🕯️ Tichri 5787 · de Kippour à Souccot ’Hag saméa’h — que la soucca nous garde toute l’année
Une rue d’Israël bordée de souccot au pied des tours, les familles attablées, les hommes entre eux et les femmes à part, sous un sekhakh vert
Souccot · Tichri 5787 · Cours 3

« Pour lui une maison, pour ses biens des souccot »

Les quatre jours, la deuxième noce — et la soucca de David
Cours de M. Yéhouda Himi
🕯️ À l’élévation de l’âme de Rav Ron Chaya זצ״לCette étude est également dédiée à la mémoire de Rav Ron Chaya זצ״ל, qui a consacré sa vie à diffuser la Torah, à réveiller la téchouva et à renforcer un véritable shalom — un shalom de vérité, de kedoucha et de responsabilité.Que le mérite du juste nous protège, ainsi que tout Israël. Que son âme soit liée au faisceau de la vie. Amen.
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Souccot — Cours 3 · « Pour lui une maison, pour ses biens des souccot »
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« Pour lui une maison, pour ses biens des souccot »
Les quatre jours, la deuxième noce — et la soucca de David

La Torah ne dit pas « le quinze du septième mois, prenez les quatre espèces » ; elle dit « le premier jour ». Nos Sages l’expliquent : premier pour le compte des fautes. Pendant les quatre jours qui séparent Kippour de Souccot, Israël est tout entier occupé aux mitsvot — bâtir, acheter, chercher, préparer — et le compte ne s’ouvre pas. Ces quatre jours correspondent aux quatre lettres du Nom : ils font descendre la sainteté de Kippour jusqu’à la soucca.

Pourquoi une soucca, et pourquoi le 15 Tichri ? Ni « des souccot réelles » ni « les nuées de gloire » ne répondent seules. La réponse est dans l’histoire : au Sinaï a eu lieu la première noce, et le marié est parti quarante jours ; le peuple a fauté avec le veau d’or. À Kippour, Moché redescend avec les secondes Tables ; le 15 Tichri, on commence à bâtir le Michkan — la maison des mariés — et les nuées de gloire reviennent. Nous bâtissons la soucca pour garder, sept jours durant, la Chekhina que nous avons reçue à Kippour.

Souccot est aussi ’hag ha-assif, la fête de la récolte : le moment où l’homme est au sommet de sa richesse, et où peut se glisser « ma force et la puissance de ma main ». La Torah le fait sortir de sa maison et l’assoit sous un toit de branches, entre des murs de tissu, au milieu des autres. Comme Ya’akov : une maison pour lui-même, des souccot pour ses biens.

Et nous prions pour la soucca de David qui est tombée — la royauté du Machia’h —, pour la soucca faite de la peau du Léviathan, quand le monde reviendra de la peau à la lumière, et nous nous asseyons sous le sekhakh, qui vaut cent et filtre les accusateurs.

📖 Cours complet
1 « Le premier jour » — pourquoi ?

Avec l’aide de Dieu, nous approchons de chabbat et de la fête de Souccot, qui tombent cette année ensemble. Nous apprendrons des choses de Chalom, et des choses de la fête de Souccot. Nous sommes au cœur des quatre jours qui séparent Yom Kippour de Souccot. Ces quatre jours ne sont pas des jours ordinaires, et la discussion sur leur nature part d’un verset qu’il faut comprendre :

« וּלְקַחְתֶּם לָכֶם בַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן פְּרִי עֵץ הָדָר כַּפֹּת תְּמָרִים וַעֲנַף עֵץ עָבֹת וְעַרְבֵי נָחַל » — Vayikra 23,40

« Vous prendrez pour vous, le premier jour, le fruit de l’arbre hadar, des branches de palmier, une branche de l’arbre touffu et des saules du torrent. »

Que veut dire « le premier jour » ? Nous savons que Souccot tombe le 15 Tichri. Il aurait fallu écrire : « le quinze du septième mois, faites des souccot, prenez les quatre espèces ». C’est ce que la Torah fait pour Pessa’h : elle ne dit pas « le premier jour », elle dit « le quinze du premier mois », qui est Nissan.

« וּבַחֲמִשָּׁה עָשָׂר יוֹם לַחֹדֶשׁ הַזֶּה חַג הַמַּצּוֹת לַה׳ » — Vayikra 23,6

« Et le quinzième jour de ce mois, c’est la fête des Matsot pour Hachem. »
Pourquoi changer de langage, s’il s’agit de la même chose — le 15 Nissan, le 15 Tichri ? Pourquoi « le premier jour » pour Souccot ?
2 Premier pour le compte des fautes

De là, nos Sages ont appris : « le premier jour » — richon le-’hechbon avonot, premier pour le compte des fautes. Qu’est-ce que cela veut dire ?

« וכי ראשון הוא, והלא יום חמשה עשר הוא, ואת אמרת ביום הראשון. אלא ראשון הוא לחשבון עונות » — Midrach Tan’houma, Emor 22 ; voir aussi Vayikra Rabba 30,7

« Est-ce donc le premier ? N’est-ce pas le quinzième jour ? Et tu dis « le premier jour » ! Mais c’est le premier pour le compte des fautes. »

Le Saint béni soit-Il dit au peuple d’Israël : nous avons terminé Yom Kippour. Pour arriver à Souccot, il faut se préparer. Et à quoi se prépare-t-on ? On est occupé aux mitsvot : construire la soucca, le sekhakh, les parois ; chercher les quatre espèces — l’etrog, le loulav, attaché, pas attaché — ; les cuisines, recevoir des invités. Tout ce que fait la majorité du peuple d’Israël pendant ces quatre jours est une préparation à Souccot.

Nos Sages disent : ils sont tellement occupés aux mitsvot qu’ils n’ont pas le temps de fauter. C’est pourquoi le compte des fautes ne s’ouvre qu’au premier jour de la fête, le 15 Tichri. À partir de là, celui qui fait des bêtises commence à être inscrit dans le livre. Mais pendant ces quatre jours, comme Israël est occupé aux mitsvot, on n’ouvre pas encore le compte. C’est pourquoi la Torah dit : « le premier jour » — premier pour le compte des fautes.
3 Quatre jours, quatre lettres

Mais l’idée plus profonde, c’est qu’on voit dans ces quatre jours des jours de passage : la sainteté de Yom Kippour descend, pour entrer dans la soucca, dans la fête de Souccot.

Ces quatre jours correspondent au Nom Havaya, youd-hé-vav-hé. Le youd correspond à la ’hokhma parmi les sefirot ; le premier hé, à la bina ; le vav, aux six extrémités — ’hessed, guevoura, tiferet, nétsa’h, hod, yessod ; et le dernier hé du Nom, c’est la malkhout : c’est le dernier des quatre jours.

C’est la descente de l’abondance spirituelle que nous avons eue à Yom Kippour, jusqu’à l’intérieur de la soucca.
4 La dédicace du premier Beith ha-Mikdach

Il y a aussi une raison historique : qu’y avait-il ces jours-là ? Ni plus ni moins que la dédicace du premier Beith ha-Mikdach. Quand le roi Chlomo eut terminé, après sept ans, de bâtir le Beith ha-Mikdach, et après treize années de plus pour bâtir sa maison, il fixa la dédicace du Beith ha-Mikdach au 8 Tichri.

Combien de jours dura cette célébration ? Quatorze jours. Et ce qu’il y a à l’intérieur, c’est aussi Yom Kippour. La source de la chose se trouve dans le livre des Rois, et de façon plus détaillée dans le livre des Chroniques :

« וַיַּעַשׂ שְׁלֹמֹה אֶת הֶחָג בָּעֵת הַהִיא שִׁבְעַת יָמִים וְכָל יִשְׂרָאֵל עִמּוֹ קָהָל גָּדוֹל מְאֹד… וַיַּעֲשׂוּ בַּיּוֹם הַשְּׁמִינִי עֲצָרֶת כִּי חֲנֻכַּת הַמִּזְבֵּחַ עָשׂוּ שִׁבְעַת יָמִים וְהֶחָג שִׁבְעַת יָמִים. וּבְיוֹם עֶשְׂרִים וּשְׁלֹשָׁה לַחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי שִׁלַּח אֶת הָעָם לְאָהֳלֵיהֶם שְׂמֵחִים וְטוֹבֵי לֵב » — Divré ha-Yamim II 7,8-10

« Chlomo célébra la fête en ce temps-là sept jours, et tout Israël avec lui, une très grande assemblée… Le huitième jour, ils firent une assemblée solennelle, car ils avaient fait la dédicace de l’autel sept jours, et la fête sept jours. Et le vingt-trois du septième mois, il renvoya le peuple à ses tentes, joyeux et le cœur content. »

« Le huitième jour » : non pas Chemini Atséret tel que nous le connaissons aujourd’hui, mais le huitième jour après les sept premiers. Sept jours de dédicace de l’autel, et sept jours de la fête de Souccot : quatorze jours en tout. Et le 23 Tichri — après notre Chemini Atséret d’aujourd’hui — il renvoya le peuple, « joyeux et le cœur content de tout le bien qu’Hachem avait fait à David, à Chlomo et à Israël Son peuple ». Du 8 Tichri, donc, en comprenant Yom Kippour, les quatre jours dont nous parlons et la fête de Souccot : quatorze jours de dédicace du Beith ha-Mikdach.

