Dès qu'on nomme une chose, on la limite. Le Créateur étant infini, aucun nom ne peut Le désigner : tous les Noms que nous connaissons ne Le désignent pas Lui, mais la manière dont Il se manifeste dans ce monde. Le plus proche de Lui et le plus lointain de nous se nomme Or Ein Sof, la lumière infinie.
Pourquoi créer, si rien ne manque ? Parce que ce que l'on aime, on veut le partager. Mais pour donner, il faut un récepteur — et le seul système capable de recevoir la lumière est l'obscurité. Une sphère d'obscurité s'est donc ouverte au sein de la lumière, et la lumière n'a plus eu qu'un désir : revenir à sa place.
C'est la brisure des vases : la lumière extérieure pénètre l'univers et se transforme en milliards de galaxies. Voilà ce que la science appelle le Big Bang — à ceci près qu'elle y voit une explosion de matière, là où nous avons reçu qu'il s'agit d'une entrée de lumière.
Puis la conférence descend du ciel vers nous : le Nom Chaddaï et le nombre 314, les sept cercles du Maguen David, la symétrie de la Menora entre les six jours, le corps humain bâti sur le même plan — et pour finir, la vraie faute d'Adam, qui n'est pas celle que l'on croit.
Ceci est un verre. Ceci est une chaise, cela une caméra. Dès l'instant où l'on nomme une chose, elle devient limitée : c'est cette chose-là et rien d'autre.
Vous allez objecter : mais il y a des Noms — Elokim, Chaddaï, Chalom, et des milliers d'autres. Comment comprendre cela ?
J'ai, comme chacun, plusieurs traits de caractère. Parfois je suis généreux, parfois moins. Celui qui me voit généreux dira : voilà un homme généreux. Celui qui me voit autrement dira autre chose. Autrement dit : la manière dont je suis perçu reçoit un nom.
Nous, êtres humains, sommes finis : un début, une fin. Il n'est donc pas en notre pouvoir de comprendre ce qui est au-delà de toute limite. Mais les kabbalistes ont voulu aller aussi loin qu'il est permis d'aller.
C'est la question que me posait mon petit-fils, au téléphone, pendant des années — et ce sont ses questions qui ont fini par devenir un livre, l'histoire d'un grand-père et d'un petit garçon.
Posez-vous la question : quel système est capable de recevoir la lumière ? La nuit, m'a-t-on répondu dans la salle. Plus généralement : l'obscurité.
Il a donc créé ce que l'on appelle le ratson lekabel, la volonté de recevoir. Car Lui est machpia, Celui qui donne ; or si je donne et que personne n'est là pour recevoir, rien ne se passe. La vie n'existe qu'à partir du moment où il y a transfert entre celui qui donne et celui qui reçoit.
Il a donc ouvert un espace d'obscurité, qui s'est agrandi, agrandi encore, jusqu'à prendre des proportions telles que nous, qui sommes à l'intérieur, avons l'impression qu'il est infini.
C'est ce qui s'est passé avec la lumière. Elle remplissait tout ; et voici qu'un énorme volume d'obscurité se plante en plein milieu. Que veut la lumière ? Retourner là où elle était. On lui a pris sa place ; elle s'est accumulée sur les pourtours de l'univers, et elle veut revenir.
C'est ce que l'on appelle Chevirat haKelim, la brisure des vases : l'univers se fissure, et la lumière restée à l'extérieur pénètre à l'intérieur.
Cette rencontre de la lumière et de l'obscurité est le modèle de toute union : la lumière est le principe qui influe, l'obscurité celui qui reçoit. C'est pourquoi, lorsqu'un homme épouse une femme, il lui offre des bijoux — l'image de ces milliards d'étoiles — car il va reproduire, à son échelle, la création du monde.
Avez-vous déjà vu un tsunami à la télévision ? Croyez-vous qu'on puisse arrêter cette vague ? Il en va de même ici : cette profusion de lumière devenue magma est partie dans tous les sens, et l'univers a failli en être emporté.
On raconte que le fils de Rech Lakich sortait de la yéchiva, et que Rabbi Yo'hanan lui demanda ce qu'il avait étudié ce jour-là. L'enfant répondit : que le monde est comme une balle posée sur le néant.
Et ce n'est pas le seul exemple. Dans le Pitoum haKetoret, que nous disons chaque matin, il est dit qu'on préparait trois cent soixante-huit mesures, qu'on en mettait trois de côté, et qu'il en restait trois cent soixante-cinq, comme les jours de l'année solaire. Nous savions donc depuis toujours que la terre est sphérique et que l'année compte trois cent soixante-cinq jours.
