
La descente d'Abraham en Égypte, qui semble un manque de bitahon, est en réalité la réussite la plus haute de son test.
Selon le Ramban, « Ma'aseh Avot Siman LaBanim » : les actes des Pères tracent la route des enfants.
Chaque étape du voyage d'Abraham préfigure l'Exode : famine, descente, séjour, Sarah/Knesset Israël, plaies, richesse, retour, autel.
Rachi explique notre droit sur la Terre par la souveraineté divine et par l'héritage de Shem, usurpé par Canaan.
Un signe : Abraham naquit en l'an 1948 de la Création, et Israël renaquit en 1948 de l'ère commune.
En étudiant la paracha Lekh Lekha, nous rencontrons un paradoxe troublant concernant le premier test explicite d'Abraham dans la Torah.
« L'Éternel dit à Abram : Va pour toi de ta terre, de ton lieu de naissance et de la maison de ton père, vers la terre que Je te montrerai. » Abraham réussit : il quitte tout et part vers la Terre d'Israël. Jusqu'ici, tout semble parfait.
Mais à peine arrivé en Terre d'Israël, nous lisons un verset déconcertant.
« Il y eut une famine dans le pays, et Abram descendit en Égypte pour y séjourner, car la famine était lourde. »
La situation empire : à l'approche de l'Égypte, Abraham demande à Sarah de dire qu'elle est sa sœur, craignant qu'on ne le tue pour prendre sa femme — « afin que tu me fasses du bien, et que mon âme vive grâce à toi ». Où est l'héroïsme spirituel ? Où est le bitahon ?
Le Ramban (Nahmanide) donne une réponse qui transforme tout notre regard.
« Les actions des Pères sont un signe pour les enfants. » Dès que D.ieu lui dit « Je ferai de toi une grande nation », Abraham comprit qu'un peuple entier sortirait de lui — et donc sa mission profonde.
Observons la correspondance étape par étape entre le voyage d'Abraham et l'Exode d'Égypte. La famine : chez Abraham « il y eut une famine dans le pays » ; pour Israël, Jacob descend en Égypte à cause de la famine. La descente : « Abram descendit en Égypte » répond à « Ne crains pas de descendre en Égypte » (Béréchit 46:3). Et l'expression לָגוּר שָׁם, « pour y séjourner », est identique dans les deux récits.
Sarah représente Knesset Israël, l'assemblée d'Israël, la mère du peuple juif. Quand Pharaon tente de la prendre, cela préfigure l'oppression du peuple d'Israël.
Abraham prévoit : « Ils me tueront et te laisseront vivre. » On retrouve exactement cela dans le décret de Pharaon aux sages-femmes.
« Si c'est un garçon, tuez-le ; si c'est une fille, laissez-la vivre » — exactement comme Abraham l'avait dit. Et les sages-femmes « craignirent D.ieu et ne firent pas ce qu'avait ordonné le roi d'Égypte, et elles laissèrent vivre les enfants » : elles suivent le précédent d'Abraham, préserver la vie malgré le danger — « et mon âme vivra grâce à toi ».
« L'Éternel frappa Pharaon de grandes plaies (négaïm), lui et sa maison, à cause de Saraï. » De même, lors de l'Exode : « Encore une plaie Je ferai venir » — jusqu'aux Dix Plaies. Même Pharaon, mêmes négaïm, même raison : protéger Knesset Israël.
La sortie est parallèle : Pharaon dit à Abram « Prends et va », comme il dira à Israël « Levez-vous, sortez du milieu de mon peuple ». Et Abram « monta d'Égypte… très riche en bétail, en argent et en or », comme Israël sortira avec des objets d'argent et d'or empruntés aux Égyptiens.
Puis Abraham revient « par ses étapes » jusqu'au lieu de l'autel qu'il avait bâti au début, entre Béthel et Aï. Israël entrera en Terre d'Israël par Jéricho et bâtira le Michkan à Shilo, puis le Temple à Jérusalem. Le Ramban ajoute que même les disputes d'Abraham sur les puits préfigurent les batailles de Josué et des Juges.
Rachi répond doublement. Premièrement, la souveraineté divine : « Par Sa volonté Il la leur donna, et par Sa volonté Il la leur enleva pour nous la donner. » Le Maître du monde décide à qui appartient chaque terre — c'est le sens de « Béréchit bara Elokim ».
Deuxièmement, l'héritage historique : le Cananéen était en train de conquérir la Terre d'Israël qui appartenait à la descendance de Shem. Après le Déluge, Noé avait attribué cette terre à Shem ; Canaan, fils de Ham, n'y avait aucun droit et l'avait prise illégalement. Abraham, de la lignée de Shem, ne fait que reprendre ce qui lui revient depuis le début.
Le Rav Himi termine par un signe frappant : Abraham naquit en l'an 1948 de la Création, et l'État d'Israël fut établi en 1948 de l'ère commune. Après près de deux mille ans d'exil, nous sommes revenus exactement comme Abraham l'avait préfiguré.
Abraham n'a pas « échoué » son test : il l'a réussi de la manière la plus haute qui soit, en créant le chemin spirituel de toute l'histoire juive. Nos propres actions, comme les siennes, peuvent ouvrir des voies pour les générations futures — la vraie force étant parfois de tracer patiemment la route que d'autres suivront.
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