« Pour lui une maison, pour ses biens des souccot »
La Torah ne dit pas « le quinze du septième mois, prenez les quatre espèces » ; elle dit « le premier jour ». Nos Sages l’expliquent : premier pour le compte des fautes. Pendant les quatre jours qui séparent Kippour de Souccot, Israël est tout entier occupé aux mitsvot — bâtir, acheter, chercher, préparer — et le compte ne s’ouvre pas. Ces quatre jours correspondent aux quatre lettres du Nom : ils font descendre la sainteté de Kippour jusqu’à la soucca.
Pourquoi une soucca, et pourquoi le 15 Tichri ? Ni « des souccot réelles » ni « les nuées de gloire » ne répondent seules. La réponse est dans l’histoire : au Sinaï a eu lieu la première noce, et le marié est parti quarante jours ; le peuple a fauté avec le veau d’or. À Kippour, Moché redescend avec les secondes Tables ; le 15 Tichri, on commence à bâtir le Michkan — la maison des mariés — et les nuées de gloire reviennent. Nous bâtissons la soucca pour garder, sept jours durant, la Chekhina que nous avons reçue à Kippour.
Souccot est aussi ’hag ha-assif, la fête de la récolte : le moment où l’homme est au sommet de sa richesse, et où peut se glisser « ma force et la puissance de ma main ». La Torah le fait sortir de sa maison et l’assoit sous un toit de branches, entre des murs de tissu, au milieu des autres. Comme Ya’akov : une maison pour lui-même, des souccot pour ses biens.
Et nous prions pour la soucca de David qui est tombée — la royauté du Machia’h —, pour la soucca faite de la peau du Léviathan, quand le monde reviendra de la peau à la lumière, et nous nous asseyons sous le sekhakh, qui vaut cent et filtre les accusateurs.
Avec l’aide de Dieu, nous approchons de chabbat et de la fête de Souccot, qui tombent cette année ensemble. Nous apprendrons des choses de Chalom, et des choses de la fête de Souccot. Nous sommes au cœur des quatre jours qui séparent Yom Kippour de Souccot. Ces quatre jours ne sont pas des jours ordinaires, et la discussion sur leur nature part d’un verset qu’il faut comprendre :
« Vous prendrez pour vous, le premier jour, le fruit de l’arbre hadar, des branches de palmier, une branche de l’arbre touffu et des saules du torrent. »
Que veut dire « le premier jour » ? Nous savons que Souccot tombe le 15 Tichri. Il aurait fallu écrire : « le quinze du septième mois, faites des souccot, prenez les quatre espèces ». C’est ce que la Torah fait pour Pessa’h : elle ne dit pas « le premier jour », elle dit « le quinze du premier mois », qui est Nissan.
« Et le quinzième jour de ce mois, c’est la fête des Matsot pour Hachem. »
De là, nos Sages ont appris : « le premier jour » — richon le-’hechbon avonot, premier pour le compte des fautes. Qu’est-ce que cela veut dire ?
« Est-ce donc le premier ? N’est-ce pas le quinzième jour ? Et tu dis « le premier jour » ! Mais c’est le premier pour le compte des fautes. »
Le Saint béni soit-Il dit au peuple d’Israël : nous avons terminé Yom Kippour. Pour arriver à Souccot, il faut se préparer. Et à quoi se prépare-t-on ? On est occupé aux mitsvot : construire la soucca, le sekhakh, les parois ; chercher les quatre espèces — l’etrog, le loulav, attaché, pas attaché — ; les cuisines, recevoir des invités. Tout ce que fait la majorité du peuple d’Israël pendant ces quatre jours est une préparation à Souccot.
Mais l’idée plus profonde, c’est qu’on voit dans ces quatre jours des jours de passage : la sainteté de Yom Kippour descend, pour entrer dans la soucca, dans la fête de Souccot.
Ces quatre jours correspondent au Nom Havaya, youd-hé-vav-hé. Le youd correspond à la ’hokhma parmi les sefirot ; le premier hé, à la bina ; le vav, aux six extrémités — ’hessed, guevoura, tiferet, nétsa’h, hod, yessod ; et le dernier hé du Nom, c’est la malkhout : c’est le dernier des quatre jours.
Il y a aussi une raison historique : qu’y avait-il ces jours-là ? Ni plus ni moins que la dédicace du premier Beith ha-Mikdach. Quand le roi Chlomo eut terminé, après sept ans, de bâtir le Beith ha-Mikdach, et après treize années de plus pour bâtir sa maison, il fixa la dédicace du Beith ha-Mikdach au 8 Tichri.
Combien de jours dura cette célébration ? Quatorze jours. Et ce qu’il y a à l’intérieur, c’est aussi Yom Kippour. La source de la chose se trouve dans le livre des Rois, et de façon plus détaillée dans le livre des Chroniques :
« Chlomo célébra la fête en ce temps-là sept jours, et tout Israël avec lui, une très grande assemblée… Le huitième jour, ils firent une assemblée solennelle, car ils avaient fait la dédicace de l’autel sept jours, et la fête sept jours. Et le vingt-trois du septième mois, il renvoya le peuple à ses tentes, joyeux et le cœur content. »
« Le huitième jour » : non pas Chemini Atséret tel que nous le connaissons aujourd’hui, mais le huitième jour après les sept premiers. Sept jours de dédicace de l’autel, et sept jours de la fête de Souccot : quatorze jours en tout. Et le 23 Tichri — après notre Chemini Atséret d’aujourd’hui — il renvoya le peuple, « joyeux et le cœur content de tout le bien qu’Hachem avait fait à David, à Chlomo et à Israël Son peuple ». Du 8 Tichri, donc, en comprenant Yom Kippour, les quatre jours dont nous parlons et la fête de Souccot : quatorze jours de dédicace du Beith ha-Mikdach.
