La Torah dit « la bénédiction, Asher (אשר) vous écoutiez » et « la malédiction, Im (אם) vous n'écoutiez pas ». Rachi le remarque : pourquoi ce changement de mot ? Réponse : Asher ne signifie pas « si » mais « force » — D.ieu ne donne que la bénédiction, la force de pratiquer les mitsvot ; la malédiction n'est pas donnée, elle naît de notre propre choix de ne pas utiliser cette force.
Plus loin, la paracha relie la simha à la parnassa : « Tu te réjouiras devant Hachem ton D.ieu dans toute œuvre de tes mains ». Un Nom saint caché dans « Il ouvre Ta main et rassasie tout vivant » (Tehilim 145) — חטף חף, guématria 428 — est associé à la parnassa, et Yossef l'a transmis à Yaakov pour lui redonner sa prophétie et sa joie.
C'est pourquoi la bénédiction de Roch Hachana se dit « d'entendre le son du chofar » et non « sur la sonnerie » : c'est le Saint béni soit-Il qui « entend » à travers nos oreilles — et « entendre », en hébreu comme en français, veut dire comprendre. C'est le cœur brisé en téchouva que Hachem écoute.
En marchant vers Eloul, la question reste : qui doit faire le premier pas vers l'autre — l'homme ou D.ieu ? Réponse : les deux ensemble, comme une ombre qui répond exactement à nos propres mouvements.
La paracha s'ouvre au singulier — « Réeh » — et se poursuit au pluriel — « lifneikhem ». Pourquoi ce changement ? Parce que Moché Rabbénou, dans le Séfer Devarim, veut que chacun se sente personnellement visé : que personne ne se dise « ce n'est pas à moi qu'il parle, moi je suis en règle ». En additionnant chaque individu, un seul à la fois, on obtient à la fin le collectif — exactement comme à Har Sinaï, où il est écrit « Vayi'han cham Israël » (au singulier, alors que « vaya'hanou » au pluriel serait attendu) : pour dire que le peuple campait comme un seul homme, d'un seul cœur.
Moché aurait pu dire « Asher » les deux fois, ou « Im » les deux fois. Pourquoi ce changement de mot entre la bénédiction et la malédiction ? Rachi répond : « la bénédiction, à condition (al menat) que vous écoutiez » — il comprend « Asher » comme visant un but. Mais comment passe-t-on du mot « Asher » à cette idée ?
La preuve vient d'un autre verset, sur l'idolâtrie : « Lo tita l'kha achéra » (« tu ne planteras pas d'achéra »). Les nations fabriquaient leurs idoles avec un bois particulièrement solide — l'achéra. De là : le mot « asher » évoque la force, le pouvoir. « Asher chibarta » devient donc « tu as eu la force de briser ». Et en hébreu moderne, on retrouve la même racine : donner une valeur légale à un document, c'est « l'assurer » (le'ashèr) — lui donner de la force.
Le Saint béni soit-Il ne donne pas de malédiction. Il donne seulement la bénédiction — la force de pratiquer. C'est pourquoi le texte dit « la malédiction, Im vous n'écoutiez pas » : si vous n'utilisez pas la force qui vous a été donnée, vous transformez vous-mêmes cette force inemployée en malédiction. Comme il est écrit : « De la bouche du Très-Haut ne sortent ni les maux ni le bien » — seul le bien en sort.
Plus loin dans la paracha apparaît la mitsva de simha à Souccot — « Vehayita akh saméa'h ». Pourquoi précisément à Souccot ? Parce qu'assis sous la soucca, on comprend que ce qui compte dans la vie n'est ni les murs ni les biens, mais le fait de se blottir sous l'ombre de la Chekhina — quatre jours seulement après que Kippour nous a purifiés de nos fautes. Mais la Torah établit un lien plus large : la parnassa elle-même dépend de la simha.
Dans la berakha de « Chomea Téfila » que nous récitons chaque jour figure le verset : « Potéa'h et yadékha, oumasbia lékhol 'haï ratsone » — « Tu ouvres Ta main et rassasies de bienveillance tout vivant » (Tehilim 145). C'est de ce verset qu'est dérivé le Nom saint 'Hataf 'Haf.
La Guemara (Berakhot 4b) demande pourquoi on récite « Achré yochvé beitékha » trois fois par jour, méritant ainsi le Monde à Venir : non pas parce qu'il suit l'ordre alphabétique — d'autres psaumes le font aussi — mais parce qu'il contient à la fois tout l'alef-beit et ce verset de parnassa. Aucun autre chant ne réunit les deux.
Que Yossef a-t-il envoyé à son père ? Rachi : « Kézot — kémniane hazé » — « comme le compte de ceci ». Le mot kézot vaut lui-même 428 en guématria : Yossef a envoyé à Yaakov le Nom saint חטף חף, celui de la parnassa.
Ce Nom ne s'active pas gratuitement : il faut soi-même donner une ayin tova, un œil bienveillant envers autrui, pour mériter que D.ieu tourne vers nous Son œil bienveillant.
Une anomalie dans nos berakhot : pour la netilat yadaïm, on bénit « al netilat yadaïm » ; pour la 'hanoukkia, « lehadlik ner » ; mais pour le chofar, on bénit « lichmoa kol chofar » — « d'entendre le son du chofar » — et non « al tekiat chofar ». Or c'est le officiant seul qui fait la berakha, alors que c'est l'assemblée qui écoute !
La réponse : c'est le Saint béni soit-Il Lui-même qui « entend » le son du chofar — à travers nos oreilles. Si l'assemblée écoute vraiment, D.ieu écoute avec elle. Et « lichmoa » ne signifie pas seulement « ouïr » : en hébreu comme en français (« entendre » = comprendre) ou en anglais (« I see » = « je comprends »), lichmoa veut dire comprendre. Or la compréhension réside dans le cœur — « lev shoméa », un cœur qui écoute. Ce que Hachem entend, en vérité, c'est le cœur brisé qui revient vers Lui en téchouva.
Eloul — notariqon du verset du Chir Hachirim : « Ani lédodi védodi li » — « Je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi ». « Dodi » ne vient pas de « dod » (l'oncle) mais de la racine « yadid » — l'ami, littéralement celui qui « donne la main » (yad). Selon ce verset, c'est nous qui faisons le premier pas.
Le Midrach Tehilim (Chocher Tov) sur le verset « Hachem tsilékha al yad yeminékha » (Tehilim 121, 5) tranche cette question par une image : « De même que l'ombre — si tu ris, elle rit avec toi ; si tu pleures, elle pleure avec toi — ainsi D.ieu : selon tes actes, Il se conduit avec toi. » Le même principe est formulé dans la guemara : « Baderekh chéadam rotsé lélékh, molikhine oto » — « sur le chemin que l'homme veut suivre, on le conduit » (Makot 10b), développé par le Maharal et le Chla Hakadoch : l'homme éveille d'en bas ce qui répond d'en haut.
Bonne entrée dans le mois d'Eloul : que la force reçue en bénédiction, la simha, et le premier pas vers Hachem nous mènent, avec tout Israël, à une année de vraie parnassa et de délivrance. Amen.
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