« Faisons l’homme »
Hier, nous avons appris : Béréchit — avec sagesse, koa’h ma ; le monde a été créé par la force de l’humilité. Aujourd’hui, nous poursuivons sur le même fondement. « Faisons l’homme » — au pluriel : Hachem consulte les anges. Moché ne voulait pas l’écrire, de peur qu’on dise qu’il y a deux puissances ; Hachem lui dit : écris, et que celui qui veut se tromper se trompe. Pour enseigner que même le plus grand consulte le petit et lui demande la permission.
Les anges se divisent en factions : le ’Hessed dit qu’il soit créé, l’Émet dit qu’il ne le soit pas, le Tsédek dit qu’il soit créé, le Chalom dit qu’il ne le soit pas. Hachem prend la Vérité et la jette à terre. La vérité, c’est la Torah — le sceau d’Hachem ; Il la jette sur la terre pour qu’Israël l’étudie, et elle devient le remède contre le mensonge et contre la querelle. « La vérité germera de la terre. »
C’est pourquoi la Torah commence par un beth : en partant de l’alef, en additionnant les lettres trois par trois et en réduisant en petite guématria, on obtient toujours 6 — comme chéker, le mensonge (600) ; en partant du beth, toujours 9 — comme émet, la vérité (441). Et les lettres finales de « Béréchit bara Elokim » et de « bara Elokim la’assot » forment émet.
Quand Hachem amena les animaux devant Adam, il les nomma selon leur racine — bœuf, âne, cheval, chameau. « Et toi, quel est ton nom ? » — « Il me convient de m’appeler Adam, car j’ai été créé de la adama, la terre. » Et il appela Hachem Adonaï, car Il est le Maître de toutes Ses créatures. Celui qui sait qu’il est poussière de la terre est celui qui peut atteindre « à peine moins qu’Elokim ». Ainsi Moché, le plus humble des hommes, par la gorge duquel parlait la Chekhina.
Bonsoir. Avec l’aide d’Hachem, nous poursuivons l’étude de la paracha Béréchit. Hier, nous avons dit : qu’est-ce que Béréchit ? Le Zohar dit — avec sagesse, comme il est dit « le commencement de la sagesse, c’est la crainte d’Hachem ». Et nous avons dit que le mot ’hokhma est formé de deux mots : koa’h ma. Et ma — en réalité, rien : c’est l’humilité. Hachem a créé le monde par la force de l’humilité ; le fondement de tout, c’est la force de l’humilité.
(Le cours précédent : « Et Il l’amena vers l’homme ».) Nous continuons dans la même idée — Hachem veut nous enseigner l’humilité.
« Elokim dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. »
« Faisons l’homme » — au pluriel. Il ne dit pas « Je ferai l’homme ». À première vue, d’après cette formulation, il y aurait quelqu’un d’autre qui fait l’homme avec le Saint, béni soit-Il.
Et le Midrach raconte : quand le Saint, béni soit-Il, dictait la Torah à Moché Rabbénou — « écris : Au commencement Elokim créa » —, arrivé à ce verset, « faisons l’homme », Moché Rabbénou dit : je n’écris pas. Pourquoi écrirais-je « faisons l’homme » ? Que vont penser les gens — qu’il y a, à Dieu ne plaise, deux puissances dans le Ciel, qu’il y a quelqu’un d’autre avec Toi ? Si Tu veux, je suis prêt à écrire « Je ferai l’homme ». Le Saint, béni soit-Il, lui dit : écris « faisons l’homme », et que celui qui veut se tromper se trompe.
