« Il ferme la porte derrière nous »
À Roch Hachana, tout ce que nous faisons sert à adoucir le jugement : les simanim, le miel, et surtout le chofar. À Kippour, nous ne faisons rien de tout cela. Alors comment le jugement est-il adouci ?
Le chofar, à lui seul, fait tout le travail : ses trois lettres soumettent le Nom Elokim de trois manières différentes — en plénitude, en compte simple, et en montée. Et chofar se lit devach-par : le miel qui adoucit les cinq rigueurs.
À Kippour, il n’y a personne en face. Ha-satan vaut 364 : il a licence d’accuser trois cent soixante-quatre jours par an. Le jour de Kippour, il n’a aucun droit (Yoma 20a).
Pourquoi ? Parce que sur les 365 interdits, un seul a été entendu de la bouche du Saint béni soit-Il — « tu n’auras pas d’autres dieux devant Ma face ». Et un roi qui décrète Sa propre loi la garde le premier : ce jour-là, Lui non plus n’admet aucun autre elohim devant Sa face.
Et la Neïla n’est pas ce qu’on croit. Les portes ne se ferment pas devant nous : Il nous fait entrer, et Il ferme la porte derrière nous. Dehors, les accusateurs. Dedans, un père et ses enfants.
Nous avançons à pas de géant vers Yom Kippour. Le chabbat qui vient est le chabbat de Haazinou, et on l’appelle chabbat Chouva — du premier mot de la haftara que nous lirons.
« Reviens, Israël, jusqu’à Hachem ton Dieu, car tu as trébuché par ta faute. » — Hochéa 14,2
Le chabbat porte donc le nom de sa haftara — et il porte aussi le sujet de ces jours-ci : la téchouva, qui est le retour vers Hachem. Et toujours, toujours, nous lisons Haazinou avant Yom Kippour, comme nous lisons Nitsavim avant Roch Hachana.
Nous allons donc parler de Yom Kippour. Mais pour comprendre ce qu’est Yom Kippour, il faut d’abord commencer par Roch Hachana.
Si l’on y prête attention, toutes les choses que nous faisons à Roch Hachana ont un même objet : adoucir les dinim.
« Ce fut le jour, et les fils d’Élokim vinrent se présenter devant Hachem, et le Satan vint aussi parmi eux. » — Iyov 1,6
Le Zohar ha-kadoch demande : qu’est-ce que « ce fut le jour » ? Et il répond : ce jour-là est Roch Hachana.
Autrement dit : à Roch Hachana, le Satan se présente lui aussi, dans les mondes supérieurs, parmi les fils d’Élokim. Et que vient-il faire ? Ce qu’il y a de pire : apporter la liste noire et la lire à haute voix.
Nous savons que ce jour est le jour où le monde a été conçu, le jour où Adam a été créé, a fauté et a fait téchouva. C’est pourquoi ce jour a été fixé comme jour de jugement : tous ceux qui viennent au monde passent devant Lui comme des brebis que l’on compte.
Et puisque c’est un jour de jugement, un jour difficile, nous accomplissons toutes sortes d’actes destinés à en adoucir la rigueur — ou, dit autrement, à faire plier l’accusateur.
Le plus évident de ces actes : la pomme et le miel. Que l’année soit douce, qu’elle soit bonne et douce. Et voyez comme cela fonctionne — cela adoucit les rigueurs.
Nous sonnons aussi du chofar, nous disons le Tachlikh : tous ces actes n’ont qu’un but, faire plier le jugement, faire plier celui qui essaie de nous accuser.
Mais l’instrument le plus puissant, celui avec lequel nous combattons le Satan, c’est le chofar. Apprenons un peu en profondeur, en quelques minutes, comment le chofar lui-même fait tout le travail.
Nous savons que le Nom de quatre lettres est la mesure de bonté, et que Elokim est la mesure de rigueur. Pourquoi ? Parce que El veut dire une force, et Elokim, beaucoup de forces : ce sont les forces qui conduisent la nature.
