Béréchit 28:10 · commentaire 1
בברכת ישרים תרום קרת ובפי רשעים תהרס (משלי יא, יא)
« Par la bénédiction des hommes droits, la cité s’élève ; par la bouche des méchants, elle est détruite. » (Michlé 11:11)
Béréchit · RABBÉNOU BÉ’HAYÉ
Béréchit 28:10–32:3 · 156 entrées de commentaire
Les difficultés connues restent signalées dans les notes. Les introductions se trouvent au début de leur paracha et font partie de la première montée.
בברכת ישרים תרום קרת ובפי רשעים תהרס (משלי יא, יא)
« Par la bénédiction des hommes droits, la cité s’élève ; par la bouche des méchants, elle est détruite. » (Michlé 11:11)
שלמה המלך ע"ה הזכיר בספרו כלל כל המדות החמודות והמגונות ויש בכלל דבריו הצדיק הפך הרשע והישר הפך הבוגד, כי כן כוון המדות ממש זו לעומת זו מדה כנגד מדה דבר והפכו.
Le roi Salomon, que la paix soit sur lui, mentionne dans son livre l’ensemble des qualités désirables et mauvaises. Dans ses paroles, le juste est l’opposé du méchant, et l’homme droit celui du traître. Il dispose ainsi les qualités en vis-à-vis, mesure contre mesure, une chose et son contraire.
ומקרא מלא הזכיר בזה, הוא שכתוב (משלי כ״א:י״ח) כופר לצדיק רשע ותחת ישרים בוגד. נתן הצדיק לעומת הרשע וישר לעומת הבוגד, וכן הזכיר עוד (שם יא) צדקת ישרים תצילם וסלף בוגדים ישדם. וכן דרכו בכל מקום שהם בו לכוון סדר המדות ממש זו כנגד זו להזכיר הצדיק הפך הרשע והישר הפך הבוגד כי הוא הפכו הגמור.
Un verset l’énonce : « Le méchant est une rançon pour le juste, et le traître à la place des hommes droits » (Michlé 21:18). Il met le juste en face du méchant, l’homme droit en face du traître. De même : « La justice des hommes droits les sauve, et la perversité des traîtres les dévaste » (Michlé 11). Il suit partout cet ordre d’oppositions : juste contre méchant, droit contre traître, son contraire absolu.
וידוע כי הישר הוא המכיר היושר והאוהב אותו והבוחר בו, והוא יסבול כל דבר קשה שיחייב לו היושר והוא הנכנע אל האמת, והבוגד בהפך כל זה איננו מכיר היושר ואף אם יכירנו לא יודה בו אבל בכל פעולותיו יעשה הפכו. ואעפ"כ מצינו בקצת הכתובים מספר משלי שלמה שהוא נותן בפסוק אחד מדת היושר ומדת הרשע זה לעומת זה.
L’homme droit connaît la droiture, l’aime et la choisit. Il supporte toute difficulté qu’elle lui impose et se soumet à la vérité. Le traître est son contraire : il ne connaît pas la droiture ; même s’il la reconnaît, il ne l’admet pas, mais agit partout à l’opposé. Pourtant, certains versets de Michlé mettent dans un même verset la droiture et la méchanceté en vis-à-vis.
והכתוב הזה אומר בברכת ישרים תרום קרת, האיש הישר ייטיב לבני אדם, והקריה אשר הוא יושב בתוכה תתעלה ותתרומם בשבילו, ולא די שייטיב להם בדברי פיו אלא אף בברכתו כלומר בכל מה שחננו השי"ת,
« Par la bénédiction des hommes droits, la cité s’élève » : l’homme droit fait du bien aux autres, et la cité où il habite est élevée par lui. Il ne leur fait pas seulement du bien par ses paroles, mais par sa bénédiction, c’est-à-dire par tout ce dont l’Éternel l’a gratifié.
והנה הרשע בהפך ממנו זהו שנאמר ובפי רשעים תהרס, כי הרשע לא די שלא ייטיב לשום אדם מאשר נדבק בו אבל תהרס ותחרב העיר אשר הוא יושב בה בדברי פיו ובגאות לבו. ולמדנו שהריסות העיר בדברי פיו והצדיק כבוד העיר אפילו בממונו. וזהו שאמר בברכת ישרים תרום קרת. וכלל הענין כי הצדיק סבת רוממות הקריה במעשיו הטובים ודבריו להם יעשו פירות.
Le méchant est son contraire : « Par la bouche des méchants, elle est détruite. » Non seulement il ne fait profiter personne de ce qui lui est attaché, mais ses paroles et l’orgueil de son cœur détruisent la ville où il habite. Nous apprenons que la ville est ruinée par sa bouche ; le juste, lui, est l’honneur de la ville, jusque par son argent. Tel est « Par la bénédiction des hommes droits, la cité s’élève ». En somme, le juste élève la cité par ses bonnes actions, et ses paroles pour les habitants porteront fruit.
וזהו שכתוב (קהלת י״א:ג׳) ואם יפול עץ בדרום ואם בצפון מקום שיפול העץ שם יהוא, זה איש צדיק, כלומר העץ שהוא הצדיק במקום דירתו שם יהו פירותיו. ויצא יעקב כו' וכאשר יחסר הצדיק ממנו יחסר גברא רבא מארעא דישראל, והנה יציאתו מן העיר עושה רושם,
C’est ce qui est écrit : « Si un arbre tombe au sud ou au nord, là où tombe l’arbre, là il sera » (Qohélet 11:3). C’est l’homme juste : l’arbre est le juste, et au lieu où il demeure seront ses fruits. « Ya‘aqov sortit… » Lorsqu’il en est absent, un grand homme manque à la terre d’Israël. Son départ de la ville laisse donc une marque.
וכן ויצא יעקב. אמרו במדרש (לא הול"ל אלא) וילך חרנה ומה ת"ל ויצא כו' אלא ללמדך שכל זמן שהצדיק בעיר הוא הודה הוא זיוה הוא הדרה יצא משם פנה הודה פנה זיוה פנה הדרה.
De même, « Ya‘aqov sortit ». Dans le Midrash : il aurait suffi de dire « il alla à ‘Haran » ; pourquoi « il sortit » ? Pour enseigner que, tant que le juste est dans la ville, il en est l’honneur, l’éclat et la splendeur. Lorsqu’il en sort, son honneur, son éclat et sa splendeur s’en vont.
[אמר המדפיס הפסקא הזאת נלקה בחסר ויתיר וערבוב דברים בהעתקה הראשונה, ואנכי ת"ל יגעתי ומצאתי להשים מעקשים למישור, והרוצה יעיין בדפוסים הישנים ויראה את כל הנתקן הזה יצחק בן יעקב ז"ל.]
[Le typographe dit : ce passage avait subi omissions, ajouts et mélange des propos dans la première copie. Avec l’aide de Dieu, je me suis appliqué et j’ai trouvé comment redresser les passages tortueux. Que celui qui le souhaite consulte les anciennes impressions et voie toutes ces corrections. Yitz‘haq fils de Ya‘aqov, de mémoire bénie.]
ויצא יעקב מבאר שבע. באר שבע בארץ ישראל, כי כן כתוב למעלה ביצחק ויעל משם באר שבע. ויקרא אותה שבעה על כן שם העיר באר שבע ולא יצא מימיו חוצה לארץ.
« Yaakov sortit de Beer Chéva. » Beer Chéva est en terre d’Israël, car il est écrit plus haut à propos d’Its’hak : « Il monta de là à Beer Chéva » ; « Il l’appela Chiv’a, c’est pourquoi le nom de la ville est Beer Chéva. » Or il ne sortit jamais de sa vie hors de la terre d’Israël.
והנה הכתובים לא הזכירו שהלך יעקב לבאר שבע, אבל מתוך שהזכיר ויצא אתה למד שהלך לשם ליטול רשות מן השם יתברך אם ילך לחרן כאשר צוו עליו אביו ואמו, ומשום כבוד אביו שעלה לשם ליטול רשות ושם הבטיחו הקב"ה אל תירא. (וכן) דרשו רז"ל אמר יעקב כשם שהלך אבא לבאר שבע כך אני הריני הולך לבאר שבע, אם יתן לי רשות הריני יוצא ואם לאו איני יוצא.
Les versets ne mentionnent pas que Yaakov était allé à Beer Chéva. Mais, puisqu’il est dit « il sortit », tu apprends qu’il s’y était rendu pour demander à Dieu, béni soit-Il, la permission d’aller à ‘Haran, conformément à l’ordre de son père et de sa mère. Il le fit aussi par respect pour son père, qui y était monté demander la permission et à qui le Saint, béni soit-Il, y avait promis : « Ne crains pas. » Nos Sages enseignent ainsi : Yaakov dit : comme mon père alla à Beer Chéva, moi aussi je vais à Beer Chéva ; s’Il m’en donne la permission, je sortirai, sinon je ne sortirai pas.
ודע כי לולא שרצה ליטול מהקב"ה רשות היה ראוי הכתוב לומר ויצא יעקב מחברון כי שם גר אברהם ויצחק ושם נטל הברכות. וסדר הענין ויצא יעקב ויפגע במקום וילן שם. יגיד לך הכתוב כשיצא פגע במקום, הוא הר המוריה. ואחר שלן ושכב במקום ההוא ונתן לו הקב"ה רשות לצאת כענין שאמר והנה אנכי עמך והשיבותיך אל האדמה הזאת היא באר שבע שהיא מארץ ישראל.
Sache que, s’il n’avait voulu demander la permission au Saint, béni soit-Il, l’Écriture aurait dû dire : « Yaakov sortit de ‘Hévron », car Avraham et Its’hak y demeuraient et il y avait reçu les bénédictions. L’ordre du récit est : « Yaakov sortit », « il rencontra le lieu », « il y passa la nuit ». L’Écriture t’indique qu’en sortant il rencontra le lieu, qui est le mont Moriah. Après qu’il eut passé la nuit et se fut couché en ce lieu, le Saint, béni soit-Il, lui donna la permission de sortir : « Voici, Je suis avec toi… Je te ramènerai sur cette terre », c’est Beer Chéva, qui appartient à la terre d’Israël.
וישא יעקב רגליו וילך ארצה בני קדם. כי אחרי ששכב בבאר שבע השכים יעקב בבקר ונשא רגליו ארצה בני קדם, והנה כל הפרשה כולה אחר אשר פגע בהר המוריה ואחר שלן בבאר שבע וכל הענין באורך אחר שירד. ומה שכלל כאן וילך חרנה פרט וישא יעקב רגליו וילך להגיד כי הלך אחר מראה החלום.
« Yaakov leva ses pieds et alla au pays des fils de l’Orient. » Après s’être couché à Beer Chéva, Yaakov se leva de bon matin et porta ses pas vers le pays des fils de l’Orient. Ainsi, toute la section se situe après qu’il eut rencontré le mont Moriah et passé la nuit à Beer Chéva ; tout le long récit vient après sa descente. Ce qui est résumé ici par « il alla à ‘Haran » est détaillé par « Yaakov leva ses pieds et alla », pour indiquer qu’il partit après la vision du rêve.
ובמדרש ויצא יעקב מבאר שבע וילך חרנה, הלך לו ביום א' מבאר שבע עד חרן שיש שם מהלך ג' ימים. נרמז מלשו הכתוב שהוא מורה על תכיפת דבר, וזהו מבאר שבע, וילך חרנה וכן הלשון בסוף הפרשה תכף שנשא רגליו, וכן הלשון כתוב באליעזר ויקם וילך. ג' קפצה להם הדרך, אליעזר עבד אברהם, ויעקב, ואבישי. אליעזר דכתיב ואבא היום אל העין, היום יצאתי והיום באתי.
Dans le Midrash : « Yaakov sortit de Beer Chéva et alla à ‘Haran. » Il alla en un seul jour de Beer Chéva à ‘Haran, alors qu’il y a trois jours de marche. Le langage du verset, qui indique une succession immédiate, y fait allusion : « de Beer Chéva », puis « il alla à ‘Haran ». De même, à la fin du passage, aussitôt qu’il leva ses pieds ; et le même langage est employé pour Éliézer : « Il se leva et partit. » Pour trois hommes, le chemin se raccourcit : Éliézer, serviteur d’Avraham, Yaakov et Avichaï. Pour Éliézer, il est écrit : « Je suis arrivé aujourd’hui à la source » : aujourd’hui je suis parti et aujourd’hui je suis arrivé.
ובמקום אחר דרשו ויפגע במקום כי מטא לחרן אמר אפשר עברתי על מקום שהתפללו אבותי ולא התפללתי בו יהיב אדעתיה למהדר קפצה ליה ארעא מיד ויפגע במקום הוא הר המוריה. ובאור המדרש כי כאשר התגעגע יעקב להר המוריה שיתפלל בו, מיד בפתע פתאום קפצה לו הדרך ולא הוצרך לחזור ולטרוח כלל. ולפי הענין הזה למדנו שתי קפיצות, האחת בלכתו מבאר שבע עד חרן שהלך שם ברצונו. והשנית למען לא יצטרך לטרוח ולשוב.
Ailleurs, les Sages expliquent « il rencontra le lieu » : lorsqu’il arriva à ‘Haran, il dit : est-il possible que je sois passé par un lieu où mes pères ont prié sans y avoir prié ? Il résolut de revenir ; aussitôt la terre se contracta pour lui, et « il rencontra le lieu », qui est le mont Moriah. Le sens du Midrash est que, lorsque Yaakov éprouva le désir du mont Moriah pour y prier, soudain le chemin se raccourcit pour lui et il n’eut aucunement à revenir ni à se fatiguer. Selon cette explication, nous apprenons qu’il y eut deux raccourcissements : l’un lorsqu’il alla de Beer Chéva à ‘Haran, où il se rendait de son plein gré ; l’autre afin qu’il n’ait pas à peiner pour revenir.
ובמדרש י"ב אבנים לקח מאבני המזבח שנעקד עליו יצחק, רמז שעתידין לעמוד ממנו י"ב שבטים, ונעשו כולן אבן אחת שנאמר ויקח את האבן אשר שם, רמז שעתידין להיות גוי אחד שנאמר (דברי הימים א י״ז:כ״א) ומי כעמך ישראל גוי אחד בארץ.
Dans le Midrash : il prit douze pierres parmi les pierres de l’autel sur lequel Its’hak avait été lié, allusion aux douze tribus qui devaient naître de lui. Toutes devinrent une seule pierre : « Il prit la pierre qu’il avait placée », allusion à ce qu’elles deviendraient une seule nation : « Qui est comme Ton peuple Israël, nation unique sur terre ? » (I Chroniques 17,21).
וישכב במקום ההוא. היה ראוי לומר וישכב שם כמו שאמר וילן שם, אבל לשון מעוט הוא, שם שכב אבל י"ד שנה ששמש בבית עבר ועסק בתורה לא שכב, כי שלחו אביו יצחק ללמוד תורה בבית עבר י"ד שנה קודם שהלך לחרן אל בית לבן.
« Il se coucha en ce lieu-là. » Il aurait dû être dit « il s’y coucha », comme « il y passa la nuit ». Mais cette expression est restrictive : là il se coucha, tandis que durant les quatorze années où il servit à la maison d’Éver et étudia la Torah, il ne se coucha pas. Son père Its’hak l’avait en effet envoyé étudier la Torah à la maison d’Éver pendant quatorze ans, avant son départ à ‘Haran, chez Lavan.
ויחלום אין חלום זה כחלומות הנהוגים בין בני אדם וגם אינו חלום של רוה"ק בלבד, שאילו כן היה אומר בסוף וייקץ יעקב משנתו והנה חלום, אבל חלום של נבואה גמורה כענין חלומות הנביאים שנבואתם על שני חלקים אלה, הוא שכתוב (במדבר י״ב:ו׳) במראה אליו אתודע בחלום אדבר בו.
« Il rêva. » Ce rêve n’est pas comme les rêves habituels des hommes, ni seulement un rêve relevant de l’esprit saint. Si tel était le cas, il serait dit à la fin : « Yaakov s’éveilla de son sommeil, et voici, c’était un rêve. » C’était au contraire un rêve de prophétie complète, comme les rêves des prophètes, dont la prophétie se répartit selon ces deux modes : « Dans une vision Je Me fais connaître à lui ; dans un rêve Je lui parle » (Nombres 12,6).
והנה סולם מוצב ארצה. ע"ד הפשט במראה הזה ראה שהיו רגלי הסולם בבאר שבע המקום אשר הוא שוכב שם, הוא שאמר מוצב ארצה. והיה ראשו של סולם נסמך ונדבק בשמים כנגד בית המקדש, זהו שאמר וראשו מגיע השמימה שהוא הפתח שמלאכי השרת נכנסים ויוצאים שם, זהו והנה מלאכי אלהים עולים ויורדים, והקב"ה היה נצב עליו ואז ידע יעקב שהמקום ההוא שהוא שוכב שם הוא שער השמים וטוב להתפלל.
« Voici, une échelle était dressée sur la terre. » Selon le sens simple, dans cette vision, il vit les pieds de l’échelle à Beer Chéva, là où il était couché : tel est le sens de « dressée sur la terre ». Le sommet de l’échelle s’appuyait sur les cieux et y adhérait, en face du Temple : « Son sommet atteignait les cieux », à l’ouverture par laquelle entrent et sortent les anges du service. C’est le sens de : « Voici, des anges de Dieu montaient et descendaient. » Le Saint, béni soit-Il, Se tenait au-dessus de lui. Yaakov sut alors que le lieu où il était couché était la porte des cieux et qu’il était bon d’y prier.
ובית המקדש הוא בית אלהים והוא העקר כי ראש הסולם כנגדו והקב"ה נצב עליו, וע"ז אמר אין זה כי אם בית אלהים, וזה שער השמים, זהו בהמ"ק שכנגדו ראשו של סולם מגיע ונסמך בשמים, וזה שער השמים באר שבע ששם רגלי הסולם. וכן אמרו במדרש א"ר אליעזר בשם ר' יוסי בן זמרא הסולם הזה עומד בבאר שבע ושפועו מגיע עד בהמ"ק. מה שאמר ושפועו באורו סוף שפועו שהוא ראש הסולם מגיע עד בית המקדש כלומר עד כנגד בית המקדש, והכונה בו שהוא דבק בשמים כנגד בהמ"ק.
Le Temple est la maison de Dieu ; il est l’essentiel, car le sommet de l’échelle est en face de lui et le Saint, béni soit-Il, Se tient au-dessus de lui. À ce sujet, il dit : « Ce n’est autre que la maison de Dieu, et ceci est la porte des cieux. » Le premier « ceci » désigne le Temple, en face duquel le sommet de l’échelle atteint les cieux et y prend appui ; « ceci est la porte des cieux » désigne Beer Chéva, où sont les pieds de l’échelle. Le Midrash dit ainsi : Rabbi Éliézer, au nom de Rabbi Yossi ben Zimra, enseigne que cette échelle se dresse à Beer Chéva et que son inclinaison atteint le Temple. Par « son inclinaison », il faut comprendre l’extrémité de sa pente, qui est le sommet de l’échelle : elle atteint le Temple, c’est-à-dire ce qui lui fait face. L’intention est qu’elle adhère aux cieux en face du Temple.
וע"ד המדרש סלם זה סיני, חושבניה דדין כחושבניה דדין. מוצב ארצה כענין שכתוב (שמות י״ט:י״ז) ויתיצבו בתחתית ההר. וראשו מגיע השמימה כענין שכתוב (דברים ד׳:י״א) וההר בוער באש עד לב השמים. והנה מלאכי אלהים זה משה ואהרן כענין שנאמר (שמות י״ט:ג׳) ומשה עלה אל האלהים. וכתיב וירד משה וגו' ואל הזקנים אמר. והנה ה', כענין שנאמר (שמות י״ט:כ׳) וירד ה' על הר סיני. אני ה' אלהי אברהם אביך, כענין שנאמר (שמות כ׳:ב׳) אנכי ה' אלהיך.
Selon le Midrash, soulam, l’échelle, désigne le Sinaï : leurs valeurs numériques sont égales. « Dressée sur la terre » correspond à : « Ils se tinrent au pied de la montagne » (Exode 19,17). « Son sommet atteignait les cieux » correspond à : « La montagne brûlait de feu jusqu’au cœur des cieux » (Deutéronome 4,11). « Voici, des anges de Dieu » désigne Moché et Aharon, comme : « Moché monta vers Dieu » (Exode 19,3), et comme il est écrit : « Moché descendit… », « et aux anciens il dit ». « Voici, l’Éternel » correspond à : « L’Éternel descendit sur le mont Sinaï » (Exode 19,20). « Je suis l’Éternel, Dieu d’Avraham ton père » correspond à : « Je suis l’Éternel ton Dieu » (Exode 20,2).
ובפרקי ר' אליעזר הראה לו הקב"ה ד' מלכיות משלן ואבדן, הראהו שר מלכות בבל עולה ע' עקלים ויורד, הראהו שר מלכות מדי עולה נ"ב עקלים ויורד, הראהו שר מלכות יון עולה מאה ושמונים עקלים ויורד, הראהו שר מלכות אדום עולה ואינו יורד, ואומר (ישעיהו י״ד:ט״ו) אעלה על במתי עב אדמה לעליון, אמר לו יעקב אך אל שאול תורד וגו' אמר לו הקב"ה (עובדיה ד) אם תגביה כנשר וגו'.
Dans les Pirqé de Rabbi Éliézer : le Saint, béni soit-Il, lui montra les quatre royaumes, leur domination et leur perte. Il lui montra le prince du royaume de Babylone montant soixante-dix degrés puis descendant ; le prince du royaume de Médie montant cinquante-deux degrés puis descendant ; le prince du royaume de Grèce montant cent quatre-vingts degrés puis descendant ; le prince du royaume d’Édom montant sans descendre, disant : « Je monterai sur les hauteurs des nuages, je serai semblable au Très-Haut » (Isaïe 14,15). Yaakov lui dit : « Mais vers le séjour des morts tu seras précipité… » Le Saint, béni soit-Il, lui dit : « Même si tu t’élèves comme l’aigle… » (Ovadia 4).
לפי המדרש הזה יש לו בחלום הנבואה הזאת הבטחה לישראל שישובו למעלה בסוף כל הגלות,
Selon ce Midrash, ce rêve prophétique contient une promesse pour Israël : ils retrouveront leur élévation à la fin de tout l’exil. Tous les patriarches virent en effet, dans une vision prophétique, tout ce qui devait arriver à leur descendance jusqu’à la fin de toutes les générations. De même que le Saint, béni soit-Il, montra à Avraham, lors de l’alliance entre les morceaux, les quatre royaumes — les Sages expliquent : « voici, une terreur », c’est Babylone ; « obscure », la Médie ; « grande », la Grèce ; « tombait sur lui », Édom —, de même Il montra à Yaakov dans cette vision la domination des quatre royaumes, leur élévation et leur chute.
שהרי כל האבות כולן ראו במראה הנבואה כל העתיד להיות בזרעם עד סוף כל הדורות. וכשם שהראה הקב"ה לאברהם בברית בין הבתרים ענין ארבע מלכיות, והוא שדרשו רז"ל והנה אימה זו מלכות בבל, חשכה זו מלכות מדי, גדולה זו מלכות יון, נופלת עליו זו מלכות אדום. כך הראה לו ליעקב במראה זו ממשלת ד' מלכיות מעלתם וירידתם שהרי יש להם שרים למעלה וכל אחד מנהיג אומתו למטה, וכענין שכתוב בדניאל (דניאל י׳:י״ג) ושר מלכות יון ושר מלכות פרס עומד לנגדי, זהו שהזכיר בכאן והנה מלאכי אלהים עולים ויורדים בו, כי הם המלאכים שרי המלכיות והבטיחנו הכתוב על ירידתם אחר העלוי.
Ils ont en effet des princes en haut, dont chacun dirige sa nation en bas, comme il est écrit dans Daniel : « Le prince du royaume de Grèce » et « le prince du royaume de Perse se tient en face de moi » (Daniel 10,13). C’est pourquoi il est dit ici : « Voici, des anges de Dieu montaient et descendaient sur elle. » Ce sont les anges, princes des royaumes, et l’Écriture nous promet leur chute après leur élévation.
ובבראשית רבה והנה מלאכי אלהים של סדום, שנדחו ממחיצתן ואח"כ עלו, ויורדים בו עכשיו ללכת מעתה בשליחותו של מקום. ד"א והנה מלאכי אלהים שלווהו מארץ ישראל עולים, ואחרים יורדים ללותו בחוצה לארץ. עולים ויורדים עולים למעלה רואים דמות יעקב חקוקה בכסא הכבוד יורדים למטה ומוצאין אותו ישן.
Dans Beréchit Rabba : « Voici, des anges de Dieu » désigne ceux de Sodome, qui furent écartés de leur demeure, puis remontèrent. « Et descendaient sur elle » : ils descendent maintenant pour aller désormais en mission pour le Maître du monde. Autre explication : les anges de Dieu qui l’accompagnèrent en terre d’Israël montent, et d’autres descendent pour l’accompagner hors de la terre d’Israël. « Montaient et descendaient » : ils montent en haut, voient l’image de Yaakov gravée sur le Trône de gloire, descendent en bas et le trouvent endormi.
וע"ד השכל ענין הסולם רמז למציאות, ולפי שהסולם יש בו מדרגות רבות זו למעלה מזו, לכך ימשיל בו הכתוב את המציאות, על שם שהמציאות נחלק לשלשה חלקים, חלק המלאכים וחלק הגלגלים וחלק עולם השפל. וכן סדרם דוד ע"ה ברכו ה' מלאכיו ברכו ה' כל צבאיו ברכו ה' כל מעשיו. וכן שלמה סדרם בשיר השירים, בחכמתו בג' פסוקים זה אחר זה, האחד לחייו, השני ידיו, השלישי שוקיו. שהרי כנסת ישראל מספרת שבחיו של הקב"ה בחלקי הנבראים שברא.
Selon l’interprétation rationnelle, l’échelle fait allusion à l’existence. Comme elle comporte de nombreux degrés superposés, l’Écriture compare l’existence à une échelle, car elle se divise en trois parties : les anges, les sphères et le monde inférieur. David, que la paix soit sur lui, les ordonne ainsi : « Bénissez l’Éternel, Ses anges », « Bénissez l’Éternel, toutes Ses armées », « Bénissez l’Éternel, toutes Ses œuvres ». Dans sa sagesse, Chelomo les ordonne aussi dans le Cantique des cantiques, en trois versets successifs : d’abord « ses joues », puis « ses mains », puis « ses jambes ». La communauté d’Israël raconte en effet les louanges du Saint, béni soit-Il, à travers les différentes catégories d’êtres qu’Il a créés.
לחייו אלו המלאכים שמגידים הנבואה אל הנביאים, והמשילם לערוגת הבושם כי הבשמים יש בהם גוונים משתנין לבן ואדום, כן המלאכים יש ממים ויש מאש. שפתותיו הם הנביאים המגידים לעם, ולשון נוטפות לשון נבואה הוא כלשון (יחזקאל כ״א:ב׳) והטף אל דרום. והמשיל הנבואה למור שהנפש מתענג בו.
« Ses joues » désigne les anges qui transmettent la prophétie aux prophètes. Il les compare à un parterre d’aromates, car les aromates présentent des couleurs diverses, blanches et rouges ; de même, certains anges sont d’eau et d’autres de feu. « Ses lèvres » sont les prophètes qui transmettent au peuple. Le mot « distillant » appartient au langage de la prophétie, comme : « Prophétise vers le midi » (Ézéchiel 21,2). Il compare la prophétie à la myrrhe dont l’âme se délecte.
ידיו אלו הגלגלים וזהו לשון גלילי, וכן הוא אומר (תהילים ח׳:ד׳) כי אראה שמיך וגו', והמשילם לידים שכל פעולותיו של אדם תלויים בהן, כן פעולות כל העולם כולו נמשכות מן הגלגלים. ממולאים בתרשיש, כי הגלגלים בעבים וחללם ממולאים הם בכוכבים שקראן תרשיש שהוא למעלה מן הזהב, כי כן הכוכבים מעלתם גדולה מן הגלגלים. מעיו עשת שן אלו י"ב מזלות, זהו שאמר מעולפת ספירים, כלומר י"ב ספירים. שוקיו זה העולם השפל סוף המציאות, כי כן השוקים סוף הגוף ויהיה שוקיו נאמר על האש ועל הרוח ואדני פז הם המים והעפר, וכל המציאות הזה נקרא בכאן סולם.