5 Le Kippour où l’on n’a pas jeûné

Cette année-là, comme nous l’avons dit, on n’a pas jeûné à Yom Kippour. Israël était dans un grand festival : la dédicace du Mikdach, avec tout ce que cela comporte.

Et l’on rapporte que le peuple d’Israël fut pris d’une grande peur : comment pourrons-nous traverser cela en paix ? Celui qui ne jeûne pas à Yom Kippour est passible de karet, le retranchement de l’âme. Alors quoi, tout Israël serait passible de karet ?

Une voix céleste est sortie et a dit : ce qu’a fixé le roi Chlomo est agréé. Il est bien que l’on n’ait pas jeûné. Pourquoi ? Parce que la sainteté du Beith ha-Mikdach, la descente de la Chekhina dans le Beith ha-Mikdach, l’a emporté cette année-là sur tout le service de Yom Kippour. Il n’y avait donc pas lieu de s’en affliger : tout a été expié.

Nous avions déjà vu ce passage, avec sa source dans la Guemara, dans le deuxième cours sur Souccot.

6 Pourquoi bâtit-on une soucca ?

À partir d’ici, je veux entrer dans la construction de la soucca. Pourquoi bâtissons-nous une soucca ? La Guemara rapporte, au traité Soucca, page 11b :

« כִּי בַסֻּכּוֹת הוֹשַׁבְתִּי אֶת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל — עַנְנֵי כָבוֹד הָיוּ, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: סֻכּוֹת מַמָּשׁ עָשׂוּ לָהֶם » — Soucca 11b

« “Car c’est dans des souccot que J’ai fait demeurer les enfants d’Israël” : c’étaient les nuées de gloire, ce sont les paroles de Rabbi Eliezer. Rabbi Akiva dit : ils se sont fait des souccot réelles. »

Dans le Sifra, la même discussion est rapportée avec les noms inversés :

« ר׳ אליעזר אומר: סוכות ממש היו. ר׳ עקיבא אומר: ענני כבוד היו » — Sifra, Emor 17,11

« Rabbi Eliezer dit : c’étaient des souccot réelles. Rabbi Akiva dit : c’étaient les nuées de gloire. »

Il y a donc une discussion entre Rabbi Eliezer et Rabbi Akiva : de quelles souccot s’agit-il ? Le verset de la Torah dit :

« לְמַעַן יֵדְעוּ דֹרֹתֵיכֶם כִּי בַסֻּכּוֹת הוֹשַׁבְתִּי אֶת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל בְּהוֹצִיאִי אוֹתָם מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם » — Vayikra 23,43

« Afin que vos générations sachent que J’ai fait demeurer les enfants d’Israël dans des souccot, quand Je les ai fait sortir du pays d’Égypte. »

L’un dit : ce sont des souccot réelles, comme celles que nous connaissons aujourd’hui, avec quatre parois et du sekhakh. L’autre dit : c’étaient les nuées de gloire. Examinons maintenant ces deux opinions, et nous verrons que chacune pose une difficulté.

7 Des tentes, pas des souccot

D’abord, quand la Torah nous dit « J’ai fait demeurer les enfants d’Israël dans des souccot quand Je les ai fait sortir », cela veut dire : pendant la sortie même. La phrase ne s’arrange pas bien. Pourquoi ? « Quand Je les ai fait sortir », c’est un mouvement. Si tu es en mouvement, dans quelles souccot les as-Tu fait demeurer ?

Diras-tu qu’après la sortie, quand ils campaient, ils devaient bâtir une soucca pour dormir, se reposer ? La Torah ne nous raconte pas qu’il y avait là des souccot. Et nous avons au moins deux témoignages dans la Torah que les enfants d’Israël n’utilisaient pas de souccot.

Le premier vient de l’assemblée de Kora’h. Que dit Moché à l’assemblée ?

« סוּרוּ נָא מֵעַל אָהֳלֵי הָאֲנָשִׁים הָרְשָׁעִים הָאֵלֶּה » — Bamidbar 16,26

« Éloignez-vous des tentes de ces hommes méchants. »

Il ne dit pas : éloignez-vous de leurs souccot. Les enfants d’Israël utilisaient donc des tentes. Et nous avons aussi un témoin de première main, pas un témoignage par ouï-dire : Bil’am le méchant. Il veut maudire Israël, et il le bénit. Par quelle bénédiction ouvre-t-il ?

« מַה טֹּבוּ אֹהָלֶיךָ יַעֲקֹב מִשְׁכְּנֹתֶיךָ יִשְׂרָאֵל » — Bamidbar 24,5

« Qu’elles sont belles, tes tentes, Ya’akov, tes demeures, Israël. »
Il n’a pas dit « qu’elles sont belles, tes souccot, Ya’akov ». Ils avaient des tentes ; ils n’avaient pas de souccot. Alors comment dire « J’ai fait demeurer les enfants d’Israël dans des souccot », et que ce sont des souccot réelles ? C’est une difficulté pour cette opinion.
8 Les nuées de gloire

Passons à la deuxième opinion, qui dit que c’étaient les nuées de gloire. Or nous n’avons vu nulle part qu’il soit écrit « des nuées de gloire ». Le maximum dont parle la Torah, c’est une nuée :

« וַה׳ הֹלֵךְ לִפְנֵיהֶם יוֹמָם בְּעַמּוּד עָנָן לַנְחֹתָם הַדֶּרֶךְ » — Chemot 13,21

« Et Hachem marchait devant eux le jour dans une colonne de nuée, pour les guider sur le chemin. »

Il n’est pas écrit « des nuées ». Mais nous savons, selon le Midrach, que quand les enfants d’Israël sont sortis d’Égypte, ils marchaient à l’intérieur d’une soucca de nuées. Imaginez cinq ou six millions de personnes qui marchent à l’intérieur d’un aquarium fait de nuées :

la nuée d’en bas, qui leur aplanit le sol et tue les scorpions et les serpents ; les quatre nuées des côtés, qui les protègent de l’extérieur, pour que les ennemis n’entrent pas et ne les frappent pas — et c’est en plus un climatiseur, un excellent climatiseur, pour quarante ans dans le désert ; la nuée qui les couvre d’en haut, pour que le soleil ne les frappe pas — c’est le désert, après tout ; et la septième nuée, la colonne de nuée qui marchait devant eux pour leur montrer le chemin, et qui, quand ils campaient, se repliait sur le côté.

Nous avons donc sept nuées qui entouraient le peuple d’Israël, et c’est en souvenir des nuées de gloire que nous faisons la soucca.
9 Alors pourquoi le 15 Tichri ?

Mais avec cette opinion aussi, nous avons une difficulté. Laquelle ? Pas seulement que la Torah ne mentionne pas sept nuées. Si c’est le souvenir des nuées de gloire : combien de temps Israël a-t-il tourné dans le désert ? Quarante ans. Alors chacun des trois cent soixante-cinq jours de l’année conviendrait à la fête de Souccot.

Si tu dis que c’est le souvenir des nuées de gloire, et que les nuées de gloire ont accompagné Israël quarante ans — en Tichri, en ’Hechvan, en Kislev, chaque jour, chaque jour de la semaine —, pourquoi précisément le 15 Tichri a-t-il été fixé pour être la fête où l’on s’assoit dans des souccot en souvenir des nuées ? Elles les ont entourés toute l’année !

