Chémot 1:1 · commentaire 1
נזם זהב וחלי כתם מוכיח חכם וגו' (משלי כה, יב)
« Une boucle d’or et un ornement d’or fin, un sage qui reprend, etc. » (Proverbes 25,12)
Chémot · RABBÉNOU BÉ’HAYÉ
Chémot 1:1–6:1 · 164 entrées de commentaire
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נזם זהב וחלי כתם מוכיח חכם וגו' (משלי כה, יב)
« Une boucle d’or et un ornement d’or fin, un sage qui reprend, etc. » (Proverbes 25,12)
שלמה המלך ע"ה יזהיר בכתוב הזה (משלי כה) על מדת התוכחת לפי שכל התורה כולה תלויה בתוכחת, שכל המקבל תוכחת וישמע לקול מוכיחיו הנה זאת מדה עליונה כוללת כל הטובות והיא סבה לקיום התורה, ומי ששונא את התוכחת מדה מגונה כוללת הרעות והיא סבה לבטול התורה כי הוא קרוב שיכפור ושיפרוק ממנו עול תורה, ומזה אמר שלמה ע"ה (משלי טו) מוסר רע לעוזב ארח שונא תוכחת ימות, באר כי קשה מאד השונא תוכחת מן העוזב אורח, כי מי שעוזב אורח והוא הפורק עול מצוה אחת מעליו יענש במוסר רע והם היסורים אבל לא יענש בעונש המיתה, ומי ששונא את התוכחת אינו נמחל לו במוסר רע בלבד אלא יענש בעונש מיתה, וזהו שאמר ימות, כי לא יספיק להיות נשפט במוסר רע, ועל כן הזהיר שלמה בפסוק הזה על האדם שיהיה מקבל התוכחת, ובאר כי התוכחת עדי הנפש ותפארתה כשם שהנזם והחלי הם עדי הגוף ותפארתו, וזהו שאמר נזם זהב וחלי כתם מוכיח חכם על אזן שומעת, כאשר יוכיח החכם על אוזן שומעת המשיל אותה תוכחת לנזם וחלי כי הנפש מתפארת ומתיפה בעדי הנזם והחלי.
Le roi Shelomo, paix sur lui, avertit par ce verset (Proverbes 25) au sujet de la qualité de la réprimande, car toute la Torah dans son ensemble dépend de la réprimande : quiconque reçoit la réprimande et écoute la voix de ceux qui le reprennent, voici une qualité suprême qui comprend tous les biens et qui est cause de la pérennité de la Torah ; et celui qui hait la réprimande, c’est une qualité blâmable qui comprend tous les maux et qui est cause de l’annulation de la Torah, car il est proche qu’il renie et rejette de sur lui le joug de la Torah. De là Shelomo, paix sur lui, a dit (Proverbes 15) « un châtiment mauvais pour celui qui abandonne le sentier, celui qui hait la réprimande mourra » : il a expliqué que celui qui hait la réprimande est bien plus grave que celui qui abandonne le sentier, car celui qui abandonne le sentier, qui est celui qui rejette de sur lui le joug d’un seul commandement, sera puni d’un châtiment mauvais, qui sont les souffrances, mais ne sera pas puni de la peine de mort ; tandis que celui qui hait la réprimande ne se voit pas pardonner par un simple châtiment mauvais mais sera puni de la peine de mort, et c’est ce qu’il a dit « mourra », car il ne suffira pas qu’il soit jugé par un châtiment mauvais. Et c’est pourquoi Shelomo a averti dans ce verset l’homme d’être de ceux qui reçoivent la réprimande, et a expliqué que la réprimande est la parure de l’âme et sa beauté, de même que la boucle et l’ornement sont la parure du corps et sa beauté ; et c’est ce qu’il a dit « une boucle d’or et un ornement d’or fin, un sage qui reprend une oreille attentive » : quand le sage reprend une oreille qui écoute, il a comparé cette réprimande à une boucle et à un ornement, car l’âme se pare et s’embellit des parures de la boucle et de l’ornement.
התוכחת היא על שני חלקים, האחד מחוייב והשני נמנע, המחויב הוא שנצטוינו להוכיח ג' כתות והם חכמים פתאים נערים, הנמנע הוא שנצטוינו שלא להוכיח ג' כתות כלל, והם לצים כסילים רשעים, לצים הוא שכתוב (משלי ט) אל תוכח לץ פן ישנאך, וכתיב (שם) יוסר לץ לוקח לו קלון, וכן מצינו בירמיה שהיה מיסר בני דורו שהיו לצנים והיו מקללין אותו הוא שאמר (ירמיה טו) לא נשיתי ולא נשו בי כלה מקללוני. וכסילים הוא שכתוב (משלי כג) באזני כסיל אל תדבר כי יבוז לשכל מליך, כי הלץ ישנאנו והכסיל יקלה דבריו ויבוז לשכל מליו.
La réprimande est de deux sortes, l’une obligatoire et l’autre exclue : l’obligatoire est que nous avons été commandés de reprendre trois catégories, qui sont les sages, les simples et les jeunes ; l’exclue est que nous avons été commandés de ne pas reprendre du tout trois catégories, qui sont les railleurs, les insensés et les méchants. Les railleurs : c’est ce qui est écrit (Proverbes 9) « ne reprends pas le railleur de peur qu’il ne te haïsse », et il est écrit (ibid.) « celui qui corrige le railleur s’attire le déshonneur » ; et de même nous trouvons chez Yirmeyahou, qui réprimandait les gens de sa génération, lesquels étaient railleurs et le maudissaient, c’est ce qu’il a dit (Jérémie 15) « je n’ai pas prêté et ils ne m’ont pas prêté, tous me maudissent ». Et les insensés : c’est ce qui est écrit (Proverbes 23) « n’adresse pas la parole aux oreilles de l’insensé, car il méprisera la sagesse de tes paroles », car le railleur le haïra et l’insensé dénigrera ses paroles et méprisera la sagesse de ses mots.
רשעים הוא שכתוב יוסר לץ לוקח לו קלון ומוכיח לרשע מומו, כלומר המוכיח לרשע ומגיד לו מומו לוקח לו קלון גם כן לפי שיאמר לו טליתי טהורה משלך, או יחזור מומו למוכיח, כי המוכיח לרשע הנה זה הוא מום למוכיח. אלו הם כתות החלק הנמנע, כתות החלק המחוייב הם החכמים שנאמר (שם ט) הוכח לחכם ויאהבך, כי לפעמים יצטרך החכם לתוכחת כשהוא חוטא לעתים בשוגג ודרך מקרה. פתאים שנאמר (שם א) לתת לפתאים ערמה.
Les méchants : c’est ce qui est écrit « celui qui corrige le railleur s’attire le déshonneur, et celui qui reprend le méchant, sa tare », c’est-à-dire que celui qui reprend le méchant et lui dit sa tare s’attire aussi le déshonneur, parce qu’il lui dira : mon vêtement est plus pur que le tien, ou bien sa tare retournera sur celui qui reprend, car celui qui reprend le méchant, voici que c’est une tare pour celui qui reprend. Voilà les catégories de la partie exclue ; les catégories de la partie obligatoire sont les sages, comme il est dit (ibid. 9) « reprends le sage et il t’aimera », car parfois le sage a besoin de réprimande quand il pèche à l’occasion par inadvertance et par hasard. Les simples, comme il est dit (ibid. 1) « pour donner aux simples de la prudence ».
נערים שנאמר לנער דעת ומזמה, ועקר התוכחת הוא לנער, לפי שאין כלי שכלו שלמים, ועוד שיצר הרע קודם בו ליצר הטוב י"ג שנה, ואין כל מחשבתו והתבוננותו רק בתענוגי העולם והגוף, לפיכך בעודו נער וטבעו רך יצטרך לתוכחת שיהיה לו רסן להנהיגו ולהביאו בשעבוד היצר הטוב, ושיהיה שומע לעצה ולקול מוכיחו ולדברי התורה שכולה תוכחת, שנאמר (שם ו) ודרך חיים תוכחות מוסר, שאם יניחוהו להרגיל טבעו בפעל ובהנהגה כאשר יגיע לזמן שלמות שכלו ילאה להשיב אחור הנהגתו, ואותה הנהגה הטובה היא אם רעה לא תפרד ממנו לעולם,
Les jeunes, comme il est dit « au jeune homme, savoir et réflexion », et l’essentiel de la réprimande est pour le jeune, car les instruments de son intelligence ne sont pas complets, et de plus le mauvais penchant précède en lui le bon penchant de treize ans, et toute sa pensée et sa contemplation ne portent que sur les plaisirs du monde et du corps ; c’est pourquoi, tant qu’il est jeune et que sa nature est tendre, il a besoin de réprimande afin qu’il ait un frein pour le conduire et l’amener à l’asservissement au penchant bon, et afin qu’il écoute le conseil, la voix de celui qui le reprend et les paroles de la Torah, qui est toute réprimande, comme il est dit (ibid. 6) « et le chemin de la vie, ce sont les réprimandes de l’instruction » ; car si on le laisse habituer sa nature à l’acte et à la conduite, quand il atteindra le temps de la perfection de son intelligence il peinera à revenir sur sa conduite, et cette conduite, bonne ou mauvaise, ne se séparera jamais de lui,
והוא שכתוב (שם כב) חנוך לנער על פי דרכו גם כי יזקין לא יסור ממנה, כי בימי הזקנה רחוק הוא להחליף טבעו שכבר הורגל בו, על כן ראוי לו בעודו נער שישמור דברי התוכחת, ועם זה יקנה לנפשו תועלת רבה וזכות גדול, והוא שאמר דוד ע"ה (תהלים קיט) במה יזכה נער וגו', ומפני זה יזהיר שלמה תמיד להוכיח את הנער בשבט מוסר הוא שאמר (משלי כב) אולת קשורה בלב נער שבט מוסר ירחיקנה ממנו, יאמר אפילו כשתהיה האולת דבקה בלב הנער וקשורה שם בשכבר הורגל בה ימים רבים אל תתיאש ותאמר אין לו תקנה,
et c’est ce qui est écrit (ibid. 22) « éduque le jeune selon sa voie, même quand il vieillira il ne s’en écartera pas », car aux jours de la vieillesse il est difficile de changer sa nature à laquelle il est déjà habitué ; c’est pourquoi il convient qu’il garde, tant qu’il est jeune, les paroles de réprimande, et par là il acquerra pour son âme un grand profit et un grand mérite, et c’est ce que le roi David, paix sur lui, a dit (Psaumes 119) « par quoi le jeune homme purifiera-t-il, etc. » ; et pour cette raison Shelomo avertit toujours de reprendre le jeune par la verge de l’instruction, c’est ce qu’il a dit (Proverbes 22) « la folie est liée au cœur du jeune, la verge de l’instruction l’éloignera de lui » : il dit que même lorsque la folie est attachée au cœur du jeune et liée là parce qu’il s’y est habitué depuis de nombreux jours, ne désespère pas et ne dis pas qu’il n’a pas de remède,
כי מאחר שהוא נער שבט מוסר ירחיקנה ממנו, יוכיחנו מעט מעט ויכנס בלבו התוכחת, כי דבור המוכיח רך ועם השקידה יעשה רושם בלב הנוכח כאשר תראה בטפת המים שהיא רכה ונוחה ועם השקידה תקוב חור באבן הקשה, ואם נתיאש ממנו ולא השתדל בתוכחתו הנה זה שונאו, והוא שאמר שלמה ע"ה (שם יג) חושך שבטו שונא בנו ואוהבו שחרו מוסר, ואמרו במדרש חושך שבטו שונא בנו זה דוד, ואוהבו שחרו מוסר זה יעקב, ללמדך שכל המונע מוסר ממנו לסוף יוצא לתרבות רעה, שכן מצינו בישמעאל שהיו לו געגועין אצל אביו ולא רדהו,
car puisqu’il est jeune, « la verge de l’instruction l’éloignera de lui » ; il le reprendra peu à peu et la réprimande entrera dans son cœur, car la parole de celui qui reprend est douce, et avec l’assiduité elle fait une impression dans le cœur de celui qui est repris, comme tu le vois avec la goutte d’eau qui est tendre et douce et qui, avec l’assiduité, perce un trou dans la pierre dure ; et si l’on désespère de lui et qu’on ne s’applique pas à le reprendre, voici que c’est le haïr, et c’est ce que Shelomo, paix sur lui, a dit (ibid. 13) « celui qui épargne sa verge hait son fils, et celui qui l’aime le corrige dès le matin » ; et ils ont dit dans le Midrash : « celui qui épargne sa verge hait son fils », c’est David ; « et celui qui l’aime le corrige dès le matin », c’est Yaakov, pour t’enseigner que quiconque retient l’instruction de son fils finit par le voir prendre une mauvaise voie ; ainsi nous trouvons chez Yishmael, qui avait les faveurs de son père et que celui-ci ne le disciplina pas,
ויצא לתרבות רעה שנאמר (בראשית כא) ותרא שרה את בן הגר המצרית אשר ילדה לאברהם מצחק, ואין מצחק אלא ע"ז שנאמר (שמות לב) ויקמו לצחק, וכן מצינו בעשו שהיו לו געגועין אצל אביו ולא רדהו ויצא לתרבות רעה ועבר חמש עבירות באותו יום. וכן אדוניה בן חגית היה לו געגועין אצל אביו ולא רדהו שנאמר (מלכים א א) ולא עצבו אביו מימיו, וכן אבשלום לא רדהו אביו ויצא לתרבות רעה.
et il prit une mauvaise voie, comme il est dit (Genèse 21) « et Sara vit le fils de Hagar l’Égyptienne qu’elle avait enfanté à Avraham, qui se moquait (metsa’heq) », et metsa’heq n’est autre que l’idolâtrie, comme il est dit (Exode 32) « et ils se levèrent pour s’amuser (letsa’heq) » ; et de même nous trouvons chez ‘Esav, qui avait les faveurs de son père et que celui-ci ne reprit pas, et il prit une mauvaise voie et commit cinq transgressions ce jour-là. Et de même Adoniyahou fils de ‘Haguit avait les faveurs de son père et celui-ci ne le reprit pas, comme il est dit (1 Rois 1) « et son père ne l’avait jamais contristé », et de même Avshalom : son père ne le reprit pas et il prit une mauvaise voie.
ושכב עם נשיו וגרם לו להוציאו מירושלים, ולעלות יחף וראש לו חפוי והוא עולה ובוכה, והפיל כמה רבבות מישראל, ואוהבו שחרו מוסר זה אברהם שיסר את יצחק והוליכו בדרכיו שנאמר (בראשית יח) כי ידעתיו למען אשר יצוה וגו', וכן יעקב יסר את בניו ולא היה בהם פסולת. ומפני שהיה יעקב אבינו ע"ה מוכיח חכם והיו לשבטים אזן שומעת על כן היו ככסף צרוף והיו נזם זהב וחלי כתם והיו בני אביהם, זהו שכתוב
Il coucha avec les femmes de son père et le contraignit à quitter Jérusalem, à monter pieds nus, la tête couverte, en pleurant, et il fit tomber plusieurs myriades d’Israël ; « et celui qui l’aime le corrige dès le matin », c’est Avraham, qui corrigea Yitz’haq et le conduisit dans ses voies, comme il est dit (Genèse 18) « car je l’ai connu afin qu’il ordonne, etc. » ; et de même Yaakov corrigea ses fils et aucun de ses fils ne fut indigne. Et parce que Yaakov notre père, paix sur lui, était un sage qui reprend, et que les tribus avaient une oreille qui écoute, c’est pourquoi ils furent comme de l’argent affiné, et furent « boucle d’or et ornement d’or fin », et furent les fils de leur père ; c’est ce qui est écrit
ואלה שמות בני ישראל הבאים מצרימה את יעקב איש וביתו באו. הספר הזה היה ראוי שיתחיל אלה שמות בלא וא"ו כספר אלה הדברים, אבל בא אות הוא"ו לחבור ענין, כי הענין מחובר למעלה בסדר ויגש אליו ששם הזכיר ואלה שמות בני ישראל הבאים מצרימה יעקב ובניו, ובא ללמד כי הענין אחד אע"פ שהם שני ספרים ומנאן שם בחייהם חזר ומנאן כאן לאחר מיתתם וזה למעלה וכבוד להם, וכדי להודיע חבתם כמאמרם ז"ל שנמשלו ישראל לכוכבים שמוציאם במספר ומכניסן במספר, שנאמר (ישעיה מ) המוציא במספר צבאם לכלם בשם יקרא, לפיכך מזכיר שמותיהן תדיר וכופל אותם הכל בדרך חבה כשם שמצינו ה' פעמים ישראל בפסוק אחד.
« Et voici les noms des fils d’Israël qui venaient en Égypte, avec Yaakov, chacun et sa maison ils vinrent. » Ce livre aurait dû commencer par « élé shemot » sans vav, comme le livre « élé ha-devarim » ; mais la lettre vav est venue pour lier le sujet, car le sujet est lié à ce qui précède dans la section « Vayigash élav », où il a mentionné « Et voici les noms des fils d’Israël qui venaient en Égypte », Yaakov et ses fils ; et elle vient enseigner que le sujet est un, bien qu’il s’agisse de deux livres ; et les ayant dénombrés là de leur vivant, il les a dénombrés de nouveau ici après leur mort, et c’est une élévation et un honneur pour eux, et pour faire connaître leur affection, selon leur dire de mémoire bénie qu’Israël a été comparé aux étoiles que l’on fait sortir par le nombre et que l’on fait rentrer par le nombre, comme il est dit (Isaïe 40) « Celui qui fait sortir leur armée par le nombre, Il les appelle tous par leur nom » ; c’est pourquoi il mentionne toujours leurs noms et les répète tous par affection, de même que nous trouvons cinq fois « Israël » dans un seul verset.
הבאים. לשון רבוי מלשון (ישעיה כז) הבאים ישרש יעקב יציץ ופרח ישראל, ולפי שלא ירדו למצרים רק שבעים נפש והקב"ה צוה בהם את הברכה כענין שכתוב (שמות א) ובני ישראל פרו וישרצו וירבו ויעצמו במאד מאד לכך הזכיר בהן לשון הבאים המעיד על רבוי זרעם. מצרימה.
« Qui venaient. » Expression de multiplication, de l’expression (Isaïe 27) « dans les jours à venir Yaakov prendra racine, Israël fleurira et poussera » ; et comme seulement soixante-dix âmes descendirent en Égypte et que le Saint, béni soit-Il, ordonna sur elles la bénédiction, selon ce qui est écrit (Exode 1) « et les fils d’Israël furent féconds, pullulèrent, se multiplièrent et devinrent très, très forts », c’est pourquoi il a mentionné pour eux l’expression « qui venaient », qui témoigne de la multiplication de leur descendance. « En Égypte (Mitsraïma). »
היא המדינה עצמה כי מצרים שבכתוב הכונה בו ארץ מצרים וזה הכתוב מעיד על זה (במדבר כ) וירדו אבותינו מצרימה ונשב במצרים ימים רבים, ולא אמר ונשב שם, כי ירידת האבות אל המדינה עצמה והתישבותן של ישראל בארץ מצרים, וכן אמר ה' ליעקב (בראשית מו) אנכי ארד עמך מצרימה היא המדינה עצמה אשר שם הבירה למלך אבל לא נתישב שם כי אם בסביבותיה שנאמר וישב ישראל בארץ מצרים. את יעקב. עם, כמו את השמים ואת הארץ, על דרך הקבלה, וכן (שמות כ) כי ששת ימים עשה ה' את השמים ואת הארץ. איש וביתו באו.
C’est la cité elle-même, car « Mitsrayim » dans l’Écriture désigne le pays d’Égypte, et ce verset en témoigne (Nombres 20) « nos pères descendirent en Égypte (Mitsraïma) et nous demeurâmes en Mitsrayim de nombreux jours », et il n’a pas dit « et nous demeurâmes là », car la descente des pères fut vers la cité elle-même et l’installation d’Israël fut dans le pays d’Égypte ; et de même l’Éternel dit à Yaakov (Genèse 46) « Moi, je descendrai avec toi en Égypte (Mitsraïma) », c’est la cité elle-même où se trouve la capitale du roi, mais il ne s’y installa pas, sinon dans ses environs, comme il est dit « et Israël demeura dans le pays d’Égypte ». « Avec (et) Yaakov. » Avec (‘im), comme « le (et) ciel et la (et) terre », selon la voie de la Kabbale, et de même (Exode 20) « car en six jours l’Éternel fit le ciel et la terre ». « Chacun et sa maison ils vinrent. »
על דרך הפשט בא הכתוב ללמדנו כי לא נשאו השבטים מבנות מצרים כי עם נשותיהם באו שם, וע"ד הקבלה איש וביתו באו, איש על שם שכתוב (שמות טו) ה' איש מלחמה וביתו ובית דינו, ונרמז בכאן שארז"ל גלו למצרים שכינה עמהם.
Selon le peshat, le verset vient nous enseigner que les tribus ne prirent pas femmes parmi les filles d’Égypte, car c’est avec leurs femmes qu’ils vinrent là ; et selon la voie de la Kabbale, « chacun et sa maison ils vinrent » : « chacun » (ish), d’après ce qui est écrit (Exode 15) « l’Éternel est un homme (ish) de guerre », « et sa maison », et son tribunal (beit din) ; et il est fait allusion ici à ce que nos Sages de mémoire bénie ont dit : ils s’exilèrent en Égypte, la Shekhina avec eux.
ובמדרש ואלה שמות בני ישראל הבאים מצרימה והלא היום שמונים שנה באו, אלא כל שמונים שנה שהיה יוסף חי לא שעבדום ומשמת יוסף נתנו עליהם עול כבד שנאמר וישימו עליו שרי מסים לכך כתיב הבאים כאלו אותו היום באו.
Et dans le Midrash : « Et voici les noms des fils d’Israël qui venaient en Égypte » ; or voilà qu’aujourd’hui cela fait quatre-vingts ans qu’ils sont venus ! Mais pendant toutes les quatre-vingts années où Yossef vécut, ils ne les asservirent pas, et quand Yossef mourut ils mirent sur eux un joug lourd, comme il est dit « et ils placèrent sur lui des chefs de corvées » ; c’est pourquoi il est écrit « qui venaient », comme s’ils étaient venus ce jour-là.
ראובן שמעון לוי ויהודה יששכר זבולן ובנימן. הזכיר הששה הראשונים שהם בני לאה כסדר תולדותם, והיה ראוי שיזכיר לבנימן אחרון לכל אחיו כי הוא הקטן שבכלן, ומה שהזכירו שביעי מפני שהעולם השפל נחלק לשבעה אקלימים והאקלים השביעי הוא ארץ ישראל שהוא אמצע הישוב והיא הנקודה מזוגה מקור וחום יותר משאר הארצות מפני שהיא אמצעית לקצוות, ועל כן נכתב בנימן שביעי לרמוז על בית המקדש שבאקלים שביעי שהוא בחלקו של בנימן, ואע"פ שחכמי המחקר שסדרו האקלימים כתבו בקצת חבוריהם שארץ ישראל באקלים הרביעי הכל הולך אל מקום אחד, כי כיון שהארץ היא הנקודה ויש ג' אקלימים מכאן וג' אקלימים מכאן הנה היא רביעית לכל ג' וג' והיא אמצעית והיא שביעית וזה דמיון יום השבת שהוא אמצעי לימות השבוע והוא יום שביעי, ולא הוצרכו רז"ל להודיענו שהמאורות נתלו ביום רביעי כי אם לפרסם מעלת השבת.
« Reuven, Shim’on, Lévi et Yehouda, Yissakhar, Zevouloun et Binyamin. » Il a mentionné les six premiers, qui sont les fils de Léa, selon l’ordre de leur naissance, et il aurait dû mentionner Binyamin en dernier de tous ses frères, car il est le plus petit d’entre eux tous ; et s’il l’a mentionné septième, c’est parce que le monde inférieur se divise en sept climats, et le septième climat est la terre d’Israël, qui est le milieu du monde habité, et elle est le point tempéré de froid et de chaleur plus que les autres pays, parce qu’elle est médiane entre les extrémités ; et c’est pourquoi Binyamin a été écrit septième, pour faire allusion au Beit Hamiqdash qui se trouve dans le septième climat, lequel est dans la part de Binyamin. Et bien que les sages de la recherche qui ont ordonné les climats aient écrit dans certains de leurs ouvrages que la terre d’Israël est dans le quatrième climat, tout revient au même, car puisque la terre est le point et qu’il y a trois climats d’un côté et trois climats de l’autre, elle est quatrième pour chaque groupe de trois et médiane, et elle est septième ; et c’est à l’image du jour du Shabbat, qui est médian parmi les jours de la semaine et qui est le septième jour ; et nos Sages de mémoire bénie n’avaient besoin de nous faire connaître que les luminaires furent suspendus le quatrième jour que pour faire connaître l’élévation du Shabbat.
וידוע כי ערב שבת מתחיל מיום רביעי, וכאשר תחשוב יום רביעי חמישי וששי מלפני השבת ויום ראשון ושני ושלישי מאחרי השבת הנה שבת שהוא שביעי אמצעי גם רביעי לכל השלשה.
Et il est connu que la veille du Shabbat commence dès le quatrième jour ; et quand tu comptes le quatrième, le cinquième et le sixième jour avant le Shabbat, et le premier, le deuxième et le troisième jour après le Shabbat, voici que le Shabbat, qui est septième et médian, est aussi quatrième par rapport à chacun des groupes de trois.
וכן בית המקדש שבאקלים הזה אמצעי ושביעי, והזכיר יוסף באחרונה לשני טעמים האחד כדי שלא ישתררו בני הגבירות על בני השפחות, ועל כן נכתבו דן ונפתלי גד ואשר שהם בני השפחות באמצע בין בנימן ויוסף, והשני מפני שיוסף היה גדול שבכלן במעלה וכבוד לכן הזכירו באחרונה דרך שפלות, כי כן דרך הצדיקים כל זמן שהקב"ה מוסיף להם כבוד וגדולה הם מוסיפים בעצמם שפלות וענוה, שכן מצינו ביהושע בן נון אחר שסמך משה רבינו ע"ה את ידיו עליו ונתמנה פרנס על ישראל בחייו של משה מה כתיב שם (דברים ל״ב:מ״ד) וידבר משה את כל דברי השירה הזאת באזני העם הוא והושע בן נון, הזכיר הכתוב הושע ללמדך שלא נתגאה בסבת מעלתו אלא השפיל את עצמו.
Et de même le Beit Hamiqdash qui est dans ce climat est médian et septième. Et il a mentionné Yossef en dernier pour deux raisons : la première, afin que les fils des maîtresses ne dominent pas les fils des servantes, et c’est pourquoi Dan et Naftali, Gad et Asher, qui sont les fils des servantes, furent écrits au milieu entre Binyamin et Yossef ; et la seconde, parce que Yossef était le plus grand de tous en élévation et en honneur, c’est pourquoi il l’a mentionné en dernier par humilité, car telle est la voie des justes : chaque fois que le Saint, béni soit-Il, leur ajoute honneur et grandeur, ils ajoutent eux-mêmes humilité et modestie, comme nous le trouvons chez Yehoshoua’ fils de Noun : après que Moshé notre maître, paix sur lui, eut posé ses mains sur lui et qu’il eut été nommé chef d’Israël du vivant de Moshé, qu’est-il écrit là (Deutéronome 32,44) « et Moshé dit toutes les paroles de ce cantique aux oreilles du peuple, lui et Hoshéa’ fils de Noun » ; l’Écriture a mentionné Hoshéa’ pour t’enseigner qu’il ne s’enorgueillit pas à cause de son élévation mais s’abaissa lui-même.
ובמדרש ראובן שמעון לוי ויהודה, כל השבטים כלן על שם הגאולה נקראו, ראובן (שמות ג׳:ז׳) ראה ראיתי את עני עמי, שמעון(שם ב) וישמע אלהים את נאקתם, לוי (זכריה ב׳:ט״ו) ונלוו גוים רבים אל ה', יהודה (ישעיהו י״ב:א׳) אודך ה' כי אנפת בי, יששכר (ירמיהו ל״א:ט״ז) כי יש שכר לפעולתך, זבולן (מלכים א ח׳:י״ג) בנה בניתי בית זבול לך, בנימן (ישעיהו ס״ב:ח׳) נשבע ה' בימינו, דן (בראשית ט״ו:י״ד) וגם את הגוי אשר יעבדו דן אנכי, נפתלי על שם (שיר השירים ד׳:י״א) נפת תטופנה שפתותיך, גד על שם (במדבר י״א:ז׳) והמן כזרע גד הוא, אשר על שם (מלאכי ג׳:י״ב) ואשרו אתכם כל הגוים כי תהיו אתם ארץ חפץ, ויוסף על שם (ישעיהו י״א:י״א) יוסיף ה' שנית ידו, כך דרשו בתנחומא וי"ב שבטים אלו מפני שעתידין שיעלו לששים רבוא בגאולת מצרים תמצא ראשי אותיות שלהן עולים ששים רבוא פחות ג' אלפים ואין לוי בכללם שאינו בכלל פקודי בני ישראל,
Et dans le Midrash : « Reuven, Shim’on, Lévi et Yehouda » : toutes les tribus furent appelées d’après la délivrance : Reuven : (Exode 3,7) « j’ai vu, j’ai vu l’affliction de mon peuple » ; Shim’on : (ibid. 2) « et Dieu entendit leur gémissement » ; Lévi : (Zacharie 2,15) « et de nombreuses nations se joindront (ve-nilvou) à l’Éternel » ; Yehouda : (Isaïe 12,1) « je Te louerai (odekha), Éternel, car Tu t’étais irrité contre moi » ; Yissakhar : (Jérémie 31,16) « car il y a un salaire (sakhar) pour ton œuvre » ; Zevouloun : (1 Rois 8,13) « j’ai bâti, j’ai bâti une maison d’habitation (zevoul) pour Toi » ; Binyamin : (Isaïe 62,8) « l’Éternel a juré par sa droite (bi-yemino) » ; Dan : (Genèse 15,14) « et aussi la nation qu’ils serviront, Moi Je la jugerai (dan) » ; Naftali, d’après (Cantique des Cantiques 4,11) « tes lèvres distillent du miel (nofet) » ; Gad, d’après (Nombres 11,7) « et la manne était comme la graine de coriandre (gad) » ; Asher, d’après (Malachie 3,12) « et toutes les nations vous diront heureux (ve-ishrou) car vous serez un pays de délices » ; et Yossef, d’après (Isaïe 11,11) « l’Éternel ajoutera (yossif) une seconde fois sa main » : ainsi ont expliqué dans le Tan’houma. Et ces douze tribus, du fait qu’elles s’élèveront un jour à six cent mille lors de la délivrance d’Égypte, tu trouves que les initiales de leurs noms font six cent mille moins trois mille, et Lévi n’en fait pas partie, car il n’est pas compris dans les recensés des fils d’Israël,
וכך דרשו בפסיקתא אם מבקש אתה לידע כמה מנינן של ישראל טול ראשי אותיות השבטים ואתה יודע מנינם, רי"ש של ראובן מאתן אלפין, שי"ן של שמעון תלת מאה אלפין, נו"ן של נפתלי חמשין אלפין, וכן כל השאר נמצא שעולים ששים רבוא פחות ג' אלפים, ואותם ג' אלפים שהם חסרים הם שנפלו בעגל, ובתנחומא דרשו כן בפרשת כי תשא.
et ainsi ont expliqué dans la Pesiqta : si tu veux savoir quel est le dénombrement d’Israël, prends les initiales des tribus et tu connais leur nombre : le resh de Reuven, deux cents milliers ; le shin de Shim’on, trois cents milliers ; le noun de Naftali, cinquante milliers ; et de même tous les autres ; il se trouve qu’ils font six cent mille moins trois mille, et ces trois mille qui manquent sont ceux qui périrent lors de la faute du Veau d’or ; et dans le Tan’houma ils ont expliqué ainsi dans la section Ki Tissa.
ויהי כל נפש. בהרבה מקומות מן הכתוב מצינו שמכנה גוף האדם נפש כענין שכתוב (ויקרא ד׳:ב׳) נפש כי תחטא, שבאורו על גוף האדם כי החטא איננו מצד הנפש, וכן בכאן הכונה בנפש שהוא גוף, וע"כ אמר יוצאי ירך יעקב שבעים נפש ויוסף, עם יוסף שהיה במצרים, וידוע כי במצרים היה אך מפני שהגאולה העתידה תהיה בדמיון גאולת מצרים על כן ירמוז כי תחלת גלות ראשון היו שבעים נפש, ובסוף בגלות אחרון עתידים לירש שבעים אומות, זהו שאמר ויוסף היה במצרים, הזכיר יוסף באחרונה לרמוז על משיח בן יוסף העתיד לבא באחרונה לגאול את ישראל.
« Et toute âme fut. » À de nombreux endroits de l’Écriture nous trouvons qu’il désigne le corps de l’homme par « nefesh », selon ce qui est écrit (Lévitique 4,2) « une âme (nefesh) qui péchera », dont l’explication porte sur le corps de l’homme, car le péché ne vient pas du côté de l’âme ; et de même ici l’intention de « nefesh » est le corps, et c’est pourquoi il a dit « sortis de la cuisse de Yaakov, soixante-dix âmes (nefesh) et Yossef », avec Yossef qui était en Égypte ; et il est connu qu’il était en Égypte, mais puisque la délivrance future sera à l’image de la délivrance d’Égypte, c’est pourquoi il fait allusion que le commencement du premier exil fut de soixante-dix âmes, et qu’à la fin, dans le dernier exil, ils hériteront les soixante-dix nations ; c’est ce qu’il a dit « et Yossef était en Égypte » ; il a mentionné Yossef en dernier pour faire allusion au Machia’h fils de Yossef qui doit venir en dernier pour délivrer Israël.
וימת יוסף וכל אחיו וכל הדור ההוא. ראובן נולד בי"ד בכסלו ומת בן קכ"ה שנים, שמעון נולד בכ"א טבת ומת בן ק"כ שנים. לוי נולד בי"ו בניסן ומת בן קל"ז שנים, יהודה נולד בט"ו בסיון ומת בן קי"ט שנים, דן נולד ט' אלול ומת בן קכ"ה שנים, נפתלי נולד ה' בתשרי ומת בן קל"ג שנה, גד נולד י' במרחשון ומת בן קכ"ה שנה, אשר נולד כ' בשבט ומת בן קכ"ג שנים, יששכר נולד י' באב ומת בן קכ"ב שנה, זבולן נולד ז' בתשרי ומת בן קי"ד שנה, יוסף נולד אחד בתמוז ומת בן ק"י שנה, בנימן נולד י"א במרחשון ומת בן ק"ט שנה, באדר ובאייר לא נולדו נשתיירו לאפרים ולמנשה, מצאתי במדרש תדשא.
« Et Yossef mourut, ainsi que tous ses frères et toute cette génération. » Reuven naquit le 14 Kislev et mourut à 125 ans ; Shim’on naquit le 21 Tévet et mourut à 120 ans. Lévi naquit le 16 Nissan et mourut à 137 ans ; Yehouda naquit le 15 Sivan et mourut à 119 ans ; Dan naquit le 9 Eloul et mourut à 125 ans ; Naftali naquit le 5 Tishri et mourut à 133 ans ; Gad naquit le 10 Marchevan et mourut à 125 ans ; Asher naquit le 20 Shevat et mourut à 123 ans ; Yissakhar naquit le 10 Av et mourut à 122 ans ; Zevouloun naquit le 7 Tishri et mourut à 114 ans ; Yossef naquit le 1er Tamouz et mourut à 110 ans ; Binyamin naquit le 11 Marchevan et mourut à 109 ans ; en Adar et en Iyar aucun ne naquit, ils restèrent pour Ephraïm et Menashé ; je l’ai trouvé dans le Midrash Tadshé.
וימת יוסף וכל אחיו וכל הדור ההוא. דרשו רז"ל אע"פ שמת יוסף אלהיהם קיים שנאמר וימת יוסף, וסמיך ליה ובני ישראל פרו וישרצו וירבו ויעצמו במאד מאד, למדך הכתוב שקודם השעבוד נשתלחה בהם ברכה זו שריצה ועצימה, ואחר שהתחיל השעבוד נפחת מהשריצה והעצימה ונשאר בהם הפריה ורביה, וזהו שאמר וכאשר יענו אותו כן ירבה וכן יפרוץ.
« Et Yossef mourut, ainsi que tous ses frères et toute cette génération. » Nos Sages de mémoire bénie ont expliqué : bien que Yossef soit mort, leur Dieu est vivant, comme il est dit « et Yossef mourut », et il est juxtaposé à : « et les fils d’Israël furent féconds, pullulèrent, se multiplièrent et devinrent très, très forts » ; l’Écriture t’enseigne qu’avant l’asservissement cette bénédiction de pullulement et de force leur fut envoyée, et après que l’asservissement commença, le pullulement et la force diminuèrent et resta en eux la fécondité et la multiplication ; et c’est ce qu’il a dit « mais plus on les accablait, plus ils se multipliaient et plus ils se propageaient ».
ובמדרש ובני ישראל פרו וישרצו, פרו מאי רבותייהו ת"ל וישרצו ששה בכרס אחד, כשרצים הללו, יכול נמוכים כשרצים ת"ל וירבו בעלי קומה, יכול חלשים ת"ל ויעצמו. במאד מאד, במאד בעולם הזה מאד בעוה"ב שנאמר (ישעיהו מ״ט:כ״א) ואמרת בלבבך מי ילד לי את אלה.
