« Il est Lui-même le mikvé »
« Car en ce jour il sera expié sur vous. » Le traité Yoma s’achève sur ce verset, et en tire tout : celui qui dit « je fauterai et Kippour expiera » — Kippour n’expie pas ; et ce qui est entre l’homme et son prochain, Kippour ne l’expie pas tant que l’autre n’est pas apaisé.
Be-etsem ha-yom ha-zé : l’essence même du jour. Comme il existe un lavage à l’eau et un nettoyage à sec, l’air de ce jour nettoie par lui-même. Rabbi va jusqu’au bout de l’idée ; les Sages répondent : encore faut-il apporter quelque chose de soi.
Et le verset se laisse ponctuer autrement : « car en ce jour il sera expié » — point ; « à vous de vous purifier de toutes vos fautes ». À Lui la moitié, à nous le premier pas.
La dernière michna du traité est de Rabbi Akiva : devant qui vous purifiez-vous, et qui vous purifie ? Mikvé Israël Hachem — Il est Lui-même le bain. Et un mikvé purifie par une mesure : quarante séa, neuf cent soixante log, contre les seize éléments dont l’homme est fait. Soixante fois. L’homme s’y annule.
C’est pourquoi la Torah écrit du Cohen Gadol entrant dans le Saint des Saints : « et aucun homme ne sera dans la tente d’assignation » — alors qu’il y est. Sept jours durant, il s’exerce à n’être plus là.
Apprenons encore quelques points dans les affaires du jour. Le verset auquel nous sommes très, très reliés au long de Yom Kippour est celui-ci :
« Car en ce jour il sera expié sur vous, pour vous purifier ; de toutes vos fautes, devant Hachem, vous serez purs. » — Vayikra 16,30
Ce verset, on l’étudie à la fin du traité Yoma, qui traite précisément de Yom Kippour, dans le dernier chapitre, le huitième. Et de ce verset, on tire plusieurs enseignements.
Voici ce que dit la michna :
« Celui qui dit : je fauterai et je ferai téchouva, je fauterai et je ferai téchouva — on ne lui donne pas les moyens de faire téchouva. Je fauterai et Yom Kippour expiera — Yom Kippour n’expie pas. »
Celui qui compte d’avance sur le pardon a déjà changé la nature de ce qu’il fait.
La michna continue :
« Les fautes entre l’homme et Hachem, Yom Kippour les expie. Les fautes entre l’homme et son prochain, Yom Kippour ne les expie pas, tant qu’il n’a pas apaisé son prochain. »
Et d’où ce principe est-il appris ? De notre verset même. Que dit-il ? « De toutes vos fautes devant Hachem, vous serez purs. » Ce qui est devant Hachem — les fautes entre l’homme et le Lieu — de cela vous serez purs, Yom Kippour l’expie.
De ce verset on apprend encore autre chose. Pourquoi la Torah dit-elle « en ce jour » ? Le mot etsem — l’os, la substance — vise itsoumo chel yom : l’essence du jour elle-même expie.
Et ce n’est pas une manière de parler. Nous savons que le chabbat n’est pas un jour quelconque : c’est une station. Le Saint béni soit-Il a créé le monde en six jours, et le septième Il a cessé et s’est reposé. Le chabbat a donc une signification propre, une existence propre, une âme propre.
Il en va de même pour Yom Kippour. Le fait même d’entrer dans Yom Kippour — dans le cosmos, dans la création, il y a maintenant dans l’air une atmosphère de Yom Kippour, et cet air-là purifie par lui-même.
Mais sur ce point il y a discorde, et la question est de savoir jusqu’où cela va.
Rabbi — Rabbi Yéhouda ha-Nassi — va jusqu’au bout : l’essence du jour expie. Même un Juif qui entre dans Yom Kippour comme il est, qui au lieu de venir au beith haknesset pour Kol Nidré a fait le repas de clôture, n’a plus pu bouger, s’est couché et a dormi vingt-cinq heures, puis s’est réveillé pour la havdala — ses fautes sont expiées. Pourquoi ? Parce que le jour lui-même a lavé ses fautes.
Les Sages répondent : tout cela est beau et bon, tu es entré dans Yom Kippour — mais si tu n’as pas fait téchouva, tout cet air, toute cette atmosphère ne t’aideront pas. Il faut la téchouva.
Nous avons dit dans le cours précédent que Yom Kippour n’est pas un jour quelconque. Nous croyons toujours qu’il a été choisi comme jour de pardon parce que Moché Rabbénou est descendu avec les secondes tables et que le Saint béni soit-Il lui a dit sala’hti kidvarekha.