Et renforçons encore la question. Si c’est un souvenir de la sortie d’Égypte — « quand Je les ai fait sortir du pays d’Égypte » —, ils sont sortis en Nissan. Il aurait convenu, semble-t-il, de manger la matsa et le maror à l’intérieur d’une soucca.

Le Tour (Ora’h ’Haïm 625), repris par le Michna Beroura (625,1), explique pourquoi on fait tout de même la soucca en Tichri. Tout homme, normalement, quand vient l’été, veut sortir prendre l’air ; et l’hiver, il rentre à la maison. En Nissan, il serait naturel de sortir dehors, pas de rentrer. Israël, pour montrer son dévouement, et qu’il accomplit la mitsva parce que le Saint béni soit-Il l’a ordonnée, fait l’inverse : précisément l’hiver, quand tout le monde rentre à la maison, il sort dans la soucca. C’est ainsi qu’il manifeste sa fidélité, et le kiddouch Hachem que nous faisons contre toutes les chances : nous faisons, pour ainsi dire, l’inverse de ce qui est normal.

« ואע״פ שיצאנו ממצרים בחדש ניסן לא צונו לעשות סוכה באותו הזמן לפי שהוא ימות הקיץ ודרך כל אדם לעשות סוכה לצל ולא היתה ניכרת עשייתנו בהם שהם במצות הבורא יתברך… ואנחנו יוצאין מן הבית לישב בסוכה בזה יראה לכל שמצות המלך היא עלינו לעשותה » — Tour, Ora’h ’Haïm 625

« Bien que nous soyons sortis d’Égypte au mois de Nissan, il ne nous a pas ordonné de faire la soucca à ce moment-là, car ce sont les jours d’été, où tout homme fait une soucca pour l’ombre, et l’on ne reconnaîtrait pas que nous la faisons sur l’ordre du Créateur… Mais nous sortons de la maison pour nous asseoir dans la soucca : par là, il est visible à tous que c’est l’ordre du Roi qui nous incombe. »
Encore une fois : si c’est la raison, pourquoi précisément le 15 Tichri ? Si tu as décidé de sortir de la maison en hiver pour montrer ta fidélité à Hachem, je dirais : fais-le le 15 ’Hechvan, quand il y a déjà de la pluie — et on verra si tu es un homme ! C’est ce qu’on attendrait. Qu’y a-t-il dans ce 15 Tichri, pour qu’on y ait fixé la fête de Souccot ?
10 La première noce

Pour répondre à toutes ces questions, revenons un peu en arrière et voyons ce qui s’est passé ici. Tout commence avec la première noce.

La première noce du peuple d’Israël avec le Saint béni soit-Il, c’était à quelle fête ? Au don de la Torah, à Chavouot. C’était le Ma’amad du mont Sinaï. Et nous aussi, au Beith Haknesset, à Chavouot, nous lisons la ketouba. C’est la grande noce entre la Knesset Israël et le Saint béni soit-Il. La ketouba elle-même, qu’est-ce que c’est ? C’est la Torah. Et qui est le chochvin, le garçon d’honneur ? Moché Rabbénou. C’est ainsi que nous lisons la ketouba.

Après le don de la Torah, Moché Rabbénou dit au peuple d’Israël : c’était bien ; maintenant je monte quarante jours et quarante nuits pour apprendre de la bouche de la Toute-Puissance toute la Torah. Au bout de quarante jours, il descend avec les Tables de l’alliance. Et que voit-il ? La faute du veau d’or.

Ensuite, nous le savons, il a prié quarante jours et quarante nuits. Puis il est remonté à Roch ’Hodech Eloul, quarante jours et quarante nuits, et il est redescendu quand ? À Yom Kippour, ce qui est aujourd’hui Yom Kippour, le 10 Tichri.

11 Le marié est parti

Que comprenons-nous ici ? Il y a eu une première noce, la grande noce — et le marié est parti. Le peuple d’Israël était au sommet de l’émotion : il venait de vivre le Ma’amad du mont Sinaï. Et que fait-on de toute cette émotion ?

La mariée reste seule dans la suite de l’hôtel, et le marié lui dit : je suis désolé, j’ai une affaire à régler, je reviens dans quarante jours.
« אָמַר עוּלָּא: עֲלוּבָה כַּלָּה מְזַנָּה בְּתוֹךְ חוּפָּתָהּ » — Chabbat 88b

« Oula a dit : misérable, la mariée qui faute sous son propre dais nuptial. »

Qu’attends-tu de cette mariée ? Comment ne fauterait-elle pas ? Ce manque — Moché Rabbénou qui disparaît soudain, et le peuple qui se sent abandonné, pendant que le Saint béni soit-Il est seul avec Moché et lui enseigne toute la Torah —, le peuple ne s’y est pas retrouvé, et il est arrivé au veau d’or. Que veux-tu ? La mariée a fauté.

12 Les secondes Tables et les sept bénédictions

Aux secondes Tables, le Saint béni soit-Il dit, pour ainsi dire : J’ai déjà appris la leçon. Cette fois, Je ne fais pas cette erreur. Toi, Moché Rabbénou, tu descends avec les secondes Tables, et nous commençons immédiatement les sept bénédictions. C’est ainsi qu’il faut être marié et mariée : il y a eu la nuit de la noce, et on commence ensuite les Chéva Berakhot. Et aux Chéva Berakhot, quelle est notre coutume ? Il faut des panim ’hadachot, des visages nouveaux.

Moché Rabbénou descend donc le 10 Tichri — « sala’hti kidvarékha », J’ai pardonné selon ta parole — avec les secondes Tables. Rachi l’écrit dans la paracha Vayakhel :

« וַיַּקְהֵל מֹשֶׁה — לְמָחֳרַת יוֹם הַכִּפּוּרִים כְּשֶׁיָּרַד מִן הָהָר » — Rachi sur Chemot 35,1

« « Moché rassembla » : le lendemain de Yom Kippour, quand il descendit de la montagne. »

Maintenant, les sept bénédictions. Il faut préparer une maison des mariés. Où ferons-nous les Chéva Berakhot ? Il faut préparer une salle. Et quelle est la salle ? Il leur ordonne de bâtir le Michkan.

« וְיִקְחוּ לִי תְּרוּמָה מֵאֵת כָּל אִישׁ אֲשֶׁר יִדְּבֶנּוּ לִבּוֹ » — Chemot 25,2

« Qu’ils prennent pour Moi une offrande, de tout homme que son cœur y porte. »

Le 11, Moché Rabbénou leur dit : prenez pour Moi une offrande. Le 12 et le 13, Israël rassemble tout ce qu’il faut, tous les dons, pour bâtir le Michkan. Le 14, on fait l’inventaire, et Moché Rabbénou leur dit : c’est fini, il y en a assez, il n’en faut pas plus. Et le 15, on commence à bâtir le Michkan.

Le Michkan, c’est la maison des mariés, dans laquelle entrera la Chekhina qui était au mont Sinaï. C’est exactement ce que nous faisons maintenant.
13 À Kippour, la Chekhina était ici

Nous étions à Yom Kippour, et nous avons mérité de recevoir la Chekhina ici, sur la terre. Nous savons qu’il y avait ici la Chekhina, nous l’avons sentie. D’abord, Yom Kippour n’est un jour ordinaire en aucune mesure. À la fin de Yom Kippour, que disons-nous ? « Chema Israël », « Baroukh chem », et sept fois « Hachem hou ha-Elokim » — pour faire remonter la Chekhina aux sept firmaments, à sa place, parce qu’elle était ici, sur la terre.

Et au passage : pourquoi ne porte-t-on pas de chaussures de cuir à Yom Kippour ? Quelle est la raison ? Parce que nous sommes comme des cohanim. Les cohanim, dans le Beith ha-Mikdach, marchaient pieds nus. Et comme la Chekhina descend sur la terre à Yom Kippour, le monde entier est le sol du Beith ha-Mikdach : c’est pourquoi il nous est interdit à tous de marcher avec des chaussures de cuir, exactement comme des cohanim.

La Chekhina était donc ici à Yom Kippour. Bien. Maintenant, comment gardons-nous toute cette énergie spirituelle ? Qu’en faisons-nous ?
14 Bâtir le Michkan : l’ombre de la foi

Ce qu’on a fait dans le désert. Qu’a-t-on fait de cette énergie ? Moché Rabbénou descend et dit : faites maintenant un Michkan.

