל ישראל חייבין הם בשמחת המועדים, וכבר מצינו בלשון יחיד ושמחת בחגך. ולענין הספירה אמרו חז"ל, שבעה שבועות תספר לך מצוה למימני יומי ומצוה למימני שבועי, יש שסוברים כן, מצוה למימני יומי בכל יום ויום ומצוה למימני שבועי בהשלמת השבועות, אבל לא בכל יום, שאין צורך להזכיר השבועות בכל פרט הימים, וזה דעת המאור ז"ל.
Et de même pour le commandement du loulav, il l’a mentionné au pluriel (ibid. 23) : « et vous prendrez pour vous le premier jour », et il n’est mentionné nulle part au singulier ; or il a mentionné là « et vous vous réjouirez devant l’Éternel votre Dieu », et il est impossible de comprendre que le commandement soit dit pour le tribunal et non pour tout Israël, car tout Israël est tenu à la joie des fêtes, et nous avons déjà trouvé au singulier « et tu te réjouiras en ta fête ». Et à propos du compte, nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : « sept semaines tu compteras pour toi » : c’est un commandement de compter les jours (mimnei yomei) et un commandement de compter les semaines (mimnei shavouei) ; certains pensent ainsi : commandement de compter les jours chaque jour, et commandement de compter les semaines à l’achèvement des semaines, mais non chaque jour, car il n’est pas nécessaire de mentionner les semaines dans le détail des jours ; et c’est l’avis du Maor, de mémoire bénie.
ויש שסוברים מצוה למימני יומי ומצוה למימני שבועי בכל יום ויום, וכיון שעבר שבוע ראשון מצוה למימני השבועות שאחריו בכל יום ויום מן הימים שהוא סופר, לפי שהשבועות ירמוז לאלף השביעי ולכך צריך שיזכירם בכל יום, וזה דעת החכם ר"א בן עזרא.
Et certains pensent : commandement de compter les jours et commandement de compter les semaines chaque jour ; et dès que la première semaine est passée, c’est un commandement de compter les semaines qui la suivent chaque jour, parmi les jours qu’il compte, parce que les semaines font allusion au septième millénaire (elef), et c’est pourquoi il faut les mentionner chaque jour ; et c’est l’avis du sage Rabbi Avraham ibn Ezra.
מהחל חרמש בקמה תחל לספור. למדך שהקצירה והספירה באין כאחד. ודרשו רז"ל יכול יקצור ויספור ואימתי שירצה יביא, ת"ל (ויקרא כ״ג:ט״ו) מיום הביאכם, אי מיום הביאכם יכול יקצור ויספור ויביא ביום, ת"ל (שם) שבע שבתות תמימות תהיינה, אימתי אתה מוצא אותן תמימות בזמן שאתה מונה מבערב, הא כיצד קצירה וספירה בלילה והבאה ביום. ועוד דרשו רז"ל אל תקרי בקמה אלא בקומה, מכאן לספירת העומר שהיא מעומד, ומה קצירה מעומד אף ספירה מעומד. וארבעה דברים הן שמצותן מעומד, והסימן בהם עצמ"ל, ואלו הן עומר ציצית מילה לולב.
« Dès que la faucille est mise dans la moisson, tu commenceras à compter. » Il t’enseigne que la moisson et le compte viennent ensemble. Et nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué : peut-être moissonnera-t-il, comptera-t-il, et apportera-t-il quand il voudra ? L’Écriture dit (Lévitique 23,15) : « depuis le jour où vous apporterez ». Si « depuis le jour où vous apporterez », peut-être moissonnera-t-il, comptera-t-il et apportera-t-il de jour ? L’Écriture dit (ibid.) : « sept sabbats entiers ils seront » ; quand les trouves-tu entiers ? Lorsque tu comptes depuis le soir. Comment donc ? Moisson et compte de nuit, et apport de jour. Et nos Sages, de mémoire bénie, ont encore expliqué : ne lis pas « baqamah » (dans la moisson) mais « beqomah » (debout) : de là que le compte de l’omer se fait debout ; et de même que la moisson est debout, ainsi le compte est debout. Et il y a quatre choses dont le commandement se fait debout, et le signe en est « Atsmal » : ce sont l’omer, les tsitsit, la mila, le loulav.