Cette année-là, comme nous l’avons dit, on n’a pas jeûné à Yom Kippour. Israël était dans un grand festival : la dédicace du Mikdach, avec tout ce que cela comporte.
Et l’on rapporte que le peuple d’Israël fut pris d’une grande peur : comment pourrons-nous traverser cela en paix ? Celui qui ne jeûne pas à Yom Kippour est passible de karet, le retranchement de l’âme. Alors quoi, tout Israël serait passible de karet ?
Nous avions déjà vu ce passage, avec sa source dans la Guemara, dans le deuxième cours sur Souccot.
À partir d’ici, je veux entrer dans la construction de la soucca. Pourquoi bâtissons-nous une soucca ? La Guemara rapporte, au traité Soucca, page 11b :
« “Car c’est dans des souccot que J’ai fait demeurer les enfants d’Israël” : c’étaient les nuées de gloire, ce sont les paroles de Rabbi Eliezer. Rabbi Akiva dit : ils se sont fait des souccot réelles. »
Dans le Sifra, la même discussion est rapportée avec les noms inversés :
« Rabbi Eliezer dit : c’étaient des souccot réelles. Rabbi Akiva dit : c’étaient les nuées de gloire. »
Il y a donc une discussion entre Rabbi Eliezer et Rabbi Akiva : de quelles souccot s’agit-il ? Le verset de la Torah dit :
« Afin que vos générations sachent que J’ai fait demeurer les enfants d’Israël dans des souccot, quand Je les ai fait sortir du pays d’Égypte. »
L’un dit : ce sont des souccot réelles, comme celles que nous connaissons aujourd’hui, avec quatre parois et du sekhakh. L’autre dit : c’étaient les nuées de gloire. Examinons maintenant ces deux opinions, et nous verrons que chacune pose une difficulté.
D’abord, quand la Torah nous dit « J’ai fait demeurer les enfants d’Israël dans des souccot quand Je les ai fait sortir », cela veut dire : pendant la sortie même. La phrase ne s’arrange pas bien. Pourquoi ? « Quand Je les ai fait sortir », c’est un mouvement. Si tu es en mouvement, dans quelles souccot les as-Tu fait demeurer ?
Diras-tu qu’après la sortie, quand ils campaient, ils devaient bâtir une soucca pour dormir, se reposer ? La Torah ne nous raconte pas qu’il y avait là des souccot. Et nous avons au moins deux témoignages dans la Torah que les enfants d’Israël n’utilisaient pas de souccot.
Le premier vient de l’assemblée de Kora’h. Que dit Moché à l’assemblée ?
« Éloignez-vous des tentes de ces hommes méchants. »
Il ne dit pas : éloignez-vous de leurs souccot. Les enfants d’Israël utilisaient donc des tentes. Et nous avons aussi un témoin de première main, pas un témoignage par ouï-dire : Bil’am le méchant. Il veut maudire Israël, et il le bénit. Par quelle bénédiction ouvre-t-il ?
« Qu’elles sont belles, tes tentes, Ya’akov, tes demeures, Israël. »
Passons à la deuxième opinion, qui dit que c’étaient les nuées de gloire. Or nous n’avons vu nulle part qu’il soit écrit « des nuées de gloire ». Le maximum dont parle la Torah, c’est une nuée :
« Et Hachem marchait devant eux le jour dans une colonne de nuée, pour les guider sur le chemin. »
Il n’est pas écrit « des nuées ». Mais nous savons, selon le Midrach, que quand les enfants d’Israël sont sortis d’Égypte, ils marchaient à l’intérieur d’une soucca de nuées. Imaginez cinq ou six millions de personnes qui marchent à l’intérieur d’un aquarium fait de nuées :
la nuée d’en bas, qui leur aplanit le sol et tue les scorpions et les serpents ; les quatre nuées des côtés, qui les protègent de l’extérieur, pour que les ennemis n’entrent pas et ne les frappent pas — et c’est en plus un climatiseur, un excellent climatiseur, pour quarante ans dans le désert ; la nuée qui les couvre d’en haut, pour que le soleil ne les frappe pas — c’est le désert, après tout ; et la septième nuée, la colonne de nuée qui marchait devant eux pour leur montrer le chemin, et qui, quand ils campaient, se repliait sur le côté.
Mais avec cette opinion aussi, nous avons une difficulté. Laquelle ? Pas seulement que la Torah ne mentionne pas sept nuées. Si c’est le souvenir des nuées de gloire : combien de temps Israël a-t-il tourné dans le désert ? Quarante ans. Alors chacun des trois cent soixante-cinq jours de l’année conviendrait à la fête de Souccot.