« וְעָשׂוּ לִי מִקְדָּשׁ וְשָׁכַנְתִּי בְּתוֹכָם » — Chemot 25,8

« Qu’ils Me fassent un sanctuaire, et Je résiderai parmi eux. »

Quatre jours on s’organise, et le 15 on commence à bâtir le Michkan. Nous aussi, quatre jours plus tard, nous bâtissons le Michkan dans lequel entrera la Chekhina dans laquelle nous étions à Yom Kippour. C’est la fête de Souccot.

C’est pourquoi la soucca est appelée tsila di-mehemnouta, l’ombre de la foi : nous allons être à l’ombre de la foi. Nous prenons toute l’énergie spirituelle qui était à Yom Kippour, et nous ne la gaspillons pas — avant de nous disperser, chacun vers son monde profane, à s’occuper des pommes de terre.

Continue encore un peu à sentir le goût qu’avait Yom Kippour. Mais comment sentirai-je ce goût ? Je te le dis : bâtis un Michkan. La soucca, c’est le Michkan, à l’intérieur duquel, sept jours durant, nous fêtons la deuxième noce. Comme dans le désert Israël fête et reçoit la Chekhina, nous fêtons en réalité, pendant les sept jours de la fête, la spiritualité que nous avons méritée à Yom Kippour.
15 Les réponses

Cela répond à toutes les questions que j’ai posées. Qu’ai-je demandé ? Pourquoi précisément le 15 Tichri ? Parce que le 15 Tichri, on a commencé à bâtir le Michkan.

Et l’opinion qui dit « en souvenir des nuées de gloire » ? Quel rapport avec les nuées de gloire ? Nous avons dit que les nuées de gloire ont été là quarante ans dans le désert. Ce n’est pas vrai. Les nuées de gloire n’ont pas été là quarante ans : il y a eu une période où il n’y avait pas de nuées de gloire. Quand ? À partir du moment où l’on a fait le veau d’or, les nuées de gloire se sont retirées.

Et quand sont-elles revenues ? Le 15 Tichri, quand on a commencé à bâtir le Michkan. C’est pourquoi la soucca est le souvenir des nuées de gloire — il manque un mot, il faut lire entre parenthèses : en souvenir des nuées de gloire qui sont revenues le 15 Tichri. Nous faisons maintenant la soucca en souvenir de ces nuées-là.

Voilà qui répond à la question : pourquoi Souccot précisément le 15 Tichri, et quel est le lien avec les nuées de gloire. Et le travail que nous faisons, c’est entrer dans le Michkan. Quelle Chekhina s’y trouve ? La même Chekhina que nous avons reçue à Yom Kippour par le service de Yom Kippour : elle nous accompagne pendant les sept jours. Et ce que veut dire « des souccot réelles », nous allons le voir tout de suite : ce n’est pas quatre parois et du sekhakh.

16 Des visages nouveaux : les ouchpizin

Nous avons dit que c’est comme une maison des mariés. Que fait-on aux sept bénédictions ? Il faut des visages nouveaux, chaque jour un visage nouveau. Qui sont les visages nouveaux que nous avons à Souccot ? Les ouchpizin.

Le premier jour, le visage nouveau, c’est Avraham Avinou. Puis Its’hak — nous les invitons —, Ya’akov, Moché, Aharon, Yossef, et David : David, la royauté. À la fin, nous avons David ha-Mélekh lui-même.

Nous nous remarions, pour ainsi dire, avec le Saint béni soit-Il, et alors nous pouvons commencer l’année et commencer la vie ensemble comme il faut, dans l’amour et la paix.
17 « Des souccot réelles » : Havaya et Adnout

Maintenant, que sont des « souccot réelles » ? Qu’est-ce qu’une soucca réelle ? Nous l’avons appris une fois, à partir du piyout Soucca ve-loulav. Il y a dans ce piyout une strophe :

« יִשְׂמַח יִשְׂרָאֵל בְּצֵל סֻכָּתוֹ, יִסְתּוֹפֵף וְיֶחֱסֶה תַּחַת אֶבְרָתוֹ, הַשֵּׁם כִּכְתָבוֹ וְכִקְרִיאָתוֹ, כְּמִנְיַן סֻכָּה מִסְפָּרוֹ עָלָה » — Piyout Soucca ve-loulav

« Qu’Israël se réjouisse à l’ombre de sa soucca, qu’il s’abrite sous Son aile ; le Nom, tel qu’il s’écrit et tel qu’il se lit, s’élève au nombre de soucca. »

C’est un code, comme une énigme. « Le Nom », c’est le Nom Havaya. « Tel qu’il s’écrit » : comment l’écrit-on ? Youd, hé, vav, hé. Mais comment le dit-on, « tel qu’il se lit » ? Nous disons le Nom Adnout : alef, dalet, noun, youd.

י־ה־ו־ה = 26  ·  א־ד־נ־י = 65  →  26 + 65 = 91
ס 60 + ו 6 + כ 20 + ה 5 = 91
Voilà les « souccot réelles » : le Saint béni soit-Il a fait demeurer Israël dans des souccot réelles — Havaya et Adnout ensemble. C’est la Providence qui est sur nous. Ils habitaient des tentes, sous les nuées ; mais ce qui les entourait vraiment, c’était Havaya et Adnout ensemble.

Nous avions développé cette énigme du piyout dans le deuxième cours sur Souccot.

18 La soucca, arche de Noé

Et puisque nous y sommes, fermons aussi ce point. Parce que la soucca contient Havaya et Adnout ensemble, on peut dire qu’elle est aussi l’arche de Noé, qui nous protège à Souccot et toute l’année, pour celui qui a le mérite d’en recevoir. Pensez que vous êtes à l’intérieur d’une batterie qui vous recharge en énergie pendant sept jours, et qu’avec cela vous marchez toute l’année.

Comment l’arche de Noé est-elle liée à la soucca ? Nous l’avons appris une fois, et je le répète, parce qu’il est bon de faire entrer les choses dans la tête. Mettons d’un côté youd-hé-vav-hé, et de l’autre alef-dalet-noun-youd. Le Ari zal dit que si l’on « frappe » — c’est-à-dire si l’on multiplie — Havaya par Adnout, on obtient l’arche de Noé :

א 1 × י 10 = 10
ד 4 × ה 5 = 20
נ 50 × ו 6 = 300
י 10 × ה 5 = 50
« שְׁלֹשׁ מֵאוֹת אַמָּה אֹרֶךְ הַתֵּבָה, חֲמִשִּׁים אַמָּה רָחְבָּהּ, וּשְׁלֹשִׁים אַמָּה קוֹמָתָהּ » — Béréchit 6,15

« Trois cents coudées la longueur de l’arche, cinquante coudées sa largeur, et trente coudées sa hauteur. »

Dix plus vingt, trente : c’est la hauteur de l’arche ; cinquante, la largeur ; trois cents, la longueur. Si j’additionne Havaya et Adnout, j’obtiens la soucca. Si je les multiplie, j’obtiens l’arche de Noé.

La soucca, dans sa multiplication, nous protège comme l’arche de Noé a protégé Noé du déluge. Et quel déluge avons-nous aujourd’hui ? Le déluge d’aujourd’hui, ce sont toutes les choses qui nous font perdre la tête, qui nous font sortir de l’équilibre. Le déluge, c’est sortir de l’équilibre. Et tout ce qui nous fait sortir de l’équilibre, la soucca nous remet la tête en ordre.

Nous comprenons donc que ce n’est pas une simple fête de tissus, de piquets et de planches. Il y a ici une chose bien plus essentielle — et précisément dans une matière qui n’est presque rien. Combien coûte une soucca ? Aujourd’hui cela devient de moins en moins cher. Combien de temps faut-il pour la bâtir ? Mais quelle grande valeur elle a, dans la continuité du travail que nous avons fait à Yom Kippour. C’est la chose qu’il est possible, et très utile, de garder.

19 ’Hag ha-assif : « ma force et la puissance de ma main »

Si je veux saisir l’essence de ces jours — car, comme je l’ai dit, la soucca semble ne rien contenir : des tissus, du fer, du bois, des planches, du sekhakh, tout paraît très simple, provisoire —, que veut-on nous transmettre par ce provisoire et cette simplicité ?

