« Comme l’aigle qui éveille son nid »
Chabbat Haazinou tombe toujours avant Yom Kippour. Résultat : on parle de Kippour et on laisse la paracha de côté. Ce cours prend la paracha elle-même.
L’aigle n’arrive pas d’un coup sur son nid : il fait du bruit dans les branches pour que ses petits aient la force de le recevoir. C’est ainsi que Hachem s’est révélé à Israël — par degrés.
Il ne saisit pas ses petits dans ses serres comme les autres oiseaux : il les porte sur son dos. Lui seul ne craint que la flèche — « mieux vaut qu’elle entre en moi, et non dans mes enfants ».
Mais comment les aiglons arrivent-ils sur ce dos ? Il déploie ses ailes, et ce sont eux qui grimpent. C’est l’itarouta diletata : le premier pas est à nous. Tu veux la parnassa ? Va travailler. Tu veux la Torah ? Ouvre le livre.
Deuxième sujet : la dernière des 613 mitsvot est d’écrire un Sefer Torah — et la première est « pérou ourvou ». Le cercle se referme : l’étude enfante elle aussi.
Nous sommes aujourd’hui le 4 Tichri, à l’intérieur des dix jours de téchouva.
Et nous l’avons déjà dit : nous lisons toujours la paracha Haazinou à ce moment-là, chabbat Haazinou tombe toujours avant Yom Kippour. Le résultat est qu’on parle sans cesse de Yom Kippour et qu’on délaisse la paracha : on ne parle pas tellement de Haazinou elle-même.
Nous allons donc apprendre quelque chose sur la paracha elle-même. Deux sujets.
« Comme l’aigle qui éveille son nid, qui plane au-dessus de ses petits, il déploie ses ailes, il le prend, il le porte sur son pennage. » — Devarim 32,11
Dans la chirat Haazinou, Moché Rabbénou compare le Saint béni soit-Il à un aigle dans Sa relation avec le peuple d’Israël.
Et ce verset contient deux éléments distincts. La première partie — kenécher yaïr kino, al gozalav yera’hef — est un comportement de l’aigle. La seconde — yifros kenafav yikahéhou, yissaéhou al evrato — en est un autre. Deux conduites très particulières, propres à cet oiseau. C’est le mashal ; le nimshal, c’est le rapport du Saint béni soit-Il à Israël.
Imaginons la scène. L’aigle revient au nid. Son envergure fait deux mètres. Et dans le nid il y a de tout petits oisillons. Pour eux, même s’il s’agit de leur père ou de leur mère, ce qui arrive est une créature énorme qui se pose sur le nid. C’est effrayant. Un nourrisson ne tient pas devant une chose pareille : un avion entier qui atterrit sur sa maison.
Que fait donc l’aigle pour que le petit n’entre pas dans cette frayeur ? Voici ce que Rachi explique, au nom du Midrach.
« Il les a conduits avec miséricorde et pitié, comme cet aigle qui a pitié de ses petits et n’entre pas d’un coup dans son nid : il bat des ailes et fait du bruit au-dessus d’eux, d’un arbre à l’autre, d’une branche à sa voisine, afin que ses petits s’éveillent et aient la force de le recevoir. » — Rachi sur Devarim 32,11
Il fait un peu de bruit avant d’arriver. Il passe entre les arbres pour qu’ils remarquent que quelque chose approche. Il ne vient pas de toute sa force, mais avec délicatesse, pour qu’ils puissent peu à peu l’absorber.
Et la suite du verset : al gozalav yera’hef — « il ne pèse pas sur eux de tout son poids, mais il plane, il touche et ne touche pas ».
Rachi poursuit : ainsi le Saint béni soit-Il. Quand Il est venu donner la Torah, Il ne S’est pas révélé à eux depuis une seule direction, mais depuis quatre — « Hachem est venu du Sinaï, Il a resplendi depuis Séïr… ».
Autrement dit : même lorsqu’Il Se révèle à Israël, Il ne vient pas d’un seul coup dans toute la majesté de Sa gloire, afin qu’ils puissent absorber cette lumière divine sans s’effondrer.