Et renforçons encore la question. Si c’est un souvenir de la sortie d’Égypte — « quand Je les ai fait sortir du pays d’Égypte » —, ils sont sortis en Nissan. Il aurait convenu, semble-t-il, de manger la matsa et le maror à l’intérieur d’une soucca.
Le Tour (Ora’h ’Haïm 625), repris par le Michna Beroura (625,1), explique pourquoi on fait tout de même la soucca en Tichri. Tout homme, normalement, quand vient l’été, veut sortir prendre l’air ; et l’hiver, il rentre à la maison. En Nissan, il serait naturel de sortir dehors, pas de rentrer. Israël, pour montrer son dévouement, et qu’il accomplit la mitsva parce que le Saint béni soit-Il l’a ordonnée, fait l’inverse : précisément l’hiver, quand tout le monde rentre à la maison, il sort dans la soucca. C’est ainsi qu’il manifeste sa fidélité, et le kiddouch Hachem que nous faisons contre toutes les chances : nous faisons, pour ainsi dire, l’inverse de ce qui est normal.
« Bien que nous soyons sortis d’Égypte au mois de Nissan, il ne nous a pas ordonné de faire la soucca à ce moment-là, car ce sont les jours d’été, où tout homme fait une soucca pour l’ombre, et l’on ne reconnaîtrait pas que nous la faisons sur l’ordre du Créateur… Mais nous sortons de la maison pour nous asseoir dans la soucca : par là, il est visible à tous que c’est l’ordre du Roi qui nous incombe. »
Pour répondre à toutes ces questions, revenons un peu en arrière et voyons ce qui s’est passé ici. Tout commence avec la première noce.
La première noce du peuple d’Israël avec le Saint béni soit-Il, c’était à quelle fête ? Au don de la Torah, à Chavouot. C’était le Ma’amad du mont Sinaï. Et nous aussi, au Beith Haknesset, à Chavouot, nous lisons la ketouba. C’est la grande noce entre la Knesset Israël et le Saint béni soit-Il. La ketouba elle-même, qu’est-ce que c’est ? C’est la Torah. Et qui est le chochvin, le garçon d’honneur ? Moché Rabbénou. C’est ainsi que nous lisons la ketouba.
Après le don de la Torah, Moché Rabbénou dit au peuple d’Israël : c’était bien ; maintenant je monte quarante jours et quarante nuits pour apprendre de la bouche de la Toute-Puissance toute la Torah. Au bout de quarante jours, il descend avec les Tables de l’alliance. Et que voit-il ? La faute du veau d’or.
Ensuite, nous le savons, il a prié quarante jours et quarante nuits. Puis il est remonté à Roch ’Hodech Eloul, quarante jours et quarante nuits, et il est redescendu quand ? À Yom Kippour, ce qui est aujourd’hui Yom Kippour, le 10 Tichri.
Que comprenons-nous ici ? Il y a eu une première noce, la grande noce — et le marié est parti. Le peuple d’Israël était au sommet de l’émotion : il venait de vivre le Ma’amad du mont Sinaï. Et que fait-on de toute cette émotion ?
« Oula a dit : misérable, la mariée qui faute sous son propre dais nuptial. »
Qu’attends-tu de cette mariée ? Comment ne fauterait-elle pas ? Ce manque — Moché Rabbénou qui disparaît soudain, et le peuple qui se sent abandonné, pendant que le Saint béni soit-Il est seul avec Moché et lui enseigne toute la Torah —, le peuple ne s’y est pas retrouvé, et il est arrivé au veau d’or. Que veux-tu ? La mariée a fauté.
Aux secondes Tables, le Saint béni soit-Il dit, pour ainsi dire : J’ai déjà appris la leçon. Cette fois, Je ne fais pas cette erreur. Toi, Moché Rabbénou, tu descends avec les secondes Tables, et nous commençons immédiatement les sept bénédictions. C’est ainsi qu’il faut être marié et mariée : il y a eu la nuit de la noce, et on commence ensuite les Chéva Berakhot. Et aux Chéva Berakhot, quelle est notre coutume ? Il faut des panim ’hadachot, des visages nouveaux.
Moché Rabbénou descend donc le 10 Tichri — « sala’hti kidvarékha », J’ai pardonné selon ta parole — avec les secondes Tables. Rachi l’écrit dans la paracha Vayakhel :
« « Moché rassembla » : le lendemain de Yom Kippour, quand il descendit de la montagne. »
Maintenant, les sept bénédictions. Il faut préparer une maison des mariés. Où ferons-nous les Chéva Berakhot ? Il faut préparer une salle. Et quelle est la salle ? Il leur ordonne de bâtir le Michkan.
« Qu’ils prennent pour Moi une offrande, de tout homme que son cœur y porte. »
Le 11, Moché Rabbénou leur dit : prenez pour Moi une offrande. Le 12 et le 13, Israël rassemble tout ce qu’il faut, tous les dons, pour bâtir le Michkan. Le 14, on fait l’inventaire, et Moché Rabbénou leur dit : c’est fini, il y en a assez, il n’en faut pas plus. Et le 15, on commence à bâtir le Michkan.