Avant de répondre, il faut savoir que Souccot, dans la Torah, dans le Tanakh, dans son histoire, n’est pas seulement une fête que nous appellerions religieuse, au sens où nous l’entendons aujourd’hui : on entre dans la soucca, on fait la bénédiction. Souccot était aussi une fête agricole. Comment la Torah appelle-t-elle Souccot ? ’Hag ha-assif, la fête de la récolte.

« וְחַג הָאָסִף בְּצֵאת הַשָּׁנָה בְּאָסְפְּךָ אֶת מַעֲשֶׂיךָ מִן הַשָּׂדֶה » — Chemot 23,16

« Et la fête de la récolte, au départ de l’année, quand tu rentres ton ouvrage des champs. »

Que récoltait-on ? Toute la récolte amassée pendant l’été. Maintenant c’est le seuil de l’automne, de l’hiver : on rentre tout. En hiver il n’y aura pas de blé, il pleut. La plus grande partie de la nourriture de l’homme pousse pendant les mois chauds, et il faut la faire entrer dans les entrepôts, dans les greniers, pour la garder et avoir de quoi manger l’hiver.

Imaginons que nous soyons tous ici des agriculteurs, et demandons : quand sommes-nous de la meilleure humeur ? Nous avons travaillé très, très dur à Pessa’h, en Nissan, Iyar, Sivan, les mois d’été. Et maintenant nous faisons entrer tous nos biens dans les entrepôts ; tous les marchands viennent acheter. Le sommet de notre joie, c’est quand ? À ’hag ha-assif. Nous sommes dans la meilleure situation du point de vue économique, du point de vue de notre richesse matérielle.

À ce point précis, la Torah vient et dit : il peut se glisser dans ta tête la pensée de « ma force et la puissance de ma main ». Je suis maintenant le plus fort, je suis installé, j’ai de la récolte, je suis un grand marchand, tout le monde vient m’acheter, il ne me manque rien.

« וְאָמַרְתָּ בִּלְבָבֶךָ כֹּחִי וְעֹצֶם יָדִי עָשָׂה לִי אֶת הַחַיִל הַזֶּה » — Devarim 8,17

« Et tu dirais en ton cœur : ma force et la puissance de ma main m’ont acquis cette richesse. »

Comment travailler sur cela, pour ne pas arriver à ce trait ? Le Saint béni soit-Il te dit dans la Torah : à ce sommet, Je n’ai pas de problème —

« וְשָׂמַחְתָּ בְּחַגֶּךָ… וְהָיִיתָ אַךְ שָׂמֵחַ » — Devarim 16,14-15

« Tu te réjouiras dans ta fête… et tu ne seras que joyeux. »

Tu as toutes les raisons de te réjouir, puisque tu es au sommet du point de vue économique. Mais à ce point précis :

« וְרָם לְבָבֶךָ וְשָׁכַחְתָּ אֶת ה׳ אֱלֹהֶיךָ » — Devarim 8,14

« Et ton cœur s’élèverait, et tu oublierais Hachem ton Dieu. »
Alors comment équilibrer cela ? Je te fais sortir de ta maison, vers la soucca. Moi, le riche à qui rien ne manque, je vais habiter dans cette chose-là ? Oui : sors habiter dans cette chose-là. Et d’un coup tu reçois une proportion sur la vie. Au sommet de ta richesse, quand tu voudrais être dans le luxe, on te dit : non, va être simple. Sois simple, dans la soucca.
20 Des murs de tissu

Et pas seulement cela. Quand tu seras dans la soucca, de quoi les murs sont-ils faits ? De tissu. Quand les murs sont de tissu, tu entends la rue. Tu entends ce qui se passe dehors. Tu entends s’il y a des gens à qui il manque quelque chose, qui n’ont pas. Et l’autre peut se sentir plus libre, plus à l’aise pour s’approcher de toi.

Imaginez un instant : je suis passé tout à l’heure près de l’école Yechouroun. Sur tous les trottoirs autour de ce projet, on a fait des souccot, des souccot, des souccot : un spectacle splendide. Pourquoi est-ce que je m’enthousiasme ? Des gens habitent dans quatre tours de vingt-cinq, vingt-huit étages. « Ma force et la puissance de ma main » peut se glisser en une seconde du vingt-huitième étage. À Souccot : descends de là, dans la soucca. Et ce n’est pas seulement ta soucca : il y en a vingt, trente autour.

Imaginez, avec l’aide de Dieu, vendredi soir : quel spectacle splendide, quand dans chaque soucca on chante Chalom Alékhem et « Ou-veyom sim’hatkhem ou-vmo’adékhem », et que chacun entend l’autre, parce que tout le monde est proche. C’est du tissu : on s’entend les uns les autres, on entend les plaisanteries de cette famille-là, et l’on n’en retire que du positif. Chacun avec ses sorties à lui — mais tu entends le peuple d’Israël ensemble.

Cela, tu ne peux le recevoir qu’à Souccot. À une fête ordinaire, à Pessa’h, on te dit d’ouvrir la porte, « que quelqu’un entre » — mais en fait tu n’ouvres pas la porte, chacun est chez soi. À Souccot, la rue devient le Beith Haknesset de tous.

Nous l’avons vécu, hélas, à l’époque du corona. Mais c’était agréable — pardonnez-moi de le dire — de prier dehors et de voir tout le monde, tous ensemble. Les Beith Haknesset priaient dans la rue, c’était ouvert, et tu voyais des gens qui n’auraient jamais pensé aller au Beith Haknesset. L’un se sentait libre, comme s’il promenait son chien — il promène son chien, mais il s’arrête pour dire avec toi les réponses, dehors, dans la rue.

Quelqu’un dans l’assistance fait remarquer que cela tombe exactement un an après ce qui s’est passé à Tel-Aviv autour de la prière de Kippour en public, au même endroit. M. Himi acquiesce : des prières de foule dans les rues — c’est vraiment un tikoun de ce qui s’est passé à Yom Kippour, juste avant le 7 octobre.

Souccot a ce point : relier tout le peuple d’Israël ensemble. Et tu ne peux relier tout le peuple d’Israël ensemble qu’en le faisant sortir dehors. C’est la beauté de Souccot. Au sommet, quand tu dis « ma force et la puissance de ma main », je suis le roi du monde, j’ai rentré la récolte, il ne me manque rien : arrête. Sors vers le peuple, descends vers le peuple, sois avec tout le monde, écoute tout le monde. Tu es comme tout le monde. Ta maison ? Quatre parois, voilà ce que tu as. Tu veux te gâter ? Pas de problème : gâte-toi dans la soucca, avec tout le monde. Et rappelle-toi que s’il y a du vent, elle peut aussi s’envoler. C’est le point qui équilibre « ma force et la puissance de ma main ».
21 Ya’akov : une maison pour lui, des souccot pour ses biens

D’où apprenons-nous ce principe à la base ? De Ya’akov Avinou. Le mot « souccot » n’est pas un mot du livre de Chemot ou du désert. Il apparaît déjà dans le livre de Béréchit. Dans l’assistance, on rappelle « ils partirent de Souccot et campèrent à Etam, au bord du désert » : cela, c’est la sortie d’Égypte. Mais ce Souccot dont parle le verset est un nom connu : où avons-nous rencontré ce lieu appelé Souccot ? Qui est passé par là et lui a donné ce nom pour la première fois ? Ya’akov Avinou, juste après s’être séparé d’Essav.

« וַיָּשָׁב בַּיּוֹם הַהוּא עֵשָׂו לְדַרְכּוֹ שֵׂעִירָה. וְיַעֲקֹב נָסַע סֻכֹּתָה וַיִּבֶן לוֹ בָּיִת וּלְמִקְנֵהוּ עָשָׂה סֻכֹּת עַל כֵּן קָרָא שֵׁם הַמָּקוֹם סֻכּוֹת » — Béréchit 33,16-17

« Essav retourna ce jour-là par son chemin vers Séïr. Et Ya’akov partit pour Souccot ; il se bâtit une maison, et pour son bétail il fit des souccot ; c’est pourquoi il appela le lieu Souccot. »

Essav est allé à Séïr — Séïr, comme le bouc envoyé à Azazel ; nous avons étudié plusieurs fois ce Zohar. Et Ya’akov, où est-il allé ? « Ya’akov partit soukkota ». Qu’est-ce que soukkota ? C’est soucca avec un hé : il y a fait entrer la Chekhina. La Chekhina est à l’intérieur — c’est le dernier hé de youd-hé-vav-hé —, elle est dedans.