« Ses mains » sont les sphères : tel est le sens du mot guelilé, cylindres. Il est aussi dit : « Quand je vois Tes cieux… » (Psaumes 8,4). Il les compare aux mains, dont dépendent toutes les actions de l’homme : de même, les actions du monde entier procèdent des sphères. « Remplies de tarshish » : dans leur épaisseur et leur espace intérieur, les sphères sont remplies d’étoiles, qu’il nomme tarshish, pierre supérieure à l’or ; car les étoiles ont un rang supérieur aux sphères. « Son ventre est un ouvrage d’ivoire » : ce sont les douze constellations zodiacales ; « revêtu de saphirs » signifie douze saphirs. « Ses jambes » désigne le monde inférieur, dernière partie de l’existence, comme les jambes sont l’extrémité du corps. Les jambes désignent le feu et l’air, et les « socles d’or fin » l’eau et la terre. L’ensemble de cette existence est appelé ici une échelle.
והודיע הקב"ה ליעקב כי הוא יתעלה נצב על הסולם הזה ומנהיג שלשת חלקי המציאות ומשגיח בכולן, והתחיל מן העולם הזה השפל אשר היה עומד בו וקרוב אליו ומסדר והולך ממטה למעלה, כי מוצב ארצה זהו רמז לעולם השפל וראשו מגיע השמימה הוא עולם הגלגלים, כענין שכתוב (תהילים י״ט:ב׳) השמים מספרים כבוד אל, והכוונה בו הגלגלים בתנועתם. והנה מלאכי אלהים הוא עולם המלאכים שהוא חלק שלישי. ומזה דרשו רבותינו המלאך שלישו של עולם, שאין ראוי להבין שלישו של עולם באורך וברוחב אלא שהוא השלישי מן העולם כולו חלק שלישי, כך פירש הרב בפרשת תרומה בענין הכרובים.
Le Saint, béni soit-Il, fit savoir à Yaakov qu’Il Se tient, exalté soit-Il, au-dessus de cette échelle, dirige les trois parties de l’existence et veille sur elles toutes. Il commence par ce monde inférieur, où Yaakov se trouvait et qui lui était proche, et poursuit dans l’ordre de bas en haut. « Dressée sur la terre » fait allusion au monde inférieur ; « son sommet atteint les cieux » désigne le monde des sphères, comme : « Les cieux racontent la gloire de Dieu » (Psaumes 19,2), qui vise les sphères dans leur mouvement. « Voici, des anges de Dieu » désigne le monde des anges, troisième partie. Les Sages enseignent de là que l’ange est le tiers du monde : il ne faut pas comprendre un tiers en longueur et en largeur, mais la troisième partie du monde entier. C’est ainsi que le maître l’explique dans la paracha Terouma, à propos des chérubins.
ואמר עולים ויורדים רמז על קיומם ובטולם, שהכתוב יכנה הקיום לעליה והבטול לירידה, ובא לרמוז כי יש מלאכים קיימים נצחיים לעד והם אותן שנבראו ביום שני, ויש מהם בטלים, וכמו שדרשו רז"ל בכל יום ויום בורא הקב"ה כת של מלאכים ואומרים שירה והולכים להם, והם אותם שנבראו ביום חמישי. ומלת בו חוזרת אל הסולם שהמשיל בו הכתוב את המציאות, והנה ה' נצב עליו כי הקב"ה עליון על כולם משפיע כחו במלאכים והמלאכים משפיעים כח בגלגלים והגלגלים בתנועתם משפיעים כח בשפלים, נמצאת למד שסבת כל מפעל בשפלים הגלגלים, וסבת הגלגלים המלאכים. וסבת המלאכים ה' יתעלה שהשגחתו שופעת על הכל.
« Montaient et descendaient » fait allusion à leur permanence et à leur disparition. L’Écriture désigne la permanence par la montée et la disparition par la descente. Elle indique ainsi que certains anges subsistent éternellement : ceux qui furent créés le deuxième jour. D’autres disparaissent, comme l’enseignent les Sages : chaque jour, le Saint, béni soit-Il, crée un groupe d’anges qui disent un chant et s’en vont ; ce sont ceux qui furent créés le cinquième jour. Le mot bo, « sur elle », se rapporte à l’échelle à laquelle l’Écriture compare l’existence. « Voici, l’Éternel Se tenait au-dessus d’elle » : le Saint, béni soit-Il, est supérieur à tous ; Il communique Sa puissance aux anges, les anges aux sphères, et les sphères, par leur mouvement, aux êtres inférieurs. Tu apprends donc que les sphères sont la cause de toute action parmi les êtres inférieurs ; les anges sont la cause des sphères ; et l’Éternel, exalté soit-Il, est la cause des anges, Sa providence se répandant sur tout.
והוא שאמר שלמה ע"ה (קהלת ה׳:ז׳) אם עשק רש וגזל משפט וצדק תראה במדינה, כלומר בעולם השפל, אל תתמה על החפץ ותחשוב שהוא משפט מעוקל, לא כן הדבר כי המשפט אמת ודרכי ה' יתברך גבהו מדרכינו ומחשבותיו ממחשבותינו שהרי השגחתו בכל, זהו (קהלת שם) כי גבוה מעל גבוה שומר וגבוהים עליהם, הוא הקב"ה שהוא עליון על הכל, והוא כולל כל הגבהיות כולן. וזהו שהזכיר לשון רבים והוא בלשון אלהים שנקרא כן בלשון רבים, וכן אלהים קדושים הוא שכתוב (יהושע כ״ד:י״ט) כי אלהים קדושים הוא על שם שהוא כולל הכחות והקדושות כולן.
Chelomo, que la paix soit sur lui, dit ainsi : « Si tu vois dans une province l’oppression du pauvre et le vol du droit et de la justice » (Ecclésiaste 5,7), c’est-à-dire dans le monde inférieur, « ne t’étonne pas de la chose » et ne pense pas que le jugement soit faussé. Il n’en est pas ainsi : le jugement est vrai, les voies de Dieu sont plus élevées que nos voies et Ses pensées que nos pensées, car Sa providence s’exerce sur tout. Tel est le sens de : « Un supérieur veille au-dessus d’un supérieur, et des supérieurs sont au-dessus d’eux. » C’est le Saint, béni soit-Il, supérieur à tout, qui comprend en Lui toutes les hauteurs. D’où l’emploi du pluriel, comme dans le Nom Elohim, de forme plurielle ; de même « Dieu saint », écrit avec un adjectif pluriel : « Car Il est un Dieu saint » (Josué 24,19), parce qu’Il comprend toutes les puissances et toutes les saintetés.
ודעת הרמב"ם בענין הסולם כי קרא כלל הגלגלים בשם הסולם. ואמר מוצב ארצה כי היה ראשו הא' בארץ, שהוא תחלת היסודות, וראשו האחד בשמים שהוא ערבות, כענין שכתוב (דברים ל״ג:כ״ו) רוכב שמים וגו', ושם כל המרכבה, ובסולם הזה יעלה כל מי שיעלה. ומלאכי אלהים הם הנביאים כענין שכתוב (במדבר כ טז) וישלח מלאך וגו' וכתיב על חגי (חגי א׳:י״ג) מלאך ה', והנה הם עולים עד שם במעלת נבואתם עד מדרגות ידועות ואח"כ יורדים שמודיעים נבואתם ומלמדים את הבריות דרך ה'.
Selon Rambam, l’échelle désigne l’ensemble des sphères. « Dressée sur la terre » : l’une de ses extrémités est dans la terre, commencement des éléments, et l’autre dans les cieux, qui sont Aravot, comme : « Il chevauche les cieux… » (Deutéronome 33,26). Là se trouve tout le Char ; par cette échelle monte quiconque s’élève. Les anges de Dieu sont les prophètes, comme : « Il envoya un messager… » (Nombres 20,16), ou ce qui est écrit de ‘Haggaï : « Messager de l’Éternel » (Aggée 1,13). Ils montent jusque-là par le degré de leur prophétie, jusqu’à des degrés déterminés, puis descendent en communiquant leur prophétie et en enseignant aux créatures la voie de l’Éternel.
זה כתב בתחלת ספרו המורה פרק ט"ו. אבל בפרק עשירי מן החלק השני כתב בזה ענין אחר, והקדים תחלה כי הגלגלים נכללים בד' יסודות. גלגל הלבנה מניע יסוד המים, וגלגל החמה מניע יסוד האש, וגלגל חמשת כוכבי לכת הנבוכים הנשארים מניעין יסוד הרוח, וגלגל שמיני הוא גלגל המזלות והכוכבים הקבועין מניע יסוד הארץ.
Il écrit cela au début de son Guide, chapitre 15. Mais au chapitre 10 de la deuxième partie, il donne une autre explication. Il pose d’abord que les sphères sont comprises dans les quatre éléments : la sphère de la lune met en mouvement l’élément eau ; celle du soleil, l’élément feu ; la sphère des cinq autres planètes errantes met en mouvement l’élément air ; la huitième sphère, celle des constellations et des étoiles fixes, met en mouvement l’élément terre.
והנה הם יסוד אחד וגלגל אחד, ואמר כי מעתה יש להתבונן במה שדרשו רז"ל כמה מעלות היו בסולם ארבע. כלומר כיון שנכללו כל הגלגלים בד' ומניעים ארבע יסודות.
Il y a donc, dans chaque cas, un élément et une sphère. Il dit que l’on peut désormais réfléchir à l’enseignement des Sages : combien de degrés l’échelle avait-elle ? Quatre. Cela signifie que toutes les sphères sont comprises en quatre et mettent en mouvement les quatre éléments.
ונראה לדבריו בפרק י' זה שהשיג יעקב תחלת היסודות עד ערבות, זהו שאמר סולם מוצב ארצה וראשו מגיע השמימה הוא המקיף שהוא ערבות שה' יתברך נצב עליו. ומלאכי אלהים נראה שכוונתו על היסודות כענין (תהילים ק״ד:ד׳) עושה מלאכיו רוחות וגו', השנים עולים למעלה והשנים יורדים למטה.
D’après ses paroles dans ce chapitre 10, il semble que Yaakov perçut depuis le commencement des éléments jusqu’à Aravot. Tel est le sens de : « Une échelle dressée sur la terre, dont le sommet atteint les cieux » : c’est la sphère englobante, Aravot, au-dessus de laquelle l’Éternel Se tient. Par « anges de Dieu », il semble viser les éléments, comme : « Il fait des vents Ses messagers… » (Psaumes 104,4) : deux montent et deux descendent.
ומה שהזכיר דרך ירידה הגלגלים תחלה ואח"כ עליה שאמר והנה ה' נצב עליו. כן מצינו (ביחזקאל א) שהזכיר תחלה חיות הקודש שהם המלאכים ואחר ירד אל האופנים שהם הגלגלים לדעת כל המפרשים, והיסודות לדעת הרמב"ם ז"ל ואח"כ עלה והזכיר השגה מעולה משניהם והם השגת החשמל.
Il mentionne d’abord les sphères dans un mouvement de descente, puis remonte en disant : « Voici, l’Éternel Se tenait au-dessus d’elle. » Nous trouvons de même dans Ézéchiel 1 qu’il mentionne d’abord les êtres vivants saints, qui sont les anges, puis descend aux roues : celles-ci sont les sphères selon tous les commentateurs, et les éléments selon Rambam, de mémoire bénie. Puis il remonte et mentionne une perception supérieure aux deux précédentes : celle du ‘hachmal.
וראיה לדעת הרב ז"ל שהאופנים הם היסודות לשון הכתוב (שם) והנה אופן אחד בארץ כלומר מחובר בארץ, שכן מצינו יסודות נקראים בשם ארץ. ועוד שהזכיר כחם ומעשיהם להורות שהם מקבלים המעשה ועוד שהזכיר בהם בשרם וגביהם ולשון בשרם יורה ע"ז ג"כ.
Une preuve de l’opinion du maître, de mémoire bénie, selon laquelle les roues sont les éléments, est le langage de l’Écriture : « Voici, une roue sur la terre » (ibid.), c’est-à-dire liée à la terre ; car nous trouvons les éléments appelés « terre ». De plus, il mentionne leur force et leurs actions pour indiquer qu’ils reçoivent l’action. Il mentionne aussi leur chair et leurs dos ; le mot « leur chair » l’indique également.
והחכם בן תבון ז"ל כתב כי הסולם הזה ירמוז לאיכות ההשגה שהמין האנושי אפשר לו להשיגה עד שיהיה שלם בו, והתחיל להודיע תחלה דרך ההיא ואח"כ הודיע תכליתה, והודיע שהדרך ההיא אינה דרך סלולה בארץ לא לארכה ולא לרחבה, אך היא דרך עליה וראשו בשמים, כאמרו (משלי ט״ו:כ״ד) ארח חיים למעלה למשכיל וגו'. (ע"ש בספר יקוו המים פרק י"א).
Le sage Ibn Tibbon, de mémoire bénie, écrit que cette échelle fait allusion à la nature de la connaissance que l’espèce humaine peut atteindre pour y trouver sa perfection. Il commence par faire connaître cette voie, puis en fait connaître le terme. Il enseigne que cette voie n’est pas un chemin tracé sur terre, ni dans sa longueur ni dans sa largeur, mais une voie d’ascension dont le sommet est dans les cieux : « Le chemin de vie va vers le haut pour l’homme intelligent… » (Proverbes 15,24). Voir à ce sujet le livre Yiqqavou hamayim, chapitre 11.
והנה ה' נצב עליו. ע"ד הפשט על הסולם. וע"ד הקבלה עליו על יעקב, והמשילו הכתוב לכרוב שכתוב בו (תהלים יח) וירכב על כרוב ויעוף, כי האבות הם הם המרכבה כדוגמת כרובים של מעלה. וכבר ידעת כי יעקב נקרא קטן. ואמרו חכמי האמת בענין הכרובים אפי רברבי ואפי זוטרי, וזהו שאמר דוד ע"ה ע"ד הקבלה (תהלים קד) חיות קטנות עם גדולות.
« Voici, l’Éternel Se tenait au-dessus de lui. » Selon le sens simple, au-dessus de l’échelle. Selon la Kabbale, au-dessus de Yaakov. L’Écriture le compare au chérubin : « Il chevaucha un chérubin et vola » (Psaumes 18), car les patriarches sont eux-mêmes le Char, à l’image des chérubins d’en haut. Tu sais déjà que Yaakov est appelé petit. Les sages de la vérité disent à propos des chérubins : grands visages et petits visages. C’est ce que David, que la paix soit sur lui, dit selon la Kabbale : « Des êtres vivants petits avec les grands » (Psaumes 104).
והנני מאיר עיני לבך כי צורת יעקב חקוקה בכסא הכבוד ומזה אמר הכתוב (בראשית כה) יושב אהלים, אהלי מעלה ומטה. ומפורש מזה תמצא במתן תורה (שמות כד) ויראו את אלהי ישראל ותחת רגליו, בא לרמוז ישראל תחת רגליו. וזהו שאמר בפרשה הזאת התחת אלהים אנכי, שלא בתמיה, והבן זה.
Je vais éclairer les yeux de ton cœur : l’image de Yaakov est gravée sur le Trône de gloire. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Demeurant sous les tentes » (Genèse 25), les tentes d’en haut et d’en bas. Tu en trouveras une indication plus explicite au don de la Torah : « Ils virent le Dieu d’Israël, et sous Ses pieds… » (Exode 24), qui fait allusion à Israël sous Ses pieds. C’est ce qu’il dit dans cette paracha : « Je suis sous Dieu », sans interrogation. Comprends cela.
אני ה' אלהי אברהם אביך ואלהי יצחק. ע"ד הפשט יבטיח הכתוב ליעקב ולזרעו במתנת הארץ ושיהיה עמו ושישמרנו בכל דרכיו, כענין שכתוב במעלת הצדיקים (תהילים צ״א:י״א-י״ב) כי מלאכיו יצוה לך לשמרך בכל דרכיך. ועל זה הזכיר בו לשון אני ע"ד שכתוב (במדבר יח) אני חלקך ונחלתך, ללמדך שהוא חלק ה' כענין שכתוב (דברים לב) כי חלק ה' עמו יעקב חבל נחלתו, לא חלק מלאכי אלהים שהזכיר.
« Je suis l’Éternel, Dieu d’Avraham ton père et Dieu d’Its’hak. » Selon le sens simple, l’Écriture promet à Yaakov et à sa descendance le don de la terre, qu’Il sera avec lui et le gardera dans toutes ses voies, comme il est écrit au sujet de la grandeur des justes : « Il donnera pour toi des ordres à Ses anges, afin de te garder dans toutes tes voies » (Psaumes 91,11-12). C’est pourquoi il emploie ici ani, « Je », comme : « Je suis ta part et ton héritage » (Nombres 18), pour t’enseigner qu’il est la part de l’Éternel : « Car la part de l’Éternel est Son peuple, Yaakov est le lot de Son héritage » (Deutéronome 32), et non la part des anges de Dieu mentionnés plus haut.
והנה זו הפרשה הבטחה ליעקב לשעה שיהיה הש"י עמו ושיצליח את דרכו אשר הוא הולך עליה, ושישיבהו לבית אביו בארץ הקדושה, גם הבטחה לזרעו לדורות שיהיה עמהם בכל מקום שיגלו ושישתעבדו בין המלכיות. וכמו שדרשו רבותינו ז"ל בכל מקום שגלו שכינה עמהם שישמור אותם מן הצרות אשר להם בגלות ושלא יכלו בהם ושישיבם לאדמתם לבסוף. זהו והשיבותיך אל האדמה הזאת כי לא אעזבך, וכן כתוב (עזרא ט) ובעבדותנו לא עזבנו אלהינו.
Cette section promet à Yaakov, pour le temps présent, que Dieu sera avec lui, fera réussir le chemin qu’il prend et le ramènera à la maison de son père, en terre sainte. Elle promet aussi à sa descendance, pour les générations, qu’Il sera avec eux partout où ils seront exilés et asservis parmi les royaumes. Les Sages enseignent ainsi : partout où ils furent exilés, la Présence divine était avec eux. Il les préservera des détresses de l’exil, afin qu’ils n’y périssent pas, et les ramènera finalement sur leur terre. Tel est le sens de : « Je te ramènerai sur cette terre, car Je ne t’abandonnerai pas. » Il est aussi écrit : « Dans notre servitude, notre Dieu ne nous a pas abandonnés » (Esdras 9).
וע"ד הקבלה אני ה' אלהי אברהם אביך ואלהי יצחק, הזכיר בזה שתי המדות הגדולה והגבורה. והמקום הזה היה בית אל שאמר יעקב עליו אין זה כי אם בית אלהים וקרא אותו בית אל, זהו ויקרא את שם המקום ההוא בית אל והוא לוז, ואין זה בית אל הסמוך לעי כי שני מקומות היו ששמם בית אל, האחד המקום הזה בית אל שהוא ירושלים, והשני בית אל הסמוך לעי שבו העמיד ירבעם עגל אחד. ועל שתי מדות אלו אמר הכתוב ויקרא למקום אל בית אל כי שם נגלו אליו האלהים, ולא בא הכתוב הזה לסתום רק לפרש. וזהו שכתוב (יהושע כד) אלהים קדושים, (תהלים נח) אלהים שופטים ומזה תרגם אונקלוס מה נורא מה דחילו, ולא תרגם מה דחיל בלשון יחיד. ועליהם כתוב (ישעיה ו) שרפים עומדים ממעל לו.
Selon la Kabbale : « Je suis l’Éternel, Dieu d’Avraham ton père et Dieu d’Its’hak. » Il mentionne ici les deux attributs, la Grandeur et la Puissance. Ce lieu était Beth-El, dont Yaakov dit : « Ce n’est autre que la maison de Dieu », et qu’il appela Beth-El : « Il appela ce lieu Beth-El », qui est Louz. Ce n’est pas le Beth-El voisin de Aï : deux lieux portaient le nom de Beth-El, celui-ci, qui est Jérusalem, et celui qui est voisin de Aï, où Yérovam plaça un veau. À propos de ces deux attributs, l’Écriture dit : « Il appela le lieu El Beth-El, car là Dieu S’était révélé à lui. » Ce verset vient expliquer, et non obscurcir. C’est aussi le sens de « Dieu saint » (Josué 24) et « Dieu qui juge » (Psaumes 58), au pluriel. D’où la traduction d’Onqelos pour « combien redoutable » : ma de’hilou, et non ma de’hil au singulier. À leur sujet, il est écrit : « Des séraphins se tiennent au-dessus de Lui » (Isaïe 6).
ולפי ששתי מדות האלו היו מכוונות כנגד בית אל העמיד ירבעם כנגדם שני עגלי זהב, ועל כן עשה מן העגלים שנים כי מה שעשו ישראל אחד היו מבקשים מנהיג במדבר ודי להם במנהיג ישראל אחד. אבל ירבעם עשה שנים לכוונה זו, אחד כנגד הגדולה כדי למשוך ממנו ולהפסיק כחו מן הקו האמצעי שהוא מכחות ירושלים, והשני כנגד מדת הגבורה כי רצה שיתגבר הוא במלכות ושימשיך המלכות אליו בכח מדת הגבורה שהיא מדתו של מלך,
Comme ces deux attributs correspondaient à Beth-El, Yérovam établit en face d’eux deux veaux d’or. Voilà pourquoi il en fit deux : lorsqu’Israël en fit un seul, ils cherchaient un guide dans le désert et un seul guide pour Israël leur suffisait. Yérovam en fit deux avec cette intention : l’un correspondait à la Grandeur, afin d’en attirer l’influx et de couper sa puissance de la ligne médiane, qui appartient aux puissances de Jérusalem ; l’autre correspondait à l’attribut de Puissance, car il voulait affermir sa royauté et attirer à lui la royauté par la puissance de cet attribut, qui est celui du roi.
ומה שהעמיד חוץ לירושלים כוון בזה לעקור המלכות מבית דוד מפני שירושלים נקראת עיר צדק ושם כח מלכות בית דוד שהוא מדת הצדק והוא היה כחו ומדתו של דוד שנאמר (ישעיה לב) הן לצדק ימלך מלך, גם בהמ"ק מכוון כנגד כסא הכבוד, והוא רצה לבטל כח מלכות וכסאות המשפט שלו שהם כסא הדין וכסא הרחמים, ולכך העמיק מחשבה לצאת ממקום בית המקדש ומעיר ירושלים, וכמו שדרשו רז"ל וירבעם יצא מירושלים (מ"א יא) מפתקה של ירושלים והן החמש התחתונות שהם כחות ירושלים שהוציא עצמו מרשותן, והגביה מחשבתו ופנה למעלה אל הגדולה והגבורה לעשות שני עגלים כנגדם, ועקר המלכות העליונה ממקום יניקתו למעלה כדי לבטל ולעקור המלכות מבית דוד למטה.
En les établissant hors de Jérusalem, il visait à arracher la royauté à la maison de David. Jérusalem est appelée ville de Justice ; là réside la puissance de la royauté de David, qui est l’attribut de Justice, puissance et attribut de David : « Voici, un roi régnera pour la justice » (Isaïe 32). Le Temple correspond aussi au Trône de gloire. Yérovam voulait abolir la puissance de la royauté et ses trônes du jugement, le trône de rigueur et celui de miséricorde. Il conçut donc le dessein profond de sortir du lieu du Temple et de Jérusalem. Les Sages expliquent ainsi : « Yérovam sortit de Jérusalem » (I Rois 11), de la juridiction de Jérusalem. Ce sont les cinq attributs inférieurs, puissances de Jérusalem, à l’autorité desquels il se soustrayait. Il éleva sa pensée et se tourna vers le haut, vers la Grandeur et la Puissance, pour faire deux veaux leur correspondant. Il arracha la royauté supérieure au lieu dont elle recevait sa nourriture en haut, afin d’abolir et d’arracher ici-bas la royauté à la maison de David.
והנה זה חטא ע"ז כי קצץ בנטיעות והפריד המיוחד, ומזה קראוהו חכמי האמת איש משחית ונתנו לו לחבר גוזל אביו ואמו כי כן הוא גזל מן התפארת והכבוד הכח של מעלה, ומכאן יתבאר כי קצוצו היה בין חמש לחמש. וזהו שאמר (מלכים א יב) רב לכם מעלות ירושלים הנה אלהיך ישראל אשר העלוך וגו', יאמר מה אתם מצטרכים לכחות ירושלים, הנה אלהיך הגדולה והגבורה שמהם בא השפע להם. והנה ירבעם עבר בזה על (שמות כ) לא תעשון אתי וגו'. ואמר הכתוב (מלכים א יב) וישם את האחד בבית אל ואת האחד בדן, ובית אל זה אינו ירושלים כי אם בית אל אחר הסמוך לעי וכמו שהזכרתי למעלה.
C’est là le péché d’idolâtrie : il trancha les plantations et sépara ce qui est uni. C’est pourquoi les sages de la vérité l’appelèrent « homme destructeur » et lui associèrent « celui qui vole son père et sa mère » : il déroba en effet à la Splendeur et à la Gloire la puissance d’en haut. On comprend ainsi que sa coupure se situait entre les cinq et les cinq. Tel est le sens de : « C’en est assez pour vous de monter à Jérusalem ; voici tes dieux, Israël, qui t’ont fait monter… » (I Rois 12). Il disait : pourquoi avez-vous besoin des puissances de Jérusalem ? Voici tes dieux, la Grandeur et la Puissance, dont leur vient l’influx. Yérovam transgressa ainsi : « Vous ne ferez pas avec Moi… » (Exode 20). L’Écriture dit : « Il plaça l’un à Beth-El et l’autre à Dan » (I Rois 12). Ce Beth-El est celui qui est voisin de Aï, et non Jérusalem, comme je l’ai indiqué.
והיה ירבעם מטעה את ישראל בזה ואומר להם שאין כונתו לע"ז כלל אבל בשתוף שתי המדות לתועלת ישראל, והיה מראה להם פנים שאין כונתו לבטל ישראל מעליית הרגל אלא מפחד שלא יהרגוהו, שכיון שאין ישיבה בעזרה אלא למלכי בית דוד בלבד אם יעלו ישראל לרגל ויהיו הכל רואים לירבעם עומד ולרחבעם יושב אז יהרגו לירבעם כי לא יחשבוהו למלך. וזהו שכתוב (שם) ויאמר ירבעם בלבו עתה תשוב הממלכה לבית דוד אם יעלה העם הזה לעשות זבחים בבית ה' בירושלים ושב לב העם הזה אל אדוניהם אל רחבעם מלך יהודה והרגוני ושבו אל רחבעם מלך יהודה. וכתיב ויועץ המלך ויעש שני עגלי זהב ויאמר להם רב לכם וגו'.
Yérovam trompait Israël en prétendant ne viser aucunement l’idolâtrie, mais l’association des deux attributs pour le bien d’Israël. Il leur présentait les choses comme s’il ne cherchait pas à supprimer leur pèlerinage, mais craignait qu’ils ne le tuent. Puisque seuls les rois de la maison de David peuvent s’asseoir dans la cour du Temple, si Israël montait en pèlerinage et voyait Yérovam debout et Re’havam assis, ils tueraient Yérovam, ne le considérant pas comme roi. C’est ce qui est écrit : « Yérovam dit en son cœur : maintenant la royauté reviendra à la maison de David. Si ce peuple monte offrir des sacrifices dans la maison de l’Éternel à Jérusalem, le cœur de ce peuple reviendra à son seigneur, à Re’havam roi de Juda ; ils me tueront et reviendront à Re’havam roi de Juda. » Puis : « Le roi prit conseil et fit deux veaux d’or ; il leur dit : c’en est assez pour vous… »
וכבר ידעת כי עמוס נתנבא פורענות ועונש על בית אל ואמר כי היה רואה מדת מדין מבקשת בחורבן בית אל ודן שכתוב (עמוס ז׳:ז׳-ח׳) והנה ה' נצב על חומת אנך ובידו אנך, וכתיב ויאמר הנני שם אנך בקרב עמי ישראל לא אוסיף עוד עבור לו, כלומר לא אוסיף להעביר על פשעו. אנך הוא קו הדין והמשפט הנגזר מפי ב"ד של מעלה שהם ע"א מנין אנך וכתיב בתריה ונשמו במות ישחק ומקדשי ישראל יחרבו וקמתי על בית ירבעם בחרב, והיה ראוי לומר במות ירבעם אבל הכונה ונשמו במות ירבעם שעשאן כנגד מדתו של יצחק. ומזה נכתב ישחק בשי"ן, כי אות השי"ן הוא אש והוא רמז למדת הגבורה.