Le Saint béni soit-Il tient compte de notre faiblesse. Il ne vient pas à nous avec toute Sa force ; mais Il vient avec la force que nous sommes capables de recevoir.
Cela nous enseigne une chose : nous avons la capacité de recevoir la lumière divine selon notre force, chacun selon la sienne. Car si nous recevions cette lumière d’un seul coup, nous exploserions ; nous ne tiendrions pas.
Alors goutte à goutte.
Seconde partie du verset : yifros kenafav yikahéhou, yissaéhou al evrato.
L’aigle n’est pas comme les autres oiseaux. Quand il veut déplacer ses petits d’un endroit à un autre, il ne les prend pas dans ses serres comme font les autres oiseaux. Il ne les saisit pas par les pattes pour les transporter.
Il déploie ses ailes — et eux montent sur son dos.
Pourquoi cette différence ? Parce que tous les autres oiseaux craignent l’aigle, qui vole plus haut qu’eux et peut fondre sur eux d’en haut. Ils portent donc leurs petits en dessous d’eux, pour les protéger de ce qui vient du ciel.
Mais l’aigle, lui, est le roi des oiseaux : personne ne vole au-dessus de lui. Il ne craint qu’une chose — la flèche du chasseur, qui vient d’en bas.
« Il dit : mieux vaut que la flèche entre en moi, et non dans mes enfants. » — Rachi sur Devarim 32,11
Il place donc ses petits sur son dos, au-dessus de lui : si une flèche arrive, elle l’atteindra lui, et pas eux.
Où avons-nous vu le Saint béni soit-Il Se conduire ainsi avec Israël ? À la sortie d’Égypte, arrivés à la mer.
« L’ange de Dieu qui marchait devant le camp d’Israël se déplaça et alla derrière eux… et il vint entre le camp d’Égypte et le camp d’Israël. » — Chemot 14,19-20
La nuée qui allait devant eux est passée derrière eux et s’est tenue comme une muraille entre Israël et les Égyptiens. Les Égyptiens tiraient des flèches — et tout revenait sur eux. Le Saint béni soit-Il S’est placé Lui-même en rempart entre les flèches et Ses enfants.
Et voici la chose qu’il faut vraiment imaginer, la plus importante de toute cette image.
Nous avons dit que l’aigle ne prend pas ses petits avec ses serres. Alors comment les aiglons arrivent-ils sur son dos ? Il ne les attrape pas et ne les lance pas là-haut. Il faut bien que quelque chose se produise.
Ce n’est pas un détail. Cela veut dire que si tu veux que le Saint béni soit-Il te protège et te place sur Son dos pour que les flèches ne t’atteignent pas, celui qui doit faire le premier pas, c’est l’aiglon.
L’aigle dit : voici, j’ai déployé mes ailes, commence à grimper. Si le petit répond « je n’en ai pas envie » — alors il reste en bas. Ta chance d’être sauvé tient à ceci : que tu agisses, et que tu fasses l’effort, un grand effort, de grimper le long de l’aile. Alors tu seras sur le dos.
Ce principe a un nom : l’itarouta diletata, l’éveil d’en bas. L’homme doit s’éveiller depuis le bas, faire le premier pas — et alors seulement vient l’éveil d’en haut, et le Saint béni soit-Il fait descendre la miséricorde sur lui. Mais le premier pas est exigé de nous.
— Je veux la parnassa. Très bien : va travailler. Tu ne vas pas rester assis à la maison avec un café en pensant qu’on frappera à ta porte pour t’apporter un billet de mille chékels. Cela n’arrivera pas. Sors travailler — et alors Je t’aiderai à recevoir une bonne parnassa. Mais sors le premier.
— Je veux devenir un talmid ’hakham. Très bien. Tu vas t’asseoir et le Saint béni soit-Il va te verser la Torah dans la tête ? Non : ouvre le livre, casse-toi la tête, essaie de comprendre — et Il t’ouvrira les portes de la sagesse.
Second sujet. Quelle est la dernière des 613 mitsvot ?