Et le verset dit : « il se bâtit une maison, et pour son bétail il fit des souccot ». Pour lui-même il a bâti une maison : j’imagine une maison en dur, quatre murs comme il faut. Et pour son miknè, ses animaux, il a fait des souccot — c’est vrai, une bergerie, une étable, c’est construit comme une soucca.

Mais il y a ici une chose beaucoup plus profonde, une allusion. Que nous enseigne Ya’akov Avinou ? « Il se bâtit une maison » : quand un homme doit se construire lui-même, sa personnalité, il doit sentir qu’il la bâtit de façon stable, comme une maison. Mais son kinyan, son acquisition, ses biens — « et pour son bétail » —, qu’il les traite comme des souccot : quelque chose de provisoire, temporaire, passager. C’est ainsi que tu équilibres ce point. Quand un homme sent qu’il a beaucoup de biens, que lui dit-on ? Souccot, souccot.
22 Les deux rôles de Souccot

Et c’est la plus merveilleuse préparation qui puisse être, après avoir traversé Roch Hachana, Yom Kippour, le jour du pardon des fautes. Tu veux commencer une page nouvelle ? Au sommet de « ma force et la puissance de ma main », arrête-toi, prends les proportions, regarde la réalité, commence Souccot.

Après avoir compris cette idée de l’unité d’Israël, sous le signe de l’unité d’Israël, pars sur ta route — une route de bonne vie et de paix. Tout ira bien : maintenant tu es équilibré. Tu sauras écouter le faible, le pauvre, l’étranger, l’orphelin, la veuve.

Souccot a donc deux rôles. D’un côté, le souvenir de la sortie d’Égypte, le souvenir des nuées de gloire, le souvenir de tout ce que nous avons dit. De l’autre, le lien avec l’ensemble d’Israël. C’est la beauté de cette fête.
23 La soucca de David qui est tombée

De là, prenons encore une idée. Nous disons toujours : « Qu’Il relève pour nous la soucca de David qui est tombée. » Voilà encore une soucca. Dans le Birkat ha-Mazone nous prions : « Ha-Ra’hamane hou yakim lanou et soukkat David ha-nofélet ». Et il y a une autre chose que nous disons : la soucca de la peau du Léviathan. Commençons par la soucca de David qui est tombée. Que lui est-il arrivé ? De quoi parle-t-on ?

Voyons d’abord la source. Ce n’est pas un slogan : c’est un verset explicite, dans le prophète Amos, chapitre 9. Il faut comprendre dans quel contexte il a été dit. C’est un chapitre dont une haftara commence par « Halo ki-vné Kouchiyim » ; les Marocains ne la lisent pas, les Ashkénazes ont l’habitude de la lire à l’une des parachiot de l’année, c’est pourquoi elle n’est pas très connue.

« הֲלוֹא כִבְנֵי כֻשִׁיִּים אַתֶּם לִי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל נְאֻם ה׳, הֲלוֹא אֶת יִשְׂרָאֵל הֶעֱלֵיתִי מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם וּפְלִשְׁתִּיִּים מִכַּפְתּוֹר וַאֲרָם מִקִּיר. הִנֵּה עֵינֵי אֲדֹנָי יֱהֹוִה בַּמַּמְלָכָה הַחַטָּאָה וְהִשְׁמַדְתִּי אֹתָהּ מֵעַל פְּנֵי הָאֲדָמָה, אֶפֶס כִּי לֹא הַשְׁמֵיד אַשְׁמִיד אֶת בֵּית יַעֲקֹב נְאֻם ה׳ » — Amos 9,7-8

« N’êtes-vous pas pour Moi comme les fils des Kouchites, enfants d’Israël, dit Hachem ? N’ai-Je pas fait monter Israël du pays d’Égypte, et les Philistins de Kaftor, et Aram de Kir ? Voici, les yeux d’Hachem Dieu sont sur le royaume pécheur, et Je le détruirai de dessus la face de la terre ; cependant Je ne détruirai pas entièrement la maison de Ya’akov, dit Hachem. »

Le prophète dit ici que le Saint béni soit-Il détruira les nations pécheresses, mais qu’Il ne détruira pas le peuple d’Israël, à Dieu ne plaise. Cela ne veut pas dire qu’Il ne le punira pas, qu’Il ne l’exilera pas. Il y aura un exil, il y aura des épreuves. Mais détruire — qu’il n’y en ait plus, à Dieu ne plaise —, cela n’arrivera pas.

24 Comme dans un crible
« כִּי הִנֵּה אָנֹכִי מְצַוֶּה וַהֲנִעוֹתִי בְכָל הַגּוֹיִם אֶת בֵּית יִשְׂרָאֵל כַּאֲשֶׁר יִנּוֹעַ בַּכְּבָרָה וְלֹא יִפּוֹל צְרוֹר אָרֶץ » — Amos 9,9

« Car voici, J’ordonne, et Je secouerai la maison d’Israël parmi toutes les nations, comme on secoue dans le crible, sans qu’un grain tombe à terre. »

Que veut dire « Je secouerai » ? Je déplacerai, J’exilerai le peuple d’Israël, et Je le laisserai être en exil d’un lieu à un autre. Je ne le détruirai pas, à Dieu ne plaise, mais il y aura un exil. Pourquoi ? Parce que vous non plus n’êtes pas en règle. Et voyez l’image : Il nous déplacera d’un lieu à l’autre dans les exils — France, Espagne, Maroc, Irak, Babel, Yémen. Comme quoi ? « Comme on secoue dans le crible. »

Qu’est-ce qu’une kevara ? Un crible, un tamis : l’instrument avec lequel on tamise la farine. Amos dit que, pour ainsi dire, Il prendra tout le peuple d’Israël dans ce crible et le secouera d’un lieu à l’autre, sur toute la terre, et le tamisera : une fois tu es au Maroc, une fois en Espagne, une fois au Yémen. Dans l’assistance on ajoute : l’Inquisition, l’expulsion d’Espagne. C’est cela : Il les tamise, Il les tamise — Il ne les détruit pas, à Dieu ne plaise.

C’est pour cela que le prophète commence ainsi : les autres, Je les ai détruits ; vous, non. Mais Je vous secouerai.

25 Les fautes, pas les fauteurs
« בַּחֶרֶב יָמוּתוּ כֹּל חַטָּאֵי עַמִּי הָאֹמְרִים לֹא תַגִּישׁ וְתַקְדִּים בַּעֲדֵינוּ הָרָעָה » — Amos 9,10

« Par l’épée mourront tous les pécheurs de Mon peuple, ceux qui disent : le malheur n’approchera pas, il ne nous atteindra pas. »

Ceux qui pensent pouvoir faire ce qu’ils veulent sans qu’il leur arrive rien. Et l’on remarque ici, comme dans le passage de Brouria, l’épouse de Rabbi Méïr — vous connaissez l’histoire. Rabbi Méïr se plaignait d’un groupe de malfaiteurs du quartier qui le harcelaient sans cesse. Un jour il rentra chez lui et dit : que ces fauteurs meurent. Sa femme le reprit : qu’est-ce qui te prend ? Qu’est-il écrit ?

« יִתַּמּוּ חַטָּאִים מִן הָאָרֶץ וּרְשָׁעִים עוֹד אֵינָם » — Tehilim 104,35

« Que les fautes disparaissent de la terre, et il n’y aura plus de méchants. »
« מִי כְּתִיב חוֹטְאִים? חֲטָאִים כְּתִיב » — Berakhot 10a

« Est-il écrit « les fauteurs » ? Il est écrit « les fautes ». »

Il n’est pas écrit ’hotim, les fauteurs, mais ’hataïm, les fautes. Prie pour eux, qu’ils reviennent en téchouva : que leurs fautes meurent, mais pas eux. Et c’est ce qu’il a fait.