Tu sais qu’Amos prophétisa malheur et châtiment contre Beth-El. Il dit qu’il voyait l’attribut du jugement réclamer la destruction de Beth-El et de Dan : « Voici, le Seigneur Se tenait sur une muraille au fil à plomb, et un fil à plomb était dans Sa main » ; « Voici, Je place un fil à plomb au milieu de Mon peuple Israël ; Je ne continuerai plus à passer outre pour lui » (Amos 7,7-8), c’est-à-dire à passer sur sa faute. Anakh, le fil à plomb, est la ligne du jugement et de la sentence prononcée par le tribunal d’en haut, dont les soixante et onze membres correspondent à sa valeur numérique. Il est ensuite écrit : « Les hauts lieux de Yis’haq seront dévastés, les sanctuaires d’Israël seront détruits, et Je Me lèverai avec l’épée contre la maison de Yérovam. » Il aurait fallu dire « les hauts lieux de Yérovam », mais le sens est : les hauts lieux de Yérovam, qu’il établit en correspondance avec l’attribut d’Its’hak. C’est pourquoi Yis’haq est écrit avec un chin : la lettre chin est feu et fait allusion à l’attribut de Puissance.
וכן בספר יצירה מ"ם דוממת שי"ן שורקת. ועוד שם המליך את שי"ן באש. ואמר מקדשי על בית אל ודן, וכיון שהיה עמוס מתנבא פורענות זה בבית אל בא אמציהו שהיה כהן בית אל ונתן לו עצה שיברח משם ולא יתנבא כזאת בבית אל כי אם בבהמ"ק מפני שהנבואה האת לעקור הקדושה מבית אל ולהוסיף אותה בבהמ"ק, ז"ש (עמוס ז) לך ברח לך אל ארץ יהודה זה בהמ"ק, ואכל שם לחם ושם תנבא ובית אל לא תוסיף עוד להנבא כי מקדש מלך הוא ובית ממלכה הוא, מקדש מלך הגדולה, ובית ממלכה הגבורה. וזהו שרמז כאן אכ"ן יש ה' שהוא מנין אנ"ך.
De même, dans le Séfer Yetsira : « Mem est silencieux, chin siffle », et encore : « Il fit régner chin sur le feu. » « Mes sanctuaires » désigne Beth-El et Dan. Comme Amos prophétisait ce malheur à Beth-El, Amatsyahou, prêtre de Beth-El, vint lui conseiller de s’enfuir et de ne pas prophétiser ainsi à Beth-El, mais au Temple. Cette prophétie arrachait en effet la sainteté à Beth-El pour l’ajouter au Temple. D’où : « Va, enfuis-toi au pays de Juda », c’est le Temple ; « mange là du pain et prophétise là. Mais à Beth-El tu ne prophétiseras plus, car c’est un sanctuaire de roi et une maison de royauté » (Amos 7). « Sanctuaire de roi » : la Grandeur ; « maison de royauté » : la Puissance. C’est ce à quoi fait ici allusion akhen, « assurément, l’Éternel est présent », qui a la même valeur numérique qu’anakh.
והיה זרעך כעפר הארץ. ע"ד הפשט הבטיח הש"י ליעקב בכתוב הזה על רבוי זרעו כעפר. והיה יכול לומר ככוכבי השמים אבל יכלול כונה אחרת מלבד הרבוי, והוא שלשון עפר הוא כולל השפלות והמעלה. השפלות שיהיה זרעו בגלות בין האומות שפלים כעפר ומדרך כף רגל, והמעלה שיעלו לבסוף על כל האומות ויתגברו באחרונה, כעפר הזה שהוא מדרך לכל והוא מתאבק ועולה באחרונה על הדורכים אותו, וכענין שאמר הנביא (ישעיה יד) והיו שובים לשוביהם ורדו בנוגשיהם. וע"ז המשיל הכתוב זרע יעקב לעפר. וכן אומר הנביא בשפלותן של ישראל (ישעיה כו) יגיענה עד עפר. א"ר יוחנן ומשם עתידים להגאל שנאמר (ישעיה נב) התנערי מעפר. כן אמרו בפ' ראוהו ב"ד.
« Ta descendance sera comme la poussière de la terre. » Selon le sens simple, Dieu promet ici à Yaakov la multitude de sa descendance, pareille à la poussière. Il aurait pu dire « comme les étoiles des cieux », mais il inclut une autre intention que le nombre : la poussière évoque l’abaissement et l’élévation. L’abaissement : sa descendance sera en exil parmi les nations, abaissée comme la poussière que foulent les pieds. L’élévation : elle s’élèvera finalement au-dessus de toutes les nations et l’emportera à la fin, comme cette poussière que tous foulent, mais qui se soulève enfin et monte sur ceux qui la piétinent. Ainsi dit le prophète : « Ils retiendront captifs ceux qui les avaient capturés et domineront leurs oppresseurs » (Isaïe 14). C’est pourquoi l’Écriture compare la descendance de Yaakov à la poussière. Le prophète dit aussi de l’abaissement d’Israël : « Il l’abaisse jusqu’à la poussière » (Isaïe 26). Rabbi Yo’hanan dit : de là ils seront délivrés : « Secoue la poussière » (Isaïe 52). C’est l’enseignement du chapitre Raouhou Beth Din.
ובמדרש שה"ש והארץ לעולם עומדת אלו ישראל שנאמר (מלאכי ג) ואשרו אתכם כל הגוים כי תהיו אתם ארץ חפץ. ומפני כן סמך לו מיד ופרצת ימה וקדמה וצפונה ונגבה.
Dans le Midrash du Cantique des cantiques : « La terre subsiste à jamais » désigne Israël : « Toutes les nations vous diront heureux, car vous serez une terre de délices » (Malachie 3). C’est pourquoi il ajoute aussitôt : « Tu t’étendras vers l’ouest, l’est, le nord et le sud. »
והנה אנכי עמך. תרגם אונקלוס והא מימרי בסעדך. ומה שכתוב במשה (שמות ג׳:י״ב) כי אהיה עמך תרגם ארי יהא מימרי עמך. והטעם כי מדרגתו של יעקב באל שדי לא בשם המיוחד, וכיון שהזכיר למעלה השם המיוחד והנה ה' נצב עליו ויאמר אני ה' ע"כ הוצרך לתרגם בסעדך כענין שאמר היה לך לעזרני. אבל במשה התנבא בשם המיוחד הוצרך לתרגם מימרי עמך. ואם תקשה ותאמר הרי שתרגם ביעקב (בראשית מ״ו:ד׳) אנכי ארד עמך אנא איחות עמך, יש להשיב כי ענין מוכרח היה לתרגם כן הן בלשון איחות שלא אמר אתגלי, הן בלשון עמך שלא אמר בסעדך, כדי לרמוז על מה שאמר גלו למצרים שכינה עמהם.
« Voici, Je suis avec toi. » Onqelos traduit : « Voici, Ma Parole est à ton aide. » Mais pour Moché : « Car Je serai avec toi » (Exode 3,12), il traduit : « Car Ma Parole sera avec toi. » La raison est que le degré de Yaakov relève d’El Chaddaï, et non du Nom particulier. Puisque le Nom particulier est mentionné plus haut — « Voici, l’Éternel Se tenait au-dessus de lui et dit : Je suis l’Éternel » —, il dut traduire « à ton aide », comme dans l’expression : « Tu aurais dû M’aider. » Mais Moché prophétisait par le Nom particulier ; il dut donc traduire « Ma Parole avec toi ». Si tu objectes qu’il traduit, pour Yaakov, « Je descendrai avec toi » (Genèse 46,4) par « Moi, Je descendrai avec toi », on répondra que cette traduction s’imposait, tant par « Je descendrai », au lieu de « Je Me révélerai », que par « avec toi », au lieu de « à ton aide », afin de faire allusion à l’enseignement : lorsqu’ils furent exilés en Égypte, la Présence divine était avec eux.
וזה שער השמים. הזכיר הכתוב ג' פעמים זה. ואמרו רז"ל הראהו בהמ"ק בנו וחרב ובנוי. בנוי מה נורא המקום הזה, חרב אין זה, ובנוי וזה שער השמים. ולפ"ז לא ירמוז הכתוב רק שני מקדשים בלבד.
« Ceci est la porte des cieux. » L’Écriture emploie trois fois zé, « ceci ». Les Sages disent : Il lui montra le Temple construit, détruit et reconstruit. Construit : « Combien ce lieu est redoutable » ; détruit : « Ce n’est pas » ; reconstruit : « Ceci est la porte des cieux. » Selon cela, l’Écriture ne fait allusion qu’à deux Temples.
ויתכן לפרש שיש בכתוב רמז לשלשה מקדשים ממה שידוע כי מלת זה רמז לשכינה כמו (שמות ט״ו:ב׳) זה אלי ואנוהו. ואמר מה נורא המקום הזה, על בהמ"ק הראשון ששרתה בו שכינה. אין זה, על בית שני שלא שרתה בו שכינה כן כתוב בנבואת חגי (חגי א׳:ח׳) וארצה בו ואכבדה. ואכבד כתיב, כי השכינה שהיא הה"א נחסרה משם. וזה שער השמים, על הבית הג' שיבנה במהרה בימינו שתחזור העבודה והשכינה לירושלים כימי קדם. ומזה הזכיר כאן שמים שיהיה מעשה שמים לא בנין אדם כמו הראשונים שהזכיר בהם מקום ובית.
On peut expliquer que le texte fait allusion à trois Temples, d’après ce que l’on sait du mot zé, qui évoque la Présence divine : « Voici mon Dieu, je Le glorifierai » (Exode 15,2). « Combien ce lieu est redoutable » vise le premier Temple, où résidait la Présence divine. « Ce n’est pas » vise le deuxième Temple, où elle ne résidait pas. Il est ainsi écrit dans la prophétie de ‘Haggaï : « J’y prendrai plaisir et Je serai glorifié » (Aggée 1,8), mais le mot est écrit sans hé : la Présence divine, qui est le hé, en était absente. « Ceci est la porte des cieux » vise le troisième Temple, qui sera construit bientôt de nos jours : le service et la Présence divine reviendront à Jérusalem comme autrefois. Il mentionne ici les cieux parce qu’il sera une œuvre céleste, et non une construction humaine comme les précédents, à propos desquels il mentionne un lieu et une maison.
וכן רמז משה בברכות בנימן שבהמ"ק בחלקו, הוא שאמר (דברים ל״ג:י״ב) ישכון לבטח עליו זה בית ראשון ששרתה בו שכינה שנקראת ידיד ה'. חופף עליו כל היום, זה בית שני שלא שרתה בו שכינה. ובין כתפיו שכן, זה בית ג' העתיד שתשרה בו שכינה. וכן תמצא במסכת נזיר היכל ה' היכל ה' היכל ה' המה, זה מקדש ראשון ומקדש שני ומקדש שלישי ש"מ תרי חרוב וג' יעמוד לעולם ע"כ.
Moché y fait aussi allusion dans les bénédictions de Binyamin, dont le territoire comprend le Temple : « Il réside en sécurité auprès de Lui » (Deutéronome 33,12), c’est le premier Temple, où résida la Présence divine appelée bien-aimée de l’Éternel ; « Il le couvre tout le jour », c’est le deuxième Temple, où elle ne résida pas ; « entre ses épaules Il demeure », c’est le troisième Temple futur, où elle résidera. Tu trouveras aussi dans le traité Nazir : « Temple de l’Éternel, Temple de l’Éternel, Temple de l’Éternel, les voici » : ce sont les premier, deuxième et troisième Temples. On en déduit que deux seront détruits et que le troisième subsistera à jamais. Fin de la citation.
ונראה שהזכיר בשלישי לשון המה שהוא לשון מורה על דבר נצחי וקיים כלשון (יחזקאל י׳:כ׳) ואדע כי כרובים המה. וכן (תהילים כ״ה:ו׳) כי מעולם המה. וכן דרשו רז"ל בלשון (שמות כ״ז:כ׳) כתית למאור. בית ראשון עמד ת"י שנה ובית שני ת"ך והכל כמנין כתי"ת, והענין הזה נרמז בלשון כתית לפי ששני המקדשים היו מרמס ושניהם נחרבו, אבל בית שלישי להעלות נר תמיד כלומר מעלתו תמידית ואורו לא יפסק לעולם.
Il semble que pour le troisième il emploie héma, terme indiquant une réalité éternelle et permanente, comme : « Je sus que c’étaient des chérubins » (Ézéchiel 10,20), ou : « Car ils sont de toute éternité » (Psaumes 25,6). Les Sages interprètent de même les mots « concassée pour le luminaire » (Exode 27,20). Le premier Temple subsista quatre cent dix ans, le deuxième quatre cent vingt : ensemble, ils correspondent à la valeur numérique de katit, « concassée ». Cette idée est suggérée par katit, car les deux Temples furent foulés aux pieds et détruits. Mais pour le troisième : « Faire monter une lumière perpétuelle » signifie que son élévation sera permanente et que sa lumière ne cessera jamais.
ובמדרש וזה שער השמים, מכאן אתה למד שהמתפלל בירושלים כאלו מתפלל לפני כסא הכבוד, ששער השמים הוא פתוח לשמוע תפלתן של ישראל שנאמר וזה שער השמים. והכונה כי הוא שער השמים לעלות משם התפלות והקרבנות.
Dans le Midrash : « Ceci est la porte des cieux. » Tu apprends de là que celui qui prie à Jérusalem est comme s’il priait devant le Trône de gloire, car la porte des cieux est ouverte pour entendre les prières d’Israël : « Ceci est la porte des cieux. » Le sens est qu’elle est la porte des cieux par laquelle montent les prières et les sacrifices.
וישם אותה מצבה. לא העמיד מצבה במקום אשר שכב שהוא באר שבע כי אם בבית אל הוא ירושלים והוא המקום שכנגדו ראש הסולם.
« Il en fit une stèle. » Il ne dressa pas la stèle à l’endroit où il s’était couché, Beer Chéva, mais à Beth-El, qui est Jérusalem, lieu auquel correspond le sommet de l’échelle.
ויצק שמן על ראשה. יציקת השמן או נסוך היין על מצבה כהקרבת קרבן על המזבח. ורבינו סעדיה גאון ז"ל כתב כי יציקת השמן בכאן היה להכרה כדי שיכיר את האבן ויפרישנה בדעתו מזולתה, כי השמן על גבי האבן רשומו ניכר ע"כ.
« Il versa de l’huile sur son sommet. » Verser de l’huile ou faire une libation de vin sur une stèle équivaut à offrir un sacrifice sur l’autel. Notre maître Saadia Gaon, de mémoire bénie, écrit qu’ici l’huile fut versée pour reconnaître la pierre et la distinguer mentalement des autres, car la trace de l’huile sur la pierre reste reconnaissable. Fin de la citation.
ואמרו במדרש כשחזר יעקב ללקט את האבנים מצאן כולן אבן אחת ושם אותה מצבה בתוך המקום וירד לו השמן מן השמים ויצק עליה שמן שנאמר ויצק שמן על ראשה. מה עשה הקב"ה נטל רגל ימינו והטביע את האבן הזאת בעמקי תהומות ועשה אותה סניף לארץ כאדם שהוא עושה סניף לכיפה, לפיכך נקראת אבן שתיה ששם אותה טבור הארץ ומשם נשתתה הארץ ועליה היכל ה' עומד, שנאמר והאבן הזאת אשר שמתי מצבה יהיה בית אלהים ומשם נשא רגליו והלך לחרן כהרף עין.
Le Midrash enseigne : lorsque Yaakov revint rassembler les pierres, il les trouva toutes devenues une seule pierre. Il en fit une stèle au milieu du lieu ; l’huile descendit pour lui des cieux et il la versa sur elle : « Il versa de l’huile sur son sommet. » Que fit le Saint, béni soit-Il ? Il prit Son pied droit et enfonça cette pierre dans les profondeurs des abîmes ; Il en fit un appui pour la terre, comme un homme fait un appui à une voûte. C’est pourquoi elle est appelée pierre de fondation : Il en fit le nombril de la terre, et de là la terre fut fondée. Sur elle se dresse le Temple de l’Éternel : « Cette pierre dont j’ai fait une stèle sera une maison de Dieu. » De là, il leva ses pieds et alla à ‘Haran en un clin d’œil.
ואולם לוז שם העיר לראשונה. המקום שקראו בית אל והוא ירושלים, מה היה הצורך להודיענו שנקרא לוז מתחילה ומה תועלת המגעת אלינו מזה. ויתכן לומר כי בא הכתוב לרמוז לנו בשם הזה כי מזה התחיל העולם להשתכלל ולהתחדש, והנה הוא ראשית הבריאה והחדוש, וע"כ גלה לנו כי שם העיר לראשונה לוז מלשון לוז השדרה באדם, שממנו עתיד להתנער ולהתחדש ולהברא לתחיית המתים, כי כשם שפלא החדוש הזה היה משם כך פלא של תחיית המתים יתחיל משם, וכבר באר דוד המלך ע"ה הענין הזה ואמר כי בריאת הארץ גם בריאת הנפש והגוף הכל מהאמצעית היא ציון. וזהו שאמר (תהילים נ׳:א׳) אל אלהים ה' דבר ויקרא ארץ וגו'. (שם) מציון מכלל יופי וגו', (שם) יקרא אל השמים מעל וגו'.
« Cependant, Louz était auparavant le nom de la ville. » Le lieu qu’il appela Beth-El est Jérusalem : pourquoi nous apprendre qu’il s’appelait d’abord Louz, et quelle utilité en retirons-nous ? On peut dire que par ce nom l’Écriture nous indique que de là le monde commença à se constituer et à venir à l’existence : c’est le commencement de la création et du renouvellement. Elle nous révèle donc que la ville s’appelait d’abord Louz, comme l’os louz de la colonne vertébrale de l’homme, à partir duquel il se relèvera, se renouvellera et sera recréé pour la résurrection des morts. De même que le prodige de cette venue à l’existence commença là, le prodige de la résurrection commencera là aussi. Le roi David, que la paix soit sur lui, l’a expliqué : la création de la terre, comme celle de l’âme et du corps, vient du centre, Sion. Il dit ainsi : « El, Elohim, l’Éternel a parlé et appelé la terre… » (Psaumes 50,1), « De Sion, perfection de beauté… », « Il appelle les cieux d’en haut… » (ibid.).
וידר יעקב נדר לאמר. דרשו רבותינו ז"ל מאי לאמר לאמר לדורות שיהי נודרין בעת צרתן. ואע"פ שהזהירה תורה על הנדר ועל השבועה לדבר מצוה מותר. וכן אמר דוד (תהלים קיט) נשבעתי ואקיימה וגו'.
« Yaakov fit un vœu en disant. » Nos Sages demandent : que signifie « en disant » ? Cela s’adresse aux générations : qu’elles fassent des vœux au temps de leur détresse. Bien que la Torah ait mis en garde contre le vœu et le serment, ils sont permis pour l’accomplissement d’un commandement. David dit ainsi : « J’ai juré et je l’accomplirai… » (Psaumes 119).
ונתן לי לחם לאכול ובגד ללבוש. זאת שאלת הצדיקים מאת השם לא ישאלו המותרות רק הדבר ההכרחי בלבד שא"א לו לאדם שיחיה בלעדיו. ובידוע כי נטיית אדם אחר בקשת המותרות הוא גורם לו מהומות רבות, ועל כן כל איש ירא את השם ראוי לו שיהיה שמח בחלקו ושיסתפק במעט ושלא יתאוה המותרות וייטיב לבו ביראת השם, הוא שאמר שלמה המע"ה (משלי ט״ו:ט״ז) טוב מעט ביראת ה' מאוצר רב ומהומה בו. והביא לזה אות ועדות ומופת הכתוב שאחריו, הוא שאמר (שם) טוב ארוחת ירק ואהבה שם משור אבוס ושנאה בו. יאמר כי ייטב לבני אדם המעט בחברה שתנעם להם יותר מן המרובה והמטעמים בחברת השונאים.
« Qu’Il me donne du pain à manger et un vêtement à revêtir. » Telle est la demande des justes à Dieu : ils ne demandent pas le superflu, mais seulement le nécessaire, ce sans quoi l’homme ne peut vivre. On sait que le penchant à rechercher le superflu cause à l’homme de nombreux troubles. Tout homme qui craint Dieu doit donc se réjouir de son lot, se contenter de peu, ne pas désirer le superflu et réjouir son cœur dans la crainte de Dieu. Le roi Chelomo, que la paix soit sur lui, dit : « Mieux vaut peu avec la crainte de l’Éternel qu’un grand trésor accompagné de trouble » (Proverbes 15,16). Le verset suivant en apporte un signe, un témoignage et une preuve : « Mieux vaut un repas de légumes où règne l’amour qu’un bœuf engraissé accompagné de haine. » Il veut dire que peu, en une compagnie agréable, vaut mieux pour les hommes que l’abondance et les mets savoureux en compagnie de personnes qui les haïssent.
והענין הזה הביא למשל על מדת ההסתפקות, וממנו יש ללמוד ק"ו שיש לו לאדם להתפייס ולהסתפק במעט באהבת הש"י וביראתו יותר מתוספת הממון מן הגזל והחמס. וכן שלמה המלך ע"ה התפלל על מדת ההסתפקות הוא שאמר (משלי ח) הטריפני לחם חקי. ביאר כי הריש והעושר מדות מגונות מביאות אותו לעבור על מצות התורה, כי עם הריש יצטרך אדם להחניף את הבריות, כענין שכתוב (משלי י״ח:כ״ג) תחנונים ידבר רש, ועם העושר יבא האדם אל המותרות ויקנה לעצמו גסות הרוח וגבה לב, כענין שנאמר (שם) ועשיר יענה עזות, עד שישימנו תועבה, שנאמר (שם טז) תועבת ה' כל גבה לב. ומפני זה אמר ריש ועושר אל תתן לי הטריפני לחם חקי.
Il donne cela comme image de la faculté de se contenter de ce que l’on a. On en déduit à plus forte raison que l’homme doit s’accommoder de peu et s’en contenter dans l’amour et la crainte de Dieu, plutôt que d’accroître sa fortune par le vol et la violence. Le roi Chelomo, que la paix soit sur lui, pria lui aussi pour cette disposition : « Nourris-moi du pain qui m’est assigné » (Proverbes 8). Il explique que pauvreté et richesse sont des conditions blâmables qui conduisent à transgresser les commandements de la Torah. Dans la pauvreté, l’homme doit flatter les autres : « Le pauvre parle en suppliant » (Proverbes 18,23). Avec la richesse, il en vient au superflu et acquiert arrogance et orgueil : « Le riche répond avec dureté », jusqu’à devenir une abomination : « Tout cœur orgueilleux est en abomination à l’Éternel » (ibid., 16). C’est pourquoi il dit : « Ne me donne ni pauvreté ni richesse ; nourris-moi du pain qui m’est assigné. »
ודע כי לולא שיצר לב האדם רע מנעוריו, הומה אחר תאות יתרון העושר והכבוד בעוה"ז לא היה ראוי לו שידאג במה שלא קנה מן המותרות רק שיבקש דבר המוכרח, כי מה שהוא מוכרח הקב"ה יזמינהו לידו יום ביום, וכענין שכתוב בפרשת המן (שמות ט״ז:ד׳) ולקטו דבר יום ביומו, כי לא היה אפשר להם להצניע מן המן לזמן ידוע ואפילו מיום אחד למחרתו, ומתוך שהיו בוטחים בהש"י היה מזמינו להם יום יום, וכבר דרשו רז"ל בענין הפרנסה הקב"ה זן את כל העולם כלו מקרני ראמים ועד ביצי כנים וזהו שאמר הכתוב (תהילים קמ״ה:ט׳) ורחמיו על כל מעשיו.
Sache que, si le penchant du cœur humain n’était mauvais dès sa jeunesse, agité par le désir d’accroître richesse et honneurs en ce monde, l’homme ne devrait pas s’inquiéter du superflu qu’il n’a pas acquis, mais chercher seulement le nécessaire. Car le Saint, béni soit-Il, le lui procure jour après jour, comme il est écrit au sujet de la manne : « Ils ramasseront chaque jour la portion du jour » (Exode 16,4). Ils ne pouvaient mettre de la manne en réserve pour un temps déterminé, pas même d’un jour au lendemain. Parce qu’ils avaient confiance en Dieu, Il la leur procurait chaque jour. Les Sages enseignent au sujet de la subsistance : le Saint, béni soit-Il, nourrit le monde entier, depuis les cornes des réémim jusqu’aux œufs des poux. C’est ce que dit l’Écriture : « Sa miséricorde s’étend sur toutes Ses œuvres » (Psaumes 145,9).
וכבר אנו רואים לעין בסדר העולם והנהגתו שהיא בחכמה עמוקה ונפלאה שהקב"ה מזמין לבריותיו וממציא להם הדבר ההכרחי, ומה שהוא מוכרח יותר הוא מצוי יותר ומה שאינו מוכרח כל כך אינו מצוי כל כך. כענין המרגליות ומיני אבנים יקרות שאינן מצויות כל כך בעולם ואינם תחת יד כל אדם לפי שאינם מוכרחות כל כך, שהרי הבריות יכולין לחיות זולתן, אבל המזון שהוא מוכרח יותר מן המרגליות הוא יותר מצוי מן המרגליות, שהרי תמצא התבואה והמזון בשוקים וברחובות מה שלא תמצא המרגליות,
Nous voyons de nos yeux, dans l’ordre et la conduite du monde, qui relèvent d’une sagesse profonde et merveilleuse, que le Saint, béni soit-Il, prépare et procure à Ses créatures ce qui leur est nécessaire. Plus une chose est nécessaire, plus elle est disponible ; moins elle est nécessaire, moins elle est disponible. Les perles et les pierres précieuses, par exemple, sont peu répandues dans le monde et ne sont pas à la portée de chacun, car elles ne sont pas tellement nécessaires : les créatures peuvent vivre sans elles. La nourriture, plus nécessaire que les perles, est plus disponible : tu trouves céréales et aliments dans les marchés et les rues, contrairement aux perles.
והמים שהם מוכרחים יותר מהמזון שהרעב יכול אדם לסבלו שנים וג' ימים, ולא כן הצמא כי אפילו זמן מועט לא יכול אדם לסבול ע"כ המים מצוים יותר מן המזון כי תמצאם בכל מקום במדינות ואפילו בדרכים, והאויר שהוא יותר מוכרח מן המים שהרי חשק הצמא יוכל אדם לסבול מיל אחד או פרסה אחת אבל בלי האויר לא יוכל אדם ולא כל חי להתקיים אפילו רגע ע"כ הוא מצוי יותר שלא תמצא מקום ריק מן האויר ואפילו במקום שהכותל עומד שם האויר.
L’eau est plus nécessaire que la nourriture : un homme peut supporter la faim deux ou trois jours, mais pas la soif, qu’il ne peut supporter même peu de temps. Aussi l’eau est-elle plus disponible que la nourriture : on la trouve partout dans les villes, et même sur les chemins. L’air est plus nécessaire que l’eau : on peut supporter le désir de boire pendant un mille ou une parasange, mais sans air ni l’homme ni aucun être vivant ne peut subsister un seul instant. Il est donc plus disponible encore : tu ne trouveras aucun lieu vide d’air ; même là où se tient le mur, il y a de l’air.
והא למדת שהדברים המוכרחים הם מצויים יותר בעולם כי הקב"ה בחכמתו הגדולה סדר את עולמו בהן והזמינן לבריותיו. וע"כ שאל יעקב הצדיק לחם לאכול ובגד ללבוש שהוא הדבר המוכרח, ושאל מדת ההסתפקות שהיא שאלת הצדיקים ולא שאל המותרות, כי התורה מואסת בהן עד שתמנע אותם ואפילו מן המלך, הוא שכתוב (דברים י״ז:י״ז) לא ירבה לו סוסים ולא ירבה לו נשים וכסף וזהב לא ירבה לו מאד. (כ"כ החכם בספר חובת הלבבות).