Et de fait, ha-téva — la nature — vaut exactement la même chose : quatre-vingt-six. Ce sont les forces qui font tourner la nature. Or pour une force il faut de la puissance, et pour la puissance il faut la guevoura : c’est pourquoi les guevourot sont les rigueurs, et qu’elles sont contenues dans ce Nom-là.
Face aux cinq forces de bonté, il y a donc cinq forces de rigueur. Et le mot Elokim, on peut le lire de plusieurs manières. Regardez.
La première manière consiste à écrire chaque lettre en toutes lettres, ce qu’on appelle le milouy, la plénitude. Le aleph s’écrit aleph-lamed-pé. Le lamed s’écrit lamed-mem-dalet. Le hé s’écrit hé-yod. Le mem s’écrit mem-mem. Le yod s’écrit yod-vav-dalet.
Aleph-lamed-pé : un, plus trente, plus quatre-vingts — cent onze. Lamed-mem-dalet : trente, plus quarante, plus quatre — soixante-quatorze. Hé-yod : cinq plus dix — quinze. Yod-vav-dalet : dix, plus six, plus quatre — vingt. Mem-mem : quarante plus quarante — quatre-vingts.
Additionnez : quatre-vingts, plus vingt, plus quinze, plus soixante-quatorze, plus cent onze. Vous obtenez trois cents.
Ensuite, dans le mot chofar, nous avons le vav et le pé.
Quatre-vingt-six. Qu’est-ce que quatre-vingt-six ? C’est Elokim dans son compte le plus simple : un, plus trente, plus cinq, plus dix, plus quarante.
Que me reste-t-il ? Le rech. Le rech vaut deux cents. Comment obtenir deux cents ?
De la même manière qu’on dit Na Na’h Na’hma Na’hman : on avance d’une lettre à chaque fois. Aleph. Aleph-lamed. Aleph-lamed-hé. Aleph-lamed-hé-yod. Aleph-lamed-hé-yod-mem.
Deux cents. Le rech.
Il y a encore autre chose dans le chofar lui-même. Prenez son début : le chin et le vav — cho — cela fait trois cent six. Et celui qui sonne tient le chofar dans sa main. Yad, la main, vaut quatorze.
Pourquoi la main s’appelle-t-elle yad ? Nous l’avons déjà appris : parce qu’elle a quatorze phalanges. Chaque doigt en a trois — un, deux, trois. Quatre doigts pleins, cela fait douze. Et le pouce n’en a que deux. Total : quatorze.
La main, qui est quatorze, tient le cho : ensemble nous obtenons trois cent vingt. Et qu’est-ce que trois cent vingt ?
Nous avons dit qu’il y a cinq guevourot, cinq dinim. Le mot din vaut soixante-quatre. Soixante-quatre multiplié par cinq : trois cent vingt. Celui qui sonne, et qui tient le chofar dans sa main, atteint donc exactement le compte des cinq rigueurs.
Et voyez ce qui reste : par. Le pé et le rech valent deux cent quatre-vingts. Qu’est-ce que deux cent quatre-vingts ? C’est la valeur des cinq lettres finales.
Mem, noun, tsadi, pé, khaf — les lettres mantsépakh. Et ces lettres-là sont rigueur. Pourquoi ? Parce que tout ce qui est final est rigueur.
Enfin, juste pour ouvrir l’oreille, et nous en terminerons avec ce chapitre — parce que je crois vous avoir bien rempli la tête. Le mot cho, qui vaut trois cent six, a la même valeur que devach, le miel.
Toute cette introduction, je l’ai faite pour arriver à Yom Kippour. Cherchons maintenant ce que nous faisons à Kippour pour adoucir les rigueurs.
Du miel ? Il n’y en a pas. Pas de nourriture, pas de boisson, pas de conversation, pas de sandale, rien. Quel adoucissement de rigueurs faisons-nous donc ? Il n’y a pas de chofar.
Les seli’hot, peut-être ? Mais à Roch Hachana, justement, pour adoucir le jugement, nous nous abstenons de dire ’hatanou avinou pachanou. Et à Kippour, on dirait au contraire que nous attisons le feu : les seli’hot, et le Vaya’avor répété encore et encore.