מסת נדבת ידך אשר תתן כאשר יברכך ה' אלהיך. מסת נדבת ידך תרגומו די מחסורו (דברים ט״ו:י׳) כמסת חוסרניה, ויאמר הכתוב לפי ספוק נדיבות הלב שבך ולפי הברכה והעושר שיש לך תתן, ולכך הושמה מלת תתן באמצע בין מסת נדבת ידך ובין כאשר יברכך ה' אלהיך, כלומר לפי נדיבתך ועשרך תביא קרבנות לשלמים ותקדיש על שלחנך קרואים.
« Selon la mesure de l’offrande volontaire de ta main, que tu donneras selon que l’Éternel ton Dieu te bénira. » « Missat nidvat yadekha » : le mot se retrouve dans la traduction araméenne de « dei maḥsoro » (Deutéronome 15,10) : « kemissat ḥusraneih » ; et l’Écriture dit : selon la suffisance de la générosité du cœur qui est en toi et selon la bénédiction et la richesse que tu as, tu donneras ; et c’est pourquoi le mot « titen » (« tu donneras ») est placé au milieu, entre « missat nidvat yadekha » et « ka’asher yevarekhekha, l’Éternel ton Dieu » ; c’est-à-dire : selon ta générosité et ta richesse, tu apporteras des sacrifices de paix et tu réserveras à ta table une place à des invités.
ונראה שאינו דבק עם חג השבועות לה' אלהיך אבל הוא ענין בפני עצמו, והוא הדין בשאר המועדים שיתן אדם צדקה ויקדיש קרואים לפי נדיבותו ולפי עשרו, אבל גלה זה בכאן בחג השבועות מפני שהפסח זמנו שבעת ימים והסכות כמו כן שבעת ימים אבל שבועות שאינו אלא יום אחד הייתי סבור שאין החומר בו כל כך כמו בשאר המועדים, לכך הודיענו בו החיוב שאין להקל בו במצות הצדקה, שהרי שוה הוא לשאר המועדים וחמור כמותם ואע"פ שאינו אלא יום אחד.
Et il semble qu’il ne soit pas attaché à « la fête de Chavouot à l’Éternel ton Dieu », mais que ce soit un sujet à part ; et il en est de même pour les autres fêtes : que l’homme donne la tsedaka et réserve une place à des invités selon sa générosité et selon sa richesse ; mais il l’a révélé ici à la fête de Chavouot parce que la Pâque a son temps de sept jours et Souccot de même sept jours, mais Chavouot, qui n’est qu’un seul jour, j’aurais pensé que la gravité n’y est pas autant que dans les autres fêtes ; c’est pourquoi Il nous a fait savoir l’obligation, qu’il ne faut pas être léger avec le commandement de la tsedaka, puisqu’elle est égale aux autres fêtes et grave comme elles, bien qu’elle ne soit qu’un seul jour.
והקרואים האלה הם הלוי והגר והיתום והאלמנה, וגר זה אינו אמור אלא בגר צדק שהוא בן ברית, ומה לוי בן ברית. אף הגר בן ברית ודרשו רז"ל ארבעה שלי כנגד ארבעה שלך, ארבעה שלי הלוי והגר והיתום והאלמנה, ארבעה שלך בנך ובתך ועבדך ואמתך, אמר הקב"ה אם אתה משמח את שלי אני משמח את שלך, וזהו שאמר ושמחת לפני ה' אלהיך אתה ובנך ובתך ועבדך ואמתך והלוי והגר והיתום והאלמנה אשר בקרבך.
Et ces invités sont le Lévite, l’étranger (guer), l’orphelin et la veuve ; et ce guer n’est dit que du guer tsedeq, qui est fils de l’alliance : de même que le Lévite est fils de l’alliance, ainsi le guer est fils de l’alliance. Et nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué : quatre à Moi correspondant à quatre à toi ; quatre à Moi : le Lévite, le guer, l’orphelin et la veuve ; quatre à toi : ton fils, ta fille, ton esclave et ta servante ; le Saint, béni soit-Il, a dit : si tu réjouis les Miens, Je réjouis les tiens ; et c’est ce qu’il a dit : « et tu te réjouiras devant l’Éternel ton Dieu, toi, ton fils, ta fille, ton esclave et ta servante, et le Lévite, l’étranger, l’orphelin et la veuve qui sont au milieu de toi ».