Et dans le Midrash : « et les fils d’Israël furent féconds et pullulèrent » : « furent féconds », quelle est leur supériorité ? L’Écriture dit « et pullulèrent » : six dans un même ventre, comme les reptiles (sheratsim). On pourrait croire qu’ils étaient petits comme les reptiles ; l’Écriture dit « et se multiplièrent » : de haute stature. On pourrait croire qu’ils étaient faibles ; l’Écriture dit « et devinrent forts ». « Très, très » : « très » en ce monde, « très » dans le monde à venir, comme il est dit (Isaïe 49,21) « et tu diras dans ton cœur : qui m’a enfanté ceux-ci ? »
ויקם מלך חדש. נחלקו רז"ל בזה יש מהם שאומרים חדש ממש ויש אומרים שנתחדשו גזרותיו. ונראה לפרש כי המלך הזה נולד בזמן שהיה יוסף בבית האסורים הוא שכתוב עליו (בראשית מ׳:כ׳) יום הולדת את פרעה, כלומר יום שנולד בו פרעה כי קרא המלך שם בנו כשמו, ויהיה כדברי האומר חדש ממש וזהו שאמר אשר לא ידע את יוסף כי לא ידעו ולא הכירו כלל כי הוא בן המלך הראשון הזקן.
« Et il se leva un roi nouveau. » Nos Sages de mémoire bénie ont divergé à ce sujet : certains d’entre eux disent réellement nouveau, et certains disent que ses décrets furent renouvelés. Et il semble qu’il faille expliquer que ce roi naquit au temps où Yossef était en prison, c’est celui dont il est écrit (Genèse 40,20) « le jour de la naissance de Pharaon », c’est-à-dire le jour où naquit Pharaon, car le roi donna à son fils son propre nom ; et cela s’accorde avec celui qui dit « réellement nouveau », et c’est ce qu’il a dit « qui ne connaissait pas Yossef » : car il ne le connaissait ni ne le reconnaissait aucunement, car il est le fils du premier roi, le vieux.
ובמדרש אשר לא ידע את יוסף, כל הכופר בטובתו של חברו סופו שיכפור בטובתו של הקב"ה שהרי כתיב אשר לא ידע את יוסף ובסוף אמר (שמות ה) לא ידעתי את ה', משל למה הדבר דומה לאדם שרגם איקונין של דוכוס אמר המלך התיזו את ראשו למחר עושה בי כן, והמדרש הזה נוטה למי שאומר נתחדשו גזרותיו.
Et dans le Midrash : « qui ne connaissait pas Yossef » : quiconque renie le bienfait de son prochain finit par renier le bienfait du Saint, béni soit-Il, car il est écrit « qui ne connaissait pas Yossef » et à la fin il a dit (Exode 5) « je ne connais pas l’Éternel » ; une parabole : à quoi cela ressemble-t-il ? À un homme qui lapida une effigie d’un duc ; le roi dit : décapitez-le, car demain il me fera de même. Et ce Midrash penche vers celui qui dit que ses décrets furent renouvelés.
הבה נתחכמה לו. יש חכמה טובה ויש חכמה רעה, החכמה בתורה ובמוסר היא חכמה טובה והחכמה בעניני ערמימות היא חכמה רעה, וזה התחכמות לא חכמה כי לא אמר הבה נחכמה ואמר הכתוב (קהלת ז׳:ט״ז) אל תתחכם יותר, הזהיר על ההתחכמות הזה שהוא מן החכמה הזאת, כי לא אמר אל תחכם יותר, וההתכחמות הזה הוא שבאו עליהם המצריים בעלילות, תחלה בממונם הוא שכתוב וישימו עליו שרי מסים, העלה עליהם מס כבד והיה מראה להם כי אין זה מצד איבה כי דרך מלכי הארץ להטיל מס על אנשיהם, ואח"כ גזר עליהם שעבוד בגופן הוא שכתוב ויעבידו מצרים את בני ישראל בפרך,
« Allons, usons de sagesse envers lui. » Il y a une bonne sagesse et une mauvaise sagesse : la sagesse dans la Torah et dans la morale est une bonne sagesse, et la sagesse en matière de ruses est une mauvaise sagesse, et ceci est une « ruse » (hit’hakmout) et non une sagesse, car il n’a pas dit « allons, soyons sages » ; et l’Écriture a dit (Ecclésiaste 7,16) « ne te fais pas trop sage (al tit’hakam) », avertissant sur cette ruse qui relève de cette sagesse, car il n’a pas dit « ne sois pas trop sage » ; et cette ruse est celle par laquelle les Égyptiens vinrent contre eux avec des prétextes, d’abord sur leur argent, c’est ce qui est écrit « et ils placèrent sur lui des chefs de corvées » : il leur imposa un lourd impôt et leur montrait que cela ne venait pas d’hostilité, car c’est l’usage des rois de la terre d’imposer un impôt à leurs sujets ; et ensuite il décréta contre eux l’asservissement dans leurs corps, c’est ce qui est écrit « et les Égyptiens firent travailler les fils d’Israël avec rigueur (parekh) »,
הפקיר פרעה את ישראל שכל אחד ואחד מהמצריים יהיה לו רשות לקחת מישראל לעבוד עבודתו זהו שאמר בפרך, והפרך הזה הוא שהיו מעבידים אותם שיביאו העפר ויעשו החומר והלבנים ושיבנו הבנין ולא היו נותנין להן אלא התבן ואחר כך הוסיף בגזרה ומנע מהם התבן שנאמר (שמות ה׳:י״ח) ותבן לא ינתן לכם ותכן לבנים תתנו, ואח"כ הוסיף בגזרה ומררו את חייהם בעול כבד ונמאס יותר מזה, וזה שכתוב וימררו את חייהם בעבודה קשה בחומר ובלבנים ובכל עבודה בשדה, כלומר מלבד עבודת פרך שהזכיר בכתוב הראשון שהיא עבודה קשה בחומר ובלבנים עוד מררו את חייהם בכל עבודה בשדה, והעבודה בשדה היא חפירת המקומות בשדותם והוצאת הזבלים, וזהו שאמר את כל עבודתם, כלומר מלבד עבודתם אשר עבדו בהם בפרך.
Pharaon livra Israël à l’arbitraire, autorisant chaque Égyptien à prendre un Israélite pour le faire travailler à son service, c’est ce qu’il a dit « avec rigueur » ; et cette rigueur est qu’ils les faisaient travailler pour qu’ils apportent la terre, fassent le mortier et les briques et construisent l’édifice, et ils ne leur donnaient que la paille ; puis il ajouta au décret et leur retira la paille, comme il est dit (Exode 5,18) « et la paille ne vous sera pas donnée, mais vous livrerez la quantité de briques » ; puis il ajouta au décret et ils rendirent leur vie amère par un joug lourd et plus répugnant que cela, et c’est ce qui est écrit « et ils rendirent leur vie amère par un dur travail, avec le mortier et les briques et par tout travail des champs », c’est-à-dire : outre le travail de rigueur mentionné dans le premier verset, qui est un dur travail du mortier et des briques, ils rendirent encore leur vie amère par tout travail des champs ; et le travail des champs est le creusement des lieux dans leurs champs et le transport des fumiers, et c’est ce qu’il a dit « tout leur travail », c’est-à-dire en plus de leur travail dans lequel ils les firent travailler avec rigueur.
והנה פרעה הרשע כוון בכל מיני ענוין אלה להתיש כחם של ישראל ולהמעיט זרעם שלא יפרו וירבו שהרי היגיעה מתשת כחו של אדם וממעטת הזרע, ולפי שראה שלא היו מתמעטין בכל זה אבל היו מתרבין כמו שנאמר וכאשר יענו אותו כן ירבה, לפיכך גזר עליהם הריגה, וידוע כי אלו רצה לצוות להרגם כאחד היה אפשר לו זה, אבל מפני שיהיה הענין בגידה גדולה שיהרוג מלך את אנשיו אשר באו לדור בארצו על אמונתו ותהיה זאת למלך לחרפה בתוך העמים, על כן לא רצה להרגם בפרהסיא אבל רצה להתחכם עליהם להאבידם בסתר ובחשאי ושלא יודע החמס הנעשה בהם, ולפיכך צוה הדבר לשתי הנשים המילדות שיהרגו את הזכרים על האבנים וזהו שכתוב ויאמר מלך מצרים למילדות וגו' אם בן הוא והמתן אותו, וצוה עליהן שיסתירו הענין ולא יגלה זה לשום אדם כדי שיהיה הדבר סוד מן הכל אין צריך לומר מן המצריים אשר יחוש להם יותר אלא אפילו מישראל ואפילו היולדות אמות הילדים בעצמן, שהרי אפשר למילדת לטעון ליולדת כך נולד מת.
Et voici que le méchant Pharaon visa par toutes ces sortes d’affliction à affaiblir la force d’Israël et à diminuer leur descendance afin qu’ils ne soient pas féconds ni ne se multiplient, car la fatigue affaiblit la force de l’homme et diminue la semence ; et comme il vit qu’ils ne diminuaient pas par tout cela mais se multipliaient, comme il est dit « mais plus on les accablait, plus ils se multipliaient », c’est pourquoi il décréta contre eux le meurtre ; et il est connu que s’il avait voulu ordonner de les tuer ensemble, cela lui eût été possible, mais parce que l’affaire serait une grande trahison — qu’un roi tue ses gens qui sont venus habiter dans son pays en se fiant à lui — et que ce serait pour le roi un opprobre parmi les nations, c’est pourquoi il ne voulut pas les tuer publiquement mais voulut user de ruse envers eux pour les faire périr en secret et dans la discrétion, afin que la violence exercée contre eux ne fût pas connue ; et c’est pourquoi il ordonna la chose aux deux sages-femmes de tuer les garçons sur les pierres, et c’est ce qui est écrit « et le roi d’Égypte dit aux sages-femmes, etc. : si c’est un garçon, faites-le mourir » ; et il leur ordonna de cacher l’affaire et de ne la révéler à aucun homme, afin que la chose fût un secret pour tous, sans parler des Égyptiens dont il avait davantage à se préoccuper, mais même d’Israël, et même des parturientes, mères des enfants elles-mêmes, car la sage-femme peut dire à la parturiente : il est né ainsi, mort.
וכאשר ראה פרעה שגברה על המילדות יראת ה' יתברך יותר מיראת המלך והיו מחיות את הזכרים וההתחכמות הזה לא שוה לו הוצרך לגלות הענין למצריים וזהו שכתוב ויצו פרעה לכל עמו וגו', ועדיין ישראל לא היו יודעים בזה כלל כי כשהיה ישראל אבי הילד מתרעם אל המלך או אל השופט אומרים לו הבא עדים ואעשה לך נקמה, ואח"כ נתפרסם הענין לכל העולם ואפילו לישראל והיתה הגזרה גלויה לכל המצריים היו נכנסים בבתים במצות המלך ומחפשים הילדים בלילות פן יצפינו אותם אמותיהם וזהו שכתוב ולא יכלה עוד הצפינו וגו', למדך הכתוב שכל אשה ואשה מנשי ישראל חדשי עבורה נודעים למצריים החוקרים מצד המלכות כי יחקרו הדבר ודבר לא יכחד מן המלך והיו באים במלאת ימיה ללדת עד שאלו רצתה להצפין את בנה אין לה רשות.
Et quand Pharaon vit que la crainte de l’Éternel, béni soit-Il, l’emportait chez les sages-femmes sur la crainte du roi, et qu’elles faisaient vivre les garçons, et que cette ruse ne lui servait à rien, il dut révéler l’affaire aux Égyptiens, c’est ce qui est écrit « et Pharaon ordonna à tout son peuple, etc. », et encore Israël ne savait absolument pas cela, car lorsqu’un Israélite, père de l’enfant, se plaignait auprès du roi ou du juge, on lui disait : amène des témoins et je te rendrai justice ; et ensuite l’affaire fut rendue publique au monde entier, même à Israël, et le décret fut manifeste à tous les Égyptiens ; ils entraient dans les maisons par ordre du roi et cherchaient les enfants la nuit de peur que leurs mères ne les cachent, et c’est ce qui est écrit « et elle ne put plus le cacher, etc. » ; l’Écriture t’enseigne que pour chaque femme d’Israël, les mois de sa grossesse étaient connus des Égyptiens investigateurs de la part du pouvoir, car ils enquêtaient sur la chose et nulle chose n’était cachée au roi, et ils venaient quand ses jours pour enfanter étaient accomplis, de sorte que si elle voulait cacher son fils, elle n’en avait pas la permission.
והנה כל ההתחכמות הזאת שעשו בנסתר ובנגלה לא הועיל להם כלום והיתה הברכה משתלחת בזרעם ברבוי גדול כצמח השדה, הוא שכתוב וכאשר יענו אותו כן ירבה וכן יפרוץ וכן אמר הנביא (יחזקאל ט״ז:ז׳) רבבה כצמח השדה נתתיך ותרבי ותגדלי, ואע"פ שהשליכו בניהם ליאור הנה המושיע נצל בסבה מאת ה' יתברך כי לה' התשועה וההצלחה וכל הסבות מאתו, והוא יתברך הפר עצתם והאביד חכמתם כענין שכתוב (ישעיהו מ״ד:כ״ה) משיב חכמים אחור ודעתם יסכל. וכמו כן יארע לנו בגלותנו זה בכל דור ודור חושבים עלינו מחשבות רעות והם מתחכמים להאבידנו מן העולם, ואין לאל ידם כי לא כן מחשבות הש"י וכמו שדרשו רז"ל וכאשר יענו אותו כן ירבה אמר הקב"ה אתם אומרים פן ירבה ואני אומר כן ירבה.
Et voici que toute cette ruse qu’ils firent en cachette et ouvertement ne leur servit à rien, et la bénédiction fut envoyée à leur descendance en grande multiplication comme l’herbe des champs, c’est ce qui est écrit « mais plus on les accablait, plus ils se multipliaient et plus ils se propageaient », et ainsi dit le prophète (Ézéchiel 16,7) « je t’ai faite myriade comme l’herbe des champs, tu as crû et grandi » ; et bien qu’ils aient jeté leurs fils dans le fleuve, le sauveur fut sauvé par une cause venue de l’Éternel, béni soit-Il, car à l’Éternel appartiennent le salut et la réussite et toutes les causes viennent de Lui, et Il, béni soit-Il, a rompu leur conseil et fait périr leur sagesse, selon ce qui est écrit (Isaïe 44,25) « Il fait reculer les sages et rend leur savoir insensé ». Et de même il nous arrive dans notre exil, de génération en génération, qu’on pense contre nous de mauvaises pensées et qu’on use de ruse pour nous faire disparaître du monde, mais ils n’en ont pas le pouvoir, car les pensées du Nom, béni soit-Il, ne sont pas ainsi, et comme nos Sages de mémoire bénie l’ont expliqué : « mais plus on les accablait, plus ils se multipliaient » : le Saint, béni soit-Il, a dit : vous dites « de peur qu’ils ne se multiplient », et Moi Je dis « ainsi ils se multiplieront ».
ואמרו במדרש תהלים (מזמור ט) למנצח על מות לבן, האויב תמו חרבות לנצח, שאל פליפוס את רבי אלעשא לא כך אמר הנביא (מלאכי א׳:ד׳) כי תאמר אדום רוששנו ונשוב ונבנה חרבות כה אמר ה' אלהים המה יבנו ואני אהרוס, וכל מה שבנינו קיים, אמר לו לא דבר הכתוב כנגד הבנין אלא כנגד העצות שכל זמן שאתם יושבים בכל שנה ושנה וחושבים לכלותנו הוא הורס עצתכם, אמר לו חייך כך הוא אנו יושבין בכל שנה ושנה לכלותכם ואתי חד סב מבטל לן.
Et ils ont dit dans le Midrash des Psaumes (psaume 9) : « Au chef de chœur, sur mout laben », « l’ennemi, les ruines ont pris fin pour toujours » : Pilippos demanda à Rabbi El’asa : le prophète n’a-t-il pas dit (Malachie 1,4) « si Édom dit : nous avons été anéantis, nous reviendrons et rebâtirons les ruines, ainsi dit l’Éternel Dieu : eux bâtiront et Moi Je détruirai » ? Et tout ce que nous avons bâti subsiste ! Il lui dit : l’Écriture n’a pas parlé de la construction mais des projets : chaque fois que vous siégez, chaque année, et pensez à nous détruire, Il détruit votre projet. Il lui dit : par ta vie, c’est ainsi : nous siégeons chaque année pour vous détruire, et vient un vieillard qui nous l’annule.
וכשם שהרעו המצריים לישראל תחלה בממונם ואחר כך בגופם כך מדד להם הקב"ה מדה כנגד מדה ונפרע מהם תחלה בממונם הוא שכתוב (שמות ט׳:ו׳) וימת כל מקנה מצרים, ואחר כך נפרע מגופם שנאמר (שם) כי היה השחין בחרטמים ובכל מצרים אחר כך נפרע מהם במיתה שנאמר (שם יב) כי אין בית אשר אין שם מת.
Et de même que les Égyptiens firent d’abord du mal à Israël dans leur argent puis dans leur corps, ainsi le Saint, béni soit-Il, leur mesura mesure pour mesure et se vengea d’eux d’abord dans leur argent, c’est ce qui est écrit (Exode 9,6) « et tout le bétail d’Égypte mourut » ; puis Il se vengea de leur corps, comme il est dit (ibid.) « car l’ulcère était sur les magiciens et sur tous les Égyptiens » ; puis Il se vengea d’eux par la mort, comme il est dit (ibid. 12) « car il n’y avait pas de maison où il n’y eût un mort ».
ובמדרש הבה נתחכמה לו לעם, הבה נתחכמה לו למלכו של עולם, אם נשרפם הם בני אברהם שנצל מכבשן האש, אם נהרגם הם בני יצחק שנצל מן החרב, אם נסקלם באבנים הם בני יעקב שנתעלה באבן, שנאמר (בראשית מ״ט:כ״ד) משם רעה אבן ישראל, ועוד מלכותם נמשלה לאבן, שנאמר ואבנא די מחת לצלמא הות לטור רב ומלאת כל ארעא, אלא נשליכם במים שהרי נשבע שלא יביא מבול לעולם לפיכך הטביעם במים שנאמר (שמות י״ח:י״א) כי בדבר אשר זדו עליהם בתבשיל שבשלו בו נתבשלו, וכן אמר הנביא (ישעיהו ס״ו:ד׳) גם אני אבחר בתעלוליהם ומגורותם אביא להם.
Et dans le Midrash : « Allons, usons de sagesse envers lui » — envers le peuple ; « allons, usons de sagesse » envers le Roi du monde : si nous les brûlons, ce sont les fils d’Avraham qui fut sauvé de la fournaise de feu ; si nous les tuons, ce sont les fils de Yitz’haq qui fut sauvé de l’épée ; si nous les lapidons, ce sont les fils de Yaakov qui fut élevé par une pierre, comme il est dit (Genèse 49,24) « de là, le berger, la pierre d’Israël » ; et de plus leur royauté fut comparée à une pierre, comme il est dit (Daniel 2,35) « et la pierre qui avait frappé la statue devint une grande montagne et remplit toute la terre » ; mais jetons-les dans l’eau, car Il a juré de ne pas amener de déluge sur le monde ; c’est pourquoi Il les noya dans l’eau, comme il est dit (Exode 18,11) « car dans la chose où ils avaient agi avec arrogance contre eux » — dans le plat qu’ils avaient cuit, ils furent cuits ; et ainsi dit le prophète (Isaïe 66,4) « moi aussi je choisirai leurs vexations et je ferai venir sur eux ce qu’ils craignent ».
ועלה מן הארץ. כנה הכתוב כי היה לו לומר ועלינו.
« Et il montera de la terre. » L’Écriture a usé d’une désignation indirecte, car il avait à dire « et nous monterons » (ve-alinou).
ובמדרש ועלה מן הארץ כל זמן שישראל בירידה התחתונה עולים זהו ועלה מן הארץ מתוך הירידה עליה, וכן אמר דוד ע"ה (תהילים מ״ד:כ״ז) דבקה לארץ בטננו וכתיב בתריה קומה עזרתה לנו.
Et dans le Midrash : « et il montera de la terre » : tant qu’Israël est dans la descente la plus basse, ils montent ; c’est « et il montera de la terre » : de la descente vient l’ascension ; et ainsi a dit David, paix sur lui (Psaumes 44,27) « notre ventre est collé à la terre », et il est écrit ensuite « lève-toi, sois notre secours ».
וימררו את חייהם. הנפש המדברת שהיא חיי הגוף כלשון (תהילים ק״ג:ד׳) הגואל משחת חייכי.
« Et ils rendirent amère leur vie. » L’âme parlante, qui est la vie du corps, selon l’expression (Psaumes 103,4) « Celui qui rachète ta vie de la fosse ».
גם יתכן שתהיה הכונה על הקב"ה שהוא חיי הנפש ומזה לא אמר הכתוב וימררו את נפשם, ואין לתמוה ע"ז שהרי בפירוש דרשו רז"ל כי לי בני ישראל עבדים, כל המשעבדן מלמטה כאלו משעבדן מלמעלה, ויותר מזה מצינו מקרא מלא (ישעיהו ס״ג:ט׳) בכל צרתם לא צר וכתיב (תהילים צ״א:ט״ו) עמו אנכי בצרה.
Il se peut aussi que l’intention porte sur le Saint, béni soit-Il, qui est la vie de l’âme, et c’est pourquoi l’Écriture n’a pas dit « et ils rendirent amère leur âme » ; et il n’y a pas à s’en étonner, car nos Sages de mémoire bénie ont expliqué expressément : « car à Moi les fils d’Israël sont serviteurs » : quiconque les asservit en bas, c’est comme s’il les asservissait en haut ; et plus que cela, nous trouvons un verset entier (Isaïe 63,9) « Dans toute leur détresse, Il était dans la détresse » et il est écrit (Psaumes 91,15) « Je suis avec lui dans la détresse ».
ויאמר מלך מצרים, ויאמר בילדכן. שני פעמים ויאמר מפני אריכות הלשון. או יהיה ויאמר האחד ספור הענין למילדות, השני אזהרה וצווי להן שיעשו כן. וטעם על האבנים המשבר שכורעות שם לילד נקרא אבנים על שם שירכותיה של יולדת מצטננות כאבנים, וכן נקרא משבר על שם שאבריה משתברים וכן תרגומו מתברא. ומלת האבנים יש להבין בו ה"א בנים ומזה דרשו רז"ל ששה בכרס אחד. ועוד תרמוז מלת האבנים מקום האבנים שהיא ה"א הראשונה שבשם וכבר הזכרתי מזה בפסוק (בראשית לח) והיה בכזיב.
« Et le roi d’Égypte dit », « et il dit : quand vous aiderez les femmes à accoucher ». Deux fois « et il dit » à cause de la longueur de l’expression. Ou bien le premier « et il dit » est le récit de l’affaire aux sages-femmes, le second un avertissement et un ordre pour qu’elles fassent ainsi. Et le sens de « sur les pierres (ha-avnayim) » : le siège d’accouchement (mishbar) où elles s’accroupissent pour enfanter est appelé « pierres » (avanim), parce que les hanches de la parturiente se refroidissent comme des pierres ; et de même il est appelé mishbar parce que ses membres se brisent (mishtabrim), et ainsi son targoum « mitbara ». Et dans le mot « ha-avnayim » il faut comprendre « hé, banim » (hé et fils), et de là nos Sages de mémoire bénie ont expliqué : six dans un même ventre. Et de plus, le mot « ha-avnayim » fait allusion au lieu des pierres, qui est le premier hé du Nom, et j’en ai déjà mentionné quelque chose au verset (Genèse 38,5) « et il fut à Kheziv ».
ויעש להם בתים. לשתי המילדות האלה הם יוכבד ומרים בתה, נקראת יוכבד שפרה שמשפרת הולד ונקראת מרים פועה על שם שפועה את הולד,
« Et il leur fit des maisons. » Aux deux sages-femmes, ce sont Yokheved et Miriam sa fille ; Yokheved est appelée Shifra parce qu’elle embellit (meshaperet) le nouveau-né, et Miriam est appelée Pou’a parce qu’elle parle doucement au nouveau-né pour l’apaiser (po’a),
ובאור הכתוב על דרך הפשט ויהי כאשר יראו המילדות את האלהים יותר מיראת המלך והיו מחיות את הזכרים ויעש להם בתים לישראל כלומר שהושיב להם שומרים והעמיד בית מצרי אחד בין שני בתים של ישראל כדי שלא יוכלו להסתיר הילדים מהם, וכן (שמות ט״ו:כ״א) ותען להם מרים חוזר לישראל לא לנשים היוצאות אחריה, ויש שפירשו בתים בתי כלאים שיהיו סגורות שם לעולם.
et l’explication du verset selon le peshat : et il advint que les sages-femmes craignirent Dieu plus que la crainte du roi et faisaient vivre les garçons, « et il fit des maisons » pour Israël, c’est-à-dire qu’il leur établit des gardes et plaça une maison égyptienne entre deux maisons d’Israël afin qu’ils ne puissent pas leur cacher les enfants ; et de même (Exode 15,21) « et Miriam leur répondit » se rapporte à Israël et non aux femmes qui sortaient derrière elle ; et certains ont expliqué « maisons » comme des maisons de détention, où elles seraient enfermées à jamais.
וע"ד המדרש ויעש להם בתים, ברכם בבתי אבות, בתי כהונה ולויה מיוכבד, ומלכות ממרים. וכן כתיב (תהילים קל״ה:י״ט-כ׳) בית אהרן ברכו את ה' בית הלוי ברכו את ה', ולפי המדרש הזה אין מלת ויעש חוזרת לפרעה רק אל האלהים, ומה שהזכיר ויצו פרעה ולא אמר ויצו לכל עמו, מוכיח על זה כי מלת ויעש חוזרת להש"י, ועל כן הוצרך להזכיר שם פרעה, ותחזור מלת להם למילדות, והיה לו לומר להן כי כן משפט הלשון בנקבות, וכן הזכיר למעלה ויאמר להן מדוע עשיתן, אבל מצינו כי הוא דרך הכתובים במקומות, כי כן מצינו (שמות ב׳:י״ז) ויבאו הרועים ויגרשום, ואחר כך הזכיר ויושיען וישק את צאנם,
Et selon la voie du Midrash : « Il leur fit des maisons » : Il les bénit de maisons paternelles, maisons de prêtrise et de lévitisme de Yokheved, et de royauté de Miriam. Et de même il est écrit (Psaumes 135,19-20) « maison d’Aharon, bénissez l’Éternel ; maison de Lévi, bénissez l’Éternel » ; et selon ce Midrash le mot « va-ya’as » ne se rapporte pas à Pharaon mais à Dieu (Elohim), et le fait qu’il ait mentionné « et Pharaon ordonna » et n’ait pas dit « et il ordonna à tout son peuple » prouve cela, car le mot « va-ya’as » se rapporte au Nom, béni soit-Il, et c’est pourquoi il fallut mentionner le nom de Pharaon ; et le mot « lahem » se rapporte aux sages-femmes, et il aurait dû dire « lahen », car tel est l’usage de la langue pour le féminin, et de même il a mentionné plus haut « et il leur dit (lahen) : pourquoi avez-vous fait ainsi » ; mais nous trouvons que c’est la manière des Écritures à certains endroits, car nous trouvons (Exode 2,17) « et les bergers vinrent et les chassèrent (va-yegarshoum) », et ensuite il a mentionné « et il les sauva (va-yoshi’an) et abreuva leur petit bétail »,
ואולי הטעם הזה כי המילדות האלה נתן להן הכתוב מעלת הזכרים בשכר המצוה שהן מתעסקות בה להחיות הזכרים, ולכך הזכיר בהן ב' לשונות לשון נקבה ולשון זכר, פעם להם פעם להן. ועוד מפני ששבט לוי כולל הכהונה והלויה שהם כנגד הרחמים והדין והבן זה.
et peut-être la raison est que l’Écriture a donné à ces sages-femmes le rang des hommes en récompense du commandement dont elles s’occupaient : faire vivre les garçons ; et c’est pourquoi il a employé pour elles deux expressions, féminine et masculine, tantôt « lahem », tantôt « lahen ». Et de plus, parce que la tribu de Lévi comprend la prêtrise et le lévitisme, qui correspondent à la miséricorde et au jugement ; et comprends-le.
ויקח את בת לוי. לוי ממש בן יעקב לא מיוחסת אליו. וסמך פרשת הגואל לפרשת השעבוד והגלות להורות שהזמין הקב"ה רפואה למכה. ואין לקוחין אלו תחלת נשואין שהרי כבר נולד אהרן קודם משה, ומה שסתם כאן חזר וגלה בסדר וארא, הוא שאמר (שמות ו׳:כ׳) ויקח עמרם את יוכבד דודתו לו לאשה ותלד לו את אהרן ואת משה ואין מוקדם ומאוחר בתורה.
« Et il prit la fille de Lévi. » Lévi lui-même, fils de Yaakov ; elle ne lui est pas simplement rattachée par la lignée. Et il a juxtaposé la section du libérateur à la section de l’asservissement et de l’exil pour enseigner que le Saint, béni soit-Il, a préparé le remède avant le coup. Et ce « prit » n’est pas le début du mariage, car Aharon était déjà né avant Moshé ; et ce qu’il a laissé indéterminé ici, il l’a répété et clarifié dans la section Vaéra, c’est ce qu’il a dit (Exode 6,20) « et ‘Amram prit Yokheved sa tante pour épouse et elle lui enfanta Aharon et Moshé », et il n’y a pas d’antérieur ni de postérieur dans la Torah.
אבל באור ויקח שהחזירה, לפי שפירש ממנה בגזרת כל הבן הילוד היאורה תשליכוהו, ודרשו רז"ל בת ק"ל שנה היתה יוכבד כשילדה למשה כיצד הרי הכתוב אומר אשר ילדה אותה ללוי במצרים, לידתה במצרים ואין הורתה במצרים, וישראל לא נשתעבדו במצרים אלא רד"ו שנה, וכתיב (שמות ז׳:ז׳) ומשה בן שמונים שנה בעמדו וגו', נמצאת כשילדה למשה היתה בת ק"ל שנה, ומה שקראה הכתוב בת, שנולדו לה סימני נערות.
Mais l’explication de « il prit » est qu’il la reprit, parce qu’il s’était séparé d’elle à cause du décret « tout fils qui naîtra, vous le jetterez dans le fleuve » ; et nos Sages de mémoire bénie ont expliqué : Yokheved avait cent trente ans quand elle enfanta Moshé ; comment ? Voici que l’Écriture dit (Nombres 26,59) « que celle-ci enfanta à Lévi en Égypte » : sa naissance fut en Égypte, mais sa conception ne fut pas en Égypte ; et Israël ne fut asservi en Égypte que 210 ans, et il est écrit (Exode 7,7) « et Moshé avait quatre-vingts ans quand il se tint, etc. » ; il se trouve que lorsqu’elle enfanta Moshé elle avait cent trente ans ; et si l’Écriture l’appelle « fille », c’est que lui étaient nés les signes de la jeunesse.
ותרא אותו כי טוב הוא. על דרך הפשט יאמר כי היה יפה אף נעים, ואפילו היה כעור דרך האם לרחם על בנה ולשמרו מן הסכנה ולהצפינו, ולא היה צריך הכתוב לומר בשביל זה כי טוב הוא, וע"כ הוצרכו ז"ל לעשות מדרש בזה כי יתרון הטובה שראתה בו הוא שנולד מהול, ודרשו בו עוד שנתמלא כל הבית אורה, כענין שנאמר (בראשית א׳:ד׳) וירא אלהים את האור כי טוב, וכן דרשו רז"ל באדם הראשון שהיה יציר כפיו של הקב"ה שבראו מהול.
« Et elle vit qu’il était bon. » Selon le peshat, on dit qu’il était beau et même agréable ; et même s’il avait été laid, c’est la manière de la mère d’avoir pitié de son fils, de le garder du danger et de le cacher, et l’Écriture n’avait pas besoin de dire pour cela « qu’il était bon » ; c’est pourquoi nos Sages de mémoire bénie durent faire un Midrash à ce propos : que l’excellence de bonté qu’elle vit en lui était qu’il naquit circoncis ; et ils ont encore expliqué que toute la maison fut remplie de lumière, selon ce qui est dit (Genèse 1,4) « et Dieu vit que la lumière était bonne » ; et de même nos Sages de mémoire bénie ont expliqué à propos du premier homme, qui fut l’œuvre des mains du Saint, béni soit-Il, qu’Il le créa circoncis.
וע"ד הקבלה כי טוב הוא היה מספיק לפי המדרש הזה שיאמר ותרא אותו כי טוב, כיון שהוציאו אותו מלשון וירא אלהים את האור כי טוב, אבל הוסיף מלת הוא כי הוא שמו של הקב"ה שנאמר (תהילים ק׳:ג׳) הוא עשנו ולא אנחנו, (ישעיהו מ״ב:ח׳) אני ה' הוא שמי.
Et selon la voie de la Kabbale : « ki tov hou » : il aurait suffi, selon ce Midrash, qu’il dise « et elle vit qu’il était bon (ki tov) », puisqu’ils l’ont tiré de l’expression « et Dieu vit que la lumière était bonne » ; mais il a ajouté le mot « hou » (il), car « Hou » est le nom du Saint, béni soit-Il, comme il est dit (Psaumes 100,3) « c’est Lui (hou) qui nous a faits et non nous-mêmes », (Isaïe 42,8) « Je suis l’Éternel, c’est (hou) mon nom ».
ומה שדרשו רז"ל בה"א נברא העולם הכונה בה"א וא"ו של השם, מפני שהשכינה כלולה מו' קצוות, וכמו שנרמז במזמור (תהילים קכ״א:א׳) אשא עיני אל ההרים שהזכיר שם דוד ע"ה ששה פעמים שמירה שהוא רמז לשכינה, ומפני שעיקר האותיות וקיומם היא האל"ף לא מצינו השם כי אם באל"ף, ולפיכך הזכיר כאן במשה כי טוב הוא רמז במלת כי טוב שנתמלא הבית אורה גם במה שהוסיף מלת הוא רמז לשכינה שראתה עמו, וזהו שדרשו רז"ל ותפתח ותראהו את הילד, ותרא מבעי ליה מלמד שראתה עמו שכינה, הרי לך מפורש שהוציאו לנו חכמי האמת רמז לשכינה מתוספת ה"א וא"ו של ותראהו, וכן אני אומר בתוספת כי טוב הוא שהרי הדין נותן אם בתיה בת פרעה זכתה לראות פני השכינה לכבוד משה כ"ש הצדקת אמו שתזכה לזה.
Et ce que nos Sages de mémoire bénie ont expliqué, que « par le hé le monde fut créé », l’intention est le hé et le vav du Nom, parce que la Shekhina est comprise des six extrémités ; et comme il est suggéré dans le psaume (Psaumes 121,1) « je lève mes yeux vers les montagnes », où David, paix sur lui, a mentionné six fois le mot « garde » (shemira), ce qui est une allusion à la Shekhina ; et parce que l’essentiel des lettres et leur subsistance est le alef, nous ne trouvons le Nom qu’avec le alef ; et c’est pourquoi il a mentionné ici à propos de Moshé « ki tov hou » : une allusion par les mots « ki tov » que la maison fut remplie de lumière, et aussi par ce qu’il a ajouté le mot « hou », une allusion à la Shekhina qu’elle vit avec lui ; et c’est ce que nos Sages de mémoire bénie ont expliqué : « et elle l’ouvrit et le vit (va-tir’ehou), l’enfant » : « va-tere » aurait suffi ; cela enseigne qu’elle vit avec lui la Shekhina ; voici donc que tu as explicitement que les sages de la vérité ont tiré une allusion à la Shekhina de l’addition d’un hé et d’un vav dans « va-tir’ehou » ; et de même je dis de l’addition de « ki tov hou », car le raisonnement donne que si Batya fille de Pharaon eut le mérite de voir la face de la Shekhina en l’honneur de Moshé, à plus forte raison la juste, sa mère, aura le mérite de cela.
ותצפנהו שלשה ירחים. בשבעה באדר נולד משה והמצריים המתינו לסוף ט' חדשים כדרך העולם והם כלים בו' בסיון ועל כן לא יכלה עוד הצפינו והזכיר ירחים ולא חדשים לפי שהם חדשי הלבנה שהם שני חסרים ואחד מלא וכשתחשוב כ"ט כ"ט ב' פעמים חסרים הרי נ"ח וחדש מלא של שלשים הרי שמונים ושמונה ימים וזהו נופל בששה בסיון הוא היום שנתנה בו התורה בו ביום הושלך ליאור, והגיד לך הכתוב כי ביום שנצטער ביאור בו נתעלה בשמים וקבל תורה מסיני וזהו שאמר דוד ע"ה (תהילים קל״ח:ג׳) ביום קראתי ותענני תרהיבני בנפשי עז.