Tu apprends ainsi que les choses nécessaires sont plus disponibles dans le monde, car le Saint, béni soit-Il, dans Sa grande sagesse, en a ordonné Son monde et les a préparées pour Ses créatures. C’est pourquoi Yaakov le juste demanda du pain à manger et un vêtement à revêtir, choses nécessaires. Il demanda de pouvoir se contenter du nécessaire, demande des justes, sans réclamer le superflu. La Torah le rejette au point de le restreindre même pour le roi : « Il ne multipliera pas pour lui les chevaux ; il ne multipliera pas pour lui les femmes ; argent et or, il n’en multipliera pas excessivement pour lui » (Deutéronome 17,17). Ainsi écrit le sage dans le livre des Devoirs des cœurs.
ושבתי בשלום אל בית אבי. יתכן לומר כל מה שהוציא יעקב מפיו בנדר זה הכל נתקיים בו. ושמרני בדרך הזה, הנה הש"י שמר אותו בדרך ההוא. והלחם הוא הנשים שלקח מלשון (שמות ב׳:כ׳) קראן לו ויאכל לחם, וכן (בראשית ל״ט:ו׳) כי אם את הלחם אשר הוא אוכל. והבגד הוא שנתעשר בסבת צאן לבן שהבגדים מן הצמר הם. ושבתי בשלום, הוא שכתוב ויבא יעקב שלם. והיה ה' לי לאלהים הוא שכתוב ויקרא לו אל אלהי ישראל.
« Que je revienne en paix à la maison de mon père. » On peut dire que toutes les paroles prononcées par Yaakov dans ce vœu se réalisèrent pour lui. « Qu’Il me garde sur ce chemin » : Dieu le garda sur ce chemin. Le pain désigne les femmes qu’il épousa, comme dans « Appelez-le, et qu’il mange du pain » (Exode 2,20), ou « sauf le pain qu’il mangeait » (Genèse 39,6). Le vêtement désigne la richesse qu’il acquit grâce au troupeau de Lavan, car les vêtements sont faits de laine. « Que je revienne en paix » correspond à : « Yaakov arriva entier. » « Que l’Éternel soit mon Dieu » correspond à : « Il l’appela El, Dieu d’Israël. »
והיה ה' לי לאלהים. אין זה תנאי ח"ו כי אם נדר, יאמר שאם ישוב לארץ ישראל אשר שם בית אביו יצחק יהיה השם המיוחד לו לאלהים כי שם יעבדנו בארץ המיוחדת. וזה ע"ד מאמר רז"ל כל הדר בחוצה לארץ דומה כמו שאין לו אלוה.
« Que l’Éternel soit mon Dieu. » Ce n’est pas une condition, à Dieu ne plaise, mais un vœu. Il dit que, s’il revient en terre d’Israël, où se trouve la maison de son père Its’hak, le Nom particulier sera pour lui Dieu, car il Le servira là, sur la terre qui Lui est réservée. Cela correspond à l’enseignement des Sages : quiconque demeure hors de la terre d’Israël ressemble à quelqu’un qui n’a pas de Dieu.
עשר אעשרנו לך. קיים יעקב את דבריו כי נתן להש"י מעשר מכל אשר לו ואפילו מן הבנים, שכן מצינו בי"ב שבטים שהיו לו אפרים ומנשה שכתוב בהן כראובן ושמעון יהיו לי הרי י"ד, הוצא מהם ד' בכורות לד' אמהות שהרי הבכור קדש ואין קדש מוציא מידי קדש נשארו עשרה והעשירי הוא שבט לוי שהבדילו הש"י לשרתו ולברך בשמו והוא שזכתה לו התורה המעשר.
« Je T’en donnerai assurément la dîme. » Yaakov tint parole : il donna à Dieu la dîme de tout ce qu’il possédait, même de ses fils. Aux douze tribus qu’il avait s’ajoutent Éphraïm et Menaché, dont il est écrit : « Ils seront à moi comme Réouven et Chim’on », soit quatorze. Retranches-en les quatre premiers-nés des quatre mères : le premier-né est saint et ce qui est saint n’acquitte pas ce qui est saint. Il en reste dix. Le dixième est la tribu de Lévi, que Dieu sépara pour Le servir et bénir en Son Nom ; c’est elle à qui la Torah attribua la dîme.
ודרשו רז"ל מן הכתוב הזה המזבז אל יבזבז יותר מחומש שמא יצטרך לבריות, שהרי מי שהפריש ממונו שתי מעשרות ועשורא בתרא כי קמא הרי זה חומש הממון.
Les Sages déduisent de ce verset que celui qui distribue ses biens ne doit pas en distribuer plus du cinquième, de peur de devoir recourir à autrui. En effet, celui qui prélève sur sa fortune deux dîmes, la seconde étant égale à la première, prélève ainsi un cinquième de sa fortune.
וירא והנה באר בשדה. בכל אחד מן האבות מצינו בארות ובכל אחד מהם נרמז העתיד, ובענין יצחק קראו הכתוב (בראשית כ״ו:י״ט) באר מים חיים, והענין בכלן כי הבאר רמז לבהמ"ק שהוא עתיד להעשות בזרעם, והמשיל בהמ"ק לבאר לפי שמשם תצא תורה שנמשלה למים.
« Il vit, et voici, un puits dans le champ. » Nous trouvons des puits chez chacun des patriarches, et chez chacun ils annoncent l’avenir. Au sujet d’Its’hak, l’Écriture parle d’un « puits d’eaux vives » (Genèse 26,19). Dans tous ces cas, le puits fait allusion au Temple qui sera construit parmi leurs descendants. Il compare le Temple à un puits parce que de lui sortira la Torah, comparée à l’eau.
והנה שם שלשה עדרי צאן. היה אפשר לומר והנה שלשה עדרי צאן והוסיף מלת שם ע"ד הכתוב (יחזקאל ג׳:כ״ג) והנה שם כבוד ה' עומד. וישראל נקראו צאנו של מקום כענין שכתוב (יחזקאל ל״ד:ל״א) ואתנה צאני צאן מרעיתי. וכתיב (תהילים ע״ט:י״ג) ואנחנו עמך וצאן מרעיתך, והזכיר ג' לפי שישראל ג' חלקים כהנים לויים וישראלים והיו עולים שם ג' פעמים בשנה.
« Voici, là, trois troupeaux de petit bétail. » Il aurait pu dire : « Voici trois troupeaux de petit bétail. » Il ajoute « là », comme dans : « Voici, là, la gloire de l’Éternel se tenait » (Ézéchiel 3,23). Israël est appelé le troupeau du Maître du monde : « Vous êtes Mon troupeau, le troupeau de Mon pâturage » (Ézéchiel 34,31), et : « Nous sommes Ton peuple et le troupeau de Ton pâturage » (Psaumes 79,13). Il en mentionne trois parce qu’Israël comprend trois groupes : prêtres, lévites et Israélites, qui y montaient trois fois par an.
כי מן הבאר ההוא ישקו העדרים והאבן. בכאן נרמז השם החקוק בבהמ"ק, כי מן הבאר ההוא ישקו, שמשם היו שואבין רוה"ק, והאבן הגדולה היא עטרת זהב גדולה היא ד' של אחד היא ה' אחרונה שבשם, על פי הבאר, על פתח המקדש.
« Car de ce puits on abreuvait les troupeaux, et la pierre… » Ici est suggéré le Nom gravé dans le Temple. « De ce puits on abreuvait » : de là ils puisaient l’esprit saint. « La grande pierre » est la grande couronne d’or ; elle est le dalet du mot e’had, « un », elle est le dernier hé du Nom. « Sur la bouche du puits » : à l’entrée du Sanctuaire.
ונאספו שמה כל העדרים. רמז לכל ישראל המתאספים שם מלבא חמת עד נחל מצרים וגללו מלשון ויגולו רחמיך על מדותיך, את האבן מעל פי הבאר, כי בכח תפלתם היו ישראל מגלגלין ומהפכין מדה"ד למה"ר. והשקו את הצאן, שהיו ממשיכין רוה"ק להאציל עליהם הברכה מלפני לפנים, והשיבו את האבן מעל פי הבאר למקומה, באור על כי היו מעלים במחשבתן האבן שהיתה ע"פ הבאר למקומה הראשון כלומר למקומה לשרשה ולמקום אצילותה, וכענין שהזכיר בספר יצירה העמד דבר על בוריו והשב יוצר על מכונו:
« Tous les troupeaux s’y rassemblaient. » Cela évoque tout Israël s’y réunissant, depuis l’entrée de ‘Hamat jusqu’au torrent d’Égypte. « Ils roulaient » se rapproche de : « Que Ta miséricorde l’emporte sur Tes attributs. » « La pierre de dessus la bouche du puits » : par la force de leur prière, Israël faisait se mouvoir et transformait l’attribut de rigueur en attribut de miséricorde. « Ils abreuvaient le petit bétail » : ils attiraient l’esprit saint afin que la bénédiction se répande sur eux depuis le lieu le plus intérieur. « Ils remettaient la pierre de dessus la bouche du puits à sa place » : le sens de « de dessus » est qu’ils élevaient en pensée la pierre placée sur la bouche du puits à son lieu premier, c’est-à-dire à son lieu, à sa racine et au lieu de son émanation. Ainsi dit le Séfer Yetsira : « Établis la chose sur son fondement et remets le Créateur à Sa place. »
ובמדרש וירא והנה באר בשדה ר' יוחנן פתר קראי בסיני, באר בשדה זה סיני, והנה שם שלשה עדרי צאן אלו כהנים לוים וישראלים, כי מן הבאר ההוא ישקו אלו עשרת הדברות, והאבן גדולה זו שכינה, ונאספו שמה אלו ישראל, וגללו את האבן שיקבלו את התורה, והשיבו את האבן ע"פ הבאר למקומה אתם ראיתם כי מן השמים דברתי עמכם:
Dans le Midrash : « Il vit, et voici, un puits dans le champ. » Rabbi Yo’hanan interprète les versets à propos du Sinaï. « Un puits dans le champ » : c’est le Sinaï. « Voici, là, trois troupeaux de petit bétail » : les prêtres, les lévites et les Israélites. « Car de ce puits on abreuvait » : les dix paroles. « La grande pierre » : la Présence divine. « Ils s’y rassemblaient » : Israël. « Ils roulaient la pierre » : afin de recevoir la Torah. « Ils remettaient la pierre sur la bouche du puits à sa place » : « Vous avez vu que Je vous ai parlé depuis les cieux. »
לבן בן נחור. היה ראוי לומר לבן בן בתואל אבל בני בנים הרי הם כבנים וכמוהו אחותי בת אבי שפירושו בת בן אבי כי בת הרן בנו של תרח היתה, או יקראנו הכ' בן נחור לפי שנחור אחי אברהם היה איש השם והמעלה ולא היה לבן נודע בארץ בשם בתואל אביו כי היה אדם גרוע וע"כ הוצרך לומר בן נחור:
« Lavan fils de Na’hor. » Il aurait fallu dire : Lavan fils de Betouel. Mais les petits-fils sont comme des fils, de même que : « Ma sœur, fille de mon père » signifie fille du fils de mon père, puisqu’elle était fille de Haran, fils de Téra’h. Ou bien l’Écriture l’appelle fils de Na’hor parce que Na’hor, frère d’Avraham, était un homme renommé et de haut rang. Lavan n’était pas connu dans le pays sous le nom de son père Betouel, qui était un homme de peu ; il fallait donc dire fils de Na’hor.
ויהי כאשר ראה יעקב. הזכיר בכ' הזה כמה פעמים אחי אמו להודיע כי כל מה שהשתדל יעקב בצאן להשקותם ומה שהיה חומל על רחל בת לבן לא עשה לכבוד לבן רק לכבוד אמו בשביל שהיה אחי אמו, ומפני זה בכל פעם שיזכיר הכ' שמו של לבן הרשע יזכיר בכל פעם אחי אמו לבאר כי לא היה משקה צאנו של לבן כי אם בשביל שהיה אחי אמו וזכר בלבו את אמו אשר אהבתו שנתנה לו העצה הזאת לבא אליו:
« Lorsque Yaakov vit… » Ce verset répète plusieurs fois « frère de sa mère » pour enseigner que tous les efforts de Yaakov pour abreuver le troupeau et toute sa sollicitude envers Ra’hel fille de Lavan visaient l’honneur de sa mère, dont Lavan était le frère, et non celui de Lavan. C’est pourquoi, chaque fois que le verset mentionne le nom de Lavan le méchant, il ajoute « frère de sa mère » : il n’abreuvait le troupeau de Lavan que parce que celui-ci était le frère de sa mère. En son cœur, il se souvenait de sa mère qui l’aimait et lui avait conseillé de venir chez lui.
ועוד יש בזה טעם אחר שהרי כשיראה אדם או ישמע מה שהוא חפץ הנה זה סבה לתוספת כח בכח תולדתו, ומפני שהיה אדם חושב כי טבעו של יעקב בראותו את רחל נמשך אחר תאוה גופנית והוסיף בו כח בגלילת האבן מה שלא היה עושה מתחילה. לכך הוצרך לומר כמה פעמים אחי אמו להורות כי לא נתוסף כח בטבעו לאהבת רחל ולא היה לו בראייתה שום התעוררות כטבעי שאר בני אדם אבל הכל לאהבת אמו, ומפני זה הזכיר הכ' את רחל ואת הצאן קודם שיזכיר ויגל את האבן ולא אמר ויהי כאשר ראה יעקב את רחל בת לבן אחי אמו ויגל את האבן:
Il y a encore une autre raison : lorsqu’un homme voit ou entend ce qu’il désire, cela accroît sa force naturelle. On aurait donc pu penser qu’en voyant Ra’hel, la nature de Yaakov s’était laissée entraîner par un désir corporel, lui donnant pour rouler la pierre une force qu’il n’avait pas auparavant. Il fallut donc répéter plusieurs fois « frère de sa mère » pour indiquer que sa force naturelle ne s’était pas accrue par amour pour Ra’hel et que sa vue n’avait suscité en lui aucun éveil semblable à celui des autres hommes : tout venait de son amour pour sa mère. C’est pourquoi l’Écriture mentionne Ra’hel et le troupeau avant de dire « il roula la pierre », au lieu de dire : « Lorsque Yaakov vit Ra’hel, fille de Lavan, frère de sa mère, il roula la pierre. »
ויגש יעקב ויגל את האבן מעל פי הבאר. היה יעקב גדול בכח וגבורה כי האבן אשר לא יכלו רועי ג' עדרי צאן להניע אותה ממקומה הוא לבדו גלל אותה מעל פי הבאר, והוא עיף מצד הדרך אשר בא בה, גם מצד התורה שנקראת תושיה מפני שמתשת כחו של אדם שלמד עד עתה בבית עבר, שהרי ידוע כי כשפירש מבית אביו יצחק לא הלך מיד לחרן אל בית לבן אבל הלך ללמוד תורה בבית עבר ועמד שם י"ד שנה,
« Yaakov s’approcha et roula la pierre de dessus la bouche du puits. » Yaakov possédait une grande force et une grande vigueur : la pierre que les bergers de trois troupeaux ne pouvaient déplacer, il la roula seul de dessus la bouche du puits. Il était pourtant fatigué par le chemin qu’il venait de parcourir, et aussi par la Torah, appelée touchiya parce qu’elle affaiblit la force de l’homme, qu’il avait étudiée jusque-là dans la maison d’Éver. Car on sait qu’en quittant la maison de son père Its’hak, il n’alla pas aussitôt à ‘Haran chez Lavan, mais étudier la Torah dans la maison d’Éver, où il resta quatorze ans.
ואע"פ שאין זה נזכר בכ', ואין ראיה לדבר זכר לדבר שכך מצינו שצוה עליו אביו בצאתו קום לך פדנה ארם וקח לך משם אשה, והוא הבין באותו צווי תחת לשון אשה ענין נסתר והוא שהתורה נמשלה לאשה ועליה הזכיר שלמה ע"ה בפניני משליו (משלי ל״א:י׳) אשת חיל מי ימצא, ואמר (משלי י״ב:ד׳) אשת חיל עטרת בעלה. ודרז"ל אל תקרי מורשה אלא מאורשה, וע"כ השתדל בנסתר תחלה והלך לשמש בבית עבר י"ד שנה,
Bien que cela ne soit pas mentionné dans l’Écriture, et qu’il n’y en ait pas de preuve, on en trouve une indication : à son départ, son père lui ordonna : « Lève-toi, va à Paddan-Aram et prends-y une femme. » Il comprit dans cet ordre un sens caché sous le mot femme : la Torah est comparée à une femme. À son sujet, Chelomo, que la paix soit sur lui, dit dans les perles de ses proverbes : « Une femme de valeur, qui la trouvera ? » (Proverbes 31,10), et : « Une femme de valeur est la couronne de son mari » (Proverbes 12,4). Les Sages enseignent : ne lis pas moracha, héritage, mais méorassa, fiancée. Il s’occupa donc d’abord du sens caché et alla servir dans la maison d’Éver pendant quatorze ans.
והנה רז"ל מקבלי האמת קבלו כן והודיעונו הענין לפי חשבון שנותיו של יעקב מתוך שנותיו של ישמעאל, וכמו שהזכירו רז"ל במסכת מגילה (דף יז) כשנתברך יעקב מאביו בן ס"ג שנים היה בו בפרק יצא מביתו שנאמר וישמע יעקב אל אביו ואל אמו. ותניא י"ד שנה היה יעקב מוטמן ומשמש בבית עבר וכשעמד על הבאר בן ע"ז שנה היה, ולפי זה קודם שהלך אל לבן למד י"ד שנה בבית עבר, אע"פ שלא נזכר זה בכתוב.
Les Sages, dépositaires de la vérité, reçurent cette tradition et nous la firent connaître en calculant les années de Yaakov d’après celles d’Ichmaël. Comme ils l’expliquent dans le traité Méguila, page 17 : lorsque son père bénit Yaakov, il avait soixante-trois ans ; c’est alors qu’il quitta sa maison : « Yaakov écouta son père et sa mère. » Une baraïta enseigne qu’il demeura caché et servit pendant quatorze ans dans la maison d’Éver ; lorsqu’il se tint au puits, il avait soixante-dix-sept ans. Selon cela, avant d’aller chez Lavan, il étudia quatorze ans dans la maison d’Éver, bien que l’Écriture ne le mentionne pas.
וישק יעקב לרחל. קטנה היתה שלא היתה עדיין ראויה ליבעל ועל כן מסר לבן הצאן בידה ולא מסרן ביד לאה הגדולה ממנה כי היתה ראויה לאיש ויושבת בבית. או נאמר שהנשיקה הזאת היתה נשיקת הראש או הכתף, כי לא אמר הכתוב בפי רחל.
« Yaakov embrassa Ra’hel. » Elle était petite et n’était pas encore en âge d’avoir des relations conjugales. C’est pourquoi Lavan lui avait confié le troupeau, au lieu de le confier à Léa, plus âgée, qui était en âge de se marier et restait à la maison. Ou bien nous dirons qu’il l’embrassa sur la tête ou l’épaule, car l’Écriture ne dit pas sur la bouche de Ra’hel.
וישא את קולו ויבך. מנהג הקרובים בפגישה. ודעת רז"ל לפי שצפה ברוח הקודש שאינה נכנסת עמו לקבורה.
« Il éleva la voix et pleura. » C’est l’usage des proches lorsqu’ils se rencontrent. Selon les Sages, c’est parce qu’il vit par l’esprit saint qu’elle ne serait pas ensevelie avec lui.
ובמדרש למה בכה? אמר יעקב, אליעזר עבד אבא הביא בידו נזמים וצמידים ואני אין בידי כלום, לפי שרדף אליפז בן עשו אחריו במצות אביו להרגו והשיגו, ולפי שגדל אליפז בן עשו בחיקו של יצחק משך ידו, אמר לו מה אעשה לצוויו של אבא אמר לו יעקב טול מה שבידי והעני חשוב כמת.
Dans le Midrash : pourquoi pleura-t-il ? Yaakov dit : Éliézer, serviteur de mon père, avait apporté des anneaux et des bracelets, tandis que je n’ai rien entre les mains. Car Éliphaz, fils d’Éssav, l’avait poursuivi sur l’ordre de son père pour le tuer et l’avait rejoint. Mais, ayant grandi dans le giron d’Its’hak, Éliphaz fils d’Éssav retint sa main. Il lui dit : que ferai-je de l’ordre de mon père ? Yaakov lui répondit : prends ce que j’ai ; le pauvre est considéré comme mort.
כי אחי אביה הוא. קרוב לאביה, וכן (בראשית יג) כי אנשים אחים אנחנו.
« Car il était le frère de son père. » C’est-à-dire un parent de son père, comme : « Car nous sommes des hommes frères » (Genèse 13).
במדרש כי אחי אביה הוא אם לרמות הוא בא אני אחיו, ואם אדם כשר הוא אני בן רבקה אחותו הכשרה.
Dans le Midrash : « Car il était le frère de son père. » S’il vient pour tromper, je suis son frère ; s’il est un homme droit, je suis le fils de Rivqa, sa sœur qui est droite.
הכי אחי אתה. מלת הכי אינו לשון מסופק רק לשון ודאי, וכן הכי קרא שמו יעקב שתרגומו יאות.
« Tu es assurément mon frère. » Le mot hakhi n’exprime pas le doute, mais la certitude. De même : « C’est bien pourquoi on l’a appelé Yaakov », qu’Onqelos traduit par yaout, à juste titre.
ועבדתני חנם. יאמר הכתוב בודאי אחי אתה ועד עתה עבדתני חנם חדש ימים, כי כן הזכיר הכתוב וישב עמו חדש ימים, ואם חפץ אתה להתעכב עוד מכאן ואילך הגידה לי מה משכרתך. ויעקב השיב לו אעבדך שבע שנים.
« Tu m’as servi gratuitement. » L’Écriture dit : tu es assurément mon frère, et jusqu’à présent tu m’as servi gratuitement pendant un mois, comme il a été indiqué : « Il demeura avec lui un mois. » Si tu désires rester encore désormais, dis-moi quel sera ton salaire. Yaakov lui répondit : « Je te servirai sept ans. »
ויש לתמוה בזה מה היתה כוונת יעקב להתחיל להזכיר לו הזמן הגדול של שבע שנים להשתעבד בהם, ואלו היה לבן מתחיל בזה שיאמר תעבדני שבע שנים היה ראוי לו ליעקב שימעיט הזמן ויאמר כי די לו בעבודת ב' ושלש שנים שהוא זמן השכיר ואיך יתחיל הוא בזה. ויתכן לפרש כי טעם אעבדך שבע שנים כדי שתשלים רחל י"ב שנה ויום אחד ותהיה ראויה להריון, כי קטנה היתה בת חמש שנים כשבאה עם הצאן ולא היתה ראוי לאיש כלל.
Il faut s’étonner : pourquoi Yaakov prit-il l’initiative de proposer cette longue durée de sept années de service ? Si Lavan avait commencé en disant : tu me serviras sept ans, Yaakov aurait dû réduire la durée et répondre que deux ou trois années de travail suffisaient, durée d’engagement d’un salarié. Comment prit-il lui-même cette initiative ? On peut expliquer que « je te servirai sept ans » signifie : afin que Ra’hel atteigne douze ans et un jour et soit en âge de concevoir. Elle était en effet petite, âgée de cinq ans lorsqu’elle vint avec le troupeau, et n’était aucunement en âge de se marier.
ומה שיורה על זה מה שאמר לו ברחל בתך הקטנה, כי בידוע שרחל קטנה מלאה, אבל באורו מצד שהיא קטנה איני יכול לנשאה עכשיו ומפני זה אמתין לה שבע שנים ואעבוד אותך, ואע"פ שהיתה ראויה לביאה הנה יעקב גוף של קדושה לא חשב להיות עמה עד מלאת הימים שתהיה ראויה לבנים ויוכל לקיים המצוה, כי יודע היה בי"ב שבטים העתידין לצאת ממנו ומה תועלת שישא אשה ויהיה בטל, וע"כ לא רצה לנשאה עד עבור שבע שנים ותהיה ראויה להריון.
Cela est indiqué par les mots : « Pour Ra’hel, ta fille, la petite. » On savait déjà que Ra’hel était plus jeune que Léa. Mais le sens est : parce qu’elle est petite, je ne peux l’épouser maintenant ; j’attendrai donc sept ans pour elle et je te servirai. Bien qu’elle fût apte à l’union, Yaakov, dont le corps était saint, ne songea pas à être avec elle avant l’accomplissement des jours où elle serait en âge d’avoir des enfants et où il pourrait accomplir le commandement. Il connaissait les douze tribus qui devaient naître de lui : quel intérêt aurait-il à épouser une femme en restant inactif ? C’est pourquoi il ne voulut pas l’épouser avant que sept ans se soient écoulés et qu’elle soit en âge de concevoir.
ורבינו שלמה ז"ל פירש מה שהוסיף לומר בתך הקטנה לפי שהיה לבן אצלו בחזקת רמאי וחשב אולי יביא לו אשה מן השוק ששמה רחל לכך הוצרך לומר בתך, ושמא יביא לו את לאה ויאמר זו בתי לכך הוסיף לומר הקטנה. והנה יעקב נזהר בזה כדי שלא ירמהו לבן ואעפ"כ רמהו לבסוף ולא הועיל לו כלום והכניס לו לאה במקום רחל.
Notre maître Chelomo, de mémoire bénie, explique qu’il ajouta « ta fille, la petite » parce qu’il tenait Lavan pour un trompeur. Il pensa : peut-être m’amènera-t-il une femme prise au marché et nommée Ra’hel ; il dut donc dire « ta fille ». Peut-être m’amènera-t-il Léa en disant : c’est ma fille ; il ajouta donc « la petite ». Yaakov prit ainsi des précautions pour que Lavan ne le trompe pas. Pourtant, celui-ci le trompa finalement ; toutes ses précautions ne lui servirent à rien, et il introduisit Léa auprès de lui à la place de Ra’hel.
ועיני לאה רכות. כתב החכם ר' אברהם ז"ל ובן אפרים אמר כי מלת רכות חסר אל"ף וטעמו ארוכות והוא היה חסר אל"ף, ע"כ.
« Les yeux de Léa étaient tendres. » Le sage Rabbi Avraham, de mémoire bénie, écrit : Ben Éphraïm dit que le mot rakot manque d’un alef et signifie aroukhot, longs ; mais c’est lui qui manquait d’un alef. Fin de la citation.
טוב תתי אותה לך. פירש רבינו חננאל אע"פ שנתינתה לאיש אחר טוב שא"א לאשה בלא איש ולא איש בלא אשה, כענין שכתוב (בראשית ב׳:י״ח) לא טוב היות האדם לבדו. טוב אתה מזולתך, וזהו שני דברים טובים האחד טוב מחברו. ועוד מצינו שני דברים רעים האחד טוב מחבירו (איכה ד׳:ט׳) טובים היו חללי חרב מחללי רעב. ועוד מצינו ב' דברים האחד טוב והשני פחות (קהלת ד׳:י״ג) טוב ילד מסכן וחכם ממלך זקן וכסיל. והאחד טוב מחבירו (משלי ט״ו:י״ז) טוב ארחת ירק ואהבה שם משור אבוס ושנאה בו. ועוד שני דברים טובים ויש שלישי טוב משניהם (קהלת ה׳:ד׳) טוב אשר לא תדור משתדור ולא תשלם. וטוב משניהם מי שידור וישלם. וכמוהו (קהלת ד׳:ב׳-ג׳) ושבח אני את המתים שכבר מתו מן החיים אשר המה חיים עדנה, וטוב משניהם את אשר עדן לא היה.