ושמחת בחגך. דרשו רז"ל ולא בשמחת אשתך, מכאן שאין מערבין שמחה בשמחה, והנה הזכיר בכאן בחג הסכות לשון שמחה ולשון ברכה, לשון שמחה שנאמר ושמחת בחגך, לשון ברכה דכתיב כי יברכך ה' אלהיך, וכן מצינו שהזכיר בחג שבועות לשון שמחה שנאמר ושמחת לפני ה' אלהיך, לשון ברכה כאשר יברכך ה' אלהיך, אבל בחג הפסח לא הזכיר בו לשון שמחה ולא לשון ברכה, וטעם הדבר מפני שבשני המועדים שהם שבועות וסכות התבואה מצויה בהם אצל בעלי בתים ואפשר להם לפרנס ארבעה קרואים שהזכיר, וכיון שהוא מפרנסן בהן הרי שמחה והרי ברכה, שהקרואים שמחים ובעלי בתים מתברכין, אבל בפסח לא נקצרה התבואה החדשה עדיין והישנה כבר כלתה, ואי אפשר לשמח אותם בפסח, שירדה תורה לסוף דעתו של אדם שלא יפרנסם, לא נזכר בו לשון שמחה וברכה.
« Et tu te réjouiras en ta fête. » Nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué : « et non dans la joie de tes noces » ; de là qu’on ne mêle pas une joie à une joie. Et voici qu’il a mentionné ici, à la fête de Souccot, une expression de joie et une expression de bénédiction : expression de joie, comme il est dit « et tu te réjouiras en ta fête » ; expression de bénédiction, comme il est écrit « car l’Éternel ton Dieu te bénira » ; et de même nous trouvons qu’il a mentionné à la fête de Chavouot une expression de joie, comme il est dit « et tu te réjouiras devant l’Éternel ton Dieu », et une expression de bénédiction, « selon que l’Éternel ton Dieu te bénira » ; mais à la fête de Pâque il n’a mentionné ni expression de joie ni expression de bénédiction. Et la raison de la chose est que, dans les deux fêtes, Chavouot et Souccot, la récolte est présente chez les maîtres de maison et il leur est possible de nourrir les quatre invités qu’il a mentionnés ; et puisqu’il les nourrit dans ces fêtes, voici la joie et voici la bénédiction, car les invités se réjouissent et les maîtres de maison sont bénis ; mais à Pâque la récolte nouvelle n’a pas encore été moissonnée et l’ancienne est déjà épuisée, et il est impossible de les réjouir à Pâque ; la Torah a pris en compte les dispositions de l’homme, qui ne les nourrirait pas : elle n’y a pas mentionné d’expression de joie ni de bénédiction.
ועוד טעם אחר אמרו במדרש, מפני מה לא הזכירה תורה שמחה בפסח והזכירה שמחה בעצרת, ובסכות שלש שמחות, ושמחת בחגך והיית אך שמח ושמחת לפני ה' אלהיך, לפי ששנינו בארבעה פרקים העולם נדון, בפסח על התבואה בעצרת על פירות האילן בראש השנה כל באי עולם עוברים לפניו כבני מרון ובחג נדונין על המים, ומפני שפסח יום הדין וכל הדינין עתידין להעשות לכך לא נזכר בו שמחה כלל, אבל בעצרת שכבר עבר דין אחד של פסח נכתב בו שמחה אחת, ובחג שכבר עברו שלשה דינין פסח ועצרת וראש השנה לכך נכתבו בו שלש שמחות, עד כאן.
Et une autre raison encore, ils ont dit dans le Midrash : pour quelle raison la Torah n’a-t-elle pas mentionné la joie à Pâque, l’a-t-elle mentionnée à Atséret, et à Souccot trois joies — « et tu te réjouiras en ta fête », « et tu seras seulement joyeux », « et tu te réjouiras devant l’Éternel ton Dieu » ? Parce que nous avons enseigné : en quatre périodes le monde est jugé : à Pâque sur la récolte, à Atséret sur les fruits de l’arbre, à Roch Hachana tous les habitants du monde passent devant Lui comme des « bnei maron », et à la fête on est jugé sur les eaux. Et parce que Pâque est le jour du jugement, et que tous les jugements sont destinés à être rendus, c’est pourquoi la joie n’y est pas mentionnée du tout ; mais à Atséret, où un jugement est déjà passé, celui de Pâque, une seule joie y est écrite ; et à la fête, où trois jugements sont déjà passés, Pâque, Atséret et Roch Hachana, c’est pourquoi trois joies y ont été écrites. Jusqu’ici.