Or nous avons appris que le Saint béni soit-Il, avant même la création du monde, a choisi Yom Kippour pour être Son jour, à Lui seul — et c’est sur cela que porte le verset des Tehilim, « des jours ont été formés, et pas un d’entre eux ». Il y a un jour dans l’année qu’Il a pris pour Lui. Et c’est pourquoi il n’y a ce jour-là ni Satan ni accusateur : Il est avec nous, un à un.
Il existe pourtant une autre façon de lire notre verset. Il faut simplement placer la ponctuation ailleurs.
« Car en ce jour il sera expié » — et là, une virgule. Puis : « à vous de vous purifier de toutes vos fautes ». Et alors seulement : « devant Hachem, vous serez purs ».
Avez-vous entendu ce que je viens de dire ? Alékhem ne veut plus dire « sur vous », mais « il vous incombe ». Le jour expie, d’accord — mais il vous incombe de vous purifier.
C’est ce que nous avons dit aussi à propos du verset de Haazinou :
« Comme l’aigle éveille son nid, plane au-dessus de ses petits — il déploie ses ailes, il le prend, il le porte sur son aile. » — Devarim 32,11
Comment les aiglons arrivent-ils sur le dos de l’aigle ? Nous savons qu’un aigle n’est pas capable d’un tel mouvement : prendre son petit et le lancer sur son dos, cela n’existe pas.
Alors comment y arrivent-ils ? « Il déploie ses ailes, il le prend. » L’aigle déploie ses ailes — aucun problème. Mais les aiglons doivent commencer à grimper eux-mêmes pour atteindre le dos.
Et de là, précisément — ouvrez-Moi une ouverture comme le chas d’une aiguille, et Je vous ouvrirai comme le portail du Temple. Voici la parole dans le midrach :
« Ouvrez-Moi une seule ouverture de téchouva, comme le chas d’une aiguille, et J’ouvrirai pour vous des ouvertures où pourront entrer des chariots et des voitures. » — Chir HaChirim Rabba 5,2
L’ouverture qui nous est demandée est minuscule. Ce qui ne l’est pas, c’est l’élargissement.
On me demande : et l’ordre de la prière, du début de Kippour jusqu’à la fin, toute cette téfila — le fait même de la dire, n’est-ce pas déjà revenir ?
Tu en as besoin, oui. Mais l’acte, c’est autre chose. Tu peux prier autant que tu veux : des mots, des mots, des mots. Tout cela est bon — mais qu’y a-t-il dans le cœur quand tu pries ?
Qu’est-ce donc que la téchouva ? La téchouva, ce n’est pas se tenir debout et prier. Tu t’es levé à cinq heures et demie du matin, tu as fait l’effort, tu as prié, tu es entré dans la prière — et tu en es ressorti le même homme : tu n’as rien fait.
L’homme reconnaît sa faute. Il avoue — les Vaya’avor, les seli’hot, autant de fois qu’il les dit au fil de la prière. Et il prend sur l’avenir : ne plus revenir à cette sottise.
Et cela ne tient pas jusqu’au bout. Que faire ? Nous sommes des hommes, nous ne sommes pas parfaits. Ne pas tomber d’esprit. La proposition du yétser hara est toujours la même : laisse tomber, tu perds ton temps. Ne l’écoute pas.
Deuxième point que je voudrais tirer de la fin du traité Yoma. La dernière michna poursuit, et c’est Rabbi Akiva qui parle :
« Rabbi Akiva dit : heureux êtes-vous, Israël ! Devant qui vous purifiez-vous, et qui vous purifie ? Votre Père qui est aux cieux. »
Et il apporte deux versets.
« Je répandrai sur vous des eaux pures, et vous serez purs. » — Yehezkel 36,25
« Mikvé d’Israël, Hachem. » — Yirmiyahou 17,13
Seulement, comment cela fonctionne-t-il ? Comment un bain purifie-t-il, au juste ?
Un homme entre pour s’immerger. Avant, il était impur. Après en être sorti, il est pur. Que s’est-il passé ? Quel est le mécanisme ? Quelle est la technologie spirituelle qui fait qu’un homme entre dans un état et en ressort dans un autre ? Qu’y a-t-il dans cette eau qui produit le changement ?
Quelle est la mesure minimale d’un mikvé cachère ? Quarante séa. Et une séa, c’est vingt-quatre log.
Si chaque séa vaut vingt-quatre log, combien y a-t-il de log en tout dans le mikvé ? Quarante fois vingt-quatre : neuf cent soixante log.