Nous étions à Yom Kippour, et nous avons mérité de recevoir la Chekhina ici, sur la terre. Nous savons qu’il y avait ici la Chekhina, nous l’avons sentie. D’abord, Yom Kippour n’est un jour ordinaire en aucune mesure. À la fin de Yom Kippour, que disons-nous ? « Chema Israël », « Baroukh chem », et sept fois « Hachem hou ha-Elokim » — pour faire remonter la Chekhina aux sept firmaments, à sa place, parce qu’elle était ici, sur la terre.
Et au passage : pourquoi ne porte-t-on pas de chaussures de cuir à Yom Kippour ? Quelle est la raison ? Parce que nous sommes comme des cohanim. Les cohanim, dans le Beith ha-Mikdach, marchaient pieds nus. Et comme la Chekhina descend sur la terre à Yom Kippour, le monde entier est le sol du Beith ha-Mikdach : c’est pourquoi il nous est interdit à tous de marcher avec des chaussures de cuir, exactement comme des cohanim.
Ce qu’on a fait dans le désert. Qu’a-t-on fait de cette énergie ? Moché Rabbénou descend et dit : faites maintenant un Michkan.
« Qu’ils Me fassent un sanctuaire, et Je résiderai parmi eux. »
Quatre jours on s’organise, et le 15 on commence à bâtir le Michkan. Nous aussi, quatre jours plus tard, nous bâtissons le Michkan dans lequel entrera la Chekhina dans laquelle nous étions à Yom Kippour. C’est la fête de Souccot.
C’est pourquoi la soucca est appelée tsila di-mehemnouta, l’ombre de la foi : nous allons être à l’ombre de la foi. Nous prenons toute l’énergie spirituelle qui était à Yom Kippour, et nous ne la gaspillons pas — avant de nous disperser, chacun vers son monde profane, à s’occuper des pommes de terre.
Cela répond à toutes les questions que j’ai posées. Qu’ai-je demandé ? Pourquoi précisément le 15 Tichri ? Parce que le 15 Tichri, on a commencé à bâtir le Michkan.
Et l’opinion qui dit « en souvenir des nuées de gloire » ? Quel rapport avec les nuées de gloire ? Nous avons dit que les nuées de gloire ont été là quarante ans dans le désert. Ce n’est pas vrai. Les nuées de gloire n’ont pas été là quarante ans : il y a eu une période où il n’y avait pas de nuées de gloire. Quand ? À partir du moment où l’on a fait le veau d’or, les nuées de gloire se sont retirées.
Voilà qui répond à la question : pourquoi Souccot précisément le 15 Tichri, et quel est le lien avec les nuées de gloire. Et le travail que nous faisons, c’est entrer dans le Michkan. Quelle Chekhina s’y trouve ? La même Chekhina que nous avons reçue à Yom Kippour par le service de Yom Kippour : elle nous accompagne pendant les sept jours. Et ce que veut dire « des souccot réelles », nous allons le voir tout de suite : ce n’est pas quatre parois et du sekhakh.
Nous avons dit que c’est comme une maison des mariés. Que fait-on aux sept bénédictions ? Il faut des visages nouveaux, chaque jour un visage nouveau. Qui sont les visages nouveaux que nous avons à Souccot ? Les ouchpizin.
Le premier jour, le visage nouveau, c’est Avraham Avinou. Puis Its’hak — nous les invitons —, Ya’akov, Moché, Aharon, Yossef, et David : David, la royauté. À la fin, nous avons David ha-Mélekh lui-même.
Maintenant, que sont des « souccot réelles » ? Qu’est-ce qu’une soucca réelle ? Nous l’avons appris une fois, à partir du piyout Soucca ve-loulav. Il y a dans ce piyout une strophe :
« Qu’Israël se réjouisse à l’ombre de sa soucca, qu’il s’abrite sous Son aile ; le Nom, tel qu’il s’écrit et tel qu’il se lit, s’élève au nombre de soucca. »
C’est un code, comme une énigme. « Le Nom », c’est le Nom Havaya. « Tel qu’il s’écrit » : comment l’écrit-on ? Youd, hé, vav, hé. Mais comment le dit-on, « tel qu’il se lit » ? Nous disons le Nom Adnout : alef, dalet, noun, youd.
ס 60 + ו 6 + כ 20 + ה 5 = 91
Nous avions développé cette énigme du piyout dans le deuxième cours sur Souccot.
Et puisque nous y sommes, fermons aussi ce point. Parce que la soucca contient Havaya et Adnout ensemble, on peut dire qu’elle est aussi l’arche de Noé, qui nous protège à Souccot et toute l’année, pour celui qui a le mérite d’en recevoir. Pensez que vous êtes à l’intérieur d’une batterie qui vous recharge en énergie pendant sept jours, et qu’avec cela vous marchez toute l’année.
Comment l’arche de Noé est-elle liée à la soucca ? Nous l’avons appris une fois, et je le répète, parce qu’il est bon de faire entrer les choses dans la tête. Mettons d’un côté youd-hé-vav-hé, et de l’autre alef-dalet-noun-youd. Le Ari zal dit que si l’on « frappe » — c’est-à-dire si l’on multiplie — Havaya par Adnout, on obtient l’arche de Noé :
ד 4 × ה 5 = 20
נ 50 × ו 6 = 300
י 10 × ה 5 = 50
« Trois cents coudées la longueur de l’arche, cinquante coudées sa largeur, et trente coudées sa hauteur. »
Dix plus vingt, trente : c’est la hauteur de l’arche ; cinquante, la largeur ; trois cents, la longueur. Si j’additionne Havaya et Adnout, j’obtiens la soucca. Si je les multiplie, j’obtiens l’arche de Noé.