Voici la surprise : il n’y a pas de jugement à Yom Kippour.
Toute la raison pour laquelle nous devons adoucir les rigueurs, c’est qu’il y a quelqu’un — cette mouche qui tourne sans arrêt dans la salle du tribunal et qui essaie d’accuser Israël. Qui est-ce ? Le Satan. Et que lui arrive-t-il à Kippour ? Il est mis à pied. Il n’y a pas de Satan à Yom Kippour.
« Rami bar ’Hama dit : ha-satan vaut en guématria trois cent soixante-quatre — trois cent soixante-quatre jours il a licence d’accuser ; le jour de Kippour, il n’a pas licence d’accuser. » — Yoma 20a
Il y a trois cent soixante-cinq jours dans l’année, et il en a trois cent soixante-quatre. Il arrive la veille de Kippour, il se présente à la salle du tribunal, et on lui dit : va-t’en d’ici, aujourd’hui tu es en congé, on n’a pas besoin de toi. Le Saint béni soit-Il juge Israël seul, et Il s’arrange avec eux un à un.
On pourrait demander : pourquoi lui retirer précisément ce jour ?
Parce que ce jour-là, grâce à Dieu, nous sommes tous des justes. Qui le dit ? Les anges. Ils disent au Saint béni soit-Il : regarde Israël, ils sont exactement comme des anges saints. Ils ne mangent pas, ils ne boivent pas, ils sont vêtus de blanc, ils se tiennent debout toute la journée comme les anges se tiennent debout. Pas d’union conjugale, pas de conversation, pas de nourriture, pas de boisson : tous en prière.
Tout le monde a tendance à penser que c’est parce que, ce jour-là, le Saint béni soit-Il a dit à Moché sala’hti kidvarekha, « j’ai pardonné selon ta parole ».
Vous vous souvenez : après la faute du veau, Moché Rabbénou est monté une troisième fois, et il est redescendu avec les secondes tables entre les mains. Quel jour est-il descendu ? Le dix de Tichri. Rachi le dit d’ailleurs au début de Vayakhel : « Vayakhel Moché — cela enseigne que c’était le lendemain de Yom Kippour, quand il descendit de la montagne. » Le quarantième jour était donc bien le dix Tichri, et c’est ce jour-là que Hachem a dit sala’hti kidvarekha.
D’où est-ce que je tire cela ? Je n’invente rien, à Dieu ne plaise. Allons au psaume cent trente-neuf, où David Hamelekh parle de son propre embryon — et, en vérité, du premier homme.
« Mon embryon, Tes yeux l’ont vu, et sur Ton livre tous sont inscrits — des jours ont été formés, et pas un d’entre eux. » — Tehilim 139,16
Regardez le mot velo : il y a là un keri et un ketiv. On l’entend de la même manière, mais il y a une version velo avec aleph — « et pas un d’entre eux » — et une version velo avec vav — « et à Lui, un d’entre eux ».
Rachi apporte les deux au nom du midrach. Selon la tradition écrite, avec aleph : à la fin, des jours nombreux étaient appelés à être créés, et pas un seul d’entre eux n’était encore créé. Et selon la lecture, avec vav : « des jours ont été formés » — le Saint béni soit-Il a montré à Adam les jours à venir, et Il en a mis un à part pour Lui-même. Lequel ? Le jour du chabbat. Autre explication : c’est le jour de Kippour.
Prenons encore un point, et ensuite nous relierons le tout. Combien de mitsvot avons-nous dans la Torah ? Six cent treize : trois cent soixante-cinq interdits et deux cent quarante-huit commandements positifs.
Maintenant : combien de ces six cent treize le Saint béni soit-Il nous a-t-Il données Lui-même, et combien Moché Rabbénou nous les a-t-il données en Son nom ? C’est facile à retenir, par le verset : « Torah tsiva lanou Moché, morasha kehilat Yaakov ».