Il y a donc les fautes, et il y a les fauteurs. Avec l’aide de Dieu, nous prions pour que les fautes meurent, pas les fauteurs eux-mêmes. C’est comme quand on veut éduquer un enfant : on ne lui dit pas « tu es un enfant méchant ». Que lui dit-on ? « Ton comportement est mauvais. » Toi, tu es bon, mais ton comportement n’est pas bon. Il n’y a pas d’enfant méchant ; il y a un enfant qui va mal — et s’il est ainsi, c’est que nous n’avons pas encore trouvé le remède qui le guérira.
26 La soucca qui est tombée, et qui se relèvera

Et voici le verset :

« בַּיּוֹם הַהוּא אָקִים אֶת סֻכַּת דָּוִיד הַנֹּפֶלֶת וְגָדַרְתִּי אֶת פִּרְצֵיהֶן וַהֲרִסֹתָיו אָקִים וּבְנִיתִיהָ כִּימֵי עוֹלָם » — Amos 9,11

« En ce jour-là, Je relèverai la soucca de David qui est tombée, Je fermerai ses brèches, Je relèverai ses ruines, et Je la rebâtirai comme aux jours d’autrefois. »

Le premier Temple était une maison, pas une soucca. Le second Temple était une maison, pas une soucca. Mais après la destruction du second Beith ha-Mikdach, Israël est dans le crible, comme nous l’avons dit, et il passe d’un lieu à l’autre. Dans quelle situation se trouve-t-il maintenant ? Il n’est pas dans une maison. Dans quelle situation ? Dans une soucca.

Mais au début — au premier, au deuxième, au troisième siècle —, tu pouvais encore identifier : ceux-ci sont de la semence royale, c’est la famille de David ha-Mélekh. Je remonte les registres et je peux dire qu’ils descendent de David ha-Mélekh. C’était important de savoir où passait la lignée, pour que nous sachions qui sera le roi Machia’h. Mais peu à peu, avec le temps, non seulement nous n’avons pas de maison, nous avons une soucca — mais en plus on ne pouvait plus montrer qui appartient vraiment à David ha-Mélekh.

Autrement dit, même la soucca de David est tombée. Si je vous demande aujourd’hui qui est de la semence royale, vous me direz peut-être : il y a telle famille qui se dit descendante de David ha-Mélekh. D’accord, il y a une source pour cela. Mais tu ne peux pas signer qu’il est un descendant de David ha-Mélekh : tout s’est mêlé. La soucca de David est tombée.

Que nous promet le prophète Amos ? Même quand tu penses qu’il n’y a aucune chance de montrer qui sera le roi Machia’h — nous ne pouvons pas l’identifier aujourd’hui —, « en ce jour-là, Je relèverai la soucca de David qui est tombée, Je fermerai ses brèches », je réparerai les ruines, « et Je la rebâtirai comme aux jours d’autrefois ». De qui parle-t-il ? Du roi Machia’h. Quand nous disons dans le Birkat ha-Mazone et dans la prière « qu’Il relève pour nous la soucca de David qui est tombée », nous pensons au roi Machia’h.

27 « Je les planterai sur leur terre »

Et la prophétie d’Amos se termine ainsi :

« וְשַׁבְתִּי אֶת שְׁבוּת עַמִּי יִשְׂרָאֵל וּבָנוּ עָרִים נְשַׁמּוֹת וְיָשָׁבוּ וְנָטְעוּ כְרָמִים וְשָׁתוּ אֶת יֵינָם וְעָשׂוּ גַנּוֹת וְאָכְלוּ אֶת פְּרִיהֶם. וּנְטַעְתִּים עַל אַדְמָתָם וְלֹא יִנָּתְשׁוּ עוֹד מֵעַל אַדְמָתָם אֲשֶׁר נָתַתִּי לָהֶם אָמַר ה׳ אֱלֹהֶיךָ » — Amos 9,14-15

« Je ramènerai les captifs de Mon peuple Israël ; ils rebâtiront les villes dévastées et les habiteront, ils planteront des vignes et en boiront le vin, ils feront des jardins et en mangeront le fruit. Je les planterai sur leur terre, et ils ne seront plus arrachés de leur terre que Je leur ai donnée, dit Hachem ton Dieu. »

Vous pensez que je lis des versets sur l’État d’Israël ? 1948 ? Voilà, je lis : « Je ramènerai les captifs de Mon peuple Israël » — 1948 ; « ils rebâtiront les villes dévastées » — même avant ; « ils planteront des vignes et en boiront le vin, ils feront des jardins et en mangeront le fruit. Je les planterai sur leur terre, et ils ne seront plus arrachés de leur terre que Je leur ai donnée ».

Maintenant que nous savons que ce sont les jours du Machia’h, avec l’aide de Dieu, cela n’aidera ni l’Iran ni le Hamas : c’est signé, c’est une prophétie. Je viens de vous lire les versets de notre époque. Le Saint béni soit-Il nous a déjà plantés sur notre terre, et ce qui reste à attendre, c’est le roi Machia’h, avec l’aide de Dieu : qu’il vienne, qu’il nous délivre, qu’il bâtisse le Mikdach, et nous serons là, avec l’aide de Dieu, pour Souccot.
28 La soucca de la peau du Léviathan

Et là-bas, dans la soucca de la peau du Léviathan. Qu’est-ce que la soucca de la peau du Léviathan ? Imaginons le Léviathan — le même que nous avons rencontré avec Yona ? C’est une sorte de poisson. Que veut dire s’asseoir dans la soucca de la peau du Léviathan ? Ses parois seront-elles faites de la peau du Léviathan, et le sekhakh de branches ordinaires ? Ou le sekhakh de la peau du Léviathan, et les parois de je ne sais quels tissus ? Qu’imaginons-nous ?

« עָתִיד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לַעֲשׂוֹת סוּכָּה לַצַּדִּיקִים מֵעוֹרוֹ שֶׁל לִוְיָתָן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַתְמַלֵּא בְשֻׂכּוֹת עוֹרוֹ״ » — Bava Batra 75a

« Le Saint béni soit-Il fera à l’avenir une soucca pour les justes avec la peau du Léviathan, comme il est dit : « Rempliras-tu de souccot sa peau ? » »

Dans l’assistance on sourit : un poisson, l’odeur n’est pas terrible ; tu es dans la soucca avec une odeur de poisson. Et Yona, à l’intérieur, a souffert — il le dit à la fin, il n’en a pas vraiment profité. Il me semble qu’il y a un Midrach qui dit que c’était une femelle, et qu’elle était pleine, et qu’il était encore plus à l’étroit. Bref, comme on le dit ici : c’est une métaphore. Mais une métaphore de quoi ?

« לִוְיָתָן נָחָשׁ בָּרִחַ וְעַל לִוְיָתָן נָחָשׁ עֲקַלָּתוֹן » — Yechayahou 27,1

« Le Léviathan, serpent fuyard, et le Léviathan, serpent tortueux. »

Si je remonte un peu en arrière, nous avons ce qu’on appelle le na’hach bariah et le na’hach akalaton. Si je veux imaginer le Léviathan dont nous parlons, ce n’est pas la baleine que nous connaissons aujourd’hui ; je dirais plutôt qu’il ressemble à une anguille géante, une sorte de monstre marin, un serpent tortueux. La métaphore nous ramène encore au serpent : le serpent dont nous parlons au Gan Eden, qui a fait trébucher l’homme et l’a amené à la faute.

Le serpent, ou le Léviathan, symbolise ce serpent à cause duquel nous sommes depuis six mille ans à traverser tout ce que nous traversons aujourd’hui, jusqu’au grand tikoun.
29 De la peau à la lumière

Et le mot ’oro, « sa peau » : quel rapport ? Nous avons appris une fois qu’Adam ha-Richon, avant la faute, n’avait pas un vêtement de peau, ’or avec un ayin, mais un vêtement de lumière, or avec un alef. Son vêtement était fait de lumière. À la suite de la faute, la lumière avec alef s’est matérialisée et est devenue ’or avec ayin : une matière plus épaisse que la lumière, qui est plus spirituelle.

« וַיַּעַשׂ ה׳ אֱלֹהִים לְאָדָם וּלְאִשְׁתּוֹ כָּתְנוֹת עוֹר וַיַּלְבִּשֵׁם » — Béréchit 3,21

« Hachem Dieu fit pour l’homme et pour sa femme des tuniques de peau, et les en revêtit. »

Il les en a revêtus : cela signifie qu’auparavant ils étaient vêtus d’autre chose — de tuniques de lumière, avec alef. Mais elles se sont matérialisées, et ils ont été revêtus de peau. Le serpent a causé que l’homme perde son vêtement spirituel, qui s’est matérialisé et est devenu peau.