« Mieux vaut que je te la donne. » Rabbénou ‘Hananel explique : bien qu’il soit bon de la donner à un autre homme, car une femme ne peut être sans homme ni un homme sans femme — « Il n’est pas bon que l’homme soit seul » (Genèse 2,18) —, tu vaux mieux qu’un autre. Ce sont deux choses bonnes dont l’une vaut mieux que l’autre. Nous trouvons aussi deux choses mauvaises dont l’une vaut mieux que l’autre : « Ceux qui périrent par l’épée étaient mieux lotis que ceux qui périrent par la faim » (Lamentations 4,9). Nous trouvons encore deux choses dont l’une est bonne et l’autre inférieure : « Mieux vaut un enfant pauvre et sage qu’un roi vieux et sot » (Ecclésiaste 4,13). L’une vaut mieux que l’autre : « Mieux vaut un repas de légumes accompagné d’amour qu’un bœuf engraissé accompagné de haine » (Proverbes 15,17). Il y a encore deux choses bonnes et une troisième meilleure que toutes deux : « Mieux vaut ne pas faire de vœu que faire un vœu sans l’acquitter » (Ecclésiaste 5,4) ; meilleur que tous deux est celui qui fait un vœu et l’acquitte. De même : « Je déclare les morts, déjà morts, plus heureux que les vivants encore en vie ; et plus heureux que tous deux celui qui n’a pas encore été » (Ecclésiaste 4,2-3).
ויהיו בעיניו כימים אחדים. היה ראוי שיהיו בעיניו כימים מרובים, אבל לענין טורח העבודה אמר כן כי היו אצלו ימים אחדים לא מנין שנים ולא מנין חדשים, וכן אמר כי מלאו ימי ולא אמר שנותי, וזה להמעיט בעיניו טורח שבע שנים.
« Ils furent à ses yeux comme quelques jours. » Ils auraient dû lui sembler de nombreux jours. Mais cela est dit de la peine du travail : pour lui, c’étaient quelques jours, sans compter les années ni les mois. Il dit de même : « Mes jours sont accomplis », et non mes années, pour amoindrir à ses yeux la peine des sept ans.
ואבואה אליה. כתב הרמב"ן אין זה דרך מוסר אף כי בצדיקים. אבל יאמר הכתוב ואבואה אליה לא שתתן אותה ואלך לדרכי אבל שאשאנה ואשלים מעט הימים אשר עלי כי מעתה לא תירא ממני שאעזבך ואעזוב המקנה אשר לך, ע"כ.
« Que je vienne vers elle. » Ramban écrit : ce n’est pas une manière de parler décente, à plus forte raison pour des justes. Mais le sens est : que je vienne vers elle ; ne me la donne pas pour que je m’en aille, mais pour que je l’épouse et accomplisse les quelques jours qui m’incombent. Dès lors, tu ne craindras plus que je t’abandonne et délaisse ton troupeau. Fin de la citation.
ויתכן לפרש כי הדבור הזה ליעקב לא היה מצד התאוה שהיה בו רוע מוסר רק מצד השכל. וידוע שאין הפרש אצל השכל בין אברי המשגל לשאר האברים כגון הפנים והידים, ומעולם אדם ואשתו לא עשו להם חגורות לכסות בשר ערוה עד שאכלו והמשיכו כח מעץ הדעת ונתלבשו בתאוות, וכיון שכן היו האבות שכליים כמלאכי השרת אין לתמוה עליהם בדבר הזה, כי כל כוונתם בהשתמשם בכלי הגוף כדי להמשך אחר השכל.
On peut expliquer que cette parole de Yaakov ne venait pas du désir, ce qui eût été contraire à la décence, mais de l’intellect. On sait que pour l’intellect, il n’y a pas de différence entre les organes de l’union et les autres membres, tels le visage et les mains. Adam et sa femme ne se firent des ceintures pour couvrir leur nudité qu’après avoir mangé et attiré la puissance de l’arbre de la connaissance, se revêtant alors de désirs. Puisque les patriarches étaient des êtres d’intellect semblables aux anges du service, il n’y a pas lieu de s’étonner de cela chez eux : toute leur intention, lorsqu’ils utilisaient les instruments du corps, était de suivre l’intellect.
גם האמהות רחל ולאה שהיו מריבות זו עם זו על הפעולה הזאת הטבעית כל דבריהם היו מן המין הזה, כי היו יודעות ברוה"ק שי"ב שבטים עתידין לצאת מיעקב מארבע נשים. וזהו שאמרה לאה לרחל המעט קחתך את אישי וגו', והשיבה רחל לכן ישכב עמך הלילה, ולאה שיצאה לקראתו ואמרה לו אלי תבא כי שכור שכרתיך, לא היתה כונתן רדיפת התאוה ח"ו כי אם כוונת המצוה בלבד כאשר ידעו בנבואה. והדבור הזה כנבואה באבות שכל פעולותיהם נמשכות אחר השכל וכל דבריהם אפילו השיחה שלהם על פיו יחנו ועל פיו יסעו, גם באמהות הנביאות, אין בהן כעור ולא רוע מוסר.
De même, chez les matriarches Ra’hel et Léa, qui se disputaient au sujet de cet acte naturel, toutes les paroles relevaient de cet ordre. Elles savaient par l’esprit saint que douze tribus devaient naître de Yaakov par quatre femmes. Ainsi Léa dit à Ra’hel : « Est-ce peu que tu aies pris mon mari… ? » Ra’hel répondit : « Qu’il couche donc avec toi cette nuit. » Léa sortit à sa rencontre et lui dit : « Tu viendras vers moi, car je t’ai véritablement pris à gages. » Leur intention n’était pas la poursuite du désir, à Dieu ne plaise, mais uniquement celle du commandement, comme elles le savaient par prophétie. Chez les patriarches, dont toutes les actions suivent l’intellect et dont toutes les paroles, même la conversation, se règlent sur lui pour s’arrêter et repartir, cette parole est comme une prophétie ; chez les matriarches prophétesses aussi, elle ne comporte ni laideur ni indécence.
וראיה ברורה לזה מה שדרשו רז"ל, רחל שזלזלה במשכבו של צדיק לא זכתה להקבר עמו, לאה שתבעה ואמרה לו אלי תבא כי שכר שכרתיך נשתכרה שיצא ממנה יששכר, וזהו וישכב עמה בלילה הוא לא אמר בלילה ההוא אלא בלילה הוא לפי שהוא שמו של הקב"ה. וזהו שאמרה לאה נתן אלהים שכרי כלומר שכרי כפי כוונתי, כלשון (ישעיהו מ׳:י׳-י״א) הנה שכרו אתו ופעולתו לפניו. ועוד מתוך מה שכתוב וישמע אלהים אל לאה יורה שהתפללה להקב"ה. והא למדת כי על הפעולה הטבעית הזאת נענשה זו ונשתכרה זו, והשכר והעונש אינו כי אם על מעשה המצות, והנה הענינים כולם יורו ויעידו כי כוונתם היתה למצוה.
La preuve claire est l’enseignement des Sages : Ra’hel, qui traita légèrement la couche du juste, ne mérita pas d’être ensevelie avec lui. Léa, qui la réclama en disant : « Tu viendras vers moi, car je t’ai pris à gages », reçut pour salaire que Yissakhar naisse d’elle. C’est le sens de : « Il coucha avec elle cette nuit, hou. » Il ne dit pas ba-layla ha-hou, mais ba-layla hou, car hou est un Nom du Saint, béni soit-Il. Léa dit donc : « Dieu m’a donné mon salaire », c’est-à-dire mon salaire selon mon intention, comme : « Voici, Son salaire est avec Lui et Sa rétribution devant Lui » (Isaïe 40,10-11). De plus, « Dieu écouta Léa » indique qu’elle pria le Saint, béni soit-Il. Tu apprends ainsi que, pour cet acte naturel, l’une fut punie et l’autre récompensée. Or récompense et châtiment ne portent que sur l’accomplissement des commandements. Tous ces éléments indiquent donc et attestent qu’elles visaient le commandement.
והנה היא לאה. דרשו רז"ל וכי עד השתא לאו לאה היא אלא יעקב מסר סמנים לרחל וכשראתה שמכניסין לו לאה אמרה עכשיו תכלם אחותי עמדה ומסרה לה הסימנים. רחל תפשה פלך שתיקה לאה תפשה פלך הודיה. רחל תפשה פלך שתיקה שהיה יעקב משלח לה סבלונות ולבן נוטלן ממנה ונותנן ללאה ורחל שותקת, לפיכך עמדו כל בניה בעלי שתיקה, שהרי בנימין היה יודע במכירתו של יוסף ושתק. שאול בן בנה מה כתיב ביה (שמואל א י׳:ט״ז) ואת דבר המלוכה לא הגיד לו. אסתר מה כתיב בה (אסתר ב׳:כ׳) אין אסתר מגדת מולדתה ואת עמה. לאה תפשה פלך הודיה אמרה הפעם אודה את ה' עמדו כל בניה בעלי הודיה, יהודה מה כתיב ביה (בראשית מ״ט:ח׳) יהודה אתה יודוך אחיך. דוד אמר (תהילים קל״ו:א׳) הודו לה' כי טוב. דניאל כתיב ביה (דניאל ו׳:י״א) ומצלא ומודא קדם אלהיה.
« Voici, c’était Léa. » Les Sages demandent : jusqu’alors, n’était-ce donc pas Léa ? Mais Yaakov avait confié des signes à Ra’hel ; lorsqu’elle vit qu’on introduisait Léa auprès de lui, elle se dit : maintenant ma sœur sera humiliée. Elle lui transmit donc les signes. Ra’hel adopta la voie du silence, Léa celle de la reconnaissance. Ra’hel adopta la voie du silence : Yaakov lui envoyait des cadeaux de fiançailles, Lavan les lui prenait et les donnait à Léa, et Ra’hel se taisait. Aussi tous ses descendants furent-ils des maîtres du silence : Binyamin connaissait la vente de Yossef et se tut ; de Chaoul, son descendant, il est écrit : « Il ne lui raconta pas l’affaire de la royauté » (I Samuel 10,16) ; d’Esther : « Esther ne révélait ni sa naissance ni son peuple » (Esther 2,20). Léa adopta la voie de la reconnaissance : elle dit « Cette fois, je remercierai l’Éternel » ; tous ses descendants furent des maîtres de la reconnaissance. De Yehouda, il est écrit : « Yehouda, tes frères te loueront » (Genèse 49,8). David dit : « Rendez grâce à l’Éternel, car Il est bon » (Psaumes 136,1). De Daniel, il est écrit : « Il priait et rendait grâce devant son Dieu » (Daniel 6,11).
גם את רחל מלאה. הכונה שאהב את לאה אבל רחל יותר. וזה בהפך ממה שהוא טבע העולם לאהוב יותר האשה שידע אדם ראשונה, וכמו שדרשו רז"ל אין אשה כורתת ברית אלא למי שעשאה כלי. ולפי שאהבה זו היתה שלא כדרך כל הארץ הוסיף ואמר גם את רחל. כך פירש הרמב"ן ז"ל.
« Aussi Ra’hel, plus que Léa. » Le sens est qu’il aimait Léa, mais Ra’hel davantage. Cela va à l’encontre de la nature habituelle du monde, qui est d’aimer davantage la première femme qu’un homme a connue. Les Sages enseignent ainsi : une femme ne conclut d’alliance qu’avec celui qui l’a faite réceptacle. Comme cet amour n’était pas conforme à l’usage de tous, il ajouta « aussi Ra’hel ». Ainsi explique Ramban, de mémoire bénie.
כי שנואה לאה. ח"ו שישנא יעקב את לאה אבל יאמר עליה שנואה בערך רחל שהיתה אהובה ביותר. או אמר שנואה מרחל והשנאה בעבור הקנאה.
« Car Léa était haïe. » À Dieu ne plaise que Yaakov ait haï Léa ! Il la dit haïe par comparaison avec Ra’hel, qui était particulièrement aimée. Ou bien elle était haïe de Ra’hel, et cette haine venait de la jalousie.
ותהר לאה ותלד בן. הזכיר בכולן ותהר ותלד להורות על תכיפת ענין. וסמך הלידה להריון על שם שהיו יולדות כל אחת לשבעה חדשים שהרי בשבע שנים שניים של עבודת רחל נולדו כל השבטים כלם חוץ מבנימין. והנני מזכיר לך טעם הנולדים לשבעה שהם חיים והנולדים לשמונה מתים. דע כל אחד ואחד משבעה כוכבי לכת משמש חדש אחד, וסדורם ג"כ שצ"ם חנכ"ל. אבל סדר הבריאה הוא חל"ם כצנ"ש לשבעה ימי בראשית.
« Léa conçut et enfanta un fils. » Pour toutes, il dit « elle conçut et enfanta », indiquant une succession rapide. Il rapproche l’accouchement de la conception parce que chacune enfantait à sept mois : au cours des sept années suivantes de service pour Ra’hel naquirent toutes les tribus, sauf Binyamin. Je vais t’exposer pourquoi ceux qui naissent à sept mois vivent, tandis que ceux qui naissent à huit mois meurent. Sache que chacun des sept astres errants exerce son action un mois. Leur ordre est ChatsaM ‘HanKaL. L’ordre de la création, pour les sept jours du commencement, est toutefois ‘HaLaM KaTsNaCh.
והסדור הזה של חדשי העבור שבתאי משמש חדש ראשון, וצדק חדש שני, וכן בכלם עד לבנה שהיא שביעית, והוא כוכב ממונה על החיים. וע"כ הנולד בשביעי יחיה. אבל כשיכנס בשבתאי שהוא חוזר חלילה והוא שמיני לפי שטבעו של שבתאי קר ויבש שהוא טבע המיתה על כן אין הולד חי בשמיני כי ימית אותו בטבעו שהוא טבע המיתה, ויחזיר אותו טפה כשם שהיה בו מתחילה. אבל כשיעבור השמיני יכנס בתשיעי שהוא צדק והוא כוכב החיים והטוב אז יחיה.
Voici l’ordre des mois de grossesse : Saturne exerce son action le premier mois, Jupiter le deuxième, et ainsi de suite jusqu’à la Lune, septième, astre préposé à la vie. C’est pourquoi celui qui naît au septième mois vit. Mais lorsqu’il entre sous Saturne, qui revient dans le cycle et occupe la huitième place, comme la nature de Saturne est froide et sèche, nature de la mort, l’enfant ne vit pas au huitième mois : l’astre le fait mourir par sa nature mortifère et le ramène à l’état de goutte, comme au commencement. S’il dépasse le huitième mois, il entre au neuvième, celui de Jupiter, astre de la vie et du bien ; alors il vit.
והנה רוב הנולדים הם לט' חדשים והם לכוכב צדק שהוא התשיעי בחזרת חלילה, ויש נולדים לעשרה חדשים והם למאדים, ויש נולדים לי"א חדשים והם לחמה. ורז"ל אמרו עובדא הוה ברבה תוספאה דאשתהי ולד עד תריסר ירחי שתא ואכשריה, כלומר שאע"פ שלא היה בעלה מצוי עמה אעפ"כ הכשירו ולא החזיק אותו בחזקת ממזר אלא בחזקת כשר, דכל זמן דלא עברו עדיין י"ב חדש אמרינן רוב בעילות הלך אחר הבעל שלפעמים הולד שוהה י"ב חדש.
La plupart naissent à neuf mois et relèvent de Jupiter, neuvième dans le retour du cycle. Certains naissent à dix mois et relèvent de Mars, d’autres à onze mois et relèvent du Soleil. Les Sages disent : un cas se présenta devant Rabba Tosfaa ; l’enfant avait tardé jusqu’à douze mois de l’année, et il le déclara légitime. Autrement dit, bien que son mari n’ait pas été auprès d’elle, il déclara l’enfant légitime et ne le présuma pas mamzer, mais légitime. Tant que douze mois ne sont pas encore passés, nous disons : on attribue l’enfant au mari en se fondant sur la majorité des rapports, car il arrive que l’enfant demeure douze mois.
ודע כי שבעה כוכבי לכת הללו השנים מהם טובים ומועילים מאד והם צדק ונוגה. והשנים מהם מזיקים מאד והם שבתאי ומאדים. והשנים מהם בעלי אורה והם חמה ולבנה, ונשאר כוכב שהוא אמצעי מזוג טוב עם הטובים ורע עם הרעים.
Sache que, parmi ces sept astres errants, deux sont très bons et bénéfiques : Jupiter et Vénus. Deux sont très nuisibles : Saturne et Mars. Deux sont lumineux : le Soleil et la Lune. Il reste Mercure, qui est intermédiaire et de nature mêlée : bon avec les bons, mauvais avec les mauvais.
ותקרא שמו ראובן. קריאת שמות השבטים לאמותינו לאה ורחל הכל היה ברוה"ק ע"פ מדותיו של הקב"ה. כי לאה בארבעה בניה רמזה כל העשר מלמטה למעלה, קראה הראשון ראובן כנגד מדת הדין היא ה' אחרונה שבשם לפי שממנה יבא לה כח התולדה. וידעה זה מאברהם שנתוסף בשמו אות ה', וכן דרשו ז"ל אברם אינו מוליד אברהם מוליד, ולשון ראובן מלשון ראייה כי הראייה מכח הה' שהיא מדת הדין, ומטעם זה הוא גדול כח עין הרע.
« Elle l’appela Réouven. » Tous les noms que nos mères Léa et Ra’hel donnèrent aux tribus furent inspirés par l’esprit saint, selon les attributs du Saint, béni soit-Il. Par ses quatre fils, Léa fit allusion aux dix, de bas en haut. Elle appela le premier Réouven, en correspondance avec l’attribut de rigueur, dernier hé du Nom, car cet attribut lui communiquerait la puissance d’enfanter. Elle le savait d’après Avraham, au nom duquel fut ajoutée la lettre hé. Les Sages enseignent ainsi : Avram n’engendre pas, Avraham engendre. Réouven se rattache à la vision, car la vision procède de la puissance du hé, attribut de rigueur ; c’est pour cette raison que la puissance du mauvais œil est grande.
וכן שמעון מלשון שמיעה כי השמיעה מכח הוי"ו שבשם שהיא ו' קצוות ולכך אמרה כי ראה ה' כי שמע ה'. הרי לך ראובן ושמעון כנגד מדת הדין ושש קצוותיה הכלולין בה, וכן כונתן בכל שאר השבטים בשמותם, הנני מבאר לך כל אחד מהם במקומו הט אזנך בבאורם.
De même, Chim’on se rattache à l’audition, car l’ouïe procède de la puissance du vav du Nom, qui est les six extrémités. C’est pourquoi elle dit : « Car l’Éternel a vu », « car l’Éternel a entendu ». Réouven et Chim’on correspondent donc à l’attribut de rigueur et aux six extrémités comprises en lui. Telle était aussi leur intention pour les noms de toutes les autres tribus. Je vais te les expliquer chacun en son lieu : prête l’oreille à leur explication.
על כן קרא שמו לוי. חוזר להקב"ה ולכך לא אמר קראה כי הוא יתברך הקורא והמחברו לעבודתו כי הוא העשירי בבנים והעשירי קדש לה', ולפי שידעה בברור שיהיו לחלקה שלשה בנים למעוט, על כן אמרה כי ילדתי לו שלשה בנים, וכוונה בו כנגד חבור הג' שלמעלה הרשומים במלת איש כנרמז בספר הבהיר. וזה טעם ילוה אישי כי שלשתם חבור אחד ודבר אחד. ומטעם זה היו בני לוי מורי התורה והחכמה שנאמר (דברים ל״ג:י׳) יורו משפטיך ליעקב. ונחלק שבט לוי לשתי משפחות כהונה ולויה.
« C’est pourquoi il l’appela Lévi. » Cela se rapporte au Saint, béni soit-Il ; c’est pourquoi il n’est pas dit « elle l’appela ». C’est Lui qui le nomme et le rattache à Son service, car il est le dixième parmi les fils et le dixième est consacré à l’Éternel. Sachant clairement qu’elle aurait au moins trois fils pour sa part, elle dit : « Car je lui ai enfanté trois fils. » Elle visait l’union des trois d’en haut, inscrits dans le mot ich, comme le suggère le livre du Bahir. Tel est le sens de « mon mari s’attachera » : les trois sont une seule union et une seule réalité. Pour cette raison, les fils de Lévi furent les maîtres de la Torah et de la sagesse : « Ils enseigneront Tes jugements à Yaakov » (Deutéronome 33,10). La tribu de Lévi se divisa en deux familles : prêtrise et lévites.
וכשילדה הרביעי יהודה שהיה יותר מחלקה רצתה לפרט מה שכבר נכלל בשם לוי וקראה שמו יהודה, והוא שנתנה הודאה לבינה שהוא מקום הבנים ואמרה הפעם אודה את ה'. ונמצא למד שהכל נכלל בארבעה בני לאה, ראובן ושמעון רמז לשכינה עם שש קצוותיה, לוי ויהודה רמז לג' שעל גביהן.
Lorsqu’elle enfanta le quatrième, Yehouda, qui excédait sa part, elle voulut détailler ce qui était déjà compris dans le nom Lévi et l’appela Yehouda. Elle rendit grâce à la Bina, qui est le lieu des fils, en disant : « Cette fois, je remercierai l’Éternel. » Tu apprends donc que tout est compris dans les quatre fils de Léa : Réouven et Chim’on évoquent la Présence divine avec ses six extrémités ; Lévi et Yehouda évoquent les trois qui sont au-dessus d’elles.
הפעם אודה את ה'. הוא השם הראשון שבי"ג מדות היא מדת התשובה ולכך נרמז השם הזה בשמו כי הודה ולא בוש וגרם לראובן שיודה, ולכך יצא מזרעו דוד ע"ה שהקים עולה של תשובה.
« Cette fois, je remercierai l’Éternel. » C’est le premier Nom des treize attributs, l’attribut du retour. C’est pourquoi ce Nom est suggéré dans son nom : il reconnut sa faute sans honte et amena Réouven à reconnaître la sienne. Aussi David, que la paix soit sur lui, qui établit le joug du repentir, sortit-il de sa descendance.
וכאשר נשלמו ללאה ד' בנים ורחל אין לה כלל קנאה בה קנאה יתרה, ובאה אצל יעקב בכח שיתן לה בנים על כל פנים בכח תפלתו, והוא השיב לה כי אין הדבר בידו ואין המניעה ממנו כי אם מהשם יתעלה, ואז מסרה לו בלהה שפחתה כדי שתמשוך כח הלידה ממנה במעשה מן המחשבה, והוא שאמרה לו הנה אמתי בלהה בא אליה.
Lorsque Léa eut quatre fils et que Ra’hel n’en eut aucun, celle-ci éprouva envers elle une très grande jalousie. Elle vint avec insistance auprès de Yaakov pour qu’il lui donne à tout prix des fils par la puissance de sa prière. Il lui répondit que la chose n’était pas entre ses mains et que l’empêchement ne venait pas de lui, mais de Dieu, exalté soit-Il. Elle lui remit alors sa servante Bilha afin d’attirer d’elle la puissance de l’enfantement, en faisant passer la pensée dans l’acte : « Voici ma servante Bilha, viens vers elle. »
וכך אמרה רחל אני אין לשמי אות ה"י הנותנת כח ההולדה כמו שיש לה ללאה וזלפה שפחתה, אמנם יש בבלהה שפחתי שתים בא אליה ותלד על ברכי' מכח האחת ואבנה גם אנכי ממנה מכח השנית ואז ילדה לו בן וקראה שמו דן.
Ra’hel dit ainsi : mon nom n’a pas la lettre hé qui donne la puissance d’engendrer, contrairement à Léa et à Zilpa sa servante ; mais ma servante Bilha en possède deux. Viens vers elle : « Elle enfantera sur mes genoux », par la puissance de l’un ; « et je serai moi aussi bâtie par elle », par la puissance de l’autre. Elle lui enfanta alors un fils, qu’elle appela Dan.
התחת אלהים אנכי. על דרך הפשט וכי במקומו אני שיהיה לי כח שאפקוד את העקרות והלא מפתח זה לא נמסר ביד שליח. והוא שדרשו רז"ל שלשה מפתחות לא נמסרו ביד שליח, ואלו הם מפתח של חיה מפתח של גשמים ושל תחית המתים. ועל כן אמר התחת אלהים אנכי. וכי במקומו אני או שלוחו אני שאתן לך מה שמנע ממך.
« Suis-je à la place de Dieu ? » Selon le sens simple : suis-je donc à Sa place pour avoir le pouvoir de visiter les femmes stériles ? Cette clef n’a pas été confiée à un messager. Les Sages enseignent en effet que trois clefs n’ont pas été confiées à un messager : celle de l’accouchement, celle des pluies et celle de la résurrection des morts. Il dit donc : « Suis-je à la place de Dieu ? » Suis-je à Sa place ou Son envoyé pour te donner ce qu’Il t’a refusé ?
וע"ד הקבלה התחת אלהים אנכי כבר רמזתיו למעלה בתחילת הפרשה, ואינה ה"א התמיהה אלא ה"א ודאית כמו (שמואל א ב׳:כ״ז) הנגלה נגלתי, וכאלו אמר תחת ה' שהוא אלהים אנכי, הודיע אותה כי דיוקנו חקוק במרכבה ומזה הוא יודע כי האלהים הוא המונע, ועל כן דחקה עצמה למסור לו בלהה שפחתה כדי למשוך כח הלידה ממנה מכח הה' שהוא האלהים המונע ואליו התפללה בסוף, הוא שכתוב ויזכור אלהים את רחל וישמע אליה אלהים.
Selon la Kabbale, j’ai déjà indiqué plus haut, au début de la paracha, le sens de « Je suis sous Dieu ». Le hé n’est pas interrogatif, mais affirmatif, comme dans : « Je Me suis bien révélé » (I Samuel 2,27). C’est comme s’il disait : je suis sous le hé, qui est Elohim. Il lui fit savoir que son image est gravée dans le Char et que, de là, il sait que c’est Elohim qui empêche. C’est pourquoi elle se résolut à lui remettre sa servante Bilha, afin d’en attirer la puissance d’enfanter par la puissance du hé, qui est Elohim, Celui qui empêche. C’est à Lui qu’elle adressa finalement sa prière : « Elohim Se souvint de Ra’hel, et Elohim l’écouta. »
ותאמר רחל דנני. כשילדה בלהה שפחת רחל הבן הראשון אמרה רחל דנני אלהים. וראוי לאדם ליזהר בדבריו כולם אף כי בתחילת דבריו. וכבר דרשו רז"ל ארבעה פתחו באף ואבדו מן העולם. ואלו הם נחש ושר האופים ועדת קרח והמן. וכבר ידעת אחרית רחל שמתה בלדתה כי מדת הדין נמתחה כנגדה.
« Ra’hel dit : Il m’a jugée. » Lorsque Bilha, servante de Ra’hel, enfanta le premier fils, Ra’hel dit : « Dieu m’a jugée. » L’homme doit veiller à toutes ses paroles, à plus forte raison à celles qui les ouvrent. Les Sages enseignent que quatre ouvrirent leur propos par af et disparurent du monde : le serpent, le chef des panetiers, l’assemblée de Qora’h et Haman. Tu connais la fin de Ra’hel : elle mourut en enfantant, car l’attribut de rigueur se déploya contre elle.
ויש לך להבין איך קראה שמו דן כי פירשה בשמו מה שרמזה לאה בשם ראובן. ולפי שמדת הדין כלולה ברחמים לכך הוסיפה עוד לומר וגם שמע בקולי כנגד שמעון. והשני קראתו נפתלי כנגד ה' הצדיק, וגם זה ממטה למעלה.
Tu dois comprendre comment elle l’appela Dan : elle explicita dans son nom ce que Léa avait suggéré dans Réouven. Comme l’attribut de rigueur est compris dans la miséricorde, elle ajouta : « Et Il a aussi entendu ma voix », en correspondance avec Chim’on. Elle appela le deuxième Naftali, en correspondance avec l’Éternel, le Juste. Cela aussi va de bas en haut.