Nous comprenons donc que ce n’est pas une simple fête de tissus, de piquets et de planches. Il y a ici une chose bien plus essentielle — et précisément dans une matière qui n’est presque rien. Combien coûte une soucca ? Aujourd’hui cela devient de moins en moins cher. Combien de temps faut-il pour la bâtir ? Mais quelle grande valeur elle a, dans la continuité du travail que nous avons fait à Yom Kippour. C’est la chose qu’il est possible, et très utile, de garder.
Si je veux saisir l’essence de ces jours — car, comme je l’ai dit, la soucca semble ne rien contenir : des tissus, du fer, du bois, des planches, du sekhakh, tout paraît très simple, provisoire —, que veut-on nous transmettre par ce provisoire et cette simplicité ?
Avant de répondre, il faut savoir que Souccot, dans la Torah, dans le Tanakh, dans son histoire, n’est pas seulement une fête que nous appellerions religieuse, au sens où nous l’entendons aujourd’hui : on entre dans la soucca, on fait la bénédiction. Souccot était aussi une fête agricole. Comment la Torah appelle-t-elle Souccot ? ’Hag ha-assif, la fête de la récolte.
« Et la fête de la récolte, au départ de l’année, quand tu rentres ton ouvrage des champs. »
Que récoltait-on ? Toute la récolte amassée pendant l’été. Maintenant c’est le seuil de l’automne, de l’hiver : on rentre tout. En hiver il n’y aura pas de blé, il pleut. La plus grande partie de la nourriture de l’homme pousse pendant les mois chauds, et il faut la faire entrer dans les entrepôts, dans les greniers, pour la garder et avoir de quoi manger l’hiver.
Imaginons que nous soyons tous ici des agriculteurs, et demandons : quand sommes-nous de la meilleure humeur ? Nous avons travaillé très, très dur à Pessa’h, en Nissan, Iyar, Sivan, les mois d’été. Et maintenant nous faisons entrer tous nos biens dans les entrepôts ; tous les marchands viennent acheter. Le sommet de notre joie, c’est quand ? À ’hag ha-assif. Nous sommes dans la meilleure situation du point de vue économique, du point de vue de notre richesse matérielle.
À ce point précis, la Torah vient et dit : il peut se glisser dans ta tête la pensée de « ma force et la puissance de ma main ». Je suis maintenant le plus fort, je suis installé, j’ai de la récolte, je suis un grand marchand, tout le monde vient m’acheter, il ne me manque rien.
« Et tu dirais en ton cœur : ma force et la puissance de ma main m’ont acquis cette richesse. »
Comment travailler sur cela, pour ne pas arriver à ce trait ? Le Saint béni soit-Il te dit dans la Torah : à ce sommet, Je n’ai pas de problème —
« Tu te réjouiras dans ta fête… et tu ne seras que joyeux. »
Tu as toutes les raisons de te réjouir, puisque tu es au sommet du point de vue économique. Mais à ce point précis :
« Et ton cœur s’élèverait, et tu oublierais Hachem ton Dieu. »
Et pas seulement cela. Quand tu seras dans la soucca, de quoi les murs sont-ils faits ? De tissu. Quand les murs sont de tissu, tu entends la rue. Tu entends ce qui se passe dehors. Tu entends s’il y a des gens à qui il manque quelque chose, qui n’ont pas. Et l’autre peut se sentir plus libre, plus à l’aise pour s’approcher de toi.
Imaginez un instant : je suis passé tout à l’heure près de l’école Yechouroun. Sur tous les trottoirs autour de ce projet, on a fait des souccot, des souccot, des souccot : un spectacle splendide. Pourquoi est-ce que je m’enthousiasme ? Des gens habitent dans quatre tours de vingt-cinq, vingt-huit étages. « Ma force et la puissance de ma main » peut se glisser en une seconde du vingt-huitième étage. À Souccot : descends de là, dans la soucca. Et ce n’est pas seulement ta soucca : il y en a vingt, trente autour.
Imaginez, avec l’aide de Dieu, vendredi soir : quel spectacle splendide, quand dans chaque soucca on chante Chalom Alékhem et « Ou-veyom sim’hatkhem ou-vmo’adékhem », et que chacun entend l’autre, parce que tout le monde est proche. C’est du tissu : on s’entend les uns les autres, on entend les plaisanteries de cette famille-là, et l’on n’en retire que du positif. Chacun avec ses sorties à lui — mais tu entends le peuple d’Israël ensemble.
Nous l’avons vécu, hélas, à l’époque du corona. Mais c’était agréable — pardonnez-moi de le dire — de prier dehors et de voir tout le monde, tous ensemble. Les Beith Haknesset priaient dans la rue, c’était ouvert, et tu voyais des gens qui n’auraient jamais pensé aller au Beith Haknesset. L’un se sentait libre, comme s’il promenait son chien — il promène son chien, mais il s’arrête pour dire avec toi les réponses, dehors, dans la rue.