Que voulait au fond nous enseigner le Saint, béni soit-Il, par ce principe ? La vertu d’humilité. Que même un homme aussi grand soit-il, avant d’agir, doit prendre conseil. À la fin, il fera ce qu’il veut — mais au moins, qu’il ait consulté. Non que le Saint, béni soit-Il, ait eu besoin, à Dieu ne plaise, du conseil des anges ; mais Il nous enseigne le principe qu’il faut prendre conseil. Et Rachi rapporte :
« “Faisons l’homme” — nous apprenons d’ici l’humilité du Saint, béni soit-Il… Bien qu’ils ne L’aient pas aidé à le former, et qu’il y ait là prise pour les hérétiques, le verset ne s’est pas abstenu d’enseigner la bonne conduite et la vertu d’humilité : que le grand consulte le petit et lui demande la permission. »
Les anges ne L’ont pas aidé à former l’homme — il semble même qu’ils s’y soient opposés. Et il y a là prise pour les hérétiques, pour venir dire : voilà deux puissances, à Dieu ne plaise. Et pourtant le Saint, béni soit-Il, était prêt, pour ainsi dire, à sacrifier cela — que quelqu’un pense qu’il y a deux puissances dans le Ciel — rien que pour que nous apprenions ce fondement de l’humilité : il faut prendre conseil auprès de chacun.
Le Saint, béni soit-Il, demande donc aux anges : qu’en dites-vous — faisons-nous l’homme ou non ? Et que répondent les anges ? Le Midrach dit :
« Quand le Saint, béni soit-Il, vint créer le premier homme, les anges de service se formèrent en groupes et en factions ; les uns disaient : qu’il ne soit pas créé, les autres : qu’il soit créé — comme il est écrit : la Bonté et la Vérité se sont rencontrées, la Justice et la Paix se sont embrassées. »
Autrement dit : des partis. Un parti dit « qu’il ne soit pas créé », un autre dit « qu’il soit créé ».
Le ’Hessed dit : qu’il soit créé — car il fera des actes de bonté. L’Émet — le groupe d’anges qui défend la vérité — dit : qu’il ne soit pas créé, car il n’est que mensonge ; cet homme qui va être créé sera un grand menteur. Le débat continue. Le Tsédek dit : qu’il soit créé — car il fera la tsédaka ; il vaut la peine de le créer pour la tsédaka qu’il donnera. Le Chalom dit : qu’il ne soit pas créé — car il n’est que querelle ; disputes et conflits d’ici jusqu’en Inde.
Qu’a fait le Saint, béni soit-Il ? Ainsi dit le Midrach : Il prit la Vérité et la jeta à terre. Qu’avait dit la Vérité ? « Qu’il ne soit pas créé » — exact. Alors Il la prend et la jette à terre :
« Et la vérité fut jetée à terre. »
Les anges de service dirent devant le Saint, béni soit-Il : Maître des mondes, pourquoi méprises-Tu Ton sceau ? Tu prends la Vérité et Tu la jettes par terre ? Que la Vérité remonte de la terre — comme il est écrit :
« La vérité germera de la terre. »
Que voulait montrer le Saint, béni soit-Il, par ce geste ? Nous savons que la vérité, au fond, c’est la Torah — et c’est le sceau d’Hachem. Quand le Saint, béni soit-Il, a créé le monde, Il a regardé dans la Torah et a créé le monde ; la Torah était le commencement de Sa voie. C’est-à-dire : avant même qu’il y ait un monde, la Torah existait déjà — et c’est ce que le Saint, béni soit-Il, a de plus précieux. Alors pourquoi la jettes-Tu à terre ?
Pour dire : vous dites de ne pas créer l’homme car il n’est que mensonge, et la Paix dit de ne pas le créer car il n’est que querelle. Que vais-Je faire ? Je prendrai la Torah et la jetterai à terre, sur la terre ; Israël viendra étudier la Torah, qui s’appelle « vérité », et elle sera le remède — pour s’abstenir de mentir, et pour ne pas en venir à la querelle. Comme l’ont dit nos Sages :
« J’ai créé le mauvais penchant, J’ai créé la Torah comme son antidote. »
C’est le mauvais penchant qui pousse l’homme à mentir, et c’est lui qui le mène à la querelle. Et la Torah est l’épice qui affine l’âme de l’homme et fait de lui un être de meilleure qualité — qui n’en viendra ni à la querelle ni au mensonge. C’est pourquoi Il jette la Vérité à terre : pour qu’elle soit donnée au peuple d’Israël, qu’elle germe de la terre, et qu’elle soit la délivrance du monde.
Et la Torah est vraiment une Torah de vérité, comme il est écrit :
« Acquiers la vérité et ne la vends pas. »
Et nous bénissons : « qui nous a donné une Torah de vérité ». La vérité est le sceau du Saint, béni soit-Il, comme disent les anges, et la Torah est une Torah de vérité.