Le mot Torah vaut six cent onze. Voilà ce que Moché nous a ordonné. Et les deux autres ? Ce sont les deux paroles dites de la bouche de la Puissance elle-même, au mont Sinaï : Anokhi Hachem Elokekha, et lo yihyé lekha elohim a’herim al panaï.
Souvenez-vous : à la première parole, leur âme s’est envolée ; Il a fait tomber sur eux une rosée de résurrection, et ils se sont relevés. Il a dit la seconde — lo yihyé lekha elohim a’herim al panaï — et de nouveau leur âme s’est envolée, et de nouveau la rosée. Alors ils ont dit à Moché : parle, toi, avec nous, et nous écouterons ; que Dieu ne parle pas avec nous, de peur que nous ne mourions.
Quand je dis trois cent soixante-cinq interdits, et que je dis aussi trois cent soixante-cinq nerfs, j’entends le nombre trois cent soixante-cinq et je ne peux pas ne pas penser aux trois cent soixante-cinq jours de l’année.
Nous avons donc trois cent soixante-cinq jours en face de trois cent soixante-cinq interdits. Alors quel jour, parmi ces trois cent soixante-cinq, porte l’interdit « tu n’auras pas d’autres dieux devant Ma face » ? Yom Kippour.
Et pourquoi est-ce important ? Parce qu’il y a un principe. Le Saint béni soit-Il nous a donné la Torah — mais Il est Lui-même tenu d’accomplir la Torah qu’Il nous a donnée. Je le rapporte dans la langue du Talmud de Jérusalem :
« Dans l’usage du monde, un roi de chair et de sang décrète un décret : s’il veut, il l’accomplit lui-même ; s’il veut, ce sont les autres qui l’accomplissent. Mais le Saint béni soit-Il n’est pas ainsi : Il décrète un décret, et Il l’accomplit le premier. D’où cela ? « Vous garderez Ma garde, Je suis Hachem » (Vayikra 22,9) — c’est Moi qui ai gardé les commandements de la Torah le premier. » — Talmud de Jérusalem, Roch Hachana 1,3
Un roi de chair et de sang fait ce qu’il lui plaît : il vous interdit de passer au rouge, et lui passera au rouge autant qu’il voudra, parce qu’il est le roi. Le Saint béni soit-Il n’est pas ainsi. S’Il dit de garder le chabbat, Il garde le chabbat Lui-même, si l’on peut parler ainsi. C’est un roi qui honore la Torah qu’Il a donnée.
On pourrait objecter : cela voudrait-il dire que les autres jours, il y a d’autres dieux ? À Dieu ne plaise. Mettons de l’ordre.
Le Nom de quatre lettres, c’est l’unité : un, et Son Nom est un. Mais Elokim, ce sont beaucoup de forces. Le Saint béni soit-Il apparaît dans le monde par plusieurs forces : il y a une force appelée par le Nom de quatre lettres, une force appelée Elokim, une force appelée Chaddaï, il y a Tsevakot, il y a Ado-naï. Ce sont les forces par lesquelles Il apparaît dans Son monde.
Mais sache-le : Hachem, c’est Lui Elokim. Ne va pas croire que le Elokim que tu vois — entre parenthèses : la nature — serait une puissance ou une entité à part. Non. Cela aussi, c’est Lui. Hachem est le Elokim qui gouverne tout, parce qu’Il est un, unique et seul.
Ce verre est posé là et ne bouge pas : tu appelleras cela la pesanteur, Newton, toutes sortes de forces et toutes sortes d’explications des savants de la nature. Mais ce qui tient le verre debout ici, maintenant, c’est le Saint béni soit-Il. C’est clair, c’est simple.
Deuxième point que je veux tirer de tout cela. Nous avons dit que les six cent treize mitsvot correspondent aux trois cent soixante-cinq nerfs et aux deux cent quarante-huit membres. Alors quel nerf, parmi les trois cent soixante-cinq, correspond à « tu n’auras pas d’autres dieux devant Ma face » ?