ודרך הקבלה בשלש רגלים אלו הנזכרים בפרשיות כסדרן פסח שבועות סכות כנגד שלשה אבות, החסד והדין והרחמים. פסח כנגד מדת החסד, כלשון (שמות י״ב:כ״ג) ופסח ה' על הפתח, ותרגם אונקלוס ויחוס, וזהו שכתוב (תהילים קל״ו:י׳-י״א) למכה מצרים בבכוריהם כי לעולם חסדו, שהרי מכת בכורות שבו יצאו ישראל דין היה למצרים וחסד לישראל. שבועות כנגד מדת רחמים שהוא המכריע, ומזה דרשו (דברי הימים א כט) והתפארת, זה מתן תורה, לפי שהתורה בשם המיוחד נתנה.
Et selon la voie de la Kabbale, ces trois fêtes de pèlerinage mentionnées dans les sections dans leur ordre, Pâque, Chavouot, Souccot, correspondent aux trois Patriarches : la bonté (‘hessed), la rigueur (din) et la miséricorde (ra‘hamim). Pâque correspond à l’attribut de bonté, selon l’expression (Exode 12,23) « et l’Éternel passera (u-fasa‘h) par-dessus la porte », et Onkelos a traduit « et Il épargnera » ; et c’est ce qui est écrit (Psaumes 136,10-11) : « à Celui qui frappa l’Égypte dans leurs premiers-nés, car Sa bonté est éternelle », puisque la plaie des premiers-nés, par laquelle Israël sortit, était une rigueur pour l’Égypte et une bonté pour Israël. Chavouot correspond à l’attribut de miséricorde, qui est celui qui tranche, et de là ils ont expliqué (1 Chroniques 29) « et la splendeur (hatif’eret) » : c’est le don de la Torah, car la Torah a été donnée par le Nom unique.
סכות כנגד מדת הדין לשון סוכה ברוח הקודש, וכן אמרו למה נקרא שמה יסכה, שסוכה ברוה"ק, וזהו (תהילים ס״ח:י״ח) אדני בם סיני בקדש, כלומר בחכמה, שהרי מצות הסכה רמז לחכמה, ולכך דרשו קדש בסיני לא נאמר אלא סיני בקדש, מלמד שהקב"ה מקומו של עולם ואין עולמו מקומו. והענין שהוא מקום עולמו או בית עולמו.
Souccot correspond à l’attribut de rigueur, expression de « sokha », qui signifie voir par l’esprit saint ; et ainsi ont-ils dit : pourquoi est-elle appelée Yiska ? Parce qu’elle voyait par l’esprit saint ; et c’est (Psaumes 68,18) « le Seigneur est parmi eux, Sinaï dans le sanctuaire (baqodesh) », c’est-à-dire dans la sagesse, car le commandement de la soucca fait allusion à la sagesse ; et c’est pourquoi ils ont expliqué : il n’est pas dit « qodesh en Sinaï » mais « Sinaï dans le qodesh » : cela enseigne que le Saint, béni soit-Il, est le lieu de Son monde, et que Son monde n’est pas Son lieu. Et le sens est qu’Il est le lieu de Son monde ou la maison de Son monde.
וכן החכמה נרמזת בבי"ת של בראשית, והסוכה נקרא בית שנאמר (בראשית יג) ויעקב נסע סכותה ויבן לו בית, וכן הוא אומר (משלי כ״ד:ג׳) בחכמה יבנה בית, וכתיב (שם ח) בית נתיבות נצבה, והחכמה מקפת וסובבת את הכל ודוגמתה אות הבי"ת שהיא מוקפת משלשה צדדים כנגד הכשר הסכה שהיא שלש דפנות, שתים כהלכתן ושלישית אפילו טפח, והוצרכו לומר כן ושלישית אפילו טפח, על עוקצו של בי"ת היוצא מאחוריו, וזה מבואר.
Et de même la sagesse est évoquée par le beth de Bereshit, et la soucca est appelée maison, comme il est dit (Genèse 13) : « et Yaaqov voyagea à Souccota et se bâtit une maison » ; et ainsi il dit (Proverbes 24,3) : « par la sagesse on bâtit une maison », et il est écrit (ibid. 8) : « maison des sentiers elle se dresse ». Et la sagesse entoure et encercle le tout, et son image est la lettre beth, qui est entourée de trois côtés, correspondant à la validité de la soucca, qui a trois parois : deux selon leur règle, et la troisième même d’une paume (tefa‘h) ; et il a fallu dire ainsi « et la troisième même d’une paume » à propos de la pointe du beth qui sort par derrière ; et cela est clair.