Quelqu’un dans l’assistance fait remarquer que cela tombe exactement un an après ce qui s’est passé à Tel-Aviv autour de la prière de Kippour en public, au même endroit. M. Himi acquiesce : des prières de foule dans les rues — c’est vraiment un tikoun de ce qui s’est passé à Yom Kippour, juste avant le 7 octobre.
D’où apprenons-nous ce principe à la base ? De Ya’akov Avinou. Le mot « souccot » n’est pas un mot du livre de Chemot ou du désert. Il apparaît déjà dans le livre de Béréchit. Dans l’assistance, on rappelle « ils partirent de Souccot et campèrent à Etam, au bord du désert » : cela, c’est la sortie d’Égypte. Mais ce Souccot dont parle le verset est un nom connu : où avons-nous rencontré ce lieu appelé Souccot ? Qui est passé par là et lui a donné ce nom pour la première fois ? Ya’akov Avinou, juste après s’être séparé d’Essav.
« Essav retourna ce jour-là par son chemin vers Séïr. Et Ya’akov partit pour Souccot ; il se bâtit une maison, et pour son bétail il fit des souccot ; c’est pourquoi il appela le lieu Souccot. »
Essav est allé à Séïr — Séïr, comme le bouc envoyé à Azazel ; nous avons étudié plusieurs fois ce Zohar. Et Ya’akov, où est-il allé ? « Ya’akov partit soukkota ». Qu’est-ce que soukkota ? C’est soucca avec un hé : il y a fait entrer la Chekhina. La Chekhina est à l’intérieur — c’est le dernier hé de youd-hé-vav-hé —, elle est dedans.
Et le verset dit : « il se bâtit une maison, et pour son bétail il fit des souccot ». Pour lui-même il a bâti une maison : j’imagine une maison en dur, quatre murs comme il faut. Et pour son miknè, ses animaux, il a fait des souccot — c’est vrai, une bergerie, une étable, c’est construit comme une soucca.
Et c’est la plus merveilleuse préparation qui puisse être, après avoir traversé Roch Hachana, Yom Kippour, le jour du pardon des fautes. Tu veux commencer une page nouvelle ? Au sommet de « ma force et la puissance de ma main », arrête-toi, prends les proportions, regarde la réalité, commence Souccot.
Après avoir compris cette idée de l’unité d’Israël, sous le signe de l’unité d’Israël, pars sur ta route — une route de bonne vie et de paix. Tout ira bien : maintenant tu es équilibré. Tu sauras écouter le faible, le pauvre, l’étranger, l’orphelin, la veuve.
De là, prenons encore une idée. Nous disons toujours : « Qu’Il relève pour nous la soucca de David qui est tombée. » Voilà encore une soucca. Dans le Birkat ha-Mazone nous prions : « Ha-Ra’hamane hou yakim lanou et soukkat David ha-nofélet ». Et il y a une autre chose que nous disons : la soucca de la peau du Léviathan. Commençons par la soucca de David qui est tombée. Que lui est-il arrivé ? De quoi parle-t-on ?
Voyons d’abord la source. Ce n’est pas un slogan : c’est un verset explicite, dans le prophète Amos, chapitre 9. Il faut comprendre dans quel contexte il a été dit. C’est un chapitre dont une haftara commence par « Halo ki-vné Kouchiyim » ; les Marocains ne la lisent pas, les Ashkénazes ont l’habitude de la lire à l’une des parachiot de l’année, c’est pourquoi elle n’est pas très connue.
« N’êtes-vous pas pour Moi comme les fils des Kouchites, enfants d’Israël, dit Hachem ? N’ai-Je pas fait monter Israël du pays d’Égypte, et les Philistins de Kaftor, et Aram de Kir ? Voici, les yeux d’Hachem Dieu sont sur le royaume pécheur, et Je le détruirai de dessus la face de la terre ; cependant Je ne détruirai pas entièrement la maison de Ya’akov, dit Hachem. »
Le prophète dit ici que le Saint béni soit-Il détruira les nations pécheresses, mais qu’Il ne détruira pas le peuple d’Israël, à Dieu ne plaise. Cela ne veut pas dire qu’Il ne le punira pas, qu’Il ne l’exilera pas. Il y aura un exil, il y aura des épreuves. Mais détruire — qu’il n’y en ait plus, à Dieu ne plaise —, cela n’arrivera pas.
« Car voici, J’ordonne, et Je secouerai la maison d’Israël parmi toutes les nations, comme on secoue dans le crible, sans qu’un grain tombe à terre. »
Que veut dire « Je secouerai » ? Je déplacerai, J’exilerai le peuple d’Israël, et Je le laisserai être en exil d’un lieu à un autre. Je ne le détruirai pas, à Dieu ne plaise, mais il y aura un exil. Pourquoi ? Parce que vous non plus n’êtes pas en règle. Et voyez l’image : Il nous déplacera d’un lieu à l’autre dans les exils — France, Espagne, Maroc, Irak, Babel, Yémen. Comme quoi ? « Comme on secoue dans le crible. »
Qu’est-ce qu’une kevara ? Un crible, un tamis : l’instrument avec lequel on tamise la farine. Amos dit que, pour ainsi dire, Il prendra tout le peuple d’Israël dans ce crible et le secouera d’un lieu à l’autre, sur toute la terre, et le tamisera : une fois tu es au Maroc, une fois en Espagne, une fois au Yémen. Dans l’assistance on ajoute : l’Inquisition, l’expulsion d’Espagne. C’est cela : Il les tamise, Il les tamise — Il ne les détruit pas, à Dieu ne plaise.