Et qu’y a-t-il dans ces neuf cent soixante log ? Comprenons.
Tout homme, comme toute matière dans la nature, est fait de quatre éléments. On les retient par le mot arma :
Quatre éléments dans tout homme. Mais chaque élément contient à son tour les quatre éléments : dans le feu aussi, il y a les quatre.
Nous avons donc en tout seize éléments.
Maintenant, si je veux prendre cette matière faite de seize éléments et l’annuler, selon la règle qui dit qu’une chose est annulée dans soixante fois son volume, de quelle quantité ai-je besoin ? De soixante fois seize.
Neuf cent soixante. Exactement le contenu du mikvé.
Et si tu t’immerges dans la mer ? Cela ne change rien, et bien davantage : soixante est le minimum. Au-delà, l’annulation n’en est que plus entière.
Et à présent, qu’obtenons-nous ? Mikvé Israël Hachem.
Qui est le Saint béni soit-Il, dans cette image ? Le mikvé infini. Il est l’Infini. Il est certain qu’Il nous annule entièrement et nous ramène au zéro absolu.
Le mot mikvé, en hébreu, désigne un lieu où les eaux s’assemblent. Mais c’est aussi le mot de tikva — l’espérance.
Et notre espérance repose sur une chose très, très forte : celui qui nous purifie n’est pas de chair et de sang. Ce n’est pas un chef d’État, ce n’est personne. C’est le Saint béni soit-Il en personne.
Mais il y a une condition. Tu dois t’annuler dans soixante. Si tu ne t’annules pas, cela ne fonctionne pas. Et c’est là tout le secret de Yom Kippour.
À Kippour nous venons et nous disons : des pauvres se tiennent aujourd’hui devant Toi. Qu’est-ce que cela veut dire ? Que j’ai un million de chékels à la banque, ou que je n’en ai pas ? Ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Je suis pauvre en actes.
Tout ce que j’ai fait, tout ce dont je me fais un mérite — j’ai étudié la Torah, un peu ; j’ai fait des tsedakot, un peu ; ceci, un peu ; cela, un peu — tout ce que tu fais reste comme un zéro au regard de ce que le Saint béni soit-Il attend de toi.
D’où l’apprenons-nous ? Du Cohen Gadol, dans le service de Yom Kippour. Nous lisons la paracha A’haré Mot, et c’est ce que nous faisons à Kippour dans le Seder ha-Avoda. Le Cohen Gadol entre dans le lieu le plus intérieur. Et regardez ce qui est écrit :
« Et aucun homme ne sera dans la tente d’assignation lorsqu’il viendra expier dans le sanctuaire, jusqu’à sa sortie ; et il expiera pour lui, pour sa maison, et pour toute l’assemblée d’Israël. » — Vayikra 16,17
Et je demande : la Torah est une Torah de vérité, n’est-ce pas ? Il n’est pas écrit « aucun homme ne sera avec le Cohen », ni « hormis le Cohen ». Nous savons bien qu’il entre seul — mais ce n’est pas ce que dit le verset. Le verset dit : aucun homme ne sera.
Pas même une étincelle de pensée. Pas un instant de « quelle joie, quel mérite j’ai là, c’est moi le Cohen Gadol, c’est par moi que se fait maintenant le service, ce sont les fautes de tous qui passent par mes mains ». Rien. À l’instant où une étincelle de cette pensée entre en lui, il est aussitôt consumé.
Et à quoi s’exerce-t-il sept jours durant ? Il est écrit au début du traité Yoma que le Cohen Gadol est mis à part sept jours et s’exerce au service. Mais il travaille aussi sur lui-même, à se vider de lui-même. C’est une sorte de méditation : se vider, pour qu’au moment d’entrer dans le Saint des Saints, il puisse dire — je ne suis pas là, ce n’est pas moi.
Et tout le peuple d’Israël est, en vérité, dans la condition du Cohen Gadol. C’est pourquoi nous accomplissons le Seder ha-Avoda : regardez, nous le faisons tous, nous lisons, nous nous prosternons. Sommes-nous des cohanim ? Pourquoi le faisons-nous ?
« Et vous, vous serez pour Moi un royaume de cohanim et une nation sainte. » — Chemot 19,6
Puissions-nous mériter, avec l’aide de Dieu, d’entrer avec cette conscience-là : que nous sommes des pauvres. Et que l’Infini réponde aux pauvres qui se tiennent devant Lui.
Que nous soyons écrits et scellés pour une bonne vie et pour la paix, nous et tout le peuple d’Israël, pour le bien et pour la bénédiction.
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