On pourrait dire le nerf sciatique. Peut-être. Mais il ressort des livres saints que le nerf qui correspond à cet interdit — celui qui est la racine de toutes les racines — est un nerf qui se trouve dans le cœur. Dans le cœur lui-même.
Et cela a une portée immense. Nous cherchons toujours l’étincelle juive, n’est-ce pas ? Un Juif aussi éloigné soit-il, qui a tout quitté, qui ne pratique rien, qui est parti aux Indes, tatouages, boucles d’oreilles, peu importe. Ou bien, dans les temps terribles, des Juifs qui avaient tout abandonné et n’avaient plus aucun lien avec quoi que ce soit.
Et voilà qu’on déroule devant un tel homme un sefer Torah, et qu’on lui dit : tu n’appartiens à rien, marche dessus. Qu’est-ce qui, à cette seconde précise, lui fait refuser et dire : je suis prêt à mourir, mais je ne marcherai pas sur un sefer Torah ?
Et maintenant le verset se lit au sens le plus simple.
« Et Hachem ton Dieu circoncira ton cœur et le cœur de ta descendance. » — Devarim 30,6
Qu’est-ce que cela veut dire ? Nous savons où se fait la brit mila. Quel rapport avec le cœur ? C’est qu’il y a dans le cœur ce point intérieur, et qu’il s’est recouvert d’une orla. Qu’est-ce que l’orla ? Ce sont les couches.
Alors que fait le Saint béni soit-Il quand tu fais téchouva ? Il te fait la brit : Il coupe l’orla du cœur et met à découvert ce point intérieur, celui qui nous relie à Lui.
« Et tu reviendras jusqu’à Hachem ton Dieu, et tu écouteras Sa voix. » — Devarim 30,2
Et les oreilles ? Les oreilles aussi ont une orla. Elles sont recouvertes de toute la saleté qui nous éloigne du Saint béni soit-Il. Dès l’instant où le cœur est mis à nu, les oreilles s’ouvrent et tu deviens capable d’entendre.
Et puisqu’il en est ainsi, voici la clé de Yom Kippour. Quand tu viens et que tu dis, au commencement de Kippour, Kol Nidré — qu’es-tu en train de dire au juste ?
Tu dis : tout ce que j’ai voué, tout cela — quand je l’ai voué, je n’étais pas dans mon bon sens. Si j’avais su, si j’avais su que ce que je fais n’est pas juste, je n’aurais pas voué. Si j’avais su que les fautes que je commets sont si graves — alors pourquoi les as-tu commises ?
« Nul ne faute si un vent d’égarement n’est entré en lui. » — Sota 3a
Je ne suis pas un fauteur : je fais des sottises. Parce que vraiment, vraiment, dans mon point intérieur véritable, je veux être relié au Saint béni soit-Il ; je ne veux pas du tout penser à autre chose.
Pour finir, je veux redire quelque chose que j’ai déjà dit les années précédentes. Neïla. Quelle image chaque Juif se fait-il de la prière de Neïla, au moment où l’on ouvre le hékhal ?
L’image est celle-ci : le Saint béni soit-Il va, dans un instant, verrouiller les portes. C’est l’heure de la fermeture. Et que faut-il faire avant qu’on ne ferme les portes ? Faire entrer le plus de prières possible, le plus de bénédictions, accélérer la cadence pour en glisser le plus possible avant qu’on ne referme.
C’est bien l’image que nous avons en tête ? Vous êtes d’accord avec moi ? Nous imaginons la salle du tribunal, le Roi assis sur un trône élevé, et nous, debout devant le hékhal, une minute avant la fermeture — et après, il n’y a plus rien à demander.
Et que sommes-nous, dedans ? Rien que nous et Lui, un à un. Et s’il reste encore des accusateurs, ou de ceux qui voudraient au dernier moment dire quelque chose sur Ses enfants — les portes sont verrouillées. Ils ne peuvent pas entrer.
Autrement dit : l’heure de la Neïla est une heure très, très haute. Si jusqu’à présent nous étions avec le Saint béni soit-Il un à un, nous sommes maintenant dans une intimité complète.