והיית אך שמח. והלא כבר נאמר ושמחת בחגך, אלא למד שישמח בכל שבעת הימים, זהו אך, כלומר עד שיעברו כ"א ימים מתשרי, ואחר א"ך ימים כבר עברו שבעת ימי הסכות.
« Et tu seras seulement joyeux (akh sameah). » Or il a déjà été dit « et tu te réjouiras en ta fête » ; mais il a enseigné qu’il se réjouisse durant tous les sept jours : c’est « akh », c’est-à-dire jusqu’à ce que vingt et un jours de Tichri soient passés ; et après vingt et un jours (« akh »), les sept jours de Souccot sont déjà passés.
ויתכן עוד שבא לרמוז שראוי לו למעט בשמחת העוה"ז שלשון אך לשון מועט הוא, ומפני ששמח כבר בחג הפסח שהוא תחלת קציר העומר, וגדלה שמחתו בחג הקציר וכענין שכתוב (ישעיהו ט׳:ב׳) שמחו לפניך כשמחת בקציר, ועתה בחג האסיף כי יאסוף תבואתו ופירותיו, צמרו ופשתו שמנו ושקויו, ותבא לו מנוחה והשקט אחר היגיעה והטורח והעמל הנה שמחתו כפולה, ועל כן יזכיר הכתוב הזה בחג הסכות והיית אך שמח כדי למעט השמחה, שהרי כל אכין ורקין מעוטין, ולמדך הכתוב שיתנהג האדם בשמחת העולם הזה בדרך בינוני.
Et il est possible encore qu’il vienne faire allusion à ce qu’il lui convient de diminuer la joie de ce monde, car l’expression « akh » est une expression de restriction ; et parce qu’il s’est déjà réjoui à la fête de Pâque, qui est le début de la moisson de l’omer, et que sa joie a grandi à la fête de la moisson, comme il est écrit (Isaïe 9,2) : « ils se réjouissent devant Toi comme on se réjouit à la moisson », et maintenant, à la fête de la récolte, quand il récolte son grain et ses fruits, sa laine et son lin, son huile et ses boissons, et que lui vient le repos et la quiétude après la peine, le labeur et la fatigue, voici que sa joie est doublée ; et c’est pourquoi l’Écriture mentionne à la fête de Souccot « et tu seras seulement joyeux », afin de diminuer la joie, puisque tous les « akhin » et « raqin » sont restrictifs ; et l’Écriture t’a enseigné que l’homme se conduise dans la joie de ce monde avec modération.
ואף בזמן עשית המצות ראוי לו שישמח וירעד, וכענין שדרשו רז"ל (תהילים ב׳:י״א) עבדו את ה' ביראה וגילו ברעדה, במקום גילה שם תהא רעדה, לפי שבעוה"ז יש בו יצה"ר שהוא נמשך אחר השמחה ואין הצדיקים בטוחים בעצמם, אבל עיקר השמחה ושלמותה הוא לעוה"ב בראית פני שכינה, בשפע שאין לה הפסק, ובתוספת השגה ותענוג שאין לו תכלית, וכן אמר ישעיה ע"ה (ישעיהו כ״ט:י״ט) ויספו ענוים בה' שמחה ואביוני אדם בקדוש ישראל יגילו.
Et même au temps de l’accomplissement des commandements, il lui convient de se réjouir et de trembler, comme l’ont expliqué nos Sages, de mémoire bénie (Psaumes 2,11) : « Servez l’Éternel avec crainte et réjouissez-vous avec tremblement » : à l’endroit de la joie, là doit être le tremblement ; parce que dans ce monde il y a le mauvais penchant (yetser hara), qui est attiré vers la joie, et les justes ne sont pas sûrs d’eux-mêmes ; mais l’essentiel de la joie et sa perfection est pour le monde à venir, dans la vision de la face de la Présence divine, dans une abondance qui n’a pas d’interruption et dans un surcroît de compréhension et de délice qui n’a pas de fin ; et ainsi a dit Isaïe, que la paix soit sur lui (Isaïe 29,19) : « et les humbles ajouteront une joie en l’Éternel, et les pauvres d’entre les hommes se réjouiront dans le Saint d’Israël ».