Et cela donne l’une des belles réponses, par allusion, à la question : pourquoi la Torah commence-t-elle par la lettre beth et non par l’alef ? Il y a un Midrach — les Otiyot de Rabbi Akiva — qui raconte qu’il y eut un débat entre toutes les lettres : par laquelle la Torah commencerait-elle ? Toutes les lettres se sont alignées et ont passé, pour ainsi dire, une « audition » devant le Saint, béni soit-Il ; chacune se présente et dit pourquoi il convient que la Torah commence par elle.
Et le Midrach commence justement par le tav — pour que ce soit intéressant, qu’il y ait du suspense. Le tav dit : il convient de commencer par moi, car je suis la lettre qui a le plus grand nombre, etc. Et on refuse. Le chin — par toi commence le mot chéker, le mensonge, donc non. Le rech, etc. — et ainsi on remonte. Et le beth se tient à l’écart, en silence. L’alef vient et dit : moi — Anokhi, le Maître du monde, Elokim, E’had.
Et finalement, le Saint, béni soit-Il, choisit la lettre beth — car par elle commencent baroukh et berakha, « béni » et « bénédiction » ; et par l’alef commence arour, « maudit », et il ne convient pas que la Torah commence ainsi. Et l’alef, Il l’a gardé pour ouvrir une chose très élevée dans la Torah : les Dix Paroles — « Anokhi Hachem ton Dieu ».
Il y a encore une réponse : la forme du beth est ouverte vers l’avant — regarder devant. Ce qui est en haut et ce qui est en bas — tu n’as pas à le scruter ; en arrière — tu ne comprendras jamais ; regarder devant.
Mais selon le principe que nous venons de poser — le sceau d’Hachem est la vérité, et la Torah est une Torah de vérité —, il y a une très belle allusion : si nous avions commencé la Torah par l’alef, nous nous serions collés au mensonge ; en commençant par le beth, nous commençons par la vérité. Comment le prouver ? Suivez-moi un instant, c’est un peu de calcul. Nous additionnons les lettres trois par trois, et nous réduisons en petite guématria — c’est-à-dire qu’on additionne les chiffres jusqu’à n’en garder qu’un (ou qu’on enlève les zéros) :
Autrement dit, si nous avions commencé par l’alef, nous obtiendrions toujours six, six, six. Et le mot chéker en guématria : chin trois cents, kouf cent, rech deux cents — six cents, six. Tout est mensonge.
Voyons ce qui se passe si nous commençons par le beth :
Nous obtenons toujours neuf, parce que nous avons commencé par le beth. Et neuf est aussi la petite guématria du mot émet : alef un, mem quatre, tav quatre — neuf. C’est-à-dire : parce que la Torah commence par le beth, et que le sceau est un sceau de vérité — nous obtenons toujours neuf.
Et de fait, les premiers mots — « בראשית ברא אלוקים » — leurs lettres finales : tav-alef-mem, אמת, émet. Et qu’y avait-il le dernier jour ? « Le ciel et la terre furent achevés… qu’בָּרָא אֱלֹהִים לַעֲשׂות, Elokim avait créé pour faire » (Béréchit 2,3) — lettres finales : alef-mem-tav, émet.
Encore une idée, et je conclus. Puisque nous parlons de l’humilité — car tout commence par elle ; « les humbles hériteront la terre » (Tehilim 37,11) ; l’humilité est la vertu qui nous fait vraiment tout acquérir —, voyons ce qui s’est passé avec le premier homme.