ותאמר לאה בגד. דרשו רז"ל שנולד מהול. ויתכן לפרש לפ"ז כי מה שהוא חסר אל"ף לרמוז שהוא עשירי לנמולים, והם אברהם יצחק ויעקב ראובן שמעון לוי ויהודה דן ונפתלי גד. ומנין התיבה בג"ד עולה תשעה לרמוז כי אף ע"פ שהיו הנמולים לפניו תשעה והוא העשירי אעפ"כ אינם כי אם תשעה עמו לפי שנולד מהול, ומה שנמצא קרי בא גד באל"ף, כי השם יתעלה זימן בפי לאה לקרותו גד מלשון גד גדי כלומר בעל מזל וע"כ אמרה בא גד כלומר בא המצליח בעל המזל. כי בני גד היו בעלי גבורה מצליחים במלחמות כענין שכתוב (בראשית מ״ט:י״ט) גד גדוד יגודנו והוא יגד עקב, כלומר יצליח ויתגבר עליהם לבסוף.
« Léa dit : begad. » Les Sages enseignent qu’il naquit circoncis. Selon cela, on peut expliquer l’absence du alef comme une allusion au fait qu’il était le dixième des circoncis : Avraham, Its’hak, Yaakov, Réouven, Chim’on, Lévi, Yehouda, Dan, Naftali et Gad. La valeur du mot begad est neuf : bien que neuf circoncis l’aient précédé et qu’il soit le dixième, ils ne sont pourtant que neuf avec lui, puisqu’il naquit circoncis. La lecture ba gad, avec un alef, s’explique ainsi : Dieu mit dans la bouche de Léa le nom Gad, selon l’expression gad guedi, homme de fortune. Elle dit donc : la réussite est venue, l’homme favorisé par la fortune est venu. Les fils de Gad étaient en effet des hommes vaillants, victorieux dans les guerres : « Gad, une troupe l’assaillira, mais lui l’assaillira au talon » (Genèse 49,19), c’est-à-dire qu’il réussira et les vaincra finalement.
ועל הכונה הפנימית קראתו לאה גד מלשון המשכה, בראותה שעמדה מלדת הוצרכה לחזור ולמשוך מן המקום שפסקה משם כשילדה יהודה, ובכח התפלה שאמרה גד גדי כלומר יתחזק מזלי משכה כח הלידה וילדה ליששכר שהוא כנגד הבינה שנאמר (ד"ה א יב) ומבני יששכר יודעי בינה לעתים. והבן השני קראתו אשר כי התפללה בו ג"כ ואמרה יישר כחי שאתחזק ואלד עוד ותהיה המשכתי דרך סלולה מלשון (משלי כ״ג:י״ט) ואשר בדרך לבך. ואז נתן לה זבולן שהוא כנגד הקו האמצעי המכוון עם התשובה רצועה ישרה. ונמצאת למד כי גד ואשר לא על פי המדות נקרא אלא על שם התפלה. ובכח התפלה שהתפללה בגד נתן לה יששכר, ובכח התפלה שהתפללה באשר נתן לה זבולן, וזה מבואר.
Selon le sens intérieur, Léa l’appela Gad dans le sens d’attirer. Voyant qu’elle avait cessé d’enfanter, elle dut revenir et attirer depuis le lieu où elle s’était arrêtée en enfantant Yehouda. Par la puissance de la prière où elle dit gad guedi, c’est-à-dire que ma fortune se fortifie, elle attira la puissance de l’enfantement et enfanta Yissakhar, qui correspond à la Bina : « Des fils de Yissakhar, sachant discerner les temps » (I Chroniques 12). Elle appela le deuxième Acher, car elle pria aussi à son sujet : que ma force s’affermisse, afin que je me fortifie et enfante encore ; que mon attraction soit une voie aplanie, selon : « Dirige ton cœur dans la voie » (Proverbes 23,19). Il lui donna alors Zevouloun, qui correspond à la ligne médiane, alignée avec le Retour en une bande droite. Tu apprends donc que Gad et Acher ne furent pas nommés selon les attributs, mais selon la prière. Par la puissance de la prière prononcée pour Gad, Il lui donna Yissakhar ; par celle prononcée pour Acher, Il lui donna Zevouloun. Cela est clair.
וימצא דודאים בשדה. דודאים כצורת בן אדם יש להם דמות ראש וידים והוא המועיל להריון, וזהו בדרך סגולה שיש בהם לא בדרך הטבע כי התולדה שלהן קרה אבל הפרי והוא כדמות תפוחים יש להם ריח טוב, ומזה אמר הכתוב (שיר השירים ז׳:י״ד) הדודאים נתנו ריח. וראובן לא הביא לאמו השורש כי אם הפרי להשתעשע בו ולהתענג בריחו ורצתה בזה לכבוד יעקב לבשם יצועיו, כענין שכתוב (משלי ז׳:י״ז) נפתי משכבי מור אהלים וקנמון. כן פירש הרמב"ן ז"ל
« Il trouva des mandragores dans le champ. » Les mandragores ont la forme d’un être humain, avec une apparence de tête et de mains ; c’est cette partie qui favorise la conception, par une propriété particulière et non selon la nature, car leur tempérament est froid. Mais leur fruit, qui ressemble à des pommes, a une bonne odeur, d’où : « Les mandragores ont donné leur parfum » (Cantique des cantiques 7,14). Réouven n’apporta pas à sa mère la racine, mais le fruit, pour qu’elle s’en réjouisse et se délecte de son parfum. Elle le voulait pour honorer Yaakov en parfumant sa couche, comme : « J’ai parfumé mon lit de myrrhe, d’aloès et de cannelle » (Proverbes 7,17). Ainsi explique Ramban, de mémoire bénie.
ותקרא את שמו זבולן. כנגד הקו האמצעי של מעלה שהוא מכוון כנגד הקו האמצעי של מטה. ולכן נקרא בהמ"ק של מטה זבול, והוא הבן הששי כנגד וי"ו שבשם, וזהו לשון כי ילדתי לו ששה בנים ותקרא את שמו זבולן.
« Elle l’appela Zevouloun. » Il correspond à la ligne médiane d’en haut, qui est alignée avec la ligne médiane d’en bas. C’est pourquoi le Temple d’en bas est appelé zevoul. Il est le sixième fils, correspondant au vav du Nom. Tel est le sens de : « Car je lui ai enfanté six fils ; elle l’appela Zevouloun. »
ואחר ילדה בת. ואחר שילדה לאה ששה בנים ילדה בת אחת. ולשון ואחר באורו ובאחרונה כמו (בראשית לג) ואחר נגש יוסף. ואולי כוונה בזה כנגד ה' אחרונה, וע"כ יאמר ואחר שילדה לו ששה בנים שהם שש קצוות עליונים שהם כנגדם קצוות תחתונים שהם חתומים בשמו ילדה באחרונה בת, כי השכינה כלולה משש קצוות והנה היא מדת הדין, וזהו ותקרא את שמה דינה שתי אותיות אמצעית הכנוי משולבות עם שתי אותיות של שם הרחמים כי היא בת מי זהב.
« Ensuite, elle enfanta une fille. » Après avoir enfanté six fils, Léa enfanta une fille. Véa’har signifie : en dernier, comme : « En dernier, Yossef s’approcha » (Genèse 33). Peut-être visait-elle ainsi le dernier hé. Après lui avoir enfanté six fils, qui sont les six extrémités supérieures auxquelles correspondent les extrémités inférieures scellées dans Son Nom, elle enfanta en dernier une fille. Car la Présence divine comprend six extrémités et elle est l’attribut de rigueur. D’où : « Elle l’appela Dina » : les deux lettres médianes de la désignation sont entrelacées avec deux lettres du Nom de miséricorde, car elle est la fille de Mé-Zahav.
או נאמר כי לא כוונה כלל אך כאשר ילדה לזבולן לא רצתה לרדת ולקבל מן הכחות שלמטה ממנו ולא חששה להם כיון שקבלה כבר כל הכחות של מעלה שהם העקר. וזהו שאמרו רז"ל חכמי האמת לאה התפללה וחזרה נקבה, וכוונתם בזה לומר כי היתה לאה ראויה להנתן לה יוסף אלא שלא רצתה וחזרה נקבה, כי לא חששה לכל מה שלמטה מזבולן וע"כ באה לידי מכשול ואירע בה מה שאירע.
Ou bien nous dirons qu’elle ne visait aucunement cela. Après avoir enfanté Zevouloun, elle ne voulut pas descendre recevoir des puissances situées au-dessous de lui et n’en eut pas souci, puisqu’elle avait déjà reçu toutes les puissances supérieures, qui sont l’essentiel. C’est ce que disent les Sages, sages de la vérité : Léa pria et l’enfant devint une fille. Leur intention est de dire que Léa aurait dû recevoir Yossef, mais ne le voulut pas, et l’enfant devint une fille. Comme elle ne se soucia pas de tout ce qui est au-dessous de Zevouloun, elle en vint à un obstacle et il lui arriva ce qui lui arriva.
ולפי הפשט מה שהתפללה וחזרה נקבה לכבוד רחל עשתה כן, הוא שאמרו בברכות פרק הרואה (ברכות דף ס) שהתפללה תוך ארבעים יום, אמרה לא תהא רחל אחותי כאחת השפחות מיד נהפכה והיתה לבת שנאמר ותקרא את שמה דינה.
Selon le sens simple, si elle pria et que l’enfant devint une fille, elle le fit par égard pour Ra’hel. C’est ce qu’enseignent les Sages dans Berakhot, au chapitre Haroé, page 60 : elle pria dans les quarante jours, disant : que ma sœur Ra’hel ne soit pas comme l’une des servantes ! Aussitôt, l’enfant se transforma et devint une fille : « Elle l’appela Dina. »
אסף אלהים את חרפתי. כלומר שהיו מחרפין אותה. לאמר יוסף ה' לי בן אחר, ובהזכרת שם יוסף רמזה זה. ומה שאמרה בן אחר ולא אמרה בנים אחרים יורה שהיתה יודעת בכך לפי שכבר היו ללאה ששה בנים ולבלהה ולזלפה שנים שנים הרי י', וכיון שנולד יוסף שהיה אחד עשר ידעה כי עוד יהיה לה בן אחר לתשלום י"ב.
« Dieu a retiré mon déshonneur. » C’est-à-dire qu’on l’outrageait. « En disant : que l’Éternel m’ajoute un autre fils » : elle le suggéra en prononçant le nom Yossef. Elle dit « un autre fils », et non « d’autres fils », ce qui montre qu’elle le savait : Léa avait déjà six fils, Bilha et Zilpa deux chacune, soit dix. Lorsque Yossef naquit, le onzième, elle sut qu’elle aurait encore un autre fils pour compléter les douze.
והנה רחל הזכירה בו שתי לשונות לשון אסיפה ולשון תוספת, באורה על הנגלה בלשון תוספת ועל הנסתר בלשון אסיפה, אסף אלהים את חרפתי. להורות כי יוסף ירמוז על הקו האמצעי שהוא מאסף לכל המחנות מחבר כל הקצוות מעלה ומטה. והנה ענפיו הנמשכים ממנו הנצח וההוד לכך יצא מיוסף שני שבטים מנשה ואפרים.
Ra’hel employa à son sujet deux expressions : le rassemblement et l’ajout. L’ajout en explique le sens manifeste, et le rassemblement le sens caché : « Dieu a retiré mon déshonneur. » Cela indique que Yossef fait allusion à la ligne médiane, qui rassemble tous les camps et relie toutes les extrémités, en haut et en bas. Ses branches, qui procèdent de lui, sont le Netsa’h et le Hod : c’est pourquoi deux tribus sortirent de Yossef, Menaché et Éphraïm.
והיה בנימין כנגד שתי המדות שלמעלה ממנו. ואמו קראתו בן אוני כלומר בן כחי שהוא מדת הדין. ואביו קרא לו בנימין שהוא הרחמים כלומר בן ימין. ושתי מדות אחרונות כבר רמזתי בדן ונפתלי, והבן כי דן ונפתלי צדק וצדיק, ויוסף הקו האמצעי עם ענפיו, ובנימין ידי אביר יעקב המקבלות ממעל לו, וא"כ הכל בכלל, וזה מבואר.
Binyamin correspondait aux deux attributs qui sont au-dessus de lui. Sa mère l’appela Ben-Oni, c’est-à-dire fils de ma force, qui est l’attribut de rigueur. Son père l’appela Binyamin, qui est la miséricorde, c’est-à-dire fils de la droite. J’ai déjà indiqué les deux derniers attributs à propos de Dan et de Naftali. Comprends : Dan et Naftali sont le Tsédeq et le Tsaddiq ; Yossef est la ligne médiane avec ses branches ; Binyamin est les mains du Puissant de Yaakov, qui reçoivent de ce qui est au-dessus de lui. Tout est donc compris dans cet ensemble. Cela est clair.
כי מעט אשר היה לך לפני וגו' ויברך ה' אותך לרגלי. יאמר מיום שבאה רגלי לביתך באה לך הברכה. וכן הזכיר לבן נחשתי ויברכני ה' בגללך. והברכה היא שפרץ המקנה חוץ מגדרו של עולם, ומתחילה לא מסר בידו אלא שבעים ועלו לששים רבוא ואמרי לה לק"כ רבוא. וכן דרשו בב"ר מעט אשר היה לך לפני ר"ש בשם ר' חזקיה אמר מעט ע', נאמר כאן מעט ונאמר להלן (דברים כ״ו:ה׳) ויגר שם במתי מעט מה להלן ע' אף כאן ע' וכו'.
« Car le peu que tu avais avant moi… l’Éternel t’a béni à mes pas. » Il dit : dès le jour où mon pied est entré dans ta maison, la bénédiction t’est venue. Lavan dit aussi : « J’ai reconnu par divination que l’Éternel m’a béni à cause de toi. » La bénédiction fut que le troupeau s’accrut au-delà de l’ordre habituel du monde : au début, il ne lui avait confié que soixante-dix bêtes, et elles devinrent six cent mille ; certains disent un million deux cent mille. Beréchit Rabba enseigne ainsi : « Le peu que tu avais avant moi » ; Rabbi Chim’on, au nom de Rabbi ‘Hizqiya, dit : peu, c’est soixante-dix. Il est dit ici peu, et ailleurs : « Il y séjourna avec peu de personnes » (Deutéronome 26,5) ; de même que là il s’agit de soixante-dix, ici aussi, etc.
מתי אעשה גם אנכי לביתי. שאשתדל בתועלת ביתי כמו שהשתדלת אתה עד עתה בעבודה אשר עבדתיך. או פירש מתי אעשה לביתי כמו שעשיתי לביתך. ומ"ש ארעה צאנך אשמור, פי' אהיה שומר שכר.
« Quand travaillerai-je, moi aussi, pour ma maison ? » Que je m’occupe des intérêts de ma maison, comme tu t’es occupé des tiens jusqu’à présent grâce au service que je t’ai rendu. Ou bien : quand ferai-je pour ma maison comme j’ai fait pour la tienne ? Quant aux mots « je ferai paître ton troupeau, je le garderai », ils signifient : je serai un gardien rémunéré.
אעבור בכל צאנך היום הסר משם כל שה נקוד וטלוא וגו' והיה שכרי. אותן שיולדו מכאן ולהבא נקודים וטלואים בעזים ושחומים בכבשים יהיו שלי, ואם תמצא בצאני גוון אחר בלתי זה הגוון תדע שהוא גנוב אתי. והשיב לבן הן לו יהי כדברך למדך הכתוב שקבל לבן העזים רובן שחורות ע"כ אמר כל אשר לבן בו. וקבל הרחלים רובן לבנות וע"כ אמר כל חום בכשבים אלו השחורות. ולפי שפירש בתישים העקודים והטלואים בלא נקודים, ופירש בעזים הנקודות והטלואות בלא עקודים ע"כ הוצרך לומר כל אשר לבן בו.
« Je passerai aujourd’hui parmi tout ton troupeau ; retires-en toute bête pointillée ou tachetée… Ce sera mon salaire. » Ceux qui naîtront désormais pointillés et tachetés parmi les chèvres, et foncés parmi les moutons, seront à moi. Si tu trouves dans mon troupeau une autre couleur, tu sauras que cela a été volé et se trouve chez moi. Lavan répondit : « Oui, qu’il en soit selon ta parole. » L’Écriture t’enseigne que Lavan reçut les chèvres, dont la plupart sont noires ; c’est pourquoi elle dit : « Tout ce qui avait du blanc. » Il reçut les brebis, dont la plupart sont blanches ; c’est pourquoi elle dit : « Tout ce qui était foncé parmi les moutons », c’est-à-dire les noirs. Comme, pour les boucs, elle précise rayés et tachetés sans mentionner pointillés, et, pour les chèvres, pointillées et tachetées sans mentionner rayées, elle dut ajouter : « Tout ce qui avait du blanc. »
מקל לבנה. מקל של לבנה והוא ארז מעצי הלבנון כלומר מטה של לבנה לח.
« Une baguette de livné. » Une baguette de livné, qui est un cèdre parmi les arbres du Liban, c’est-à-dire une baguette fraîche de livné.
ולוז וערמון. פירושו מקל מאילן ששמו לוז והוא שקדים, ומאילן ערמונים.
« Et du louz et de l’armon. » Cela signifie une baguette de l’arbre appelé louz, qui est l’amandier, et une de châtaignier.
ויפצל בהן פצלות לבנות. פי' קלף באותם המקלות מקצת הקליפות שהם שחורות ובמקום הקלף נראה לבן ובמקום שהקליפה עומדת בו הוא שחור. זהו מחשוף הלבן החשוף הוא הלבן שעל המקלות, והמקלות האלה אשר פצל הציג אותם ברהטים בשקתות המים, כשהיה רוצה נקודים היה מקלף מקומות מן המקלות מלשון נקודות הכסף כן היו נקודים, מקום הסרת הקליפה היה לבן ומקום הקליפה שחור ואז היו נולדים נקודים. וכשהיה רוצה עקודים היה מקלף מקצת המקלות למעלה ומקצת המקלות למטה נשאר בהם הקלוף. וכשהיה רוצה חום בכבשים לא היה מקלף כלל אך הגוון שהוא שחור נשאר בו ואז היו נולדים שחורים. וכשהיה רוצה ברודים לא היה מקלף כלל כי הגוון ההוא היה שחור עשני. ויעקב היו לו מקלות רבות במיני הארז בגוון זה.
« Il y pela des bandes blanches. » Il enleva une partie de l’écorce noire de ces baguettes : à l’endroit pelé apparaissait le blanc, tandis que là où subsistait l’écorce, c’était noir. Tel est le sens de « découvrant le blanc » : ce qui est découvert est le blanc des baguettes. Il plaça les baguettes ainsi pelées dans les canaux, dans les abreuvoirs. Lorsqu’il voulait des bêtes pointillées, il pelait par endroits les baguettes, selon l’expression « points d’argent » : elles étaient ainsi pointillées, blanches à l’endroit où l’écorce était enlevée et noires là où elle demeurait. Alors naissaient des bêtes pointillées. Lorsqu’il voulait des bêtes rayées, il pelait certaines baguettes en haut et d’autres en bas, laissant en elles la partie pelée. Lorsqu’il voulait des moutons foncés, il ne pelait rien : la couleur noire demeurait, et alors naissaient des bêtes noires. Lorsqu’il voulait des bêtes mouchetées, il ne pelait rien, car cette couleur était d’un noir de fumée. Yaakov avait de nombreuses baguettes des espèces de cèdres de cette couleur.
והיה הענין הזה ליעקב דבר חכמה וסוד הטבע מעורב בנס. כי היה ענין טבעי מצד פצול המקלות ומצד אחר היה נס גמור שלא היו נולדים כפי האמהות אם שחורים שחורים אם לבנים לבנים. וא"ת שציור המקלות לעיני הצאן היה גובר על הטבע הפשוט, מ"מ שיהיו כולם בגוון המקלות שהוא הציור ואין גם אחד שיהא בגוון האמהות א"א זה בלא נס. וכן אמר יעקב ואלהי אבי היה עמדי. בא ללמד כי לולא הנס וסיוע אלהי לא היה הענין נגמר בפצול המקלות בלבד. וכן אמר עוד ויצל אלהים את מקנה אביכם ויתן לי. ייחס הענין לאלהים שעשה עמו להפליא.
Ce procédé était pour Yaakov une sagesse et un secret de la nature mêlé de miracle. Il était naturel du point de vue du pelage des baguettes, mais, d’un autre côté, c’était un miracle complet : les petits ne naissaient pas selon leurs mères, noirs si elles étaient noires, blancs si elles étaient blanches. Si tu dis que l’image des baguettes devant les yeux du troupeau l’emportait sur la nature ordinaire, il reste impossible, sans miracle, que tous soient de la couleur des baguettes, correspondant à l’image, et qu’aucun ne soit de la couleur des mères. Yaakov dit ainsi : « Le Dieu de mon père était avec moi. » Il enseigne que sans le miracle et l’assistance divine, le seul pelage des baguettes n’aurait pas suffi à mener la chose à son terme. Il dit encore : « Dieu a retiré le troupeau de votre père et me l’a donné. » Il attribua la chose à Dieu, qui avait accompli pour lui des merveilles.
ויחמנה הנקבות. ויחמו הזכרים. והיו הצאן מצד אחד מתקרבות אל הרהטים לשתות מים ומצד אחר היו מתפחדות מהתקרב אל המקלות והיו נרתעות ושבות לאחוריהן והזכר בא ורובעה ומתקרבת אל המים ואז היתה צורת המקלות שכנגד עיניהן חקוקה מצטיירת בלבם ובמחשבתן בשעת החמום ומזה היו הנולדים עקודים נקודים. זהו שאמר ותלדן הצאן עקדים נקדים וטלואים.
« Les femelles entraient en chaleur » ; « les mâles entraient en chaleur ». D’un côté, les bêtes s’approchaient des canaux pour boire ; de l’autre, elles craignaient d’approcher des baguettes, reculaient et revenaient en arrière. Le mâle venait et la couvrait ; elle s’approchait de l’eau. L’image des baguettes devant leurs yeux se gravait alors dans leur cœur et leur pensée au moment de la chaleur. De là naissaient les petits rayés et pointillés. C’est ce qui est dit : « Les bêtes enfantaient des petits rayés, pointillés et tachetés. »
ומה שאמר לנכח הצאן יחזור להצגת המקלות כי לנכח הצאן היה מציג המקלות בעת שיחמו הצאן.והנה הצאן דרכן לילד שני פעמים בשנה כי הם יולדות לחמשה חדשים שכך ארז"ל בהמה דקה מתעברת באדר ויולדת באב. ואותם הנולדים בראשונה הם המקושרות שהצאן בכחו בעת שקושר ובועט והם הנולדים בראשונה. ובשניה הם העטופים תשושי כח האמהות והנולדים מהן ומתשישותן אין משגיחין על מה שכנגדן. וע"כ בהעטיף הצאן לא היה משים מקלות ברהטים כי אם פעם אחת בשנה בימי ניסן היה מציג המקלות, אבל בהעטיף הצאן בימי תשרי לא ישים כי לא ישאר ללבן עד פרסה.
« En face du troupeau » se rapporte à la disposition des baguettes : c’était devant le troupeau qu’il les plaçait lorsqu’il entrait en chaleur. Les bêtes ont l’habitude de mettre bas deux fois l’an, car elles enfantent à cinq mois. Les Sages disent ainsi : le petit bétail conçoit en adar et enfante en av. Les premières naissances sont les meqoucharot : le troupeau est dans sa force lorsqu’il s’attache et rue ; ce sont les premières naissances. Lors des secondes, ce sont les atoufim : les mères et leurs petits sont faibles, et leur faiblesse les empêche de prêter attention à ce qui se trouve devant eux. C’est pourquoi, lorsque le troupeau faiblissait, il ne plaçait pas les baguettes dans les canaux. Il ne les plaçait qu’une fois par an, aux jours de nissan ; quand le troupeau faiblissait, aux jours de tichri, il ne les plaçait pas, car sinon il ne resterait pas même un sabot à Lavan.
ודע כי מה שלקח לו יעקב מקל לבנה לא עשה זה מעצמו רק ע"פ המלאך, כי כן אמר יעקב לרחל וללאה שאמר לו המלאך שא נא עיניך וראה כל העתודים וגו'. ואחרי כן ויקח לו יעקב מקל לבנה. ואין מוקדם ומאוחר בתורה. והנה יעקב כשראה המראה הזאת בחלום ידע שהקב"ה עושה לו נס כדי שלא ירמה אותו לבן כמו שאמר ואלהי אבי היה עמדי, ואמר לולי אלהי אבי אלהי אברהם ופחד יצחק היה לי. ואחר שראה כי מן השמים עוזרים אותו הציג המקלות ההם לשני ענינים.
Sache que Yaakov ne prit pas de lui-même une baguette de livné, mais sur l’indication de l’ange. Il raconta en effet à Ra’hel et à Léa que l’ange lui avait dit : « Lève donc les yeux et vois tous les boucs… » Ensuite : « Yaakov prit une baguette de livné. » Il n’y a pas d’ordre chronologique absolu dans la Torah. Lorsque Yaakov vit cette vision en rêve, il sut que le Saint, béni soit-Il, accomplissait pour lui un miracle afin que Lavan ne le trompe pas : « Le Dieu de mon père était avec moi », et : « Si le Dieu de mon père, le Dieu d’Avraham et la Crainte d’Its’hak, n’avait été pour moi… » Après avoir vu que le Ciel l’aidait, il plaça ces baguettes pour deux raisons.
האחד להעלים הנס ולהסתירו כדי שלא תשלוט בו עין הרע, וכן תמצא שאמר אלישע לגחזי (מלכים ב ד׳:כ״ט) וקח משענתי בידך ולך כי תמצא איש לא תברכנו וכי יברכך איש לא תעננו ושמת משענתי על פני הנער. והיתה כונת אלישע כדי שלא ירבה בדברים עם בני אדם ושלא יגלה שליחותו ולא ישלוט בו עין הרע, וגחזי לא נשמר מזה כאשר צוהו וגלה הדבר ושלטה בו עין הרע הוא שכתוב (שם) לא הקיץ הנער.
La première : cacher et dissimuler le miracle afin que le mauvais œil n’ait pas de prise sur lui. Tu trouveras de même qu’Élicha dit à Gué’hazi : « Prends mon bâton dans ta main et va ; si tu rencontres quelqu’un, ne le salue pas ; si quelqu’un te salue, ne lui réponds pas ; tu placeras mon bâton sur le visage de l’enfant » (II Rois 4,29). Élicha voulait qu’il ne multiplie pas les paroles avec les gens, ne révèle pas sa mission et ne laisse pas le mauvais œil avoir prise sur elle. Gué’hazi ne prit pas cette précaution conformément à l’ordre reçu : il révéla la chose et le mauvais œil eut prise sur elle. C’est ce qui est écrit : « L’enfant ne s’éveilla pas » (ibid.).
ואל תתמה בזה אם כח עין הרע גדול כל כך שהוא שולט אפילו בדברים שהנס מתפשט בהם, שכן מצינו בלידת השבטים שבשביל דבור אחד של לאה שאמרה אודה את ה' שנתנה הודאה בבן רביעי על שהכירה שנטלה יותר מחלקה שלט בה עין הרע, הוא שכתוב מיד ותעמוד מלדת. ועוד מצינו בבני יוסף שהיה הנס מתפשט בהם בדברים מברכת אביהם שאמר (בראשית מ״ט:כ״ב) בן פורת יוסף בן פורת עלי עין. כשאמרו ליהושע (יהושע י״ז:י״ד-ט״ו) ואני עם רב אשר עד כה ברכני ה' השיב להם יהושע אם עם רב אתה עלה לך היערה, ודרשו רז"ל החביאו עצמכם ביערות כדי שלא ישלוט בכם עין הרע.
Ne t’étonne pas que la puissance du mauvais œil soit si grande qu’elle agisse même là où se déploie le miracle. Nous le trouvons à la naissance des tribus : pour une seule parole de Léa, « Je remercierai l’Éternel », lorsqu’elle rendit grâce pour le quatrième fils, reconnaissant avoir reçu plus que sa part, le mauvais œil eut prise sur elle. Il est aussitôt écrit : « Elle cessa d’enfanter. » Nous le trouvons encore chez les fils de Yossef, parmi lesquels le miracle se déployait par les paroles de la bénédiction paternelle : « Yossef est un rameau fertile, un rameau fertile près de la source » (Genèse 49,22). Lorsqu’ils dirent à Yehochoua : « Je suis un peuple nombreux, tant l’Éternel m’a béni jusqu’ici », il leur répondit : « Si tu es un peuple nombreux, monte dans la forêt » (Josué 17,14-15). Les Sages expliquent : cachez-vous dans les forêts afin que le mauvais œil n’ait pas prise sur vous.