« Et elle le cacha trois mois. » Moshé naquit le sept Adar, et les Égyptiens attendirent la fin de neuf mois selon l’usage du monde, et ils se terminent le six Sivan ; et c’est pourquoi « elle ne put plus le cacher » ; et il a mentionné « mois (yerakhim) » et non « ’hodashim » parce que ce sont des mois lunaires, qui sont deux déficients et un plein, et quand tu comptes vingt-neuf, vingt-neuf, deux fois déficients, voici cinquante-huit, et un mois plein de trente, voici quatre-vingt-huit jours, et cela tombe au six Sivan, qui est le jour où la Torah fut donnée ; ce jour-là il fut jeté dans le fleuve ; et l’Écriture te fait savoir que à la même date où il avait connu la détresse dans le fleuve, il fut plus tard élevé dans les cieux et reçut la Torah au Sinaï ; et c’est ce que David, paix sur lui, a dit (Psaumes 138,3) « le jour où j’ai appelé, tu m’as répondu, tu m’as fortifié l’âme avec force ».
ותקח לו תבת גמא. לו לתועלתו והצלתו ודבר חכמה עשתה יוכבד אמו ותחבולה גדולה שהניחתו על שפת היאור כדי שיראו אצטגניני פרעה ויאמרו כבר הושלך המושיע ביאור כי ידעו זה מכח אצטגנינותם ויגידו הדבר לפרעה ואז תבטל הגזרה כי לא יחקרו אם ימות אחר השלכתו ליאור אם לא ולא יחפשו אחריו. וזהו שדרשו רז"ל החוזים בכוכבים מודיעים לחדשים מאשר יבוא עליך ולא כל אשר. והנה האצטגינינים והחוזים אשר לפרעה הרשע כשל כח חכמתם ולא מצא ידיהם בחזיונם והקב"ה מציל מי שרוצה להציל.
« Et elle prit pour lui un coffret de jonc (gomé). » Pour lui, pour son profit et son salut ; et Yokheved sa mère fit une chose sage et un grand stratagème en le plaçant au bord du fleuve afin que les astrologues de Pharaon voient et disent : le sauveur a déjà été jeté dans le fleuve, car ils savaient cela par la force de leur astrologie et ils en informeraient Pharaon, et alors le décret serait annulé, car on n’enquêterait pas s’il mourrait après avoir été jeté dans le fleuve ou non et on ne le rechercherait pas. Et c’est ce que nos Sages de mémoire bénie ont expliqué : « ceux qui observent les étoiles, qui annoncent chaque mois une partie de ce qui viendra sur toi », « une partie, mais non tout » ; et voici que les astrologues et les devins de Pharaon le méchant, la force de leur sagesse défaillit et leur vision ne leur permit pas de parvenir à leurs fins, et le Saint, béni soit-Il, sauve qui Il veut sauver.
ותתצב אחותו מרחוק. על דרך הפשט זה מרים שהרי מרים נתנבאה עתידה אמי שתלד בן שמושיע את ישראל וזהו שאמר לדעת מה יעשה לו לדעת מה יהא בסוף נבואתה. וע"ד המדרש ותתצב אחותו זו שכינה ולמדך הכתוב כשהצדיק מצטער שכינה מזדמנת לו להצילו וכענין שכתוב (יונה ב׳:ג׳) קראתי מצרה לי אל ה' ויענני. ותכף שנצטער משה ביאור נזדמה לו מיד שכינה שעתידה ליתן תורה על ידו. וזהו שדרשו רז"ל ותתצב אחותו מרחוק פסוק זה כלו על שם השכינה נאמר ותתצב דכתיב (שמואל א ג׳:י׳) ויבא ה' ויתיצב.
« Et sa sœur se tint à distance. » Selon le peshat, c’est Miriam, car Miriam avait prophétisé : ma mère va enfanter un fils qui sauvera Israël ; et c’est ce qu’il a dit « pour savoir ce qu’on lui ferait » : pour savoir ce que serait la fin de sa prophétie. Et selon la voie du Midrash : « sa sœur se tint », c’est la Shekhina, et l’Écriture t’enseigne que lorsque le juste est dans la détresse, la Shekhina se tient à sa disposition pour le sauver, et comme il est écrit (Jonas 2,3) « de ma détresse j’ai appelé l’Éternel et Il m’a répondu ». Et dès que Moshé fut dans la détresse dans le fleuve, la Shekhina lui fut aussitôt présente, elle qui devait donner la Torah par son intermédiaire. Et c’est ce que nos Sages de mémoire bénie ont expliqué : « et sa sœur se tint à distance » : tout ce verset est dit au nom de la Shekhina : « va-tétatsav », comme il est écrit (1 Samuel 3,10) « et l’Éternel vint et se tint (va-yityatsev) ».
אחותו דכתיב (משלי לז) אמור לחכמה אחותי את, מרחוק דכתיב (ירמיהו ל״א:ג׳) מרחוק ה' נראה לי, לדעה דכתיב (שמואל א ב) כי אל דעות ה', מה דכתיב (דברים י׳:י״ב) מה ה' אלהיך שואל מעמך, יעשה דכתיב (שמואל ב י״ט:י״ד) כה יעשה לי אלהים, לו דכתיב (שופטים ו׳:כ״ד)ויקרא לו ה' שלום.
« Sa sœur », comme il est écrit (Proverbes 7,4) « dis à la sagesse : tu es ma sœur » ; « à distance », comme il est écrit (Jérémie 31,3) « de loin l’Éternel m’est apparu » ; « pour savoir » (lede’a), comme il est écrit (1 Samuel 2,3) « car l’Éternel est un Dieu de savoirs » ; « ce que », comme il est écrit (Deutéronome 10,12) « que demande de toi l’Éternel ton Dieu » ; « on lui ferait » (ye’assé), comme il est écrit (2 Samuel 19,14) « que Dieu me fasse ainsi » ; « lui » (lo), comme il est écrit (Juges 6,24) « et il l’appela : l’Éternel est paix ».
ותשלח את אמתה. דרשו רז"ל רבי יהודה ורבי נחמיה חד אמר ידה וחד אמר שפחתה מאן דאמר ידה ששים אמה נשתרבבה אמתה של בת פרעה, ויש בזה רמז בכתוב שאמרה בת פרעה כי מן המים משיתיהו יתיר הנו"ן ושתי ההי"ן כי היה הכתוב יכול לומר כי ממים משיתיו.
« Et elle envoya sa servante (amata). » Nos Sages de mémoire bénie ont expliqué : Rabbi Yehouda et Rabbi Nehemya : l’un dit « sa main » et l’autre dit « sa servante » ; celui qui dit « sa main » : le bras (amata) de la fille de Pharaon s’allongea de soixante coudées ; et il y a dans cela une allusion dans l’Écriture, dans ce que la fille de Pharaon a dit « car des eaux je l’ai tiré (meshitihou) », avec un nun et deux hé en plus, car l’Écriture aurait pu dire « ki mi-mayim meshitiv ».
ותחמול עליו. דרשו ז"ל בא גבריאל והכהו למשה כדי שיבכה ותמלא עליו רחמים.
« Et elle eut pitié de lui. » Nos Sages de mémoire bénie ont expliqué : Gavriel vint et frappa Moshé afin qu’il pleure et qu’elle soit remplie de pitié pour lui.
מינקת מן העבריות. למדך הכתוב שלא רצה משה לינק מן המצריות וכן דרשו רז"ל נטלתו והביאתו אצל המצריות ופסל את דדיהן אמר הקב"ה פה שעתיד לדבר עמי יינק מן המצריות הה"ד (ישעיהו כ״ח:ט׳) את מי יורה דעה ואת מי יבין שמועה גמולי מחלב עתיקי משדים.
« Une nourrice d’entre les Hébreues. » L’Écriture t’enseigne que Moshé ne voulut pas téter des Égyptiennes, et de même nos Sages de mémoire bénie ont expliqué : elle le prit et l’amena auprès des Égyptiennes et il refusa leurs seins ; le Saint, béni soit-Il, dit : la bouche qui doit parler avec Moi tètera-t-elle des Égyptiennes ? C’est ce qui est dit (Isaïe 28,9) « à qui enseignera-t-il le savoir et à qui fera-t-il comprendre l’enseignement ? À ceux qui viennent d’être sevrés du lait, à ceux qui viennent de quitter les mamelles ».
והינקהו לי. לבדו ולא אחר עמו מכאן אמרו רז"ל מי שמקבלת להניק בן חברתה לא תניק אחר עמו.
« Et allaite-le pour moi. » Lui seul et nul autre avec lui ; de là nos Sages de mémoire bénie ont dit : celle qui accepte d’allaiter le fils de sa compagne n’allaitera pas un autre avec lui.
ואני אתן את שכרך. לא דיין לצדיקים שמחזירין להם אבדתן אלא שנותנן להם שכר וכן מצינו במרדכי הצדיק לא די שהצילוהו הוא ועמו מן ההריגה, אלא שהלבישוהו לבוש מלכות תכלת וחור ועטרת זהב גדולה.
« Et moi je te donnerai ton salaire. » Il ne suffit pas aux justes qu’on leur rende leur objet perdu, mais on leur donne un salaire ; et ainsi nous trouvons chez Mordekhaï le juste : il ne suffit pas qu’ils le sauvèrent, lui et son peuple, de la mise à mort, mais ils le revêtirent d’un vêtement royal, de bleu et de lin, et d’une grande couronne d’or.
ויהי לה לבן. היתה בת פרעה מחבקתו ומנשקתו ולא היתה מוציאתו מפלטרין של מלך ואף פרעה היה מחבקו ומנשקו והיה משה נוטל כתרו מעל ראשו ומשליכו בארץ לאות מה שעתיד לעשות לו בסוף ויצא מתוך פלטרין של פרעה מי שאבד אותו ואת מלכותו ויצא אש מתוכו ושרפתו כענין שכתוב בחירם מלך צור שאמר לו הקב"ה (יחזקאל כ״ח:י״ח) ואוציא אש מתוכך היא אכלתך ואחנך לאפר על הארץ לעיני כל ראיך וכן לעתיד מתוך רומי עתיד לצאת שיחריב אותה מלך המשיח הוא שנתנבא ישעיה (ישעיהו כ״ו:ה׳) כי השח יושבי מרום קריה נשגבה ישפילנה ישפילה עד ארץ יגיענה עד עפר וכתיב (שם) תרמסנה רגל רגלי עני פעמי דלים, וכתיב (ישעיהו כ״ז:י׳) שם ירעה עגל ושם ירבץ וכלה סעיפיה.
« Et il fut pour elle un fils. » La fille de Pharaon l’embrassait et le baisait et ne le faisait pas sortir du palais du roi, et Pharaon aussi l’embrassait et le baisait, et Moshé prenait sa couronne de sur sa tête et la jetait à terre, en signe de ce qu’il devait lui faire à la fin ; et il sortit du palais de Pharaon, celui qui le fit périr, lui et sa royauté ; et un feu sortit de lui-même et le brûla, comme il est écrit au sujet de Hiram roi de Tyr, à qui le Saint, béni soit-Il, dit (Ézéchiel 28,18) « et Je ferai sortir un feu du milieu de toi, il te dévorera, et Je te réduirai en cendre sur la terre aux yeux de tous ceux qui te voient » ; et de même dans le futur, de Rome sortira celui qui la détruira, le roi Machia’h ; c’est ce que prophétisa Yesha’yahou (Isaïe 26,5) « car Il a abaissé les habitants de la hauteur, la ville élevée, Il l’abaissera, Il l’abaissera jusqu’à terre, Il la fera toucher la poussière » ; et il est écrit (ibid.) « le pied la foulera, les pieds du pauvre, les pas des misérables » ; et il est écrit (Isaïe 27,10) « là paîtra le veau, là il se couchera et il consumera ses rameaux ».
ותקרא שמו משה. זכתה בזה בתיה בת פרעה שנקבע לו לעולם אותו שם שקראתו היא על שם הנס שנעשה בו במשה שהוציאתו מן המים וניצל מן המיתה ונתן הקב"ה כן בלבה ולא קראו הקב"ה בשם אחר אלא בו.
« Et elle l’appela du nom de Moshé. » Batya fille de Pharaon eut ce mérite que lui fût fixé pour toujours le nom qu’elle lui donna, d’après le miracle qui lui arriva, qu’elle le tira des eaux et qu’il fut sauvé de la mort ; et le Saint, béni soit-Il, le mit ainsi dans son cœur, et le Saint, béni soit-Il, ne l’appela d’aucun autre nom que celui-là.
איש מצרי אביו של מגדף היה שנאמר (ויקרא כ״ד:י׳) והוא בן איש מצרי.
« Un homme égyptien » : il était le père du blasphémateur, comme il est dit (Lévitique 24,10) « et il était fils d’un homme égyptien ».
מכה איש עברי. בעלה של שלומית היה והמצרי נתן עיניו בה ובלילה היה מעמידו ומוציאו מביתו והוא חוזר ונכנס לבית ובא על אשתו כסבורה שהוא בעלה וכשחזר לביתו והרגיש בדבר היה מכה אותו ורודהו כל היום.
« Frappant un homme hébreu. » Il était le mari de Shelomit ; et l’Égyptien avait posé les yeux sur elle, et la nuit il le faisait se lever et le sortait de sa maison, puis il revenait entrer dans la maison et venait vers sa femme, elle croyant que c’était son mari ; lorsque le mari rentra chez lui et découvrit ce qui s’était passé, l’Égyptien le frappait et le maltraitait toute la journée.
ויפן כה וכה. ראה מה עשה לו בבית ומה עשה לו בשדה. וירא כי אין איש אין איש עתיד לעמוד ממנו שיתגייר. ויך את המצרי. ראוי היה משה מששת ימי בראשית לעשות המעשה הזה להרוג את המצרי כי כחו של מצרי הוא כחו של קין שהוא מצד הטומאה ומזה אמרו רז"ל שחיטת נכרי נבלה ומטמאה במשא כי הטומאה מצד כחו והבן זה.
« Et il se tourna de ci de là. » Il vit ce qu’il lui avait fait à la maison et ce qu’il lui avait fait au champ. « Et il vit qu’il n’y avait pas d’homme » : qu’il ne se lèverait pas de lui d’homme qui se convertirait. « Et il frappa l’Égyptien. » Moshé était destiné depuis les six jours de la Création à accomplir cet acte de tuer l’Égyptien, car la force de l’Égyptien est la force de Qayin, qui vient du côté de l’impureté, et de là nos Sages de mémoire bénie ont dit : une bête abattue par un non-Juif est une charogne (nevela), qui transmet l’impureté lorsqu’on la porte ; car l’impureté vient du côté de sa force ; et comprends cela.
ודע כי ההכאה הזאת בלשון היתה כי המית אותו ברוח שפתיו, וכן דרשו רז"ל שהרגו בשם המפורש והראיה ממה שכתוב הלהרגני אתה אומר באמירה בלבד ושם המפורש של מ"ב אותיות היה, ויש בכתוב התעוררות על זה, וכן אמר דוד ע"ה (תהילים מ״ד:ו׳) בך צרינו ננגח בשמך נבוס קמינו ואמר זה על מ"ב אותיות ועל זה נאמר (תהילים קמ״ח:י״ג) כי נשגב שמו לבדו, וזהו כי הוא אמר ויהי וזהו (איוב כ״ו:ז׳) תולה ארץ על בלימה והבן זה, ובכח השם הזה אמר משה עלה שור עלה שור, וכן מצינו באלישע הנביא באותם נערים שהתקלסו בו והיו אומרים לו (מלכים ב ב׳:כ״ד) עלה קרח עלה קרח הזכיר בו הכתוב ויפן אחריו ויראם ויקללם בשם ה' והוא שם בן מ"ב אותיות ולכך נהרגו מ"ב ילדים הוא שכתוב (שם) ותצאנה שתים דובים מן היער ותבקענה מהם מ"ב ילדים, ובא לשון ויך את המצרי כלשון (מלכים ב י״ט:ל״ה) ויצא מלאך ה' ויך במחנה אשור, שאין הכונה הכאת יד כי אם הכאת כח.
Et sache que ce coup fut par la parole, car il le fit mourir par le souffle de ses lèvres, et de même nos Sages de mémoire bénie ont expliqué qu’il le tua par le Nom explicite, et la preuve en est ce qui est écrit (Exode 2,14) « veux-tu me tuer (ha-lehargeni) ? » — « tu dis », par la parole seule ; et c’était le Nom de quarante-deux lettres, et il y a dans l’Écriture un éveil à cela, et de même David, paix sur lui, a dit (Psaumes 44,6) « par toi nous heurtons nos adversaires, par ton nom nous foulons nos assaillants », et il a dit cela du (Nom de) quarante-deux lettres, et à ce sujet il est dit (Psaumes 148,13) « car son nom seul est exalté », et c’est « car Lui dit et cela fut » (Psaumes 33,9) et c’est (Job 26,7) « Il suspend la terre sur le néant » ; et comprends cela ; et par la force de ce Nom Moshé dit « monte, taureau, monte, taureau » ; et de même nous trouvons chez Elisha’ le prophète, à propos de ces jeunes gens qui se moquèrent de lui et lui disaient (2 Rois 2,23) « monte, chauve, monte, chauve », l’Écriture mentionne à son sujet « et il se tourna derrière lui, les vit et les maudit au nom de l’Éternel », et c’est un Nom de quarante-deux lettres, et c’est pourquoi quarante-deux enfants moururent, c’est ce qui est écrit (ibid.) « et deux ours sortirent de la forêt et déchirèrent parmi eux quarante-deux enfants » ; et l’expression « et il frappa l’Égyptien » vient comme l’expression (2 Rois 19,35) « et l’ange de l’Éternel sortit et frappa dans le camp d’Assour », car l’intention n’est pas un coup de la main mais une action de puissance.
ויטמנהו בחול. אמר לישראל אתם משולים כחול שנאמר (הושע א) והיה מספר בני ישראל כחול הים, החול הזה אדם נוטלו מכאן ונותנו בכאן אין הקול יוצא כך לא ישמע הדבר.
« Et il le cacha dans le sable. » Il dit à Israël : vous êtes comparés au sable, comme il est dit (Osée 2,1) « et le nombre des fils d’Israël sera comme le sable de la mer » ; ce sable, un homme le prend d’ici et le met là, nul bruit ne sort ; de même la chose ne sera pas entendue.
שני אנשים עברים נצים. דתן ואבירם היו הם שאמרו (במדבר י״ד:ד׳) נתנה ראש ונשובה מצרימה הם שכתוב עליהם (תהילים ק״ו:ז׳) וימרו על ים בים סוף, הם שהותירו את המן הם שעמדו במחלוקתו של קרח.
« Deux hommes hébreux se querellant. » C’étaient Datan et Aviram ; ce sont eux qui dirent (Nombres 14,4) « donnons-nous un chef et retournons en Égypte » ; ce sont eux dont il est écrit (Psaumes 106,7) « et ils se rebellèrent près de la mer, la mer des Joncs » ; ce sont eux qui laissèrent de la manne ; ce sont eux qui se tinrent dans la dispute de Qora’h.
מי שמך לאיש. ואתה עודך נער ותרצה להיות איש, ומכאן למדנו שלא היה למשה י"ג שנה שהרי בן י"ג שנה נקרא איש, וכן אמרו במדרש אמר רבי חנינא בן י"ב שנה נתלש משה מבית אביו, ובשלשה לשונות הללו שדברו כנגדו מצינו שלקח עטרה, הם אמרו לו מי שמך לאיש מצינו שנקרא איש שנאמר (במדבר יב) והאיש משה ענו מאד, ונקרא שר שנאמר (שם כא) באר חפרוה שרים כרוה נדיבי העם, ונקרא שופט שנאמר (שמות יח) וישב משה לשפוט את העם.
« Qui t’a établi homme ? » Et toi tu es encore un garçon et tu veux être un homme ! Et de là nous avons appris que Moshé n’avait pas treize ans, car à treize ans on est appelé homme ; et de même ils ont dit dans le Midrash : Rabbi ’Hanina a dit : à douze ans Moshé fut arraché de la maison de son père. Et dans ces trois expressions qu’ils dirent contre lui, nous trouvons qu’il reçut une couronne : ils lui dirent « qui t’a établi homme » ; nous trouvons qu’il fut appelé homme, comme il est dit (Nombres 12,3) « et l’homme Moshé était très humble » ; et il fut appelé prince, comme il est dit (Nombres 21,18) « puits que creusèrent des princes, que forèrent les nobles du peuple » ; et il fut appelé juge, comme il est dit (Exode 18,13) « et Moshé s’assit pour juger le peuple ».
אכן נודע הדבר. נודע לי דבר שהייתי תמה עליו מפני מה ישראל בגלות יותר משאר אומות יש ביניהם רכילות ולשון הרע ואינם ראוים לגאולה, וכן אמרו במדרש תהלים תינוקות שהיו בדורו של שאול ושמואל עד שלא הביאו שתי שערות היו דורשים את התורה במ"ט פנים טהור ובמ"ט פנים טמא, והיה דוד מתפלל עליהם ואמר אתה ה' תשמרם תהא נטר אוריתהון בלבהון, תצרנו מן הדור זו לעולם, דור שהוא חייב כליה ואחר כל השבח הזה היו יוצאים למלחמה ונופלים למה בשביל שהיו בהם דלטורין, אמר דוד רבש"ע סלק שכינתך מביניהם מה שכינתך עושה בארץ רומה על השמים אלהים, אבל דורו של אחאב היו כלן עובדי עו"ג ולפי שלא היו דלטורין היו יוצאים למלחמה ונוצחים ולא היה אחד מהם נהרג הוא שאמר עובדיה לאליהו (מלכים א יח) הלא הגד לאדני את אשר עשיתי ואחביא מנביאי ה' חמשים חמשים איש במערה ואכלכלם לחם ומים מה ת"ל לחם ומים מלמד שהיו המים קשים מן הלחם ואליהו עומד בהר הכרמל ומכריז ואומר אני נותרתי לבדי נביא לה' וכל עמא ידעין ולא מפרסמין למלכא אחאב שבשביל לשון הרע שכינה מסתלקת.
« Certes, la chose est connue. » Je comprends maintenant ce qui m’étonnait : pourquoi Israël est-il en exil plus que les autres nations ? Il y a parmi eux du colportage et de la médisance, et ils ne sont pas dignes de la délivrance. Et de même ils ont dit dans le Midrash des Psaumes : les enfants de la génération de Shaoul et de Shemouel, avant même d’avoir deux poils, expliquaient la Torah de quarante-neuf façons pour pur et de quarante-neuf façons pour impur, et David priait pour eux et disait « Toi, Éternel, Tu les garderas » (Psaumes 12,8) : garde leur Torah dans leur cœur ; « Tu nous garderas de cette génération pour toujours » : une génération qui mérite l’extermination ; et après toute cette louange, ils sortaient à la guerre et tombaient. Pourquoi ? Parce qu’il y avait parmi eux des délateurs (delatorin). David dit : Maître du monde, retire Ta Présence d’entre eux ; que fait Ta Présence sur terre ? « Élève-Toi sur les cieux, Dieu » (Psaumes 57,6). Mais la génération d’Ah’av, tous étaient idolâtres, et comme il n’y avait pas de délateurs ils sortaient à la guerre et vainquaient et aucun d’eux n’était tué ; c’est ce que ‘Ovadyahou dit à Eliyahou (1 Rois 18,13) « ne t’a-t-on pas rapporté, à mon seigneur, ce que j’ai fait : j’ai caché des prophètes de l’Éternel, cinquante par cinquante, dans une grotte, et je les ai nourris de pain et d’eau ? » Pourquoi l’Écriture dit-elle « pain et eau » ? Cela enseigne que l’eau était plus dure (à obtenir) que le pain ; et Eliyahou se tient sur le mont Carmel, proclamant et disant « moi seul reste prophète de l’Éternel » (1 Rois 18,22) ; et tout le peuple savait et ne le rapportait pas au roi Ah’av ; car à cause de la médisance la Présence se retire.
וישמע פרעה. דתן ואבירם הלשינו עליו, ויבקש להרוג את משה ויברח משה שהיה פרעה מבקש להרוג אותו לולא שנתעלם וברח מפניו בכח ההעלמה.
« Et Pharaon entendit. » Datan et Aviram le dénoncèrent, et il chercha à tuer Moshé, et Moshé s’enfuit, car Pharaon l’aurait tué s’il ne s’était rendu invisible et n’avait fui devant lui grâce à cette faculté de dissimulation.
ובמדרש מסרו לקוסטינר להרגו ולא שלטה בו החרב הוא שאמר משה (שמות י״ח:ד׳) ויצילנו מחרב פרעה.
Et dans le Midrash : on le livra au bourreau pour l’exécuter, et l’épée n’eut pas prise sur lui, c’est ce que Moshé dit (Exode 18,4) « et Il m’a sauvé de l’épée de Pharaon ».
ויברח משה מפני פרעה. מכאן למד דוד וברח שנאמר (שמואל א י״ט:י״ב) ויברח וימלט (ישעיהו כ״ו:כ׳) חבי כמעט רגע עד יעבר זעם.
« Et Moshé s’enfuit devant Pharaon. » De là David apprit à fuir, comme il est dit (1 Samuel 19,12) « et il s’enfuit et s’échappa » ; (Isaïe 26,20) « cache-toi un court instant jusqu’à ce que l’indignation soit passée ».
ויבאו הרועים ויגרשום. מאחר שהוא היה כהן וגדול שבמדין היאך היו מגרשים הרועים את בנותיו, אלא למדך הכתוב שנדוהו מביניהם לפי שהוציא מביתו כל תשמישי ע"ג קודם שבא משה אצלו והסכימו ביניהם שלא יעשו עמו מלאכה ולא ירעו את צאנו ועל כן הוצרכו בנותיו לרעות את צאנו והיו הרועים מגרשין אותן.
« Et les bergers vinrent et les chassèrent. » Puisqu’il était prêtre et le grand de Midyan, comment les bergers chassaient-ils ses filles ? Mais l’Écriture t’enseigne qu’ils l’avaient mis au ban d’entre eux parce qu’il avait retiré de sa maison tous les ustensiles du culte idolâtre avant l’arrivée de Moshé chez lui, et ils convinrent entre eux de ne faire avec lui aucun travail et de ne pas faire paître son petit bétail ; et c’est pourquoi ses filles durent faire paître son petit bétail, et les bergers les chassaient.
ויקם משה ויושיען. מהחמס שהיו הרועים עושים להם שהרי בודאי כיון שהבנות דולות המים ומלאו הרהטים הרי המים היו שלהן ולא הספיקו המים שברהטים לכל הצאן ולכן השקה את צאנן תחלה.
« Et Moshé se leva et les sauva. » De la violence que les bergers leur faisaient, car certainement, puisque les filles puisaient l’eau et avaient rempli les abreuvoirs, l’eau était à elles, et l’eau des abreuvoirs ne suffisait pas pour tout le petit bétail, et c’est pourquoi il abreuva d’abord leur petit bétail.
איש מצרי הצילנו. דרשו רז"ל וכי משה בדמות מצרי היה אלא אלולי איש מצרי שהרג היאך יכנס למדין וישב על הבאר, ג' נזדווגו זווגן מן הבאר ואלה הם יצחק יעקב ומשה, יצחק שנאמר ויצחק בא מבוא באר לחי רואי וכתיב בתריה וישא עיניו וירא והנה גמלים באים, יעקב שנאמר (בראשית כ״ט:י׳) וירא והנה באר בשדה, וכתיב בתריה (שם) ויהי כאשר ראה יעקב את רחל, משה שנאמר וישב על הבאר וכתיב בתריה ולכהן מדין שבע בנות.
« Un homme égyptien nous a sauvées. » Nos Sages de mémoire bénie ont expliqué : Moshé était-il donc à l’image d’un Égyptien ? Mais sans « un homme égyptien » qu’il tua, comment serait-il entré à Midyan et se serait-il assis près du puits ? Trois conclurent leur union près du puits, et ce sont Yitz’haq, Yaakov et Moshé : Yitz’haq, comme il est dit (Genèse 24,62) « et Yitz’haq venait de Be’er Lahaï Roï », et il est écrit ensuite « et il leva les yeux et vit, et voici que des chameaux venaient » ; Yaakov, comme il est dit (Genèse 29,2) « et il vit, et voici un puits dans le champ », et il est écrit ensuite (ibid.) « et quand Yaakov vit Rahel » ; Moshé, comme il est dit « et il s’assit près du puits », et il est écrit ensuite « et le prêtre de Midyan avait sept filles ».
קראן לו ויאכל לחם. שמא ישא אחת מכם מלשון (בראשית לט) כי אם הלחם אשר הוא אוכל.
« Appelez-le, et qu’il mange du pain. » Peut-être épousera-t-il l’une de vous ; de l’expression (Genèse 39,6) « sinon le pain qu’il mangeait ».
ובמדרש בשכר שאמר יתרו קראן לו ויאכל לחם זכה וישבו בניו בלשכת הגזית, הוא שאמר שלמה ע"ה (קהלת יא) שלח לחמך על פני המים כי ברוב הימים תמצאנו, (דבר אחר) שלח לחמך זה יתרו שאמר קראן לו ויאכל לחם, על פני המים זה משה שנאמר (שמות ב) כי מן המים משיתיהו כי ברוב הימים תמצאנו הוא שכתוב (שמות יח) ויבא אהרן וכל זקני ישראל לאכל לחם.
Et dans le Midrash : en récompense de ce que Yitro dit « appelez-le, et qu’il mange du pain », il mérita que ses fils siègent dans la salle des pierres taillées (lishkat ha-gazit), c’est ce que Shelomo, paix sur lui, a dit (Ecclésiaste 11,1) « envoie ton pain sur la face des eaux, car dans la multitude des jours tu le retrouveras » ; (autre explication) « envoie ton pain », c’est Yitro, qui dit « appelez-le, et qu’il mange du pain » ; « sur la face des eaux », c’est Moshé, comme il est dit (Exode 2,10) « car des eaux je l’ai tiré » ; « car dans la multitude des jours tu le retrouveras », c’est ce qui est écrit (Exode 18,12) « et Aharon vint, ainsi que tous les anciens d’Israël, pour manger le pain ».
ויואל משה. מה ראה משה ליטפל ביתרו עובד ע"ג אלא היה משה בורח מפני פרעה ומתירא ממנו שמא יגלגל עלילות בכל מקום שהוא כדי שיהרגוהו ועל כן הלך להתחתן עם אחד הכהנים שהם כומרים לע"ג מפני שהיו כל נכסיהם בני חורין אין למלך עליהם שום נגישה ולא שום תביעה כענין שכתוב (בראשית מ״ז:כ״ו) רק אדמת הכהנים לבדם לא היתה לפרעה וכתיב כי חק לכהנים מאת פרעה, ועל כן רצה להתחתן עם אחד מהם ושישא בתו אחר שנתגייר, ומה שבחר יתרו מן הכהנים מפני שהיו לו בנות רבות כדי שיעשה לו זול וירצו בו לאלתר ולא ידקדקו עמו ומזה אמר ולכהן מדין שבע בנות כי מה צורך להזכיר שהיו לו שבע בנות אלא שמן הטעם הזה רצה להטפל במקום ההוא ורצה להשבע להם בדבר שכן דרשו רז"ל ויואל משה אין אלה אלא שבועה כך שמעתי מפני הרב רבי דן ז"ל.
« Et Moshé consentit (va-yoel). » Qu’a vu Moshé pour s’engager auprès de Yitro l’idolâtre ? Mais Moshé fuyait devant Pharaon et le craignait, de peur qu’il ne trame des accusations partout où il serait afin qu’on le tue, et c’est pourquoi il alla s’allier par mariage à l’un des prêtres, qui sont les desservants de l’idolâtrie, parce que tous leurs biens étaient libres, sans aucune exaction ni aucune réclamation du roi sur eux, comme il est écrit (Genèse 47,26) « seule la terre des prêtres ne devint pas à Pharaon » et il est écrit « car les prêtres avaient un statut de la part de Pharaon » ; et c’est pourquoi il voulut s’allier à l’un d’eux et épouser sa fille après la conversion de Yitro ; S’il choisit Yitro parmi les prêtres, c’est parce que celui-ci avait beaucoup de filles : il lui accorderait des conditions modestes, accepterait aussitôt ce mariage et ne se montrerait pas exigeant envers lui ; et de là il a dit « et le prêtre de Midyan avait sept filles », car quel besoin de mentionner qu’il avait sept filles sinon que pour cette raison il voulut s’engager en ce lieu-là ; et il voulut leur jurer quelque chose, car nos Sages de mémoire bénie ont expliqué : « va-yoel Moshé » n’est autre que serment (ala) ; ainsi ai-je entendu de la bouche du rabbin Rabbi Dan, de mémoire bénie.
ויתן את צפורה בתו למשה. נקראת צפורה מלשון צפור שהוא עוף טהור על שם שעתידה להתגייר ולהטהר מטמאת ע"ג ולהזדווג למשה.
« Et il donna Tsipora sa fille à Moshé. » Elle est appelée Tsipora de l’expression tsippor (oiseau), qui est un oiseau pur, parce qu’elle devait se convertir et se purifier de l’impureté de l’idolâtrie et s’unir à Moshé.
ויהי בימים הרבים ההם. שהיה משה בורח מפני פרעה. וימת מלך מצרים ויאנחו בני ישראל מן העבודה. חרה להם מיתת המלך אע"פ שהיה רשע, מפחדם פן יקום אחריו רשע יותר ממנו ואמר ויזעקו מן העושק שהיו עושים להם כענין שכתוב (איוב ל״ה:ט׳) מרוב עשוקים יזעיקו, ואמר ותעל שועתם אל האלהים מן העבודה.
« Et il advint en ces jours nombreux. » Où Moshé fuyait devant Pharaon. « Et le roi d’Égypte mourut, et les fils d’Israël gémirent à cause du travail. » La mort du roi les affligea, bien qu’il fût méchant, par crainte qu’il ne se lève après lui un méchant pire que lui ; et il a dit « et ils crièrent » à cause de l’oppression qu’on leur faisait, selon ce qui est écrit (Job 35,9) « sous la multitude des oppressions on crie », et il a dit « et leur cri monta vers Dieu à cause du travail ».
כי אע"פ שהגיע הקץ כבר לא היו ראוים לגאולה אלא מרוב שצעקו אל ה' מן העבודה קבל תפלתם, והזכיר שני פעמים מן העבודה, ויאנחו בני ישראל מן העבודה ותעל שועתם אל האלהים מן העבודה, ללמדך שאין תפלתו של אדם שלמה כאותה שהוא מתפלל מתוך הצרה והדוחק שהיא יותר מקובלת והיא העולה לפניו יתברך, וכן תמצא ביונה הנביא ע"ה שבאר הענין הזה הוא שאמר (יונה ב׳:ח׳) בהתעטף עלי נפשי את ה' זכרתי ותבא אליך תפלתי אל היכל קדשך, הבטיח הנביא שהתפלה שהיא מתוך הצער ועטיפת הנפש היא הנכנסת לפניו אל היכל קדשו יתברך,
Car bien que le terme fixé fût déjà arrivé, ils n’étaient pas dignes de délivrance ; mais c’est à cause de la multitude de leurs cris vers l’Éternel à cause du travail qu’Il accepta leur prière ; et il a mentionné deux fois « à cause du travail » : « et les fils d’Israël gémirent à cause du travail » et « leur cri monta vers Dieu à cause du travail », pour t’enseigner que aucune prière de l’homme n’est aussi entière que celle qu’il adresse du sein de la détresse et de l’oppression, qui est plus agréée et qui monte devant Lui, béni soit-Il ; et ainsi tu trouves chez Yona le prophète, paix sur lui, qui a expliqué cette chose, c’est ce qu’il a dit (Jonas 2,8) « quand mon âme défaillait en moi, je me suis souvenu de l’Éternel, et ma prière est venue jusqu’à Toi, dans Ton saint palais » ; le prophète a assuré que la prière qui vient du sein de la souffrance et de la défaillance de l’âme est celle qui entre devant Lui, vers le palais de Sa sainteté, béni soit-Il,
ואפשר לומר כי הפרשה הזאת היא רמז לגאולתנו זאת העתידה שהיא תלויה בתשובה ובתפלה כי כן בגאולת מצרים חזרו בתשובה והתפללו אל ה' העונה בעת צרה, ונתקבלה תפלתם ובא להם הגואל מיד, ועל כן סמך לו ומשה לרמוז כי ביאת הגואל תלויה בתשובה ובתפלה.
Et il est possible de dire que cette section est une allusion à notre délivrance future, qui dépend de la repentance et de la prière ; car de même, dans la délivrance d’Égypte, ils revinrent en repentance et prièrent l’Éternel qui répond au temps de détresse, et leur prière fut acceptée et le libérateur vint à eux aussitôt ; et c’est pourquoi il a juxtaposé « et Moshé » pour faire allusion à ce que la venue du libérateur dépend de la repentance et de la prière.
וע"ד הקבלה יתכן לפרש כי נרמז כאן ענין התפלה ומתוך הצרה וגודל השעבוד כוונו אל העשר ואל הראש ועד הסוף, וכענין שכתוב (ישעיהו נ״ח:ט׳) אז תקרא וה' יענה, ולכך נרמזו כלם בכאן, הוא שאמר ותעל שועתם אל האלהים מן העבודה, וישמע אלהים, ויזכור אלהים כנגד היראה והחכמה והבינה.
Et selon la voie de la Kabbale, on peut expliquer qu’est suggérée ici la question de la prière : du sein de la détresse et de la grandeur de l’asservissement ils dirigèrent leur intention vers les dix, vers la tête et jusqu’à la fin, et comme il est écrit (Isaïe 58,9) « alors tu appelleras et l’Éternel répondra » ; et c’est pourquoi toutes sont suggérées ici, c’est ce qu’il a dit « et leur cri monta vers Dieu à cause du travail », « et Dieu entendit », « et Dieu se souvint », en correspondance avec la crainte, la sagesse et l’intelligence.