Dans le tikoun, nous reviendrons de l’état de ’or, la peau, à l’état de or, la lumière. Voilà ce que nous disons : qu’Hachem nous fasse mériter de nous asseoir dans la soucca de la peau du Léviathan — ce Léviathan qui, dans la langue de la Torah, est le pendant du serpent. Quand le Machia’h sera là et que le monde sera réparé, nous mériterons de nous asseoir dans sa lumière, quand nous serons dans l’état de or et non de ’or. Toute cette notion, c’est qu’Hachem nous fasse mériter les jours du Machia’h et le tikoun du monde, où tout revient à son état premier, comme Adam ha-Richon avant la faute.
30 Le sekhakh : d’où vient l’ombre ?

Comme le temps est presque terminé — il y a une azkara entre Min’ha et Arvit, où je parlerai aussi —, profitons des cinq minutes qui restent pour parler un peu du sekhakh de la soucca.

« סֻכָּה שֶׁהִיא גְּבוֹהָה לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה — פְּסוּלָה » — Soucca 2a

« Une soucca haute de plus de vingt coudées est invalide. »

Autrement dit, si la soucca a une hauteur de dix mètres, elle est invalide. Pourquoi ? Parce que son ombre vient des parois et non du sekhakh. Le soleil se déplace dans le ciel ; quand j’ai des parois très, très hautes, l’ombre qui tombe dans la soucca est, géométriquement, l’ombre des parois, et non celle du sekhakh lui-même. Et il importe précisément de profiter de l’ombre qui vient du sekhakh.

Pourquoi ? Quelle est la pression ? Tu m’as dit de faire du sekhakh, j’ai fait du sekhakh : que t’importe que l’ombre vienne des parois ou du sekhakh, l’essentiel est que j’aie un toit de sekhakh ! Si tout le but de la soucca est de vivre dans le provisoire, de sentir que nous sommes provisoires, passagers, tous les motifs de la soucca existent même si elle dépasse vingt coudées : elle est faite de provisoire, ce n’est pas une soucca permanente, il y a du sekhakh, il y a tout ce qu’il faut. Pourquoi est-il si important de savoir d’où vient l’ombre ?

Si l’on imagine bien, le sekhakh est une sorte de filtre : il filtre la lumière du soleil, et nous recevons son ombre. Que dois-je filtrer ici ? Si un homme dort toute la journée, il ne sentira même pas s’il fait chaud. Que faut-il filtrer ?

31 Cent contre cent : le filtre du sekhakh

Il faut savoir que le sekhakh est en réalité la suite du travail de Roch Hachana. À Roch Hachana, nous sonnons cent sons — cent un. Pourquoi cent un ? On dit que c’est d’après le Midrach selon lequel la mère de Sisra a poussé cent sanglots :

« בְּעַד הַחַלּוֹן נִשְׁקְפָה וַתְּיַבֵּב אֵם סִיסְרָא » — Choftim 5,28

« Par la fenêtre elle regardait, et la mère de Sisra sanglotait. »

Et il y a un autre Midrach, que peu de gens connaissent, qui dit que ce n’est pas en correspondance avec les sanglots de cette femme des nations, mais avec Sarah Iménou : quand elle a compris qu’Its’hak allait être offert sur l’autel, elle a sangloté cent sanglots. C’est en souvenir des sanglots de Sarah, et non de la mère de Sisra. Aujourd’hui nous arrivons à cent dans le compte, pour nous acquitter selon toutes les opinions — qu’est-ce qu’un sanglot, qu’est-ce qu’une plainte ; nous n’entrerons pas maintenant dans tout le calcul.

Quelqu’un dans l’assistance cite « celui qui révise son chapitre cent une fois ». C’est une belle explication associative ; mais il faut la relier à l’essence des jours du jugement, qui sont liés à la sonnerie du chofar. Ce qui domine à Roch Hachana, ce sont les dinim, c’est Samekh-Mem, c’est le Satan : il essaie sans cesse d’accuser. Nous faisons toutes sortes d’actions pour le neutraliser — des sons debout, des sons assis — pour adoucir les dinim du Satan.

On ne prononce pas son nom en entier ; on l’appelle par deux lettres : ס״ם
ס 60 + מ 40 = 100

Pour le soumettre, on sonne cent un sons : cent contre cent — nous sommes au bras de fer —, et la dernière terou’a le fait tomber complètement, elle le soumet. Ce travail continue aussi à Souccot. Pourquoi ? Parce qu’il guette Israël et cherche encore à accuser : cela ne lui passe pas, que le Saint béni soit-Il ait pardonné nos fautes. Et voici que nous arrivons aux quatre jours dont j’ai parlé au début du cours, ceux qui correspondent à youd-hé-vav-hé, entre Yom Kippour et Souccot ; et il veut maintenant commencer à travailler, à nous déranger, précisément pendant les sept jours du festin, ces sept jours où nous fêtons le lien renouvelé avec le Saint béni soit-Il, comme nous l’avons appris pour le Michkan.

Comment le soumettrons-nous ? Nous mettons devant lui le sekhakh.
ס 60 + כ 20 + ך 20 = 100
Le sekhakh sert à filtrer la volonté des accusateurs de venir sur nous. C’est pourquoi une soucca plus haute que vingt coudées n’est pas cachère : il n’y a pas en elle l’ombre du sekhakh, qui doit filtrer la volonté des accusateurs de venir nous attaquer de nouveau.

Nous comprenons donc que la soucca est finalement notre bouclier et notre abri, avec l’aide de Dieu. Plus nous nous nourrirons d’elle pendant les sept jours, plus nous amasserons de force spirituelle pour traverser toutes les épreuves du temps, le déluge de la vie qui nous attend après Souccot — car, comme nous l’avons dit, la soucca est comme l’arche de Noé.

Et qu’avec l’aide de Dieu nous méritions, finalement et rapidement de nos jours, que se relève déjà la soucca de David qui est tombée, que vienne le Machia’h, que soit bâti le Beith ha-Mikdach, et que nous méritions, avec l’aide de Dieu, toutes les bonnes choses. Amen, qu’il en soit ainsi.

🎯 Teste-toi

Cinq questions sur le cours. Clique sur une réponse.

1
Pourquoi la Torah dit-elle « le premier jour » pour Souccot, et non « le quinze du septième mois » ?
Pendant les quatre jours après Kippour, Israël est occupé aux mitsvot ; le compte des fautes ne s’ouvre qu’au 15 Tichri : « premier pour le compte des fautes ».
2
Selon Rabbi Eliezer (Soucca 11b), dans quelles souccot Hachem a-t-Il fait demeurer Israël ?
Rabbi Eliezer : « c’étaient les nuées de gloire » ; Rabbi Akiva : « ils se sont fait des souccot réelles ».
3
D’après le cours, quand les nuées de gloire sont-elles revenues ?
Elles s’étaient retirées après le veau d’or ; elles reviennent le 15 Tichri. D’où : en souvenir des nuées de gloire « qui sont revenues ».
4
Que fit Ya’akov à Souccot, selon Béréchit 33,17 ?
« Il se bâtit une maison, et pour son bétail il fit des souccot » : bâtir sa personne comme une maison, traiter ses biens comme une soucca, provisoires.
5
Que représente la « soucca de la peau du Léviathan » dans le cours ?
Le Léviathan est le « serpent tortueux » ; à cause du serpent, la lumière d’Adam est devenue peau. Au tikoun, on revient de עור à אור.

Résultat

📅 Programme sur sept jours — de la maison à la soucca
Jour 1
Le premier jour, se rappeler : « premier pour le compte des fautes ». Les quatre jours d’avant étaient des mitsvot ; maintenant, garder ce qu’on a reçu.
Jour 2
Entrer dans la soucca comme on entre dans la maison des mariés : penser à la Chekhina de Kippour qui nous accompagne ces sept jours.
Jour 3
Accueillir l’ouchpiza du jour comme un « visage nouveau » des Chéva Berakhot, et dire un mot de Torah sur lui à table.
Jour 4
Écouter à travers les murs de tissu : repérer quelqu’un autour de nous à qui il manque quelque chose, et l’inviter ou l’aider.
Jour 5
Faire comme Ya’akov : nommer une chose qu’on traite comme une « maison » et qui n’est qu’un bien passager — et la remettre à sa place.
Jour 6
Au Birkat ha-Mazone, dire avec intention « qu’Il relève pour nous la soucca de David qui est tombée » : prier pour le Machia’h.
Jour 7
Rester un moment sous le sekhakh, en silence : c’est son ombre, et non celle des murs, qui filtre les accusateurs.
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