ועוד אין לך מעשה נס גדול כענין מתן תורה ושם מצינו ששלטה בו עין הרע, וכן אמרו רז"ל למה נשתברו לוחות ראשונות לפי שנתנו בפומבי שלטה בהן עין הרע ונשתברו, לוחות שניות שנתנו בצנעה שנאמר (שמות ל״ד:ג׳) ואיש לא יעלה עמך וגם איש אל ירא בכל ההר לא שלטה בהן עין הרע ולא נשתברו. ומזה עשה יעקב ענין המקלות שהוא מעשה טבע כדי להעלים מעשה הנס שלא יבינו לבן ואנשיו ושלא ישלוט בו עין הרע.
De plus, il n’est pas de miracle plus grand que le don de la Torah, et pourtant nous y trouvons l’emprise du mauvais œil. Les Sages disent : pourquoi les premières Tables furent-elles brisées ? Parce qu’elles furent données publiquement, le mauvais œil eut prise sur elles et elles se brisèrent. Les secondes, données dans le secret — « Personne ne montera avec toi, et personne ne sera vu sur toute la montagne » (Exode 34,3) —, ne subirent pas cette emprise et ne furent pas brisées. C’est pourquoi Yaakov employa les baguettes, procédé naturel, pour dissimuler le miracle, afin que Lavan et ses gens ne le comprennent pas et que le mauvais œil n’ait pas prise sur lui.
השני כדי שיתקיים הנס ע"י מעשה הטבע כמו שמצינו שאמר הקב"ה ליהושע במלחמת העי (יהושע ח׳:ב׳) שים לך אורב לעיר מאחריה וכיון שכל מלחמותיהם של ישראל היו ע"י נס מה להם לאורב אבל צוהו שיעשה דבר שיהיה סבה לנס.
La seconde raison : afin que le miracle se réalise par l’intermédiaire d’un procédé naturel. Nous trouvons ainsi que le Saint, béni soit-Il, dit à Yehochoua lors de la guerre de Aï : « Place une embuscade derrière la ville » (Josué 8,2). Puisque toutes les guerres d’Israël se faisaient par miracle, qu’avaient-ils besoin d’une embuscade ? Mais Il lui ordonna d’accomplir une action qui servirait de cause au miracle.
והנה יעקב כשאמר לו המלאך שא נא עיניך וראה כל העתודים העולים וגו' הבין מיד כי לצורך משל ודמיון נאמר לו כענין מה שאמר הקב"ה להושע (הושע א׳:ב׳) קח לך אשת זנונים שהרי הדבר הזה מדין תורה אסור להסתכל בו, שכן דרשו ז"ל אסור להסתכל בעוף ובבהמה בשעה שנזקקין זה לזה, ואם כך איך יאמר לו המלאך שיסתכל. אבל הענין היה כי מתוך החלום הזה בא יעקב לעשות הדבר ולהתנהג בחכמת הטבע בענין המקלות לא לרמות את לבן ח"ו אלא להשמר מלבן שלא ירמהו.
Lorsque l’ange dit à Yaakov : « Lève donc les yeux et vois tous les boucs qui montent… », il comprit aussitôt que cela lui était dit comme parabole et image, à la manière de ce que le Saint, béni soit-Il, dit à Hochéa : « Prends-toi une femme de prostitution » (Osée 1,2). Car regarder cela est interdit selon la Torah. Les Sages enseignent en effet qu’il est interdit de regarder les oiseaux et les bêtes au moment où ils s’accouplent. Comment l’ange lui aurait-il donc demandé de regarder ? Mais ce rêve amena Yaakov à agir et à se conduire selon la sagesse de la nature dans le procédé des baguettes, pour se préserver de la tromperie de Lavan, sans chercher, à Dieu ne plaise, à le tromper.
וממעשה הטבע שבפרשה זו יש ללמוד חיוב בני אדם שיש להם שכל ודעת לקדש עצמם בשעה שנזקקין עם נשותיהם, שהרי אנו רואים בבהמות ציור העובר יוצא כפי ציור המחשבה. וע"כ אמרו ז"ל לעולם יקדש אדם את עצמו בשעת תשמיש, וקדושה זו היא טהרת המחשבה שלא יחשוב באשה אחרת ולא בדברים אחרים רק באשתו. וזהו ק"ו שאין עליו תשובה, אם הבהמות שאין להם דעה להבין תועלת הדבר ונזקו ואינן עושות אלא מכח הטבע יש להם כח לפעול בתולדות כפי הצורה המצטיירת בלבם והקבוע במחשבתם. ק"ו לבני אדם אשר להם כח גדול בנפש השכלית לצייר במחשבתם ובלבם העליונים והתחתונים ויש להם כונה בדעת ובשכל להתכוין באותו הציור, שצריכים לטהר מחשבותם בענין ההוא.
Du phénomène naturel décrit dans cette section, on doit apprendre l’obligation, pour les êtres humains doués de raison et de discernement, de se sanctifier lorsqu’ils s’unissent à leurs femmes. Nous voyons en effet que, chez les animaux, la forme de l’embryon se conforme à l’image présente dans la pensée. C’est pourquoi les Sages ont dit : que l’homme se sanctifie toujours au moment des rapports conjugaux. Cette sainteté est la pureté de la pensée : qu’il ne pense ni à une autre femme ni à d’autres choses, mais seulement à sa femme. C’est un raisonnement a fortiori auquel il n’y a pas de réponse : si les animaux, qui n’ont pas le discernement nécessaire pour comprendre l’utilité ou le dommage d’une chose et n’agissent que par la force de la nature, ont le pouvoir d’agir sur leur progéniture selon l’image qui se dessine dans leur cœur et se fixe dans leur pensée, à plus forte raison les êtres humains, dont l’âme intellectuelle possède un grand pouvoir de se représenter en pensée et dans le cœur les réalités supérieures et inférieures, et qui peuvent, par le discernement et l’intellect, diriger intentionnellement leur attention vers cette représentation, doivent-ils purifier leurs pensées en cette matière.
אנכי האל בית אל. ע"ד הפשט שנגלה לך בבית אל.
« Je suis le Dieu de Beth-El. » Selon le sens simple : celui qui s’est révélé à toi à Beth-El.
וע"ד הקבלה המלאך הזה שקרא עצמו אל הוא הטוב שנאמר (שמות ל״ג:י״ט) אני אעביר כל טובי על פניך והוא הבית שנאמר עליו (במדבר י״ב:ז׳) בכל ביתי נאמן הוא, כי טוב האדם ביתו. וע"כ אמר על עצמו אנכי האל בית אל. וכן ביעקב ויקרא למקום אל בית אל. והנה הכתוב הזה נכון כפשוטו כי המלאך הזה שהוא אל הוא בית אל. והבן זה.
Selon la Kabbale, cet ange qui s’est appelé lui-même El est le Bien dont il est dit (Exode 33:19) : « Je ferai passer toute Ma bonté devant toi. » Il est aussi la Maison dont il est dit (Nombres 12:7) : « Dans toute Ma maison, il est fidèle », car le bien de l’homme est sa maison. C’est pourquoi il dit de lui-même : « Je suis le Dieu de Beth-El. » De même, à propos de Ya‘aqov : « Il appela le lieu El Beth-El. » Ce verset est donc juste selon son sens littéral, car cet ange, qui est El, est Beth-El. Comprends cela.
ותגנב רחל את התרפים. דעת הרמב"ן בתרפים כי היו כלים לקבל השעות ויקסמו לדעת העתידות. והמלה נגזרה מלשון נרפים ויקראו להם תרפים לרמוז עליהם כי דבריהם כמו נבואה רפה, תבא ברוב ותכזב לעתים רחוקות. והיו מדברים מדרך חכמת השעות והוא שכתוב (זכריה י ב) כי התרפים דברו און. ולמה גנבה אותם כדי שלא יגלו לאביה אם ישאל בהם כי בורח יעקב. ומה שאמר לבן ליעקב למה גנבת את אלהי לאות ולעד כי התרפים היו אלהיו.
« Ra’hel déroba les terafim. » Selon le Ramban, les terafim étaient des instruments permettant de saisir les heures et de pratiquer la divination pour connaître l’avenir. Le mot dérive de nerafim, « affaiblis » : on les appelle terafim pour indiquer que leurs paroles sont comme une prophétie affaiblie, qui se réalise le plus souvent et se révèle fausse à de rares occasions. Ils parlaient par le moyen de la science des heures, comme il est écrit (Zacharie 10:2) : « Car les terafim ont dit des mensonges. » Pourquoi les déroba-t-elle ? Afin qu’ils ne révèlent pas à son père, s’il les consultait, que Ya‘aqov s’enfuyait. Quant aux paroles de Lavan à Ya‘aqov : « Pourquoi as-tu volé mes dieux ? », elles sont un signe et un témoignage que les terafim étaient ses dieux.
והנה לבן היה קוסם ומנחש כענין שכתוב נחשתי, וארצו חרן היא ארץ קדם מלאה קסמים, הוא שכתוב (ישעיהו ב׳:ו׳) כי מלאו מקדם וגו'. גם בלעם בן בעור הקוסם משם היה, הוא שכתוב (במדבר כ״ג:ז׳) מן ארם ינחני בלק מלך מואב מהררי קדם.
Lavan pratiquait donc la divination et les présages, comme l’indique son expression : « J’ai appris par les présages. » Son pays, ’Haran, appartient à la terre d’Orient, pleine de pratiques divinatoires, comme il est écrit (Isaïe 2:6) : « Car ils sont remplis de l’Orient, etc. » Bil‘am fils de Be‘or, le devin, venait lui aussi de là, comme il est écrit (Nombres 23:7) : « D’Aram, Balaq, roi de Moav, m’a fait venir, des montagnes de l’Orient. »
וכתב רבי אברהם ז"ל הקרוב אלי שהתרפים היו על צורת בן אדם והיא צורה עשויה לקבל כח העליונים ולא אוכל לפרש, והעד בזה התרפים ששמה מיכל במטה עד שחשבו שומרי הבית שהוא דוד. ומה שאמר הכתוב (הושע ג׳:ד׳) ואין אפוד ותרפים שלא יעבדו את ה' ולא ע"ז, ע"כ.
Rabbi Avraham, de mémoire bénie, a écrit : « L’opinion qui me paraît la plus proche est que les terafim avaient une forme humaine. Cette forme était faite pour recevoir la puissance des êtres supérieurs ; je ne peux pas l’expliquer. La preuve en est les terafim que Mikhal plaça dans le lit, au point que les gardes de la maison crurent qu’il s’agissait de David. Quant à ce que dit l’Écriture (Osée 3:4) : “Sans éphod ni terafim”, cela signifie qu’ils ne serviront ni l’Éternel ni les idoles. » Fin de citation.
ורבינו חננאל כתב כי מה שגנבה אותם כדי שיחזור בו ושיאמר אלוה הגנוב אין בו ממש, כדבר יואש שאמר (שופטים ו׳:ל״א) אם אלהים הוא ירב לו כי נתץ את מזבחו. וכמו שאמר הכתוב (יחזקאל כ״ח:ט׳) האמור תאמר אלהים אני לפני הורגך ואתה אדם ולא אל ביד מחללך.
Rabbénou ’Hananel a écrit qu’elle les déroba afin qu’il se ravise et dise : un dieu que l’on peut voler n’a aucune réalité. C’est comme la parole de Yoash (Juges 6:31) : « S’il est un dieu, qu’il plaide lui-même sa cause, puisqu’on a renversé son autel. » Et comme le dit l’Écriture (Ézéchiel 28:9) : « Diras-tu encore : “Je suis un dieu”, devant celui qui te tue ? Tu es un homme et non un dieu, entre les mains de celui qui te transperce. »
ובמדרש למה גנבה אותם שלא יהיו מגידים שיעקב בורח וכי התרפים מדברים והלא כתיב (תהלים קטו) לא יהגו בגרונם. א"ל אין דכתיב (זכריה י ב) כי התרפים דברו און. כיצד עושין מביאים אדם בכור ושוחטין אותו ומולחין אותו במלח ובבשמים וכותבין על ציץ של זהב שם רוח טומאה ומניחים הציץ בכשוף תחת לשונו ונותנים אותו בקיר ומדליקים לפניו נרות ומשתחוים לו ומדבר עמהם בלחש וזהו שכתוב כי התרפים דברו און. ומה שגנבה אותם כדי לעקור עבודת גלולים מבית אביה. וכן הקב"ה הבטיח לבניה להעביר ע"ג מן העולם הוא שכתוב (ישעיה ב) והאלילים כליל יחלוף.
Dans le Midrash : pourquoi les déroba-t-elle ? Pour qu’ils n’annoncent pas que Ya‘aqov s’enfuyait. Mais les terafim parlent-ils ? N’est-il pas écrit (Psaumes 115) : « Ils n’émettent aucun son de leur gosier » ? On lui répondit : si, car il est écrit (Zacharie 10:2) : « Les terafim ont dit des mensonges. » Comment les fabrique-t-on ? On prend un homme premier-né, on l’égorge, on le sale avec du sel et des aromates ; on écrit sur une plaque d’or le nom d’un esprit impur et, par sorcellerie, on place la plaque sous sa langue. On le met dans le mur, on allume des lampes devant lui et on se prosterne devant lui ; il leur parle à voix basse. C’est ce qui est écrit : « Les terafim ont dit des mensonges. » Elle les déroba afin de déraciner l’idolâtrie de la maison de son père. De même, le Saint, béni soit-Il, a promis à ses enfants de faire disparaître l’idolâtrie du monde, comme il est écrit (Isaïe 2) : « Et les idoles disparaîtront entièrement. »
ויוגד ללבן ביום השלישי. היה דרך שלשה ימים בין צאן יעקב לצאן לבן וכשהלך המגיד להגיד ללבן ביום השלישי לקח לבן את אחיו עמו וחזר ממקום הצאן עד פדן הרי ששה ימים, שלשה ימים של מגיד וג' של חזרת לבן וביום השביעי השיגו. הוא שכתוב וירדף אחריו דרך שבעת ימים, נמצא כל מה שהלך יעקב בששה ימים הלך לבן ביום אחד וכמו שכתב רש"י. ואפשר שהתחיל יעקב לנסוע מפדן ארם ביום ראשון ויום השביעי שבו הלך לבן והשיגו היה יום שבת.
« On annonça à Lavan le troisième jour. » Il y avait trois jours de route entre le troupeau de Ya‘aqov et celui de Lavan. Lorsque le messager alla avertir Lavan, le troisième jour, Lavan prit ses frères avec lui et revint du lieu où se trouvait le troupeau jusqu’à Paddan. Cela fait six jours : trois pour le messager et trois pour le retour de Lavan ; le septième jour, il le rattrapa. C’est ce qui est écrit : « Il le poursuivit sur un chemin de sept jours. » Ainsi, toute la distance que Ya‘aqov parcourut en six jours, Lavan la parcourut en un seul, comme l’a écrit Rachi. Il est possible que Ya‘aqov ait commencé à partir de Paddan-Aram le premier jour de la semaine, et que le septième jour, où Lavan marcha et le rattrapa, ait été le Shabbat.
יש לאל ידי. הרשעים מתהללים במעשיהם הרעים וכן לבן הרשע היה מתהלל בכאן במעשה רע. ומה שאמר יש לאל ידי דבוק עם ואלהי אביכם. אמר יש לאל ידי כל העשרים שנה שהיית בביתי לעשות עמכם רע שלא היה לי מונע שהרי אלהי אביכם לא נראה לי מעולם עד אמש וזה לאות כי אין כוונתי רעה עמכם. ועתה שהלכת מטעם שנכספת לבית אביך למה גנבת את אלהי. וכפל האמירה בכ' לחזק כלו' באמירה מוחלטת.
« Ma main a le pouvoir. » Les méchants se glorifient de leurs mauvaises actions ; ainsi Lavan le méchant se glorifiait ici d’une mauvaise action. L’expression « ma main a le pouvoir » se rattache à « et le Dieu de votre père ». Il dit : ma main avait le pouvoir, pendant toutes les vingt années où tu étais dans ma maison, de vous faire du mal, sans que rien ne m’en empêchât ; car le Dieu de votre père ne m’était jamais apparu avant la nuit dernière. C’est un signe que mes intentions envers vous ne sont pas mauvaises. Et maintenant que tu es parti parce que tu languissais après la maison de ton père, pourquoi as-tu volé mes dieux ? La répétition de l’expression dans le verset renforce le propos, c’est-à-dire qu’elle exprime une affirmation catégorique.
מטוב עד רע. טובתו היה רע אצל יעקב, שהרי אם חשב לעשות עמו טובה שלא יהרגהו אלא שיטול מטובו היה זה רע אצל יעקב, לכך הוצרך לומר מטוב עד רע. וכמוהו (יחזקאל כ״א:ח׳) והכרתי ממך צדיק ורשע צדיק לבעל ורשע לבעל. והעד על פירוש זה שאמר לו יעקב לולי אלהי אבי וגו' כי עתה ריקם שלחתני כי הוא הטוב שחשבת עלי.
« Du bien jusqu’au mal. » Son bien était un mal pour Ya‘aqov : s’il pensait lui faire une faveur en ne le tuant pas, mais en prenant de ses biens, cela était un mal pour Ya‘aqov. C’est pourquoi il fallait dire : « Du bien jusqu’au mal. » De même (Ézéchiel 21:8) : « Je retrancherai de toi le juste et le méchant » : le juste à l’égard du Baal et le méchant à l’égard du Baal. La preuve de cette explication est ce que Ya‘aqov lui dit : « Si le Dieu de mon père, etc., n’avait été pour moi, tu m’aurais maintenant renvoyé les mains vides » : voilà le bien que tu avais projeté pour moi.
כי נכסוף נכספתה לבית אביך. כפל הלשון לרמוז כי נכסף לאביו ונכסף לארץ הקדושה כלשון (תהילים פ״ד:ג׳) נכספה וגם כלתה נפשי לחצרות אלהי.
« Car tu languissais ardemment après la maison de ton père. » La répétition de l’expression indique qu’il languissait après son père et après la Terre sainte, comme dans l’expression (Psaumes 84:3) : « Mon âme languit et même se consume pour les parvis de mon Dieu. »
ויתכן לומר כי תוספת הה"י רמז לכבוד שכתוב בו (ישעיהו ס״ד:י׳) בית קדשנו ותפארתנו. ואליו היה נכסף כי בית קדשנו הוא הכבוד, ותפארתנו תפארת ישראל. וכתיב (תהילים צ״ו:ו׳) עוז ותפארת במקדשו והבן זה. ומי שלא נכסף אליו הוא החוטא. וכלשון הזה מצינו שהוכיח הנביא את ישראל כאשר לא היו נכספים ליראת הש"י ושמירת מצותיו, הוא שאמר (צפניה ב׳:א׳) התקוששו וקושו הגוי לא נכסף.
Il est possible de dire que le hé supplémentaire fait allusion à la Gloire, dont il est écrit (Isaïe 64:10) : « Notre maison sainte et notre splendeur. » C’est vers elle qu’allait son désir, car « notre maison sainte » est la Gloire, et « notre splendeur », la Tiféret d’Israël. Et il est écrit (Psaumes 96:6) : « Force et splendeur sont dans Son sanctuaire. » Comprends cela. Celui qui ne languit pas après elle est le pécheur. Nous trouvons une expression semblable dans la réprimande du prophète à Israël, lorsqu’ils n’aspiraient pas à la crainte du Nom, qu’Il soit béni, ni à l’observance de Ses commandements : « Rassemblez-vous et recueillez-vous, nation qui n’aspire pas » (Sophonie 2:1).
עם אשר תמצא את אלהיך לא יחיה. מן החרם הזה נענשה רחל שמתה בדרך. ומכאן שיש לאדם ליזהר מעונש הצדיקים ומקללתם.
« Celui chez qui tu trouveras tes dieux ne vivra pas. » Ra’hel fut frappée à cause de cette imprécation et mourut en chemin. De là, l’homme doit apprendre à se garder des châtiments et des malédictions des justes.
נגד אחינו הכר לך מה עמדי וקח לך. זה יורה על אמונתו ומעלתו של יעקב, והוא דרך הצדיקים שאינם חומדים ממון אחרים ואפילו מן הקרובים. כי יעקב שעמד בבית חמיו עשרים שנה ונתברך בגללו כמו שהעיד עליו לבן עצמו נחשתי ויברכני ה' בגללך היה מרשה לחמיו להכנס בכל אהליו וכל חפץ שיכיר שהוא שלו שיקחנו לעצמו, זהו שאמר הכר לך מה עמדי וקח לך. וכן הזכיר למטה כי מששת את כל כלי מה מצאת מכל כלי ביתך. בא וראה הצדיקים כמה הם מתרחקים מן הגזל.
« Devant nos frères, reconnais ce qui est à toi parmi ce que j’ai, et prends-le. » Cela montre la probité et la grandeur de Ya‘aqov. Telle est la voie des justes : ils ne convoitent pas l’argent d’autrui, même celui de leurs proches. Ya‘aqov avait demeuré vingt ans dans la maison de son beau-père, lequel avait été béni grâce à lui, comme Lavan lui-même en témoigna : « J’ai appris par les présages que l’Éternel m’a béni grâce à toi. » Pourtant, il autorisait son beau-père à entrer dans toutes ses tentes et à prendre pour lui tout objet qu’il reconnaîtrait comme sien. C’est ce qu’il dit : « Reconnais ce qui est à toi parmi ce que j’ai, et prends-le. » De même, il dit plus loin : « Puisque tu as fouillé tous mes objets, qu’as-tu trouvé de tous les objets de ta maison ? » Viens voir combien les justes s’éloignent du vol.
ויבא לבן באהל יעקב ובאהל לאה. אחר שהזכיר ובאהל לאה ובאהל שתי האמהות למה הוצרך לומר ויצא מאהל לאה היה לו לומר ויצא מאהל שתי האמהות.
« Lavan entra dans la tente de Ya‘aqov et dans la tente de Léa. » Après avoir mentionné « dans la tente de Léa et dans la tente des deux servantes », pourquoi fallait-il dire : « Il sortit de la tente de Léa » ? Il aurait dû dire : « Il sortit de la tente des deux servantes. »
אבל יתכן לומר כי אהל לאה היה גדול מכולן עד שהיה אהל שתי האמהות בתוכו ומשיצא מאהל שתי האמהות עדין היה עומד באהל לאה ולכך הוצרך לומר ויצא מאהל לאה.
On peut toutefois dire que la tente de Léa était la plus grande de toutes, au point que la tente des deux servantes se trouvait à l’intérieur. Lorsqu’il sortit de la tente des deux servantes, il se trouvait donc encore dans celle de Léa ; c’est pourquoi il fallait dire : « Il sortit de la tente de Léa. »
והנה לדעת רש"י ז"ל היו כולם שלשה אהלים כי אהל יעקב הוא אהל רחל ואהל לאה הרי שנים ואהל שתי האמהות הרי שלשה אהלים. אבל לדעת הרמב"ן ז"ל היו חמשה אהלים אהל יעקב בפני עצמו כי שם תאכלנה עמו הנשים והילדים על שלחנו ואהל לאה הרי ב' ואהל רחל הרי ג' ואהל ב' האמהות כלומר לכל אחת מב' האמהות. ואמר כי זה מצניעותו של יעקב שיהיו לו ארבעה אהלים לד' נשים לכל אחת אהל מיוחד כדי שלא תדע האחת בבואו אל רעותה כי זה אסור מה"ת.
Selon Rachi, de mémoire bénie, il y avait en tout trois tentes : la tente de Ya‘aqov était celle de Ra’hel ; avec celle de Léa, cela en fait deux ; et avec celle des deux servantes, trois. Mais selon le Ramban, de mémoire bénie, il y avait cinq tentes : celle de Ya‘aqov à part, car les femmes et les enfants y mangeaient avec lui à sa table ; celle de Léa, soit deux ; celle de Ra’hel, soit trois ; et « la tente des deux servantes », c’est-à-dire une tente pour chacune des deux servantes. Il dit que cela relevait de la pudeur de Ya‘aqov : il avait quatre tentes pour ses quatre femmes, chacune ayant une tente particulière, afin que l’une ne sache pas lorsqu’il venait auprès de l’autre, car cela est interdit par la Torah.
כי לא אוכל לקום מפניך. זה יורה כי קודם מתן תורה היו הקדמונים נוהגים טומאה בענין הנדה ומחזיקין אותה בטומאה כטומאת המת, וכענין שאמרו רבותינו ז"ל בנדה אסור לשאול בשלומה של נדה רבי נחמיה אומר אפילו הדבור היוצא מפיה טמא ואסור לדרוך עפרה שהוא טמא כמת ואסור ליהנות במעשה ידיה, וע"כ החריש לבן ולא דבר עמה כלל.
« Car je ne peux pas me lever devant toi. » Cela montre qu’avant le don de la Torah, les anciens observaient l’impureté concernant la femme en période menstruelle et la tenaient pour impure comme un mort. C’est dans ce sens que nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit à propos de la femme en période menstruelle : il est interdit de s’enquérir de son bien-être. Rabbi Ne’hemya dit : même la parole qui sort de sa bouche est impure ; il est interdit de fouler la poussière où elle a marché, car elle est impure comme un mort, et il est interdit de tirer profit du travail de ses mains. C’est pourquoi Lavan garda le silence et ne lui parla pas du tout.
רחליך ועזיך לא שכלו. בזכותי כענין שכתוב (שמות כ״ג:כ״ו) לא תהיה משכלה ועקרה בארצך.
« Tes brebis et tes chèvres n’ont pas perdu leurs petits. » Par mon mérite, comme il est écrit (Exode 23:26) : « Il n’y aura dans ton pays ni femelle qui perde ses petits ni femelle stérile. »
ואילי צאנך לא אכלתי. כדרך הרועים כענין שכתוב (יחזקאל לד ג) אֶת הַחֵלֶב תֹּאכֵלוּ וְאֶת הַצֶּמֶר תִּלְבָּשׁוּ הַבְּרִיאָה תִּזְבָּחוּ הַצֹּאן לֹא תִרְעוּ.
« Et je n’ai pas mangé les béliers de ton troupeau. » Comme le font les bergers, selon ce qui est écrit (Ézéchiel 34:3) : « Vous mangez la graisse, vous vous revêtez de la laine, vous égorgez la bête grasse ; le troupeau, vous ne le faites pas paître. »
טרפה לא הבאתי אליך. כלומר שלא אירע בהם שום בהמה שיטרפנה חיה רעה כענין שנאמר (בראשית ל״ז:ל״ג) חיה רעה אכלתהו טרוף טורך יוסף. וכתיב (נחום ב׳:י״ג) אריה טורף בדי גורותיו.
« Je ne t’ai pas apporté de bête déchirée. » C’est-à-dire qu’il n’arriva à aucune bête d’être déchirée par une bête féroce, comme il est dit (Genèse 37:33) : « Une bête féroce l’a dévoré ; Yossef a été déchiré. » Et il est écrit (Nahoum 2:13) : « Le lion déchirait de quoi nourrir ses petits. »
אנכי אחטנה. מלשון (שופטים כ׳:ט״ז) אל השערה ולא יחטיא. כלומר נתחייבתי לשלם אותה ואם חסרה לעצמי חסרה, וכן (מלכים א א׳:כ״א) והייתי אני ובני שלמה חטאים.