את אברהם את יצחק ואת יעקב הגדולה והגבורה והיסוד, ושני עמודים בכללן וירא אלהים כנגד התפארת וידע אלהים כנגד המלכות, ותן לבך כי לא הזכיר בני ישראל אלא עם וירא אלהים כדי לרמוז על תפארת ישראל, כי שם יצעקו בני ישראל ושם יתפללו בשאלת צרכיהם, ואליו אנו מברכים בקדיש אמן יהא שמיה רבא מברך, ואנו אומרים לעלם לעלמי עלמיא יתברך הזכיר ה' עולמות כנגד ה' ספירות שמשם ולמעלה, וצריך הוא לחבר מלת עלמיא ליתברך ואין להפסיק בהם כלל כשם שאין להפסיק הכתר מאין סוף, שמע נא ואתה דע לך.
« Avec Avraham, avec Yitz’haq et avec Yaakov » : la grandeur, la force et le fondement, et deux piliers dans leur ensemble ; « et Dieu vit » en correspondance avec la splendeur ; « et Dieu connut » en correspondance avec la royauté ; et fais attention : il n’a mentionné « fils d’Israël » qu’avec « et Dieu vit », pour faire allusion à la splendeur d’Israël, car là les fils d’Israël crieront et là ils prieront en demandant leurs besoins, et vers Lui nous bénissons dans le Qaddish « amen, yehé shemé rabba mevarakh », et nous disons « le-‘alam le-‘almé ‘almaya yitbarakh » : Il a mentionné cinq mondes en correspondance avec cinq sefirot de là et au-dessus, et il faut relier le mot « ‘almaya » à « yitbarakh » et ne pas les séparer du tout, de même qu’on ne sépare pas la couronne (keter) de l’Infini (Ein Sof) ; entends donc, et toi sache-le pour toi.
וירא אלהים את בני ישראל וידע אלהים. ע"ד הפשט מפני שהיו ישראל במצרים משועבדים בעבודת פרך מעונים בכל מיני צרות משונות זו מזו, והמצריים מערימים להצר להם ומתחכמים עליהם בזה, פעם בנגלה פעם בנסתר, על כן יאמר הכתוב וירא אלהים, על הצרות שהיו מצרים עושין להם בנגלה שהיו נראין לעין, וידע אלהים, על הצרות שהיו עושים להם בנסתר שלא היו נודעות לשום בריה כי אם לשם יתברך לבדו כי הוא היודע ועד.
« Et Dieu vit les fils d’Israël, et Dieu connut. » Selon le peshat, parce qu’Israël en Égypte était asservi à un travail de rigueur, tourmenté par toutes sortes de détresses différentes les unes des autres, et que les Égyptiens usaient de ruse pour les opprimer et multipliaient les stratagèmes contre eux, tantôt ouvertement, tantôt en secret, c’est pourquoi l’Écriture dit « et Dieu vit » pour les détresses que les Égyptiens leur faisaient ouvertement, qui étaient visibles à l’œil, et « et Dieu connut » pour les détresses qu’ils leur faisaient en secret, qui n’étaient connues d’aucune créature sinon du Nom seul, béni soit-Il, car Il est Celui qui sait et le témoin.
וע"ד הקבלה וידע אלהים וירא אלהים, כבר בארתיו והוא כענין (במדבר ו׳:כ״ה) יאר ה' פניו אליך, וידע אלהים הוא מענין עץ הדעת, כי נמשך שפע מן הרחמים אל הדעת לרחם על ישראל, וכן תמצא בספר הבהיר מאי וידע אלקים משל למה הדבר דומה, למלך שהיה לו אשה והעמיד ממנו בנים חבבן וגדלן ויצאו לתרבות רעה, שנאם ושנא אמם, חזרה אמן עליהם בני למה אתם כך שאביכם שונא אותי ואתכם עד שחזרו לעשות רצון אביהם ראה אביהם כך אהבם כבתחלה וזכר את אמם, הה"ד וירא וידע, ע"כ.
Et selon la voie de la Kabbale, « et Dieu connut » « et Dieu vit » : je l’ai déjà expliqué, et c’est comme (Nombres 6,25) « que l’Éternel fasse luire sa face vers toi » ; et « et Dieu connut » relève de la question de l’arbre de la connaissance, car une effusion s’écoula de la Miséricorde vers la Connaissance (da’at) pour avoir pitié d’Israël ; et de même tu trouves dans le Sefer ha-Bahir : que veut dire « et Dieu connut » ? Une parabole : à quoi cela ressemble-t-il ? À un roi qui avait une épouse et eut d’elle des fils, les aima et les éleva, et ils prirent une mauvaise voie, il les haït et haït leur mère ; leur mère se tourna vers eux : mes fils, pourquoi êtes-vous ainsi, car votre père me hait, moi et vous ? Jusqu’à ce qu’ils reviennent faire la volonté de leur père ; leur père vit cela, les aima comme au début et se souvint de leur mère. C’est ce qui est dit « et Il vit, et Il connut » ; jusqu’ici.
ועל זה נאמר (משלי י׳:א׳-ב׳) ובן כסיל תוגת אמו, ולא אביו לפי שאמו מרוחקת מאביו בשבילו. ומכאן ראיה ברורה שכל זמן שישראל בגלות השפע והאצילות נפסק מן המרכבה ומאור הפנים רחוק מהדעת ואז הבנים גולים, וכשחוזרים בתשובה הוא ממשיך רחמיו אל הדעת ואוהב את הבנים כבתחלה ואז הבנים נגאלים וזהו שהזכיר כאן וירא וידע, ומזה נגאלו, וזה מבואר.
Et à ce sujet il est dit (Proverbes 10,1) « et le fils insensé est le chagrin de sa mère », et non de son père, parce que sa mère est éloignée de son père à cause de lui. Et de là, preuve évidente que tant qu’Israël est en exil, le flux et l’émanation sont coupés du char (merkava) et la lumière de la face est éloignée de la connaissance, et alors les fils sont exilés, et quand ils reviennent en repentance Il fait s’écouler Sa miséricorde vers la Connaissance et aime les fils comme au début, et alors les fils sont délivrés, et c’est ce qu’il a mentionné ici : « et Il vit, et Il connut », et de là ils furent délivrés ; et cela est clair.
ומשה היה רועה. אחז משה רבינו האומנות הזה כמנהג הצדיקים הראשונים, כי כן מצינו בהבל הצדיק, גם באבות העולם, גם בשבטים, והטעם כדי שיתרחק מן הישוב שהוא עלול אצל החטא, ועוד כדי להתבודד בנבואה, ומה שאמר אחר המדבר למדך הכתוב שהיה משה מתרחק מן השדות כדי שלא ירעה צאנו בשדה של אחרים ויבא לידי גזל, לא פירש הכתוב כמה שנים עמד משה במדין, ודרשו רז"ל ארבעים שנה ישב משה במצרים וארבעים שנה במדין וארבעים שנה במדבר, וכן דרשו רז"ל על רבי עקיבא שהיו ימיו מאה ועשרים שנה כמשה רבינו, ואמרו עליו ארבעים שנה עסק בפרקמטיא ארבעים שנה למד ארבעים שנה לימד, וכמו כן הלל הזקן, גם רבן יוחנן בן זכאי,
« Et Moshé faisait paître. » Moshé notre maître prit ce métier selon l’usage des premiers justes, car nous le trouvons chez Hével le juste, chez les patriarches du monde, chez les tribus, et la raison est de s’éloigner de les lieux habités qui est exposée au péché, et aussi pour s’isoler en vue de la prophétie ; et ce qu’il dit « derrière le désert », l’Écriture t’enseigne que Moshé s’éloignait des champs pour ne pas faire paître son petit bétail dans le champ d’autrui et en venir au vol ; l’Écriture n’a pas précisé combien d’années Moshé resta à Midyan, et nos Sages de mémoire bénie ont expliqué : quarante ans Moshé resta en Égypte, quarante ans à Midyan et quarante ans dans le désert ; et de même nos Sages de mémoire bénie ont expliqué à propos de Rabbi ‘Akiva que ses jours furent cent vingt ans comme Moshé notre maître, et ils ont dit de lui : quarante ans il s’occupa de commerce, quarante ans il étudia, quarante ans il enseigna ; et de même Hillel l’Ancien, et aussi Rabban Yo’hanan ben Zakaï,
וע"ד הפשט ענין הפרשה הזאת כי משה השיג שלשה ענינים ואלו הם האש והמלאך והשכינה, תחלה ראה האש שהיתה מתלקחת בסנה ואין הסנה נשרף, וראה זה בעין הבשר ממש בהקיץ, כי כשראה הסנה בוער באש הכיר שהוא אש והיה סבור שהוא אש גפרית של מטה, וכשהיתה דעתו כן ולא היה הסנה אוכל על כן רצה להתקרב זהו שאמר אסורה נא ואראה את המראה הגדול הזה, כלומר אראה הפלא הזה אם נשתנה הסנה משאר העצים או נשתנה האש משאר האשות, שאלו היה סבור שהיה האש של מעלה לא היה מתקרב.
Et selon le peshat, le sujet de cette section est que Moshé atteignit trois choses, qui sont : le feu, l’ange et la Présence ; d’abord il vit le feu qui flambait dans le buisson sans que le buisson fût consumé, et il vit cela de l’œil de chair, réellement, à l’état de veille, car lorsqu’il vit le buisson brûler par le feu, il reconnut que c’était un feu, et il pensa que c’était un feu de soufre d’en bas ; et comme son idée était ainsi et que le buisson n’était pas dévoré, c’est pourquoi il voulut s’approcher, c’est ce qu’il a dit « je veux me détourner et voir cette grande vision », c’est-à-dire : je verrai ce prodige, si le buisson est différent des autres arbres ou si le feu est différent des autres feux, car s’il avait pensé que c’était le feu d’en haut, il ne se serait pas approché.
ואחר שראה האש הזאת נתחזק שכלו בראית המלאך, וז"ש וירא מלאך ה' אליו בלבת אש מתוך הסנה, משמעות הכתוב כי לבת אש ראה תחלה ואחר כך המלאך מתוך האש. ואחר שנתחזק שכלו בראית המלאך ראה במראה הנבואה כבוד השכינה, וזהו שאמר וירא ה' כי סר לראות ויקרא אליו אלהים. ומפני שעתה היתה תחלת נבואת משה רצה הקב"ה לחנכו מעט מעט ולהעלותו ממדרגה למדרגה עד שיתחזק שכלו, משל למה"ד לאדם היושב בבית אפל זמן מרובה אם יצא פתאום ויסתכל לעין השמש יחשכו ראיותיו ועל כן צריך שיסתכל באור מעט מעט עד שיהיה רגיל בכך.
Et après qu’il eut vu ce feu, son intelligence se fortifia par la vision de l’ange, et c’est ce que dit « et l’ange de l’Éternel lui apparut dans une flamme de feu du milieu du buisson » ; le sens de l’Écriture est qu’il vit d’abord la flamme de feu puis l’ange du milieu du feu. Et après que son intelligence se fut fortifiée par la vision de l’ange, il vit dans la vision prophétique la gloire de la Présence, et c’est ce qu’il a dit « et l’Éternel vit qu’il se détournait pour voir, et Dieu l’appela ». Et parce que c’était maintenant le début de la prophétie de Moshé, le Saint, béni soit-Il, voulut l’éduquer peu à peu et le faire monter de degré en degré jusqu’à ce que son intelligence se fortifie ; une parabole : à quoi cela ressemble-t-il ? À un homme qui reste dans une maison obscure longtemps : s’il sort soudain et regarde directement le soleil, sa vue s’obscurcira, et c’est pourquoi il lui faut regarder la lumière peu à peu jusqu’à ce qu’il y soit habitué.
וכשם שיקרה זה באור השמש הוא הדין והוא הטעם בעצמו באור השכל, כי הדברים השכליים בדמיון הדברים הטבעיים, כי יקרה לשכל כמקרה החושים, וכחות הנפש הלא הם קשורים עם כחות הגוף,
Et de même que cela arrive avec la lumière du soleil, ainsi en est-il, et pour la même raison, avec la lumière de l’intelligence, car les choses intellectuelles sont à l’image des choses naturelles, car il arrive à l’intelligence comme il arrive aux sens, et les forces de l’âme ne sont-elles pas liées aux forces du corps,
וכן מצינו בישראל שחנכן הקב"ה בנתינת התורה מעט מעט, תחלה נצטוו במרה במקצת מצות והם שבת ודינין, ואחר כך נצטוו עשרת הדברות בסיני, ואחר כך תשלום התורה בארץ מואב, לכן מצינו בענין השגתו יתברך שיצטרך האדם לחנך שכלו מעט מעט ובזה תהיה השגתו עולה ומתרחבת והולכת, כענין אור השחר שמתחיל לזרוח מעט אור ואח"כ הולך ומרחיב, וזהו לשון הנביא (הושע ו) ונדעה נרדפה לדעת את ה' כשחר נכון מוצאו, למדנו הכתוב כי יש אנשים שאינם יודעים לרדוף ומבקשים להשיג הידיעה בבת אחת, ולזה אמר ונדעה נרדפה לדעת, שנדע תחלה איך נרדוף, וביאר איכות ההרדפה ואמר כשחר נכון מוצאו, כלומר לא בבת אחת אלא מעט מעט, כשחר נכון מוצאו.
et de même nous trouvons chez Israël que le Saint, béni soit-Il, les éduqua par le don de la Torah peu à peu : d’abord à Mara ils furent commandés de quelques commandements, qui sont le Shabbat et les jugements, puis ils furent commandés des Dix Paroles au Sinaï, puis l’achèvement de la Torah dans le pays de Moav ; c’est pourquoi nous trouvons au sujet de Son appréhension, béni soit-Il, que l’homme doit éduquer son intelligence peu à peu, et par là son appréhension monte, s’élargit et progresse, comme la lumière de l’aube qui commence à luire un peu de lumière puis va s’élargissant, et c’est l’expression du prophète (Osée 6,3) « et connaissons, poursuivons la connaissance de l’Éternel, son lever est certain comme l’aurore » ; l’Écriture nous enseigne qu’il y a des hommes qui ne savent pas poursuivre et cherchent à saisir la connaissance d’un seul coup, et c’est pourquoi il a dit « connaissons, poursuivons la connaissance », c’est-à-dire que nous connaissions d’abord comment poursuivre ; et il a expliqué la qualité de la poursuite et dit « son lever est certain comme l’aurore », c’est-à-dire non d’un seul coup mais peu à peu, « comme l’aurore son lever est certain ».
וע"ד המדרש ומשה היה רועה את צאן יתרו חותנו כהן מדין וינהג את הצאן אחר המדבר, ראה משה מעלתן של ישראל מן המדבר שנאמר (שיר ג) מי זאת עולה מן המדבר, עליה מן המדבר, תורה מן המדבר, משכן מן המדבר, כהונה ומלכות מן המדבר, באר מן המדבר, ענני כבוד מן המדבר, לפיכך וינהג את הצאן אחר המדבר. א"ר שמעון בן לקיש הלכה צאנו של משה ארבעים יום ולא טעמה כלום כשם שהלך אליהו, שנאמר (מלכים א יט) וילך בכח האכילה ההיא ארבעים יום וארבעים לילה. וירא אליו מלאך ה' בלבת אש, כדי ללבבו כשיבאו לסיני ויראה אותה אשות.
Et selon la voie du Midrash : « Et Moshé faisait paître le petit bétail de Yitro son beau-père, prêtre de Midyan, et il conduisit le petit bétail derrière le désert » : Moshé vit l’élévation d’Israël depuis le désert, comme il est dit (Cantique des Cantiques 3,6) « qui est celle-ci qui monte du désert » : montée du désert, Torah du désert, Tabernacle du désert, prêtrise et royauté du désert, puits du désert, nuées de gloire du désert ; c’est pourquoi « il conduisit le petit bétail derrière le désert ». Rabbi Shim’on ben Laqish a dit : le petit bétail de Moshé marcha quarante jours sans rien goûter, comme marcha Eliyahou, comme il est dit (1 Rois 19,8) « et il marcha par la force de cette nourriture quarante jours et quarante nuits ». « Et l’ange de l’Éternel lui apparut dans une flamme de feu » : afin de lui donner du cœur, quand ils viendraient au Sinaï, et qu’il verrait de ces feux.
ולמה מתוך הסנה ולא מתוך אילן ולא מתוך תמרה אמר הקב"ה כתבתי בתורתי עמו אנכי בצרה, בני נתונים בכור הברזל בתוך שעבוד, אף אני נגלה מתוך הסנה וממקום צר, הוא סנה הוא סיני כתיב הכא והנה הסנה בוער באש, וכתיב בסיני (דברים ה) וההר בוער באש.
Et pourquoi du milieu du buisson (sneh) et non du milieu d’un arbre ou d’un palmier ? Le Saint, béni soit-Il, dit : J’ai écrit dans Ma Torah « avec lui Je suis dans la détresse » (Psaumes 91,15) ; Mes fils sont placés dans le creuset de fer dans l’asservissement, Moi aussi Je me révèle du milieu du buisson et d’un lieu étroit. Le Sneh est le Sinaï : il est écrit ici « et voici le buisson brûlait par le feu » et il est écrit au Sinaï (Deutéronome 5,20) « et la montagne brûlait par le feu ».
וע"ד השכל ענין הסנה ירמוז למציאות החומר השפל הבוער באש העליונות, והיה ראוי שיכלה החומר כיון שהוא ואשיו הווים ונפסדים, ולכך בראותו המופת הזה היה ראוי להתקרב בהשגה מדוע לא יבער הסנה, ואז הודיעו המלאך כי אש אלהים הוא ומופת גמור, ויתבאר מזה עקר האמונה בחדוש העולם בחדוש המופת. או ירמוז הסנה לעם השפל אשר ברזל באה נפשו והוא בוער תמיד באש הצרות, והצרות יקיפוהו מכל צדדיו וראוי שיכלה בצרותיו, והוא עומד ומתקיים בין האויבים בדרך המופת ואיננו אוכל, וזהו (דברים לב) חצי אכלה בם, חצי כלין והם אינם כלים.
Et selon l’intellect, le sujet du buisson suggère l’existence de la matière basse brûlant par les feux supérieurs, et il convenait que la matière fût consumée puisqu’elle et ses feux sont engendrés et corruptibles, et c’est pourquoi, en voyant ce prodige, il convenait de s’approcher par l’appréhension pour comprendre pourquoi le buisson ne brûlait pas ; et alors l’ange lui fit savoir que c’est le feu de Dieu et un prodige parfait, et il se dégage de là le principe de la foi en la création du monde, attestée par la survenue du prodige. Ou bien le buisson fait allusion au peuple abaissé dont l’âme a été prise dans les fers et qui brûle toujours dans le feu des détresses, les détresses l’entourent de tous côtés et il convenait qu’il fût consumé par ses détresses, et il se tient et subsiste parmi les ennemis par voie de prodige et n’est pas consumé, et c’est (Deutéronome 32,23) « J’épuiserai Mes flèches contre eux » : les flèches s’épuisent et eux ne s’épuisent pas.
או ירמוז לפרעה, כי כן הרשעים נמשלים לקוצים הוא שכתוב (שמואל ב כג) ובליעל כקוץ מונד כלהם, והיה בוער באש המכות וראוי שיכלה, ואיננו אוכל, כי הקב"ה היה מעמידו במופת למען רבות מופתיו, וכענין שכתוב (שמות ט) ואולם בעבור זאת העמדתיך בעבור הראותך את כחי, ופירוש זה נאות לפי ענין הפרשה שהרי, מתוך מראה הסנה נאמר לו ועתה לכה ואשלחך אל פרעה.
Ou bien il fait allusion à Pharaon, car de même les méchants sont comparés à des épines, c’est ce qui est écrit (2 Samuel 23,6) « et les vauriens sont comme l’épine qu’on rejette, tous » ; et il brûlait dans le feu des plaies et il convenait qu’il fût consumé, et il n’était pas consumé, car le Saint, béni soit-Il, le maintenait par prodige afin de multiplier Ses prodiges, comme il est écrit (Exode 9,16) « mais en vérité, pour cela Je t’ai fait subsister, pour te montrer Ma force » ; et cette explication convient à l’objet de la section, car du milieu de la vision du buisson il lui fut dit « et maintenant va, et Je t’enverrai vers Pharaon ».
וע"ד הקבלה ומשה היה רועה, כבר היה, כי לא אמר ויהי משה רועה כמו שאמר (בראשית ד) ויהי הבל רעה צאן או שיאמר וירעה את צאן.
Et selon la voie de la Kabbale, « et Moshé était berger » : il l’était déjà, car il n’a pas dit « et Moshé fut berger », comme il a dit (Genèse 4,2) « et Hével fut berger de petit bétail », ni dit « et il fit paître le petit bétail ».
וידוע כי מוכן היה מששת ימי בראשית להרוג המצרי ולכך הזכיר וירא מלאך ה' אליו בלבת אש וכבר יש לך התעוררות באותיות לכה, וכמוהו לפי דעתי (איוב א) איש היה בארץ עוץ איוב שמו, כי היה אפשר לומר ויהי איש בארץ עוץ איוב שמו, כמו (שמואל א א) ויהי איש אחד מן הרמתים, (רות א) ויהי בימי שפוט השופטים, (אסתר א) ויהי בימי אחשורוש, ומה שהזכיר פעם אחרת והיה האיש ההוא תם וישר, הויה אחר הויה, נראה כי איוב היה בשלישית, כי כן המדה פעמים שלש עם גבר, ומשם זכה לחיי עולם להיות נפשו צרורה בצרור החיים בסוף, אחרי שנתכפרו לו עונות ראשונים.
Et il est connu qu’il était préparé depuis les six jours de la Création à tuer l’Égyptien, et c’est pourquoi il a mentionné « et l’ange de l’Éternel lui apparut dans une flamme de feu », et tu as déjà un éveil dans les lettres de « leka » (va) ; et de même, selon mon avis (Job 1,1) « il y avait un homme au pays de ‘Outs, son nom était Iyov », car il était possible de dire « va-yehi ish be-érets ‘Outs, Iyov shemo », comme (1 Samuel 1,1) « va-yehi ish é’had min ha-Ramatayim », (Ruth 1,1) « va-yehi bi-yemé shefot ha-shofetim », (Esther 1,1) « va-yehi bi-yemé Ahashverosh » ; et ce qu’il mentionne une autre fois « ve-haya ha-ish ha-hou tam ve-yashar », existence après existence : il semble qu’Iyov en était à sa troisième existence, car telle est la mesure : « deux fois, trois fois, avec l’homme » (Job 33,29), et de là il mérita la vie éternelle, que son âme soit liée au faisceau de la vie à la fin, après que les fautes premières lui furent expiées.
ומה שהזכיר אחר המדבר פתרונו שנכלל בו לשון הנהגה מלשון (תהלים מז) ידבר עמים תחתינו, והכונה כי מתוך המרעה נתן לבו בענין הפרנסה מאיזה מקום מתפרנס הכל, ונכנס מענין לענין ומחכמה לחכמה עד שהגיע אל האלהים חורבה, כלומר הר האלהים שהוא חורבה, היא מדת הדין שהיא מדה שניה לחסד שמשם באה הפרנסה לעולם שנאמר (תהלים קלו) נותן לחם לכל בשר כי לעולם חסדו, ואמר הר האלהים שהוא אחד מן האבות, ואין הרים אלא אבות שנאמר (מיכה ו) שמעו הרים את ריב ה', והוא מלשון הורים.
Et ce qu’il mentionne « derrière le désert », son explication est qu’y est comprise l’expression de conduite, de l’expression (Psaumes 47,4) « il soumet les peuples sous nous » (yadber), et l’intention est que du sein de la pâture il appliqua son cœur à la question de la subsistance : d’où tout être tire sa subsistance, et il entra d’un sujet à l’autre et d’une sagesse à l’autre jusqu’à ce qu’il parvînt à « la montagne de Dieu, ‘Horba », c’est-à-dire la montagne de Dieu qui est ‘Horba, qui est l’attribut du jugement, qui est un attribut second à la bonté (hessed), d’où vient la subsistance au monde, comme il est dit (Psaumes 136,25) « Il donne le pain à toute chair, car éternelle est Sa bonté » ; et il a dit « la montagne de Dieu », qui est l’un des patriarches, et les « montagnes » ne sont autres que les patriarches, comme il est dit (Michée 6,2) « écoutez, montagnes, le procès de l’Éternel », et cela de l’expression « horim » (parents).
והזכיר לשון חורבה על מדת הדין מלשון (דברים לג) ואשר חרב גאותך, שבארו על דרך הקבלה כי גאותן של ישראל אשור החרב שהוא מדת הדין, ומזה דרשו רז"ל לא הר חורב שמו אלא הר סיני שמו, ולמה נקרא שמו חורב שמשם יצאה חורבה לעכו"ם, וכן תמצא באליהו (מלכים א יט) בענין עוגת רצפים שמצא מראשותיו בדרך המדבר, וכתיב (שם) וילך בכח האכילה ההיא ארבעים יום וארבעים לילה עד הר האלהים חורב. ורז"ל הבינו מלת אחר כלשון ההולך אחר חברו, ומזה דרשו כל מקום שהיה משה הולך במדבר היה המדבר בורח ונעשה ישוב.
Et il a mentionné l’expression ‘Horba pour l’attribut du jugement, de l’expression (Deutéronome 33,29) « et qui est l’épée (hérev) de ta grandeur », que l’on a expliquée selon la voie de la Kabbale : la grandeur d’Israël est l’appui de l’épée, qui est l’attribut de justice ; et de là nos Sages de mémoire bénie ont expliqué : « son nom n’est pas Mont ‘Horev mais Mont Sinaï est son nom » ; et pourquoi est-il appelé ‘Horev ? Parce que de là sortit la ruine (hourba) pour les idolâtres ; et de même tu trouves chez Eliyahou (1 Rois 19) à propos du gâteau cuit sur des pierres chaudes qu’il trouva à son chevet dans le chemin du désert, et il est écrit (ibid.) « et il marcha par la force de cette nourriture quarante jours et quarante nuits jusqu’à la montagne de Dieu, ‘Horev ». Et nos Sages de mémoire bénie ont compris le mot « a’har » (derrière) dans le sens de celui qui marche derrière son compagnon, et de là ils ont expliqué : partout où Moshé marchait dans le désert, le désert fuyait et devenait lieu habité.
וכונתם בזה כי הקב"ה היה פותח לו שערי חכמה והיה רואה שעדיין לא הגיע למה שהיה דורש עד שבא אל הר האלהים והוא חורבה, כלומר מדת הדין והיא האש האוכלת הקרבנות שנאמר (ויקרא ט) ותצא אש מלפני ה' ותאכל את העולה וגו', כנגדה באדם הנפש והיא האוכלת שנאמר (שם ז) הנפש האוכלת, ועל כן נראה לו המלאך בלבת אש כענין הראוי למדת הדין, ומתוך הסנה, ועל כן נהפך המטה לנחש וידו מצורעת, והמים לדם, ועל כן הזכיר בסוף הפרשה (שמות ד) ויחר אף ה' במשה, וכתיב אחריו ודבר הוא לך אל העם והיה הוא יהיה לך לפה, ונרמז בו השם למפרע, בשכבר הודעתיך בפרשת הפלגה שהוא מורה על מדת הדין בכל מקום שהוא רשום למפרע וענין הפרשה מוכיח כן באשר הוא שם.
Et leur intention en cela est que le Saint, béni soit-Il, lui ouvrait les portes de la sagesse et il voyait qu’il n’était pas encore arrivé à ce qu’il cherchait, jusqu’à ce qu’il arrive à la montagne de Dieu qui est ‘Horba, c’est-à-dire l’attribut du jugement, qui est le feu consumant les sacrifices, comme il est dit (Lévitique 9,24) « et un feu sortit de devant l’Éternel et consuma la ‘olah, etc. » ; correspondant à lui chez l’homme, l’âme (nefesh), qui est celle qui mange, comme il est dit (ibid. 7) « l’âme qui mange », et c’est pourquoi l’ange lui apparut dans une flamme de feu, d’une manière qui convient à l’attribut du jugement, et du milieu du buisson ; et c’est pourquoi le bâton se changea en serpent, et sa main devint lépreuse, et l’eau en sang ; et c’est pourquoi il a mentionné à la fin de la section (Exode 4) « et la colère de l’Éternel s’enflamma contre Moshé », et il est écrit ensuite « et lui parlera pour toi au peuple, et il sera pour toi une bouche » : et le Nom y est suggéré à rebours (le-mafrea’), comme je te l’ai déjà fait savoir dans la section de la Dispersion (Pelega), qui indique l’attribut du jugement partout où il est inscrit à rebours ; et le sujet de la section le prouve, ainsi que sa présence là.
והנה המראה הזאת הוא רמז למשה למה שעתיד הקב"ה ליתן תורה באש על ידו במקום הזה וישמעו כל ישראל אנכי ולא יהיה לך מפי הגבורה.
Et voici que cette vision est une allusion pour Moshé à ce que le Saint, béni soit-Il, allait donner la Torah par le feu par son intermédiaire en ce lieu, et tout Israël entendrait « Je suis » et « tu n’auras pas » de la bouche de la Puissance.
ודעת הרמב"ן ז"ל בפרשה הזאת כי מה שאמר וירא מלאך ה' אליו בלבת אש ומה שאמר ויקרא אליו אלהים הכל אחד, וזהו שאמר מלאך ה' מתוך הסנה ואמר אלהים מתוך הסנה, וכן תמצא על הים שכתוב (שם יד) ויסע מלאך האלהים והוא באור לא סמוך. ואל תתמה איך יסתיר משה פניו מן המלאך כי המלאך הנזכר בכאן הוא המלאך הגואל שכתוב בו (בראשית לא) אנכי האל בית אל וכן אמר בכאן אנכי אלהי אביך אלהי אברהם אלהי יצחק ואלהי יעקב והוא שנאמר עליו (שמות כג) כי שמי בקרבו.
Et l’avis du Ramban, de mémoire bénie, sur cette section est que ce qu’il dit « et l’ange de l’Éternel lui apparut dans une flamme de feu » et ce qu’il dit « et Dieu l’appela » est tout un, et c’est ce qu’il dit « l’ange de l’Éternel du milieu du buisson » et il dit « Dieu du milieu du buisson » ; et de même tu trouves à propos de la mer, où il est écrit (Exode 14,19) « et l’ange de Dieu partit » ; Ici, « Dieu » explique « ange » : il ne s’agit pas d’un état construit. Et ne t’étonne pas de la façon dont Moshé cacha son visage devant l’ange, car l’ange mentionné ici est l’ange rédempteur, dont il est écrit (Genèse 31,13) « Je suis le Dieu de Beit-El », et de même il a dit ici « Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Avraham, le Dieu de Yitz’haq et le Dieu de Yaakov » ; et c’est de lui qu’il est dit (Exode 23,21) « car Mon nom est en lui ».
וירא ה' כי סר לראות. קבלנו כי יש שם בן מאה אותיות ויוצא מפסוק זה, והוא מסורת רבינו שמואל הכהן ז"ל שקבל מרבו ורבו מרבו מפי רב הונא.
« Et l’Éternel vit qu’il se détournait pour voir. » Nous avons reçu qu’il existe là un Nom de cent lettres, et il sort de ce verset, et c’est la tradition de notre maître Shemouel ha-Cohen, de mémoire bénie, qui le reçut de son maître, et son maître de son maître, de la bouche de Rav Houna.
מתוך הסנה. דרשו רז"ל הוא סנה הוא סיני וכן אנו יכולים לדרוש מתוך הסנה מתוך ניסן כי המראה הזאת למשה בט"ו בניסן היה, וזהו מתוך הסנה הוא יום הגאולה לשנה הבאה, ותצטרך עוד לזה לענין שאני עתיד לכתוב.
« Du milieu du buisson (sneh). » Nos Sages de mémoire bénie ont expliqué : le Sneh est le Sinaï ; et de même nous pouvons expliquer « du milieu du buisson » : du milieu de Nissan, car cette vision pour Moshé eut lieu le 15 Nissan, et c’est « du milieu du buisson » : c’est le jour de la délivrance l’année suivante ; et tu en auras encore besoin pour une question que je vais écrire.
משה משה. ע"ד הפשט מה שקורין מלמעלה לנביא בשם כפול לפי שהקול היה כחו גדול כענין שנאמר (תהילים כ״ט:ד׳) קול ה' בכח, ומכח הקול ותקפו נשמע קול הברה. וקריאת משה היתה פעם אחת ונשמע למשה שני פעמים וכן לשאר הנביאים שנקראו שני פעמים וכענין שכתוב (תהילים ס״ב:י״ב) אחת דבר אלהים שתים זו שמעתי כי עז לאלהים, כלומר מצד כח אלהים כי תלה הענין בכח הקול.
« Moshé, Moshé. » Selon le peshat, ce qu’on appelle d’en haut un prophète d’un nom doublé, c’est parce que la voix était d’une grande force, comme il est dit (Psaumes 29,4) « la voix de l’Éternel est avec force », et de la force de la voix et de sa puissance, un écho (qol havara) se fait entendre. Et l’appel de Moshé fut une fois et il fut entendu par Moshé deux fois, et de même pour les autres prophètes qui furent appelés deux fois ; et comme il est écrit (Psaumes 62,12) « Dieu a parlé une fois, deux fois j’ai entendu ceci, que la force est à Dieu », c’est-à-dire du côté de la force de Dieu, car il a suspendu le sujet à la force de la voix.
וע"ד המדרש כל מי שכפל שמו הוא בשני עולמות, נח נח, אברהם אברהם, יעקב יעקב, משה משה, פרץ פרץ. והרי כתיב תרח תרח, אף הוא לא מת עד שעשה תשובה.
Et selon le Midrash : quiconque a son nom doublé est dans deux mondes : Noa’h Noa’h, Avraham Avraham, Yaakov Yaakov, Moshé Moshé, Perets Perets. Or il est écrit « Te’rah Te’rah » : lui aussi ne mourut pas avant d’avoir fait repentance.
וע"ד השכל מפני שהנביא הנקרא נבהל בקריאה ראשונה ואם יבא אליו הדבור מיד לא יבין, לכך יצטרך להקרא שנית כדי שיתישב ואחרי כן ידבר עמו.
Et selon l’intellect : parce que le prophète appelé est effrayé par le premier appel, et si la parole lui venait aussitôt il ne comprendrait pas ; c’est pourquoi il faut l’appeler une seconde fois pour qu’il retrouve son calme, et après cela Il lui parle.
וע"ד הקבלה טעם הכפל במשה ובשאר הנביאים כדי לבאר שהקריאה ההיא ומה שנמשך אחריה הכל בהסכמת הרחמים והדין, וקראו השמות בלשון כפל מאת הקב"ה לא מצאנום בתורה כי אם ארבעה.
Et selon la Kabbale, la raison du doublement chez Moshé et chez les autres prophètes est d’expliquer que cet appel et ce qui s’ensuit est tout en accord de la miséricorde et du jugement ; et les noms appelés en expression doublée de la part du Saint, béni soit-Il, nous n’en avons trouvé dans la Torah que quatre.
של נעליך. ע"ד הפשט הזהירו בשלילת הנעל לקדושת המקום וכדי שלא יקל את ראשו כנגד השכינה וזה דומה למה שאמר לו (שמות כג) השמר מפניו ושמע בקולו אל תמר בו.
« Ôte (shal) tes sandales. » Selon le peshat, il l’avertit d’ôter la sandale par sainteté du lieu et afin qu’il ne se montre pas léger devant la Présence, et cela ressemble à ce qu’Il lui dit (Exode 23,21) « garde-toi devant lui et écoute sa voix, ne te rebelle pas contre lui ».
וע"ד השכל של נעליך, לא אמר חלוץ כמו בענין היבום שהזכיר בו (דברים כה) וחלצה נעלו, ולא אמר שלוף כמו בענין הקנין שכתוב (רות ד) שלף איש נעלו, אך בענין הנבואה הזכיר של מלשון שלילה, הזהירו שישלול ממנו החומריות שהמשילם לנעלים, לפי שהחומר דבק בגוף כמו שהמנעל דבק ברגל, וכשם שיש ביד האדם לשלול נעלו מעל רגלו כן בידו שישלול ממנו החומריות כדי שיהיה מוכן לנבואה, וראוי להדבק באור השכל. והזכיר ביהושע של נעלך כי הזכירו על שלילת מקצת לא על כלן, וזוהי מעלתו של משה בהיותו משולל יותר מיהושע שהרי משה פירש מן האשה ונאמר לו (דברים ה) ואתה פה עמוד עמדי ולא נאמר כן ליהושע.
