
Ki Tetsé contient soixante-quatorze mitsvot. Le cours en retient deux ensembles : l’interdit du chaatnez — laine et lin mêlés — suivi immédiatement des tsitsit, puis l’exclusion d’Ammon et de Moav de l’assemblée d’Hachem.
Au niveau halakhique, la Torah interdit le mélange de laine et de lin. Pourtant les vêtements sacerdotaux comportent ces deux matières et la juxtaposition des versets permet d’envisager ce mélange dans les tsitsit. Le cours cherche le sens de cette exception.
Dans la lecture midrachique et selon l’enseignement du Zohar rapporté ici, le lin rappelle l’offrande de Caïn et la laine le troupeau de Hével. Mélangés sur l’homme ordinaire, ils figurent deux pôles opposés qui produisent un “court-circuit”. Le Cohen, dont la mission est d’unir Israël, peut les réunir ; les tsitsit rassemblent également les quatre coins sous une même appartenance.
Ammon et Moav sont condamnés pour n’avoir pas accueilli Israël avec pain et eau et pour l’affaire de Bilam. Mais le cours remonte à Loth : leur existence même dépend du sauvetage accompli par Avraham. Refuser ses descendants révèle une ingratitude transmise. La gratitude envers l’homme prépare la gratitude envers Dieu ; c’est pourquoi la journée juive commence par “Modé ani”.
Ki Tetsé est présentée dans le cours comme la paracha qui rassemble le plus de commandements : vingt-sept positifs et quarante-sept interdits. Cette abondance permet de choisir deux détails apparemment éloignés — le vêtement et l’accueil d’un peuple — et d’y reconnaître un même travail : savoir unir ce qui doit être uni, séparer ce qui doit rester distinct, et reconnaître le bien reçu.
« Tu ne porteras pas de chaatnez, laine et lin ensemble. » Le premier niveau est juridique : le mélange est interdit. Le cours rappelle que cette mitsva appartient aux ‘houkim, dont la raison n’est pas explicitée par la Torah. Ne pas connaître la raison n’autorise pas à abolir la règle ; cela invite seulement à chercher, avec prudence, un enseignement qui accompagne l’obéissance.
Le verset suivant dit : « Tu te feras des cordons aux quatre coins de ton vêtement. » De cette proximité, ‘Hazal apprennent le cadre dans lequel laine et lin peuvent se rencontrer pour la mitsva des tsitsit. Le cours note aussi que les vêtements des Cohanim réunissaient du lin — chéch — et des fils de laine teints en tekhélet et argaman. Le paradoxe devient donc plus aigu : ce qui est interdit dans l’habit ordinaire peut servir un vêtement de mitsva ou de service.
La Torah dit que Caïn apporta « du fruit de la terre ». Rachi, citant le Midrach, rapporte qu’il apporta du moins bon, et une tradition l’identifie à la graine de lin. Hével apporta les premiers-nés de son troupeau : le troupeau donne la laine. Dans la construction symbolique du cours, le lin devient le signe de Caïn et la laine celui de Hével. L’humanité issue d’Adam s’est divisée en deux tendances : la domination et la jalousie d’un côté, le service et le souffle de l’autre. Cette lecture relève du midrach et du sod, non de la définition halakhique du chaatnez.
Le cours compare ces deux pôles au plus et au moins d’une batterie : les joindre sans médiation produit un court-circuit et vide l’énergie. L’homme ordinaire ne doit pas porter sur lui cette confusion. Le Cohen, en revanche, n’est pas un homme privé au moment du service : il représente et relie tout Israël. Sa fonction spirituelle transforme l’opposition en circulation. Il peut porter ensemble les signes de Caïn et de Hével parce que son service vise à refaire l’unité au lieu d’effacer les différences.
Les tsitsit rappellent les quatre coins du monde et le rassemblement de toutes les dispersions sous le joug des mitsvot. Le cours ajoute que si les franges touchent accidentellement le sol, il ne faut ni rechercher cette situation ni mépriser la mitsva, mais ne pas paniquer : même la poussière appartient à la création et contient des étincelles à relever. Le message n’est pas de banaliser le respect des tsitsit ; il est de comprendre que l’unité divine n’abandonne aucune parcelle du réel.
« L’Ammonite et le Moabite n’entreront pas dans l’assemblée d’Hachem… parce qu’ils ne vous ont pas accueillis avec pain et eau… et parce qu’il a loué Bilam pour te maudire. » La tradition distingue le Moabite de la Moabite : les femmes n’étaient pas chargées de sortir accueillir les voyageurs, ce qui ouvre la voie à Ruth. Le cours demande toutefois pourquoi le refus d’un passage, du pain et de l’eau reçoit une conséquence plus durable que les crimes de l’Égypte, dont un descendant peut entrer à la troisième génération.
La réponse proposée est l’ingratitude. Loth fut capturé lors de la guerre des rois et Avraham risqua sa vie pour le sauver. Plus tard, Ammon et Moav descendent de Loth et de ses filles. Leur existence porte donc la trace du salut reçu d’Avraham. Lorsque les descendants d’Avraham arrivent à leur frontière, ils auraient dû dire : voici l’occasion de rendre un peu du bien qui nous a permis d’exister. Au lieu de cela, ils ferment le passage et Moav engage Bilam. L’Égypte a opprimé Israël, mais Israël y avait aussi trouvé un séjour ; la Torah interdit d’effacer ce bien. Qui ne sait pas remercier l’homme finira par ne pas remercier Dieu. C’est pourquoi la première parole du matin est : « Modé ani lefanékha » — je Te remercie.
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