Nous savons que le Saint, béni soit-Il, a amené devant lui tous les animaux. Mais c’était en réalité une épreuve : le fait qu’Adam nomme toute la création — Hachem a mis l’homme à l’épreuve pour prouver aux anges qu’il valait la peine de le créer. C’est aussi un Midrach :
« Rabbi A’ha a dit : quand le Saint, béni soit-Il, vint créer l’homme, Il prit conseil des anges de service et leur dit : Faisons l’homme. Ils Lui dirent : cet homme, quelle est sa nature ? Il leur dit : sa sagesse est plus grande que la vôtre. »
Cette créature que Tu vas créer — quelle est son histoire, quelles sont ses qualités, que sortira-t-il d’elle ? « Sa sagesse est plus grande que la vôtre » — une réponse aux anges. Ils dirent : prouve-le-nous. Il amena devant eux le bétail, les bêtes sauvages et les oiseaux, et leur dit : celui-ci, quel est son nom ? Il leur montra un bœuf. Ils savent que c’est un animal — mais comment s’appelle-t-il ? Ils ne savaient pas.
Maintenant, l’essai : Il les fit passer devant l’homme et lui posa la même question : quel est son nom ? Il dit : celui-ci est un bœuf, celui-ci un âne, celui-ci un cheval, celui-ci un chameau.
Comment le savait-il ? Parce que le Saint, béni soit-Il, a imprimé en l’homme cette sagesse — voir la racine de chaque créature en haut. Ainsi il savait que celui-ci est un chor, un bœuf — chin, vav, rech : dans son essence, c’est un chor. Et celui-ci un ’hamor, un âne — ’het, mem, vav, rech : tout entier ’homer, matière. Car chaque créature a sa racine en haut, comme nous le disons dans Pata’h Éliyahou : tout ce qui existe en bas a sa racine en haut.
Alors le Saint, béni soit-Il, dit au premier homme : Et toi, quel est ton nom ? Il Lui dit :
« Il me convient de m’appeler Adam, car j’ai été créé de la adama, la terre. »
Si nous pouvions regarder la scène à cet instant, nous pourrions imaginer le Saint, béni soit-Il, lui donnant un baiser sur le front pour cette réponse. Pourquoi ? Parce qu’il aurait pu répondre autrement. Il aurait pu dire : je suis un dieu ! Je suis la couronne de la création, Tu m’as placé au-dessus de tout le bétail et de toutes les bêtes, je suis le roi du monde. Et le premier homme, dans son humilité et sa modestie, a compris sa valeur et a dit : je suis « Adam », car je viens de la terre.
Il est dit : « Tu l’as fait de peu inférieur à Elokim » (Tehilim 8,6) — il ne manque à l’homme que peu de chose pour atteindre le divin ; et certains lisent dans le nom Adam : adamé le-’Elyon, « je serai semblable au Très-Haut ». Mais le premier homme ne se sentait pas « de peu inférieur à Elokim » — il ressentait sa propre valeur : poussière de la terre. Et c’est cela qui s’appelle « Adam ».
Le Saint, béni soit-Il, fut si enthousiasmé par la réponse qu’Il lui demanda : Et Moi, quel est Mon nom ? Donne-Moi aussi un nom. Il Lui dit :
« “Il Te convient de T’appeler Adonaï, car Tu es le Maître de toutes Tes créatures.” Rabbi A’ha a dit : “Je suis Hachem, c’est Mon nom” — c’est le nom que M’a donné le premier homme. »
C’est un ’hidouch : qui a donné son nom au Saint, béni soit-Il ? C’est Adam qui a donné le nom au Saint, béni soit-Il — le Nom d’Adnout, alef-dalet-noun-yod. C’est pourquoi, quand nous lisons le Nom Havaya, qu’il nous est interdit de prononcer comme il s’écrit, nous L’appelons du nom que Lui a donné le premier homme. Jusque-là va « de peu inférieur à Elokim ».
Et celui qui l’a vraiment prouvé aux uns et aux autres, c’est Moché Rabbénou. D’un côté :
« Or l’homme Moché était très humble, plus que tout homme sur la face de la terre. »
Et de l’autre — c’est lui qui a mérité d’être l’aspaklaria hamé’ira, le miroir lumineux, qui transmet vraiment la parole d’Hachem par sa gorge, sans aucune séparation, sans rien. Pourquoi ? Parce que de lui-même, il n’a rien. Et c’est pourquoi c’est lui qui est digne d’être le canal qui transmet le divin dans le monde.
Puissions-nous mériter, avec l’aide d’Hachem, un millième de millième de Moché Rabbénou, et amener ainsi la délivrance au monde. Et disons : amen.
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