Elle se trouve à la fin de la paracha Vayélekh, qui est jointe à Haazinou.
« Et maintenant, écrivez pour vous ce cantique et enseignez-le aux enfants d’Israël, mets-le dans leur bouche, afin que ce cantique Me soit un témoin parmi les enfants d’Israël. » — Devarim 31,19
Au sens simple, de quel cantique parle-t-il ? De la chirat Haazinou — les derniers versets de Vayélekh disent que Moché écrivit ce cantique ce jour-là et l’enseigna aux enfants d’Israël.
Mais nos Sages disent : ein chira ela Torah — « cantique » désigne la Torah. Et c’est de là qu’on apprend la mitsva d’écrire un Sefer Torah. C’est la 613e, la dernière des mitsvot : chaque homme doit écrire un Sefer Torah.
Voici maintenant ce qu’il y a d’intéressant dans les prières. À Roch Hachana, après le kaddich titkabal, le ’hazan dit : que Hachem nous ouvre toutes les portes — les portes de la lumière, les portes de la bénédiction… et, parmi elles, les chaaré péria ourvia, les portes de la fécondité.
Or il existe des noussa’him où il n’est pas écrit simplement chaaré péria ourvia, mais chaaré péria ourvia ba-Torah — les portes de la fécondité dans la Torah. Ce qu’est la fécondité, nous le savons. Mais qu’est-ce que la fécondité dans la Torah ?
Remarquons ceci. Quelle est la première des 613 mitsvot ?
« Soyez féconds et multipliez-vous, et remplissez la terre. » — Béréchit 1,28
C’est ce que le Saint béni soit-Il dit à Adam et à ’Hava : l’homme doit se multiplier, prendre une épouse, avoir un fils et une fille pour s’acquitter de la mitsva de péria ourvia.
Quel est le rapport ? Il faut savoir que lorsqu’un homme étudie la Torah, le souffle qui sort de sa bouche produit des unions dans les mondes supérieurs. Et toute union fait descendre un flux — de même que de l’union d’un homme et d’une femme sort un enfant, les unions d’en haut font descendre l’abondance.
« Si mon alliance jour et nuit n’était pas, Je n’aurais pas établi les lois du ciel et de la terre. » — Yirmeyahou 33,25
Et qu’est-ce que « Mon alliance », sinon la Torah ? Si Israël n’étudiait pas la Torah, le ciel et la terre ne pourraient pas tenir. Toute l’existence du monde dépend de la Torah que le peuple d’Israël étudie.
Comment cela fonctionne-t-il ? Quand nous étudions, nous renouvelons l’œuvre de la création. Le Saint béni soit-Il fait de nouveau couler l’abondance et crée les mondes à neuf. La Torah elle-même maintient le monde.
On a dit — je ne me souviens plus au nom de qui — que l’une des raisons de la dispersion d’Israël dans le monde entier tient à ceci : l’heure n’est pas la même partout. Ici, c’est la nuit et nous allons dormir ; aux États-Unis, il fait jour.
Les Juifs qui s’éveillent là-bas se lèvent pour étudier et pour prier. Ainsi, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, la Torah ne s’interrompt jamais dans le monde — et c’est ce qui le tient et le maintient.
Et lorsque tout Israël sera rassemblé ici ? Alors ce sera le temps du Machiah, et c’est lui qui maintiendra le monde : le monde sera déjà réparé, tout sera revenu à sa place, et c’est Israël, depuis la terre d’Israël, avec le Beith Hamikdach, qui fera sortir l’abondance vers le monde entier.
« Car de Tsion sortira la Torah, et la parole de Hachem de Jérusalem. » — Yechayahou 2,3
La galout sert donc à disperser Israël dans le monde pour que la Torah y soit étudiée sans interruption ; quand le Machiah viendra et que le Beith Hamikdach sera rebâti, c’est la kétoret qui en sortira qui maintiendra le monde entier.
Voilà pourquoi, à Roch Hachana, nous ne prions pas seulement pour la fécondité du corps, mais aussi pour la fécondité de l’âme.
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