« J’en supportais moi-même la perte (a’hatenna). » Le mot se rattache à l’expression (Juges 20:16) : « Viser un cheveu sans le manquer (ya’hati). » C’est-à-dire : je m’engageais à la rembourser ; s’il en manquait une, c’était à mes dépens. De même (I Rois 1:21) : « Moi et mon fils Shelomo, nous serons tenus pour coupables. »
מידי תבקשנה. האבודה, שאני שומר שכר ואני חייב בה כענין שכתוב (יחזקאל ל״ד:ד׳) ואת הנדחת לא השיבותם ואת האובדת לא בקשתם, שכן הנביא מוכיח לרועי ישראל במרעיתם ומוכיחן על הדברים שהם חייבים בהם. ויבאר יעקב ההצלחה הגדולה שהיתה לו במקנהו בין מצד שמירתו הגדולה בין מצד הנס, וכן
« Tu me la réclamais. » La bête perdue, car je suis un gardien salarié et j’en suis responsable, comme il est écrit (Ézéchiel 34:4) : « Vous n’avez pas ramené celle qui s’était égarée et vous n’avez pas recherché celle qui était perdue. » Le prophète réprimande ainsi les bergers d’Israël dans leur conduite du troupeau et leur reproche les obligations auxquelles ils sont tenus. Ya‘aqov expose la grande réussite dont il bénéficia dans le troupeau de Lavan, tant par sa vigilance extrême que par le miracle. De même :
גנובתי יום וגנובתי לילה. אני חייב בה שהרי שומר שכר חייב בגנבה ואבדה כענין שכתוב (שמות כ״ב:י״א) ואם גנב יגנב מעמו ישלם לבעליו. וכן דרשו רז"ל ומה גנבה שקרובה לאונס חייב אבדה לא כ"ש. ובאר יעקב בכאן שהכל היה משלם משלו האבדה והגנבה ואפילו הטרפה שהשומר פטור מן התורה שנאמר (שמות שם) הטרפה לא ישלם היה יעקב משלם.
« Volée de jour ou volée de nuit. » J’en suis responsable, car un gardien salarié est responsable du vol et de la perte, comme il est écrit (Exode 22:11) : « Si elle lui est volée, il indemnisera son propriétaire. » Ainsi les Sages ont-ils enseigné : si l’on est responsable du vol, qui se rapproche d’un cas de force majeure, à plus forte raison de la perte. Ya‘aqov explique ici qu’il remboursait tout sur ses propres biens : la perte, le vol, et même la bête déchirée, dont le gardien est exempt selon la Torah, puisqu’il est dit (ibid.) : « Il ne remboursera pas la bête déchirée. » Ya‘aqov la remboursait pourtant.
זה לי עשרים שנה בביתך. ע"ד הפשט ועבדתיך באמונה גדולה כזאת והיה לך לחוש לכבודי, כ"ש שאני חתנך שעבדתיך ארבע עשרה שנה בשתי בנותיך ושש שנים בצאנך, ואתה לא כן עמדי כי תחליף משכורתי עשרת מונים.
« Voilà vingt ans que je suis dans ta maison. » Selon le sens simple : je t’ai servi avec une telle fidélité, et tu aurais dû avoir égard à mon honneur ; à plus forte raison puisque je suis ton gendre, que je t’ai servi quatorze ans pour tes deux filles et six ans pour ton troupeau. Mais tu n’as pas agi de même envers moi, puisque tu as changé dix fois mon salaire.
ובאור הענין כי היה מחליפו שתי פעמים בכל שנה ושנה וזה עשרת מונים כלומר עשרה מנינים, שהרי שש שנים עבד אותו בצאן ושנה ראשונה עמד כך שהיו עקודים נקודים וטלואים, אבל משנה ראשונה ואילך היה מחליפו בכל שנה ושנה שתי פעמים מעקודים לנקודים ומנקודים לטלואים שהרי בהמה דקה יולדת שתי פעמים בשנה והרי לך עשרה מנינים בחמש שנים.
Voici l’explication : il le changeait deux fois chaque année. C’est le sens de « dix monim », c’est-à-dire dix comptes. Il le servit en effet six ans pour le troupeau ; la première année, l’accord resta tel quel, portant sur les bêtes rayées, pointillées et tachetées. Mais après cette première année, il le changeait deux fois chaque année : des rayées aux pointillées, et des pointillées aux tachetées, car le petit bétail met bas deux fois par an. Cela fait donc dix comptes en cinq ans.
וע"ד הקבלה זה לי עשרים שנה כמו (שמות ט״ו:ב׳) זה אלי ואנוהו, וכן (שם יג) בעבור זה עשה ה' לי בצאתי ממצרים. ולפי שכבר הזכיר למעלה זה עשרים שנה אנכי עמך לא היה צריך לחזור זה לי עשרים שנה בביתך. אבל הענין כי למעלה ידבר על עצמו ועתה ידבר בשכינה כי היה ה' יתעלה עמו כל עשרים שנה שהיה בביתו. ומזה סמך לו לולי אלהי אבי אלהי אברהם ופחד יצחק היה לי, והבן זה.
Selon la Kabbale, « cela (zeh), pour moi, vingt ans » est comme (Exode 15:2) : « Celui-ci (zeh) est mon Dieu, et je Le glorifierai », et comme (ibid. 13) : « C’est en raison de ceci (zeh) que l’Éternel a agi pour moi lors de ma sortie d’Égypte. » Puisqu’il avait déjà dit plus haut : « Voilà vingt ans que je suis avec toi », il n’était pas nécessaire de répéter : « Voilà vingt ans que je suis dans ta maison. » Mais plus haut il parlait de lui-même, et maintenant il parle de la Présence divine, car l’Éternel, qu’Il soit exalté, fut avec lui pendant toutes les vingt années qu’il passa dans sa maison. C’est pourquoi il poursuit immédiatement : « Si le Dieu de mon père, le Dieu d’Avraham et la Crainte de Yits’haq, n’avait été pour moi. » Comprends cela.
ופחד יצחק היה לי. ע"ד הפשט מי שמפחד ממנו יצחק היה בעזרי, וזאת כוונת אונקלוס.
« Et la Crainte de Yits’haq avait été pour moi. » Selon le sens simple : Celui que Yits’haq craint était mon secours. Telle est l’intention d’Onqelos.
ויש שפירש ופחד יצחק רמז ליום העקדה או ליום הברכה כי שם חרד יצחק חרדה גדולה שראה גיהנם תחתיו ואז קיים ברכתו של יעקב שאמר (בראשית כ״ז:ל״ג) גם ברוך יהיה. זהו שאמר כי עתה ריקם שלחתני כלומר לולא אותו פחד שהיה בשבילי ולתועלתי.
Certains ont expliqué que « la Crainte de Yits’haq » fait allusion au jour de la ligature, ou au jour de la bénédiction, car Yits’haq fut alors saisi d’un très grand tremblement en voyant la Géhenne au-dessous de lui ; il confirma alors la bénédiction de Ya‘aqov en disant (Genèse 27:33) : « Aussi sera-t-il béni. » C’est le sens de ce qu’il dit : « Tu m’aurais maintenant renvoyé les mains vides », c’est-à-dire sans cette crainte qui survint pour moi et à mon avantage.
וע"ד הקבלה ופחד יצחק היה לי במדתי ועם זה הזכיר ג' מדות האבות כסדר. וכן הזכיר עוד כסדר הזה בתפלה כנגד עשו. ומה שאמר תחלה לולי אלהי אבי על יצחק אביו אמר כן. ואחריו הזכיר אברהם לפי שחייב אדם בכבוד אביו יותר מכבוד זקנו. אחרי כן הזכיר בפירוש פחד יצחק כסדר המדות.
Selon la Kabbale, « la Crainte de Yits’haq était pour moi » signifie : dans mon attribut. Il mentionne ainsi les trois attributs des patriarches dans leur ordre. Il les mentionne encore dans cet ordre dans sa prière face à Essav. Lorsqu’il dit d’abord : « Si le Dieu de mon père », il parle de Yits’haq, son père. Il mentionne ensuite Avraham, parce qu’un homme est tenu d’honorer son père davantage que son grand-père. Puis il mentionne explicitement « la Crainte de Yits’haq », selon l’ordre des attributs.
והרמב"ן כתב ופחד יצחק היה לי ע"ד האמת יבא הלשון כפשוטו ומשמעו והוא מדת הדין של מעלה. וממנו אמר הכתוב (הושע ג׳:ה׳) אחר ישובו בני ישראל ובקשו את ה' אלהיהם ואת דוד מלכם ופחדו אל ה' ואל טובו באחרית הימים. יאמר כי יבקשו הרחמים ומדת הדין של מטה ויביאו פחד יצחק אל ה' ואל טובו הנזכרים, עכ"ל.
Le Ramban a écrit : « “La Crainte de Yits’haq était pour moi” : selon la voie de la vérité, l’expression garde son sens littéral et sa signification ; c’est l’attribut de rigueur d’en haut. C’est de lui que parle l’Écriture (Osée 3:5) : “Ensuite les enfants d’Israël reviendront ; ils rechercheront l’Éternel leur Dieu et David leur roi, et ils se tourneront avec crainte vers l’Éternel et vers Sa bonté, à la fin des jours.” Il dit qu’ils rechercheront la Miséricorde et l’attribut de rigueur d’en bas, et qu’ils amèneront la Crainte de Yits’haq vers l’Éternel et vers Sa bonté qui viennent d’être mentionnés. » Fin de citation.
את עניי ואת יגיע כפי ראה אלהים ויוכח אמש. ויוכח אותך אמש שלא הרגתני. וא"כ זכות יגיע כפיו הצילו מן ההריגה וזכות יראת שמים הציל ממונו, זהו שאמר ופחד יצחק היה לי כי עתה ריקם וגו'. ומכאן יש ללמוד גדול הנהנה מיגיעו יותר מירא שמים.
« Dieu a vu mon affliction et le labeur de mes mains, et Il a réprimandé hier soir. » Il t’a réprimandé hier soir, de sorte que tu ne m’as pas tué. Ainsi, le mérite du labeur de ses mains l’a sauvé de la mort, tandis que le mérite de la crainte du Ciel a sauvé ses biens. C’est ce qu’il dit : « La Crainte de Yits’haq était pour moi, car maintenant tu m’aurais renvoyé les mains vides, etc. » De là, on doit apprendre que celui qui jouit du travail de ses mains est plus grand que celui qui craint le Ciel.
הבנות בנותי והבנים בני. כתב רבינו חננאל ז"ל כזב לבן באמרו והבנים בני שהרי כשאמרו בני בנים הרי הם כבנים לא אמרו כן על בני בנות. וכן במה שאמר והצאן צאני שהרי הוא נתנם לו בשכר טרחו ועמלו, וכן במה שאמר וכל אשר אתה רואה לי הוא, והרי אמר לו יעקב כי מששת את כל כלי מה מצאת מכל כלי ביתך, ולא מצא מענה. והענין הזה כענין בן הדד שאמר לאחאב (מלכים א כ׳:ג׳) כה אמר בן הדד כספך וזהבך לי הוא ונשיך ובניך הטובים לי הם. וכתיב דעו נא וראו כי רעה זה מבקש.
« Les filles sont mes filles et les fils sont mes fils. » Rabbénou ’Hananel, de mémoire bénie, a écrit : Lavan mentit en disant : « Les fils sont mes fils », car lorsqu’on a dit que les petits-fils sont comme des fils, on ne l’a pas dit des fils des filles. Il mentit aussi en disant : « Le troupeau est mon troupeau », puisqu’il le lui avait donné en salaire de sa peine et de son travail. De même lorsqu’il dit : « Tout ce que tu vois est à moi », alors que Ya‘aqov lui avait dit : « Puisque tu as fouillé tous mes objets, qu’as-tu trouvé de tous les objets de ta maison ? », sans qu’il trouve de réponse. C’est comme Ben-Hadad disant à A’hav (I Rois 20:3) : « Ainsi parle Ben-Hadad : ton argent et ton or sont à moi, et tes femmes et tes meilleurs fils sont à moi. » Et il est écrit : « Sachez donc et voyez que cet homme cherche le mal. »
והנה על דבר יעקב שאמר ללבן למה דלקת אחרי השיב לבן הבנות בנותי כי באתי אחריך לראות בנותי.
À la parole de Ya‘aqov à Lavan : « Pourquoi m’as-tu poursuivi avec tant d’ardeur ? », Lavan répondit : « Les filles sont mes filles », car je suis venu à ta suite pour voir mes filles.
ולבנותי מה אעשה לאלה היום. מה אעשה טובה להן או לבניהן אשר ילדו אבל איטיב להן שתכרות לי ברית שלא תענה אותן ולא תקח נשים על בנותי.
« Et à mes filles, que puis-je faire pour elles aujourd’hui ? » Quel bien puis-je leur faire, à elles ou aux enfants qu’elles ont mis au monde ? Je leur ferai toutefois du bien en obtenant que tu conclues avec moi une alliance : tu ne les affligeras pas et tu ne prendras pas d’autres femmes en plus de mes filles.
ובמדרש הבנות בנותי הבנות שתים בנותי שתים הרי ד'. ונראה מזה כי גם בלהה וזלפה היו בנותיו ממש מאשה אחרת או מגודלות בביתו.
Dans le Midrash : « Les filles sont mes filles » : « les filles », deux ; « mes filles », deux ; cela fait quatre. Il ressort de là que Bilha et Zilpa étaient elles aussi véritablement ses filles, nées d’une autre femme, ou qu’elles avaient été élevées dans sa maison.
ויאמר יעקב לאחיו לקטו אבנים. לאחיו של לבן. וכמוהו (בראשית מ״ז:ג׳) ויאמר פרעה לאחיו מה מעשיכם, לאחיו של יוסף.
« Ya‘aqov dit à ses frères : ramassez des pierres. » Aux frères de Lavan. De même (Genèse 47:3) : « Pharaon dit à ses frères : quelles sont vos occupations ? », c’est-à-dire aux frères de Yossef.
ובמדרש לאחיו אלו בניו והיה קורא אותם אחיו שהיו גבורים כיוצא בו צדיקים כיוצא בו.
Dans le Midrash, « ses frères » désigne ses fils. Il les appelait ses frères parce qu’ils étaient vaillants comme lui et justes comme lui.
והנה יעקב הרים אבן למצבה וצוה לאחי לבן שילקטו אבנים כמותו שיהיו מצבות ולא אמר שיעשו גל אבל הם לקטו אבנים ויעשו גל, והיתה כונתם כלפי אמונתם ועבודתם שהיו עובדים החמה והיו דורשים בעד החיים אל המתים. וע"כ הזכיר בכתוב גל שני פעמים שהרי היה יכול לומר ויאכלו שם עליו, אבל עשה כן כדי לרמוז כונתם בשם גלגל כלומר גלגל חמה. ונתבאר ענינו באותו שם שקרא לו לבן יגר שהדותה חשבונו גלגל חמה, והוא היה אלוהו שהזמינו לעד. כי שנוי הלשון מורה על ענין חדוש בלי ספק. ואולי התרפים היו מקבלים כח במזלות החמה וע"כ אמר לבן הגל הזה עד ביני וביניך לשון נופל על הלשון. והזכיר שמו של הקב"ה כלפי אמונת יעקב.
Ya‘aqov dressa une pierre en stèle et ordonna aux frères de Lavan de ramasser des pierres comme lui, pour en faire des stèles ; il ne leur dit pas de faire un monceau. Mais eux ramassèrent des pierres et firent un monceau. Leur intention se rapportait à leur croyance et à leur culte, car ils adoraient le soleil et consultaient les morts pour les vivants. C’est pourquoi l’Écriture mentionne deux fois le monceau (gal) : elle aurait pu dire “ils y mangèrent, sur lui”, mais elle le fait pour suggérer leur intention par le mot galgal, c’est-à-dire le disque solaire. Cela s’éclaire par le nom que Lavan lui donna, Yegar Sahadouta, dont la valeur numérique est celle de galgal ’hamma, “disque solaire” : c’était son dieu, qu’il convoqua comme témoin. Le changement de langue indique sans aucun doute une signification nouvelle. Peut-être les terafim recevaient-ils leur puissance des positions zodiacales du soleil ; c’est pourquoi Lavan dit : “Ce monceau est témoin entre moi et toi”, par un jeu de mots. Il mentionna le nom du Saint, béni soit-Il, pour tenir compte de la croyance de Ya‘aqov.
והזכיר בזה שתי המדות שבהם נברא העולם מדת הדין ומדת רחמים, הזכיר תחלה מדת הדין ברמז זהו שאמר והיה לעד ביני ובינך. ומלת והיה הם אותיות השם המיוחד, וזהו שפירש רש"י ז"ל והיה לעד זה הקב"ה. והזכיר עוד בפירוש יצף ה' ביני ובינך ואחרי כן הזכיר מדת הדין ואמר אלהים עד ביני ובינך. ומזה אמר אלהי אברהם ואלהי נחור ישפטו בינינו. אלהי אברהם מדת הרחמים ומדת הדין שהזכיר. ואלהי נחור גלגל החמה שהוא אלוהו שרמז לו בשם גל. וזהו שאמרו רז"ל אלהי אברהם קדש ואלהי נחור חול.
Il mentionne ici les deux attributs par lesquels le monde fut créé : l’attribut de rigueur et l’attribut de miséricorde. Il mentionne d’abord l’attribut de rigueur par allusion, en disant : “Il sera témoin entre moi et toi.” Le mot vehaya contient les lettres du Nom propre ; c’est ce qu’a expliqué Rachi, de mémoire bénie : “Il sera témoin”, c’est le Saint, béni soit-Il. Puis il le mentionne explicitement : “Que l’Éternel veille entre moi et toi.” Il mentionne ensuite l’attribut de rigueur en disant : “Dieu est témoin entre moi et toi.” C’est dans ce sens qu’il dit : “Le Dieu d’Avraham et le dieu de Na’hor jugeront entre nous.” “Le Dieu d’Avraham” désigne l’attribut de miséricorde et l’attribut de rigueur qu’il a mentionnés ; “le dieu de Na’hor”, le disque solaire, son dieu auquel il a fait allusion par le nom gal. C’est ce que les Sages ont dit : “Le Dieu d’Avraham” est une désignation sainte, et “le dieu de Na’hor”, une désignation profane.
וידוע כי כל מה שנקרא כל רקיע ורקיע "גלגל" היה ראוי להקרא גל שהוא לשון גובה. והכונה בזה לגובה הגלגלים כענין שכתוב (איוב י״א:ח׳) גבהי שמים מה תפעל, אבל נכפלה המלה להורות על הקף סבובם ותנועתם, ועוד להורות שפעולותיהם וכחותיהם משתנים זה לעמת זה.
On sait que chaque firmament appelé galgal devrait être appelé gal, terme qui exprime la hauteur. Il désigne ainsi la hauteur des sphères, comme il est écrit (Job 11:8) : “Les hauteurs des cieux, que peux-tu y faire ?” Mais le mot est redoublé pour indiquer leur mouvement circulaire et leur rotation, ainsi que les variations de leurs actions et de leurs puissances les unes par rapport aux autres.
והמצפה אשר אמר. נמשך למעלה למלת קרא. יאמר והמצפה קראה מצפה אשר אמר יצף ה'. וזהו שכתוב (שופטים יא) את מצפה גלעד.
« Et la Mitspa, parce qu’il dit. » Cela se rattache plus haut au mot “appela”. Le sens est : il appela la Mitspa de ce nom parce qu’il avait dit : “Que l’Éternel veille.” C’est ce qui est écrit (Juges 11) : “Mitspa de Guil‘ad.”
עד הגל הזה ועדה המצבה. אחר אשר אמר אלהים עד ביני ובינך למה הוצרך לחזור ולומר עד הגל הזה. אבל עשה כן כדי להעיד בזה שמים וארץ. וכן אמר שמואל הנביא לישראל (שמואל א י״ב:ה׳) עד ה' בכם ועד משיחו.
« Ce monceau est témoin et cette stèle est témoin. » Après avoir dit : “Dieu est témoin entre moi et toi”, pourquoi fallait-il répéter : “Ce monceau est témoin” ? Il le fait pour prendre ainsi à témoin les cieux et la terre. De même, le prophète Shemouel dit à Israël (I Samuel 12:5) : “L’Éternel est témoin contre vous et Son oint est témoin.”
אם אני לא אעבור אליך. פי' אשר אני. והעברה זו לרעה כמו שמוכיח סוף הכתוב כי כן מצינו לשון העברה בענין מלחמה (ויקרא כ״ו:ו׳) וחרב לא תעבור בארצכם. והברית שכרתו שניהם הוא שלא יעבור זה בגבולו של זה כי הגלעד גבול לארץ ישראל כענין שכתוב (דברים ל״ד:א׳) ויראהו ה' את כל הארץ את הגלעד עד דן, וזהו שאמר לרעה כלומר ע"מ להזיק זה לזה. וכן אמרו רז"ל לרעה אי אתה עובר אבל אתה עובר לפרקמטיא. ובלעם הרשע שהיה מזרע לבן ומחרן ארצה בני קדם עירו, התחיל לעבור על הברית הזה הוא שכתוב (דברים כ״ג:ה׳) ואשר שכר עליך את בלעם בן בעור וגו'. ואחריו כושן רשעתים, הוא שכתוב (שופטים ג׳:ח׳) ויחר אף ה' בישראל וגו'. וע"ז הותר לדוד להלחם בו בהצותו את ארם נהרים וכתיב (שמואל ב ח׳:ו׳) וישם דוד נציבים בארם.
« Si je ne passe pas vers toi. » Le sens est : “que je ne passerai pas”. Ce passage est pour faire du mal, comme le montre la fin du verset. Nous trouvons en effet le verbe “passer” à propos de la guerre (Lévitique 26:6) : “L’épée ne passera pas dans votre pays.” L’alliance qu’ils conclurent tous deux était que l’un ne franchirait pas la frontière de l’autre, car le Guil‘ad est une limite de la terre d’Israël, comme il est écrit (Deutéronome 34:1) : “L’Éternel lui fit voir tout le pays, le Guil‘ad jusqu’à Dan.” C’est ce qu’il dit : “pour le mal”, c’est-à-dire dans l’intention de se nuire mutuellement. Ainsi les Sages ont-ils dit : tu ne passes pas pour le mal, mais tu passes pour le commerce. Bil‘am le méchant, qui était de la descendance de Lavan et dont la ville était ’Haran, au pays des fils de l’Orient, fut le premier à transgresser cette alliance, comme il est écrit (Deutéronome 23:5) : “Et parce qu’il a engagé contre toi Bil‘am fils de Be‘or, etc.” Après lui vint Koushan-Rish‘atayim, comme il est écrit (Juges 3:8) : “La colère de l’Éternel s’enflamma contre Israël, etc.” C’est pourquoi David fut autorisé à le combattre, lorsqu’il lutta contre Aram-Naharayim ; et il est écrit (II Samuel 8:6) : “David établit des garnisons dans Aram.”
ודע כי ארם נהרים הוא דמשק ונקרא ארם נהרים על שם שני נהרות שבו שנאמר (מלכים ב ה׳:י״ב) הלא טוב אמנה ופרפר נהרות דמשק, ועליו נאמר לאליהו, (מלכים א י״ט:ט״ו) לך שוב לדרכך מדברה דמשק ומשחת את חזאל למלך על ארם.
Sache qu’Aram-Naharayim est Damas. On l’appelle Aram-Naharayim à cause des deux fleuves qui s’y trouvent, comme il est dit (II Rois 5:12) : “L’Amana et le Parpar, fleuves de Damas, ne sont-ils pas meilleurs ?” C’est à son propos qu’il fut dit à Eliyahou (I Rois 19:15) : “Va, retourne sur ton chemin vers le désert de Damas, et oins ’Hazaël comme roi sur Aram.”
אלהי אביהם. שעור הכתוב אלהי אברהם ואלהי נחור שהוא אלהי אביהם תרח ישפטו בינינו.
« Le dieu de leur père. » Voici la construction du verset : le Dieu d’Avraham et le dieu de Na’hor, qui est le dieu de leur père Téra’h, jugeront entre nous.
ויפגעו בו מלאכי אלהים. הנזכרים בראש הפרשה שהיו עולים ויורדים בו. וזהו שאמר כאשר ראם כלומר הכירם שכבר ראם. וכן כתוב ביחזקאל (יחזקאל י׳:ט״ו) היא החיה אשר ראיתי וגו'. ולפי מה שהתחיל ביעקב ואמר הלך לדרכו היה ראוי לומר ויפגע במלאכי אלהים. אבל היה זה למעלת יעקב כאדם שאומר פגעו אנשים במלך. והפגיעה הזאת היתה לשמור אותו כענין האמור בצדיקים (תהילים צ״א:י״א) כי מלאכיו יצוה לך לשמרך בכל דרכיך. ואמרו במדרש מי גדול השומר או הנשמר הוי אומר הנשמר שנאמר לשמרך בכל דרכיך. על כפים ישאונך מי גדול הנושא או הנשוא הוי אומר הנשוא. וכן בכאן מי גדול הפוגע או הנפגע הוי אומר הנפגע. וכן מצינו באלישע שכתוב (מלכים ב ו׳:ט״ו) וישכם משרת איש האלהים לקום ויצא והנה חיל סובב את העיר וסוס ורכב ויאמר נערו אליו אהה אדוני איכה נעשה. וכתיב ויאמר אל תירא כי רבים אשר אתנו מאשר אותם. וכתיב ויפקח ה' את עיני הנער וירא והנה ההר מלא סוסים ורכב אש סביבות אלישע.
« Les anges de Dieu vinrent à sa rencontre. » Ceux qui sont mentionnés au début de la section, qui montaient et descendaient sur lui. C’est pourquoi il dit : “Lorsqu’il les vit”, c’est-à-dire qu’il les reconnut, les ayant déjà vus. De même, il est écrit dans Ézéchiel (10:15) : “C’est la créature vivante que j’ai vue, etc.” Puisqu’il avait commencé par Ya‘aqov, en disant qu’il “alla son chemin”, il aurait dû dire : “Il rencontra les anges de Dieu.” Mais cela exprime la grandeur de Ya‘aqov, comme on dit : des hommes rencontrèrent le roi. Cette rencontre avait pour but de le garder, comme il est dit à propos des justes (Psaumes 91:11) : “Car Il ordonnera pour toi à Ses anges de te garder dans toutes tes voies.” Dans le Midrash : qui est le plus grand, celui qui garde ou celui qui est gardé ? Tu diras : celui qui est gardé, puisqu’il est dit : “Te garder dans toutes tes voies.” “Ils te porteront sur leurs paumes” : qui est le plus grand, celui qui porte ou celui qui est porté ? Tu diras : celui qui est porté. Ici aussi, qui est le plus grand, celui qui va à la rencontre ou celui vers qui on vient ? Tu diras : celui vers qui on vient. De même, nous trouvons chez Elisha‘ (II Rois 6:15) : “Le serviteur de l’homme de Dieu se leva de bonne heure, sortit, et voici qu’une armée entourait la ville, avec chevaux et chars. Son jeune serviteur lui dit : Hélas, mon maître, comment ferons-nous ?” Et il est écrit : “Il dit : ne crains pas, car ceux qui sont avec nous sont plus nombreux que ceux qui sont avec eux.” Et il est écrit : “L’Éternel ouvrit les yeux du jeune homme, et il vit : voici que la montagne était pleine de chevaux et de chars de feu autour d’Elisha‘.”
ויקרא שם המקום ההוא מחנים. שתי מחנות מחנה יעקב ומחנה המלאכים. והשוה הכתוב מחנהו למחנה המלאכים כי הצדיקים בארץ כמלאכים בשמים לעשות רצון קונם.
« Il appela ce lieu Ma’hanayim. » Deux camps : le camp de Ya‘aqov et celui des anges. L’Écriture met son camp sur le même plan que celui des anges, car les justes sur terre sont comme les anges dans les cieux pour accomplir la volonté de leur Créateur.
או ירמוז מחנים על העתיד להיות בקבלת התורה כי שם ירדו המלאכים לרבואות ומחנה ישראל ששים רבוא שיצאו ממנו. וזהו שדרשו רז"ל מחנה אלהים זה, ששים רבוא היו כנגד מחנה ישראל. וע"ז אמר הכתוב (שיר ו) שובי שובי השולמית שובי שובי ונחזה בך מה תחזו בשולמית כמחולת המחנים.
Ou bien Ma’hanayim fait allusion à ce qui devait survenir lors de la réception de la Torah : les anges y descendirent par myriades, et le camp d’Israël comptait six cent mille hommes issus de lui. C’est ce que les Sages ont interprété : “C’est un camp de Dieu” : ils étaient six cent mille, correspondant au camp d’Israël. C’est à ce propos que l’Écriture dit (Cantique 6) : “Reviens, reviens, la Shoulamite ; reviens, reviens, que nous te contemplions ! Que contemplez-vous dans la Shoulamite ? Comme la danse des deux camps.”