Et selon l’intellect : « shal na’alékha » ; il n’a pas dit « ‘halots » comme dans le cas du lévirat, où il est dit (Deutéronome 25,9) « et elle déchaussera (ve-‘halatsa) sa sandale », ni « shelof » comme dans le cas de l’acquisition, où il est écrit (Ruth 4,7) « un homme retirait (shalaf) sa sandale » ; mais dans le cas de la prophétie il a mentionné « shal » de l’expression de privation (shelila) : il l’avertit de se dépouiller de la matérialité qu’il a comparée à des sandales, car la matière est attachée au corps comme la chaussure est attachée au pied, et de même que l’homme a le pouvoir d’ôter sa sandale de son pied, ainsi il a le pouvoir de se dépouiller de la matérialité afin d’être prêt pour la prophétie, et il convient de s’attacher à la lumière de l’intelligence. Et à propos de Yehoshoua’ il a mentionné « shal na’alekha » (au singulier) car il a mentionné le dépouillement d’une partie des attaches matérielles, non de toutes, et c’est la supériorité de Moshé, qui était davantage dépouillé de la matérialité que Yehoshoua’, car Moshé s’était séparé de la femme et il lui fut dit (Deutéronome 5,28) « et toi, reste ici avec moi », et il n’a pas été dit ainsi à Yehoshoua’.
וע"ד הקבלה של נעליך ירמוז שנגלית השכינה בשני גוונים אש שחורה ואש לבנה, שכן השכינה כלולה דין ורחמים. אל תקרב הלום של מפני אימת המלכות וקדושת המקום אמר לו של נעליך מעל רגליך. ועוד ירמוז לו כי במקום הזה תנתן התורה כתובה אש שחורה על גבי לבנה, ומטעם זה הזכיר הקב"ה למשה לשון של יותר משאר לשונות.
Et selon la Kabbale : « shal na’alékha » suggère que la Présence se révéla en deux couleurs, feu noir et feu blanc, car la Présence comprend jugement et miséricorde. « N’approche pas d’ici » (halom) : par crainte de la royauté et sainteté du lieu, Il lui dit « ôte tes sandales de tes pieds ». Et de plus il lui fait allusion que dans ce lieu la Torah sera donnée écrite en feu noir sur du blanc, et pour cette raison le Saint, béni soit-Il, a mentionné à Moshé l’expression « shal » plus que les autres expressions.
אדמת קדש הוא. מלת אדמת סמוכה לקדש, והוא הר סיני שכתוב (תהילים ס״ח:י״ח-י״ט) ה' בם סיני בקדש ועתה בתחלת נבואתו אמר לו אל תקרב הלום כי מלת הלום רמז לשכינה שהרי לשון מלכות הוא כענין שכתוב (שמואל א י) הבא עוד הלום איש, וכן (שם ב ז) כי הביאותני עד הלום. ולפי שהשכינה נאצלת מן הקדש פתח לו פתח להתבונן בקדש והזכיר לו אדמת הקדש.
« La terre est une terre sainte. » Le mot « admat » est à l’état construit devant « qodesh », et c’est le mont Sinaï, comme il est écrit (Psaumes 68,18) « l’Éternel est parmi eux, le Sinaï dans le sanctuaire », et maintenant au début de sa prophétie Il lui dit « n’approche pas d’ici », car le mot « halom » suggère la Présence, car c’est une expression de royauté, comme il est écrit (1 Samuel 10,22) « l’homme est-il encore venu ici (halom) ? » et de même (2 Samuel 7,18) « que Tu m’aies amené jusqu’ici (halom) ». Et parce que la Présence émane de la sainteté (qodesh), Il lui ouvrit une ouverture pour contempler dans la sainteté et lui mentionna « terre de sainteté ».
אנכי אלהי אביך. ע"ד הפשט כאלו אמר אלהי אבותיך, כענין שכתוב (שמות ט״ו:ב׳) אלהי אבי וארוממנהו ששעורו אלהי אבותי.
« Je suis le Dieu de ton père. » Selon le peshat, comme s’il avait dit « le Dieu de tes pères », comme il est écrit (Exode 15,2) « le Dieu de mon père, et je l’exalterai », dont le sens est « le Dieu de mes pères ».
וע"ד המדרש אלהי אביך זה עמרם והוא כאלו אמר אנכי אלהיך אבל רצה ליחד שמו על הצדיק שמת לא על החי.
Et selon le Midrash : « le Dieu de ton père », c’est ‘Amram, et c’est comme s’il avait dit « Je suis ton Dieu », mais Il voulut attacher Son nom au juste mort et non au vivant.
והנה משה כששמע קול הקריאה משה משה דמות קולו של אביו שמע, וכן דרשו בתנחומא נגלה עליו בקולו של אביו עמרם, שמח משה אמר עמרם אבי חי, אמר לו הקב"ה אנכי אלהי אביך, בפתוי באתי אליך כדי שלא תתירא, ע"כ. ומכאן שהנביאים בשעת נבואתם נבהלים ונרתעים וצריכים פתוי כדי שיוכלו לקבל ולסבול הנבואה שכן מצינו בשמואל שנגלה עליו בקולו של עלי.
Et voici que Moshé, quand il entendit la voix de l’appel « Moshé, Moshé », entendit l’image de la voix de son père, et de même ils ont expliqué dans le Tan’houma : Il se révéla à lui avec la voix de son père ‘Amram ; Moshé se réjouit et dit : ‘Amram mon père est vivant ; le Saint, béni soit-Il, lui dit : « Je suis le Dieu de ton père » ; par persuasion Je suis venu à toi, afin que tu ne craignes pas ; jusqu’ici. Et de là que les prophètes, à l’heure de leur prophétie, sont effrayés et reculent et ont besoin de persuasion afin de pouvoir recevoir et supporter la prophétie, car nous trouvons chez Shemouel qu’Il se révéla à lui avec la voix de ‘Eli.
וע"ד הקבלה אלהי אביך, אדם הראשון, כי כשהקריב הבל קרבן הציץ בשכינה יותר מן ההשגה ועל כן נתחייב מיתה. ומזה הזכיר בכאן ויסתר משה פניו, כי ירא מהביט ממה שהביט כבר, כאדם שמתבייש ממה שכבר אירע לו (ויסתר משה פניו כי ירא מהביט) וזהו שדרשו רז"ל בפרק קמא דברכות, (שמות ל״ג:כ׳) ויאמר לא תוכל לראות את פני, אמר לו הקדוש ב"ה למשה כשרציתי לא רצית עכשיו שאתה רוצה איני רוצה, כלומר כשרציתי בסנה לא רצית שכן כתיב ויסתר משה פניו ועכשו שאתה רוצה ואומר הראני נא את כבודך לא תוכל לראות את פני.
Et selon la Kabbale : « le Dieu de ton père », c’est Adam le premier homme, car lorsque Hével offrit un sacrifice, il contempla la Présence au-delà de ce qu’il pouvait en saisir, et c’est pourquoi il fut condamné à mort. Et de là il a mentionné ici « et Moshé cacha son visage », car il craignait de regarder ce qu’il avait déjà regardé, comme un homme qui a honte de ce qui lui est déjà arrivé (« et Moshé cacha son visage car il craignait de regarder ») ; et c’est ce que nos Sages de mémoire bénie ont expliqué au premier chapitre de Berakhot (Exode 33,20) « et Il dit : tu ne pourras pas voir Ma face » : le Saint, béni soit-Il, dit à Moshé : quand Je voulais, tu n’as pas voulu ; maintenant que tu veux, Je ne veux pas ; c’est-à-dire : quand J’ai voulu au buisson, tu n’as pas voulu, comme il est écrit « et Moshé cacha son visage », et maintenant que tu veux et dis « fais-moi voir Ta gloire », tu ne pourras pas voir Ma face.
ופליג אדרבי מאיר דאמר ר' מאיר בשכר שלש זכה לשלש, בשכר ויסתר זכה לקלסתר פנים, בשכר כי ירא זכה לוייראו מגשת אליו, בשכר מהביט זכה לותמונת ה' יביט, ובאור זה כי בשכר שנתירא עתה להביט אל האלהים היא השכינה שהיא מדת הדין ונקראת אספקלריא שאינה מאירה זכה לסוף שנסתכל באספקלריא המאירה, היא מדת הרחמים.
Et cela diffère de (l’avis de) Rabbi Meïr, car Rabbi Meïr a dit : en récompense de trois choses il mérita trois choses : en récompense de « et il cacha » il mérita l’éclat du visage (qalasstér panim) ; en récompense de « car il craignait » il mérita « et ils craignirent de s’approcher de lui » ; en récompense de « de regarder » il mérita « et il contemple la forme de l’Éternel » (Nombres 12,8). Et l’explication de cela : en récompense de ce qu’il craignit maintenant de regarder vers Dieu, qui est la Présence, qui est l’attribut du jugement et est appelée miroir qui n’éclaire pas, il mérita à la fin de contempler dans le miroir qui éclaire, qui est l’attribut de la miséricorde.
ויאמר ה'. יש לך להתבונן כי כל הפרשה בשם אלהים ובכאן התחיל שם המיוחד שהוא מדת רחמים, כי יבטיח עתה שירחם על עמו ויושיע אותם במדת רחמים.
« Et l’Éternel dit. » Tu dois observer que toute la section est au nom « Elohim », et ici commence le Nom particulier, qui est l’attribut de miséricorde, car il promet maintenant qu’Il aura pitié de son peuple et les sauvera par l’attribut de miséricorde.
ראה ראיתי. יש בכתוב הזה ג' ענינים זה למעלה מזה ראיה שמיעה ידיעה, למעלה מראיה שמיעה שהרי כח השמיעה זך ודק מכח הראיה, למעלה משתיהן ידיעה שאין השלמת הראיה או השמיעה אלא בידיעה שאם יראה אדם דבר או ישמע קול ולא ידע מה הוא הרי הוא כאלו לא ראה אותו דבר או לא שמע אותו הקול. ועל כן יבאו שני ענינים אלו בתורה במקום הבנה, שמיעה הוא שכתוב (דברים כ״ח:מ״ט) גוי אשר לא תשמע לשונו, ראיה הוא שכתוב (קהלת א׳:ט״ז) ולבי ראה, והיודע דבר אע"פ שלא ראה אותו ולא שמע אותו מעולם הוא כאלו ראהו או שמעו.
« J’ai vu, j’ai vu. » Il y a dans ce verset trois choses, l’une au-dessus de l’autre : voir, entendre, savoir ; entendre est au-dessus de voir, car la faculté d’entendre est plus pure et plus subtile que la faculté de voir ; au-dessus des deux, savoir, car l’achèvement de voir ou d’entendre n’est que dans le savoir, car si un homme voit une chose ou entend une voix sans savoir ce que c’est, c’est comme s’il n’avait pas vu cette chose ou n’avait pas entendu cette voix. Et c’est pourquoi ces deux sujets viennent dans la Torah à la place de la compréhension : entendre, c’est ce qui est écrit (Deutéronome 28,49) « une nation dont tu ne comprendras pas la langue » ; voir, c’est ce qui est écrit (Ecclésiaste 1,16) « et mon cœur a vu » ; et celui qui sait une chose, bien qu’il ne l’ait jamais vue ni entendue, c’est comme s’il l’avait vue ou entendue.
ובמדרש ראה ראיתי, שתי ראיות למה, אמר הקב"ה למשה משה אתה רואה ראיה אחת ואני רואה שתי ראיות אתה רואה אותם באים לסיני ומקבלים את התורה ואני רואה אותם היאך מתבוננים בי ושומטין אחד מטטראמולין שלי שנאמר (יחזקאל א׳:י׳) ופני שור מהשמאל ומכעיסין אותי בו.
Et dans le Midrash : « J’ai vu, j’ai vu » : pourquoi deux visions ? Le Saint, béni soit-Il, dit à Moshé : Moshé, toi tu vois une seule vision et Moi Je vois deux visions : toi tu les vois venir au Sinaï et recevoir la Torah, et Moi Je les vois comment ils Me contemplent et détachent l’une des quatre figures de Mon attelage (tetramoulin) et Me provoquent à la colère par lui, comme il est dit (Ézéchiel 1,10) « et une face de taureau à gauche ».
וארד להצילו וגו' אל ארץ טובה ורחבה. מה צריך להאריך הכתוב כל כך בשבח העצים והאבנים, ועוד ספור השבח במקום הזה למה כי העם אשר ברזל באה נפשו והוא מיוסר ביסורין ביד אדונים קשה הלא די לו שמחה וששון שיבשרו אותו בגאולה ואפילו על מנת לצאת אל ארץ תלאובות, אבל הענין כי כל השבחים הללו על שם התורה נאמרו, ארץ טובה ורחבה ארץ של טובה ושל רחבה, טובה שנאמר (משלי ד׳:ב׳) כי לקח טוב וגו', רחבה שנאמר (תהילים קי״ט:צ״ו) רחבה מצותך מאד, וכתיב (איוב י״א:ט׳) ורחבה מני ים, ארץ זבת חלב ודבש שנאמר (שיר השירים ד׳:י״א) דבש וחלב וגו', ואחר כך הזכיר הארץ ממש ששם עקר התורה הזאת, הוא שאמר אל מקום הכנעני, כלומר אתם תירשו מקום הכנעניים כי אינם ראוים לדור במקום משכנות התורה.
« Et Je suis descendu pour le sauver, etc. vers un pays bon et vaste. » Quel besoin l’Écriture a-t-elle de s’étendre autant dans l’éloge des arbres et des pierres, et pourquoi encore raconter l’éloge à cet endroit ? Car le peuple dont l’âme est prise dans les fers, tourmenté de tourments par la main de maîtres durs, ne lui suffit-il pas de joie et d’allégresse qu’on lui annonce la délivrance, même à condition de sortir vers un pays desséché et brûlant ? Mais la chose est que tous ces éloges ont été dits au nom de la Torah : « un pays bon et vaste », un pays de bonté et d’ampleur : bon, comme il est dit (Proverbes 4,2) « car je vous ai donné une bonne doctrine, etc. » ; vaste, comme il est dit (Psaumes 119,96) « ton commandement est très vaste », et il est écrit (Job 11,9) « et plus vaste que la mer » ; « un pays où coulent le lait et le miel », comme il est dit (Cantique des Cantiques 4,11) « le miel et le lait, etc. » ; et ensuite il a mentionné le pays réel, où se trouve l’essentiel de cette Torah, c’est ce qu’il a dit « vers le lieu du Cananéen », c’est-à-dire : vous hériterez du lieu des Cananéens, car ils ne sont pas dignes d’habiter le lieu des demeures de la Torah.
וכן דרשו רז"ל, (בראשית ב׳:י״א-י״ב) וזהב הארץ ההיא טוב, אין תורה כתורת ארץ ישראל ואין חכמה כחכמת ארץ ישראל, ויש לפרש עוד אל מקום הכנעני לא אמר אל ארץ הכנעני כאשר יאמר בשאר המקומות לרמוז שיירשו אותם ויכריתום וישבו במקומם לא שידורו ביניהם כאבותיהם.
Et de même nos Sages de mémoire bénie ont expliqué (Genèse 2,11-12) « et l’or de ce pays est bon » : il n’y a pas de Torah comme la Torah de la terre d’Israël, et pas de sagesse comme la sagesse de la terre d’Israël ; et on peut encore expliquer « vers le lieu du Cananéen » : il n’a pas dit « vers le pays du Cananéen » comme il le dit en d’autres endroits, pour faire allusion à ce qu’ils en hériteront, les extermineront et habiteront à leur place, et non qu’ils habiteront parmi eux comme leurs pères.
צעקת בני ישראל באה אלי. והלא כבר הזכיר למעלה ואת צעקתם שמעתי.
« Le cri des fils d’Israël est venu jusqu’à Moi. » Mais n’a-t-il pas déjà mentionné plus haut « et leur cri J’ai entendu » ?
אבל על דרך הקבלה צעקת בני ישראל היא כנסת ישראל שבאה לפני צועקת, כלשון (בראשית יח) הכצעקתה הבאה אלי.
Mais selon la voie de la Kabbale, « le cri des fils d’Israël » est l’Assemblée d’Israël (Knesset Israël) qui vient devant Lui en criant, selon l’expression (Genèse 18,21) « selon son cri, qui vient jusqu’à Moi ».
וגם ראיתי את הלחץ. פי' רבינו חננאל ז"ל מפני שנכנסו למצרים בשבעים נפש והושיבם יוסף בארץ גשן ולא היתה הארץ מכילה אותם כי היתה הברכה בהם, ומצריים לא היו מניחים אותם להתרחב בארץ אבל היו לוחצים ודוחקים אותם, והביא ראיה לזה ממה שאמר הכתוב (שופטים א) וילחצו האמורי את בני דן ההרה כי לא נתנו לרדת לעמק.
« Et aussi j’ai vu l’oppression. » Rabbénou ‘Hananel, de mémoire bénie, a expliqué : parce qu’ils entrèrent en Égypte à soixante-dix âmes et que Yossef les installa dans le pays de Goshen, et le pays ne les contenait pas car la bénédiction était en eux, et les Égyptiens ne les laissaient pas s’étendre dans le pays mais les pressaient et les serraient, et il en apporta la preuve de ce que dit l’Écriture (Juges 1,34) « et les Amorites pressèrent les fils de Dan vers la montagne, car ils ne les laissèrent pas descendre dans la vallée ».
ועתה לכה ואשלחך אל פרעה. היה לו לומר ועתה לך, ועל דרך הפשט תוספת הה"א להורות על חמשה ימים שעתידין שיחנו בהר סיני, זהו מראש חדש סיון עד יום ששי שבו קבלו התורה ועל כן אמר וזה לך האות אות הה"א הנוספת שהוא חשבון חמשה, ואמר בהוציאך את העם ממצרים תעבדון את האלהים על ההר הזה חמשה ימים ובששי תקבלו את התורה.
« Et maintenant, va (leka), et Je t’enverrai vers Pharaon. » Il aurait dû dire « ve-’atta lekh ». Et selon le peshat, l’addition du hé indique les cinq jours qu’ils devaient camper au mont Sinaï, c’est-à-dire du début du mois de Sivan jusqu’au sixième jour où ils reçurent la Torah ; et c’est pourquoi il a dit « et ceci est pour toi le signe » : la lettre hé en plus, qui vaut cinq ; et il a dit « quand tu feras sortir le peuple d’Égypte, vous servirez Dieu sur cette montagne » cinq jours et au sixième vous recevrez la Torah.
וע"ד הקבלה תוספת ה"א במלת לכה היא ה"א אחרונה שבשם ועל כן אמר וזה לך האות כי אות הה"א יקרא זה כלשון (שמות טו) זה אלי ואנוהו, בעבור זה עשה ה' לי, ועל כן אמר כי אהיה עמך והנה אות הברית שיהיה עמו ואין לך אות גדול מזה וראוי שיאמינו הכל.
Et selon la Kabbale, l’addition du hé dans le mot « leka » est le dernier hé du Nom, et c’est pourquoi il a dit « et ceci est pour toi le signe », car la lettre hé est appelée « ceci » (zé), selon l’expression (Exode 15,2) « ceci est mon Dieu et je Le glorifierai », (Exode 13,8) « à cause de ceci l’Éternel a agi pour moi » ; et c’est pourquoi il a dit « car Je serai avec toi » : voici le signe de l’alliance qu’Il sera avec lui, et il n’y a pas de signe plus grand que cela, et il convient que tous croient.
מי אנכי כי אלך אל פרעה. כתב הרמב"ן ז"ל אמר הש"י למשה שני דברים, האחד שירד להצילם מיד מצרים והיה אפשר שיצילם מידם בארץ גשן עצמה או קרוב משם, והשני שיעלה אותם מן הארץ ההיא אל מקום הכנעני.
« Qui suis-je pour aller vers Pharaon ? » Le Ramban, de mémoire bénie, a écrit : le Nom, béni soit-Il, dit à Moshé deux choses : la première, qu’Il est descendu pour les sauver de la main des Égyptiens, et il était possible de les sauver de leur main dans le pays de Goshen même ou près de là ; et la seconde, qu’Il les ferait monter de ce pays vers le lieu du Cananéen.
והנה משה נתירא משניהם ואמר מי אנכי כי אלך אל פרעה, אני שפל אנשים רועה צאן והוא מלך גדול ואם אומר אליו לעזוב את העם יהרגני כענין שאמר שמואל (שמואל א ט״ז:ב׳) ושמע שאול והרגני.
Et voici que Moshé craignit des deux et dit « qui suis-je pour aller vers Pharaon » : je suis un homme de peu, berger de petit bétail, et lui est un grand roi, et si je lui dis de laisser partir le peuple, il me tuera, comme dit Shemouel (1 Samuel 16,2) « et Shaoul l’apprendra et me tuera ».
ועוד מי אנכי כי אוציא את בני ישראל עם חכם ונבון הגוי הגדול הזה, מארץ מצרים, כי לא יחשבוני ללכת אחרי אל עמים גדולים ועצומים והם בודאי ירצו לצאת מתוך השעבוד הגדול ההוא כי מי האדם שלא ירצה לצאת מעבודה קשה שאין כמוה, אבל העליה לארץ הכנעני לא ישמעו, וכן היה הדבר שהיתה מלחמת הכנענים קשה על ישראל במדבר ומאז פחדו עליה תמיד וזאת היתה פחדו של משה, והש"י השיבו על שניהם אמר לו כי אהיה עמך ואל תירא מפרעה וזה לך האות אל העם אשר שלחתיך להם כי בהוציאך את העם ממצרים תעבדון את האלהים על ההר הזה ומאז יקבלו עבודת הש"י ללכת אחרי מצותיו ועל כן נגליתי לך בהר הזה בלבת אש כי כן אהיה תמיד לעיני כל העם בעבדם אותי בהר הזה, והנה למשה רבינו אות במה שראה מתוך הסנה שלא יפחד מפרעה כיון שהבטיחו להצילו, ולישראל גם כן אות שלא יפחדו מן העמים בבאם אל הר סיני כי ישמעו לו לצאת אל מקום קרוב דרך שלשת ימים, ע"כ לשון הרב ז"ל.
Et de plus « qui suis-je pour faire sortir les fils d’Israël », peuple sage et intelligent, cette grande nation, du pays d’Égypte, car ils ne me jugeront pas digne d’être suivi vers des peuples grands et puissants ; et eux certainement voudront sortir de ce grand asservissement, car quel est l’homme qui ne voudrait pas sortir d’un travail dur sans pareil ; mais la montée vers le pays des Cananéens ils ne l’écouteront pas ; et ainsi fut la chose, car la guerre des Cananéens fut dure pour Israël dans le désert, et dès lors ils la craignirent toujours ; et c’était la crainte de Moshé. Et le Nom lui répondit sur les deux : Il lui dit « car Je serai avec toi », ne crains pas Pharaon ; et « ceci est pour toi le signe » pour le peuple vers qui Je t’ai envoyé : « quand tu feras sortir le peuple d’Égypte, vous servirez Dieu sur cette montagne » et dès lors ils recevront le service du Nom, pour marcher derrière Ses commandements ; et c’est pourquoi Je me suis révélé à toi sur cette montagne dans une flamme de feu, car ainsi Je serai toujours aux yeux de tout le peuple quand ils Me serviront sur cette montagne ; et voici, pour Moshé notre maître, un signe dans ce qu’il vit du milieu du buisson, qu’il ne craigne pas Pharaon puisqu’Il lui a promis de le sauver ; et pour Israël aussi un signe, qu’ils ne craignent pas les peuples quand ils viendront au mont Sinaï, car ils l’écouteront pour sortir vers un lieu proche, à trois jours de chemin ; jusqu’ici les mots du Rav, de mémoire bénie.
ואמרו לי מה שמו מה אומר אליהם. היה ראוי שיאמר מה אות, כי האיש המתנבא אל עם בדבר ה' אין מחזיקין אותו כנביא ולא יאמינו בדבריו עד שיתן להם אות בעתיד ובא האות והמופת כאשר דבר וכל שכן שלא ישמעו אליו ללכת אחריו, ומה שאמר משה ואמרו לי מה שמו ידוע כי זכירת שם אחד משמותיו הקדושים של הקב"ה איננו אות לישראל כלל, כי אם ידעו ישראל אותו שם גם משה אפשר לו שידענו כהם ומה הראיה בהגידו אותו להם, ואם לא ידעוהו ולא שמעוהו מעולם מה הראיה והמופת בזכירת השם שיאמין בו עתה מי שלא היה מאמין בו מתחלה, והרי אנו רואים כי משה אחרי שהודיע הקב"ה השם ההוא, אמר והן יאמינו לי, והוצרך הקב"ה לתת לו אותות.
« Et ils me diront : quel est son nom ? Que leur dirai-je ? » Il aurait dû dire « quel est le signe », car l’homme qui prophétise à un peuple une parole de l’Éternel n’est pas tenu pour prophète et on ne croit pas ses paroles jusqu’à ce qu’il leur donne un signe pour l’avenir et que le signe et le prodige se réalisent comme il a dit, et à plus forte raison qu’ils ne l’écouteront pas pour le suivre ; et ce que Moshé dit « et ils me diront : quel est son nom », il est connu que la mention de l’un des noms saints du Saint, béni soit-Il, n’est pas du tout un signe pour Israël, car si Israël connaît ce nom, Moshé aussi peut le connaître comme eux, et quelle preuve y a-t-il dans le fait qu’il le leur dise ? Et s’ils ne l’ont pas connu et ne l’ont jamais entendu, quelle preuve et quel prodige y a-t-il dans la mention du nom pour que croie en lui maintenant celui qui n’y croyait pas au début ? Et voici que nous voyons que Moshé, après que le Saint, béni soit-Il, lui eut fait connaître ce Nom, dit « Mais ils ne me croiront pas », et le Saint, béni soit-Il, dut lui donner des signes.
וע"ד הפשט באור מה שמו מה אמתת מציאותו ורצה לומר כי ישאלוהו ישראל על מציאות השם ועל דרך ההשגחה שהוא עקר האמונה, ועל כן בקש ממנו שיאמר לו שם שיורה הוראה שלמה על המציאות וההשגחה אצל החכמים שבהם שיאמינו בדבריו וישמעו לקולו, ועל כן השיבו הש"י אהיה אשר אהיה הודיעהו השם הזה הנמצא אשר הוא הנמצא כלומר ראוי המציאות והודיעהו לבאר להם.
Et selon le peshat, l’explication de « quel est son nom » est : quelle est la vérité de son existence ; et il voulait dire qu’Israël l’interrogerait sur l’existence du Nom et sur la voie de la providence, qui est le fondement de la foi ; et c’est pourquoi il lui demanda de lui dire un nom qui indique complètement l’existence et la providence auprès des sages d’entre eux afin qu’ils croient à ses paroles et écoutent sa voix ; et c’est pourquoi le Nom, béni soit-Il, lui répondit « Ehyé asher Ehyé » : Il lui fit connaître ce Nom : Celui qui existe, qui est Celui qui existe, c’est-à-dire Celui dont l’existence est nécessaire ; et Il lui fit connaître pour qu’il leur explique.
והרמב"ן ז"ל כתב בפירוש השם הזה הנמצא אשר הוא נמצא כלומר ראוי המציאות והודיעהו לבאר להם כי הוא נמצא ראוי להמצא שלא היה נעדר ולא יעדר, ולפי הענין הזה ששאלתו של משה היה בענין המציאות וההשגחה, יש לתמוה בזה איך היו זקני ישראל מסופקים במציאות ה' יתברך ובהשגחתו והמה חכמים מחוכמים ומקובלי האבות איך יצטרכו לשאול בזה הוראת ה' לברר להם עניני המציאות וההשגחה, והנה השם לא יהיה להם ראיה כלל כי אלו היו בהם אפיקורסין בבטול המציאות או מאמיני קדמות העולם לא היה השם הזה שום ראיה לבטל מהם הדעת הנפסד ההוא.
Et le Ramban, de mémoire bénie, a écrit sur l’explication de ce Nom : Celui qui existe, qui existe, c’est-à-dire Celui dont l’existence est nécessaire, et Il lui fit connaître pour leur expliquer que Son existence est nécessaire, qu’Il n’a jamais été inexistant et ne le sera jamais. Et selon ce sens, que la question de Moshé portait sur l’existence et la providence, il y a lieu de s’étonner : comment les anciens d’Israël étaient-ils dans le doute sur l’existence de l’Éternel, béni soit-Il, et sur sa providence, eux qui étaient des sages avisés et des dépositaires de la tradition des patriarches ? Comment auraient-ils besoin de demander cela, l’enseignement de l’Éternel, pour qu’on leur clarifie les questions de l’existence et de la providence ? Et voici que le Nom ne leur serait pas une preuve du tout, car s’il y avait parmi eux des hérétiques (apiqorsin) niant l’existence du Créateur ou croyant à l’éternité du monde, ce Nom ne serait aucune preuve pour leur ôter cette opinion corrompue.
וכתב החכם המחבר חובת הלבבות, ואמרו לי מה שמו, ענינו מה עצמו, כי מה שאנו מתארים אותו אלהי השמים ואלהי הארץ וכן אלהי הרוחות ומסמיכין אותו לזולתו מפני שאין אני משיגים עצמותו, אבל אלו השגנו עצמותו לא היינו צריכים לתארו ולהסמיכו לזולתו, ולכך בקש משה מה ישיב אם ישאלוהו מה עצמו. ומפני שהשם נודע משני צדדים מצד המושכל ומצד המקובל ע"כ השיב לו והודיעו משם הזה שהוא המושכל שמתוכו ישיגנו אדם מתוך מעשיו, ובעבור שהעם לא יבינו המושכל לכך הזכיר לו המקובל גם כן הוא שאמר ה' אלהי אבותיכם אלהי אברהם אלהי יצחק ואלהי יעקב שלחני אליכם שהידיעה הזאת היא מצד קבלת האבות, וכענין שכתוב (איוב ט״ו:י״ח) אשר חכמים יגידו.
Et le sage, auteur de « Hovot ha-Levavot », a écrit : « et ils me diront : quel est son nom » : son sens est « quelle est son essence », car ce que nous Le décrivons « Dieu du ciel et Dieu de la terre » et de même « Dieu des esprits » et L’attachons à autre que Lui, c’est parce que nous n’appréhendons pas Son essence ; mais si nous appréhendions Son essence, nous n’aurions pas besoin de Le décrire et de L’attacher à autre que Lui ; et c’est pourquoi Moshé demanda ce qu’il répondrait si on l’interrogeait sur Son essence. Et comme le Nom est connu de deux côtés, du côté de l’intelligible et du côté de la tradition, le Nom lui répondit et lui fit connaître par ce Nom, qui est l’intelligible, par lequel l’homme L’appréhende à travers Ses œuvres ; et comme le peuple ne comprend pas l’intelligible, Il lui mentionna aussi la tradition, c’est ce qu’il a dit « l’Éternel, Dieu de vos pères, Dieu d’Avraham, Dieu de Yitz’haq et Dieu de Yaakov m’a envoyé vers vous », car cette connaissance vient de la tradition des patriarches, et comme il est écrit (Job 15,18) « ce que les sages rapportent ».
וע"ד המדרש ואמרו לי מה שמו, בקש לידע שמו הגדול, אמר לו הקב"ה שמי אתה מבקש לידע לפי מעשי אני נקרא כשאני דן את הבריות אני נקרא אלהם כשאני עושה ברשעים מלחמה אני נקרא צבאות, כשאני תולה חטאו של אדם אני נקרא שדי, כשאני יושב בכסא רחמים אני נקרא ה', כונת החכמים במדרש הזה כי אין רבוי ביחוד, ומה ששמותיו יתברך רבים השכל יודע כי כלם נאמרים לבורא אחד אבל הפה אינו יכול לכלול אותם בבת אחת במלה אחת כאשר יכלול אותם השכל, וע"כ שמותיו יתעלה רבים מתרבים ומשתנים לפי הפעולות מצד המקבלים לא מצדו יתברך.
Et selon le Midrash : « et ils me diront : quel est son nom » : il voulait connaître Son grand nom ; le Saint, béni soit-Il, lui dit : tu veux connaître Mon nom ? Je suis appelé selon Mes actes : quand Je juge les créatures, Je suis appelé Elohim ; quand Je fais la guerre aux méchants, Je suis appelé Tseva’ot ; quand Je diffère le châtiment du péché de l’homme, Je suis appelé Shaddaï ; quand Je siège sur le trône de miséricorde, Je suis appelé par le Tétragramme. L’intention des Sages dans ce Midrash est qu’il n’y a pas de multiplicité dans l’unicité ; et si Ses noms, béni soit-Il, sont nombreux, l’intelligence sait que tous sont dits d’un seul Créateur, mais la bouche ne peut pas les englober tous à la fois en un seul mot, comme le fait l’intelligence, et c’est pourquoi Ses noms, qu’Il soit exalté, sont nombreux, multipliés et changeants selon les actions, du côté de ceux qui reçoivent et non de Son côté, béni soit-Il.
ויש לך לדעת כי הזכיר בכאן ג' פעמים בפסוק אחד שם אהיה כנגד שלש הויות לרמוז שהוא יתברך שליט בשלשה זמנים, היה הוה ויהיה, ושם אהיה לבדו כולל שלשה זמנים הללו, כי מלת אהיה כולל הזמן ההוה ופירושו כאלו אמר אני הוה, וכולל ג"כ לעתיד וכולל ג"כ לשעבר, ויהיה פירוש אהיה אשר אהיה אני הוא אותו שהיה כבר, וכן בשם המיוחד נכללין שלש הויות וידוע ומפורסם הוא ואין צריך להאריך בזה, וא"כ הנה שניהם מורים ענין אחד.
Et tu dois savoir qu’il a mentionné ici trois fois dans un seul verset le nom Ehyé, en correspondance avec trois « être » (havayot), pour faire allusion à ce qu’Il, béni soit-Il, domine sur trois temps : a été, est et sera ; et le nom Ehyé seul comprend ces trois temps, car le mot Ehyé comprend le temps présent et son explication est comme s’il avait dit « Je suis » ; et il comprend aussi le futur et le passé, et l’explication de « Ehyé asher Ehyé » sera : Je suis Celui qui fut déjà ; et de même dans le Nom particulier sont compris trois « être », et c’est connu et notoire et il n’est pas besoin de s’étendre, et donc les deux indiquent une seule chose.
וע"ד השכל בחכמת הצרוף שם אהיה לבדו כולל שלש הויות הללו כי האל"ף ראשית האחדים כנגד היה, וה"א אמצעית האחדים כנגד הוה, והיו"ד סוף האחדים ותכלית כל חשבון כנגד יהיה, וה"א אחרונה להורות כי הוא בשלשה זמנים הללו וקיומו בכלם בהוה, גם השם המיוחד מורה כן.
Et selon l’intellect, dans la science de la combinaison des lettres (hokhmat ha-tseruf), le nom Ehyé seul comprend ces trois « être » : le alef est le commencement des unités, correspondant à « fut » (haya) ; le hé est le milieu des unités, correspondant à « est » (hoveh) ; le yod est la fin des unités et le terme de tout compte, correspondant à « sera » (yihyé) ; et le dernier hé indique qu’Il est en ces trois temps et que Son existence en tous est au présent ; le Nom particulier indique aussi cela.
והושם אות היו"ד בראש מפני שהאל"ף ראשית האחדים והט' סוף האחדים וכשאנו חושבים ט' ואנו רוצים לחשוב יו"ד נצטרך על כל פעם לחזור לאל"ף ואי אפשר להשלים חשבון יו"ד כי אם עם האל"ף א"כ האל"ף ראשית ותכלית כן הבורא ראשית ותכלית לנמצאים כולם, והובלעו שתי אותיות אלו מהאל"ף והטי"ת ונעשה מהם יו"ד והיא בראש השם כדי לסתום הפתח ולהזהיר על השאלה הנמנעת, והיא שאלת מה לפנים מה לאחור, כי שאלת מה לפנים היא האל"ף ושאלת מה לאחור היא הטי"ת שהיא תכלית וע"כ הושם במקום שתיהן אות היו"ד הכולל ראשית ותכלית היה ויהיה, האל"ף כנגד היה והטי"ת כנגד יהיה, להורות כי הוא יתברך ראשית הכל ותכלית הכל, לפניו לא נוצר אל ואחריו לא יהיה, ואז נשאר בשם הזה להשלים שלש אותיות.
Et la lettre yod a été placée en tête parce que le alef est le commencement des unités et le tet la fin des unités, et quand nous comptons neuf et voulons compter dix, nous devons chaque fois revenir au alef, et il est impossible d’achever le compte du dix sinon avec le alef ; donc le alef est commencement et terme ; ainsi le Créateur est commencement et terme pour tous les existants ; et ces deux lettres, du alef et du tet, ont été englouties et il en a été fait un yod, et elle est en tête du Nom afin de boucher l’ouverture et avertir de la question interdite, qui est la question « qu’y a-t-il en avant, qu’y a-t-il en arrière », car la question « qu’y a-t-il en avant » est le alef et la question « qu’y a-t-il en arrière » est le tet, qui est le terme, et c’est pourquoi on a placé à la place des deux la lettre yod, qui comprend commencement et terme, « fut » et « sera » : le alef correspondant à « fut » et le tet correspondant à « sera », pour indiquer qu’Il, béni soit-Il, est le commencement de tout et le terme de tout, « avant Moi nul dieu ne fut formé et après Moi il n’y en aura pas » (Isaïe 43,10) ; et alors il reste dans ce Nom pour compléter trois lettres.
וע"ד הקבלה, ואמרו לי מה שמו, איזה שם משמותיו הקדושים שולח אותך, כלומר באיזה מידה ממידותיו אתה שלוח.
Et selon la Kabbale, « et ils me diront : quel est son nom » : lequel de Ses noms saints t’envoie, c’est-à-dire : par lequel de Ses attributs (middot) es-tu envoyé.