Avec le Nom Chaddaï, nous entrons dans les cercles. Alors voici une question simple : combien de cercles de même taille pouvez-vous disposer autour d'un cercle ?
Animation 3D : les sept sphères, le Maguen David, les douze tribus autour des Kohanim, puis la Menora. Faites glisser pour tourner, « Rejouer » pour recommencer. Ouvrir en plein écran
Un livre commence normalement par un commencement. Mais nous, nous lisons Béréchit, que l'on peut entendre beth-réchit : deux commencements. Pourquoi deux ?
Savez-vous que vous êtes construits sur ce même modèle ? Regardez : en haut, la tête et les deux bras ; en bas, les deux jambes. Cela fait six extrémités — et au centre, le tronc.
Regardez aussi votre visage : deux yeux, deux oreilles, deux narines — six ouvertures — et une seule bouche au centre. Les Sages racontent que la bouche s'en est plainte : pourquoi suis-je seule ? Il lui fut répondu qu'avec deux bouches on parlerait deux fois trop. Mais la bouche est le Chabbat du visage : c'est par elle que la nourriture entre, et c'est elle qui nourrit tout le corps.
Vérifions à présent tout cela sur la Menora. Les branches sont tournées vers le centre : d'un côté le premier, le deuxième, le troisième jour ; au milieu le Chabbat ; de l'autre côté le quatrième, le cinquième, le sixième.
Au troisième jour, un ordre est donné à la terre : produis un arbre fruitier faisant du fruit — c'est-à-dire un arbre dont le bois lui-même aurait le goût du fruit. Et la terre produit un arbre de bois portant des fruits. Elle n'a pas fait ce qui lui était demandé.
Autrement dit : cette désobéissance-là était pour maintenir la vie.
Souvenez-vous du principe : ce que vous trouvez d'un côté de la Menora, vous en trouvez l'inverse en face. Si au troisième jour la terre désobéit pour maintenir la vie, alors au sixième jour l'homme, tiré de cette même terre, reçoit un ordre — ne mange pas de cet arbre — et sa désobéissance, elle, amènera l'inverse.
Je vais vous dire une chose qu'il faut un public averti pour entendre. Si vous cessez de manger, de boire et de respirer, que se passe-t-il ? Nous passons donc notre temps à mourir — et en mangeant, en buvant, en respirant, en nous soignant, nous nous maintenons en vie.
Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas des corps : nous sommes des âmes. Le corps est un outil. Le conducteur n'est pas la voiture ; quand la voiture est hors d'usage, le conducteur en prend une autre.
Voilà pourquoi ce monde a été créé : nous y entrons dans des corps qui se détruisent sans cesse, et nous sommes obligés de chercher en permanence notre subsistance. Et comme l'âme, elle, est immortelle — une part de l'Éternel, donc éternelle — c'est précisément dans cette confrontation avec son inverse qu'elle se construit. C'est face à la destruction que l'âme se bâtit.
Nous l'avons dit : cette faute était inévitable. Mais alors, pourquoi ont-ils été renvoyés du Gan Eden ? C'est qu'on ne leur reproche pas cette faute-là.
Et jusqu'à aujourd'hui, nous en avons hérité : le petit garçon qui casse un verre répond aussitôt c'est mon frère. Nous avons une tendance naturelle à reporter la faute sur l'autre.
Voyez l'inverse. Yéhouda est alors av beth din, à la tête du tribunal. Tamar ne vient pas l'accuser publiquement : elle dit seulement que l'enfant appartient à celui à qui appartiennent ces objets. Il aurait pu se taire, laisser faire, la laisser condamner.
N'ayez donc pas peur de reconnaître. Personne ne vous accusera pour l'avoir fait.
Un mot sur la communication — qui n'est pas le téléphone ni les messageries, mais l'art de se parler. Lorsque quelqu'un vient vous reprocher quelque chose, même si vous n'arrivez pas à lui donner raison, il y a une phrase à dire : je comprends que tu puisses être en colère.
Un dernier point. Où Moché Rabbénou reçoit-il la première révélation ? Au Sinaï. Écoutez le mot : on y entend sin'a, la haine. La haine est descendue dans le monde en même temps que la révélation. Et comment se nomme le buisson ? Le sné — les mêmes lettres.
Moché a d'abord reculé : comment annoncer à des gens qui souffrent en Égypte qu'il y aura encore des souffrances ? Et il lui fut répondu qu'il n'avait pas le choix.
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