C’est pour cela que le prophète commence ainsi : les autres, Je les ai détruits ; vous, non. Mais Je vous secouerai.
« Par l’épée mourront tous les pécheurs de Mon peuple, ceux qui disent : le malheur n’approchera pas, il ne nous atteindra pas. »
Ceux qui pensent pouvoir faire ce qu’ils veulent sans qu’il leur arrive rien. Et l’on remarque ici, comme dans le passage de Brouria, l’épouse de Rabbi Méïr — vous connaissez l’histoire. Rabbi Méïr se plaignait d’un groupe de malfaiteurs du quartier qui le harcelaient sans cesse. Un jour il rentra chez lui et dit : que ces fauteurs meurent. Sa femme le reprit : qu’est-ce qui te prend ? Qu’est-il écrit ?
« Que les fautes disparaissent de la terre, et il n’y aura plus de méchants. »
« Est-il écrit « les fauteurs » ? Il est écrit « les fautes ». »
Il n’est pas écrit ’hotim, les fauteurs, mais ’hataïm, les fautes. Prie pour eux, qu’ils reviennent en téchouva : que leurs fautes meurent, mais pas eux. Et c’est ce qu’il a fait.
Et voici le verset :
« En ce jour-là, Je relèverai la soucca de David qui est tombée, Je fermerai ses brèches, Je relèverai ses ruines, et Je la rebâtirai comme aux jours d’autrefois. »
Le premier Temple était une maison, pas une soucca. Le second Temple était une maison, pas une soucca. Mais après la destruction du second Beith ha-Mikdach, Israël est dans le crible, comme nous l’avons dit, et il passe d’un lieu à l’autre. Dans quelle situation se trouve-t-il maintenant ? Il n’est pas dans une maison. Dans quelle situation ? Dans une soucca.
Mais au début — au premier, au deuxième, au troisième siècle —, tu pouvais encore identifier : ceux-ci sont de la semence royale, c’est la famille de David ha-Mélekh. Je remonte les registres et je peux dire qu’ils descendent de David ha-Mélekh. C’était important de savoir où passait la lignée, pour que nous sachions qui sera le roi Machia’h. Mais peu à peu, avec le temps, non seulement nous n’avons pas de maison, nous avons une soucca — mais en plus on ne pouvait plus montrer qui appartient vraiment à David ha-Mélekh.
Que nous promet le prophète Amos ? Même quand tu penses qu’il n’y a aucune chance de montrer qui sera le roi Machia’h — nous ne pouvons pas l’identifier aujourd’hui —, « en ce jour-là, Je relèverai la soucca de David qui est tombée, Je fermerai ses brèches », je réparerai les ruines, « et Je la rebâtirai comme aux jours d’autrefois ». De qui parle-t-il ? Du roi Machia’h. Quand nous disons dans le Birkat ha-Mazone et dans la prière « qu’Il relève pour nous la soucca de David qui est tombée », nous pensons au roi Machia’h.
Et la prophétie d’Amos se termine ainsi :
« Je ramènerai les captifs de Mon peuple Israël ; ils rebâtiront les villes dévastées et les habiteront, ils planteront des vignes et en boiront le vin, ils feront des jardins et en mangeront le fruit. Je les planterai sur leur terre, et ils ne seront plus arrachés de leur terre que Je leur ai donnée, dit Hachem ton Dieu. »
Vous pensez que je lis des versets sur l’État d’Israël ? 1948 ? Voilà, je lis : « Je ramènerai les captifs de Mon peuple Israël » — 1948 ; « ils rebâtiront les villes dévastées » — même avant ; « ils planteront des vignes et en boiront le vin, ils feront des jardins et en mangeront le fruit. Je les planterai sur leur terre, et ils ne seront plus arrachés de leur terre que Je leur ai donnée ».
Et là-bas, dans la soucca de la peau du Léviathan. Qu’est-ce que la soucca de la peau du Léviathan ? Imaginons le Léviathan — le même que nous avons rencontré avec Yona ? C’est une sorte de poisson. Que veut dire s’asseoir dans la soucca de la peau du Léviathan ? Ses parois seront-elles faites de la peau du Léviathan, et le sekhakh de branches ordinaires ? Ou le sekhakh de la peau du Léviathan, et les parois de je ne sais quels tissus ? Qu’imaginons-nous ?
« Le Saint béni soit-Il fera à l’avenir une soucca pour les justes avec la peau du Léviathan, comme il est dit : « Rempliras-tu de souccot sa peau ? » »
Dans l’assistance on sourit : un poisson, l’odeur n’est pas terrible ; tu es dans la soucca avec une odeur de poisson. Et Yona, à l’intérieur, a souffert — il le dit à la fin, il n’en a pas vraiment profité. Il me semble qu’il y a un Midrach qui dit que c’était une femelle, et qu’elle était pleine, et qu’il était encore plus à l’étroit. Bref, comme on le dit ici : c’est une métaphore. Mais une métaphore de quoi ?