וכתב הרמב"ן ז"ל וזה לשונו על דעתי לא יסתפקו זקני ישראל במציאות הבורא כאשר אמר הרב חלילה וחס, אבל משה רבינו ע"ה היה ג"כ בעת ההיא אב בחכמה גדול במעלת הנבואה ובקש דרך שאלה מי השולח אותו, כלומר באיזו מדה הוא שלוח אליהם, זהו ואמרו לי מה שמו כלומר ישאלוני על שליחותי אם היא במדת אל שדי היא שעמדה לאבות שבה נעשו להם נסים נסתרים או במדת רחמים שבה נעשו נסים מפורסמים מחודשים ביצירה משנים טבעו של עולם, ועל כן שאל מה אומר אליהם, וה' יתברך השיבו אהיה אשר אהיה הודיעו שהוא שלוח אליהם במדת הדין אשר אהיה במדת רחמים,
Et le Ramban, de mémoire bénie, a écrit, et voici ses termes : à mon avis, les anciens d’Israël ne doutaient pas de l’existence du Créateur, comme l’a dit le Rav, à Dieu ne plaise ; mais Moshé notre maître, paix sur lui, était aussi à cette époque un père en sagesse, grand par le degré de la prophétie, et demanda par voie d’interrogation qui l’envoie, c’est-à-dire par quelle qualité il leur est envoyé ; c’est « et ils me diront : quel est son nom », c’est-à-dire ils m’interrogeront sur ma mission : est-elle dans la qualité d’El Shaddaï, qui assista les patriarches et par laquelle furent faits pour eux des miracles cachés, ou dans la qualité de miséricorde, par laquelle furent faits des miracles publics, renouvelés dans la création, changeant la nature du monde ; et c’est pourquoi il demanda « que leur dirai-je ? » ; et l’Éternel, béni soit-Il, lui répondit « Ehyé asher Ehyé » : Il lui fit connaître qu’il leur est envoyé dans la qualité de jugement, « asher Ehyé » dans la qualité de miséricorde,
ואמר כה תאמר לבני ישראל אהיה שלחני אליכם, ולא צוהו לומר אהיה אשר אהיה שלחני אליכם, הכונה שיזכיר להם השם האחד לבדו להורות על האחדות, ולכך צוהו עוד כה תאמר אל בני ישראל ה' וגו' שלחני אליכם, כי השם הזה מדת רחמים, וידעו כי יוליך לימין משה זרוע תפארתו ויחדש אותות ומופתים בעולם, והנה פירש לו כי אהיה אשר צוהו לאמר להם הוא השם הגדול הזה והם שוים בלשונם ובאותיות כי שני אותיות האחרונות שבשם הראשון הם הקודמות בזה כי בראשון יורו על חכמת שלמה שנאמר (מלכים א ה׳:כ״ו) וה' נתן חכמה לשלמה,
et Il dit « ainsi tu diras aux fils d’Israël : Ehyé m’a envoyé vers vous », et Il ne lui a pas ordonné de dire « Ehyé asher Ehyé m’a envoyé vers vous » ; l’intention est qu’il leur mentionne le seul nom unique pour indiquer l’unité, et c’est pourquoi Il lui ordonna encore « ainsi tu diras aux fils d’Israël : l’Éternel, etc., m’a envoyé vers vous », car ce Nom est la qualité de miséricorde, et ils sauront qu’Il conduira à la droite de Moshé le bras de Sa splendeur et renouvellera des signes et prodiges dans le monde ; et voici qu’Il lui expliqua que « Ehyé » qu’Il lui ordonna de leur dire est ce grand Nom, et ils sont égaux par leur langue et par les lettres, car les deux dernières lettres du premier nom sont les premières dans celui-ci, car dans le premier elles indiquent la sagesse de Shelomo, comme il est dit (1 Rois 5,26) « et l’Éternel donna la sagesse à Shelomo »,
ובזה יורו על חכמת אלהים ואות האל"ף בראשון תורה על הקדמות, ועל היחוד והיו"ד בשני על עשר ספירות בלי מה, ונלקחו שתי האותיות האלה האל"ף והיו"ד משני השמות הקדושים ונכתבו תחלה וסוף בשם הנכתב ונקרא באל"ף דל"ת להורות כי הוא אצילתו מן הראש עד סוף ומדת הדין באמצע כי שמי בקרבו ומשם תבין למה קמצתו עד כאן לשון הרב ז"ל. באור דבריו במלת שוים כי האל"ף בזה הוא היו"ד שבזה כי היו"ד כנגד האל"ף והה"א כנגד הה"א נשאר יו"ד ה"א באחרונה שהם מורות על חכמת שלמה כנגד וא"ו ה"א שבזה, שהן רמז לחכמת שלמה גם כן אם כן הכל אחד.
et dans celui-ci elles indiquent la sagesse de Dieu ; et la lettre alef dans le premier indique l’antériorité (qadmout) et l’unité, et le yod dans le second indique les dix sefirot belimah (« sans quoi ») ; et ces deux lettres, le alef et le yod, ont été prises des deux Noms saints et écrites au début et à la fin dans le Nom qui s’écrit et se lit avec alef-dalet (Adonaï), pour indiquer que c’est son émanation de la tête jusqu’à la fin, et l’attribut du jugement au milieu, car « Mon nom est en lui » (Exode 23,21), et de là tu comprendras pourquoi il porte un qamats. Fin des paroles du Rav, de mémoire bénie. Explication de ses paroles au mot « égaux » : le alef dans celui-ci est le yod dans celui-là, car le yod correspond au alef et le hé correspond au hé ; il reste yod-hé à la fin, qui indiquent la sagesse de Shelomo, correspondant à vav-hé dans celui-ci, qui sont aussi une allusion à la sagesse de Shelomo ; donc tout est un.
עוד מוסיף אני באור על דברי הרב כי שם אהי"ה ושם יהו"ה הכל אחד ושם אחד ודבר אחד, שהרי שם אהיה מספרו כמספר יה"ו שהוא עקר השם המיוחד כי הה"א כפולה, עוד אני אומר כי יש בידינו קבלה כי משה רבינו ע"ה בקש לדעת מהותו של שם כדי שיוכל להשיב להם תשובה ברורה, וזהו שאמר מה שמו כלומר מהות שמו, ומזה נרמז ונרשם בלשון שאלתו השם המיוחד לי מה שמו מה, וע"כ היה הענין מוכרח להשיב ולומר לו אהיה אשר אהיה שהוא המהות כי א"ה רמז לכתר עליון י"ה רמז לחכמה הרי שתי ספירות נכללות בשם אהיה,
J’ajoute encore une explication aux paroles du Rav : le nom Ehyé et le nom YHWH sont tout un, un seul nom et une seule chose, car le nom Ehyé a pour valeur numérique celle de Yah-Vav, qui est l’essentiel du Nom particulier, car le hé est doublé. Et encore, je dis que nous avons une tradition que Moshé notre maître, paix sur lui, demanda à connaître la quiddité (mahout) du nom afin de pouvoir leur donner une réponse claire, et c’est ce qu’il a dit « mah shemo » : la quiddité de son nom ; et de là est suggéré et inscrit dans la formulation de sa demande le Nom particulier : « li mah shemo mah » ; et c’est pourquoi il fallait lui répondre et dire « Ehyé asher Ehyé », qui est la quiddité, car « Eh » suggère la Couronne suprême (keter ‘elyon), « Yah » suggère la sagesse, voici que deux sefirot sont comprises dans le nom Ehyé,
ועוד שם אהיה רמז לתשובה ונקראת בשם שתי הספירות הקודמות לה לפי שהיא נאצלת מכחם, והנה אהיה הראשון בכתוב הוא התשובה והשני על שתי הספירות הקודמות לה ויהיה פירוש אהיה אשר אהיה המאושר מן אהיה הראשון והכל דבר אחד, והשם הזה הוא העליון שבכל מדותיו של הקב"ה, ועל זה רמז דוד המע"ה ואמר (תהילים קל״ח:ב׳) כי הגדלת על כל שמך אמרתך, כלומר כי הגדלת על כל שם ושם שיש לך אמרתך, והיא האמירה הזאת שאמר למשה, הוא שכתוב ויאמר אלהים אל משה אהיה אשר אהיה, ולפי שלא היו ראוין ישראל לגלות להם מה שנכלל בשני שמות אלו גלה אותו למשה וצוה אותו שיודיע לישראל אהיה שלחני אליכם,
et encore, le nom Ehyé suggère la Teshouva et est appelé du nom des deux sefirot qui la précèdent parce qu’elle émane de leur force ; et voici que le premier Ehyé dans l’Écriture est la Teshouva et le deuxième est pour les deux sefirot qui la précèdent, et l’explication de « Ehyé asher Ehyé » sera : le béni (ha-me’oushar) issu du premier Ehyé, et tout est une chose ; et ce Nom est le plus haut de toutes les qualités du Saint, béni soit-Il, et à cela a fait allusion David, le roi, paix sur lui, qui dit (Psaumes 138,2) « car tu as exalté au-dessus de tout ton nom ta parole », c’est-à-dire : tu as exalté au-dessus de chaque nom que tu as ta parole, et c’est cette parole qu’Il dit à Moshé, c’est ce qui est écrit « et Dieu dit à Moshé : Ehyé asher Ehyé » ; et comme Israël n’était pas digne qu’on lui révélât ce qui est compris dans ces deux noms, Il le révéla à Moshé et lui ordonna de faire savoir à Israël « Ehyé m’a envoyé vers vous »,
לא גלה להם בשמות אלו כי אם הכח הנאצל להם שהוא פנימיות הרחמים וקרא אותו אהיה, וגלה אותו ליחידי הדור אותם שהיו מוסרין עצמם על הצבור והיו סובלין המכות בשעבוד החומר והלבנים כדי להקל עול אחיהם, וכבר זכו אלו למעלה גדולה במתן תורה שכתוב בהם (שמות כ״ד:י׳) ויראו את אלהי ישראל ותחת רגליו כמעשה לבנת הספיר, והם הם שזכו עתה לידיעת שם אהיה וזהו שהזכיר לבני ישראל אהיה שלחני אליכם מלשון לבנים ולא אמר אל בני, ואח"כ חזר ואמר כה תאמר אל בני ישראל ה' אלהי אבותיכם לא היו אלו גדולים במעלה כל כך,
Il ne leur a révélé dans ces noms que la force émanée pour eux, qui est l’intériorité de la miséricorde, et l’a appelée Ehyé, et la révéla aux individus de la génération, ceux qui se livraient eux-mêmes pour la communauté et supportaient les coups dans l’asservissement du mortier et des briques pour alléger le joug de leurs frères, et ceux-ci méritèrent un grand degré lors du don de la Torah, où il est écrit d’eux (Exode 24,10) « et ils virent le Dieu d’Israël, et sous ses pieds comme un ouvrage de pavé de saphir (livnat ha-sappir) » ; et ce sont eux qui méritèrent maintenant la connaissance du nom Ehyé, c’est pourquoi Il dit « aux fils d’Israël », livnei, dans « Ehyé m’a envoyé vers vous », en faisant allusion aux briques, levenim, et non « vers les fils », el benei ; et ensuite il redit « ainsi tu diras aux fils d’Israël : l’Éternel Dieu de vos pères », ceux-là n’étaient pas aussi grands en degré,
וצוה אותם שיודיעום בשם המפורש גלוי הדבר המתפרש שאין סוד ההעלמה בו כל כך, ואחר כך הכניס את הזקנים בסוד העבור הוא שאמר פקד פקדתי אתכם כלשון (שם כ) פוקד עון אבות על בנים, הא למדת שחלק הקב"ה דבריו לד' חלקים, האחד למשה לבדו, השני לאותם שיש בהם זכות הלבנים, הג' לשאר ישראל, הד' לזקני ישראל, והזכירם באחרונה שמסר להם סוד השכינה שהיא האחרונה שבספירות, וצריך אתה לדעת כי אהיה הכולל שתי ראשונות ועוד אהיה שהוא רמז לתשובה ועוד אהיה השלישי בלתי הה"א שהוא רומז לפנימיות הרחמים שהיא התפארת שלשתם נכללין בשם המפורש כי היו"ד רמז לחכמה עם קוצה הרומז לכתר,
et Il leur ordonna de leur faire connaître le Nom explicite, chose évidente et explicable où le secret de la dissimulation n’est pas aussi grand ; et ensuite Il fit entrer les anciens dans le secret de l’ibbour, c’est ce qu’il dit « pakod pakadti etkhem » (Je vous ai visités) de l’expression (Exode 20,5) « qui visite (poqed) la faute des pères sur les fils » ; voilà que tu as appris que le Saint, béni soit-Il, divisa Ses paroles en quatre parties : la première pour Moshé seul, la deuxième pour ceux qui ont le mérite des briques, la troisième pour le reste d’Israël, la quatrième pour les anciens d’Israël, et Il les mentionna en dernier parce qu’Il leur transmit le secret de la Shekhina, qui est la dernière des sefirot ; et tu dois savoir que Ehyé comprenant les deux premières, et encore Ehyé qui indique la Teshouva, et encore le troisième Ehyé sans le hé qui fait allusion à l’intériorité de la miséricorde, qui est la Tiferet — tous trois sont compris dans le Nom explicite, car le yod fait allusion à la sagesse avec sa pointe qui fait allusion à la Couronne,
ה"א לתשובה וא"ו לתפארת ה"א כנגד ה"א, מכאן תבין כי השם המיוחד שתי אותיות ראשונות הם רמז לאמתתו ושתים אחרונות רמז למדותיו, ועוד התבונן מה שהיו בתורה שתי אותיות ראשונות שם בפני עצמו ולא כן השתים האחרונות כי אינן שם, והטעם בזה כי כאשר נזכיר שתים ראשונות האחרונות בכללן כי הן התחלה ואי אפשר להיות בהן קצוץ אבל האחרונות שאינן שם אלו היו שם היה בזה קצוץ, ולכך לא נכתבו שתים אחרונות שם בפני עצמו, והמקום יראנו נפלאות מתורתו.
hé pour la Teshouva, vav pour la Tiferet, hé correspondant à hé ; de là tu comprends que dans le Nom particulier les deux premières lettres font allusion à Sa vérité et les deux dernières à Ses qualités ; et encore, observe que dans la Torah les deux premières lettres sont un nom à part entière et non les deux dernières, car elles ne sont pas un nom ; et la raison en est que lorsque nous mentionnons les deux premières, les dernières y sont comprises, car elles sont un commencement et il n’est pas possible d’y avoir une coupure, mais les dernières, qui ne sont pas un nom, si elles étaient un nom il y aurait là une coupure ; et c’est pourquoi les deux dernières ne furent pas écrites comme un nom à part ; et que le Lieu nous fasse voir des merveilles de Sa Torah.
אלהי אברהם אלהי יצחק ואלהי יעקב שלחני אליכם זה שמי לעולם וזה זכרי לדר דר. ע"ד הפשט יאמר הכתוב בשם הזה אני רוצה להקרא לעולם שיזכירוני בכל הדורות ויאמרו אלהי אברהם אלהי יצחק ואלהי יעקב, תוספת הוא"ו דרך הכתובים כן כמו (שמות כ״ח:י״ח) נופך ספיר ויהלום, וכן בספר מיכה המורשתי (מיכה ו׳:ד׳) ואשלח לפניך את משה אהרן ומרים.
« Dieu d’Avraham, Dieu de Yitz’haq et Dieu de Yaakov m’a envoyé vers vous ; c’est Mon nom pour toujours et c’est Mon souvenir de génération en génération. » Selon le peshat, l’Écriture dit : par ce Nom Je veux être appelé à jamais, qu’on se souvienne de Moi dans toutes les générations et qu’on dise « Dieu d’Avraham, Dieu de Yitz’haq et Dieu de Yaakov » ; l’addition du vav est la manière des Écritures, comme (Exode 28,18) « nofekh, sappir et yahalom », et de même dans le livre de Mikha le Morashtite (Michée 6,4) « et J’ai envoyé devant toi Moshé, Aharon et Miriam ».
וע"ד המדרש זה שמי לעלם וזה זכרי לדר דר אמר הקב"ה לא כשאני נכתב אני נקרא נכתב אני ביו"ד ה"א ונקרא באל"ף דל"ת, וידוע כי השם הזה ככתבו היה נזכר במקדש אבל לא במדינה אלא בכנוי.
Et selon le Midrash : « c’est Mon nom pour toujours (le-‘alam) et c’est Mon souvenir de génération en génération » : le Saint, béni soit-Il, a dit : Je ne suis pas appelé comme Je suis écrit ; Je suis écrit avec yod-hé et appelé avec alef-dalet ; et il est connu que ce Nom tel qu’il est écrit était mentionné dans le Temple, mais, hors du Temple, seulement sous une appellation de substitution (kinouy).
וכן אמרו במדרש תהלים ר' חייא בר אידי אמר למה היו אומרים השם הנכבד בבהמ"ק ככתבו ובמדינה בכנויו, ליראה את השם הנכבד והנורא שנאמר (תהלים פז) נכבדות מדובר בך עיר האלהים סלה, השם הנכבד מדובר בך כלומר במקדש ככתבו אבל במדינה בכנויו שנאמר עיר האלהים סלה ועוד דרשו רז"ל מיום שחרב בהמ"ק דיו לעולם להשתמש בשתי אותיות שנאמר (תהילים ק״נ:ו׳) כל הנשמה תהלל יה, ובאור זה כי בזמן שבהמ"ק קיים לא היו כל הנשמות שוות בהלול אלא בבהמ"ק בשם המפורש ובמדינה בכנויו אבל משחרב בהמ"ק והארץ נשמה כל הנשמה תהלל יה כל הנשמות הן שוות בהלול שאין מהללים אלא בחצי השם.
Et de même ils ont dit dans le Midrash des Psaumes : Rabbi ‘Hiyya bar Iddi a dit : pourquoi disait-on le Nom vénérable dans le Temple tel qu’il est écrit et hors du Temple par son substitut ? Pour craindre le Nom vénérable et redoutable, comme il est dit (Psaumes 87,3) « des choses glorieuses (nikhbadot) se disent de toi, ville de Dieu, sélah » : le Nom vénérable est dit en toi, c’est-à-dire dans le Temple tel qu’il est écrit, mais hors du Temple par son substitut, comme il est dit « ville de Dieu, sélah ». Et encore, nos Sages de mémoire bénie ont expliqué : depuis le jour où le Temple fut détruit, il suffit au monde d’utiliser deux lettres, comme il est dit (Psaumes 150,6) « que toute âme loue Yah » ; et l’explication de cela est qu’au temps où le Temple existait, toutes les âmes n’étaient pas égales dans la louange, mais dans le Temple avec le Nom explicite et hors du Temple avec son substitut ; mais depuis que le Temple fut détruit et que le pays est désolé, « que toute âme loue Yah » : toutes les âmes sont égales dans la louange, car on ne loue qu’avec la moitié du Nom.
וע"ד הקבלה זה שמי לעולם החסד והפחד והוא אלהי אברהם אלהי יצחק שהזכיר בכתוב וזה זכרי מדת זכור והוא מדת התפארת שעליה הזכיר ואלהי יעקב ולכך הוסיף אות וא"ו והוא הכח הנמשך לעשירית הנקראת דור.
Et selon la Kabbale : « c’est Mon nom pour toujours » : la bonté et la crainte (pa’had), et c’est « Dieu d’Avraham, Dieu de Yitz’haq » qu’il a mentionné dans le verset ; « et c’est Mon souvenir » : l’attribut « zakhor » (souviens-toi), et c’est l’attribut de la splendeur (tiferet) à propos de laquelle il a mentionné « et Dieu de Yaakov » ; et c’est pourquoi il a ajouté la lettre vav, qui est la puissance qui s’écoule vers la dixième séfira, appelée « dor ».
ודעת הרמב"ן ז"ל כי זכרי הוא יסוד והיסוד לדעתו הוא השבת הגדול והוא אלהי יעקב והזכיר אצל הזכר לדור ודור כמנהג הכתובים בזכר השם מפני שהעשירית נקראת דור שממנה נמשכים הדורות, וכן הכתוב אומר (ישעיהו מ״א:ד׳) קורא הדורות מראש וזהו סמיכות זכר אצל דור כי כנסת ישראל בת זוגו של שבת וזהו אמרה שבת לפני הקב"ה לכל יש בן זוג ולי אין בן זוג, היסוד אמר כן לפי שהוא מכריע והיסוד הוא מדת אמת השביעית בי"ג מדות כי רב חסד נאמר על התפארת ואמת על היסוד ולכך לשון זכר נאמר על היסוד וסימן (משלי י׳:ז׳) זכר צדיק לברכה.
Et l’avis du Ramban, de mémoire bénie, est que « zikhri » est le fondement (yessod), et le fondement selon lui est le grand Shabbat, et c’est le Dieu de Yaakov ; et il a mentionné auprès du « souvenir » « de génération en génération » (le-dor va-dor) selon l’usage des Écritures dans la mention du Nom, parce que la dixième est appelée « dor » (génération), de laquelle découlent les générations, et ainsi dit l’Écriture (Isaïe 41,4) « Il appelle les générations dès le commencement » ; et c’est la juxtaposition de « souvenir » (zakhar, mâle) auprès de « dor », car l’Assemblée d’Israël est l’épouse du Shabbat, et c’est ce que dit le Shabbat devant le Saint, béni soit-Il : à chacun il y a un conjoint et à moi il n’y a pas de conjoint — le fondement dit ainsi parce qu’il établit l’équilibre ; et le fondement est l’attribut de vérité, la septième des treize attributs, car « abondant en bonté » est dit de la splendeur et « vérité » du fondement ; et c’est pourquoi l’expression masculine est dite du fondement, et le signe en est (Proverbes 10,7) « le souvenir (zekher) du juste est pour bénédiction ».
ולפי זה תהיה תוספת הוא"ו בואלהי יעקב לומר כי הוא מכריע וכל מכריע יש בו זכרות, ולפי ענין באור הכתוב זה שמי לעולם וזה זכרי לדור דור יהיה לשון זכרי כח הרחמים בין שיהיה תפארת בין שיהיה יסוד כי היסוד מעין הברכות זהו שכתוב זכר צדיק לברכה ועל זה נאמר (תהילים קמ״ה:י״ז) צדיק ה' בכל דרכיו כי דרכי העולם וכל פעולותיו מסורות לו ולפי שהוא נוטה בהכרעתו אל החסד אמר וחסיד בכל מעשיו והוא קרוב לכל קוראיו ורצון יראיו יעשה אבל שומר ה' את כל אוהביו נאמר על העשירית הסמוכה לו והנה זה מבואר, ועוד זה שמי לעולם רומז כי השם המיוחד סובל י"ב צירופין שהם י"ב בתים שהם מ"ח אותיות, וזהו שתמצא במסכת סוכה נשא אחיתופל ק"ו בעצמו ומה לעשות שלום בין איש לאשתו אמרה תורה שמי שנכתב בקדושה בשמונה וארבעים אותיות ימחה על המים לעשות שלום לכל העולם כלו על אחת כמה וכמה, וזה מבואר.
Et selon cela, l’addition du vav dans « ve-Elohé Yaakov » est pour dire qu’il établit l’équilibre, et tout principe qui établit l’équilibre comporte une dimension masculine (zikharout) ; et selon le sujet de l’explication du verset « c’est Mon nom pour toujours et c’est Mon souvenir de génération en génération », l’expression « zikhri » sera la force de miséricorde, que ce soit la splendeur ou que ce soit le fondement, car le fondement est la source des bénédictions, c’est ce qui est écrit « le souvenir du juste est pour bénédiction », et à ce sujet il est dit (Psaumes 145,17) « juste est l’Éternel dans toutes ses voies », car les voies du monde et toutes ses actions Lui sont confiées ; et puisqu’Il penche dans Son arbitrage vers la bonté, il a dit « et bienveillant (hassid) dans toutes ses œuvres », « Il est près de tous ceux qui L’invoquent », « Il accomplit le désir de ceux qui Le craignent » ; mais « l’Éternel garde tous ceux qui L’aiment » est dit de la dixième, qui Lui est proche ; et voici, cela est clair. Et encore, « c’est Mon nom pour toujours » fait allusion à ce que le Nom particulier supporte douze permutations, qui sont douze maisons, qui font quarante-huit lettres ; et c’est ce que tu trouves dans le traité Soucca : Ahitofel fit un raisonnement a fortiori de lui-même : et si, pour faire la paix entre un homme et sa femme, la Torah a dit que le Nom écrit dans la sainteté avec quarante-huit lettres soit effacé dans l’eau, pour faire la paix dans le monde entier à plus forte raison ; et cela est clair.
פקד פקדתי אתכם. שתי פקידות האחת לישראל והשניה לשכינה שירדה עם יעקב אבינו ע"ה למצרים שהיה עמהם בצרה והיא הה"א הנרמזת בפסוק (בראשית מ״ו:ד׳) אנכי ארד עמך מצרימה ואנכי אעלך גם עלה וכמו שכתבתי שם והיא כנסת ישראל הנקראת בכתוב צעקת בני ישראל, וזהו שאמר אתכם ואת העשוי לכם במצרים כלומר אתכם ואות ה"א שהיא בצער עמכם במצרים ולשון עשוי מלשון (צפניה ג׳:י״ט) הנני עושה את כל מעניך כלומר מצטער על צרתכם והבן זה.
« Je vous ai visités (pakod pakadti etkhem). » Deux visites : l’une pour Israël et l’autre pour la Shekhina, qui descendit avec Yaakov notre père, paix sur lui, en Égypte, qui était avec eux dans la détresse, et c’est le hé suggéré dans le verset (Genèse 46,4) « Moi, je descendrai avec toi en Égypte, et Moi aussi Je te ferai remonter, aussi remonter », comme je l’ai écrit là, et c’est l’Assemblée d’Israël appelée dans l’Écriture « cri des fils d’Israël » ; et c’est ce qu’il a dit « vous et ce qui vous est fait en Égypte », c’est-à-dire vous et la lettre hé qui est en peine avec vous en Égypte, et l’expression « ‘assouï » (fait) est de l’expression (Sophonie 3,19) « Voici que J’agirai à l’égard de tous ceux qui t’affligent », c’est-à-dire qu’elle souffre de votre détresse ; et comprends-le.
עוד יש לפרש ב' פקידות האחת במדת רחמים על ישראל ומזה אמר הכתוב פקדתי אתכם והשנית במדת הדין על המצריים על מה שעשו להם במצרים ומזה אמר ואת העשוי לכם במצרים כי כן הבטיח לאברהם (בראשית ט״ו:י״ד) וגם את הגוי אשר יעבדו דן אנכי.
Il est encore possible d’expliquer deux visites : l’une par l’attribut de miséricorde sur Israël, et c’est ce que l’Écriture dit « Je vous ai visités », et la seconde par l’attribut de jugement sur les Égyptiens pour ce qu’ils leur ont fait en Égypte, et c’est ce qu’il a dit « et ce qui vous est fait en Égypte », car ainsi Il l’a promis à Avraham (Genèse 15,14) « et aussi la nation qu’ils serviront, Moi Je la jugerai ».
אלהי העבריים נקרה עלינו. ע"ד הפשט תוספת היו"ד רמז לעשר מכות שעתיד להביא על מצרים.
« Le Dieu des Hébreux s’est présenté à nous. » Selon le peshat, l’addition du yod est une allusion aux dix plaies qu’Il devait faire venir sur l’Égypte.
וע"ד המדרש על שם שעתידין לעבור ים. וע"ד הקבלה תוספת היו"ד לבאר כי האצילות אלהי העברים כי הם בני אברהם הנקרא בתורה אברם העברי בעבור שהיה מעבר הנהר והוא שהתחיל תחלה ביחודו של הקב"ה והוא שאמר נעוץ סופן בתחלתן כשלהבת קשורה בגחלת וכן רמז שלמה ע"ה (קהלת י״ב:א׳) וזכור את בוראיך מלא ביו"ד.
Et selon le Midrash, c’est d’après ce qu’ils devaient traverser (laavor) la mer. Et selon la Kabbale, l’addition du yod est pour expliquer que l’émanation est « le Dieu des Hébreux », car ils sont les fils d’Avraham, appelé dans la Torah « Avram l’Hébreu » parce qu’il était d’au-delà du fleuve (me-‘éver ha-nahar), et c’est lui qui commença en premier par l’unification du Saint, béni soit-Il, et c’est ce qu’il dit « leur fin est enfoncée dans leur commencement, comme une flamme attachée au charbon » (Sefer Yetsira 1,7) ; et de même Shelomo, paix sur lui, y a fait allusion (Ecclésiaste 12,1) « et souviens-toi de ton Créateur (bor’ékha) », écrit plein avec yod.
דרך שלשת ימים. ח"ו שיהיה הדבר הזה ערמה כדי לברוח אלא כדי לקבל המצות כי רצה הקב"ה להכניסם במצות מעט מעט שהרי נצטוו תחלה על השבת במרה וכענין שמצינו באברהם שלא אמר לו מיד קח נא את יצחק אלא (בראשית כ״ב:ב׳) קח נא את בנך את יחידך אשר אהבת את יצחק.
« Un chemin de trois jours. » À Dieu ne plaise que cette chose soit une ruse pour s’enfuir, mais c’était afin de recevoir les commandements, car le Saint, béni soit-Il, voulut les faire entrer dans les commandements peu à peu, car ils furent d’abord commandés sur le Shabbat à Mara, et comme nous trouvons chez Avraham qu’Il ne lui dit pas aussitôt « prends donc Yitz’haq », mais (Genèse 22,2) « prends donc ton fils, ton unique, que tu aimes, Yitz’haq ».
ולא ביד חזקה. באורו ולא ביד חזקה אחת, כלומר לא ישלח אתכם ביד אחת במכה אחת אלא בידות הרבה כלומר בעשר מכות. או יהיה ולא פירושו אלא. ודרשו רז"ל פי' ולא ביד חזקה שלו כלומר הסרוב ההוא לא מצד כחו מיד חזקה שלו אלא משלי שנאמר (שמות ו׳:א׳) כי ביד חזקה ישלחם כלומר ביד חזקה שלי, וכן דעת אונקלוס ולא מן קדם דחיליה תקיף, וזהו שסמך לו ושלחתי את ידי והכיתי את מצרים בכל נפלאתי חסר וא"ו לפי שאמר בכל נפלאותי ואי אפשר כל נפלאותיו אלא מקצת מהם כענין שכתוב (איוב כ״ו:י״ד) הן אלה קצות דרכיו ומה שמץ דבר נשמע בו ורעם גבורותיו מי יתבונן.
« Et non par une main forte. » Son explication est « et non par une main forte seule », c’est-à-dire qu’il ne vous laissera pas partir d’une seule main par un seul coup mais par de nombreuses mains, c’est-à-dire par dix plaies. Ou bien « ve-lo » signifie « sinon (ela) ». Et nos Sages de mémoire bénie ont expliqué : « et non par une main forte » à lui, c’est-à-dire que ce refus ne vient pas de sa force, de sa main forte, mais de Moi, comme il est dit (Exode 6,1) « car par une main forte il les laissera partir », c’est-à-dire par Ma main forte ; et tel est l’avis d’Onqelos : « ve-lo min qodam de-‘ehil teqif » (et non à cause de ce que sa force est puissante) ; et c’est pourquoi il a juxtaposé « et J’étendrai Ma main et je frapperai l’Égypte par toutes Mes merveilles » (nifle’otai), écrit défectif sans vav, parce qu’il a dit « par toutes Mes merveilles » et il est impossible « toutes Ses merveilles » sinon une partie d’entre elles, comme il est écrit (Job 26,14) « voici ce ne sont que les extrémités de Ses voies, et quel faible murmure en entendons-nous, et le tonnerre de Ses puissances, qui le comprendra ? »
ויתכן לפי הקבלה כי מפני שהיו מכות מצרים עשר כחשבון י' ספירות מפני זה הזכיר בכל נפלאותי שהם רמז לכלל ספירות כי האחרונה הנקראת כל נמשכת ונאצלת מן האל"ף שהיא פלא וכן היא נפלאת ורחוקה מלהשיג.
Et il est possible, selon la Kabbale, que comme les plaies d’Égypte étaient dix, selon le compte des dix sefirot, c’est pourquoi il a mentionné « par toutes Mes merveilles » (be-khol nifle’otai), qui est une allusion à l’ensemble des sefirot, car la dernière, appelée « kol » (tout), est tirée et émanée du alef, qui est « pele » (merveille), et de même elle est merveilleuse et éloignée d’être appréhendée.
והנה כל הנסים והנפלאות שנעשו מששת ימי בראשית הלא הם מכח האל"ף הנעלמת כי הנסים המפורסמים והנגלים הם נמצאים מן העולם הנעלם, והנה נפלאתי חסר וא"ו לרוב העלמה ולחסרון השגתה ולפי שנקראת אל"ף והיא דבר נעלם נקראו הנסים הנגלים נפלאות מפני שמן הדבר הנעלם ימצא הנגלה, ולפיכך נרמז בשתי המלות ראשית האצילות וסופו ושעור הכתוב והכיתי את מצרים בחשבון שהוא כולל כל נפלאותי, וזה טעם כפל היד בכתוב בסוף הפרשה הוא שאמר כי ביד חזקה ישלחם וביד חזקה יגרשם, ויהיה סדר המכות דצ"ך עד"ש באח"ב כסדר הספירות ממטה למעלה, כי דם כנגד מדת המלכות וכן כלן וזה מבואר.
Et voici que tous les miracles et merveilles qui furent faits depuis les six jours de la Création, ne sont-ils pas de la force du alef caché, car les miracles publics et manifestes existent à partir du monde caché ; et voici que « nifle’otai » est défectif sans vav à cause de l’abondance de sa dissimulation et du manque de son appréhension, et parce qu’il est appelé alef et est une chose cachée, les miracles manifestes sont appelés merveilles, parce que de la chose cachée le manifeste est trouvé ; et c’est pourquoi sont suggérés dans les deux mots le commencement de l’émanation et sa fin ; le sens du verset est : « Je frapperai l’Égypte selon un nombre qui comprend toutes Mes merveilles » ; et c’est la raison du doublement de la main dans l’Écriture à la fin de la section, c’est ce qu’il a dit « car par une main forte il les laissera partir et par une main forte il les chassera », et l’ordre des plaies sera DeTsaKh ‘ADaSh BeAHaB, selon l’ordre des sefirot de bas en haut, car le sang correspond à l’attribut de Royauté (malkhout), et de même toutes ; et cela est clair.
ושאלה אשה משכנתה. ח"ו שיתיר הקב"ה לגנוב דעת הבריות שישאלו מהם כלי כסף וכלי זהב ולא ישיבו להם, אבל לשון ושאלה הוא שתתן לה במתנה שכן מצינו בגדעון (שופטים ח׳:כ״ד) ויאמר אליהם גדעון אשאלה מכם שאלה ותתנו לי איש נזם שללו כי נזמי זהב להם כי ישמעאלים הם, וכן מצינו בבת שבע (מלכים א ב׳:כ׳) שאלה אחת קטנה אנכי שואלת מאתך יותן את אבישג השונמית הרי מתנה שנקראת בלשון שאלה. ומה שאמר ושאלה אשה משכנתה היה לו לומר ושאל איש מאת המצרי אבל זה קל וחומר כי אם לנשים היו נותנים מתנות כל שכן לאנשים וכמוהו (ישעיהו ל״ג:כ״ג) פסחים בזזו בז קל וחומר הרצים, כן כתב רבינו חננאל ז"ל.
« Et chaque femme demandera à sa voisine. » À Dieu ne plaise que le Saint, béni soit-Il, permette de tromper les gens en leur faisant demander des objets d’argent et des objets d’or qu’ils ne leur rendraient pas ; mais l’expression « ve-sha’ala » (elle demandera) signifie qu’elle lui donnera en cadeau, car nous trouvons chez Guid’on (Juges 8,24) « et Guid’on leur dit : je vous demanderai une demande, et donnez-moi chacun l’anneau de son butin » — car ils avaient des anneaux d’or, car ils étaient Yishmaélites — et de même nous trouvons chez Bat-Shéva’ (1 Rois 2,20) « je te demande une petite demande : qu’on donne Avishag la Shounamite » : voici un don appelé du langage de la demande. Et ce qu’il a dit « et chaque femme demandera à sa voisine », il aurait dû dire « et un homme demandera à l’Égyptien » ; mais c’est un raisonnement a fortiori : si l’on donnait des cadeaux aux femmes, à plus forte raison aux hommes, et de même (Isaïe 33,23) « les boiteux ont pillé le butin », a fortiori les rapides ; ainsi a écrit Rabbénou ‘Hananel, de mémoire bénie.
מזה בידך. חסר ה"א לרמוז שלא נעשו ע"י המטה רק ה' אותות והם הנחש והברד והארבה והחשך וקריעת ים סוף, והשאר שלא היו ע"י המטה מקצתן ע"י הקב"ה ומקצתן ע"י אהרן. ובמדרש מזה בידך מזה שבידך אתה עתיד ללקות.
« Qu’as-tu dans la main ? (mazé be-yadékha). » Le hé manque pour faire allusion à ce que seulement cinq signes furent faits par le bâton, et ce sont le serpent, la grêle, les sauterelles, les ténèbres et la fente de la mer des Joncs, et les autres, qui ne furent pas faits par le bâton, certains par le Saint, béni soit-Il, et certains par Aharon. Et dans le Midrash : « mi-zé be-yadékha » : de ce qui est dans ta main tu es destiné à être frappé.