Et que Lui disons-nous ? Nous Lui disons : ein od milvado, il n’y a rien en dehors de Lui. Et Lui, que dit-Il ? Il dit : il n’y a rien en dehors d’eux. Ce sont Mes enfants, et il n’y en a pas d’autres. Celui qui veut venir accuser et dire quelque chose est dehors, derrière la porte. Il n’a rien à chercher ici.
Maintenant nous comprenons pourquoi nos Sages ont choisi de terminer ainsi la prière de Yom Kippour. Comment finissons-nous la Neïla ? Chema Israël, Hachem Elokénou, Hachem e’had. Baroukh chem kevod malkhouto. Et Hachem hou haElokim, sept fois.
Et qui crie ce cri-là ? Dans le beith haknesset, à la Neïla, tu vois des gens que tu n’as pas vus de toute l’année — qui ne se sont pas vus eux-mêmes de toute l’année. Avec kippa, sans kippa. Peu importe. Tout Israël. Regarde ce qui se passe au Kotel depuis Roch ’Hodech Elloul : cinquante, soixante mille personnes chaque nuit. Tu approches la caméra et tu demandes : mais d’où viennent-ils ? En quoi sont-ils reliés ? Ils sont reliés, et comment.
Qu’est-ce qui les meut ? Ce nerf-là, celui qui est dans le cœur, celui qui a entendu au Sinaï, directement du Saint béni soit-Il : Anokhi Hachem Elokekha, lo yihyé lekha elohim a’herim al panaï. Quand cela se réveille, cela se réveille — et cela se réveille à l’heure de la Neïla.
Arrête-le et demande-lui : que dis-tu là ? Il te répondra : il est clair pour moi que Hachem est Elokim. Mais tu n’accomplis pas les mitsvot. Ne m’embrouille pas : je viens d’arriver à cette conscience. Ce qui m’arrivera ensuite, Hachem m’aidera. Mais maintenant, ein od milvado. C’est clair. C’est tout simple.
Et faites attention à ce qui arrive au Satan. Nous avons dit qu’il est mis à pied : il vaut trois cent soixante-quatre, il lui manque un jour, il y a un jour dans l’année où il n’est pas en service.
Entrons une seconde dans sa tête. On lui a dit : va-t’en, aujourd’hui tu ne travailles pas, tu n’as rien à accuser, Moi et Mes enfants sommes un à un. Que croyez-vous qu’il aille faire ? Prendre des vacances, aller bronzer à la plage ? Nous sommes à Kippour avec le Saint béni soit-Il — et lui, que fait-il ?
Et que cherche-t-il maintenant ? Voilà, ça commence : le lachon hara. Celui-là n’a pensé qu’à manger toute la journée. Celui-là court. Le désordre pendant l’arvit. « Laisse-moi tranquille, j’ai prié toute la journée, laisse-moi rentrer, j’ai faim. » Il les cherche, tous ces acteurs qui, une minute plus tôt, criaient Chema Israël, Hachem hou haElokim. Voyons voir, dit-il, une minute après.
C’est pour cela que la halakha nous dit quoi faire à l’instant même où Kippour sort : rentre chez toi, mange, bois, et commence tout de suite à bâtir la soucca. Ne lui laisse aucune prise, ne t’occupe pas de choses dont il aurait à parler. Car nous avons maintenant quatre jours pour préparer la soucca et y faire entrer la Chekhina — et créer une continuité, sans rupture, d’unité et d’attachement au Saint béni soit-Il.
« Toute arme forgée contre toi sera sans effet. » — Yechayahou 54,17
C’est avec ce sentiment-là, s’il plaît à Dieu, que nous devons entrer dans Yom Kippour — et en sortir.
Que nous soyons écrits et scellés pour une bonne vie et pour la paix, nous et tout Israël, pour de bonnes nouvelles et de bons décrets, pour l’accomplissement de tous les désirs de notre cœur en bien et en bénédiction ; et que nous méritions d’étudier toujours, et de rendre la Torah grande et magnifique.
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