« Le Léviathan, serpent fuyard, et le Léviathan, serpent tortueux. »
Si je remonte un peu en arrière, nous avons ce qu’on appelle le na’hach bariah et le na’hach akalaton. Si je veux imaginer le Léviathan dont nous parlons, ce n’est pas la baleine que nous connaissons aujourd’hui ; je dirais plutôt qu’il ressemble à une anguille géante, une sorte de monstre marin, un serpent tortueux. La métaphore nous ramène encore au serpent : le serpent dont nous parlons au Gan Eden, qui a fait trébucher l’homme et l’a amené à la faute.
Et le mot ’oro, « sa peau » : quel rapport ? Nous avons appris une fois qu’Adam ha-Richon, avant la faute, n’avait pas un vêtement de peau, ’or avec un ayin, mais un vêtement de lumière, or avec un alef. Son vêtement était fait de lumière. À la suite de la faute, la lumière avec alef s’est matérialisée et est devenue ’or avec ayin : une matière plus épaisse que la lumière, qui est plus spirituelle.
« Hachem Dieu fit pour l’homme et pour sa femme des tuniques de peau, et les en revêtit. »
Il les en a revêtus : cela signifie qu’auparavant ils étaient vêtus d’autre chose — de tuniques de lumière, avec alef. Mais elles se sont matérialisées, et ils ont été revêtus de peau. Le serpent a causé que l’homme perde son vêtement spirituel, qui s’est matérialisé et est devenu peau.
Comme le temps est presque terminé — il y a une azkara entre Min’ha et Arvit, où je parlerai aussi —, profitons des cinq minutes qui restent pour parler un peu du sekhakh de la soucca.
« Une soucca haute de plus de vingt coudées est invalide. »
Autrement dit, si la soucca a une hauteur de dix mètres, elle est invalide. Pourquoi ? Parce que son ombre vient des parois et non du sekhakh. Le soleil se déplace dans le ciel ; quand j’ai des parois très, très hautes, l’ombre qui tombe dans la soucca est, géométriquement, l’ombre des parois, et non celle du sekhakh lui-même. Et il importe précisément de profiter de l’ombre qui vient du sekhakh.
Si l’on imagine bien, le sekhakh est une sorte de filtre : il filtre la lumière du soleil, et nous recevons son ombre. Que dois-je filtrer ici ? Si un homme dort toute la journée, il ne sentira même pas s’il fait chaud. Que faut-il filtrer ?
Il faut savoir que le sekhakh est en réalité la suite du travail de Roch Hachana. À Roch Hachana, nous sonnons cent sons — cent un. Pourquoi cent un ? On dit que c’est d’après le Midrach selon lequel la mère de Sisra a poussé cent sanglots :
« Par la fenêtre elle regardait, et la mère de Sisra sanglotait. »
Et il y a un autre Midrach, que peu de gens connaissent, qui dit que ce n’est pas en correspondance avec les sanglots de cette femme des nations, mais avec Sarah Iménou : quand elle a compris qu’Its’hak allait être offert sur l’autel, elle a sangloté cent sanglots. C’est en souvenir des sanglots de Sarah, et non de la mère de Sisra. Aujourd’hui nous arrivons à cent dans le compte, pour nous acquitter selon toutes les opinions — qu’est-ce qu’un sanglot, qu’est-ce qu’une plainte ; nous n’entrerons pas maintenant dans tout le calcul.
Quelqu’un dans l’assistance cite « celui qui révise son chapitre cent une fois ». C’est une belle explication associative ; mais il faut la relier à l’essence des jours du jugement, qui sont liés à la sonnerie du chofar. Ce qui domine à Roch Hachana, ce sont les dinim, c’est Samekh-Mem, c’est le Satan : il essaie sans cesse d’accuser. Nous faisons toutes sortes d’actions pour le neutraliser — des sons debout, des sons assis — pour adoucir les dinim du Satan.
ס 60 + מ 40 = 100
Pour le soumettre, on sonne cent un sons : cent contre cent — nous sommes au bras de fer —, et la dernière terou’a le fait tomber complètement, elle le soumet. Ce travail continue aussi à Souccot. Pourquoi ? Parce qu’il guette Israël et cherche encore à accuser : cela ne lui passe pas, que le Saint béni soit-Il ait pardonné nos fautes. Et voici que nous arrivons aux quatre jours dont j’ai parlé au début du cours, ceux qui correspondent à youd-hé-vav-hé, entre Yom Kippour et Souccot ; et il veut maintenant commencer à travailler, à nous déranger, précisément pendant les sept jours du festin, ces sept jours où nous fêtons le lien renouvelé avec le Saint béni soit-Il, comme nous l’avons appris pour le Michkan.
ס 60 + כ 20 + ך 20 = 100
Nous comprenons donc que la soucca est finalement notre bouclier et notre abri, avec l’aide de Dieu. Plus nous nous nourrirons d’elle pendant les sept jours, plus nous amasserons de force spirituelle pour traverser toutes les épreuves du temps, le déluge de la vie qui nous attend après Souccot — car, comme nous l’avons dit, la soucca est comme l’arche de Noé.
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