השליכהו ארצה וישליכהו ארצה ויהי לנחש. יש לך להתבונן כי שנוי טבע שנהפך המטה לנחש היא בכח הפוך האותיות, והנה זה רמוז בכתוב, ובחזרת האותיות להויתן חזר הנחש מטה וזהו שכתוב ויהי למטה בכפו, וכבר ידעת כי עקר השם המיוחד ג' אותיות כי הה"א כפולה והבן זה.
« Jette-le à terre ; et il le jeta à terre et il devint un serpent. » Tu dois observer que le changement de nature, que le bâton se changea en serpent, est par la force de la permutation des lettres, et voici que cela est suggéré dans l’Écriture, et quand les lettres reviennent à leur être, le serpent redevint bâton, et c’est ce qui est écrit « et il devint un bâton dans sa main » ; et tu sais déjà que l’essentiel du Nom particulier est trois lettres, car le hé est doublé ; et comprends cela.
ויש לפרש כי בשני אותות האלה כלומר אות המטה ואות הצרעת רמז לו הקב"ה שבידו להחיות את המת ולהמית את החי, כי המטה היה עץ יבש כמו מת ונעשה נחש חי גם ידו שהיתה חיה נעשית כמתה שהרי הצרעת חולי חשוב כמיתה כענין שכתוב (במדבר י״ב:י״ב) אל נא תהי כמת, ושני האותיות האלה עשאם במדבר גם במצרים לישראל זהו שאמר לו הש"י באות הנחש למען יאמינו כי נראה אליך ה', וכתיב והיה אם לא יאמינו לקול האות הראשון והאמינו לקול האות האחרון והיה אם לא יאמינו גם לשני האותיות האלה וגו', ומה שהוצרך לעשותם במדבר יש לתמוה בזה למה שהרי משה לא היה מסתפק בדבר הש"י ולמה יצטרך לעשותם עד הגיעו לישראל במצרים, והתשובה בזה הוא מה שקבלו רז"ל כי שני האותיות האלה כשנצטוה לעשותם במדבר לעצמו הטעם היה באחד כדי לרמוז לו שספר לשון הרע על ישראל כשאמר והן לא יאמינו לי ולא ישמעו בקולי אחר שאמר לו הקב"ה ושמעו לקולך, ובשני כדי להענישו עליו, וע"כ הוצרך לעשותם ב' פעמים במדבר לעצמו על לשון הרע ועל העונש שלו ובמצרים לישראל למען יאמינו.
Et il faut expliquer que par ces deux signes, c’est-à-dire le signe du bâton et le signe de la lèpre, le Saint, béni soit-Il, lui fit allusion qu’il est en Son pouvoir de faire vivre le mort et de faire mourir le vivant, car le bâton était un bois sec, comme mort, et devint un serpent vivant, et aussi sa main qui était vivante devint comme morte, car la lèpre est une maladie considérée comme la mort, comme il est écrit (Nombres 12,12) « qu’elle ne soit pas comme une morte » ; et ces deux signes Il les fit dans le désert, et aussi en Égypte pour Israël, c’est ce que le Nom lui dit à propos du signe du serpent « afin qu’ils croient que l’Éternel t’est apparu », et il est écrit « et s’il arrive qu’ils ne croient pas à la voix du premier signe, ils croiront à la voix du dernier signe, et s’il arrive qu’ils ne croient pas non plus à ces deux signes, etc. » ; et ce qu’il fut nécessaire de les faire dans le désert, il y a lieu de s’en étonner : car Moshé ne doutait pas de la parole du Nom, et pourquoi aurait-il besoin de les accomplir avant d’arriver auprès d’Israël en Égypte ? Et la réponse à cela est ce que nos Sages de mémoire bénie ont reçu : que ces deux signes, quand il fut commandé de les faire dans le désert pour lui-même, la raison, dans l’un, était de lui faire allusion qu’il avait dit du mal (lashon hara) d’Israël quand il dit « et voici ils ne me croiront pas et n’écouteront pas ma voix », après que le Saint, béni soit-Il, lui eut dit « et ils écouteront ta voix » ; et dans le second, pour l’en punir ; et c’est pourquoi il dut les accomplir à deux reprises : dans le désert pour lui-même, à cause de sa médisance et de sa punition, et en Égypte pour Israël, afin qu’ils croient.
והאמינו לקול האות האחרון. הזכיר אחרון על הצרעת שהוא אחרון לראשון שהוא אות הנחש ועוד שהיה אחרון במדבר שעשה משה בינו לבין עצמו.
« Et ils croiront à la voix du dernier signe. » Il a mentionné « dernier » pour la lèpre, qui est dernier par rapport au premier, qui est le signe du serpent, et aussi parce qu’il fut le dernier dans le désert, que Moshé accomplit pour lui-même.
והיו לדם ביבשת. והיו והיו שני פעמים להורות שאחר שיראו המים ביבשה ויהיה הדבר מתברר לעין הכל כי הם מים יהפכו לדם וזה טעם והיו לדם.
« Et elles deviendront du sang sur la terre sèche. » « Ve-hayou ve-hayou » deux fois pour indiquer qu’après qu’ils verront l’eau sur la terre sèche et que la chose sera rendue évidente à l’œil de tous qu’il s’agit d’eau, ils se changeront en sang ; et c’est le sens de « ve-hayou le-dam » (et elles deviendront du sang).
בי אדני לא איש דברים אנכי. דרשו רז"ל שבעת ימים היה הקב"ה מפתה למשה שילך למצרים מתמול ומשלשום הרי ג' וג' גמין רבוין הרי ו' והיה עומד ביום השביעי, ומה שאמר כי כבד פה אמרו במדרש משה נתגדל בפלטרין של פרעה והיה נוטל כתרו ומשליכו לארץ ורצה המלך לדונו להריגה ואמרו לו אצטגניניו זהו שאמרנו לך שהוא עתיד להושיע את ישראל ולהחריב מלכותך, נתיעץ פרעה עם חכמיו והיו בכלל יועציו יתרו ואיוב ובלעם זה אומר חייב מיתה הוא וזה אומר נער הוא ואין לו דעת, מה עשה הביאו לו קערה אחת נתנו בתוכה זהוב אחד וגחלת של אש אמרו אם הוא נוטל הזהוב בידוע שהוא בן דעת וחייב מיתה ואם הוא נוטל הגחלת בידוע שאין לו דעת ופטור מן המיתה היה רוצה ליטול את הזהוב ומלאך בא והטה ידו ונטל הגחלת והכניסם לתוך פיו ונעשה ערל שפתים.
« Pardon, mon Seigneur, je ne suis pas un homme de paroles. » Nos Sages de mémoire bénie ont expliqué : sept jours le Saint, béni soit-Il, persuadait Moshé d’aller en Égypte : « hier et avant-hier » (mi-tmol mi-shilshom) donnent trois jours ; les trois occurrences de gam, « aussi », en ajoutent trois : six jours ; il se tenait alors au septième jour ; et ce qu’il dit « car je suis lourd de bouche », ils ont dit dans le Midrash : Moshé grandit dans le palais de Pharaon et prenait sa couronne et la jetait à terre, et le roi voulut le juger pour le faire mourir, et ses astrologues lui dirent : c’est ce que nous t’avons dit, qu’il est destiné à sauver Israël et à détruire ton royaume ; Pharaon prit conseil avec ses sages, et parmi ses conseillers il y avait Yitro, Iyov et Bil’am ; l’un dit : il mérite la mort, et l’autre dit : c’est un enfant et il n’a pas de discernement ; que fit-il ? Ils lui apportèrent un plat, y mirent une pièce d’or et un charbon de feu, et dirent : s’il prend la pièce d’or, c’est sûr qu’il a du discernement et mérite la mort ; et s’il prend le charbon, c’est sûr qu’il n’a pas de discernement et il est exempt de la mort ; il voulait prendre la pièce d’or, et un ange vint et dévia sa main et il prit le charbon et le mit dans sa bouche, et il devint lourd de lèvres (‘arel sefatayim).
ולפי המדרש הזה יאמר כי כבד פה וכבד לשון אנכי מנעורי כל שכן עתה שאני זקן ואתה לא רפאתני מאז דברך אל עבדך ותצוה אותי בשליחות זאת, ומה שלא רפאו הש"י ולא הסיר כובד פיו מפני שלא התפלל ומה שלא התפלל מפני שלא היה רוצה ללכת.
Et selon ce Midrash, il dit « car je suis lourd de bouche et lourd de langue depuis ma jeunesse », à plus forte raison maintenant que je suis vieux, « et Tu ne m’as pas guéri depuis que Tu as parlé à Ton serviteur », et Tu m’ordonnes cette mission ; et que le Nom ne l’ait pas guéri et n’ait pas ôté la lourdeur de sa bouche, c’est parce qu’il n’avait pas prié, et qu’il n’ait pas prié, c’est parce qu’il ne voulait pas y aller.
וכתב רבינו חננאל מה שהזכיר שני דברים כבד פה וכבד לשון יורה כי משה רבינו לא היה צח הדבור באותיות זשרס"ץ שהן אותיות השינים זהו שאמר כי כבד פה גם לא באותיות הלשון שהם אותיות דטלנ"ת וע"ז אמר וכבד לשון.
Et Rabbénou ‘Hananel a écrit : ce qu’il a mentionné deux choses, « lourd de bouche » et « lourd de langue », indique que Moshé notre maître n’articulait pas clairement les lettres זשרס״ץ (zayin, shin, resh, samekh, tsadi), qui sont les lettres des dents, c’est ce qu’il a dit « car je suis lourd de bouche » ; ni pour les lettres de la langue, qui sont les lettres דטלנ״ת (dalet, tet, lamed, noun, tav), et à ce sujet il a dit « et lourd de langue ».
או מי ישום אלם. האלמות הוא העדר הדבור ואין לשון שימה נופל בו, אבל מפני שיש באדם נפש מדברת וענין האלמות באלמים הוא שיהיה אטום בגידי הלשון ועל זה יחלשו מפני זה הזכיר בו לשון שימה.
« Ou qui rend muet ? » Le mutisme est l’absence de parole et l’expression de « placer » (simah) n’y convient pas ; mais parce qu’il y a dans l’homme une âme parlante, et que la chose du mutisme chez les muets est que les nerfs de la langue sont obstrués, et à cause de cela ils sont affaiblis, c’est pourquoi il a mentionné à son sujet l’expression « placer » (yasoum).
ובספר המורה כתוב כי המסיר קנין יאמר בו שפעל האפיסה כי יאמרו במי שיכבה הנר שהביא החשך ע"כ, ומה שאמר או חרש היה לו לומר או שומע או חרש כדי שיהיה דבר והפכו ככל השאר אך מפני שחוש השמע נקשר עם הדבור שהרי לא נדע הדבר שהוא מדבר עד שנשמעהו שידבר וא"כ הרי השמיעה בכלל מי שם פה לאדם וע"כ לא הוצרך להזכיר או שומע והזכיר או חרש שהוא הפכו.
Et dans le Moré (Guide des égarés) il est écrit que celui qui supprime une propriété positive est dit avoir produit son absence, car on dit de celui qui éteint la lampe qu’il a amené l’obscurité ; jusqu’ici. Et ce qu’il dit « ou sourd », il aurait dû dire « ou entendant ou sourd » pour que ce soit une chose et son contraire comme tout le reste ; mais parce que le sens de l’ouïe est lié à la parole, car nous ne savons pas qu’un être parle avant de l’avoir entendu parler ; et donc voici que l’ouïe est comprise dans « qui a placé une bouche à l’homme » ; c’est pourquoi il n’a pas eu besoin de mentionner « ou entendant » et mentionna « ou sourd » qui en est le contraire.
ויש להתבונן איך סדר הכתוב ג' מעלות זו למעלה מזו, ראשונה הדבור הוא מצד הנפש אשר האלמות הפכו, והשנית חוש השמע שהוא למעלה לחוש הראות זהו שאמר או חרש, והשלישית חוש הראות הוא שאמר או פקח או עור, וזהו שאמר שלמה ע"ה (משלי ט״ו:ל׳) מאור עינים ישמח לב שמועה טובה תדשן עצם, באר כי האור ירחיב הלב אבל חוש השמע גדול יותר מאד כי מלבד שירחיב את הלב וישמח אותו עוד ידשן את עצמותיו, הנה כי רבה התועלת המגעת לאדם מן האוזן יותר מן העין וכן אמרו רז"ל סימא עינו נותן לו דמי עינו חרשו נותן לו דמי כלו, ומפני שבאר הכתוב כי האוזן אבר נכבד מן העין כתיב אחריו (משלי ט״ו:ל״א) אוזן שומעת תוכחת חיים.
Et il faut observer comment l’Écriture a ordonné trois degrés, l’un au-dessus de l’autre : le premier, la parole, du côté de l’âme, dont le mutisme est le contraire ; le second, le sens de l’ouïe, qui est au-dessus du sens de la vue, c’est ce qu’il a dit « ou sourd » ; et le troisième, le sens de la vue, c’est ce qu’il a dit « ou voyant ou aveugle » ; et c’est ce que Shelomo, paix sur lui, a dit (Proverbes 15,30) « la lumière des yeux réjouit le cœur, une bonne nouvelle engraisse les os » : il a expliqué que la lumière élargit le cœur, mais le sens de l’ouïe est bien plus grand, car outre qu’il élargit le cœur et le réjouit, il engraisse encore ses os ; voici que grande est l’utilité qui parvient à l’homme de l’oreille plus que de l’œil, et de même nos Sages de mémoire bénie ont dit : celui qui a crevé l’œil d’autrui lui verse la valeur de cet œil ; celui qui l’a rendu sourd lui verse sa valeur entière ; et parce que l’Écriture a expliqué que l’oreille est un membre plus honorable que l’œil, il est écrit ensuite (Proverbes 15,31) « l’oreille qui écoute la réprimande de vie ».
וידעתי כי לפי זה יקשה לך למה הקדימה לאה אמנו ראובן לשמעון כי מאחר שקראה את שמם זה על שם הראיה וזה על שם השמיעה היה לה להקדים אל הבכור שם השמיעה, והענין הזה לא יתבאר כי אם בקבלה כי הראיה מכח הה"א והשמיעה מכח הוא"ו ומזה הוצרכה להקדים אל הבכור שם הראיה כדי להקדים אות הה"א לאות הוא"ו בסדר א"ב ג"ד, והבן זה.
Et je sais que, selon cela, il te sera difficile de comprendre pourquoi Léa notre mère a fait précéder Reuven à Shim’on : puisqu’elle a appelé leurs noms, celui-ci d’après la vision et celui-là d’après l’audition, elle aurait dû donner à l’aîné le nom évoquant l’audition ; et cette chose ne s’explique que par la Kabbale : car la vision vient de la force du hé et l’audition de la force du vav, et c’est pourquoi elle dut donner à l’aîné le nom évoquant la vision afin de faire précéder la lettre hé à la lettre vav dans l’ordre alphabétique (a-b, g-d) ; et comprends-le.
הלא אנכי ה'. יתכן לומר כי הזכיר השם הזה על הבינה שכתוב בה (איוב לב) ונשמת שדי תבינם שכנגדה הכח המדבר בנשמת האדם באבר הלשון וסימנך (תהילים מ״ה:ב׳-ג׳) אומר אני מעשי למלך לשוני עט סופר מהיר והמשכיל יבין ויתבאר לו עלוי האדם ביצירתו הנפלאה, וכבר הזכרתי מזה בפסוק (בראשית א) נעשה אדם בדרך הרביעי.
« N’est-ce pas Moi, l’Éternel ? » On peut dire qu’il mentionna ce Nom par rapport à l’Intelligence (Bina), dont il est écrit (Job 32,8) « et le souffle de Shaddaï les rend intelligents », à laquelle correspond la force parlante dans l’âme de l’homme, dans le membre de la langue, et ton signe (Psaumes 45,2-3) « je dis : mon œuvre est pour le roi, ma langue est la plume d’un scribe habile », et que l’intelligent comprenne, et il lui sera expliqué l’élévation de l’homme dans sa création merveilleuse, et j’en ai déjà mentionné quelque chose au verset (Genèse 1) « faisons l’homme » par la quatrième voie.
בי אדני שלח נא ביד תשלח. כבר נתבאר למעלה כי משה רבינו ע"ה היה שלוח לישראל במדת הדין אשר במדת רחמים וע"כ יתחנן לפניו בכאן בשם הזה שהוא מדת הדין כי מדת הדין נתון בתוך האל"ף והיו"ד משני שמות הקדושים שהוא נקמץ מהם ששניהם מדת רחמים והבן זה, ואמר ביד תשלח ביד הראוי לשלוח כי אני אינני ראוי לדבר אל המלך ועוד שאין כבודך בכך שיהיה שלוחך ערל שפתים, וכן תרגם אונקלוס ביד מאן דכשר למשלח.
« Pardon, mon Seigneur, envoie donc par la main de qui Tu enverras. » Il a déjà été expliqué plus haut que Moshé notre maître, paix sur lui, était envoyé à Israël par l’attribut de jugement inclus dans l’attribut de miséricorde, et c’est pourquoi il supplie devant Lui ici par ce Nom (Adonaï) qui est l’attribut de jugement, car l’attribut de jugement est placé au milieu du alef et du yod des deux Noms saints, le Nom étant vocalisé avec le qamats emprunté à ces deux Noms, tous deux étant l’attribut de miséricorde ; et comprends-le ; et il a dit « par la main de qui Tu enverras » : par la main de celui qui convient pour être envoyé, car moi je ne suis pas apte à parler au roi, et de plus ce n’est pas Ton honneur que ton envoyé soit incirconcis des lèvres, et ainsi a traduit Onqelos : « be-yad man de-kasher le-mishlah ».
ויחר אף ה' במשה. כ"מ שכתוב בהקב"ה חרון אף עושה רושם וכאן עשה בו רושם, והוא מה שדרשו רז"ל שאבדה ממנו הכהונה וזהו שאמר הלא אהרן אחיך הלוי כלומר מזומן תחתיך לכהונה, ועוד דרשו בזה שעשה רושם שלא נתרפא לעולם, והיה אפשר שיעשה לו כבוד שירפאנו כשם שעשה לו כבוד בקרון עור פניו וזהו הרושם כשלא רפאהו, וכן דרשו הלא אהרן אחיך הלוי ידעתי כי דבר ידבר הוא ואתה לעולם לא תתרפא.
« Et la colère de l’Éternel s’enflamma contre Moshé. » Partout où il est écrit du Saint, béni soit-Il, « colère enflammée », elle laisse une marque, et ici elle laissa une marque en lui, c’est ce que nos Sages de mémoire bénie ont expliqué : que la prêtrise lui fut ôtée, et c’est ce qu’il a dit « n’est-ce pas Aharon ton frère, le Lévite » : c’est-à-dire préparé à ta place pour la prêtrise ; et encore ils ont expliqué que la marque fut qu’il ne fut jamais guéri, alors qu’il était possible de lui faire l’honneur de le guérir comme Il lui fit l’honneur du rayonnement de la peau de son visage (qéren ‘or panav), et c’est la marque dans le fait qu’Il ne le guérit pas ; et de même ils ont expliqué « n’est-ce pas Aharon ton frère, le Lévite ? Je sais qu’il parlera bien » et toi tu ne guériras jamais.
וראך ושמח בלבו. לא היו מתקנאים במעלתם זה על זה זהו שאמר הכתוב (תהילים קל״ג:א׳) הנה מה טוב ומה נעים שבת אחים גם יחד, ושמח בפיו לא נאמר אלא בלבו אר"ש בן יוחאי הלב ששמח בגדולת אחיו ילבש אורים ותומים שנאמר והיו על לב אהרן.
« Et il te verra et se réjouira dans son cœur. » Ils n’étaient pas jaloux l’un de l’autre pour leur élévation, c’est ce que l’Écriture dit (Psaumes 133,1) « voici, qu’il est bon et agréable que des frères demeurent aussi ensemble » ; il n’est pas dit « se réjouira de sa bouche » mais « dans son cœur » ; Rabbi Shim’on ben Yo’haï a dit : le cœur qui se réjouit de la grandeur de son frère portera l’Ourim et le Toumim, comme il est dit « et ils seront sur le cœur d’Aharon ».
בני בכורי ישראל. פירש רבינו חננאל ז"ל מה שמסרתים בידך לשעבד אותם אל תחשוב שהוא מפני שהם קלים בעיני, לא רציתי אלא ליסרם כענין שכתוב (דברים ח׳:ה׳) וידעת עם לבבך כי כאשר ייסר איש את בנו ה' אלהיך מיסרך ואתה הכבדת עליהם עולך לפיכך אני עתיד להכות את בנך בכורך היא המכה האחרונה שבעשר מכות, וקראם בני בכורי ישראל דרך חשיבות ומעלה כענין שכתוב (הושע ב׳:א׳) בני אל חי, וכן הר סיני שהוא מקודש מכל ההרים נקרא (ישעיהו ב׳:י״ד) הר ה', וכן בית המקדש המקודש מכל בית נקרא בית ה', כענין שכתוב (ישעיהו נ״ו:ז׳) כי ביתי בית תפלה וגו' ע"כ.
« Mon fils, mon premier-né, Israël. » Rabbénou ‘Hananel, de mémoire bénie, a expliqué : si Je les ai remis entre tes mains pour que tu les asservisses, ne pense pas que ce soit parce qu’ils ont peu de valeur à Mes yeux ; Je n’ai voulu que les châtier, comme il est écrit (Deutéronome 8,5) « et tu sauras dans ton cœur que, comme un homme châtie son fils, l’Éternel ton Dieu te châtie » ; et toi tu as alourdi sur eux ton joug, c’est pourquoi Je vais frapper ton fils, ton premier-né : ce sera la dernière des dix plaies ; et Il les a appelés « mon fils, mon premier-né, Israël » par voie de considération et d’élévation, comme il est écrit (Osée 2,1) « fils du Dieu vivant », et de même le mont Sinaï, qui est sanctifié plus que toutes les montagnes, est appelé (Isaïe 2,14) « montagne de l’Éternel », et de même le Temple, sanctifié plus que toute maison, est appelé maison de l’Éternel, comme il est écrit (Isaïe 56,7) « car ma maison est une maison de prière, etc. » ; jusqu’ici.
ולפי"ז יהיה שעור זה הכתוב וענין הפרשה ראה כל המופתים אשר שמתי בידך. אלו עשר מכות, ועשיתם לפני פרעה ואני אחזק את לבו בחמש מכות אחרונות ואמרת אל פרעה במכה אחרונה היא מכת בכורות בני בכורי ישראל מעתה יהיו נגאלים ותהיה הבכורה והמעלה נכרת בהם, ומה שאומר ואומר אליך שלח את בני ויעבדני היה לו לומר שלח בכורי מאחר שאמר בני בכורי ישראל.
Et selon cela, le sens de ce verset et de la section sera : « vois tous les prodiges que J’ai placés dans ta main » : ce sont les dix plaies ; « et tu les feras devant Pharaon, et Moi Je fortifierai son cœur » aux cinq dernières plaies ; « et tu diras à Pharaon » à la dernière plaie, qui est la plaie des premiers-nés : « mon fils, mon premier-né, Israël » : dès maintenant ils seront délivrés et le droit d’aînesse et l’élévation seront reconnus en eux ; et ce que Je dis « et Je te dis : laisse partir mon fils et qu’il Me serve », il aurait dû dire « laisse partir mon premier-né », puisqu’il a dit « mon fils, mon premier-né, Israël ».
אבל הענין כי בהיותו בגלות קרא ישראל בני כי איך יקראנו בכורי ואיה הבכורה והם עבדים ברשות אדוניהם ובשעבוד גדול. ואם תחפש בכתובים תמצא כי כשם שקרא הקב"ה לישראל בכור במכת בכורות כך קרא את עצמו בכור הוא שכתוב (שמות י״ג:ב׳) קדש לי כל בכור ופירוש קדש אותי בכלל הבכורות והוא כמו (שמות כ״ה:ב׳) ויקחו לי תרומה, שפירושו ע"ד האמת ויקחו אותי תרומה וזהו שאמר ויקחו לי תרומה העשירי יהיה קדש, והעולה לנו מזה כי מה שקרא בכור לישראל ולעצמו יתברך אחרי מכת בכורות שהוא זמן הגאולה מה שלא קרא קודם לכן יתבאר מזה שהיה עמהם בצרת השעבוד ואין הבכורה נכרת בהם כביכול.
Mais la chose est que lorsqu’il était en exil, Il appela Israël « mon fils », car comment l’appellerait-Il « mon premier-né » alors que le droit d’aînesse, où est-il, et qu’ils sont esclaves au pouvoir de leurs maîtres et dans un grand asservissement. Et si tu cherches dans les Écritures tu trouveras que, de même que le Saint, béni soit-Il, a appelé Israël premier-né dans la plaie des premiers-nés, de même Il s’est appelé Lui-même premier-né, c’est ce qui est écrit (Exode 13,2) « sanctifie-moi tout premier-né » et son explication est « sanctifie-Moi dans l’ensemble des premiers-nés », et c’est comme (Exode 25,2) « et qu’ils Me prennent une offrande », dont l’explication selon la voie de la vérité (la Kabbale) est « et qu’ils Me prennent en offrande », et c’est ce qu’il a dit « et qu’ils me prennent une offrande » ; « le dixième sera saint » ; et ce qui en ressort pour nous est que le fait qu’Il ait appelé Israël et Lui-même, béni soit-Il, « premier-né » après la plaie des premiers-nés, qui est le temps de la délivrance, ce qu’Il n’avait pas appelé avant cela, s’explique par là qu’Il était avec eux dans la détresse de l’asservissement et que le droit d’aînesse n’était pas reconnu en eux, pour ainsi dire.
וכך מצאתי בספר הבהיר שאלו תלמידיו לרבי אליעזר, רבי מאי דכתיב קדש לי כל בכור וכי הוי הקב"ה בכור אמר לה אין קדש לי כל בכור אלא שנתקדש ונקדש על שם ישראל דכתיב בני בכורי ישראל כביכול עמהם היה בשעת השעבוד והיינו דכתיב שלח את בני ויעבדני ולא אמר שלח את בכורי.
Et ainsi ai-je trouvé dans le Sefer ha-Bahir : ses disciples demandèrent à Rabbi Eli’ézer : Rabbi, que signifie ce qui est écrit « sanctifie-moi tout premier-né » : le Saint, béni soit-Il, est-Il donc un premier-né ? Il leur dit : oui, « sanctifie-moi tout premier-né » : Il est sanctifié et sera sanctifié au nom d’Israël, car il est écrit « mon fils, mon premier-né, Israël » : pour ainsi dire, Il était avec eux au temps de l’asservissement, et c’est ce qui est écrit « laisse partir mon fils et qu’il Me serve », et il n’a pas dit « laisse partir mon premier-né ».
ויהיה בדרך במלון. מלת ויהי חוזרת למשה והגיד לך הכתוב כי כשהיה משה בדרך במלון ויפגשהו ה' זהו מלאך ונקרא בשם המיוחד והוא מן הנפרדים לא מן הנטיעות, ואף על פי כן נקרא בשם המיוחד, כיון שנשתלח להשלים ולעשות רצון קונו יתברך, וכן אמרו במדרש ויהי בדרך במלון חביבה מילה שלא נתלה למשה עליה אפילו שעה אחת לפי שהיה בדרך ונתעצל למול אליעזר בנו מיד ויפגשהו ה' ויבקש המיתו, במשה.
« Et ce fut en chemin, à l’auberge. » Le mot « va-yehi » se rapporte à Moshé, et l’Écriture te fait savoir que quand Moshé fut en chemin, à l’auberge, « l’Éternel le rencontra » : c’est un ange et il est appelé du Nom particulier, et il est des Séparés (nifradim) et non des Plantations (netiot), et bien qu’il en soit ainsi, il est appelé du Nom particulier, puisqu’il fut envoyé pour accomplir et faire la volonté de son Créateur, béni soit-Il ; et de même ils ont dit dans le Midrash : « et ce fut en chemin, à l’auberge » : précieuse est la circoncision : pour elle, aucun sursis, même d’une heure, ne fut accordé à Moshé, car il était en chemin et tarda à circoncire Eli’ézer son fils, aussitôt « l’Éternel le rencontra et chercha à le faire mourir » — à propos de Moshé.
אתה מוצא שמלאך של רחמים היה ואעפ"כ ויבקש המיתו, אמר ר' יוסי ח"ו לא נתעצל משה אלא אמר אם אמול ואצא לדרך סכנה הוא לתינוק עד ג' ימים, אמול ואתעכב ג' ימים והקב"ה צוני לך שוב מצרימה, ומפני מה נענש מפני שנתעסק במלון תחלה כלומר היה לו למולו תחלה ואח"כ יתקן מלונו משום דאין מעבירין על המצות, ובאור מלאך של רחמים שלוחו של מדת רחמים היה.
Tu trouves que c’était un ange de miséricorde et que néanmoins « il chercha à le faire mourir ». Rabbi Yossi a dit : à Dieu ne plaise, Moshé n’a pas tardé, mais il a dit : si je circoncis et sors en route, c’est un danger pour l’enfant pendant trois jours ; si je le circoncis et m’attarde trois jours, le Saint, béni soit-Il, m’a pourtant ordonné « va, retourne en Égypte » ; et pour quelle raison fut-il puni ? Parce qu’il s’est occupé de l’auberge d’abord, c’est-à-dire qu’il aurait dû le circoncire d’abord et ensuite arranger son auberge, car on ne passe pas devant un commandement à accomplir pour s’occuper d’autre chose ; et l’explication « ange de miséricorde » : il était l’envoyé de l’attribut de miséricorde.
ודע כי לפי המדרש הזה יש לתמוה כי כיון שהיה משה במלון למה אמר ותקח צפורה צור והראוי למשה שישתדל הוא בעצמו במצוה, וע"כ פירש רבינו חננאל ז"ל כי משה לא היה שם במלון כי כן הזכיר למעלה ויקח משה את אשתו ואת בניו וירכיבם על החמור, ובאור הפסוק ששלח אותם לפניו ואח"כ וישב משה מצרימה וכיון שכן לא היה משה עתה במלון, ואמר ויבקש המיתו כלומר לנער שהיה המלאך נעשה כמין נחש ובולעו מראשו ועד ירכיו וחוזר ובולעו מרגליו ועד מקום המילה ואז ותקח צפורה צור כי הבינה שהיה העונש על שאחרה זמן המצוה ולא מלה אותו ביום שמיני, כך פי' רבינו חננאל ז"ל בראש סדר וישמע יתרו, ובפי' רש"י ז"ל ראיתי כי משה היה במלון אבל היה חולה ולא היה יכול למולו ומלה אותו צפורה.
Et sache que, selon ce Midrash, il y a lieu de s’étonner : puisque Moshé était à l’auberge, pourquoi dit-il « et Tsipora prit un silex » ? Et il convenait que Moshé s’appliquât lui-même au commandement ; et c’est pourquoi Rabbénou ‘Hananel, de mémoire bénie, a expliqué que Moshé n’était pas là à l’auberge, car il a mentionné plus haut « et Moshé prit sa femme et ses fils et les fit monter sur l’âne », et l’explication du verset est qu’il les envoya devant lui, et ensuite « et Moshé retourna en Égypte » ; et puisqu’il en est ainsi, Moshé n’était pas à l’auberge maintenant, et il dit « et il chercha à le faire mourir », c’est-à-dire le garçon, car l’ange se faisait comme un serpent et l’avalait de sa tête jusqu’à ses cuisses puis revenait l’avaler de ses pieds jusqu’au lieu de la circoncision ; et alors « Tsipora prit un silex » car elle comprit que la punition venait de ce qu’elle avait retardé l’accomplissement du commandement et ne l’avait pas circoncis le huitième jour ; ainsi a expliqué Rabbénou ‘Hananel, de mémoire bénie, au début de la section Vayishma‘ Yitro ; et dans le commentaire de Rachi, de mémoire bénie, j’ai vu que Moshé était à l’auberge mais était malade et ne pouvait pas le circoncire, et Tsipora le circoncit.
וירף ממנו. המלאך, וכן מצינו לשון זה נזכר במלאך הוא שנאמר (דברי הימים א כ״א:ט״ו) ויאמר למלאך המשחית רב עתה הרף ידך, וזה היה אחר שכרתה את ערלת בנה.
« Et il le lâcha (va-yireph mimmenou). » L’ange, et nous trouvons cette expression mentionnée à propos de l’ange, comme il est dit (1 Chroniques 21,15) « et il dit à l’ange qui détruisait : assez, maintenant retire ta main (harpe) » ; et cela fut après qu’elle eut coupé le prépuce de son fils.
ויתכן לפרש כי לפי שהזכיר הכתוב לשון וירף ממנו ולא אמר וילך מאתו רמז רמז לה המלאך שעדיין לא נשלמה המצוה ומיד הבינה צפורה זה והשלימה המצוה ועשתה לו פריעה ומזה אמרה חתן דמים למולות כלומר שתי מילות מילה ופריעה, ומה שהזכיר חתן דמים שני פעמים להורות כי נתחייב מיתה על המילה ונתחייב על הפריעה כי שתיהן מעכבות.
Et on peut expliquer que, puisque l’Écriture mentionna l’expression « va-yireph mimmenou » et n’a pas dit « va-yelekh me-ito » (et il s’en alla d’auprès de lui), l’ange lui fit allusion que le commandement n’était pas encore achevé, et aussitôt Tsipora le comprit et acheva le commandement et pratiqua sur lui la peri’a, le dégagement du gland après l’ablation du prépuce ; et de là elle dit « époux de sang pour circoncisions » (le-mulot), c’est-à-dire deux circoncisions : mila et peri’a ; et ce qu’il a mentionné « époux de sang » deux fois indique qu’il fut passible de mort pour la mila et passible pour la peri’a, car l’absence de l’une ou de l’autre empêche l’accomplissement valide du commandement.
ויפגשהו בהר האלהים וישק לו. אמרו במדרש זהו שאמר הכתוב (שיר השירים ח׳:א׳) מי יתנך כאח לי יונק שדי אמי אמצאך בחוץ אשקך וכתיב (תהלים פה) חסד ואמת נפגשו צדק ושלום נשקו. חסד זה אהרן שנאמר (דברים ל״ג:ח׳) תומיך ואוריך לאיש חסידך, ואמת זה משה שנאמר (במדבר י״ב:ז׳) בכל ביתי נאמן הוא, צדק זה משה שנאמר (דברים ל״ג:כ״א) צדקת ה' עשה וגו', ושלום זה אהרן שנאמר (מלאכי ב׳:ו׳) בשלום ובמישור הלך אתי.
« Et il le rencontra à la montagne de Dieu et l’embrassa. » Ils ont dit dans le Midrash : c’est ce que dit l’Écriture (Cantique des Cantiques 8,1) « puisses-tu être pour moi comme un frère nourri aux seins de ma mère ! Si je te rencontrais dehors, je t’embrasserais » ; et il est écrit (Psaumes 85,11) « bonté et vérité se sont rencontrées, justice et paix se sont embrassées ». « Bonté », c’est Aharon, comme il est dit (Deutéronome 33,8) « tes Toumim et tes Ourim à l’homme de ta bonté » ; « vérité », c’est Moshé, comme il est dit (Nombres 12,7) « dans toute ma maison il est fidèle » ; « justice », c’est Moshé, comme il est dit (Deutéronome 33,21) « la justice de l’Éternel il a faite, etc. » ; et « paix », c’est Aharon, comme il est dit (Malachie 2,6) « il a marché avec moi dans la paix et la droiture ».
את כל דברי ה' אשר שלחו. יכלול המראה אשר ראה בסנה גם ענין השליחות שהיה מסרב בו.
« Toutes les paroles de l’Éternel qui l’avait envoyé. » Il comprend la vision qu’il vit au buisson, ainsi que la question de la mission dont il se récusait.
ובמדרש את כל דברי ה' רבנן אמרין גלה לו סוד שם המפורש, כונת המדרש הזה שהגיד משה לאהרן השמות שהודיעהו הקב"ה למעלה והם אהיה אשר אהיה אשר פירושם מדת הדין שבמדת רחמים והודיעהו כי שם אהיה ושם המיוחד הכל אחד וגלה לו כי שם אל"ף דל"ת יוצא מהם אל"ף מן אהי"ה וי' מן יהו"ה בסוף ומדת הדין באמצע כי שמי בקרבו, והנה הוא פירש להם כי אהיה אשר אהיה פי' מדת הדין שבמדת רחמים וכבר הזכרתי למעלה והוא דעת הרמב"ן ז"ל.
Et dans le Midrash : « toutes les paroles de l’Éternel » : les Sages ont dit : il lui révéla le secret du Nom explicite. L’intention de ce Midrash est que Moshé fit connaître à Aharon les noms que le Saint, béni soit-Il, lui avait fait connaître plus haut, et ce sont « Ehyé asher Ehyé », dont l’explication est l’attribut de jugement qui est dans l’attribut de miséricorde, et il lui fit connaître que le nom Ehyé et le Nom particulier sont tout un, et lui révéla que le nom alef-dalet (Adonaï) sort d’eux : le alef de Ehyé et le yod de YHWH à la fin, et l’attribut de jugement au milieu, car « Mon nom est en lui » ; et voici qu’il leur expliqua que « Ehyé asher Ehyé » signifie l’attribut de jugement dans l’attribut de miséricorde, et je l’ai déjà mentionné plus haut, et c’est l’avis du Ramban, de mémoire bénie.
מי ה' אשר אשמע בקולו. אמרו במדרש באותה שעה הוציא פרעה דפתרא של אלוהות התחיל קורא אלהי אדום אלהי מואב אלהי צידון אמר להם הרי קראתי ואין שם כתוב בדפתרא שלי שמו של אלהיכם.
« Qui est l’Éternel pour que j’écoute sa voix ? » Ils ont dit dans le Midrash : à ce moment Pharaon sortit le registre (diphtera) des divinités et se mit à lire : dieu d’Édom, dieu de Moav, dieu de Sidon ; il leur dit : voici que j’ai lu et le nom de votre Dieu n’est pas écrit dans mon registre.
ובאור הענין כי פרעה בחכמתו הגדולה היה יודע גבולי הארצות ותחומי הישוב ושכל העולם נחלק לז' אקלימים והיה יודע כחות הכוכבים השולטים בכל אקלים ואקלים ועל איזה אומה מן האומות שולטים, וכן בז' אקלימים וכן בשבעים אומות וכיון שלא מצא לשם הזה שום שלטנות וממשלה בארץ בכלל שאר הכחות הידועים אצלו תמה ואמר מי ה' אשר אשמע בקולו כי אין שם שום כח מושל בארץ שלא יהא כתוב אצלי בדפתרא שלי, והוא לא היה יודע שהשם הזה עליון על כלם וכל שאר הכחות המושלים בארץ אין להם ממשלה וכח כי אם מכחו,
Et l’explication de la chose est que Pharaon, par sa grande sagesse, connaissait les frontières des pays et les limites du monde habité, et que le monde entier se divise en sept climats, et il connaissait les forces des astres qui dominent chaque climat et sur quelle nation des nations ils dominent, et de même dans les sept climats et de même dans les soixante-dix nations ; et comme il ne trouva pour ce Nom aucune domination ni gouvernement sur terre parmi les autres forces qu’il connaissait, il s’étonna et dit « qui est l’Éternel pour que j’écoute sa voix », car il n’y a aucune force gouvernant sur terre qui ne soit écrite chez moi dans mon registre ; et il ne savait pas que ce Nom est au-dessus de tous, et que toutes les autres forces gouvernant sur terre n’ont de gouvernement et de force que de Sa force,
ומשלו רז"ל משל בזה משל למה הדבר דומה לכהן שהיה לו עבד שוטה יצא הכהן חוץ למדינה הלך העבד חוץ למדינה לבקש את רבו הגיע לבית הקברות התחיל צווח לבני אדם שעומדים שם ראיתם בכאן רבי אמרו לו ולאו כהן הוא רבך, אמר להם הן, אמרו לו שוטה מי ראה כהן בבית הקברות מה למלך בבית המטבחים מה לכהן בבית הקברות, כך אמרו משה ואהרן אלהות אלו שאתה אומר מתים הם אבל אלהינו הוא אלהים חיים ומלך עולם, אמר להם ומה מעשיו אמרו לו נוטה שמים ויוסד ארץ מפרק הרים ומשבר סלעים מוריד גשמים ומפריח דשאים מהעדא מלכין ומהקים מלכין,
et nos Sages de mémoire bénie ont fait à ce sujet une parabole : à quoi cela ressemble-t-il ? À un prêtre qui avait un esclave sot ; le prêtre sortit de la cité, l’esclave sortit de la cité pour chercher son maître ; il arriva au cimetière et se mit à crier aux gens qui se tenaient là : avez-vous vu ici mon maître ? Ils lui dirent : n’est-ce pas un prêtre, ton maître ? Il leur dit : si. Ils lui dirent : sot, qui a vu un prêtre au cimetière ? Qu’a le roi à faire aux abattoirs ? Qu’a le prêtre à faire au cimetière ? Ainsi dirent Moshé et Aharon : ces divinités dont tu parles sont mortes, mais notre Dieu est un Dieu vivant et Roi du monde. Il leur dit : et quelles sont Ses œuvres ? Ils lui dirent : Il étend les cieux et fonde la terre, Il déracine les montagnes et brise les rochers, Il fait descendre les pluies et fait pousser les herbes, Il détrône des rois et établit des rois,
אמר להם אני הוא אדון העולם ואני בראתי את עצמי ואת נילוס נהרי שנאמר (יחזקאל כ״ט:ג׳) לי יאורי ואני עשיתני מי ה' אשר אשמע בקולו, אמר לו הקב"ה רשע ממים אתה לוקה, נהפך לו מים לדם. דבר אחר מי ה' אשר אשמע בקולו שאתחייב לשמוע בקולו הרי מעולם לא בא אצלי, בא אצל אבימלך בחלום הלילה ואמר לו (בראשית כ׳:ו׳) בתם לבבך עשית זאת אבל לי וינגע ה' את פרעה נגעים גדולים וכיון שכן אינו מכירו, לא ידעתי את ה' וגם את ישראל לא אשלח.
Il leur dit : je suis le maître du monde et c’est moi qui me suis créé et mon Nil, comme il est dit (Ézéchiel 29,3) « à moi mon fleuve et c’est moi qui me suis fait » ; « qui est l’Éternel pour que j’écoute sa voix ? » Le Saint, béni soit-Il, lui dit : méchant, par l’eau tu seras frappé ; Il lui changea l’eau en sang. Autre explication : « qui est l’Éternel pour que j’écoute sa voix », au point que je sois tenu d’écouter sa voix : jamais il n’est venu auprès de moi ; il est venu auprès d’Avimélekh en un songe de la nuit et lui a dit (Genèse 20,6) « dans l’intégrité de ton cœur tu as fait cela » ; mais envers moi « et l’Éternel frappa Pharaon de grandes plaies » ; et puisqu’il en est ainsi, je ne le connais pas : « je ne connais pas l’Éternel et d’ailleurs je ne laisserai pas partir Israël ».
אלהי העברים נקרא עלינו. יש לתמוה אחר שהשיב להם פרעה מי ה' אשר אשמע בקולו לא ידעתי את ה' למה היו חוזרים משה ואהרן לומר אלהי העברים נקרא עלינו.
« Le Dieu des Hébreux nous a rencontrés. » Il y a lieu de s’étonner : après que Pharaon leur eut répondu « qui est l’Éternel pour que j’écoute sa voix, je ne connais pas l’Éternel », pourquoi Moshé et Aharon revenaient-ils dire « le Dieu des Hébreux nous a rencontrés » ?
אבל הענין כי הש"י אמר תחלה ובאת אתה וזקני ישראל וגו' ואמרתם אליו ה' אלהי העבריים נקרה עלינו ובכאן אמרו לו כה אמר ה' אלהי ישראל שלח את עמי ויחגו לי במדבר הזכירו לו השם המיוחד כמו שנצטוו וכאשר השיב פרעה לא ידעתי את ה' אז נזכרו כי פרעה היה יודע שם אלהים שהוא אדון העולם ומנהיגו כי יזכירנו בדבריו תמיד אחרי הודיע אלהים אותך את כל זאת אבל לא ידע השם המיוחד, ועל כן אחר שהשיב לא ידעתי את ה' חזרו ואמרו לו אלהי העברים נקרא עלינו שהוא אל שדי.
Mais la chose est que le Saint, béni soit-Il, avait dit d’abord « et tu viendras, toi et les anciens d’Israël, etc., et vous lui direz : l’Éternel, Dieu des Hébreux, nous a rencontrés (nikra ‘alénou) », et ici ils lui dirent « ainsi dit l’Éternel, Dieu d’Israël : laisse partir mon peuple, et qu’ils célèbrent une fête pour Moi dans le désert » ; ils lui mentionnèrent le Nom particulier comme ils en avaient reçu l’ordre ; et quand Pharaon répondit « je ne connais pas l’Éternel », alors ils se souvinrent que Pharaon connaissait le nom Elohim, qui est le maître du monde et son conducteur, car il le mentionne constamment dans ses paroles « après que Dieu t’a fait connaître tout cela », mais qu’il ne connaissait pas le Nom particulier ; et c’est pourquoi, après qu’il eut répondu « je ne connais pas l’Éternel », ils revinrent lui dire « le Dieu des Hébreux nous a rencontrés », qui est El Shaddaï.
ולשון נקרא מלשון מקרה ופגע, ועל כן פירשו המקרה פן יפגענו בדבר כי אמר להם הש"י בפסוק ואמרתם אליו ה' אלהי העבריים נקרה עלינו כי המקרה הוא כולל מה שהם אומרים עכשיו פן יפגענו ואין בדבריהם ענין חדש רק מה שנכלל בדברי הש"י ועל כן פרשו לו המקרה ההוא, והנה פרעה ברשעו וחכמתו לא השיב לדבריהם כלל רק דחה אותם בדברים אחרים ואמר למה משה ואהרן תפריעו וגו'.
Et le mot « nikra » vient de « mikré » (rencontre) et « pega‘ » (atteinte), et c’est pourquoi ils expliquèrent le « mikré » : « de peur qu’il ne nous frappe (yifga‘énou) de peste », car le Saint, béni soit-Il, leur avait dit dans le verset « et vous lui direz : l’Éternel, Dieu des Hébreux, nous a rencontrés (nikra) », car le « mikré » inclut ce qu’ils disent maintenant, « de peur qu’il ne nous frappe » ; et il n’y a pas dans leurs paroles de chose nouvelle, seulement ce qui était inclus dans les paroles du Saint, béni soit-Il, et c’est pourquoi ils lui expliquèrent ce « mikré » ; et voici que Pharaon, dans sa méchanceté et sa sagesse, ne répondit pas du tout à leurs paroles mais les écarta par d’autres paroles et dit « pourquoi, Moshé et Aharon, détournez-vous le peuple de ses travaux, etc. ».
ונזבחה לה' אלהינו פן יפגענו בדבר או בחרב באר הכתוב הזה סוד הקרבנות שהם כופר מן הפגיעה וזהו שאמר פן יפגענו בדבר (חבקוק ג׳:ה׳) כי לפניו ילך דבר ויצא רשף לרגליו, ואמר או בחרב כי ה' הוא השופט באש כלומר במדת הדין ובחרבו את כל בשר, וכבר ידעת כי השכינה היא מדת הדין והוא האש הגדולה האוכלת הקרבנות, וזהו שאמר הכתוב (ויקרא ט׳:ו׳) וירא אליכם כבוד ה', והזכיר מיד ותפול אש ה' ותאכל וגו', וזהו שכתוב (במדבר כ״ח:ב׳) את קרבני לחמי והוסיף פי' לאשי והוא שהזכיר בתחלת הכתוב אלהי העברים נקרא עלינו ואחר כך אמר נלכה נזבחה לה' אלהינו ולא אמר לאלהינו כי הקרבן לאלהים והכונה לשם המיוחד ועל זה רמז דוד ע"ה באמרו (תהילים נ׳:י״ד) זבח לאלהים תודה ושלם לעליון נדריך, באר כי הקרבן לאלהים והכונה לאל עליון, והבן זה.
« Et nous sacrifierons à l’Éternel notre Dieu, de peur qu’il ne nous frappe de peste ou d’épée. » Ce verset explique le secret des sacrifices, qui sont une rançon (kopher) contre l’atteinte, et c’est ce qu’il dit « de peur qu’il ne nous frappe de peste » ; (Habaquq 3,5) « devant lui marche la peste et la flamme (reshef) sort à ses pieds » ; et il dit « ou d’épée » car l’Éternel est celui qui juge par le feu, c’est-à-dire par l’attribut de jugement, « et par son épée toute chair » ; et tu sais déjà que la Présence (Shekhina) est l’attribut de jugement et qu’elle est le grand feu qui dévore les sacrifices, et c’est ce que dit l’Écriture (Lévitique 9,6) « et la gloire de l’Éternel vous apparaîtra », et il mentionne aussitôt « et le feu de l’Éternel tomba et dévora, etc. » ; et c’est ce qui est écrit (Nombres 28,2) « mon offrande, mon pain » et il ajouta l’explication « pour mes sacrifices par le feu (le-ishshai) » ; et c’est ce qu’il mentionna au début du verset « le Dieu des Hébreux nous a rencontrés » et ensuite il dit « allons, sacrifions à l’Éternel notre Dieu » et n’a pas dit « à notre Dieu (Elohénou) », car le sacrifice est à Elohim et l’intention est le Nom particulier ; et à cela fit allusion David, paix sur lui, en disant (Psaumes 50,14) « sacrifie à Dieu (Elohim) action de grâce et acquitte envers le Très-Haut tes vœux » : il expliqua que le sacrifice est à Elohim et que l’intention est le Dieu Très-Haut, et comprends cela.
לכו לסבלותיכם. כלומר לעשות חפצכם ומה שאתם צריכים לעשות, כי אין הכוונה סבלות מצרים להשתדל בעבודת פרך כשאר ישראל לפי שהשעבוד לא היה על שבט לוי כי רצה פרעה להניח להם שבט לוי להנהיגם בחקי תורתם כאשר המנהג בכל עם שיש להם חכמים להורות להם תורתם ועניני יראתם ואיך יתנהגו בה.
« Allez à vos charges (sivlotékhem). » C’est-à-dire : occupez-vous de vos affaires et de ce que vous avez à faire ; car l’intention n’est pas les charges d’Égypte, de s’employer au travail de rigueur comme le reste d’Israël, parce que l’asservissement ne pesait pas sur la tribu de Lévi, car Pharaon voulait leur laisser la tribu de Lévi pour les conduire dans les lois de leur Torah, comme c’est la coutume chez tout peuple qui a des sages pour leur enseigner leur Torah et les questions relatives à leur culte et comment s’y conduire.
ובמדרש אמר ר' יהושע בן לוי שבטו של לוי פנוי היה מעבודת פרך אמר להם פרעה בשביל שאתם פנוים אתם אומרים נלכה נזבחה לאלהינו לכו לסבלותיכם, לישראל.
Et dans le Midrash, Rabbi Yehoshoua ben Lévi a dit : la tribu de Lévi était libre du travail de rigueur. Pharaon leur dit : parce que vous êtes libres, vous dites « allons sacrifier à notre Dieu » ! Quant à « Allez à vos charges », cela s’adresse à Israël.
לא תאספון לתת תבן. יתכן כי הגזרה הזאת לא עמדה כי אם פעם אחת שיעשו הלבנים ולא ינתן להם תבן וזהו תוספת האל"ף, כן פירש רבינו חננאל.
« Vous ne continuerez plus (lo tosiphoun / tasephoun) à donner de la paille. » Il est possible que ce décret ne soit resté en vigueur qu’une seule fois, à savoir qu’ils fassent les briques sans qu’on leur donne de paille, et c’est l’addition du alef ; ainsi a expliqué Rabbénou ‘Hananel.
תכבד העבדה. נענשו על זה מדה כנגד מדה כמה שכתוב (שמות י״ד:כ״ה) וינהגהו בכבדות, וכן בלשון לכו קחו לכם תבן נענשו כמו שכתוב (שם) ויולך ה' את הים וגו', וכן בלשון ויפץ העם נענשו כמה שכתוב (ירמיהו י״ח:י״ז) כרוח קדים אפיצם כי נפזרו בים, וכן לקושש קש לתבן נענשו כמו שכתוב (שמות ט״ו:ז׳) יאכלמו כקש, ומה שאמר ואל ישעו בדברי שקר, כתרגומו בפתגמין בטלין, ורצה לומר כן על דברי משה ואהרן המבטיחים אותם בגאולה.
« Que le travail pèse (tikhbad ha-‘avoda). » Les Égyptiens furent punis pour cela mesure pour mesure, comme il est écrit (Exode 14,25) « et il les conduisait avec peine (bikhvedout) » ; de même, pour l’expression « allez, prenez-vous de la paille », ils furent punis comme il est écrit (ibid.) « et l’Éternel fit aller la mer, etc. » ; de même, pour l’expression « et le peuple se dispersa (va-yaphets) », ils furent punis comme il est écrit (Jérémie 18,17) « comme par le vent d’orient je les disperserai (aphitsém) », car ils furent dispersés dans la mer ; de même, pour « ramasser du chaume pour la paille », ils furent punis comme il est écrit (Exode 15,7) « il les dévora comme du chaume » ; et ce qu’il dit « et qu’ils ne s’occupent pas de paroles de mensonge » est, comme son targoum, « de paroles vaines (be-pitgamin battelin) », et il veut dire : sur les paroles de Moshé et d’Aharon qui leur promettent la délivrance.
אדני למה הרעותה לעם הזה. השם הזה אל"ף דל"ת כי ממדת רחמים לא היה משה מפחד שיריע לעם אבל היה מפחד ממדת הדין הוא ה"א נוספת במלת הרעותה ויאמר למה זה הנחת להרע במדת הדין לעם הזה למה זה שלחתני קודם שהגיע הקץ כי אין ראוי לך לשלוח שלוחך עד שתרצה להצילם כן כתב הרמב"ן.
« Seigneur (Adonaï), pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple ? » Ce Nom est alef-dalet (Adonaï), car de l’attribut de miséricorde Moshé ne craignait pas qu’il fasse du mal au peuple, mais il craignait l’attribut de jugement, qui est le hé ajouté dans le mot « hare‘otha » ; et il dit : pourquoi as-Tu laissé faire du mal par l’attribut de jugement à ce peuple ? Pourquoi m’as-Tu envoyé avant que la fin soit arrivée ? Car il ne convient pas que Tu envoies Ton envoyé avant que Tu veuilles les sauver ; ainsi a écrit le Ramban.
ובמדרש למה הרעותה לעם הזה אמר הקב"ה למשה משה חבל על דאבדין ולא משתכחין אמרתי לאברהם (בראשית י״ג:י״ז) קום התהלך בארץ וגו' בקש מקום לקבור את שרה ולא מצא עד ששקל ד' מאות כסף ולא הרהר אחר מדותי. אמרתי ליצחק גור בארץ הזאת וגו' בקש מים לשתות ולא מצא שנאמר (בראשית כ״ו:כ׳) ויריבו רועי גרר ולא הרהר אחר מדותי. אמרתי ליעקב הארץ אשר אתה שוכב עליה וגו' בקש מקום לנטות אהלו ולא מצא עד שקנה במאה קשיטה ולא הרהר אחר מדותי. ואתה תחלת שליחותי אמרת לי מה שמך, ועתה אמרת לי למה הרעותה, עתה תראה אשר אעשה לפרעה ולא תראה במלחמת ל"א מלכים שיעשה בהם יהושע מלחמה. מכאן אתה למד שנטל משה את הדין שלא יכנס לארץ ע"כ.
Et dans le Midrash : « pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple ? » Le Saint, béni soit-Il, dit à Moshé : Moshé, hélas pour ceux qui ont disparu et que l’on ne retrouve plus (‘al de-avdin ve-lo mishtakh’hin) ! J’ai dit à Avraham (Genèse 13,17) « lève-toi, parcours le pays, etc. » : il chercha un lieu pour enterrer Sara et n’en trouva pas jusqu’à ce qu’il ait pesé quatre cents (sicles d’)argent, et il ne remit pas en question Mes attributs. J’ai dit à Yitz’haq « séjourne dans ce pays, etc. » : il chercha de l’eau à boire et n’en trouva pas, comme il est dit (Genèse 26,20) « et les bergers de Gérar se disputèrent », et il ne remit pas en question Mes attributs. J’ai dit à Yaakov « la terre sur laquelle tu es couché, etc. » : il chercha un lieu pour dresser sa tente et n’en trouva pas jusqu’à ce qu’il l’achète pour cent qesita, et il ne remit pas en question Mes attributs. Et toi, au début de ma mission tu m’as dit « quel est son nom ? », et maintenant tu m’as dit « pourquoi as-tu fait du mal ? ». Maintenant tu verras ce que je ferai à Pharaon, et tu ne verras pas la guerre des trente et un rois que Yehoshoua leur fera. De là tu apprends que Moshé encourut la sentence de ne pas entrer dans le pays. Fin de la citation.
ונראה לי מפשט הכתוב לומר שאין חטא למשה בדבור למה הרעותה וזה לשני טעמים, האחד שבא להודיענו ענין הרע הזה ושהוא יתברך המטיב והמריע כי גם הרע בא ממנו יתברך, וזה דבר הנביא שהיה מוכיח האומר (צפניה א׳:י״ב) לא ייטיב ה' ולא ירע וכתיב (איכה ג׳:ל״ח) מי זה אמר ותהי וגו' וכתיב (שם) מפי עליון לא תצא וגו'.
Et il me semble, d’après le sens simple (peshat) du verset, que Moshé n’a pas de faute dans la parole « pourquoi as-tu fait du mal », et ce pour deux raisons. La première : il vient nous faire connaître ce mal, et que Lui, béni soit-Il, est Celui qui fait du bien et Celui qui fait du mal, car même le mal vient de Lui, béni soit-Il ; et c’est la parole du prophète qui reprenait celui qui disait (Tsephanie 1,12) « l’Éternel ne fait ni bien ni mal », et il est écrit (Lamentations 3,37) « qui est celui qui a dit et cela fut, etc. » et il est écrit (ibid.) « de la bouche du Très-Haut ne sortent, etc. ».
השני שחזר והזכירו פעם אחרת בפרשת מתאוננים למה הרעות לעבדך, ואלו הרגיש משה שהקב"ה חשבו לו לחטא לא היה חוזר עליו, אבל החטא היה במה שאמר ומאז באתי אל פרעה לדבר בשמך הרע לעם הזה, יאמר כי מעת שבא לפניו בשליחות השם הגדול הרע לעם הזה כי לא ידעו ולא נכנע מפניו כלל והדבור הזה הוא כמהרהר אחר מדותיו וכמטיח דברים כלפי הש"י השם הגדול שהודיע לו בסנה, ולכך השיב לו עתה תראה אשר אעשה לפרעה בכח שמי הגדול שיתפרסם אצלו וידענו וכל מה שהרע לעם יתהפך עליו עד שהוא בעצמו יודה בשלוחם על כרחו, ולפי שדרשו עתה תראה ולא תראה מה שאעשה לשלושים ואחד מלכים יהיה עונש ונטילת הדין שלא יכנס לארץ.
La seconde : qu’il l’a mentionné une autre fois dans la section des plaignants (mitonenim), « pourquoi as-tu fait du mal à ton serviteur » ; et si Moshé avait senti que le Saint, béni soit-Il, le lui comptait comme une faute, il n’y serait pas revenu ; mais la faute fut dans ce qu’il dit « et depuis que je suis venu auprès de Pharaon pour parler en Ton nom, il a fait du mal à ce peuple » : il dit que depuis qu’il vint devant lui avec la mission du Nom grand, il a fait du mal à ce peuple, car Pharaon ne connaissait pas ce Nom et ne s’était nullement soumis devant Lui, et cette parole est comme une contestation de Ses attributs et comme une parole lancée contre le Saint, béni soit-Il, le Nom grand qu’Il lui a fait connaître au buisson ; et c’est pourquoi Il lui répondit « maintenant tu verras ce que je ferai à Pharaon » par la force de Mon grand Nom qui lui sera manifesté et qu’il connaîtra, et tout le mal qu’il a fait au peuple se retournera contre lui, au point que lui-même consentira lui-même, malgré lui, à les laisser partir ; et selon l’interprétation de nos Sages : « Maintenant tu verras », mais tu ne verras pas ce que Je ferai aux trente et un rois, il s’agit d’une punition et de la sentence lui interdisant d’entrer dans le pays.
ומצאתי חזוק לדברי ממה שאמרו במדרש ומאז באתי אל פרעה אמר משה לפני הקב"ה רבש"ע באז חטאתי באז אני מקלסך, באז חטאתי ומאז באתי אל פרעה באז אני מקלסך (שמות ט״ו:א׳) אז ישיר משה, והמדרש שהזכרתי למעלה אמר הקב"ה למשה תחלת שליחותי אמרת לי מה שמך ועכשו אמרת לי למה הרעותה הזכיר המדרש למה הרעותה לפי שהוא תחלת הדברים למשה לא לכונה שיהיה הוא החטא מן הטעמים שאמרתי.
Et j’ai trouvé un renfort à mes paroles dans ce qu’ils ont dit dans le Midrash : « et depuis que je suis venu auprès de Pharaon » : Moshé dit devant le Saint, béni soit-Il : Maître du monde, par « az » j’ai péché, par « az » je Te loue ; par « az » j’ai péché : « et depuis (u-me-az) que je suis venu auprès de Pharaon » ; par « az » je Te loue : (Exode 15,1) « alors (az) Moshé chanta » ; et le Midrash que j’ai mentionné plus haut, où le Saint, béni soit-Il, dit à Moshé : au début de ma mission tu m’as dit « quel est son nom » et maintenant tu m’as dit « pourquoi as-tu fait du mal », le Midrash a mentionné « pourquoi as-tu fait du mal » parce que c’est le début des paroles de Moshé, et non dans l’intention que ce soit là la faute, selon les raisons que j’ai dites.
וראיתי בפירוש רבינו חננאל ז"ל שכתב שאין לשון למה הרעותה לשון תלונה והטחת דברים אבל הוא לשון שאלה כי שאל משה לפני הקב"ה המדה הזאת למה צדיק ורע לו ורשע וטוב לו שהיה רואה לישראל בשעבוד גדול ועצום ובצרות רבות ולמצריים הרשעים הכופרים היה רואה הצלחה ושלוה, ולפי שהיסורין באים על כמה חלקים יש מי שיסורין באין עליו על עונות שעשה כענין שכתוב (ישעיהו נ״ז:י״ז) בעון בצעי קצפתי ואכהו הסתר ואקצוף, ויש מי שיסורים באים עליו כדי להיטיב לו באחריתו כענין שכתוב (דברים ח׳:ט״ז) למען ענותך ולמען נסותך להיטיבך באחריתך והן הן יסורין של אהבה,
Et j’ai vu dans le commentaire de Rabbénou ‘Hananel, de mémoire bénie, qui a écrit que l’expression « pourquoi as-tu fait du mal » n’est pas une expression de plainte ni de paroles lancées contre, mais une expression de question, car Moshé interrogea le Saint, béni soit-Il, sur cet attribut : pourquoi un juste a du mal et un méchant a du bien — car il voyait Israël dans un grand et puissant asservissement et de nombreuses détresses, tandis que pour les Égyptiens, méchants et négateurs, il voyait réussite et quiétude ; et comme les souffrances viennent selon plusieurs catégories, il y a celui sur qui les souffrances viennent pour des fautes qu’il a commises, comme il est écrit (Isaïe 57,17) « pour la faute de son gain Je Me suis irrité et l’ai frappé, Me cachant et Me courrouçant », et il y a celui sur qui les souffrances viennent afin de lui faire du bien à sa fin, comme il est écrit (Deutéronome 8,16) « afin de t’humilier et afin de t’éprouver pour te faire du bien à ta fin », et ce sont là les souffrances d’amour,
והוא שכתוב (תהילים צ״ד:י״ב) אשרי הגבר אשר תיסרנו יה, לפיכך כשראה משה כי מיום בואו אל פרעה בדבר הש"י הכביד עולו עליהם ואמר תכבד העבודה וגו' שאל להש"י למה הנחת להרע לעם הזה ובידך כח להצילם והצל לא הצלת, והוא כמו (שמות א׳:י״ז) ותחיין את הילדים, וכן וכל הבת תחיון, כי אין ביד האדם כח להמית ולהחיות אבל הכוונה להניח להם חיים, וכן בכאן למה הרעות למה הנחת להרע ומתירא אני שמא יוסיף להרע.
et c’est ce qui est écrit (Psaumes 94,12) « heureux l’homme que Tu châties, Yah » ; c’est pourquoi, quand Moshé vit que depuis le jour où il était venu auprès de Pharaon, par la parole du Saint, béni soit-Il, celui-ci avait alourdi son joug sur eux et dit « que le travail pèse, etc. », il demanda au Saint, béni soit-Il : pourquoi as-Tu laissé faire du mal à ce peuple, alors que Tu as le pouvoir de les sauver, et sauver, Tu ne les as pas sauvés ? Et c’est comme (Exode 1,17) « et elles laissèrent vivre les enfants », et de même « et toute fille vous laisserez vivre », car l’homme n’a pas le pouvoir de faire mourir et de faire vivre, mais l’intention est de les laisser en vie ; et de même ici, « pourquoi as-tu fait du mal » : pourquoi as-Tu laissé faire du mal, et je crains qu’il ne continue à faire du mal.
והנה השאלה הזאת היא שאלת הנביא ירמיה שאמר (ירמיהו י״ב:א׳) מדוע דרך רשעים צלחה שלו כל בוגדי בגד, שאל מאת הקב"ה אם שלות הרשעים היא גמול לחסד שעשו כבר בעוה"ז או הוא כדי לכפול ענשם ולהרבות להם יסורין, והקב"ה השיבו שאין שלות הרשעים והצלחתם כי אם להוסיף עונש על עונשם, וכענין שאמר דוד (תהילים ס״ט:כ״ח) תנה עון על עונם ואל יבאו בצדקתך.
Et voici que cette question est la question du prophète Yirmeyahou, qui dit (Jérémie 12,1) « pourquoi la voie des méchants prospère-t-elle, tous ceux qui agissent par trahison sont tranquilles » : il demanda au Saint, béni soit-Il, si la quiétude des méchants est une rétribution pour une bonté qu’ils ont déjà accomplie en ce monde, ou si c’est pour doubler leur punition et multiplier leurs souffrances, et le Saint, béni soit-Il, lui répondit que la quiétude des méchants et leur réussite ne sont que pour ajouter une punition à leur punition, comme dit David (Psaumes 69,28) « mets faute sur leur faute et qu’ils n’entrent pas dans Ta justice ».
וכן בכאן היתה תשובת הקב"ה למשה עתה תראה אשר אעשה יאמר היסורין האלה לישראל אינן אלא לכפול שכר על שכרם זהו עתה תראה, וההצלחה והשלוה לפרעה אינו אלא לכפול עונש על ענשם, ז"ש אשר אעשה לפרעה כלומר כבר הכנתי לו המכות ומפני זה היתה הסבה מאתי שתכבד עליהם העבודה מיום ששלחתיך כדי לכפול עונש על ענשם ולהגביר ולהאדיר שכר לישראל כשהם עומדים באותם יסורין וסובלים אותם באהבה.
Et de même ici, la réponse du Saint, béni soit-Il, à Moshé fut « maintenant tu verras ce que Je ferai » : Il dit que ces souffrances pour Israël ne sont que pour doubler la récompense sur leur récompense ; c’est « maintenant tu verras » ; et la réussite et la quiétude de Pharaon ne sont que pour doubler la punition sur leur punition ; c’est ce qu’il dit « ce que Je ferai à Pharaon », c’est-à-dire : J’ai déjà préparé pour lui les plaies, et à cause de cela la cause venait de Moi que le travail s’alourdisse pour eux dès le jour où Je t’ai envoyé, afin de doubler la punition sur leur punition et de renforcer et magnifier la récompense d’Israël quand ils se tiennent dans ces souffrances et les supportent avec amour.
ודע כי עניני הגלות הזה הראשון רמז לעניני גלותנו זה האחרון שאנו עומדים בו בשעבוד ויסורין ברשות מלכות אדום ואנו מצפין לישועת הש"י כענין שאמר דוד ע"ה על הענין הזה (תהילים ק״ל:ו׳) נפשי לה' משומרים לבקר שומרים לבקר ממתינים וחוזרים וממתינים ואם תתאחר הגאולה לבא הכל להוסיף לנו שכר טוב ולהטיב אותנו באחריתנו וכדי להוסיף פורענות ועונש לאותם המשתעבדים בנו וכשם שמצינו שנדחקה להם השעה לישראל במצרים מעת בא הגואל הראשון לפני פרעה ואמר לו בדבר הש"י שלח את עמי ויחוגו לי במדבר,
Et sache que les affaires de ce premier exil font allusion aux affaires de notre exil-ci, le dernier, où nous nous tenons dans l’asservissement et les souffrances sous la domination du royaume d’Édom, et nous attendons le salut du Saint, béni soit-Il, comme dit David, paix sur lui, sur ce sujet (Psaumes 130,6) « mon âme (est) à l’Éternel, plus que les veilleurs du matin, les veilleurs du matin » : ils attendent, reviennent et attendent encore ; et si la délivrance tarde à venir, tout cela est pour nous ajouter une bonne récompense et nous faire du bien à notre fin, et pour ajouter calamité et punition à ceux qui nous asservissent ; et de même que nous trouvons que, pour Israël en Égypte, l’heure se resserra sur eux depuis le moment où le premier rédempteur vint devant Pharaon et lui dit, par la parole du Saint, béni soit-Il, « laisse partir mon peuple pour qu’ils célèbrent une fête pour Moi dans le désert »,
ואחרי זאת כבדה עליהם העבודה ונתעוררה עליהם השנאה ונתוספה ביניהם מאד על מה שהיתה, כן בגאולתנו זאת העתידה בהגלות הגואל האחרון תתעורר השנאה בין העכו"ם לישראל ויוסיפו שעבוד על שעבודם, ויהיה הגואל נגלה וחוזר ונכסה כדי להתעות את העכו"ם ולהקשות את לבם שכן מצינו בגאולת מצרים שנגלה להם משה וחזר ונכסה מהם וזהו שדרשו רז"ל ויפגעו את משה ואת אהרן אחר ששה חדשים נגלה הקב"ה במדין ואמר לו לך שוב מצרימה בא משה ממדין ואהרן ממצרים ופגעו בהם שוטרי ישראל כשהם יוצאים מלפני פרעה,
et qu’après cela le travail s’alourdit sur eux, que la haine se réveilla contre eux et s’accrut beaucoup parmi eux par rapport à ce qu’elle était, de même dans cette délivrance future qui est la nôtre, lorsque le dernier rédempteur se révélera, la haine se réveillera entre les nations (ha-‘akoum) et Israël, et ils ajouteront asservissement à leur asservissement, et le rédempteur sera révélé puis reviendra et sera caché, afin d’égarer les nations et d’endurcir leur cœur ; car nous trouvons ainsi dans la délivrance d’Égypte que Moshé se révéla à eux puis revint et se cacha d’eux ; et c’est ce que nos Sages de mémoire bénie ont interprété : « et ils rencontrèrent Moshé et Aharon » : après six mois, le Saint, béni soit-Il, se révéla à Madian et lui dit : va, retourne en Égypte ; Moshé vint de Madian et Aharon d’Égypte, et les préposés israélites (shotrei) les rencontrèrent alors qu’ils sortaient de devant Pharaon,
וכן דרשו במדרש חזית (שיר השירים ב׳:ט׳) דומה דודי לצבי מה צבי זה הוא נראה ונכסה וחוזר ונראה כך גואל הראשון נראה להם וחזר ונכסה מהם וחזר ונראה להם, וכמה נכסה מהם רבי תנחומא אומר ג' חדשים הה"ד ויפגעו את משה ואת אהרן, רבי יהודה ב"ר אומר לקריסין כלומר לשון פגיעה לפרקין היא, וכן הגואל העתיד יהיה נגלה וחוזר ונכסה שהרי גאולה זו עתידה להיות כדמיון גאולת מצרים בהרבה ענינים וכן אמר הנביא (מיכה ז׳:ט״ו) כימי צאתך מארץ מצרים אראנו נפלאות וכאשר יתקרב הקץ תהיינה צרות רבות ומתחזקות והוא סימן הישועה לישראל,
et de même ils ont interprété dans le Midrash ‘Hazit (Cantique des Cantiques 2,9) « mon bien-aimé est semblable à une gazelle » : de même que la gazelle est vue, puis se cache, puis est vue de nouveau, ainsi le premier rédempteur leur fut visible, puis se cacha d’eux, puis leur fut de nouveau visible ; et combien de temps se cacha-t-il d’eux ? Rabbi Tan’houma dit : trois mois, c’est ce qui est écrit « et ils rencontrèrent Moshé et Aharon » ; Rabbi Yehouda b. Rabbi dit : « le-qarisin », c’est-à-dire : l’expression de rencontre (pegi‘a) est « le-perqin » (par intervalles) ; et de même le rédempteur futur sera révélé puis reviendra et se cachera, car cette délivrance sera, à l’image de la délivrance d’Égypte, en de nombreux aspects, et ainsi dit le prophète (Michée 7,15) « comme aux jours de ta sortie du pays d’Égypte, Je lui ferai voir des prodiges » ; et quand la fin approchera, il y aura de nombreuses et fortes détresses, et c’est un signe de salut pour Israël,
וכן אמרו במדרש (ישעיהו נ״ט:י״ט) כי יבא כנהר צר רוח ה' נוססה בו אם ראית דור שצרות באות עליו כנהר חכה לו שנאמר כי יבא כנהר צר רוח ה' נוססה בו וסמיך ליה (שם) ובא לציון גואל ולשבי פשע ביעקב נאם ה'.
et de même ils ont dit dans le Midrash (Isaïe 59,19) « car il viendra comme un fleuve, un adversaire, l’esprit de l’Éternel dresse un étendard contre lui (nos’sa bo) » : si tu vois une génération sur laquelle des détresses viennent comme un fleuve, attends-le, car il est dit « car il viendra comme un fleuve, un adversaire, l’esprit de l’Éternel dresse un étendard contre lui », et juste après (ibid.) « et il viendra à Sion un rédempteur, et pour ceux de Jacob qui reviennent de la rébellion, dit l’Éternel ».